mercredi 17 juillet 2024

CRITIQUE, Opéra. LIMOGES, le 17 mars 2023. GOUNOD : Faust. J. Dran / G. Philiponet / N. Cavallier / A. Séguin… C. Brumachon & B. Lamarche / P. Baleff.

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.

 

 

Le 17 mars 1963, la ville de Limoges inaugurait son nouvel opéra, et son directeur Alain Mercier a choisi de fêter les 60 ans de son théâtre en mettant Faust de Gounod à l’affiche, le plus emblématique des opéras français aux côtés de Carmen. Si le titre est loin d’être rare, la proposition scénique était plus originale, car confiée aux danseurs / chorégraphes Claude Brumachon et Benjamin Lamarche.

Ce ne sont pas les exemples qui manquent non plus, d’opéras chorégraphiés, tels les mythiques Orfeo de Trisha Brown ou Pina Bausch, ou autre Didon et Enée par Sasha Waltz, mais c’est une excellente idée d’avoir « mis en pas » le mythe de Goethe, qui finalement se prête plutôt bien à l’exercice. Tous les rôles principaux, Faust, Méphistophélès, Marguerite, Valentin et Siébel ont donc ici un double – danseurs ou danseuses (de la Compagnie « Sous la peau »). Ces doubles, très dénudés et aux corps sculpturaux, femmes comme hommes, font assaut de mouvements tout à tour saccadés ou sensuels, et apparaissent comme les inconscients et / ou les états d’âme des personnages, dont ils révèlent la nature tourmentée ou démoniaque. Au même moment, la scénographie (conçue par Fabien Teigné) se montre des plus dépouillée (très belle « Nuit de Walpurgis » se déroulant dans une forêt de troncs calcinés), tandis que les costumes (signés Hervé Poeydemenge) nous plongent à l’époque du livret. Mais quelle étrange idée, dans un Faust « chorégraphié », d’avoir mis au placard le grand ballet de l’acte V ?…

 

Pour ses 60 ans,
l’Opéra de Limoges imagine
un FAUST chorégraphique
vocalement et orchestralement passionnant

La distribution réunie ce soir à Limoges porte haut le chant français, car à la suite du retrait de l’égyptienne Amina Edris (en Marguerite) et du serbe David Bizic (en Valentin), c’est un cast 100 % français qu’a finalement réuni Josquin Macarez, le sagace conseiller aux voix qui seconde Alain Mercier dans son très intéressant travail au sein de l’institution lyrique limougeaude. A commencer par Gabrielle Philiponet, que nous avions déjà entendue dans sa partie à l’Opéra de Saint-Etienne en 2018, et qui incarne la plus frémissante et la plus bouleversante des Marguerite. A nouveau, elle impose un chant qui allie merveilleusement énergie et élégance, discipline vocale et expression passionnée. Son excellente prononciation, ainsi que le soin apporté au respect du style de l’ouvrage, ajoutent à la performance de l’artiste. Elle assume vocalement et sans aucune faille ce rôle périlleux, y compris dans ses composantes les plus sombres (scène de l’église). Une grande Marguerite assurément !

Ténor « chouchou » de la maison, le ténor bordelais Julien Dran, déjà présent le mois dernier sur cette même scène dans La Dame blanche de Boieldieu, gratifie l’auditoire de son habituelle voix claire et racée, à l’impeccable phrasé, avec une quinte aiguë rayonnante, doublée d’admirables nuances et allègements idoines, notamment dans son air « Salut ! Demeure chaste et pure ». De son côté, Nicolas Cavallier compose un Méphisto qui a de l’allure, du chic, du mordant, d’autant plus convaincant qu’il ne force jamais le trait. Il parvient ainsi à dégager son personnage de tout pompiérisme, sans rien lui ôter de sa dimension satanique. Quant à la voix, elle demeure toujours aussi magnifiquement timbrée.
La jeune mezzo corse Eléonore Pancrazi confirme, avec un Siébel plein de juvénilité et d’ardeur, les espoirs que l’on fonde sur elle, quand Anas Séguin campe un excellent Valentin, magnifiquement timbré, auquel il sait donner la spontanéité un peu brute qui convient à ce personnage. En Dame Marthe, la mezzo montpelliéraine Marie-Ange Todorovitch est irrésistible de drôlerie, en femme « mûre » encore tiraillée par ses sens, avec une voix qui n’a par ailleurs rien perdu de sa superbe. Enfin, Thibaut De Damas est un convaincant Wagner, tandis que le Chœur de l’Opéra de Limoges s’avère superbement préparé par Arlinda Roux Majollari.

Dernier bonheur de la soirée : la direction tout feu tout flamme du chef bulgare Pavel Baleff, nouveau chef principal et directeur musical associé de la maison limougeaude, lequel parvient à tirer de l’Orchestre de l’Opéra de Limoges une grande force dramatique, tout en démontrant une maîtrise de la partition tout à fait exceptionnelle. Profondément engagée, fiévreuse et passionnée, sa lecture toute en nuances impressionne par son audace, n’hésitant pas à aller du pianissimo le plus ténu au fortissimo le plus lyrique, pour atteindre des sommets d’émotion dans les scènes les plus dramatiques de l’ouvrage. Bravi tutti !

 

 

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CRITIQUE, Opéra. LIMOGES, le 17 mars 2023. GOUNOD : Faust. J. Dran / G. Philiponet / N. Cavallier / A. Séguin… C. Brumachon & B. Lamarche / P. Baleff. Photos © Steve Barek

 

 

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TEASER VIDÉO : Faust – dualité musicale et chorégraphique – à l’Opéra de Limoges

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