Compte rendu, opéra. Saint-Céré. Château de Castelnau-Bretenoux, le 10 août 2015. Verdi : Falstaff, opéra en trois actes sur un livret d’Arrigo Boïto d’après la pièce Les joyeuses commères de Windsor de William Shakespeare. Christophe Lacassagne, Falstaff; Marc Labonnette, Ford; Valérie Maccarthy, Alice Ford … Choeur et Orchestre Opéra Éclaté; Dominique Trottein, direction. Olivier Desbordes, mise en scène; Patrice Gouron, décors et costumes; Laure Bouju, costumes; Pascale Fau, maquillages; Damien Lefèvre, assistant mise en scène.

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Après Otello créé le 5 février 1887 à la Scala de Milan, Giuseppe Verdi (1813-1901) avait souhaité se retirer de la scène lyrique. C’est le librettiste et compositeur Arrigo Boïto (1842-1918) qui relança le vieux compositeur dès 1889. Après maintes hésitations et négociations (portant notamment sur l’écriture de deux livrets l’un en italien et l’autre en français), les deux hommes tombent d’accord : ils commencent à travailler sur Les joyeuses commères de Windsor, fameuse pièce de William Shakespeare (1564-1616); Falstaff est créé avec succès à la Scala de Milan le 9 février 1893 et à Paris l’année suivante. Pour cette nouvelle production, qui reprend largement celle de 2005, Olivier Desbordes réalise une mise en scène pétillante et totalement déjantée, mettant ses chanteurs dans un écrin. Les décors, certes dépouillés mais superbes, et les costumes sublimes contribuent grandement au succès de la soirée. La présence de comédiens chanteurs sur scène est également un atout majeur pour cette production donnée dans sa version française.

 

 

Fastaff français et désopilant à Castelnau-Bretenoux

 

olivier-desbordesOlivier Desbordes, visiblement très inspiré, signe de nouveau une mise en scène très réussie. Falstaff, comédie dramatique par excellence, permet de réaliser un travail intemporel mais Desbordes opte pour une mise en scène assez conventionnelle, ce qui peut surprendre quand on sait qu’il peut réussir de très belles transpositions (on se souvient de sa Traviata transposée dans les années 1920 plutôt très réussie). Il est aidé en cela par des costumes superbes, choisis dans l’immense réserve de la compagnie Opéra Éclaté et un décor certes minimaliste mais assez réaliste et plutôt réussi lui aussi. La grande table carrée, entourée de tabourets symbolise à la fois l’auberge de Falstaff, la maison des Ford, la forêt dans laquelle se déroule la farce finale; quelques éléments de décors permettant de se retrouver dans un lieu ou dans l’autre au fil de la soirée.

 

 

 

lacassagne christophe baryton falstaff verdi saint cere olivier desborde festival 2015 compte rendu classiquenews review presentationLa distribution convoquée est très largement francophone et réunit des artistes que, pour certains, nous avons vus dans d’autres programmes de l’édition 2015 du festival. A tout seigneur tout honneur, Christophe Lacassagne campe un Sir John hilarant; naïf et pas méchant pour deux sous, Falstaff fonce droit dans tous les pièges qui lui sont tendus tant par les joyeuses commères que par un Ford dévoré et mordu de jalousie. Lacassagne fait siens les sentiments contradictoires du pauvre chevalier dont il fait un homme à la fois attendrissant, “l’air” d’entrée du second acte (“Monde cruel, monde coupable”) montre un homme désabusé et écoeuré par son bain dans la Tamise, et incorrigiblement naïf (il lui suffit de lire la lettre d’Alice Ford au début du troisième acte pour retomber dans ses travers). La voix de Christophe Lacassagne couvre parfaitement la tessiture du rôle et, contrairement à l’édition précédente où il avait moyennement convaincu dans Lucia di Lammermoor (rôle de Raimondo), le chanteur se saisit de la partition avec une parfaite maîtrise, contrôlant sa belle voix de baryton avec maestria. Rejoignant les grands titulaires du rôle (Renato Bruson ou Bryn Terfel par exemple).

