José De Nebra participe activement aux fastes de la musique monarchique madrilène, rejoignant dès ses 22 ans, la Chapelle Royale comme organiste ; puis il en devient premier organiste et vice-maître en 1751, marquant par sa musique sacrée, opulente et éloquente, le règne du roi Bourbon Ferdinand VI. L’Italien Francisco Corselli règne alors comme Maître de chapelle, affirmant la suprématie du style italien à la cour des Bourbons d’Espagne.
Les 8 Répons de Noël enregistrés dans ce nouvel album de La grande Chapelle, fixent le dispositif habituel royal : double choeur (solistes et ripieno) et orchestre fourni : cors et hautbois, trompettes, par 2. Les Répons polyphoniques en latin (qui surclassent alors leur version populaire en langue vernaculaire, soit les villancicos, désormais écartés) démontrent la maîtrise de De Nebra, meilleur représentant du genre avec son confrère Corselli.
Fastes et mystère
Albert Recasens et les formidables solistes de sa Grande Chapelle ressuscitent ici la version attestée et documentée, datée de 1752, destinée 2 ans après leur conception en 1750, au monastère de l’Incarnation. Le cycle entier fut ainsi chanté, le dimanche soir, veille de la Nativité, pour Ferdinand VI à l’église San Jerónimo (puisque l’ancien Alcazar avait brûlé en 1734).
Les mêmes 8 pièces furent à nouveau modifiées en 1756, puis en 1760 selon la nouvelle esthétique du roi Charles III qui préférait les opus les plus courts.
L’esprit et le caractère favorisent la joie, l’exultation propre au temps de la Naissance divine. De Nebra soigne particulièrement la diversité contrastée des sections, jouant sur les effets doxologiques par l’effectif général, ou l’incise plus intime et recueillie des solistes (associés en duo alto / ténor, cf le II). Le III est raffiné et dramatique, d’une couleur pastorale assumée, où les 2 sopranos et le ténor (« Quem vidistis, pastores ») expriment la ferveur attendrie des bergers face au Miracle de Noël. Quand le IV, invite à méditer avec faste (choeur complet sollicité) le mystère de la Naissance divine (« O magnum mysterium »)… Le V s’affirme par sa texture resserrée, la plus réduite donc intimiste (« Beata Dei Genitrix Maria ») où l’écriture fusionne noblesse et tendresse pour la Vierge qui enfanta le Sauveur, sur le tapis ciselé des instruments. Le VIII (« Verbum caro factum est ») éclaire le texte avec une majesté intérieure d’une réelle profondeur théologique.
La Grande Chapelle que l’on a tant apprécié dans nombre d’œuvres sacrées liturgiques ou non, réalise avec cette « première mondiale », l’une de ses plus remarquables recréations ; l’effectif redouble de saine virtuosité, associant très naturellement le contexte fastueux et royal, et le sujet qui plonge dans l’intimité populaire et même familiale de l’étable, celle où Marie et Joseph accueillent le premier souffle de Jésus, entourés des anges, des animaux, des bergers… Dans le geste équilibré, ardent et souple d’Albert Recasens, se manifeste cette équation convaincante entre l’esprit de la célébration luxueuse et triomphale, et le sentiment de l’Épiphanie, sobre et recueillie, majestueux certes mais surtout Mystère et Vérité. Les chanteurs et les instrumentistes, actifs et méditatifs, soulignent peu à peu à travers les 8 sections / Répons, l’émergence du sens le plus essentiel de la Naissance : célébration de l’enfance et de l’innocence avec l’espoir d’une humanité idéale, mais aussi fragilité de la nature humaine destinée à la souffrance et bientôt au Sacrifice. Première mondiale convaincante, résurrection totalement légitime.
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CRITIQUE CD événement. José de Nebra (1702 – 1768) : Répons de Noël / Responsorios de
Navidad (1752). La Grande Chapelle, Albert Recasens (direction) / 2 cd Lauda Música – enregistré en déc 2023 – CLIC de CLASSIQUENEWS automne 2025
PLUS D’INFOS sur le site de l’éditeur Lauda Música : https://laudamusica.com/la-grande-chapelle-nominada-a-los-icma-2026-con-su-nuevo-disco-dedicado-a-jose-de-nebra/
Page dédiée José de Nebra / Responsorios de Navidad : https://laudamusica.com/discografica/





