DVD, critique. PUCCINI : Madama Butterfly. Jaho, DeShong, Puente, 
 Pappano / Caurier Leiser / ROH, 1 DVD Opus Arte, 2017)

caurier-et-leiser-duo-de-metteurs-en-scene-a-lopera-par-classiquenews-pour-angers-nantes-opera-saison-2017-2018-couronnement-de-poppee-octobre-2017-Patrice-Caurier-et-Moshe-LeiserDVD, critique. PUCCINI : Madama Butterfly. Jaho, DeShong, Puente, 
 Pappano / Caurier Leiser / ROH, 1 DVD Opus Arte, 2017). A Covent Garden, la Butterfly du duo de metteurs en scÚne, Patrice Caurier et Moshe Leiser, passionnément suivis à Angers Nantes opéra sous la direction de Jean-Paul Davois, offre une apparente simplicité qui du reste, sainte vertu de nos jours, demeure lisible, laissant la part belle à la sublime musique puccinienne.

 
   
 
 
 

ROH Covent Garden, 2017

Un Puccini rageur et dépressif
grĂące Ă  l’équation JAHO / PAPPANO

 
 
 

PUCCINI butterfly pappano jaho puente leiser caurier critique opera dvd classiquenews opus arteLes metteurs ajoutent en filigrane une rĂ©flexion sur la fragilitĂ© du rĂȘve de Cio Cio San qui croit au simulacre de ce mariage arangĂ© auquel sa jeunesse naĂŻve s’accroche comme Ă  une vocation. Les noces de Butterfly sont en pacotilles pour tous, sauf dans le cƓur de ce papillon trop dĂ©licat. RĂȘve Ă©perdu de la geisha (de 17 ans), exercice exotique de l’officier amĂ©ricain
 l’écart est bien soulignĂ© et la carte postale japonisante de Puccini a parfaitement creusĂ© son lit cynique et ironique jusqu’à la tragĂ©die du suicide qui clĂŽt ce drame domestique.
Les metteurs en scùne n’en rajoutent pas : ils restent à hauteur d’yeux de Cio-Cio-San, humble servante d’une parodie nuptiale à moindres frais.
Car l’intensitĂ© et la vĂ©ritĂ© se concentrent assurĂ©ment dans le jeu tout en nuances et incarnation profonde de la soprano albanaise Ermonela Jaho ; la cantatrice est actuellement une somptueuse et dĂ©chirante Traviata, et sa Butterfly britannique de 2017, frappe elle aussi par ce jeu intime, cette caractĂ©risation qui surgit de l’intĂ©rieur, exprimant tous les replis d’une psychĂ© en traumatisme, dĂ©chirĂ©e par la douleur et l’abandon. L’expressivitĂ© et le relief d’un chant pas toujours trĂšs juste saisissent cependant par leur justesse et l’intelligence de l’intonation.
Et son falot de faux mari Pinkerton ? Marcelo Puente es techniquement trop juste (aigus serrĂ©s et vibrato systĂ©matisĂ©) : le tĂ©nor sait cependant exprimer un lĂ©ger trouble car il se prend au jeu de cette mascarade des plus cyniques. Le jeu de dupe n’en est que plus amer quand la pauvre fille comprend qu’elle a Ă©tĂ© trompĂ©e, abandonnĂ©e.
CLIC D'OR macaron 200
deshong elizabeth suzuki butterfly puccini review critique classiquenews DVD OPUS ARTE covent gardenRien à dire à la Suzuki moelleuse et maternelle, d’Elizabeth
DeShong
: la mezzo partage avec Jaho, une intelligence dramatique qui Ă©blouit de bout en bout, elle Ă©claire leur duo, immense dignitĂ© et sincĂ©ritĂ© dans la solitude, le dĂ©nuement, et la misĂšre. Saluons enfin Carlo Bosi, Goro impeccable et lui aussi trĂšs juste. Enfin dans la fosse, Antonio Pappano, maĂźtre des troupes du Covent Garden, sait foudroyer, nuancer quand il faut, par saccades millimĂ©trĂ©s : on sait que le chef affectionne la direction Ă©ruptive et expressionniste ; ses Puccini sont de ce point de vue toujours trĂšs efficaces. Il fait parler et crier l’orchestre avec une rare intensitĂ©. Voici donc une production loin d’ennuyer. Bien au contraire. A voir indiscutablement.

