Partition tardive et méconnue du génie schumannien, l’oratorio « Le Pèlerinage de la Rose » (opus 112, 1852) participe du dernier élan créatif propre au début des années 1850 (avant sa mort en 1856). A Düsseldorf, le compositeur des 4 Symphonies, du Requiem connaît une consécration unanime qui cependant est ternie par ses difficultés avec l’orchestre de la ville : Schumann est contraint de démissionner de son poste de directeur musical unique (1853). Comme résigné, ses forces vives épuisées, Robert sombre dans sa folie intérieure. Sa lente désintégration psychique paraît inéluctable.
L’Opéra de Rennes affiche la version originelle pour piano conçue par Schumann avec le choeur Mélisme(s) sous la direction de Gildas Pungier. La production est mise en images en direct par l’illustratrice Emma Bertin pour un concert dessiné, invitation onirique qui complète opportunément le travail spécifique des chanteurs et solistes du chœur Mélisme(s), en résidence à l’Opéra de Rennes, sur l’écriture chorale, l’articulation du texte, le geste vocal.
La puissance poétique de l’œuvre évoque le cheminement d’une petite rose aspirant à la condition humaine et à l’amour. Comme dans son oratorio précédent, Le Paradis et la Péri (1843), porté par une énergie bouillonnante, aux sources d’un romantisme exalté, Le Pèlerinage de la rose (Der rosepilgerfahrt), redouble encore d’éloquence et de finesse dans l’écriture vocale, d’autant que Schumann élabore dans le même temps, la version finale, ses Scènes de Faust…
_______________________________
OPÉRA DE RENNES
Mardi 2 décembre 2025 à 20h
Mercredi 3 décembre 2025 à 20h
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Opéra de Rennes :
https://www.opera-rennes.fr/fr/evenement/le-pelerinage-de-la-rose
Distribution
Gildas Pungier, direction musicale
Jeanne Mendoche, La Rose
Benoit Rameau, ténor
Damien Pass, baryton
Emma Bertin, dessin en direct
Colette Diard, piano
Chœur de chambre Mélisme(s) (direction : Gildas Pungier)
Maîtrise de Bretagne (direction : Maud Hamon-Loisance)
Durée: 1h10, sans entracte
Rôles : Rose (soprano), la reine des elfes, Marthe, une meunière (mezzo-soprano), un fossoyeur (basse), un meunier (basse), narrateur, Max fils du forestier (ténor)
Première partie
N° 1. Die Frühlingslüfte bringen
N° 2. Johannis war gekommen
N° 3. Elfenreigen: Wir tanzen, wir tanzen
N° 4. Und wie sie sangen
N° 5. So sangen sie
N° 6. Bin ein armes Waisenkind
N° 7. Es war der Rose erster Schmerz!
N° 8. Wie Blätter am Baum
N° 9. Die letzte Scholl’ hinunterrollt
N° 10. Gebet: Dank, Herr, dir dort im Sternenland
Deuxième partie
N° 11. Ins Haus des Totengräbers
N° 12. Zwischen grünen Bäumen
N° 13. Von dem Greis geleitet
N° 14. Bald hat das neue Töchterlein
N° 15. Bist du im Wald gewandelt
N° 16. Im Wald, gelehnt am Stamme
N° 17. Der Abendschlummer
N° 18. O sel’ge Zeit
N° 19. Wer kommt am Sonntagsmorgen
N° 20. Ei Mühle, liebe Mühle
N° 21. Was klingen denn die Hörner
N° 22. Im Hause des Müllers
N° 23. Und wie ein Jahr verronnen ist
N° 24. Röslein!
Composition : 1851.
Création : 5 février 1852, Düsseldorf, Geisslersaal, sous la direction du compositeur.
Effectif : soprano (Rose), alto (la Reine des elfes, Marthe, la Meunière), baryton (le Meunier), basse (le Fossoyeur), 2 sopranos solo, 2 altos solo, ténor solo, basse solo, chœur à 4 voix – 2 flûtes, 2 hautbois, 2 clarinettes, 2 bassons – 2 cors d’harmonie, 2 cors à piston, 2 trompettes à piston, 3 trombones – timbales – cordes.
