mardi 25 juin 2024

DVD. Reynaldo Hahn : Ciboulette, 1925 (2 dvd Fra Musica)

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Ciboulette-Fra-Musica-DVD_1_155x225CLIC D'OR macaron 200DVD. Reynaldo Hahn : Ciboulette, 1925. (Fuchs, Opéra Comique février 2013. 2 dvd FRA Musica). En 1925, au cœur des années folles, celles de l’entre deux guerre, Reynaldo Hahn (1874-1947) revivifie l’esprit enivré des opérettes de Johann Strauss et d’Offenbach : c’est une succession de tableaux populaires et collectifs d’où jaillissent de subtiles personnalités (Ciboulette, Antonin), qui évoque aussi en une fresque sociale et politique, le Paris des Halles et de l’Opéra : mixité des classes comme si elles étaient à bord du Titanic : emportées malgré leurs différences qui s’entrechoquent mais acculées à l’inéluctable, non pas fractionnées ni opposes mais fusionnées des officiers de hussards aux maraîchers des Halles, des courtisanes aux aristos… : un traumatisme vécu par tous sans distinction en 1914 et 1918, bientôt à venir en 1939… La nostalgie d’une ère bénie perdue, celle des premiers amours – ivresse de l’innocence bercée d’illusion amoureuse (le baryton soudainement grave et sombre et très tendre du contrôleur Duparquet), surtout cet état choqué, celui des lendemain de griseries et d’orgies conduisant à un réveil difficile : on pense constamment aux climats de La Chauve souris (même confusion des classes grâce au truchement des masques et du carnaval, même difficulté face au réel… avec cet épanchement éperdu, sincère vers l’amour). Tout l’opéra est construit sur la lente et progressive révélation du pur amour, le vrai, le plus authentique, celui qu’éprouve le jeune richard Antonin et la belle maraichère aux Halles, Ciboulette, si piquante et astucieuse du haut de ses 21 ans. La délicatesse et le raffinement du style de Hahn éclate au grand jour : une intelligence des contrastes, une sensibilité surtout qui en font un génie de la légèreté grave. Evidemment, les airs de Ciboulette qui exige un soprano agile, ne comportent malheureusement aucune coloratoure ni vocalises car le style verse toujours dans la chanson, la revue, et la comédie musicale, époque oblige.

Reynaldo_Hahn_NadarL’autre composante qui assure la réussite du spectacle reste l’incrustation de scènes purement théâtrales qui convoquent la présence de Bernadette Lafont (Madame Pingret, marchande de poissons et voyante extralucide…, Michel Fau et l’ex directeur des lieux, Jérôme Deschamps soi même ; ce sont aussi de multiples références dans le style parodique propre à l’opéra comique des scènes du grand opéra : quand le capitaine Roger retrouve son aimé Zenobie, courtisane parisienne, Hahn singe avec finesse les retrouvailles de Manon et Desgrieux composées par Massenet (son professeur).

Sincérité, raffinement : Ciboulette révélée

Laurens-Behr-Fuchs-SaragosseSous l’ivresse, l’enivrement, la délicatesse (ode au muguet du final du I) se cache un vrai sentiment de nostalgie et de gravité à mettre en relation avec l’époque de Hahn, avec sa propre vie ; avec ses oeuvres aussi car Ciboulette appartient au genre léger dans un catalogue plus fourni en œuvres sérieuses. Hahn est un grand tendre, jamais maniéré ni sirupeux, dont les scènes si les interprètes savent en préserver le format originel, plus chambriste et scintillant que déclaratif et spectaculaire, approchent souvent la grâce et l’enchantement. Créé au Théâtre des Variétés le 7 avril 1923, Ciboulette synthétise l’élégance et le raffinement que Hahn sait accorder au naturel et la sincérité. Dans la mise en scène de Michel Fau, la double écriture, entraînante et sombre à la fois, drôlatique et amère, entre théâtre et chant, se dévoile sans fard laissant toute sa place à ce qui plaît au directeur de l’Opéra-comique, ex Deschiens : ce goût pour le théâtre pur, délirant, incongru, savoureux où brillent souvent des dialogues parlés aux références actuelles (« Maline comme Marine, pardon Martine »… glisse Ciboulette dans son air de présentation dédié à la défense de son prénom). Ainsi, cerise sur le gâteau d’un ouvrage riche en surprise et acteurs invités : Michel Fau, lui-même, irremplaçable Comtesse de Castiglione, et celle de Jérôme Deschamps qui joue son propre rôle en directeur d’opéra.

Agile, brillante, d’une vrai tempérament scénique, d’une voix claire parlée ou chantée, de fait la soprano Julie Fuchs s’impose sans discussion, au point que l’on regrette que l’écriture de Hahn ne lui offre aucune vocalises et coloratoure plus développées : sa facilité chantante appelle constamment une ivresse lyrique qui n’est pas écrite mais présente pourtant par son jeu tout en finesse.

Même talent saillant pour son compagnon à la ville, Julien Behr qui chante Antonin, son futur mari. Même si le jeu est conçu avec trop de contrastes appuyés, plus de retenue aurait été savoureuse, le ténor frappe comme Ciboulette, par son angélisme gauche, sa tendresse séduisante. Mentor pour les deux oiselets à l’école de l’amour naissant, le contrôleur Duparquet gagne grâce au chant noble et sincère du baryton Jean-françois Lapointe, une vérité théâtrale surprenante. Le baryton se fait diseur, exprimant cette gravité sincère propre au Hahn des mélodies par exemple.

Jean-Francois-Lapointe-Julie-Fuchs-CibouletteMême engagée, Laurence Equilbey est certes vive, mais manque de cette profondeur et de cette exquise nostalgie indéfinissable qui fondent aussi l’esthétique de Hahn : les choeurs et l’orchestre chantent et jouent trop fort, mettant en péril ce format originel ; et malgré les qualités de l’Orchestre Symphonique de l’Opéra de Toulon, on peine à vraiment se délecter d’une partition constellée de raffinement mélodique et harmonique : il est temps de jouer Hahn sur un orchestre avec instruments d’époque (Les Siècles auraient été plus légitimes). La direction d’acteurs est soignée, le jeu manque parfois de vraie finesse (plongeant souvent dans la caricature), mais la distribution est amplement satisfaisante. Hahn touche par sa sincérité et sa tendresse, sa nostalgie et son raffinement naturel. La production mérite légitimement ce transfert en dvd : la réhabilitation de Hahn est en marche. En voici un premier jalon. Notre CLIC récompense la cohérence superlative du plateau vocal et la place accordée au délire théâtral, magistralement relevé.

Reynaldo Hahn : Ciboulette, 1925. (Fuchs, Opéra Comique février 2013. 2 dvd FRA Musica).

Illustrations : E. Carecchio

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