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DVD, critique. PUCCINI : Madama Butterfly. Jaho, DeShong, Puente, 
 Pappano / Caurier Leiser / ROH Covent Garden, 1 DVD Opus Arte, 2017

 
 
   
 
 

PUCCINI : Madama Butterfly
TragĂ©die japonaise en trois actes, livret de Giuseppe et Giacosa et Luigi Illica – CrĂ©ation, Scala de MIlan, le 17 fĂ©vrier 1904
Mise en scĂšne: Moshe Leiser et Patrice Caurier

Cio-Cio-San : Ermonela Jaho
Pinkerton: Marcelo Puente
Sharpless: Scott Hendricks
Suzuki: Elizabeth DeShong
Goro: Carlo Bosi
Le Bonze : Jeremy White
Yamadori: Yuriy Yurchuk
Kate Pinkerton : Emily Edmonds
Le commissaire impérial : Gyula Nagy

Royal Opera Chorus
Orchestra of the Royal Opera House
Antonio Pappano, direction

Enregistrement réalisé au ROH, Covent Garden le 30 mars 2017

1 DVD Opus Arte OA 1268 D – 2h8mn + bonus : 11 mn

 
 
 

 

Nouvelle Butterfly par Mikko Franck Ă  Orange 2016

pucciniFRANCE 5. Le 13 juillet 2016, 20h55. Mikko Franck dirige Madama Butterfly de Puccini, aux ChorĂ©gies d’Orange.  Un Ă©vĂ©nement suffisamment important pour ĂȘtre diffusĂ© en direct sur France 3, France 5 et culturebox simultanĂ©ment. Il est vrai que le chef finnois sait embraser un orchestre, insufflant une puissance irrĂ©sistible sans jamais sacrifier la ciselure instrumentale : une attention parfaite d’autant plus adaptĂ©e Ă  la palette orchestrale du Puccini, immense orchestrateur dont les couleurs et les atmosphĂšres, dans Madama Butterfly ou dans Turandot (son autre opĂ©ra oriental, mais celui-ci se dĂ©roulant en Chine) Ă©galent les meilleurs peintres de son temps. Madame Butterfly, l’opĂ©ra japonais de Giacomo Puccini fait les beaux soirs du ThĂ©Ăątre antique d’Orange, par l’Orchestre philharmonique de Radio France, accompagnĂ© des chƓurs des opĂ©ras d’Avignon, Nice et Toulon sous la direction de l’excellent Mikko Franck, – chef charismatique taillĂ© pour le souffle lyrique et qui a prĂ©cĂ©demment marquĂ© les esprits Ă  Orange dĂ©jĂ , dans une Tosca (du mĂȘme Puccini), Ă  la fois grandiose et psychologique. Nagasaki, 1904.

 

 

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Un jeune officier amĂ©ricain de passage, Benjamin Franklin Pinkerton Ă©pouse une geisha de quinze ans, Cio-Cio-San (en japonais « Madame Papillon »). Simple divertissement exotique ou parodie nuptiale sans consĂ©quence pour lui, le mariage est pris trĂšs au sĂ©rieux par la jeune Japonaise. D’autant qu’aprĂšs la cĂ©rĂ©monie, Cio Cio San tombe rapidement enceinte
 mais l’insouciant jeune officier repart en AmĂ©rique. EspĂ©rant son retour, elle lui reste fidĂšle et refuse de nombreuses propositions de mariage. Trois ans plus tard, Pinkerton revient au Japon avec sa nouvelle Ă©pouse amĂ©ricaine. Quand Cio-Cio-San comprend la situation, – Pinkerton est mĂ©rite Ă  une autre et l’a donc tout simplement abandonnĂ©e, elle leur abandonne son enfant et se donne la mort par jigai en se poignardant.

 

 

 

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Dans le rĂŽle-titre de la tragique et bouleversante geisha, la soprano albanaise Ermonela Jaho incarne les blessures d’une hĂ©roĂŻne sacrifiĂ©e ; en elle, se cristallise les contradictions d’une sociĂ©tĂ© conquĂ©rante au fort parfum colonialiste, s’autorisant ainsi ce qui pourrait ĂȘtre assimilĂ© Ă  de la prostitution organisĂ©e ou au tourisme sexuel
 l’officier amĂ©ricain prend du bon temps sans penser Ă  consĂ©quence ; c’est pourtant tout un destin qui se joue pour la jeune femme. Le jeune tĂ©nor Brian Hymel chante la partie de l’officier amĂ©ricain Pinkerton. Rares les chefs capables de finesse orientaliste, et sous la couleur exotique, de profondeur psychologique. La sincĂ©ritĂ© du rĂŽle de Butterfly, la vĂ©ritĂ© qui Ă©mane de façon bouleversante de la fameuse scĂšne de son suicide est l’un des temps forts de l’opĂ©ra italien parmi les plus intenses jamais Ă©crits pour la scĂšne. Avec LiĂč (Turandot), Mimi (La BohĂšme), Cio Cio San Ă©claire dans l’écriture de Puccini, ce souci de vĂ©ritĂ© psychologique dĂ©diĂ© aux femmes spĂ©cifiquement, figures angĂ©liques et tragiques et sacrifiĂ©es mais d’une grandeur morale sans pareille. La soirĂ©e du mercredi 13 juillet 2016 est le temps fort des ChorĂ©gies d’Orange 2016.

