CRITIQUE, opéra. PARIS, Opéra-Comique, le 24 janvier 2022. THOMAS : Hamlet. Degout / Devieilhe, Langrée / Teste

devielhe degout hamlet opera comique teste langree critique opera review classiquenewsCRITIQUE, opéra. PARIS, Opéra-Comique, le 24 janvier 2022. THOMAS : Hamlet. Degout / Devieilhe, Langrée / Teste. Bonheur de cette reprise d’Hamlet, déjà produite en 2018 sur les planches de l’Opéra-Comique qui invite quasiment la même distribution gagnante… Le metteur en scène Cyril Teste joue la carte de la vidéo, mieux calibrée dans cette série, avec ses gros plans fouillant la moindre émotion des visages ; avec le tableau de la folie et de la noyade d’Ophélie (fin du IV), frêle figure submergée par un océan projeté qui l’ensevelit littéralement… Aux côtés de Jérôme Boutillier, grand gagnant à Saint-Etienne (et simultanément), le baryton Stéphane Degout affirme toujours à Paris, et depuis une décennie environ, son solide Hamlet… la palette des sentiments, le travail sur l’intériorité et l’urgence souterraine montre combien l’Hamlet de Thomas reste un rôle de poids et de valeur… avant le Pelléas de Debussy. Pour autant, la projection de tant de séquences, de l’effroi murmuré (quand il comprend qu’Ophélie est morte), aux cris déchirants du prince dévoré par l’esprit de vengeance, aurait gagné à davantage de souplesse et souvent une conception plus cohérente du personnage: son « O vin dissipe ma tristesse » est assumée affirmé, droit, comme distancié, presque trop insouciant, sans les meurtrissures et amertumes du fils endeuillé et blessé…

Plus cohérente à notre avis, sur toute l’étendue du personnage pendant l’action, l’Ophélie de Sabine Devieilhe trouve dans la continuité donc, une sincérité plus crédible, moins posée : intérieure, naturelle, essentiellement tournée sur sa douleur langoureuse qu’elle exprime dans son grand air « A vos jeux mes amis », sans surexposer les vocalises.

Rien à redire au Claudius de Laurent Alvaro, bien construit et bien chantant ; au spectre abyssal de Jérôme Varnier ; au Laërte séducteur de Pierre Derhet ; au Chœur Les éléments, présent, impliqué. Dommage cependant que le direction de Louis Langrée recherche davantage le brillant, a contrario de l’introspection progressive de Hamlet, d’Ophélie. Petite réserve tant la production fait par sa globalité expressive, un spectacle prenant de bout en bout.

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CRITIQUE, opéra. PARIS, Opéra-Comique, le 24 janvier 2022. THOMAS : Hamlet. Degout / Devieilhe, Langrée / Teste. Photos : © Vincent Pontet

Hamlet : Stéphane Degout
Ophélie : Sabine Devieilhe
Claudius : Laurent Alvaro
Gertrude : Géraldine Chauvet
Laërte : Pierre Derhet
Le Spectre : Jérôme Varnier
Marcellus, 2ème Fossoyeur : Yu Shao
Horatio, 1er Fossoyeur : Geoffroy Buffière
Polonius : Nicolas Legoux

Chœur Les éléments
Chef de chœur : Joël Suhubiette
Orchestre des Champs-Élysées
Louis Langrée, direction
Mise en scène : Cyril Teste

POITIERS: grand concert RAVEL au TAP

POITIERS, TAP. Mar 21 mai 2019. CONCERT RAVEL, OCE, Langrée. Bain de musique française ravélienne pour l’Orchestre des Champs Élysées. Le chef flamand Philippe Herreweghe a façonné l’Orchestre des Champs-Élysées, exceptionnelle phalange sur instruments d’époque, avec lequel le maestro a renouvelé notre approche de Schumann, Mahler, Brahms, Bruckner : révélant dans leur clarté d’origine, les couleurs et ce goût des timbres inventés en leur temps par chaque compositeur. C’est aujourd’hui tout un travail de mesure, d’approfondissement et de mise en forme qui aura « sublimé » les œuvres du romantisme allemand.

