CRITIQUE, opéra. GENEVE, Grand-Théâtre, le 15 septembre 2021. PROKOFIEV : Guerre et Paix. Calixto Bieito / Alejo Perez.

CRITIQUE, opéra. GENEVE, Grand-Théâtre, le 15 septembre 2021. PROKOFIEV : Guerre et Paix. Calixto Bieito / Alejo Perez. Au premier abord, on peut se dire que monter Guerre et Paix de Prokofiev est un pari un peu fou, avec ses treize tableaux, ses 70 rôles et ses quatre heures de musique, et pourtant le Grand-Théâtre de Genève s’est lancé dans l’aventure (avec des bonheurs divers). Et puis l’ouvrage de Prokofiev est-il si différent des autres grands ouvrages lyriques russes ? N’y a-t-il pas autant de mélange des genres, parfois de bavardages, autant de problèmes de mise en scène que dans Kitège ou Le Prince Igor ? Ainsi, il n’est pas plus étrange pour Prokofiev de bâtir une première partie en forme de roman d’amour peuplé de créatures féminines, pour passer ensuite à une épopée sanglante presque exclusivement masculine et nous livrer, en fin de compte, un conte philosophique, parcours initiatique de Natacha et de Pierre.

Parfois éloigné des préoccupations littéraires de Tolstoï, ce qui intéresse le plus Prokofiev, c’est de peindre une société aristocratique et bourgeoise fragile opposée à la force patriotique irrépressible du peuple russe. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les moyens utilisés par le trublion catalan Calixto Bieito pour mettre en images ce discours apparaissent comme très discutables. Toute l’action se passera à l’intérieur d’une grande pièce d’apparat d’un palais princier où les protagonistes, comme des rats dans un vivarium de laboratoire, passeront tout leur temps à s’entredéchirer ou à se faire du mal. Exit ici toutes les différentes atmosphères liées aux treize tableaux différents, Bieito ne s’intéressant qu’à la folie (réelle ou supposée) de la galerie de personnages imaginée par Tolstoï, qui s’adonnent régulièrement à de curieuses danses syncopées et tribales. On ne retiendra guère que deux images fortes lors des quatre heures du spectacle, la déconstruction à vue du palais moscovite entre le passage de la « Paix » à celui de la « Guerre », et la métaphore de la destruction de Moscou par les autochtones au travers de la construction (à vue aussi) d’une réplique du fameux Théâtre du Bochoï (monté façon légo), avant d’être aussitôt piétiner par ses constructeurs. Les dernières images de criquets envahissant tout le fond de scène lors des dix dernières minutes restent pour nous une énigme…

 

 

Beau début de saison au GTG !
La Natacha ROSTOVA de RUZAN MANTASHYAN
… tragédienne nuancée…

 

guerre-et-paix-prokofiev-grand-theatre-de-geneve-bieto-calixte-critique-opera-classiquenews

 

 

Véritable héroïne de la soirée, la soprano arménienne Ruzan Mantashyan campe une vibrante Natacha Rostova, qui évolue sur scène en authentique tragédienne. Capables des nuances les plus subtiles, aussi bien dramatiquement que vocalement, elle dresse de l’héroïne un portrait inoubliable. Le ténor suédois Daniel Johansson semble né pour incarner le personnage de Pierre Bezoukhov, tant il s’apparente à ce personnage idéaliste, victime de l’étroitesse de son physique, qui le relègue inévitablement au rôle de spectateur d’un drame qui le traverse, mais qui le dépasse, d’autres en étant les véritables héros. La générosité du timbre et l’aigu facile du baryton allemand Björn Bürger le prédispose également à celui du Prince Andreï Bolkonski. Le monologue du Koutouzov de Dmitry Ulyanov (scène X) restera comme l’un des grands moments de la soirée, tandis que la voix puissante et incroyablement projetée d’Ales Briscein convient au trouble Anatole Kouraguine. Alexey Lavrov incarne un redoutable Napoléon, tandis qu’Alexey Thikomirov (Nikolaï Bolkonski) et Eric Halfvarson (Comte Ilia Rostov) sont un luxe que se permet la production. Les femmes ne méritent également que des louanges : Lena Belkina en Sonia, Liene Kinca en Princesse Bolkonski, Elena Maximova en Hélène Bezoukhov, et Natasha Petrinsky en Maria Akhrossimova. Idem pour le chœur du Grand-Théâtre de Genève qui se couvre ici de gloire, surtout dans l’impressionnante scène finale.

