mercredi 23 septembre 2026

CRITIQUE, opéra. MONACO, Salle Garnier, le 22 février 2026. DEBUSSY : Pelléas et Mélisande. H. Rendall, L. Desandre, G. Finley, L. Naouri… Jean-Louis Grinda / Kazuki Yamada

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André Peyrègne
André Peyrègne
André PEYREGNE est Président d’honneur de la Fédération Française d’Enseignement Artistique, Chroniqueur en Histoire et Musique de Nice-Matin, Collaborateur de Radio France et France Télévision et Ecrivain (son dernier livre paru : "Petites histoires féminines de la grande musique" - Editions Desclée de Brouwer)
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Jean-Louis Grinda n’est pas homme à laisser les assassins en liberté. A la fin de sa prenante mise de Pelléas et Mélisande de Claude Debussy à l’Opéra de Monte-Carlo, il fait arrêter et menotter Golaud, meurtrier de Pelléas. Un tueur en moins dans la nature ! Par les temps qui courent, c’est rassurant.

 

Heureusement que le public, lui, n’est pas menotté. Car il applaudit à tout rompre un spectacle exaltant. Jean-Louis Grinda, qui nous a habitués à des mises en scène « réalistes », est ici en pleine abstraction. Ses décors sont constitués de panneaux mobiles noirs ou blancs et de tubes lumineux colorés. Dans cet environnement géométrique, il agit sur les personnages autant que sur les éclairages et parvient à faire palpiter l’humanité du drame. C’est le principal. On est pris. C’est du beau travail !

La distribution vocale est quasi idéale. Huw Montague Rendall – Pelléas – entre en scène avec cette jeunesse grave qui ne s’apprend pas. Sa voix souple, au timbre clair et cependant nourri, épouse les méandres de la musique debussyste. Rien d’appuyé : tout semble naître d’un souffle intérieur. Magnifique Pelléas ! A ses côtés, Lea Desandre est une Mélisande d’eau vive. Sa voix charnue, charnelle, qui donne consistance à son personnage, coule, ondule comme sa chevelure qui glisse du haut de la tour.

Gerald Finley est un Golaud superbe. Il prête à son personnage ses graves sombres, sa voix corsée, ses emportements d’homme rongé par la jalousie. Sa colère brûle sans jamais se départir d’une douloureuse humanité. En Arkel, Laurent Naouri déploie une majesté sombre, une profondeur presque minérale. Il a la gravité des vieux rois qui savent que le monde leur échappe et qui, pourtant, continuent d’en porter le poids. Jenifer Courcier est un Yniold délicieux, frémissant comme un oiseau innocent. Enfin Marie Gautrot, bonne musicienne, donne de la consistance à Geneviève, cette vieille mère qui a beaucoup vu et beaucoup tu.

Dans la fosse, l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo nous ravit à la fois par sa cohérence sonore et par la beauté de ses solos. À sa tête, Kazuki Yamada insuffle un élan souple, une lumière diffuse — cette clarté irisée qu’exige la musique de Debussy. Au loin, le chœur donne à ses interventions le poids d’un songe.

Lorsqu’on sort du spectacle, dans la nuit monégasque déjà printanière, vibre encore en nous cette belle phrase de Pelléas à Mélisande : « On dirait que ta voix a passé sur la mer ». A quelques pas de là, la Méditerranée poursuit son éternel murmure.

 

 

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CRITIQUE, opéra. MONACO, Salle Garnier, le 22 février 2026. DEBUSSY : Pelléas et Mélisande. H. Rendall, L. Desandre, G. Finley, L. Naouri… Jean-Louis Grinda / Kazuki Yamada. Crédit photo (c) Marco Borelli

 

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