CRITIQUE, opéra. ANVERS, opéra (du 5 juin au 9 juillet 2024). JANACEK : Jenufa. A Eichenholz, N. Petrinsky, J. McCorkle, L. Elgr… Robert Carsen / Alejo Perez.

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.

C’est un moment intense de théâtre lyrique qu’a proposé l’Opéra d’Anvers (Opera Ballet Vlaanderen) en clôture de sa saison, avec la Jenufa de Leos Janacek, dans la célèbre (et magnifique !) mise en scène de Robert Carsen, étrennée il loco il y a quelque 25 ans, et reprise un peu partout depuis. Cette production souligne, une fois encore, combien le premier grand succès lyrique de Janacek recèle de pages d’un lyrisme à fleur de peau, capable d’émouvoir le grand public. 

 

 

L’homme de théâtre canadien situe l’action dans une sorte d’arène rectangulaire, au sol recouvert de terre battue et entourée de portes et fenêtres (décor signé Patrick Kinmonth), qui évoque le terroir, mais aussi les convenances sociales qui guettent. Les panneaux, mobiles, sont déplacés en fonction des besoins : un peu gênants dans le premier tableau, où ils masquent partiellement les protagonistes à la vue – et à l’ouïe – des spectateurs, ils créent un étouffant huis clos au-delà duquel s’étend la nuit noire, lorsqu’il s’agit d’évoquer l’intérieur où vivent Jenufa et Kostelnicka ; et dans le finale, avec son duo d’amour bref, mais intense, Jenufa et Laca se retrouvent au centre d’une scène nue, inondés par une averse de pluie purificatrice. Robert Carsen a traité l’œuvre en véritable homme de théâtre, en dessinant chacun des personnages de façon très ferme et en faisant progresser l’intrigue implacablement. Depuis l’exposition du drame au premier acte, jusqu’à la poignante conclusion, c’est à un véritable crescendo que nous assistons, prenant plus d’une fois le spectateur à gorge. 

La soprano polonaise Agneta Eichenholz est une Jenufa d’une grande sincérité, découvrant pas à pas le véritable amour en la personne de Laca. Kostelnicka – véritable pivot de l’œuvre – est un rôle qui a été marqué, de façon indélébile, par Anja Silja, et si toute comparaison est vaine, il faut reconnaître que la mezzo allemande Natascha Petrinsky campe le personnage avec les moyens qui sont les siens, en une large palette d’expression (produisant même parfois l’impression d’en faire trop au deuxième acte), souveraine dans sa grande scène d’auto-accusation au dernier acte, où la voix se déploie aussi pleinement. De son côté, le ténor afro-américain Jamez McCorkle possède un organe d’une rare vaillance, qu’il sait aussi nuancer en demi-teintes : il est un Laca vigoureux comme le roc, impétueux dans ses réactions, mais constant dans ses sentiments. Ténor plus lyrique, mais également très à l’aise dans la tessiture exigeante de Janacek, le ténor tchèque Ladislav Elgr – grand habitué de la scène anversoise -, incarne avec prestance le volage Steva. Notons encore, dans les rôles secondaires, les belles prestations de Maria Riccarda Wesseling (Grand-Mère Burya), Zofia Hanna (Jana) ou encore David Stout (Starek), ainsi que l’excellence des chœurs très bien préparés par Jan Schweiger. 

Le chef argentin Alejo Perez, directeur musical de la phalange maison, l’excellent Orchestre Symphonique d’Opera Ballet Vlaanderen, dirige la partition avec une belle transparence, laissant à paraître la modernité de la musique de Janacek (surtout à l’Opéra d’Anvers, salle à l’acoustique assez “ouverte”), dont il favorise cependant avant tout les aspects lyriques, la rendant ainsi accessible au plus grand nombre. 

Une standing ovation salue, de manière amplement mérité, ce spectacle à la puissance émotionnel intact !

 

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CRITIQUE, opéra. ANVERS, Opera Ballet Vlaanderen (du 5 juin au 9 juillet 2024). JANACEK : Jenufa. A Eichenholz, N. Petrinsky, J. McCorkle, L. Elgr… Robert Carsen / Alejo Perez.

 

VIDEO : Trailer de « Jenufa » à l’Opera Ballet Vlaanderen

 

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