Sous la baguette d’Alejo Perez, l’Orchestre de la Suisse Romande se hisse également à son meilleur, tant dans les tonalités transparentes et mélancoliques de la première partie, que dans les éclats sonores de la seconde. Galvanisé par le jeune chef argentin, la phalange genevoise, aux cordes frémissantes et aux percussions explosives, offre de la partition la plus magistrale lecture qu’il nous ait été donné d’entendre, en relief, en intensité, en émotion. Un beau début de saison au GTG !

 

 

Critique, opéra. Genève, Grand-Théâtre, le 15 septembre 2021. Sergueï Prokofiev : Guerre et Paix. Calixto Bieito / Alejo Perez. Dernière ce 24 septembre 2021 / Photo : © Carole Parodi / GTG 2021.

 

 

Streaming opéra. PARSIFAL DE WAGNER en direct de Genève

2021_parsifal GTG geneve suisse romande Jonathan nott critique annonce classiquenewsSTREAMING OPERA. Ven 2 avril 2021, 20h. WAGNER : Parsifal. L’Opéra de Genève qui a du annuler les représentations scéniques et publiques prévues du 30 mars au 11 avril 2021, maintient une séance, celle du 2 avril prochain, diffusée sur le site GTG Digital et RTS Play (en replay jusqu’au 5 avril 2021). C’est une version de concert ajustée, d’autant plus oportune au moment des Fêtes Pascales : la fameuse et sublime séquence lyrique et orchestrale du Vendredi Saint, telle que l’a conçue Wagner dans le déroulement de son opéra, gagne une pertinence accrue ainsi.
Un monde condamné, sclérosé, celui des chevaliers du Graal expire dans un léthargie mortifère ; leur leader, Amfortas, ayant succombé à la tentation de la chair, a perdu toute vertu, toute droiture : blessé, exsangue, le roi-prêtre n’a plus la force pour célébrer le rituel et faire jaillir de la coupe miraculeuse, la lumière salvatrice. L’empire du mal menace : le magicien Klingsor et sa créature réduite à l’esclavage, Kundry, envoûtent les chevaliers pour mieux les perdre.
Alors survient l’homme providentiel, l’élu : Parsifal. D’abord écarté par les chevaliers, il se montre digne, plus humain qu’aucun humain, droit et pur, loyal et incorruptible (malgré l’ivresse séductrice des filles fleurs, malgré la séduction de Kundry… toutes pilotées par Klingsor.
Wagner cisèle un orchestre somptueux, raffiné, spirituel… miroir des mouvements psychiques qui éreintent chaque individu. Au terme d’une confrontation ultime, Parsifal ému, capable de compassion (vis à vis de Kundry comme d’Amfortas, le roi malade et maudit) sauve l’ordre des chevaliers, et l’humanité toute entière.

Inspiré par une mystique admirable, le dernier opéra de Wagner célèbre la vertu de la fraternité, veut croire au futur de l’humanité. Direct digital événement depuis Genève.

 

 

_____________________________________________________________________________________

GTG Grand Théâtre Genève
Vendredi 2 avril 2021, 20h
EN DIRECT DE GENEVE
WAGNER : PARSIFAL
Festival scénique sacré de Richard Wagner
https://www.gtg.ch/saison-20-21/parsifal/

VOIR ICI PARSIFAL DE WAGNER depuis le GRAND THEATRE DE GENEVE
https://www.gtg.ch/saison-20-21/parsifal/

 

 

_____________________________________________________________________________________

 

 

Michael Thalheimer, mise en scène
Orchestre de la Suisse Romande
Jonathan Nott.

Avec Daniel Brenna dans le rôle-titre (Parsifal),
Tanja Ariane Baumgartner : Kundry
Mika Kares : Gurnemanz.

 

 

_____________________________________________________________________________________

 

 

Version de concert ajustée
Vendredi 2 avril 2021 à 20h au Grand Théâtre de Genève (sous réserve)
Vendredi 2 avril 2021 à 20h sur RTS Play et GTG Digital (disponible jusqu’au 5 avril sur GTG)

_____________________________________________________________________________________