 

 

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Marc Labonnette, qui chantait Jésus samedi dernier dans la Passion selon Saint Jean de Jean Sébastien Bach (1685-1750), campe un Ford remarquable; comédien excellent, il fait preuve d’une gouaille et d’un dynamisme qui n’ont rien à envier aux meilleurs Ford. Loin des “soucis” du récital de mélodies juives hébraïques, Valérie Maccarthy est une Alice Ford aussi retorse que son mari (qui finit lui aussi par se faire piéger par sa femme et ses complices au dernier acte). Prête à tout pour se venger de son mari, qui veut marier Nanette sans son accord, et punir Falstaff qui la courtise en même temps que Meg Page, elle prend la tête des opérations sans complexes. Ici la rouerie et l’intelligence sont féminines. La voix de la soprano américaine est à son avantage et la jeune femme l’utilise sans jamais forcer. Sarah Laulan est une Mrs Quickly très honorable et Eva Gruber campe une Meg Page correcte, se montrant cependant nettement plus à son aise que dans la Passion selon Saint Jean. Anaïs Constans, qui chantait elle aussi dans la Passion selon Saint Jean, peut enfin diffuser plus longuement sa belle voix de soprano. Quant à Laurent Galabru, peu à son avantage samedi dernier dans une partition trop tendue pour lui, il ne fait qu’une bouchée de Fenton. Dans le rôle des comparses de Falstaff, Jacques Chardon (Bardolfo) et Josselin Michalon (Pistola) prennent un plaisir gourmand à chanter et à jouer la comédie. Pilier du festival, Éric Vignau semble infatigable, il chante dans La Périchole et dans le récital des mélodies juives hébraïques. Son Docteur Caius ne démérite absolument pas; excellent comédien, il en fait un personnage loufoque et quand même un peu naïf face à un Falstaff retors aux bons moments (la scène de l’auberge est d’ailleurs assez savoureuse) ou face à Alice Ford qui le ridiculise en poussant Ford à le marier à Bardolfo, le domestique de Falstaff. Pour cette production, l’orchestre est situé derrière la scène et est dirigé par Dominique Trottein. Pour que les chanteurs puissent suivre la battue du chef, deux écrans ont été placés de chaque côté de la tribune où est installé le public. Ainsi, le dispositif confirme l’enjeu de la soirée : d’abord le théâtre puis la musique. Autre pilier du festival, Dominique Trottein, qui a dirigé L’histoire du soldat d’Igor Stravinsky (1882-1971) la semaine précédente, passe avec bonheur d’un répertoire à l’autre. La battue du chef est claire, nette, précise et l’orchestre, comme les chanteurs suivent avec une précision millimétrée, les dindications du maestro. La musique de Verdi est ici mise en valeur, ciselée, sans fioritures inutiles : un bain de théâtralité naturelle et délirante.

Avec cette nouvelle production de Falstaff, Olivier Desbordes signe là l’une de ses plus belles mise en scène. Les décors et les costumes contribuent pour beaucoup au succès de Falstaff auprès du public. Et si l’on peut s’étonner du choix de Desbordes et de Trottein de présenter la version française, le choix s’avère excellent car l’ultime chef d’oeuvre de Verdi est défendu par une très belle distribution à la diction impeccable, au jeu délirant mais fin. Nul besoin en effet de suivre avec un livret ; le public peut se passer de sous-titres. Excellente production à suivre lors des tournées à venir, tant elle est enlevée et dynamique.

Compte rendu, opéra. Saint-Céré. Château de Castelnau-Bretenoux, le 10 août 2015. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Falstaff, opéra en trois actes sur un livret d’Arrigo Boïto (1842-1918) d’après la pièce Les joyeuses commères de Windsor de William Shakespeare (1564-1616). Christophe Lacassagne, Falstaff; Marc Labonnette, Ford; Valérie Maccarthy, Alice Ford; Anaïs Constans, Nanette; Laurent Galabru, Fenton; Sarah Laulan, Mrs Quickly; Eva Gruber, Meg Page; Jacques Chardon, Bardolfo; Josselin Michalon, Pistola; Éric Vignau, Docteur Caïus; Choeur et Orchestre Opéra Éclaté; Dominique Trottein, direction. Olivier Desbordes, mise en scène; Patrice Gouron, décors et costumes; Laure Bouju, costumes; Pascale Fau, maquillages; Damien Lefèvre, assistant mise en scène.

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