Chaque année en novembre, Bordeaux vibre au rythme de L’Esprit du Piano, un festival qui transforme la cité girondine en capitale des amoureux du piano. La programmation éclectique s’adresse à tous les passionnés, qu’ils soient férus de Chopin, de Liszt, de Debussy ou de jazz, en réunissant sur diverses scènes de l’agglomération bordelaise à la fois des légendes et de nouveaux prodiges. La 16ème édition a ainsi été inaugurée par le jeune Constantin Mathias le 12 novembre, tandis que le 19 – à l’Auditorium de Bordeaux – nous avons pu entendre un géant universellement reconnu : le maître russe Grigory Sokolov !
Pour son récital, Sokolov a choisi un parcours exigeant, traversant deux grands univers de la musique romantique allemande. Dès les premières mesures de la Sonate n°4 de Ludwig Van Beethoven, l’auditoire est saisi. Sokolov a déployé la structure monumentale de l’œuvre avec une maîtrise architecturale absolue. Le premier mouvement, Allegro molto e con brio, a jailli avec une vigueur et une clarté cristalline, tandis que le Largo, con gran espressione est devenu sous ses doigts une méditation d’une profondeur abyssale, suspendant le temps dans l’Auditorium. La densité expressive des Bagatelles Op. 126 fut ensuite révélée avec un art consommé de la nuance, transformant ces miniatures en un cycle dramatique et cohérent, comme Beethoven l’avait souhaité.
La seconde partie, vouée à Johannes Brahms, a confirmé la profonde affinité spirituelle liant le pianiste à ce compositeur. Les 4 Ballades Op. 10 ont resonné avec une intensité narrative rare. La première, inspirée de la ballade écossaise « Edward« , avait la noirceur et la fatalité d’une tragédie shakespearienne. Puis vinrent les Rhapsodies Op. 79, des pages où la fougue juvénile de Brahms rencontre la parfaite maîtrise formelle. Sokolov y a déchaîné des torrents sonores d’une parfaite netteté dans la première, avant de faire chanter la ligne mélodique de la deuxième avec une passion contenue qui a soulevé l’auditoire.
Le public, transporté, n’a pas voulu le lâcher. En réponse à des ovations qui ne faiblissaient pas, Sokolov a offert un véritable récital bis de six pièces, chose rarissime mais dont le maestro russe est coutumier ! Ce fut un voyage intimiste et génial à travers les siècles : la poésie pure de trois Mazurkas de Chopin, l’énergie tellurique de « La Danse des Sauvages » de Rameau, et la perfection architecturale d’une pièce de Bach ont tour à tour ébloui. Chaque bis était un monde complet, offert avec la même concentration et la même générosité que le programme principal.
Le festival L’Esprit du Piano se poursuit jusqu’au 29 novembre. Ne manquez pas les prochains rendez-vous avec d’autres grands noms du piano, tels qu’Alexandre Kantorow, Nikolaï Lugansky, Vadym Kholodenko, Anna Vinnitskaya, ou encore le pianiste de jazz Gonzalo Rubalcaba, ainsi que de nouvelles découvertes comme le Trio de Luca Sestak !
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CRITIQUE, festival. BORDEAUX, Festival « L’Esprit du piano » (Auditorium de Bordeaux), le 19 novembre 2025. BEETHOVEN / BRAHMS. Grigori SOKOLOV (piano). Crédit photo (c) Droits réservés





