GAND / ANVERS. WEILL : Der Silbersee. 18 sept – 16 oct 2021

kurt-weill-der-silbersee-anvers-gand-gent-anxerpen-opera-annonce-classiquenews-opera-critiqueGAND / ANVERS. WEILL : Der Silbersee : 18 sept – 16 oct 2021 – Der Silbersee (Le Lac d’argent) est créé simultanément le 18 février 1933, à Leipzig, Magdebourg et Erfurt. 3 semaines après la prise de pouvoir par le parti national-socialiste. C’est la dernière partition de Kurt Weill avant son exil le 21 mars 1933, les nazis avaient interdit les représentations depuis le 4 mars.

Le sujet dénonce ouvertement le nouveau régime hitlérien à travers la relation entre Olim, policier prussien, garant de l’ordre juste à Silbersee, et le réfugié étranger affamé Severin. D’ailleurs quand celui ci dérobe un ananas pour se nourrir, Olim lui tire dessus. Dans le château qu’Olim a gagné, profitant de la déroute des aristocrates ruinés de l’ex République de Weimar, Olim recueille Severin et souhaite qu’ils deviennent amis. Mais c’est compter sans la perversité de la gouvernante Mme von Luber qui s’ingénie à dresser les deux hommes l’un contre l’autre. Les deux hommes réconciliés, quand le lac gèle, préviennent alors les spectateurs et les mettent en garde contre l’ambition d’Hitler. A chacun d’assumer son destin et de défendre ses valeurs par conviction.

Weill innove encore dans cette comédie musicale, mi théâtre mi opéra où les textes parlés sont aussi importants que les airs ; les chanteurs doivent donc être aussi articulés que possible … des diseurs de premier plan afin de rendre intelligibles les scènes de pur théâtre. Le compositeur varie le cadre formel : alternant cantate, pièces instrumentales, murder ballads, chansons. L’esprit du cabaret berlinois n’est jamais éloigné dans ce mélange subtil de lyrisme éperdu et de réalisme cynique humoristique. Autant de pertinence et de trouvailles géniales qui heurtèrent les nazis lesquels immédiatement classèrent le style de Weill comme art dégénéré et bâtard. Le 10 mai, les décors de Caspar Neher sont brûlés sur la place de l’opéra de Berlin. L’œuvre aussi inclassable que les 7 péchés capitaux, composé à Paris, témoigne du génie Weillien dont le théâtre dénonce, et enchante tout autant. Ses ouvrages sont aussi rares que captivants.

Pour la scène flamande, à Gand puis Anvers, l’homme de théâtre Ersan Mondtag qui avait déjà travaillé à l’Opéra des Flandres (Opera Ballet Vlaanderen) imagine une adaptation personnelle de Der Silbersee de Kurt Weill, comme une immersion dans la société dystopique de 2033.

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RÉSERVATIONS, INFORMATIONS
https://www.operaballet.be/en

Le Lac d’argent / Der Silbersee
KURT WEILL
Livret de Georg Kaiser

Opera de Gand / Gent
Les 18, 21, 24 et 25 septembre 2021

Opéra d’Anvers / Antwerpen
Les 3, 7, 10, 13 et 16 octobre 2021

https://www.operaballet.be/en/programme/2021-2022/der-silbersee

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COMPTE-RENDU, critique, opéra. ANVERS, le 7 fév 2020. SCHREKER : Der Schmied von Gent. A Pérez / E Mondtag

schreker die schmied von gent opera vlaamse flanderen critique review opera classiquenewsCOMPTE-RENDU, critique, opéra. ANVERS, Opéra flamand, le 7 février 2020. Schreker : Der Schmied von Gent. Alejo Pérez / Ersan Mondtag. D’année en année, l’héritage lyrique de Franz Schreker (1878-1934) ne cesse d’être exploré dans toute sa diversité, au disque mais également sur scène. Avant Irrelohe (1922) présenté à l’Opéra de Lyon dès le 24 mars prochain, place au Forgeron de Gand / Der Schmied von Gent (1932), dernier opéra du grand rival de Richard Strauss en son temps. On doit à l’intérêt conjoint de l’Opéra flamand, en coproduction avec le Nationaltheater Mannheim, le nouvel éclairage donné à cet ouvrage monté pour la dernière fois voilà dix ans à Chemnitz (heureusement gravé par CPO) : ça n’est là que justice, tant Schreker fait montre d’une inspiration foisonnante dans l’éclectisme musical, en un style proche de Kurt Weill pour le parlé-chanté et l’ambiance de cabaret, tandis que les ruptures verticales expressionnistes font davantage penser au Hindemith de Cardillac ( https://www.classiquenews.com/tag/cardillac/ ). L’Autrichien quitte ainsi les expérimentations fraichement accueillies de Christophorus (1929), dédié à Arnold Schönberg, pour embrasser un style virtuose où s’entremêlent chansons populaires flamandes et pastiches de musiques anciennes, avant un acte III rayonnant où la tonalité retrouve davantage ses droits (rappelant le Korngold du Miracle d’Héliane http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-gand-le-15-septembre-2017-korngold-das-wunder-der-heliane-a-stundytea-joel-d-bosch/).