Musikdirektor à Düsseldorf
En devenant directeur de la musique à Düsseldorf en septembre 1850, Schumann quitte la
Saxe et s’attèle à diriger les concerts de l’Allgemeine Musikverein et de la société chorale : un défi pour le compositeur qui n’a jamais été Musikdirektor, assumant ainsi sa fonction de chef principal pour les dix concerts d’abonnement, et les concerts exceptionnels comprenant œuvres du répertoire et partitions nouvelles dont les siennes (les 4 symphonies à venir). Ainsi voit le jour dans ce contexte stimulant : la Symphonie « Rhénane », créée triomphalement en février 1851. Schumann redouble tout autant d’inspiration dans le genre choral. Dans son esprit, orchestre et chœur sont conçus pour atteindre et exprimer le sublime. L’auteur d’un unique opéra (Genoveva, 1848), du Paradis et la Péri (1843), poursuit la composition des Scènes de Faust, finalisé en 1853…
D’une forme plus resserrée, Le Pèlerinage de la rose op. 112, sous-titré Conte (« Märchen ») d’après un poème de Moritz Horn est contemporain des « ballades dramatiques » (pour choeur et orchestre, l’équation idéale), nourries des légendes : Le Fils du roi, La Malédiction du chanteur, Le Page et la Fille du roi, Le Bonheur d’Edenhall…
Le Pèlerinage de la rose réadapte le modèle proposé par Le Paradis et la Péri, dont elle propose une version « plus rustique, plus allemande » (Schumann). Le voyage terrestre de la Rose transpose en terres germaniques (forêt, moulin, ruisseau, propres au Romantisme allemand), et dans une langue qui relève du sentimentalisme parfois précieux, l’orientalisme de l’oratorio précédent, comme si Schumann souhaitait y affirmer des idiomes proprement germaniques.
Chemnitz, Moritz Horn adresse son poème au compositeur qui s’enthousiasme : « Votre poème appelle la musique, et une foule d’idées mélodiques me sont déjà passées par l’esprit. Mais il faudrait élaguer beaucoup de choses et donner à plusieurs scènes une structure plus dramatique » (avril 1851).
En un beau jour de printemps, alors que la nature se pare de fleurs et de couleurs (n° 1 et 2) et que les elfes tourbillonnent (n° 3), une rose se lamente de ne pouvoir connaître l’amour et demande à être transformée en jeune fille. La reine des elfes accède à son désir, lui confiant une rose magique qui doit la protéger (n° 4). Après sa métamorphose (n° 5), Rose rencontre une vieille femme qui la rejette (n° 6), avant d’arriver dans un cimetière, où se trouve le fossoyeur (n° 7). C’est l’enterrement de la fille du meunier et de la meunière, morte d’avoir eu le cœur brisé (n° 8). Touché par Rose, le fossoyeur l’héberge (n° 9). Une prière de la jeune fille ainsi qu’un chœur d’elfes, qui tentent de la ramener à eux, achèvent cette première partie (n° 10).
Au matin, le fossoyeur l’emmène au moulin (n° 11 et 12), où il la présente au meunier et à sa femme comme leur nouvelle fille (n° 13), et très vite, Rose s’attache l’amour de tous (n° 14). Dans la forêt (n° 15), le fils du garde forestier se languit en pensant à elle (n° 16) ; Rose lui jure bientôt son amour : « Je veux être ta petite rose et tu seras mon
printemps » (n° 17). Le chœur entame un chant de réjouissance (n° 18), puis c’est la noce (n° 19 à 22). Un an plus tard, la petite Rose est devenue mère ; elle donne à son enfant la rose talisman et quitte ce monde le cœur heureux (n° 23), avant de rejoindre les anges (n° 24).
La fin est un choix de Schumann, qui confie : « La gradation : rose, jeune fille, ange me paraît non seulement poétique, mais encore conforme à cette transmutation des âmes dont nous rêvons tous volontiers ».
sentimentalisme germanique
Comme les héros du Paradis et la Péri, Le pèlerinage de la rose met en scène plusieurs solistes, qui sont autant de personnages ; le chœur est tantôt celui des elfes ou des anges (voix de femmes), tantôt les chasseurs (voix d’hommes), tantôt commente et décrit l’action (n° 18, 21 et 22). L’écriture de Schumann se rapproche de celle du lied, favorisant simplicité et intimité, Schumann affectionne alors le seul piano : « La Rose […] fut composée avec un simple accompagnement de piano qui me paraissait, et me paraît encore, l’entourage le plus seyant pour cette œuvre délicate » (à Moritz Horn, septembre 1851). Le drame fut ainsi créé chez les Schumann ainsi, par les chanteurs et le piano, à l’été 1851.
Le raffinement de sa conception, que ne contredit d’ailleurs pas sa version orchestrale (réalisé ensuite par Schumann à l’automne 1851), la finesse émotionnelle qui sous tend son action, font du Pèlerinage une œuvre authentiquement germanique, touchante par sa sincérité voire la profondeur des passions.
______________________________





