COMPTE-RENDU, opéra, METZ, le 18 mai 2019. LEGRAND-LETERME : Les Parapluies de Cherbourg.

les_parapluies_de_cherbourg_c_gael_bros_5COMPTE-RENDU, opĂ©ra, METZ, OpĂ©ra ThĂ©Ăątre Metz MĂ©tropole, le 18 mai 2019. LEGRAND-LETERME : Les Parapluies de Cherbourg. RĂ©alisme poĂ©tique, esthĂ©tique de roman-photo, romance prisĂ©e des midinettes des sixties ? Peu importe. La rĂ©cente disparition de Michel Legrand a Ă©tĂ© l’occasion pour beaucoup de dĂ©couvrir l’Ɠuvre multiforme de ce grand monsieur, dont ces cĂ©lĂšbres Parapluies de Cherbourg, palme d’or du Festival de Cannes 1964. L’histoire est connue : GeneviĂšve et sa mĂšre tiennent un magasin de parapluies, qui pĂ©riclite. La jeune fille aime Guy, qui travaille dans un garage. Celui-ci est appelĂ© pour deux ans en AlgĂ©rie. Enceinte et poussĂ©e par sa mĂšre, celle-ci Ă©pouse Roland, riche bijoutier. Guy revient, blessĂ© durant la guerre
 Patrick Leterme a rĂ©alisĂ© cette transposition lyrique du film de Jacques Demy pour une coproduction bienvenue du Palais de Beaux-Arts de Charleroi, de l’OpĂ©ra de Reims et de la Compagnie Ars Lyrica. Le Grand-ThĂ©Ăątre Metz MĂ©tropole a eu l’heureuse idĂ©e de la programmer.

AttachĂ© Ă  l’atmosphĂšre singuliĂšre de cette oeuvre mythique, le spectacle reste fidĂšle au mĂ©lange de fantaisie et de gravitĂ©, de douceur et d’amertume, propre au cinĂ©aste. Il est porteur d’une Ă©motion au moins Ă©gale Ă  celle du public qui dĂ©couvrait le film entiĂšrement chantĂ© de 1964.
La mise en scĂšne en est pleinement aboutie, autorisant un rythme cinĂ©matographique dans une succession rapide de sĂ©quences, sans la moindre rupture. Un systĂšme ingĂ©nieux de rideaux coulissant verticalement et latĂ©ralement permet l’ouverture sur des espaces confinĂ©s, mobiles, Ă©largis, donnant l’illusion d’un film.
Les fenĂȘtres sont colorĂ©es, fidĂšles Ă  l’original, jouant sur trois tons principaux, le rouge, le vert et le bleu. Quelques accessoires rĂ©alistes, prosaĂŻques comme il se doit, suffisent Ă  crĂ©er l’atmosphĂšre propre Ă  chaque scĂšne. Ainsi, L’ouverture instrumentale s’accompagne d’une projection façon cinĂ©mascope (partie supĂ©rieure, Ă©cran large) qui rĂ©sume l’ouvrage de façon juste, dans l’esthĂ©tique appropriĂ©e. Les costumes sont Ă  l’avenant, et les chorĂ©graphies convaincantes. Cette comĂ©die douce-amĂšre Ă©vite le mĂ©lo. Bonheur et tristesse se mĂȘlent tout au long de l’ouvrage, dans une langue simple, prosaĂŻque, toujours intelligible et, surtout, juste. C’est lĂ  le miracle du travail de Michel Legrand et de Jacques Demy : rĂ©aliser un film chantĂ©, sur un sujet encore douloureux, traitĂ© avec lĂ©gĂšretĂ©, sans sombrer dans le ridicule, avec une indĂ©niable force Ă©motionnelle.

les_parapluies_de_cherbourg_c_gael_bros_2Voix comme orchestre, tout est amplifiĂ© Ă  un niveau parfois difficile Ă  supporter pour le familier d’art lyrique. Mais la rĂ©fĂ©rence cinĂ©matographique, et la nĂ©cessitĂ© ont certainement Ă©tĂ© Ă  l’origine du choix, d’autant qu’il est malaisĂ© d’apprĂ©cier la puissance naturelle des voix des acteurs. TruffĂ©e de rĂ©fĂ©rences musicales (la habanera de Carmen, un pastiche savoureux de musique baroque française accompagne la scĂšne de mariage
), mĂȘlant toutes les composantes de l’univers sonore de Michel Legrand – jazz, chanson, musique classique – la partition est un constant rĂ©gal. Le talent de Patrick Leterme Ă  recrĂ©er la variĂ©tĂ©, les couleurs, les rythmes d’inspiration, avec un souci de fidĂ©litĂ© humble doit ĂȘtre soulignĂ©. On sait quel merveilleux arrangeur-orchestrateur fut le compositeur. La formation « Candide Orchestra », riche de ses 17 solistes, autorise tous les climats, toutes les atmosphĂšres. Changements de tempi, de style, l’orchestre se prĂȘte avec souplesse et vigueur Ă  la direction attentive de Patrick Leterme.
Les interprĂštes sont tous familiers de la scĂšne et se rĂ©vĂšlent excellents comĂ©diens. La distribution vocale comporte quelques faiblesses. Qu’il s’agisse de l’intelligibilitĂ© des paroles ou du timbre, Camille Nicolas (GeneviĂšve), et, dans une moindre mesure, Julie Wingens (Madeleine) pourraient progresser. Par contre tous les autres partenaires sont exemplaires.Jasmine Roy, chanteuse quĂ©bĂ©coise, familiĂšre de l’univers de la comĂ©die musicale, nous vaut une excellente Madame Emery. Marie-Catherine Baclin chante Tante Elise, beau mezzo, Ă  la voix ample et longue, un modĂšle d’intelligibilitĂ©. Quant aux hommes, GaĂ©tan Borg (Guy), GrĂ©gory Benchenafi (Roland Cassard), et Franck Vincent (Monsieur Dubourg et Aubin) sont parfaits : voix solides, toujours comprĂ©hensibles, avec de rĂ©els talents de comĂ©diens.
On sort Ă©mu, non seulement par la nostalgie, mais aussi et surtout par cette rĂ©alisation exemplaire. A signaler que le public ayant connu la guerre d’AlgĂ©rie, comme la sortie du film, Ă©tait trĂšs minoritaire dans l’assistance, et que les plus jeunes n’étaient pas les moins enthousiastes.

