Compte rendu, concert. Paris. Théâtre des Champs Elysées, le 12 février 2014. Orchestre de chambre de Paris. Fazil Say, piano. Roger Norrington, direction.

L’Orchestre de Chambre de Paris et son premier chef invité Roger Norrington sont de retour au Théâtre des Champs Elysées, complices du compositeur et pianiste virtuose Fazil Say. Le programme orbite autour du romantisme franco-allemand et, par sa diversité et son envergure, il invite l’auditoire à explorer tout un éventail de sentiments. Le concert débute avec l’ouverture de Genoveva, seul opéra de Robert Schumann crée en 1850. D’une dizaine de minutes, le morceaux est d’une force expressive indéniable, marquant les esprits par son ambiance dramatico-héroïque. Le chef exploite l’orchestre avec aisance, le staccato et le sostenuto des cordes sont étonnants. Tension et brio, rien ne manque à un orchestre de belle allure déployant de délicieuses modulations, avec quelques petits effets expressionnistes qui surprennent.

Concert de sensations, concert sensationnel 

Puis, l’orchestre et le pianiste invité aborde le Concerto pour piano et orchestre n°2 en sol mineur de Camille Saint-Saëns créé en 1868. L’oeuvre commence par une cadence initiale à l’air improvisé et dans le style d’une fantaisie de Bach. La lecture de Fazil Say est très expressive, d’une suavité presque sublime. Portée par une belle complicité entre les musiciens, l’interprétation, loin de tout académisme prétentieux, est très virtuose. Sous des doigts aussi agiles, on comprend combien Saint-Saëns a signé là un Concerto d’originalité formelle : l’allegro scherzando qui suit l’andante initial est tout à fait giocoso. L’Orchestre de chambre de Paris joue superbement la partition représentative de tout le charme et la brillance de la musique de Saint-Saëns. Fazil Say l’interprète avec une légèreté pourtant non dépourvue de sensualité. Le Presto final est emblématique de la science du compositeur : coloris orchestral, mélange de feux d’artifices mondains et profondeur presque spirituelle… Les cordes s’y distinguent par leur caractère maestoso, par leur tonus et leur brillance. Fazil Say dévoile une dextérité spectaculaire, con moto. Le soliste suscite légitimement  les bravos de la salle et les nombreux rappels.

 

SAY_fazil_pianoAprès l’entracte, la Chaconne en ré mineur de Busoni /Bach. Il s’agît d’une transcription pour piano d’un mouvement de la Partita pour violon en ré mineur de Johann Sebastian Bach BWV 1004, datant de 1897. L’oeuvre d’une intensité expressive particulière est aussi extrêmement virtuose. A la fois Mercure et Titan, Fazil Say, seul, offre une prestation presque religieuse surtout profondément humaine. Il délecte  son auditoire par un art du rubato surprenant. A cela s’ajoute une facilité digitale tout à fait abasourdissante malgré l’immense difficulté de l’oeuvre. Il est évident que Fazil Say prend beaucoup de plaisir (et quelques libertés! mais avec quelle intelligence musicale) dans ce qu’il interprète et cela fait plaisir au public fortement stimulé.

Le concert se termine avec la Symphonie n° 4 en ré mineur (décidément la tonalité,et donc le mode, de la soirée) de Robert Schumann, dont la version révisée par le compositeur date de 1851. Sans doute la symphonie la plus réussie de Schumann, notamment dans l’aspect formel, hautement innovant. Schumann s’y aventure au-delà des canons classiques, réalisant l’intégration d’un développement thématique cyclique qui offre à l’oeuvre une grande cohérence et sa profonde unité. L’OCP exécute l’opus avec brio. Pendant une trentaine de minutes Roger Norrington explore les contrastes de la partition, exploite le talents des musiciens, que ce soit l’incroyable hautbois au deuxième mouvement ou encore les cuivres puissants au dernier. La symphonie très originelle dans la forme est aussi riche en émotions, nous passons d’une méditation à une romance, puis d’un scherzo rustique à un finale solennel et mélancolique qui se termine de façon héroïque. Grande soirée, concertante, chambriste, symphonique.

Paris. Théâtre des Champs Elysées, le 12 février 2014. Orchestre de chambre de Paris. Fazil Say, piano. Roger Norrington, direction.

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