France 5, en direct d’Orange. Puccini : Madame Butterfly. Mercredi 13 juillet 2016 sur France 5 à 20h30 et sur culturebox.fr/choregies

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 Au cours de l’étĂ© 1900, Puccini tombe en admiration devant la piĂšce de David Belasco, Madame Butterfly, adaptĂ©e d’une nouvelle de John Luther, plagiat du roman de Pierre Loti, Madame ChrysanthĂšme. Les librettistes attitrĂ©s de Puccini, Illica et Giacosa, transposent pour la scĂšne lyrique, ce drame exotique. Le compositeur tenait à un drame en deux actes, mais Giacosa Ă©tait persuadĂ© qu’une articulation en trois actes Ă©tait prĂ©fĂ©rable. L’opĂ©ra fut prĂ©sentĂ© en deux actes Ă  la Scala de Milan en fĂ©vrier 1904. Ce fut un Ă©chec retentissant pour Puccini. L’Ɠuvre disparut, dĂ©truite par la critique. Puccini tint compte nĂ©anmoins des avis exprimĂ©s et des rĂ©serves des auditeurs ; il remania son opĂ©ra en trois actes et le prĂ©senta dans sa version revisitĂ©e en mai 1904 Ă  Brescia. Dans sa seconde version, l’ouvrage connut cette fois un triomphe qui n’a jamais faibli.

France 5 et culturebox le 13 juillet 2016 — en direct d’Orange sur France Musique, mardi 12 juillet 2016, 20h30. Puccini : Madame Butterfly. DurĂ©e : 2h20mn- PrĂ©sentation : Claire Chazal – Direction musicale : Mikko Franck – Mise en scĂšne : Nadine Duffaut – ScĂ©nographie : Emmanuelle Favre

A voir ensuite sur France 3, deux soirĂ©es spĂ©ciales consacrĂ©es aux ChorĂ©gies d’Orange avec notamment la diffusion du Requiem de Verdi et de La Traviata de Verdi.

Ermonela Jaho
 la diva dont on parle. Certains en France ne la connaissent pas encore vraiment : Ermonela Jaho, nĂ© en Albanie en 1974. Sa prochaine performance en Cio Cio San dans Madama Butterly de Puccini Ă  Orange (9 et 12 juillet 2016, sous la direction de l’excellent Mikko Franck, actuel directeur musical du Philharmonique de Radio France) pourrait bien ĂȘtre une opportunitĂ© pour se faire connaĂźtre du grand public et des mĂ©lomanes en gĂ©nĂ©ral.

 

 

ERMONELA JAHO, une CIO CIO SAN ATTENDUE

 

 

Ermolena Jaho chante Butterfly Ă  Orange

 

 

Pourtant la soprano albanaise s’est dĂ©jĂ  produite aux ChorĂ©gies d’Orange (MichaĂ«la dans Carmen en 2008 c’était elle). Ermonela Jaho connaĂźt bien le rĂŽle de la jeune geisha trompĂ©e sacrifiĂ©e et finalement suicidaire : elle l’a chantĂ© dĂšs 2015 Ă  l’OpĂ©ra Bastille dans la mise en scĂšne de Bob Wilson.  Une vision pourtant statique, et peut-ĂȘtre trop distanciĂ©e qui n’a pas empĂȘchĂ© la diva d’exprimer avec une rare intensitĂ© la jeunesse, la douceur, la tendresse dĂ©sarmante d’une amoureuse sincĂšre Ă  laquelle le monde des hommes ment en permanence
 Car c’est une jeune femme, adolescente encore (16 ans)
. comme Manon Lescaut (de Puccini, un rĂŽle qu’elle vient d’aborder en avril 2016 Ă  Munich) ou encore La Traviata (Violetta ValĂ©ry), autant d’hĂ©roĂŻnes tragiques et irrĂ©sistibles Ă  l’opĂ©ra, qui sont de trĂšs jeunes idoles.  Le chant tout en ciselure et finesse vocale devrait convenir Ă  la soprano particuliĂšrement exposĂ©e les 9 et 12 juillet prochains : un nouveau dĂ©fi dans sa carriĂšre, et certainement une revanche Ă  prendre pour celle Ă  qui on avait dit qu’elle y laisserait sa voix. Pourtant aprĂšs les Tebaldi, Scotto, Freni
 Ermonela Jaho ne s’en laisse pas compter et chante toujours en 2016, un rĂŽle taillĂ© pour elle; un rendez vous Ă  ne pas manquer cet Ă©tĂ© 2016 Ă  Orange.

 

AprĂšs Cio CIo San, Ermonela Jaho revient Ă  Paris, OpĂ©ra Bastille, pour y chanter Antonio des Contes d’Hoffmann (3-27 novembre 2016). Rappelons que la soprano albanaise a fait ses dĂ©buts Ă  l’OpĂ©ra Bastille dans La Traviata en 2014 dĂ©jĂ .

 

 

 

 

Compte rendu, opĂ©ra. Marseille, OpĂ©ra, le 16 mars 2016. Puccini : Madame  Butterfly. Svetla Vassileva. Nader Abbassi…

Compte rendu, opĂ©ra. Marseille, OpĂ©ra, le 16 mars 2016. Puccini : Madame  Butterfly. Svetla Vassileva. Nader Abbassi…  L’Ɠuvre.  Reprise d’Ɠuvres du rĂ©pertoire, reprise de prĂ©sentations rĂ©pertoriĂ©es sur les mĂȘmes. Sur la genĂšse de cet opĂ©ra, n’en pouvant renouveler forcĂ©ment l’origine, je reprends donc ce que j’ai dĂ©jĂ  dit, avec des ajouts.

