Compte rendu, comédie musicale. Paris. Théâtre du Châtelet, le 11 septembre 2014. Les Parapluies de Cherbourg, version symphonique. Jacques Demy, texte. Marie Oppert, Vincent Niclo, Natalie Dessay… Orchestre National d’Île-de-France. Michel Legrand, compositeur, direction musicale. Jean-Jacques Sempé, dessins. Vincent Vittoz, mise en space.

chatelet parapluies de cherbourgUne version symphonique définitive du film mythique de Jacques Demy Les Parapluies de Cherbourg (1963) ouvre la saison lyrique 2014-2015 du Théâtre du Châtelet. L’Orchestre National d’Île-de-France joue la nouvelle orchestration du compositeur Michel Legrand qui dans la fosse en assure la direction musicale. Les protagonistes sont la très jeune soprano Marie Oppert et le ténor Vincent Niclo, accompagnés d’un casting qui compte aussi les vétérans Natalie Dessay et Laurent Naouri. La tâche compliquée de la mise en space est signé Vincent Vittoz.

Les Parapluies de Cherbourg au Châtelet

un diamant fracturé qui brille encore

La relation artistique du cinéaste de la Nouvelle Vague Jacques Demy avec le compositeur Michel Legrand a été l’une des plus fructueuses du siècle passé, avec pas moins de 9 collaborations d’envergure. Les Parapluies de Cherbourg en marquent la troisième, la création mythique leur permet effectivement de fixer le genre de la comédie musicale à la française. Le mariage des talents a ravagé le Festival de Cannes en 1964 et a catapulté le film à la renommée internationale. Beaucoup d’encre a coulé, et coule encore, avec raison, sur la richesse du film… incontournable. Le Théâtre du Châtelet, cultivant une mission artistique toujours très audacieuse, donne carte blanche au compositeur contemporain lequel décide de créer une version symphonique définitive avec mise en space. Un pari musical qui se révèle payant puisque la musique comme les chanteurs-acteurs choisis pour l’interpréter ne manquent pas de charme.

Or, mettre en scène au théâtre, un film dont la conception et la réalisation sont si parfaites, dont l’équilibre et l’union harmonieuse du récit avec la musique est si exemplaire, paraît une mission impossible ou presque. Les Parapluies de Cherbourg est une tragédie de la vie quotidienne (comme beaucoup d’autres créatures issues de la Nouvelle Vague), l’histoire est simple et l’aspect local et petit-bourgeois est en fait l’un des outils du cinéaste pour arriver à l’universalité indéniable de ses œuvres. Ici Madame Emery, jouée par une Natalie Dessay qui s’éclate, – parfois trop -, tient une boutique de parapluies à Cherbourg, aidée par sa fille Geneviève qui est amoureuse de Guy, mécanicien et orphelin élevé par sa tante Elise, malade. L’illusion d’une vie simple d’amoureux quitte vite la narration puisque Guy est appelé sous les drapeaux et s’en va en Algérie. Geneviève garde l’espoir des retrouvailles avec un nouvel élan : elle est enceinte de son bien-aimé. Société capitaliste oblige, elle finit par se marier avec Roland Cassard, riche bijoutier qui l’accepte avec l’enfant. Guy revient à Cherbourg et se marie avec Madeleine l’accompagnatrice de la tante Elise décédée, ils auront un enfant. Un jour de Noël, de passage à Cherbourg, Geneviève et sa fille croisent Guy dans sa station de service, ils échangent quelques mots puis se séparent.

Pour la première mondiale à Paris, l’univers haut en couleurs du film est très vaguement évoqué dans la mise en space de Vincent Vittoz, par les dessins – mignons, efficaces – de Jean-Jacques Sempé sur des structures mobiles, et quelques parapluies. Une illusion de décors économe et franchement sympathique, mais … facile et de très peu d’impact. Nous apprécions surtout l’intention, même si elle nous dépasse souvent, pour dire le moins (dans le programme le metteur en scène dit vouloir représenter l’imaginaire musical du film plus que le drame…).

L’investissement de la distribution est dans ce sens plutôt salvateur. D’abord le couple interprété par la très jeune soprano Marie Oppert (17 ans!) et le ténor Vincent Niclo, mais aussi les rôles secondaires parfois admirables de Natalie Dessay et Laurent Naouri. Les premiers débordent de charme théâtral et musical, et même plastique. C’est un couple crédible dans l’action et dans le chant des motifs inoubliables de Michel Legrand. Natalie Dessay revient à Paris avec un rôle qui lui va vocalement comme un gant. Elle se montre maîtresse absolue de la langue française, et si en principe nous préférons une Madame Emery à la gestuelle un peu plus restreinte, nous sommes ravis de la revoir sur scène. De même pour Laurent Naouri dont nous apprécions toujours le chant et le charme.

On l’a compris la réalisation scénique reste bien modeste et c’est essentiellement l’orchestre qui permet in fine au spectacle de briller : grâce à la musique de Michel Legrand, fabuleusement interprétée par l’Orchestre National d’Île de France. Voir le compositeur diriger sa propre version symphonique reste un grand moment. Remarquons particulièrement les bois délicieux et l’impressionnant entrain de l’orchestre, souvent jazzy, affirmant un brio de grande classe dans les sommets d’intensité musicale. Spectacle à voir au Théâtre du Châtelet les 11, 12, 13 et 14 septembre 2014, diffusé sur France Musique le mercredi 8 octobre 2014 à 20h puis sur France 3 au moment des fêtes de fin d’année 2014.

Compte rendu, comédie musicale. Paris. Théâtre du Châtelet, le 11 septembre 2014. Les Parapluies de Cherbourg, version symphonique. Jacques Demy, texte. Marie Oppert, Vincent Niclo, Natalie Dessay… Orchestre National d’Île-de-France. Michel Legrand, compositeur, direction musicale. Jean-Jacques Sempé, dessins. Vincent Vittoz, mise en space.

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