Dès l’ouverture, ample mouvement introductif de plus de 9mn, le chef Martyn Brabbins inscrit la partition dans une tension continue alliant dépression tragique et langueur inquiète. Il suit les aléas anxiogènes du livret de John Henry Newmann écrit en 1865 et qui témoigne de la foi de l’écrivain, converti de l’anglicanisme au catholicisme. Ainsi s’annonce la quête d’une âme inquiète, qui aux portes de la mort et du grand saut, espère, implore pour l’obtention du salut…
Tandis que les cordes de l’Orchestra of OPERA NORTH (Leeds, GB) veillent à la souplesse expressive, agent d’une évidente élégance, les solistes et surtout l’excellent chœur requis, inscrivent la réalisation de l’oratorio à l’opéra.
Le dénuement de Gerontius, âme solitaire se confrontant à sa propre finitude, a des accents (pleinement assumés) wagnériens, au point qu’à travers le long lamento de Gerontius, se profile la souffrance métaphysique de Tristan.
L’assise des deux chœurs sollicités (Huddersflied Choral Society et le RNCM Chamber) Choir réalise l’activité spécifique qu’Elgar réserve à la masse chorale ; accompagnant comme une énergie thuriféraire le héros éprouvé dans son ultime périple terrestre. Force continument active, et grâce à l’engagement des choristes requis, véritable personnage à part entière, ils confère et le souffle épique comme l’ampleur émotionnelle… Démons accusateurs, anges compatissants, enfin âmes du Purgatoire, les voix collectives apportent dans leur caractérisation contrastée, tous les ressorts d’une action opératique. Toute la réussite réside dans une réalisation proche du texte et des situations, qui sait s’impliquer sans enflures ni pathos.
CD 1 – A la suite de l’ample prélude – aux accents parsifaliens, le ténor David Butt Philip exprime toutes les interrogations d’un Gerontius exténué, au crépuscule d’une vie forcenée, éreintante et qui trouve l’illusion d’une sérénité retrouvée en invoquant Jésus et Marie (plage 5 : inquiétude et agitation d’un agonisant profond insatisfait : « Sanctus fortis, Sanctus Deus. »)…
Pendant l’interpellation du baryton Roland Wood (le Prêtre- précisément, plage 7 : « Profiscere… »), l’orchestre et le chœur expriment le sentiment de compassion fraternelle qui permet au mourant de garder confiance et poursuivre son cheminement. Toute la partition accomplit cette élévation, du terrestre au céleste, dans un acte de transformation spirituelle de la conscience.
CD2 – L’Ange de Karen Cargill, voix puissante (et parfois trop vibrée) ne manque pas d’épaisseur ni de cette volonté qui guide l’âme vers l’issue de sa quête. Après le spectaculaire (et très dramatique) chœur des démons (plage 6 : « Low-born clods of brute eath… »), l’Ange et l’Âme renforcent leur duo dans une séquence plus apaisée (plage 7), à laquelle répond et participe le choeur accueillant et réconfortant des femmes (anges bénéfiques : « The was a mortal ») au caractère d’effusion fauréenne…
Toute la seconde partie réalise ce passage du terrestre au spirituel, jalonnant la partition orchestrale et chorale, de plusieurs points
Les interprètes édifient peu à peu cette élévation annoncée – grâce à l’ange thuriféraire auquel se joint l’Ange de l’Agonie (le même Roland Wood, plage 12 : « Jesus ! By that shuddering dread… »), avant qu’au seuil de délivrance, se précise le geste miséricordieux, aimant, précisément enveloppant de l’Ange (14 : « Soflty and gently, dearly-ransomed soul / In my most loving arms I now enfold thee… / Doucement, tendrement, âme chèrement rachetée / Dans mes bras les plus aimants, je t’enveloppe maintenant…», diffuse consolation et acceptation.
Le geste du chef, fédérateur et dramatique, la justesse des deux chœurs, – d’un engagement superlatif pour chaque caractérisation, expriment idéalement le cadre hors normes de l’oratorio d’Elgar qui appelait « cantate sacrée » sa partition. Il faut trouver un point d’équilibre entre les séquences intimistes, – monologue initial de Gerontius, intervention de l’Ange, duo suspendu entre les deux, et les masses spectaculaires des grands tableaux collectifs (la nuées agressives des démons accusateurs). La présente lecture d’Opera North réussit cette alliance expressive et poétique, éclairant la direction générale de cette ample scène opératique, des ténèbres intranquilles à la sérénité lumineuse, extatique de la fin.
__________________________________________
CRITIQUE CD événement – SIR EDWARD ELGAR (1857–1934) : The Dream of Gerontius, opus 38 – words by Cardinal John Henry Newman (1801–1890)
Gerontius : DAVID BUTT PHILIP, ténor
Angel : KAREN CARGILL, soprano
Priest & Angel of the Agony : ROLAND WOOD, baryton
HUDDERSFIELD CHORAL SOCIETY
ORCHESTRA OF OPERA NORTH
RNCM CHAMBER CHOIR
Martyn Brabbins (direction)
2 cd Hyperion CDA68461/2
___________________________________
LIRE aussi notre présentation / annonce du cd ELGAR : the Dream of Gerontius. Huddersfield Choral Society, Orchestra of Opera North, RNCM CHAMBER CHOIR, Martyn Brabbins, direction (2 cd Hyperion) : https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-elgar-the-dream-of-gerontius-huddersfield-choral-society-orchestra-of-opera-north-rncm-chamber-choir-martyn-brabbins-direction-2-cd-hyperion/
____________________________________________________





