Poitiers. CinĂ©ma “le Castille”, le 5 juillet 2015; en direct du Royal Opera House de Londres. Rossini : Guillaume Tell, opĂ©ra en quatre actes d’après un livret de Étienne de Jouy et Hippolyte Bis. GĂ©rald Finley, Guillaume Tell; John Osborn, Arnold Melcthal; Malin Byström, Mathilde; Alexander Vinogradov, Walter Furst; Sofia Fomina, Jemmy … Choeur du Royal Opera, Orchestre du Royal Opera; Antonio Pappano, direction. Damiano Michieletto, mise en scène; Paolo Fantin, dĂ©cors; Carla Teti, costumes; Alessandro Carletti, lumières.

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L’opĂ©ra au cinĂ©ma est depuis quelques annĂ©es une pratique plĂ©biscitĂ©e qui permet au plus grand nombre, souvent en fauteuils plus confortables que dans les salles habituelles, et Ă  moindre coĂ»t, de suivre les saisons lyriques de part le monde. C’est pourquoi CLASSIQUENEWS a fait le choix de rendre compte  des retransmissions d’opĂ©ra au cinĂ©ma…  C’est le dernier opĂ©ra de la saison 2014/2015 qui a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© en direct de Londres dans le monde entier en ce dimanche après midi. Pour clore sa saison, le Royal Opera House propose Ă  son public une nouvelle production l’ultime chef d’oeuvre de Gioachino Rossini (1792-1868) : Guillaume Tell. L’oeuvre est prĂ©sentĂ©e dans sa version française, la version originale (crĂ©Ă©e en1829 Ă  l’OpĂ©ra de Paris); celle en italien, la plus jouĂ©e pourtant, fut crĂ©Ă©e Ă  Lucques en 1831. Pour cette nouvelle production le Royal Opera House a invitĂ© une distribution internationale avec quelques artistes de premier plan comme GĂ©rald Finley, John Osborn, Nicolas Courjal; et c’est le metteur en scène Damiano Michieletto qui a Ă©tĂ© convoquĂ© pour monter ce Guillaume Tell.

 

 

 

Chanteurs crédibles mais scène visuelle provocante, ce Guillaume Tell londonien marque les esprits

Guillaume Tell occupe le Royal Opera House

 

finley guillaume tell rossini royal opera house covent garden comptre rendu critique classiquenewsSi Damiano Michieletto fourmille d’idĂ©es, notamment pour marquer l’oppression de la Suisse par l’armĂ©e autrichienne, il n’Ă©tait peut-ĂŞtre pas nĂ©cessaire de rĂ©aliser une mise en scène aussi brutale dont le summum est  atteint dans la scène de viol au troisième acte. D’ailleurs le scandale a Ă©tĂ© tel (des huĂ©es ont, semble-t-il ponctuĂ© ladite reprĂ©sentation et ont vilipendĂ© le metteur en scène aux saluts finaux) que Michieletto a Ă©tĂ© contraint d’Ă©dulcorer sĂ©rieusement la scène en question (plus de scène de nuditĂ©, plus de cris de dĂ©tresse). Inutile aussi le finale de l’acte deux au cours duquel Guillaume, Walter et le choeur se mettent torse nu pour s’asperger de sang de synthèse; Que Michieletto veuille centrer sa mise en scène autour de l’oppression autrichienne, soit, ce parti pris est acceptable et assez crĂ©dible, mais il pousse son concept trop loin : – l’allusion est mère de poĂ©sie et d’équilibre théâtral : en montrant trop et de façon aussi rĂ©pĂ©titive finit par agacer. Ce que nous regrettons aussi au milieu de dĂ©cors, plutĂ´t rĂ©ussis (la prĂ©sence de terre sur tout pour signifier la terre nourricière, l’amour de la terre, au sens amour de la patrie – s’avère ĂŞtre une idĂ©e excellente), et de lumières superbes, ce sont des costumes et des accessoires totalement hors sujet. Soit, au XIVe siècle le canon avait fait son apparition (il Ă©tait arrivĂ© en France vers 1313) mais les mitraillettes, mitrailleuses et autres revolvers Ă©taient totalement inconnus en 1307, n’ayant fait leur apparition dans l’Ă©quipement militaire qu’au XXe siècle, et Ă©voluant sans cesse entre les deux guerres (elles Ă©quipaient les armĂ©es amĂ©ricaines et europĂ©ennes pendant la seconde guerre mondiale). Dommageable Ă©galement l’idĂ©e de faire Ă©voluer solistes et choeur dans un espace rĂ©duit alors que la scène du Royal Opera House permet de faire plus et mieux. (Photo ci avant : Gerald Finley)

