samedi 26 septembre 2026

CRITIQUE, opéra. LIEGE, Opéra Royal de Wallonie, le 24 sept 2026. VERDI : Macbeth. L. Micheletti, E, Plonka… Stefano PODA / Giampaolo BISANTI

A lire aussi
image_pdfTélécharger (.pdf)

C’est une véritable claque artistique que nous offre l’Opéra Royal de Wallonie-Liège pour l’ouverture de sa saison. Avec ce Macbeth de Giuseppe Verdi, la maison liégeoise frappe un grand coup et prouve, s’il en était encore besoin, qu’elle figure parmi les scènes lyriques les plus audacieuses et les plus passionnantes d’Europe. Portée par la baguette fougueuse de Giampaolo Bisanti et la vision démiurgique de Stefano Poda, cette nouvelle production est un événement total, une de ces soirées dont on sort transformé, le souffle court et les yeux encore emplis de visions grandioses.

 

C’est d’abord la fosse qui soulève l’enthousiasme : l’Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie-Liège, placé sous la direction de son directeur musical, déploie une intensité dramatique inouïe. Giampaolo Bisanti, qui connaît la partition sur le bout des doigts pour l’avoir notamment dirigée à Vienne, insuffle à cette œuvre sombre une urgence vitale, une tension permanente qui ne se relâche jamais. Sa direction est à la fois précise et incandescente, sculptant les climats avec un sens du théâtre consommé. Les crescendi sont vertigineux, les silences habités, et l’on sent à chaque instant un chef habité par la tragédie shakespearienne, capable de faire palpiter les cordes les plus ténébreuses comme d’embraser les cuivres lors des scènes de banquet hallucinées. Sous sa baguette, la partition de Verdi révèle toute sa modernité, sa violence et sa beauté foudroyante.

 

 

Mais si la fosse est en feu, la scène ne l’est pas moins, grâce à l’art total de Stefano Poda. Le metteur en scène italien, qui signe ici non seulement la mise en scène mais aussi les décors, les costumes, les lumières et la chorégraphie, livre une lecture visuelle d’une puissance rare. Son Macbeth est un tombeau minéral aux parois étouffantes, un labyrinthe d’escaliers vertigineux, où les personnages errent comme des âmes en peine, prisonniers d’un royaume qui se referme sur eux. L’espace scénique monumental, d’une blancheur lunaire, se transforme au fil du drame en une machine infernale, peuplée de corps pétrifiés et de cages mouvantes. Poda orchestre une véritable alchimie scénique où chaque tableau est une vanité, une méditation sur le pouvoir, la peur et la culpabilité. On songe à Pompéi, à l’Homme-Dieu des symbolistes belges, mais on est surtout saisi par la cohérence et la beauté formelle d’un univers qui ne ressemble à aucun autre. Le ballet des sorcières, véritable moteur métaphysique du destin selon Verdi, devient ici une force chorale obsédante, une présence à la fois grotesque et sublime qui hante chaque recoin du plateau.

 

 

La distribution réunie pour cette production est à la hauteur de cette démesure. Luca Micheletti, qui a récemment incarné Macbeth sous la baguette de Riccardo Muti à Turin, compose un usurpateur d’une densité dramatique exceptionnelle. Sa voix de baryton, tour à tour caressante et rugissante, épouse toutes les nuances d’un personnage rongé par l’ambition et la terreur. Face à lui, Ewa Płonka campe une Lady Macbeth d’une intensité glaçante, déjà saluée sur les plus grandes scènes internationales. Sa scène de somnambulisme, portée par un orchestre suspendu et une lumière irréelle, est un moment de pure magie noire, un sommet d’intensité dramatique. Le couple infernal fonctionne à merveille, et leur alchimie scénique donne des frissons. La distribution est complétée avec un soin remarquable par des artistes de premier plan, à l’image de Gianluca Buratto en Banco profondément humain, ou de Matteo Desole en Macduff d’une noblesse bouleversante.

Faut-il le préciser ? Cette production est un triomphe. L’Opéra Royal de Wallonie-Liège ouvre sa saison sous les meilleurs auspices avec un Macbeth qui fera date. Une soirée d’une beauté sombre et envoûtante, où le pouvoir se paie de sang et où l’art, lui, se paie de génie.

 

 

____________________________________________________
CRITIQUE, opéra. LIEGE, Opéra Royal de Wallonie, le 24 sept 2026. VERDI : Macbeth. L. Micheletti, E, Ptonka… Stefano PODA / Giampaolo BISANTI. Crédit photo (c) Jonathan Berger

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)
Derniers articles

CRITIQUE, opéra. GENÈVE, Bâtiment des Forces Motrices, le 24 septembre 2026. F. MARTIN : La Tempête; C. Trottmann, S. Degout, J. Dran, N. Cavallier....

Redécouvrir l’opéra La Tempête de Frank Martin est un choc pour les publics du XXIe siècle. Pour son premier...

Découvrez d'autres articles similaires

- Espace publicitaire -spot_img