 
 
 

SOMPTUEUX CONCERT RAVEL A POITIERS

 
 

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Changement de cap avec le premier chef invité de l’Orchestre qui a sa résidence à Poitiers, Louis Langrée (par ailleurs directeur de l’Orchestre symphonique de Cincinnati). Le maestro français dont on sait le goût de l’opéra et du drame symphonique, dirige ici les instrumentistes dans un concert ambitieux, dédié au génie de la musique française du XXè (avec Debussy) : Maurice Ravel. Ravel a réinventé le langage orchestral, habile alchimiste des timbres et des couleurs instrumentales, dans la mouvance de ses prédécesseurs Berlioz et Rameau. Ravel fusionne tous les registres, de l’intime à l’orgiaque, de l’innocence à la féerie sensuelle, à la fois voluptueuse et mystique, onirique et introspective voire intime. Grâce à lui, ressuscite le souffle du rêve (comme Albert Roussel) mais avec une délicatesse de ton et une fureur (rentrée) qui témoigne d’une connaissance accrue des timbres de l’orchestre.
Après Debussy la saison dernière, voici un bain de couleurs et de fine texture signé Maurice Ravel. Parmi le catalogue de ses œuvres symphniques, Ma Mère L’Oye qui plonge en plein songe des contes et légendes (cycle inspiré des Charles Perrault), et aussi, œuvre chatoyante s’il en est, Shéhérazade – entre sensualité et mystique poétique, dont désirs et vertiges, attentes et espoirs sont incarnés ici par Fatma Said, jeune soprano égyptienne, que d’aucuns comparent déjà à… Maria Callas. Rien de moins.

 
 
 

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Illustrations : Maurice Ravel – Louis Langrée (DR)

 
 
 

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POITIERS, TAPboutonreservation
Mardi 21 Mai 2019, 20:30
Auditorium

MAURICE RAVEL
Shéhérazade – ouverture de féérie,
Shéhérazade – poèmes pour chant et orchestre,
Ma mère l’Oye,
La Valse

Orchestre des Champs Elysées
Louis Langrée, direction
Fatma Said, soprano
Durée : 1h25 avec entracte

 
 
 

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https://www.tap-poitiers.com/spectacle/ravel/#js-accordion-1

 
 
 

Compte-rendu, concert. Poitiers, Auditorium, le 4 février 2016. Chausson, Debussy… Orchestre des Champs Elysées. Louis Langrée

SOMPTUEUX CONCERT SYMPHONIQUE A POITIERS. Pour son premier concert de l’année 2016, l’Orchestre des Champs Elysées a invité le chef Louis Langrée à diriger un programme composé uniquement d’oeuvres françaises de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Pour cette soirée exceptionnelle, l’Orchestre des Champs Elysées a également invité la mezzo soprano saintaise Gaëlle Arquez.

En ouverture, Louis Langrée lance l’Hymne à la justice d’Albéric Magnard (1865-1914). Rapidement Magnard fut l’un des soutiens du capitaine Alfred Dreyfus ; choqué par l’évident déni de justice que constituait l’affaire Dreyfus, Magnard, après Emile Zola et son célèbre “J’accuse” (publié en 1898), compose une œuvre cinglante, forte, intense. A sa façon, il fait transparaitre nettement le dégoût que lui inspire la situation du capitaine Dreyfus. Dès les premières mesures, Louis Langrée dirige l’Orchestre des Champs Elysées avec une énergie et une maîtrise manifeste ; la battue du chef est claire, nette, précise, implacable ; avec les musiciens, il entraîne le public au cœur même de l’affaire Dreyfus : l’effrayant déni de justice qu’elle constitue. La violence de la première partie de l’oeuvre de Magnard décrit bien la détresse du malheureux capitaine et de ses soutiens. Si la suite de l’hymne est plus apaisée, elle n’en montre pas moins à quel point la notion même de justice a été malmenée, voire bafouée, niée sous un torrent de boue et de mensonges jamais reconnus par ailleurs. Langrée s’approprie le chef d’oeuvre de Magnard avec une virtuosité peu commune; en grand défenseur de la musique française, il impulse une vie et un dynamisme saisissants à cet hymne dense, plein de colère, de tristesse et, en même temps, d’espoir