Vocalement, en revanche, nous n’avons que des satisfactions. Guillaume Tell Ă©tant prĂ©sentĂ© dans sa version originale, la version française, nous pouvions nous inquiĂ©ter pour la diction; contredisant nos craintes, elle Ă©tait excellente, mĂŞme si elle Ă©tait parfois alĂ©atoire dans quelques scènes de choeur. Pour le rĂ´le titre, le Royal Opera House a invitĂ© le baryton canadien GĂ©rald Finley; Il est dans une forme exceptionnelle et campe un Guillaume impĂ©rial d’un bout Ă  l’autre de la reprĂ©sentation. Finley nous montre un Guillaume certes tiraillĂ© par des sentiments contradictoires mais prenant les bonnes dĂ©cisions quand il le faut, soutenu en cela par sa femme et son fils puis par Mathilde, soutien de toute la famille Tell Ă  partir du troisième acte. Saluons Ă©galement une diction quasi parfaite et l’ovation largement mĂ©ritĂ©e qu’il reçoit tant pour son interprĂ©tation de la prière “Sois immobile” et aux saluts finaux. C’est John Osborn qui prĂŞte ses traits et sa voix Ă  Arnold Melcthal; le tĂ©nor amĂ©ricain, qui connait bien le rĂ©pertoire rossinien, et Guillaume Tell en particulier a Ă©voluĂ© de façon surprenante et de façon très positive. La voix et ferme et les aigus balancĂ©s avec une assurance remarquable; et tout comme Finley la diction est excellente. TiraillĂ© entre son amour pour Mathilde et son amour pour son pays, c’est l’assassinat de son père par Gessler qui le pousse Ă  rejeter l’ennemie de sa patrie, dut-il pour cela sacrifier l’amour qu’il lui porte; Osborn reçoit un accueil chaleureux très mĂ©ritĂ© pour son interprĂ©tation d’ “Asile hĂ©rĂ©ditaire” projetĂ©, incarnĂ© avec une sensibilitĂ© poignante. CĂ´tĂ© femmes saluons la très belle Mathilde de Malin Byström et l’honorable Hedwige de Enkelejda Shkosa; Sofia Fomina campe certes un Jemmy juvĂ©nile et courageux mais elle est un cran en dessous de ses deux collègues. ComplĂ©tant avec talent la distribution des rĂ´les principaux, Nicolas Courjal incarne un Gessler cruel Ă  souhait; et si la mise en scène dessert Mathilde et les Suisses, elle permet Ă  Courjal de s’Ă©panouir telle une fleur … mortellement venimeuse. Parmi les rĂ´les secondaires, saluons les très belle performances de Eric Halfvarson (Melcthal), Alexander Vinogradov (Walter Furst) et Michael Colvin (Rodolphe). Si les solistes ont rĂ©alisĂ© des prouesses remarquables, le choeur, personnage Ă  part mais indispensable dans Guillaume Tell, a Ă©tĂ© lui aussi exceptionnel. Les effectifs ont Ă©tĂ© quasiment doublĂ©s pour l’occasion et ont Ă©tĂ© parfaitement prĂ©parĂ©s par leur chef de choeur, Renato Balsadonna. Musicalement et vocalement, la performance est idĂ©ale et la diction est presque parfaite car au cours de quelques scènes, notamment dans les ensembles, elle n’Ă©tait pas toujours très nette.

 

 

 

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Dans la fosse, l’Orchestre du Royal Opera House, survoltĂ©, joue Ă  la perfection. Antionio Pappano qui connait le chef d’oeuvre de Rossini par coeur, ses explications durant les reportages d’entractes sont d’ailleurs parfaitement claires et très concises, dirige son orchestre avec maestria, ciselant chaque,scène, chaque note, tel l’orfèvre travaillant un chef d’oeuvre; gĂ©nĂ©reux en tempi vifs, Pappano parvient Ă  trouver un juste milieu entre la fosse et le plateau. Une fois passĂ©s les alĂ©as de la première avec sa dose de scandale, de huĂ©es et autres interpellations Ă  son Ă©gard, Pappano peut enfin diriger une oeuvre qu’il aime tout particulièrement et pour laquelle il trouve toujours de nouveaux angles d’approche. L’ouverture, joyau instrumental est menĂ©e tambour battant donnant ainsi le ton de la soirĂ©e. Et les “bravo” qui fusent après entre la fin de l’ouverture et le dĂ©but du premier acte saluent Ă  juste titre une interprĂ©tation dynamique.

Musicalement et vocalement, cette nouvelle production de Guillaume Tell, -absent Ă  Londres depuis 1992-, est remarquable par la rĂ©union de multiples talents qui se transcendent pour sublimer l’ultime opĂ©ra de Rossini; en revanche scĂ©niquement Damiano Michieletto donne un coup d’Ă©pĂ©e dans l’eau. Certes il y a beaucoup d’idĂ©es mais aucune n’est vĂ©ritablement mise en valeur tant la mise en scène est brutale, lourde et souvent rĂ©pĂ©titive, inutilement sanguinolente, inutilement sauvage. La scène de viol au troisième acte, toute Ă©dulcorĂ©e qu’elle soit, n’Ă©tait pas nĂ©cessaire – mĂŞme si comme le prĂ©cise Kasper Holten (le directeur gĂ©nĂ©ral du Covent Garden) chaque occupation est oppressive et entraine forcĂ©ment des exactions de ce type. Souhaitons tout de mĂŞme que le succès soit au rendez-vous des dernières reprĂ©sentations de la sĂ©rie et donc de la fin de la saison 2014/2015 du Royal Opera House.

 

 

 

Poitiers. CinĂ©ma “le Castille”, le 5 juillet 2015; en direct du Royal Opera House de Londres. Gioachino Rossini (1792-1868) : Guillaume Tell, opĂ©ra en quatre actes d’après un livret de Étienne de Jouy et Hippolyte Bis. GĂ©rald Finley, Guillaume Tell; John Osborn, Arnold Melcthal; Malin Byström, Mathilde; Alexander Vinogradov, Walter Furst; Sofia Fomina, Jemmy ; Enkelejda Shkosa, Hedwige; Nicolas Courjal, Gessler; Eric Halfvarson, Melctal; Michael Colvin, Rodolphe; Samuel Dale Jonhson, Leuthold; Enea Scala, Ruodi. Choeur du Royal Opera, Orchestre du Royal Opera; Antonio Pappano, direction. Damiano Michieletto, mise en scène; Paolo Fantin, dĂ©cors; Carla Teti, costumes; Alessandro Carletti, lumières.