mercredi 16 septembre 2026

CRITIQUE, opéra. GENEVE, Bâtiment des Forces motrices, 26 avril 2006. PUCCINI : Madame Butterfly. Corinne Winters, Stephen Costello, Andrey Zhilikhovsky, Kai Rüütel-Pajula… Barbora Horakova / Antonino Fogliani

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André Peyrègne
André Peyrègne
André PEYREGNE est Président d’honneur de la Fédération Française d’Enseignement Artistique, Chroniqueur en Histoire et Musique de Nice-Matin, Collaborateur de Radio France et France Télévision et Ecrivain (son dernier livre paru : "Petites histoires féminines de la grande musique" - Editions Desclée de Brouwer)
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Avec son nom qui annonce l’hiver et sa voix qui exalte le printemps, Corinne Winters est actuellement l’une des plus belles Butterfly qu’on puisse entendre sur la scène internationale. Elle triomphe en ce moment dans l’opéra de Giacomo Puccini au Grand Théâtre de Genève – transféré dans le vaste Bâtiment des Forces Motrices pendant la réfection du bâtiment principal.

 

Corinne Winters habite la scène, l’enchante, la bouleverse. Sa voix, souple comme la soie, d’une irréprochable musicalité, semble naître de chaque geste. Et puis il y a ce miracle : la vérité – la vérité de son personnage. L’émotion qu’elle dégage vous prend à la gorge. Ah, Cio-Cio San… « femme-papillon », d’une grâce si poignante qu’elle en devient presque insoutenable !

Le duo d’amour du premier acte, qu’elle tisse avec Stephen Costello, a une intensité rare. Lui, ténor clair, aux aigus francs et lumineux, campe un séduisant Pinkerton. Dans l’affaire, il y a un troisième partenaire qui fait merveille : l’Orchestre de la Suisse Romande, dirigé par Antonino Fogliani. L’orchestre respire, ondule, se replie, bondit comme une mer en mouvement. De ses profondeurs jaillissent des solos d’une exquise finesse.

Autour du couple tragique de la soprano et du ténor gravitent d’autres présences, solides et sensibles : Andrey Zhilikhovskly prête à son magnifique Sharpless une humanité grave, tandis que Kai Rüütel-Pajula, belle mezzo, nous offre une Suzuki attentive, chaleureuse. Son duo du troisième acte avec Corinne Winters est un moment suspendu, tissé de douleur retenue.

Tout cela se déroule dans la mise en scène subtile et esthétique de Barbora Horakova. Le décor est constitué d’une maison aux parois mobiles et transparentes, entre lesquelles vont et viennent les ombres du passé. La metteuse en scène a imaginé l’histoire comme un retour : l’enfant de Cio-Cio San et Pinkerton devenu homme, revient sur les traces de sa naissance. Vêtu d’un trench-coat, on le voit errer parmi les vestiges de ses origines. À ses côtés, sa nouvelle épouse américaine l’accompagne dans sa quête silencieuse. Barbora Horakova, qui pratique l’esthétisme dans le modernisme est de celles dont on a besoin pour nous débarrasser de tous ces metteurs en scène glauques dont wokisme encombre nos scènes.

Les Choeur du Grand-Théâtre de Genève est très bon, fort attendu dans le fameux passage à bouche fermée, au cours duquel Barbora Hovakova a imaginé l’intervention sensuelle d’une danseuse.

Tout cela est de bien bon goût. Oh, la magnifique « Butterfly » de Genève !

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CRITIQUE, opéra. GENEVE, Bâtiment des Forces motrices, 26 avril 2006. PUCCINI : Madame Butterfly. Corinne Winters, Stephen Costello, Andrey Zhilikhovsky, Kai Rüütel-Pajula… Barbora Horakova / Antonino Fogliani. Crédit photographique (c) Carole Parodi

 

 

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