langree1Après une brève pause, Louis Langrée revient avec la mezzo soprano Gaëlle Arquez pour la seconde œuvre du programme : Poème de l’amour et de la mer op.19 d’Ernest Chausson (1855-1899). Tout comme dans l’Hymne à la justice, Louis Langrée dirige d’une main ferme et souple une œuvre qui préfigure ce que sera La mer quelques années plus tard. Gaëlle Arquez, la régionale de l’étape, – elle est en effet née à Saintes-, est dotée d’une jolie voix de mezzo. Si la jeune femme connaît bien l’oeuvre, la diction est parfois aléatoire ; regrettable défaillance d’autant que les poèmes de Maurice Bouchor (1855-1929) sont superbes. Néanmoins la jeune femme s’implique totalement dans une œuvre qui, sous une apparente facilité, est complexe, pleine de pièges et très difficile à interpréter. Remarquablement dirigée par un chef qui connaît parfaitement ce répertoire, Gaëlle Arquez fait entendre une couleur vocale somptueuse et expressive même si la voix est parfois couverte par les musiciens; cependant l’orchestre accompagne la mezzo avec sensibilité et efficacité.

Après l’entracte, Louis Langrée et l’Orchestre des Champs Elysées attaquent la seconde partie du programme consacrée à Claude Debussy (1862-1918). Avec La mer, nous retrouvons un peu de l’esprit du Poème de l’amour et de la mer de Chausson créé une dizaine d’années auparavant. Le chef, debussyste avéré, dirige La mer conciliant fermeté et souplesse ; il cisèle la partition sans jamais l’alourdir. L’Orchestre des Champs Elysées aborde le cycle purement orchestral avec une maîtrise quasi parfaite ; et la direction précise et dynamique de Louis Langrée galvanise les musiciens. Après des applaudissements très nourris saluant une performance remarquable, le chef annonce le bis; et c’est une autre pièce de Debussy : Prélude à l’après midi d’un faune. Après la violence des vents marins de La mer, sa houle océane impétueuse, scintillante,  chef et musiciens, soudés et complices, réalisent une lecture alerte et enjouée du Prélude ; les interventions solos sont excellentes et l’orchestre joue avec un plaisir évident sous la direction d’un chef survolté par une ambiance très chaleureuse.

C’est un concert de très haute volée que l’Orchestre des Champs Elysées a proposé à un public venu nombreux. D’autant que le programme, exclusivement français, était dirigé par Louis Langrée, grand défenseur de ce répertoire. La présence de Gaëlle Arquez pour interpréter Le poème de l’amour et de la mer a apporté une touche lumineuse à la soirée. Plénitude et cohérence du son de ce concert symphonique et lyrique ont convaincu, apportant à Saintes, un nouveau jalon mémorable de sa saison symphonique. On regrette qu’un disque n’en perpétue pas le souvenir ni la totale réussite.

Compte-rendu, concert. Poitiers. Auditorium, le 4 février 2016. Albéric Magnard (1865-1914) : Hymne à la justice op.14, Ernest Chausson (1855-1899) : Poème de l’amour et de la mer op.19, Claude Debussy (1862-1918) : La mer, trois esquisses symphoniques pour orchestre, Prélude à l’après midi d’un faune (bis). Gaëlle Arquez, mezzo soprano, Orchestre des Champs Elysées. Louis Langrée, direction.