Compte-rendu : Paris. Opéra National de Paris (Palais Garnier), le 23 mai 2013. Haendel : Giulio Cesare in Egitto. Lawrence Zazzo, Sandrine Piau, … Concert d’Astrée. Emmanuelle Haïm, direction. Laurent Pelly, mise en scène.

haendel_portrait_perruqueL’Opéra National de Paris accueille l’Orchestre et Choeur du Concert d’Astrée dirigé par Emmanuelle Haïm, pour la reprise de leur production de Giulio Cesare de Haendel de 2011 dans la mise en scène signée Laurent Pelly.

Giulio Cesare a une place spéciale dans la production lyrique du Caro Sassone. Il s’agît de l’un des plus riches exemples de caractérisation musicale dans tout le répertoire. La partition est une des plus somptueuses et originales de la plume du compositeur. L’écriture vocale est virtuose, d’une abondance mélodique enivrante. Le Concert d’Astrée sous la sévère et précise d’Emmanuelle Haïm se révèle très convaincant (effet de la rbague d’aisance contagieuse …). Non seulement il soutien les chanteurs avec maestria, mais se distingue aussi de façon surprenante à plusieurs moments de la ptte eprise : les musiciens et leur chef reprennent la production déjà vue avec plusrésentation, et non seulement lors des intermèdes purement instrumentaux. L’orchestre se montre dramatique, noble et maestoso pendant les airs de Cornélie, d’une dignité royale et d’un entrain presque romantique lors de l’air de Sextus “L’angue offeso mai riposa”, parfois agité, parfois larmoyant, toujours excellent. Les ritournelles sont d’un entrain souvent singulier et les solos de flûte, violon et cor, vraiment impressionnants. 

Un éventail brillant de sentiments

 

Comme la distribution des chanteurs d’ailleurs. Si le livret peut paraître risible, les chanteurs sont très engagés et donnent vie aux personnages avec les moyens dont ils disposent. Dans ce sens les rôles de César et de Cléopâtre, tenus par Lawrence Zazzo et Sandrine Piau respectivement, sont les vedettes incontestables, pourtant accompagnés d’une équipe de grande qualité. Le Jules César de Lawrence Zazzo est progressif. Si au tout début, il semble plutôt affecté voire superflu, au cours des 4 heures de spectacle, il arrive à dessiner un portrait fantastique et complexe du héros romain, qui, malgré l’abondance mélodique, n’a pas la musique la plus individuelle de l’oeuvre. Il est ainsi le héros à la coloratura parfaite et savoureuse. Ses moments les plus intenses sont les récitatifs accompagnés, mais le souvenir plus vif que nous avons de sa prestation est sans doute son énergie et cet investissement indiscutable dans ses vocalises pleines de caractère et sa musicalité. L’interprète se révèle même irrésistible dans son court air guerrier à la fin du 2e acte “Alla’po dell’armi”.

Sandrine Piau est une Cléopâtre encore plus irrésistible! Sa prestation est piquante à l’extrême. Tous ses airs chatouillent et caressent les oreilles. De plus, sa silhouette s’accorde parfaitement au personnage séducteur. Son air du 2e acte : “V’adoro pupille” avec un orchestre des muses sur scène et l’un des sommets esthétiques et érotiques de l’oeuvre. Mais nous avons droit lors du même acte à un autre sommet de beauté cette fois-ci presque spirituelle lors de son air “Se pietà di me non senti” qui n’est pas sans rappeler Bach. Également investie dans les  duos, la soprano réussit tout autant son air de bravoure à la fin de l’opéra :  ”Da tempeste il legno infrango” est la cérise de virtuosité sur le délicieux gâteau d’une performance indiscutable.

Le personnage le plus dramatique, Cornélie, est vivement défendu  par la mezzo-soprano Verduhi Abrahamyan (nous avons toujours des excellents souvenirs de sa Néris dans la Medea de Cherubini ainsi que de sa Pauline dans la Dame de Piques de Tchaikovsky). Elle est noble et fière dans sa souffrance et le duo final du 1er acte : “Son nata a lagrimar”,  est magnifique : il suscite une vague de forts applaudissements et des bravos justifies.  Le Sextus de Katherine Deshayes paraît malheureusement en retrait. Son personnage n’a que des airs de vengeance (à l’exception du duo d’adieux avec Cornélie), et ils sont tous dans sa tessiture. Ce qui aura pu être une excellente occasion pour elle n’est qu’une interprétation correcte mais peu mémorable. Christophe Dumaux dans le rôle de Ptolomée est, au contraire, un chanteur que nous avons du mal à oublier (excellent Disenganno dans Il Trionfo de février 2013).  Virtuosité vocale, sincère investissement, avec un sens aigu du théâtre, font de lui un méchant plutôt attirant!  Paul Gay et Dominique Visse sont tous les deux excellents en Achillas et Nirénus respectivement, d’ailleurs comme Jean-Gabriel Saint-Martin dans le rôle de Curio (beau Guglielmo dans Cosí fan Tutte à Saint Quentin en avril 2013).

La mise en scène de Laurent Pelly n’est pas pour tous les goûts, mais elle ne nuit pas à  l’oeuvre. Au contraire, sa transposition de l’action dans un Musée du Caire imaginé est plutôt sympathique.  Comme le fait qu’il intègre le 18e siècle dans sa vision. Dans ce sens, le concert des muses habillées en costumes baroques avec divers clins d’oeil à la Rome antique (le choeur des bustes entre autres!) affirment une belle humeur et une imagination plutôt libérée. La reprise de la production est au final un festival pour tous les sens et l’éventail des sentiments et d’affects est certainement présenté avec candeur et noblesse. Au final, une production recommandable à voir et écouter au Palais Garnier, encore le 31 mai ainsi que les 4, 6, 9, 11, 14, 16 et 18 juin 2013.

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