Papillon épinglé

 

pucciniAvant ce chef-d’Ɠuvre, il y eut d’autres Ɠuvres sur le thĂšme :Madame ChrysanthĂšme (1882), roman autobiographique de Pierre Loti. Se mettant en scĂšne crĂ»ment, il raconte comment, Ă  Nagasaki, le temps d’une escale de son navire, par contrat lĂ©gal renouvelable d’un mois, il Ă©pouse en juillet une jeune Japonaise qu’il quitte en aoĂ»t, la femme pouvant se marier ensuite sans problĂšme, du moins nous dit-on. PortĂ© par la mode orientaliste et l’exotisme colonial manifeste dans Lakmé de Delibes (1883) qui oppose deux mondes, l’Orient er L’Occident impĂ©rialiste, le roman Ă  succĂšs fut mis en musique par Messager (1893). Le galant et ambigu Loti rĂ©cidivait : il avait dĂ©jĂ  Ă©crit Le Mariage de Loti (Rarahu) (1882), Ă©voquant un sĂ©jour et un mariage Ă  Tahiti, sans oublier une aventure galante Ă  Istanbul, avec, selon lui, une femme du harem. Beaux succĂšs fĂ©minin pour un homme qu’on nous dit amoureux de ses homologues. Sa Madame ChrysanthĂšme, mise en musique par Messager (1893), proche de lafuture Butterfly par le thĂšme du mariage entre une Japonaise et un marin Ă©tranger, n’est pas exactement une victime, c’est une femme intĂ©ressĂ©e, faisant une bonne affaire, et non amoureuse de l’homme blanc abandonneur comme la future Madame Butterfly de la nouvelle amĂ©ricaine de John Luther Long, devenue une piĂšce anglaise  mĂ©lodramatique (1900) de David Belasco de mĂȘme titre. Le thĂšme cruel de la geisha Ă©pousĂ©e, engrossĂ©e, abandonnĂ©e et suicidĂ©e, est ainsi prĂ©sent dans une actualitĂ© sinon une conscience occidentale sĂ»re de son bon droit colonialiste quand Puccini, en 1904, lui donne la finition et la dĂ©finition qui en font un opĂ©ra dĂ©finitif, qui a Ă©clipsĂ© ces Ɠuvres, qui ne lui ont pas survĂ©cu.

Encore une fois, comme pour Norma, Tosca, tirĂ©es de piĂšces de thĂ©Ăątre, La traviata, d’abord roman puis piĂšce, Lucia de Lammermoor, La BohĂšme, adaptĂ©es de romans, c’est la musique qui fixe dans l’imaginaire collectif un sujet errant avant son archĂ©typale mise en forme lyrique. Dans un langage harmonique qui n’ignore ni Wagner et ses leitmotive voyageurs ni Debussy et ses raffinements dĂ©licats de timbres mais puissamment personnel, Puccini dote son Ɠuvre d’un orchestre riche et fin Ă  la fois qui en fait un opĂ©ra symphonique oĂč les trois « airs » sont pris dans la trame serrĂ©e d’une musique continue, d’un pittoresque oriental sensible mais qui ne nuit en rien Ă  l’expressive sensibilitĂ© universaliste, science musicale savante au service d’une Ă©motion humaine immĂ©diate.

La rĂ©alisation et interprĂ©tation. C’est une reprise de la rĂ©alisation mĂ©morable de 2007 par Numa Sadoul. Dans une concise « Note de mise en scĂšne », il prĂ©cise la place primordiale de l’enfant, aux premiĂšres loges de la mort de sa mĂšre et du rapt de son pĂšre assassin . C’est Ă  travers ses yeux, ses rĂȘves heureux ou cauchemardesques, ses fantasmagories, qu’il nous livre sa vision, Ă  partir du moment oĂč « Lorsque l’enfant paraĂźt, le cercle de famille  » ne s’élargit pas ici comme disait Hugo, rĂ©duit Ă  deux femmes abandonnĂ©es : Douleur, nom de baptĂȘme final que lui donne sa mĂšre dĂ©cidĂ©e Ă  mourir, n’est pas nĂ© dans la liesse mais la dĂ©tresse qu’on lui a dissimulĂ©e. Heureux ceux qui meurent dans la mort consentie, mĂȘme si on les y a contraints, malheur Ă  ceux qui restent. L’issue rabĂąchĂ©e, le sort de Butterfly scellĂ© depuis l’origine pour le public, c’est le regard sur celui qui reste que porte Sadoul, la compassion inĂ©vitable pour la mĂȘme ne devant pas dissimuler par son pathos l’hĂ©ritage dramatique reçu par un enfant de trois ans. D’oĂč les passages oniriques dont le petit garçon est le hĂ©ros central : le jour joueur dans l’innocence de l’enfance avec ses petits copains, dont il est dĂ©jĂ  diffĂ©rent, la nuit assailli de rĂȘves poĂ©tiques et angoissants. C’est sensible et bien venu.

