Compte-rendu : Paris. Opéra Comique, le 25 mai 2013. Henri Rabaud : Mârouf, savetier du Caire. Jean-Sébastien Bou, Nathalie Manfrino… Accentus. Alain Altinoglu, direction. Jérôme Deschamps, mise en scène

henri rabaud portraitL’Opéra-Comique accueille l’Orchestre Philharmonique de Radio France pour la nouvelle production de Mârouf (1914), opéra comique d’Henri Rabaud. La direction est assurée par le chef Alain Altinoglu et la mise en scène par Jérôme Deschamps, directeur du théâtre.

Créé il y a presque 100 ans, l’opéra d’Henri Rabaud est son chef d’oeuvre incontestable. Jusqu’aux années 50, il est produit partout en France avec un immense succès. Le livret de Lucien Nepty est tiré d’un conte des Milles et une nuits. La mince intrigue raconte les aventures de Mârouf, pauvre savetier du Caire, qui, fuyant sa calamiteuse femme arrive dans une terre lointaine où par les ruses d’un ami d’enfance, il finit par épouser  une princesse, et échappe à la mort avec l’aide d’un génie!

 

 

Rabaud réhabilité

 

La mise en scène en 5 tableaux, même si elle n’est pas pour tous les gouts, s’accorde pourtant au tempérament de l’oeuvre. Les décors économes d’Olivia Fercioni, entre cartoon et carton, arrivent à révéler une beauté éclatante, surtout par l’effet de chromatisme avec de vives couleurs. Dans ce sens, nous saluons les lumières de Marie-Christine Soma. Tout comme les costumes de Vanessa Sannino d’une beauté et d’une inventivité remarquable, d’autant plus qu’elle a utilisé la technique de teinture naturelle de l’atelier costumes de l’Opéra Comique. Finalement, le travail de Jérôme Deschamps avec les chanteurs-acteurs souligne l’esprit drolatique et bon enfant de l’oeuvre, parfois plus grave comme (l’ambiance quelque peu misogyne et colonialiste qu’il caricature intelligemment et fait aussi gagner en légèreté. L’exotisme et la fantaisie de l’histoire représentent une véritable occasion pour le compositeur de montrer son goût de la couleur et du pittoresque, son humeur riche  et son raffinement stylistique.

Alain Altinoglu dirige un Orchestre Philharmonique de Radio France qui maitrise avec élégance la musique colorée et habilement orchestrée de Rabaud, laquelle nous rappelle en permanence son maître Camille Saint Saëns (notamment ses Mélodies Persanes composées en 1870!).  Le style est brillant et clair la plupart du temps, mais aussi évocateur d’un orient rêvé ; l’action va même dans la dérision brillante et confondante à l’acte IV, lors du moment de l’aveu.

Du point de vue vocal Jean-Sébastien Bou est plus que parfait dans son incarnation de ce drôle et charmant savetier du Caire. Il projette sa voix chaleureuse avec intensité et sensibilité.  La distribution est en termes généraux très bonne.
La Princesse de Nathalie Manfrino charmante comme la calamiteuse Fattoumah de Doris Lamprecht est   folle et à la caractérisation très convaincante. Les chanteurs de l’Accadémie de l’Opéra Comique, toujours investis, capables  de belles personnalités, comme le choeur Accentus quoi que moins présent. Remarque spéciale pour les danseurs de la Compagnie Peeping Tom, leur prestation est impeccable et s’inscrit dans l’esprit général de la production, celui d’un exotisme délicieusement ringard.
Pourquoi l’oeuvre de Rabaud est-elle toujours absente? Si les agissements de l’homme sont répréhensibles, – le personnage est toujours suivi des vieux fantômes à cause de son statut de collaborateur au moment de la France de Vichy-, l’art dont le compositeur fait preuve dans Mârouf (créé rappelons-le en 1914) ne devrait pas être entaché par des choix douteux … Nous insistons sur ce point qui vaut pour d’autres musiciens français (tel Max D’Ollone).
L’oeuvre, d’une richesse musicale tout à fait pertinente, n’est pas comparable à Carmina Burana (oeuvre du compositeur allemand Carl Orff, partout jouée, créée dans l’Allemagne nazie), et pourtant il ne semble pas avoir de difficulté à se faire programmer dans nos salles. Saluons donc cette heureuse et pertinente réhabilitation. A découvrir à l’affiche de l’Opera-Comique à Paris, les 2 et 3 juin 2013.

Paris. Opéra Comique, le 25 mai 2013. Henri Rabaud : Mârouf, savetier du Caire. Jean-Sébastien Bou, Nathalie Manfrino… Accentus. Orchestre Philharmonique de Radio France. Alain Altinoglu, direction. Jérôme Deschamps, mise en scène.

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