samedi 22 juin 2024

CRITIQUE, opéra. PARIS, Palais Garnier, le 25 nov 2022. MOZART : Les Noces de Figaro. Langrée / Netia Jones.

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Retour attendu des Noces de Figaro de Mozart par la réalisatrice Netia Jones, avec l’excellent Louis Langrée à la direction musicale de l’orchestre maison et d’une distribution vocale pleine d’esprit, orbitant autour de l’incroyable soprano Jeanine De Bique (Susanna). Une production drôle et pertinente qui stimule l’intellect autant qu’elle ravit les sens…

 

 

Les Noces, entre intelligence et humour
sont aussi une vision personnelle de l’opéra…
La musique avant tout… mais pas que !

 

 

Les Noces de Figaro de Mozart est l’un des rares opéras dans l’histoire de la musique à n’avoir jamais dû subir d’absence au répertoire international. En effet, depuis sa création il y a 236 ans, le monde entier n’a pas arrêté de solliciter et d’adorer le sublime équilibre entre la géniale musique du génie salzbourgeois et l’élégant autant qu’amusant livret de da Ponte, d’après Beaumarchais. Si les personnages sont en effet atemporels, ils ont cette particularité de pouvoir parler à notre époque. Les Noces, une œuvre révolutionnaire et féministe avant son temps, offre de nombreuses possibilités de lecture et d’interprétation.
Le pari de la metteuse en scène est en l’occurrence de faire de l’opus un opéra sur sa vision personnelle de l’opéra ; ceci passe par une mise en abîme affirmée et plusieurs procédés théâtraux et cinématographiques qui rappellent en permanence un théâtre d’archétypes divers et variés, le tout avec l’intention évidente de faire un commentaire social invitant à la réflexion sur de questions d’actualité comme le sexisme dans le milieu culturel. Le pari est tout à fait réussi et cela s’exprime avant tout par l’incroyable investissement scénique de la distribution, visiblement inspirée par l’intelligence comme l’humour de la production.

Le couple vedette de Susanna et Figaro est brillamment interprété par la soprano Jeanine De Bique et le baryton-basse Luca Pisaroni. Figaro est espiègle, bon-enfant à souhait ; son jeu d’acteur est particulièrement remarquable. Si parfois l’action physique du rôle peut avoir un léger impact sur la projection de la voix, la présence scénique séduisante et magnétique du chanteur conquiert en permanence les cœurs. Avec une présence et une prestance aussi charmante que celle de son binôme et complice, la Susanna de Jeanine De Bique est une révélation ! Elle est excellente dans les ensembles et les duos (« Crudel ! Perché finora » et « Sull’aria… che soave zeffiretto »), et tout simplement ravissante dans ses solos. Le sublime « Deh vieni non tardar » au IV est un sommet d’expression musicale ; dans ce bijou d’amour palpitant au rythme de sicilienne, la Prima Donna Assoluta Jeanine De Bique rayonne et impressionne par la beauté du timbre, la parfaite maîtrise de l’instrument, l’émotion à fleur de peau de la caractérisation… L’auditoire est si fasciné par la magnificence de son talent, et dans une si grande exaltation, qu’il ne peut pas s’empêcher de remplir la salle d’applaudissements, avant la fin du numéro.

Le couple aristocratique du Comte et de la Comtesse est incarné par les fabuleux Gerald Finley et Miah Persson. Elle est touchante dans l’insécurité de son amour et captive par une fragilité pleine de grâce dans l’expression, notamment dans ses deux airs redoutables « Porgi amor » et « Dove sono ». Le Comte du baryton canadien est un formidable mélange de malice et de candeur, avec un magnétisme enchanteur dans le jeu d’acteur, une musicalité saisissante et une parfaite connaissance du rôle. Son air redoutable au III (« Vedro mentr’io sospiro ») est un sommet de brio ; il y démontre avec aisance les nombreuses qualités de son art, et sa voix large et belle, est sans défaut.

Les nombreux rôles secondaires s’accordent à l’excellence du quatuor principal et sont à la hauteur des ambitions et exigences de la production. Si le Chérubin de Rachel Frenkel (en prise de rôle) est avant tout percutant au niveau théâtral, quel plaisir d’entendre Sophie Koch dans le rôle de Marcelline, piquante et touchante ; James Creswell en Bartolo, avec sa si belle voix ; Éric huchet extrêmement à l’aise en Don Basile ou encore Ilanah Lobel-Torres émouvante et drôle Barberine. Remarquons également les performances heureuses des choeurs de l’Opéra (sous la direction d’Alessandro Di Stefano).

 

Enfin, l’Orchestre de l’Opéra sous la direction du génial Louis Langrée se montre plein de brio ; très réactif à l’action, dès la célèbre ouverture qui est exécutée dans le plus grand esprit de l’opéra bouffe, avec des vents brillants et des cordes limpides… Pendant tout l’opus, l’orchestre est un personnage à part entière qui souligne, commente et raconte l’histoire autant que les rôles chantés, voire plus. Un heureux mélange d’amour et d’humour, au service de Mozart, au service du beau. A déguster sans modération au Palais Garnier de l’Opéra National de Paris jusqu’au 28 décembre 2022.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Précédent événement, élu coup de cœur de CLASSIQUENEWS :

TONG-rebecca-cheffe-orchestre-maestra-annonce-concours-PARIS-2020-classiquenewsPARIS, Concours ds cheffes d’orchestre La MAESTRA : Rebecca TONG, lauréate 2020. C’est Rebecca Tong, cheffe d’orchestre résidente du Jakarta Simfonia Orchestra, née en Indonésie, qui a remporté le 18 sept dernier la finale LA MAESTRA depuis la Philharmonie de Paris. Actuellement boursière en direction au Royal Northern College of Music (RNCM), cheffe assistante auprès de deux grands orchestres au Royaume-Uni (le BBC Philharmonic et le Royal Liverpool Philharmonic Orchestra), Rebecca TONG est également lauréate en 2019 d’une bourse de recherche en direction d’orchestres avec le Taki Concordia. Musique symphonique, musique de chambre, opéra : le répertoire dirigé par le Maestra ainsi couronnée est large. En 2019, elle a dirigé Le voyage du Pèlerin de Vaughan William’s et Le Dialogue des Carmelites de Francis Poulenc, plus récemment La Tragédie de Carmen au City Lyric’s Opera (mai 2020). Charisme concentrée, gestuelle précise et diction économe, sensibilité affûtée et exigeante… voici assurément une baguette à suivre.

VOIR Rebecca TONG : répétitions et FINALE du 18 sept 2020 ici (répétition préalable avec la cheffe Rebecca TONG à 1h05’00)

Commentaire : Pour la finale, les cheffes choisissent une œuvre parmi le Divertimento pour orchestre à cordes (3ème mvt) de Bartók, la Symphonie n°3, op. 55 (4ème mvt) de Beethoven, Roméo et Juliette, op. 17 (scène d’amour) de Berlioz, les Variation sur un thème de Haydn, op. 56 de Brahms, le Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy, la Symphonie n°2, op. 62 (2ème et 3ème mvt) de Schumann et Ramifications de Ligeti.

Concernant la création contemporaine, les trois candidates doivent diriger Was Beethoven African?, une œuvre du compositeur italien Fabio Vacchi.

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