jeudi 13 juin 2024

CRITIQUE, opéra. ZURICH, le 17 déc 2022. PUCCINI : Tosca. Radvanovsky, Kaufmann, Terfel…

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L’affiche est alléchante; le production a t elle exaucé nos attentes? La mise en scène vue déjà en 2009, déploie les arguments de Carsen ; Kaufmann l’a « éprouvée » en 2011 (à Zürich aussi, aux côté du Scarpia d’Hampson, diseur presque trop élégant pour la noirceur sale du Préfet de Rome)…
Jonas Kaufmann, rauque et large, – ensuite remplacé ici par Yusif Eyvazov-, est toujours aussi saisissant de naturel, peignant de Cavaradossi, le portrait d’un peintre républicain et Bonapartiste (si enthousiaste à l’annonce de la victoire – française- de Marengo au II), prêt à sauver le fugitif Angelotti, frère de la marquise Attavanti dont il brosse le portrait en Vierge éperdue pour l’église Sant’Andrea della Valle au I. Plus tard, son « E Lucevan e stelle », affirme la largeur d’une voix de plus en plus à l’aise dans le medium et les graves – voix barytonante et belcantiste dans ses phrasés filés avec une finesse remarquable…

Face au viril et tendre Kaufmann, la Tosca de Sondra Radvanovsky enchante littéralement par la cohérence de son personnage ainsi polissé : fragile amoureuse, mais femme forte, détachant comme Kaufmann, chaque mot avec l’expertise d’une diseuse et fine actrice. Si à la fin du I, Scarpia en fait la victime du doute instillé, – révélant cet éventail de femme qui tendrait à prouver que son peintre amant, en aime une autre, Tosca au II, montre à l’inverse un tout autre visage, celui d’une tragédienne, combattante, libertaire, prête à tuer pour sauver celle qu’elle aime éperdument. De ces vertiges émotionnelles et situations exacerbées, la soprano réalise un parcours bouleversant de vérité et de sensibilité. L’acmé en étant son « Vissi d‘arte, vissi d’amore », prière à la Vierge d’une victime de la barbarie : intense et démunie, seule, affrontant son propre destin, acculée, la diva chante au pied du rideau de scène métallique, totalement baissé, lumière froide mais sensibilité brûlante…

 

Pour le Te Deum qui conclut le I, le Scarpia de Bryn Terfel incarne le démonisme du policier infect, imposant sous couvert de respect au divin, l’empire de son désir sadique pour la cantatrice trop belle… le baryton basse gallois convainc par son chant maîtrisé qui contredit les usures que l’on avait ici et là, auparavant détectées. Dans son cas, comme pour ses partenaires, la sûreté du métier, la justesse des intentions sont convaincantes. Voix tranchante, coupant à vif, l’élan de ses victimes moins par cruauté gratuite que désenchantement profond qui l’a détruit avant tout le monde ; la construction du personnage, victime de sa barbarie viscérale, non analysée, est très juste.

Presque trop emportée par le dramatisme de Puccini, la direction de Noseda échoue parfois à trouver l’équilibre entre la puissance de l’orchestre et les voix pourtant affûtés, justes, mais qui sont trop couvertes. Heureusement le chef nous rappelle combien aussi l’orchestre et ses évocations des lieux emblématiques de Rome est l’autre protagoniste de la partition.

 

 

 

 

 

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CRITIQUE, opéra. ZURICH, le 17 déc 2022. PUCCINI : Tosca. Radvanovsky, Kaufmann, Terfel… Noseda / Carsen. Photos : © Toni Suter

 

Melodramma en trois actes
Livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica
D’après La Tosca de Victorien Sardou (1887)
Créé à Rome, Teatro Costanzi, le 14 janvier 1900

Distribution
Floria Tosca : Sondra Radvanovsky
Mario Cavaradossi : Jonas Kaufmann
Baron Scarpia : Bryn Terfel
Cesare Angelotti : Brent Michael Smith
Mesner : Valeriy Murga
Spoletta ; Martin Zysset

Philharmonia Zürich
Chœur de l’Opéra de Zurich
Chœur d’enfant de l’Opéra de Zurich
Direction musicale : Gianandrea Noseda
Mise en scène : Robert Carsen

CRITIQUE, opéra. ZURICH, le 17 déc 2022. PUCCINI : Tosca. Radvanovsky, Kaufmann, Terfel… A l’affiche les 29, décembre et les 1er et 4 janvier 2023 (consulter le site de l’Opéra de Zürich pour connaître la distribution précise à la date concernée en particulier dans le rôle de Cavaradossi) :
www.opernhaus.ch
https://www.opernhaus.ch/en/spielplan/calendar/tosca/2022-2023/

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