La mise en scĂšne de Sadoul, s’inscrit dĂ©libĂ©rĂ©ment en contre des « japoniaiseries » trop ornementales, qui tempĂšrent souvent d’un luxe japonisant et de rĂȘve exotique occidental la cruautĂ© d’épure de la situation : un officier amĂ©ricain, dans l’arrogance insouciante de son pouvoir de sĂ©duction et de la puissance de l’argent, s’offre, le temps d’un sĂ©jour Ă  Nagasaki pour une mission militaire, une adolescente, issue d’une famille noble ruinĂ©e par le suicide imposĂ© au pĂšre par l’Empereur, rĂ©duite Ă  la prostitution, apparemment Ă©lĂ©gante, de geisha pour survivre cruellement avec sa mĂšre.

La morale ne trouverait pas grand chose Ă  redire dans l’entretien matĂ©riel d’une maĂźtresse lucide sur sa situation si ce statut de femme entretenue n’était fardĂ© par un mariage Ă  la japonaise, valable « 999 ans », vrai pour elle, pittoresque jeu pour lui, rĂ©siliable tous les mois, comme la location de la maison qu’il lui offre en mĂȘme temps. Maison, non luxueuse comme on voit la plupart du temps avec une nuĂ©e de domestiques, mais ici une modeste, presque misĂ©rable cabane de bois, un petit ponton allant vers un gouffre sur la mer. Il ne s’est pas ruinĂ© pour ce que la jeune Ă©namourĂ©e estime paradis, ce fringant officier de frĂ©gate fiĂšrement nommĂ©e «Abraham Lincoln », qui paya de sa vie sa lutte pour l’égalitĂ© raciale des noirs esclaves. Avec un nom au ton de rose, Pinkerton, porte lui-mĂȘme les prĂ©noms Benjamin Franklind’une autre gĂ©nĂ©reuse figure des USA, PrĂ©sident de la premiĂšre ligue abolitionniste de l’esclavage. Ironie onomastique qu’on ne relĂšve guĂšre


DĂ©cor minimaliste de Luc Londiveau, sous les lumiĂšres crues ou fantomatiques, livides, de Philippe Mombellet pour la cruautĂ© maximaliste du sujet : un abus tragique de pouvoir, le cynisme d’un officier blindĂ© comme son navire contre lequel s’écrase fatalement le papillon brĂ»lĂ© Ă  la flamme de l’amour, Ă©pinglĂ© par son propre couteau face Ă  l’infamie de l’abandon et Ă  l’arrachement de son fils : elle semble le pressentir en dĂ©couvrant que, dans le pays de son Ă©poux, on Ă©pingle les beaux papillons. Le papillon enclos dans son cadre, l’enfant prĂ©sent dĂšs l’ouverture, la femme sacrifiĂ©e, de dos, en croix, comme un tragique Ă©pouvantail, signent d’emblĂ©e une densitĂ© poignante qui pĂšse sur tout le spectacle.

Les costumes sobres et sombres de Katia Duflot, gris, Ă  peine adoucis de teintes bronze, moutarde, vieux rose, mĂȘme Ă©clairĂ©s par la robe blanche de mariage de Butterfly, les ombrelles dansantes, les quelques fleurs de Suzuki, loin des pittoresques estampes japonaises, ont le deuil du bonheur et les couleurs du drapeau amĂ©ricain, une vivacitĂ© dĂ©risoire comme l’Hymne amĂ©ricain, ou l’« America for ever », qui retentissent avec une grandiloquence ironique Ă  l’orchestre. La belle robe de Madame Pinkerton, portĂ©e avec une Ă©lĂ©gance opulente de nantie par Jennifer Michel tout en douceur de voix et sympathie pour ces pauvres femmes, culpabilisĂ©e d’un crime qu’elle n’a pas commis et cherchant sans doute le rachat par l’amour qu’elle vouera Ă  l’enfant de son mari, montre toute la distance entre deux mondes, accusĂ©e encore par la pauvretĂ© sensible de la petite japonaise passĂ©e naĂŻvement Ă  l’Occident et Ă  la religion de son mari (Vierge de Lourdes, statue de la LibertĂ©) corps et Ăąme, avec un brutal retour Ă  l’esprit et chair sacrifiĂ©e du Japon : l’hara-kiri.

Seuls Ă©lĂ©ments spectaculaires, le rĂȘve de l’enfant, les bulles de savon constellant la nuit, et le cauchemar de Butterfly personnifiĂ© par le bonze effrayant en voix et corps (Jean-Marie Delpas) Ă  la tĂȘte des spectres familiaux vindicatifs liguĂ©s contre son apostasie, sont intĂ©grĂ©s avec force dans la logique dramatique, puissant contraste avec le magnifique interlude du nostalgique et lointain chƓur Ă  bouche fermĂ©e de l’attente entre veille et sommeil (Emmanuel Trenque), douce exhalaison d’un rĂȘve lointain de bonheur Ă©vaporĂ© Ă  l’aube Ă©clatante du tutti orchestral.