 

 

 

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COMPTE-RENDU, opéra, METZ, Opéra Théùtre Metz Métropole, le 18 mai 2019. LEGRAND-LETERME : Les Parapluies de Cherbourg. Crédit photographique © Gaël Bros

 

 
 

 

MORT DE MICHEL LEGRAND (Paris)

MORT DE MICHEL LEGRAND (Paris). Il est mort Ă  Paris Ă  86 ans, dans la nuit du vendredi 25 janvier 2019 : l’auteur  des Parapluies de Cherbourg (1964), de Peau d’ñne (1970), rĂ©alisĂ©s par Jacques Demy,  Michel Legrand a laissĂ© une Ɠuvre fĂ©conde marquĂ©e par sa facilitĂ© mĂ©lodique qui emprunte Ă  de nombreux classiques. Le musicien français avait travaillĂ© avec Edith Piaf, Cocteau, Ray Charles, Franck Sinatra, Sean Connery… En mars 2017, Michel Legrand, le compositeur aux 3 oscars…, avait fait crĂ©er et enregistrer deux Concertos pour orchestre l’un pour piano, l’autre pour violoncelle. Pianiste chevronnĂ©, il tenait alors la partie soliste de son Concerto Ă  85 ans, incarnant une vitalitĂ© et une imagination intactes. CLASSIQUENEWS avait alors rencontrĂ© le compositeur français : de notre rencontre a dĂ©coulĂ© un entretien sur l’Ă©criture musicale et l’inspiration de ses deux concertos…

http://www.classiquenews.com/reportage-video-michel-legrand-ses-2-concertos-pour-violoncelle-et-pour-piano-mars-2017/

 
 
 

Michel Legrand Ă©crit 2 nouveaux Concertos piano / violoncelle
Notre rencontre vidéo de mars 2017

 
 

legrand-michel-mort-reportage-video-les-deux-concertos-piano-violoncelle-annonce-depeche-actualites-musique-classique-classiquenews

 
 
 

LIRE aussi notre prĂ©sentation des deux Concertos de Michel Legrand, pour piano (par lui-mĂȘme), pour violoncelle (1 cd Sony classical)

http://www.classiquenews.com/cd-annonce-les-deux-concertos-de-michel-legrand-a-paraitre-chez-sony-classical-le-10-mars-2017/

 
 
 

DVD. Compte rendu critique. Michel Legrand : Les parapluies de Cherbourg (1 dvd Erato, 2014).

DVD. Compte rendu critique. Michel Legrand : Les parapluies de Cherbourg (1 dvd Erato, 2014). C’est l’un des apports les plus rĂ©ussis de la politique rĂ©cente du ChĂątelet en faveur de la comĂ©die musicale… hexagonale. Il s’agit cette fois non pas d’un Ă©niĂšme spectacle de Sondheim, gĂ©nie contemporain, vĂ©ritable hĂ©ritier de Broadway, mais bien du français Michel Legrand, compositeur lĂ©gendaire pour  le fameux film de Jacques Demy de 1964, Ă  l’esthĂ©tique si fouillĂ©e.

