jeudi 22 octobre 2026

CRITIQUE, concert. BÂLE, Stadtcasino, le 2 septembre 2026. MAHLER : 5ème Symphonie. Basel Sinfonieorchester, Markus Poschner (direction)

A lire aussi
Olivier Gurtner
Olivier Gurtner
Co-fondateur du magazine culturel genevois GoOut!, Olivier Gurtner a réalisé de nombreux interviews d'artistes, notamment Daniil Trifonov, Alexandra Conunova ou encore Charles Dutoit. Responsable de la presse au Grand Théâtre de Genève pendant plusieurs années, il a assuré la coordination éditoriale du GTMagazine et y a écrit de nombreux articles. Il a ensuite travaillé avec plusieurs institutions comme le Concours de Genève et la Fondation Lalive.
image_pdfTélécharger (.pdf)

Dans la cité helvétique au bord du Rhin, le Basel Sinfonieorchester s’est lancé dans un marathon des Symphonies de Gustav Mahler lancé la dernière saison. Pour l’étape du 2 septembre, le maestro Markus Poschner a dirigé la plus célèbre d’entre elles, la 5ème ! Une soirée stürmisch (orageuse), où les murs du Stadtcasino ont tremblé, avant que le public ne retienne son souffle durant le célèbre «Adagietto» (4ème mouvement). La série se poursuit fin février, avec la Symphonie n°1 «Titan», toujours à Bâle, et l’ensemble sera gravé et diffusé sur la Radio-Télévision Suisse (RTS et SRF).

 

Ambiance de grand soir à Bâle, ce 2 septembre. Beaucoup de monde en salle et sur scène, dans le Stadtcasino qui a notamment accueilli en 1897 le premier congrès sioniste mondial, présidé par Theodor Herzl. Hasard ou non, le compositeur à l’honneur ce soir-là, Gustav Mahler, a énormément souffert de l’antisémitisme à Vienne, au point de lui coûter sa place à la tête de la Hofoper, en 1907. Dans ce bâtiment belle époque, le public – venu en nombre – profite des généreux foyers réalisés par le duo d’architectes stars Herzog & De Meuron, inauguré en 2020, dont les velours et damas rouges réalisés en France s’inspirent des loges de l’Opéra Garnier.

Place à la musique. Sur scène, le trompettiste solo Huw Morgan lance, seul, éclatant, avec une insolente maîtrise les premières notes de cette symphonie monstre. Il faut souligner les nerfs d’acier du musicien. La première tempête orchestrale passée, les cordes instillent leurs traits gracieux dans la salle, les huit contrebasses trônant au fond. Le mouvement se termine avec le thème initial, chuchoté, frappé d’un coup sec des cordes pincées. « Zigarette » a tonné Leonard Bernstein pour annoncer la pause, dans un fameux enregistrement de répétitions avec les Wiener Philharmoniker. On doit au maestro d’avoir remis Mahler sur le devant de la scène dans les années 70.

« Orageux, avec véhémence », tel est l’esprit voulu par le compositeur dans le deuxième mouvement, où les bois répondent aux violoncelles et alto, dont on pourrait regretter une carence de vibrato. La fin contraste en douceur, avec un dialogue entre la flûte traversière (Julia Morgan) et le violon solo (Axel Schacher). Les cors attaquent brillamment le Scherzo à trois temps, les cordes se cherchent et se taquinent avec espièglerie avant d’offrir des pages déchirantes dans la complainte du cor solo Alessandro Viotti, un peu fébrile peut-être parce, s’agissant de sa première avec l’orchestre bâlois.

 

 

Le mouvement terminé en apothéose de cuivres et percussions, le chef Markus Poschner instille une respiration de presque deux minutes, avant d’entamer dans un infinitésimal pianissimo l’Adagietto, devenu superstar dans La Mort à Venise, de Visconti, d’après le roman de Thomas Mann, entre passion déplacée et lagune empestée. Le public retient son souffle, les cordes règnent, déroulant leurs lignes méditatives, intérieures, profondes, les larmes coulent sur plusieurs visages. Le vibrato est à plein, les altos se font doux-amer, la harpe convoque l’aube, les violons sont des trésors d’expressivité. La salle atteint un niveau de communion intense mais pudique, on est en terres protestantes. Le mouvement terminé, on sent le public sonné, qui a besoin de retrouver ses esprits.

Le cor solo reprend la main, initiant le « Rondo finale », suivi notamment du hautbois (Marc Lachat). Alternant phases dansantes, rythmiques, le mouvement inclut plusieurs clins d’œil à l’Adagietto. Mahler se joue du public, proposant un crescendo qui retombe comme un soufflé raté. Avec d’amples coups d’archet, les cordes luttent face aux cuivres et percussions. L’orchestre et le chef dialoguent, se cherchent, avec une forte cohérence mais de manière détendue, après plus d’une heure et demie de concert. À la ligne d’arrivée, le public en nombre applaudit debout cette performance.

 

 

_________________________________________
CRITIQUE, concert. BÂLE, Stadtcasino, le 2 septembre 2026. MAHLER : 5ème Symphonie. Basel Sinfonieorchester, Markus Poschner (direction). Crédit photo © Bettina Matthiessen

 

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)
Derniers articles

CHRISTOPHE ROUSSET. HAENDEL: Theodora (PARIS, Salle Gaveau, vendredi 13 nov 2026). Marie Lys, Iestyn Davies… Monteverdi Choir, English Baroque Soloists

En novembre 2026, Christophe Rousset et les English Baroque Soloists réalisent une tournée événement en Amérique latine à partir...

Découvrez d'autres articles similaires

- Espace publicitaire -spot_img