mardi 18 juin 2024

CRITIQUE, concert. VERSAILLES, Opéra Royal, le 29 janvier 2024. Concert des 3 contre-ténors : Bruno de Sà, Théo Imart, Nicolo Balducci. Orchestre de l’Opéra Royal / Stefan Plewniak (direction).

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.

C’est maintenant une formule consacrée, dans le cadre de Château de Versailles Spectacles – (et dans le somptueux écrin de l’Opéra Royal de Versailles ce soir…) -, que ces concerts réunissant les meilleurs contre-ténors du moment dans des joutes vocales visant à ressusciter l’âge d’or des Castrats ! Après avoir osé le défi d’en afficher pas moins de quatre réunis sous les ors de la Galerie des Glaces l’an passé (Samuel Mariño, Eric Jurenas, Siman Chung et Nicolò Balducci), la formule à trois est de retour avec cette fois le sopraniste brésilien Bruno de Sà, le français Théo Imart et ce même Nicolo Balducci, jeune contre-ténor italien qui nous a tant ravis dans le rôle de Néron (dans la Poppée montéverdienne) le mois dernier dans la voisine Grande Salle des Batailles

 

 

La partie instrumentale est bien évidemment réalisée par l’Orchestre de l’Opéra Royal, dont l’homogénéité du son, la motricité et l’agilité des attaques, l’énergie continue d’un bout à l’autre – sous l’impulsion frénétique du bouillonnant chef polonais Stefan Plewniak, grand habitué de la fosse versaillaise – assurent un matelas à la fois élastique et trépidant, et d’une vélocité confinant parfois à l’hystérie, mais indiscutablement propre à soutenir et encourager l’engagement discontinu des trois superbes solistes de ce soir. 

C’est le fameux sopraniste Bruno de Sa qui ouvre les “hostilités”, après une exécution orchestrale de la célèbre “Danse des Sauvages” tirée des Indes Galantes de Rameau (non prévue au programme) avec l’air “Siam navi all’onde” extrait de L’Olimpiade de Vivaldi. Le chanteur a déjà construit son personnage scénique, n’hésitant pas à adopter tous les codes vestimentaires à la fois fashion et queer, jouant fort pertinemment du trouble que suscite immanquablement ce chant au delà des sexes et des genres. Le résultat fonctionne à merveille tant la théâtralité et le délire spectaculaire de cet air vertigineux pour la voix sont assumés avec un naturel et une qualité de sincérité qui enchantent, et même captivent ici. Le chanteur éblouit littéralement par la clarté et l’agilité d’un timbre rond, à la projection facile et naturelle, qui s’épanouit dans les aigus, mais qui sait également faire un sort aux épanchements à la fois amoureux et douloureux quand il interprète, un peu plus tard, le tendre “Parto ti lascia o caro”, extrait de Germanico in Germania de Porpora. 

Le jeune Théo Imart, habillé bien plus classiquement et sobrement, ne manque ni d’émotion ni de nuances dans l’aria qui fait pleurer les pierres “Gelido in ogni vena” (tiré de Farnace) de Haendel, mais les vocalises de l’air “Fra le procelle” (dans Tito Manlio de Vivaldi), bien que très habilement exécutées, sentent cependant encore l’effort, tandis que son registre grave manque également pour l’instant du soutien nécessaire. Il ne s’en montre pas moins très émouvant dans son premier air.

De son côté, Nicolo Balducci porte le même costume noir au revers de strass réverbérant que le mois dernier, et nous enchante à nouveau par son timbre tout de pureté et de brillance. Il éblouit dans l’air célèbre “Agitata da due venti” (de Vivaldi) par sa technique électrique maîtrisée sur un rythme effréné, doublé par la sincérité d’un chant rayonnant qui touche immédiatement, tandis qu’il écarte la performance d’une pure démonstration pyrotechnique dans le bouleversant “Scherza infida” extrait d’Ariodante de Haendel, dans lequel il fait preuve d’une réelle qualité émotionnelle. 

Mais la virtuosité et les paillettes vocales reprennent ensuite le dessus avec le trio Viriate / Siface / Ismene (et leur air  “Mi scaccia crudele”) extrait de Siface de Giuseppe Sellitto, qui tirent du public versaillais un tonnerre d’applaudissements qui leur fait entonner – à trois – le somptueux duo final du Couronnement de Poppée (“Pur ti miro”), qui ne manque pas d’émouvoir, avant que ne retentisse à nouveau – pour boucler la boucle – la “Danse des sauvages”, mais cette fois en version chantée… et avec la participation active du public !

 

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CRITIQUE, concert. VERSAILLES, Opéra Royal, le 29 janvier 2024. Concert des 3 contre-ténors : Bruno de Sà, Théo Imart, Nicolo Balducci. Orchestre de l’Opéra Royal / Stefan Plewniak (direction). Photos (c) Emmanuel Andrieu.

 

VIDEO : Les 3 contre-ténors – Samuel Marino, Filippo Mineccia et Valer Sabadus – chantent à l’Opéra Royal de Versailles

 

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