Comme à son habitude, le compositeur écrit lui-même son livret, en s’inspirant cette fois des Légendes flamandes de Charles de Coster – l’auteur de Till l’Espiègle, à qui Richard Strauss a dédié son célébrissime poème symphonique. Schreker quitte les rives sulfureuses des troubles freudiens pour la satire du conte folklorique rabelaisien – dans l’esprit du triomphe rencontré quelques années plus tôt par la Schwanda de Jaromir Weinberger (1896-1967). On notera que l’Opéra-Comique de Berlin présente actuellement cette rareté dans sa version allemande, montée par l’excellent Barrie Kosky. A Anvers, Ersan Mondtag s’essaie à sa première mise en scène lyrique avec bonheur, en enrichissant le récit d’une énergie toute aussi riche que la musique : les aventures du forgeron Smee prennent la forme d’un cauchemar psychédélique délirant et absurde, où le héros fuit son quotidien pour un pacte faustien avec le diable, sur fond de satire revancharde contre l’occupant espagnol à Gand. Les décors spectaculaires et les costumes aux couleurs volontairement grotesques convient à des tableaux dignes des outrances d’Otto Dix et George Grosz, même si l’on pourra regretter que le spectacle n’explore davantage, en première partie, la crise de couple et le désir pour Astarté.

Quoiqu’il en soit, le spectacle surprend plus encore après l’entracte en prenant un tour plus politique, sans jamais se départir de son humour : Ersan Mondtag nous rappelle combien la Belgique, jadis oppressée par les Espagnols, puis les Autrichiens, a rapidement endossé les atours de l’oppresseur une fois sa puissance établie. Possession personnelle du Roi Léopold II, avant la cession à la Belgique, le Congo belge subira ainsi de nombreuses atrocités lors de la colonisation, à l’instar des méfaits célèbres du duc d’Albe en Flandre. Le discours saisissant prononcé par le premier ministre congolais Patrice Lumumba, au moment de l’accession à l’indépendance de son pays en 1960, sert de prélude à un dernier acte burlesque et irrésistible de moquerie, où Smee parait grimé en Léopold II. Tandis que le héros se voit refuser à la fois sa place au paradis et dans les enfers, cette saisissante mise en miroir permet de remettre en question l’héritage politique, jugé habituellement favorable, du second monarque belge.

Bien qu’annoncé souffrant, Leigh Melrose (Smee) emporte l’adhésion par sa composition théâtrale d’une grande présence, autour de phrasés très précis. A ses côtés, la superlative Kai Rüütel s’impose avec son émission charnue et bien projetée, de même que l’impeccable Astarté de Vuvu Mpofu. Si Michael J. Scott (Slimbroek) est un cran en-dessous avec son chant puissant mais peu stylé, les autres seconds rôles remplissent parfaitement leur office, au premier rang desquels le truculent Saint-Pierre de Justin Hopkins. La seule déception de la soirée est la direction peu imaginative du nouveau directeur musical Alejo Pérez, qui joue la carte de la musique pure en des tempi enlevés, mais trop peu attentifs à l’expression théâtrale, aux transitions comme aux nuances. Seule la dernière partie, à l’élan post-romantique, le montre davantage à son aise.

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Compte-rendu, opéra. Anvers, Opéra flamand ( OPERA BALLET VLAANDEREN ), le 7 février 2020. Schreker : Der Schmied von Gent. Leigh Melrose (Smee), Kai Rüütel (sa femme), Vuvu Mpofu (Astarte), Michael J. Scott (Slimbroek), Daniel Arnaldos (Flipke), Nabil Suliman (le bourreau), Leon Košavić (le Duc d’Alba), Ivan Thirion (Saint-Joseph), Chia Fen Wu (Marie), Justin Hopkins (Saint-Pierre), Stephan Adriaens (tenor solo). Kinderkoor, Koor & Symfonisch Orkest Opera Ballet Vlaanderen, Alejo Pérez (direction musicale) / Ersan Mondtag (mise en scène et décors). A l’affiche de l’Opéra flamand, à Anvers du 2 au 11 février, puis à Gand du 21 février au 1er mars 2020. Photos : © Annemie Augustijns