dimanche 3 mars 2024

CRITIQUE, opéra. STRASBOURG, le 20 février 2023. POULENC : La voix humaine. Patricia Petibon / Katie Mitchell / Ariane Matiakh.

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique et à l’opéra - et notamment avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.

 

 

La première fois que nous avons entendu Patricia Petibon sur scène, c’était à l’Opéra national du Rhin (site de Strasbourg) en 1999, et elle chantait alors le rôle de Blanche de la Force dans la mythique production de Dialogues des Carmélites imaginés par Marthe Keller. Près de 25 ans plus tard, nous retrouvons la célèbre cantatrice française dans un autre ouvrage de Francis Poulenc, La Voix humaine, et cette fois dans une mise en scène de la non moins talentueuse metteure en scène britannique Katie Mitchell (on se souvient avec bonheur de leur Alcina aixoise en 2015).
Après avoir couplé, à l’Opéra de Munich, Le Château de Barbe-Bleue de Bartok avec son fameux Concerto pour Orchestre, Katie Mitchell reprend l’idée de doubler par une pièce instrumentale un court ouvrage lyrique, mais en allant chercher cette fois un ouvrage sans grand rapport (en apparence) avec son « pendant », en l’occurrence un pièce instrumentale d’Anna Thorvaldsdottir, Aeriality, étrennée il y a peu à la Philharmonie de Reykjavik dont elle est originaire. Une pièce qui ouvre et referme la soirée, en forme de vagues successives et planantes, aériennes et spectrales, assez hypnotiques il faut bien l’avouer.
Cette musique est accompagnée par un petit film réalisé par le vidéaste Grant Gee, où l’on voit d’abord l’héroïne déambuler dans les rues d’un Strasbourg nocturne et fantomatique, vidé de ses habitants. « Elle » finit par rentrer chez elle et résonnent alors les premiers accords de la partition de Poulenc tandis que le rideau se lève sur la scénographie imaginée par Alex Eales, qui imagine une grande chambre en désordre, au papier peint défraîchi, plongée dans les lumières bleutées de Bethany Gupwell.

 

La Voix Humaine de Patricia Petibon
entre opéra et théâtre musicalisé

Dirigée superbement dans une direction d’acteurs au cordeau, Patricia Petibon unit sa nature vocale au tropisme puccinien que Poulenc clama si souvent. Cherchant moins à séduire qu’à toucher, moins à énoncer mot à mot le texte qu’à en exalter la poésie du quotidien, elle dresse un magnifique et bouleversant portrait de femme. Dans ce rôle qui ne lui pose aucun défi technique, elle assume son choix vocal : elle demeure en deçà de la frontière entre opéra et théâtre musicalisé.
Alors que l’image finale (pendant que résonne la partition de Poulenc) la montre prête à se jeter par la fenêtre, le film reprend en même temps que la partition de Thorvaldsdottir, et c’est le corps inanimé de l’héroïne gisant dans son sang qui est offerte à notre regard. Mais elle se relève bientôt et se met à suivre un chien, à la troublante présence, jusqu’au bord de la rivière qui dessine le contour de la vieille ville. Puis elle remonte chez elle, le téléphone se remet à sonner, mais au lieu de se précipiter dessus comme au début de la représentation, elle le laisse sonner dans le vide sans décrocher…

Confiée à la française Ariane Matiakh, l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg dévoile une forme superlative, et la cheffe joue habilement sur la lenteur des tempi et l’attente qui en résulte, sans chercher à unifier les deux partitions qui n’ont rien en commun. D’un simple fait divers, Matiakh et Mitchell font une tragédie.

 

 

 

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CRITIQUE, opéra. STRASBOURG, Opéra national du Rhin, le 20 février 2023. Patricia Petibon / Katie Mitchell / Ariane Matiakh. Photo (c) Klara Beck

 

 

 

TEASER VIDÉO : « La Voix humaine » à l’Opéra national du Rhin

 

 

 

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