Éblouissante révélation que cet enregistrement réalisé en deux sessions en 2024 par le pianiste Simon Trpčeski pour Linn records, avec la complicité du chef Thomas Søndergård à la tête du Royal Scottish National Orchestra, alors réunis à Glasgow. La vitalité ardente doublée d’une sensibilité instrumentale en phase avec l’imagination inclassable du génial Saint-Saëns, éclairent d’une électricité réjouissante les deux Concertos pour piano abordés dans ce programme plus que recommandable.
En1868, à 33 ans — âge de maturité et (encore) d’enthousiasme ardent pour la vie, Camille Saint-Saëns compose et crée (sous la direction d’Anton Rubinstein) son Concerto n°2 pour piano et orchestre. La pièce rayonne d’une liberté inédite, et dans la forme du premier mouvement – ample monologue initial pour le piano seul (divagation romantique), exprime l’imagination sans limites d’un Saint-Sans qui fusionne le souffle de l’architecte Bach, le très grand lyrisme de Liszt, le classicisme et la sensibilité du divin Mozart… Ce premier mouvement, d’un souffle personnel absolu (qu’il recycle ou non la pièce de son élève Fauré, – Tantum ergo, éblouit et respire ; même ardente flamme dans les arpèges et les gammes du second mouvement, comme se déploie en liberté, l’humour de la Tarentelle finale, dans laquelle le pianiste macédonien, Simon Trpceski, ardent et précis, glisse sans excès, un pur esprit léger et badin, une respiration libre et souvent imaginative qui faire jaillir une très grande vie intérieure.
le pianiste Simon Trpčeski / photo : © Lube_Saveski
Le 5è Concerto de 1896 (ainsi composé deux ans après la création de Prélude à l’après midi d’un Faune de Debussy) – à rebours du wagnérisme ambiant, affirme ce classicisme indépendant, d’une verve inclassable qui relève du meilleur Saint-Saëns ; ce dernier – grand globe-trotter, séjourne alors en Egypte (hiver 1895-1896) souligne les vertus de Mozart, Beethoven, de Liszt (dans la fantaisie comme improvisée du mouvement central avec sa chanson d’amour nubienne qui donne son titre « égyptien » au Concerto).
L’orchestre écossais sait détailler la fine parure orchestrale dès le premier allegro (animato), doué d’une vie souterraine hyperactive : une trépidation qui insuffle à tous les pupitres, des jaillissements d’un lyrisme oxygéné, lumineux. Autant d’éclairs subtilement mêlés, qui convoquent la haute virtuosité de Liszt et la sensibilité émotionnelle de Mozart. Le geste questionne et stimule la liberté formelle dont Saint-Saëns est virtuose (8 sections du mouvement central des plus originaux alternant feu et visions féeriques… en rapport avec sa propre expérience comme voyageur et observateur émerveillé sur les bords du Nil inspirant ?). Le compositeur nous livre un Orient nilotique fantasmé permis par l’éloquence du seul clavier, auquel répond aussi la fine orchestration complémentaire que le chef Thomas Søndergård sait habiter d’une remarquable énergie impérieuse.
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CRITIQUE CD événement. SAINT-SAËNS : Concertos pour piano n°2 et
« l’égyptien ». Simon Trpčeski, piano / Royal Scottish National Orchestra / Thomas Søndergård, direction (1 cd LINN- fév et juin 2024) – Parution : août 2026 — CLIC de CLASSIQUENEWS automne 2026
PLUS D’INFOS sur le site de l’éditeur LINN : https://outhere-music.com/fr/albums/saint-saens-piano-concertos-nos-2-5-egyptian
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