Un orchestre,bien connu etconduit magistralement par Nader Abbassi.Laissantlargement respirer les chanteurs dans la tradition lyrique italienne, exaltant l’envolĂ©e Ă©rotique du duo d’amour, il garde un Ɠil minutieusement attentif aux divers pupitres, fait rutiler dans le forte et cisĂšle en douceur les couleurs riches et complexes de cette musique Ă  l’harmonie raffinĂ©e, aux accords concis changeant rapidement d’atmosphĂšre, tranchant parfois comme une lame et caressant comme un drapĂ© soyeux de kimono.

La distribution est nombreuse et bien en place. On reconnaĂźt Ă  peine sous la vraisemblance orientale Mikhael Piccone en Commissaire impĂ©rial flanquĂ© de son acolyte FrĂ©dĂ©ric Leroy en Officier du registre. MĂȘme Ă©pisodique, elliptique prĂ©tendant Ă  l’amour de l’intraitable dĂ©sormais Madame B. F. Pinkerton qui le repousse bien durement, le Yamadori de Camille Tresmontant rĂ©ussit Ă  nous attendrir en alternative crĂ©dible et sensible, japonaise, Ă  l’officier infidĂšle amĂ©ricain : on souhaiterait qu’elle accepte cette solution. HabillĂ© Ă  l’occidentale en homme qui a saisi le vent et le cours de l’histoire d’un Japon qui commence Ă  s’ouvrir, Rodolphe Briand est un sinueux Goro, entremetteur mielleux et fielleux, mais, lĂąche face aux femmes qui le battent mĂȘme, il est presque un attachant et amusant personnage de comĂ©die. En Sharpless, la conscience morale non Ă©coutĂ©e, le baryton Paulo Szot, retrouvĂ© avec plaisir,  dĂ©ploie la beautĂ© de sa voix et un jeu sensible sans sensiblerie.

Le tĂ©nor roumain Teodor Ilincai prĂȘte Ă  l’officier Pinkerton un corps de garçon bien nourri et bien pensant du Middlewest, guĂšre raffinĂ©, buvant Ă  mĂȘme la bouteille sans mĂȘme penser d’abord Ă  offrir au Consul, sĂ»rement d’une autre extraction sociale, un verre. Ironique face aux Ă©ventails, ombrelles et kimonos, aux rituels d’une culture raffinĂ©e dont les codes dĂ©licats lui Ă©chappent, c’est, en quelque sorte, l’Ă©lĂ©phant dans le magasin de porcelaine. GuĂšre de malice, apparemment, en lui, ni de cynisme grand seigneur, plutĂŽt une bonne conscience du droit que lui donne l’argent et la jeune puissance amĂ©ricaine, traduite par l’insolence d’une superbe voix Ă©clatante en aigus triomphants de coq Ă©rotique et patriotique sans scrupules (« America for ever !»), sĂ»r de lui, sans grandes nuances, avec une impatience masculine du dĂ©sir que cherche Ă  satisfaire immĂ©diatement sa bonne santĂ© plus qu’une voluptueuse recherche Ă©rotique du plaisir : baiser plus que faire l’amour.

butterfly madama marseille opera vassileva compte rendu review classiquenews  img_4811_photo_christian_dresse_2016_butterfly_5À l’inverse, choc subtil de sexe fĂ©minin et de civilisation, la femme, la japonaise Cio-Cio-San, ancienne geisha pliĂ©e Ă  l’art d’amour, oppose Ă  la brutalitĂ© du dĂ©sir mĂąle tous les atermoiements dĂ©licats de la coquetterie : prĂ©paration, jeux prĂ©liminaires, poĂ©tisation culturelle d’une sexualitĂ© qui, sans cela, serait bĂȘtement animale. Et il faut dire que la silhouette gracieuse et gracile de la soprano bulgare Svetla Vassileva, aux gestes et Ă  la dĂ©marche comme chorĂ©graphiĂ©s, sa grĂące enfin, rendent crĂ©dible ce personnage de trop jeune fille Ă  l’ñge invraisemblable, mais archĂ©type d’une grande Ăąme trahie par la vie qui va vers la grandeur du sacrifice. La voix, souple malgrĂ© une indisposition due aux effets pervers du mistral qu’elle nous avouera aprĂšs, sait allier Ă  la puissance requise pour vaincre la rampe orchestrale de Puccini, l’arc-en-ciel de demi-teintes. Sa dignitĂ© sans pathos dans la misĂšre puis la tragĂ©die, rend plus barbare le triomphalisme du mĂąle occidental, mĂȘme saisi tardivement par le remords. Son grand air, Ă  genoux d’abord, comme une priĂšre, est une sorte de rĂȘve, une touchante hallucination et son air d’adieu Ă  son fils, l’adorable petit Basile MĂ©lis, une dĂ©chirure Ă  vif qui arrache les larmes. La digne Suzuki au dĂ©vouement absolu campĂ©e par la Roumaine Cornelia Oncioiu, voix ronde, chaude comme il sied au personnage de nourrice et servante, a un rayonnement maternel Ă©mouvant, dĂ©chirĂ©e de dĂ©tresse dans son inutilitĂ© Ă  sauver sa maĂźtresse. Dans des rĂŽles diffĂ©rents en importance, le trio des trois femmes diffĂ©rentes est un contrepoint finalement solidaire et touchant, sans dĂ©fenses, au monde du pouvoir Ă©crasant (mĂȘme le Consul malgrĂ© sa morale, le reprĂ©sente) des hommes dominants.

Compte rendu, opéra. Marseille, Opéra, le 16 mars 2016. Puccini : Madame Butterfly. Nader Abbassi, direction. Numa Sadoul, mise en scÚne.

Madama Butterfly de Puccini
Ă  l’OpĂ©ra de Marseille, les 16, 18, 20, 22, 24 mars 2016

Distribution :
Cio-Cio San : Svetla Vassileva
Suzuki :Cornelia Oncioiu
Kate Pinkerton :Jennifer Michel
Pinkerton : Teodor Ilincai
Sharpless :Paulo Szot
Goro : Rodolphe Briand
Le Bonze : Jean-Marie Delpas
Yamadori : Camille Tresmontant
Le Commissaire impérial : Mikhael Piccone
L’Officier du registre : FrĂ©dĂ©ric Leroy
Douleur : Basile Mélis.

ChƓur de l’opĂ©ra de Marseille
(Chef de chƓur : Emmanuel Trenque)
Orchestre de l’OpĂ©ra de Marseille
Direction musicale : Nader Abbassi.

Mise en scÚne : Numa Sadoul.
Décors :  Luc Londiveau. Costumes :Katia Duflot. LumiÚres : Philippe Mombellet.

Photos copyright Christian Dresse 2016

Compte-rendu, opéra. Grand-Théùtre de Tours, le 11 octobre 2015. Puccini : Madama Butterfly. Anne-Sophie Duprels (Madama Butterfly), Avi Klemberg (Pinkerton), Suzuki (Delphine Haidan), Jean-Sébastien Bou (Sharpless), Antoine Normand (Goro), François Bazola (Oncle Bonze). Alain Garichot (mise en scÚne). Jean-Yves Ossonce (direction).

Puccini : Madama Butterfly Ă  l’OpĂ©ra de Tours, avec Anne-Sophie Duprels… C’est avec un enthousiasme mĂ©ritĂ© qu’a Ă©tĂ© accueillie – au Grand-ThĂ©Ăątre de Tours – cette magnifique production de Madama Butterfly, signĂ©e par Alain Garichot et crĂ©Ă©e in loco en 2001. Il faut ici saluer son remarquable travail, trĂšs « wilsonien », dans sa volontĂ© dâ€˜Ă©pure. L’opĂ©ra s’ouvre ainsi sur un plateau nu avec, pour tout dĂ©cor, un praticable bas qui symbolise la maison de Cio-Cio San. Sur les cĂŽtĂ©s ou tombant des cintres, des cloisons translucides dĂ©limitent des espaces clos et permettent de trĂšs esthĂ©tisants jeux d’ombres : le sacrifice de l’hĂ©roĂŻne, vu ainsi au travers d’une de ses cloisons de papier, tandis que l’enfant joue juste devant, est particuliĂšrement rĂ©ussi et poignant. Mais les lumiĂšres sont ici au moins aussi importantes que les dĂ©cors et l’on retiendra donc la qualitĂ© du travail de Marc DelamĂ©ziĂšre, dont les Ă©clairages fortement dramatiques sculptent littĂ©ralement l’espace.

 

 

 

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Trop rare en France, la superbe soprano française Anne-Sophie Duprels investit le rĂŽle de Butterfly de son tempĂ©rament de feu et de sa sensibilitĂ© passionnĂ©e. Sa voix se fait tour Ă  tour porteuse de rĂȘves, de nostalgie, de tourments, Ă©pousant les nuances de la partition. La chanteuse rappelle utilement que l’hĂ©roĂŻne de Puccini n’a rien d’un papillon fragile ni d’un rossignol automate, mais requiert une tragĂ©dienne sachant doser ses effets.
(NDLR: Les tourangeaux ont pu dĂ©jĂ  la dĂ©couvrir dans La Voix Humaine prĂ©cĂ©demment produite ici mĂȘme Ă  Tours au cours de la saison derniĂšre : voir notre reportage vidĂ©o dĂ©diĂ© Ă  La Voix Humaine Ă  l’OpĂ©ra de Tours, prĂ©sentĂ©e alors en couplage avec L’heure espagnole de Ravel). La cantatrice est portĂ©e par la direction du maĂźtre des lieux, l’excellent Jean-Yves Ossonce (lequel vient d’annoncer son dĂ©part de l’institution tourangelle en 2016, aprĂšs 16 ans de bons et loyaux services…) qui prend un plaisir contagieux Ă  mettre en valeur une Ɠuvre qu’il respecte visiblement.
Comme toujours sous sa direction, l’Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire Tours se montre sous son meilleur jour, c’est Ă  dire admirable de prĂ©cision et d’engagement.
On dĂ©chante par contre avec le Pinkerton d’Avi Klemberg qui n’a aucune des qualitĂ©s requises par son personnage. La voix manque de puissance et de projection, l’Ă©mission est serrĂ©e et souvent brouillonne, l’acteur est falot ; bref, il livre une prestation vocale et scĂ©nique sans charme ni Ă©clat. Jean-SĂ©bastien Bou est en revanche un vrai luxe dans la partie de Sharpless, gratifiant l’auditoire de sa coutumiĂšre magnifique ligne de chant. Delphine Haidan possĂšde Ă©galement du rĂ©pondant en Suzuki : elle allie profondeur d’approche Ă  un portrait vocal attachant et prĂ©cis. De son cĂŽtĂ©, Antoine Normand se montre suavement inquiĂ©tant dans le rĂŽle de Goro, tandis que François Bazola demeure un solide Oncle Bonze. Enfin, Pascale Sicaud-Beauchesnais fait une Ă©lĂ©gante apparition en Ă©pouse amĂ©ricaine.

 

 

Compte-rendu, opĂ©ra. Grand-ThĂ©Ăątre de Tours, le 11 octobre 2015. Giacomo Puccini : Madama Butterfly. Anne-Sophie Duprels (Madama Butterfly), Avi Klemberg (Pinkerton), Suzuki (Delphine Haidan), Jean-SĂ©bastien Bou (Sharpless), Antoine Normand (Goro), François Bazola (Oncle Bonze). Alain Garichot (mise en scĂšne). Jean-Yves Ossonce (direction). Madama Butterfly Ă  l’affiche de l’OpĂ©ra de Tours, encore le 13 octobre 2015.

 

 

Prochaine production Ă  l’OpĂ©ra de Tours : La Belle HĂ©lĂšne d’Offenbach (Jean-Yves Ossonce, direction. Bernard Pisano : mise en scĂšne et chorĂ©graphie), du 26 au 31 dĂ©cembre 2015.  

 

Illustration : © François Berthon / Opéra de Tours 2015

 

 

Londres. Butterfly au ROH Covent Garden

pucciniLondres, ROH, Covent Garden. Puccini : Madama Butterfly. Du 20 mars au 11 avril 2015. La production londonienne est prometteuse. ScĂ©nographiĂ©e par le duo provocateur mais thĂ©Ăątralement toujours abouti, Leiser-Caurier, sous la direction de Nicola Luisotti, voici une lecture du drame de Cio Cio San qui devrait frapper l’audience grĂące entre autres Ă  la distribution apparemment cohĂ©rente : Opolais, Jagde, Viviani, Bosi, Shkosa. En 1904, Puccini aborde la rive japonaise en sachant Ă©viter les imageries caricaturales grĂące Ă  une Ă©criture d’un raffinement harmonique extrĂȘme dont le sens de la couleur et le chromatisme ciselĂ© rĂ©inventent la notion mĂȘme d’orientalisme plus qu’ils ne l’illustrent. Le compositeur renouera avec ce scintillement exotique Ă  l’orchestre presque 20 ans plus tard, Turandot, princesse chinoise crĂ© Ă  Milan en 1926, Ă  titre posthume…
A Nagasaki, si l’officier amĂ©ricain Pinkerton (tĂ©nor) se marie avec la geisha Cio Cio San dite aussi Butterfly (soprano), il vit tout cela comme un jeu sans consĂ©quence. C’est pourtant dans l’esprit de la jeune femme, un mariage rĂ©el dont naĂźt rapidement un garçon : Puccini, comme Massenet Ă  son Ă©poque, exploite les forces et mouvements contradictoires. FacĂ©tie insouciante de l’amĂ©ricain, chant tragique et solitaire puis suicidaire et dĂ©sespĂ©rĂ© de Cio Cio San. Le compositeur renforce par l’orchestre la psychologie des personnages, en particulier la figure de la geisha dont les relations avec ses semblables sont complexes et nettement dĂ©favorables. Jeune prostituĂ©e, elle inspire l’exclusion. C’est la solitude de plus en plus accablante pour l’hĂ©roĂŻne, et son abandon / trahison par Pinkerton qui achĂšvent toute rĂ©sistance. Au final, Cio Cio San n’a jamais existĂ© et son fils est mĂȘme repris par la femme vĂ©ritable de Pinkerton… La vraie revanche de Butterfly reste le chant orchestral exceptionnellement raffinĂ© que lui rĂ©serve Puccini qui n’a jamais semblĂ© plus inspirĂ© par une figure fĂ©minine. Ni Tosca, ni Turandot ni mĂȘme Mimi, ne semblent doublĂ©es par un orchestre aussi raffinĂ©, harmoniquement miroitant, d’une texture scintillante aussi sophistiquĂ©e que Ravel ou Debussy.

boutonreservationMadame Butterfly de Puccini au Royal Opera House de Covent Garden, Londres
8 représentations : les 20,23,28,31 mars puis 4,6,9 et 11 avril 2015
Production déjà présentée en 2011
Nicola Luisotti, direction
Patrice Caurier et Moshe Leiser, mise en scĂšne