Demy legrand les parapluies de cherboug dvd erato dessay naouri marie oppert dvd erato critique classiquenews 0825646117628AdaptĂ©e par Vincent Vittoz, avec Michel Legrand comme chef dorchestre (Ă  la tĂȘte d’un collectif de 75 musiciens), SempĂ© aux dĂ©cors et le jeune talent si juste de la soprano Marie Oppert, Les parapluies de Cherbourg faisaient l’Ă©vĂ©nement au ChĂątelet Ă  Paris en septembre  2014. A Cherbourg, se dĂ©roule la bouleversante histoire d’un jeune couple sĂ©parĂ© par la guerre d’AlgĂ©rie,  ici recrĂ©Ă©e en version symphonique et « mise en espace » Ă  partir du film lĂ©gendaire de Jacques Demy, palme d’or Ă  Cannes en 1964. Le spectacle donnĂ© du 11 au 14 septembre 2014 au ChĂątelet Ă  Paris, avait marquĂ© les esprits. Il avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© donnĂ© Ă  New York et Paris en 1979, Ă  Londres en 2011. En 2014, l’orchestre placĂ© sur scĂšne faisait l’Ă©vĂ©nement exigeant une prĂ©cision et une organisation thĂ©Ăątrale scrupuleusement rĂ©glĂ©es. Les amateurs de Jacques Demy avaient peu apprĂ©ciĂ© l’adaptation des Demoiselles de Rochefort en 2003 par Rheda. Mais avec cette production, rien de tel. Bien au contraire.

parapluies de cherbourg michel legrand dvd critique dans-les-coulisses-des-parapluies-de-cherbourg-au-chatelet,M167248Les connaisseurs retrouvent ainsi le garage oĂč travaille Guy, jeune homme amoureux de la belle GeneviĂšve. Les lyricophiles retrouvent, eux, l’ex diva Natalie Dessay – qui incarne Madame Emery, la mĂšre de l’hĂ©roĂŻne. La chanteuse y occupe ce type de rĂŽles plus jouĂ©s que chantĂ©s convenant mieux Ă  sa voix actuelle car ils exigent moins que les rĂŽles tragiques Ă  l’opĂ©ra. Sur les planches du ChĂątelet, une jeune star du music hall et de la chanson naĂźt  et s’affirme ainsi portĂ© par le drame qui se joue et la direction swinguante en diable de  Michel Legrand: la soprano Marie Oppert. A 17 ans, la jeune femme a dĂ©jĂ  tout d’une grande ; l’Ă©lĂšve de terminale L – remarquĂ©e  dans The Sound of music ou Alice – attise l’attention et retient l’Ă©coute  : son timbre lumineux comme la sincĂ©ritĂ© de son jeu rendent service Ă  l’univers musical de Legrand. En effet, GeneviĂšve gagne ici aprĂšs le film de Demy, une intensitĂ© nouvelle, une vĂ©ritĂ© angĂ©lique absente dans le personnage cinĂ©matographique crĂ©Ă© au grand Ă©cran par la mythique Catherine Deneuve.
Hélas, le partenaire de Marie Oppert, Vincent Niclo (Guy) paraßt bien peu juvénile pour incarner le jeune homme de 20 ans. Et son timbre formaté, manque terriblement de richesse expressive et de couleurs nuancées.

La corde tendue de la tragĂ©die est cependant prĂ©servĂ©e, et du grand Ă©cran Ă  la scĂšne, c’est finalement avec Roland Cassard, diamantaire, que GeneviĂšve se mariera, une fois enceinte de Guy. Le mari de GeneviĂšve est incarnĂ© par le baryton Laurent Naouri qui vient de l’opĂ©ra : il apporte une facette diffĂ©rente au personnage, comparĂ© au film de Demy. Le chanteur assombrit le caractĂšre du futur Ă©poux de Marie : il en fait un sĂ©ducteur intĂ©ressĂ© et aguerri, un rien manipulateur. C’est mieux souligner les possibilitĂ©s qu’offre le scĂ©nario originel et la formidable musique de Michel Legrand, ainsi superbement mise Ă  l’honneur.

DVD. Michel Legrand : Les parapluies de Cherbourg (1 dvd Erato, 2014)

Éternel Peau d’Âne de Jacques Demy et Michel Legrand

arte_logo_175peau-d-ane-catherine-deneuve-une-580-594Arte, Peau d’Ăąne. Mercredi 24 dĂ©cembre 2014, 20h50. Il est des joyaux inaltĂ©rables qui c’est le propre des chef d’Ɠuvre, malgrĂ© leur inscription dans un style bien marquĂ©, continuent de nous fasciner sans faillir. Mais trĂšs datĂ© 1970 (annĂ©e de sa sortie dans le salles), Peau d’Ăąne version Demy et Legrand continuera longtemps de hanter nos souvenirs et de cultiver nos rĂȘves d’enfance. Les robes Ă©blouissantes de Catherine Deneuve en princesse masquĂ©e, la musique et les chansons de Michel Legrand (la recette que chante Peau d’Ăąne dans sa maisonnette, du cake d’amour), la fĂ©e protectrice (sublime et si suave Delphine Seyrig en fĂ©e des lilas), tout cela recompose Ă  chaque visionnage, la magie d’un film devenu culte car il fonctionne exactement comme les contes pour enfants : une source inĂ©puisable de magie et de poĂ©sie. La beautĂ© atemporelle de Catherine Deneuve rejoint les icĂŽnes de l’hyperfĂ©minitĂ© : troublante, ingĂ©nue, et pourtant si dĂ©terminĂ©e : une battante angĂ©lique, la sƓur plus forte et aguerrie de Marylin, et la jumelle des sirĂšnes blondes elles aussi des films de Hitchcock, grand amateur de plantes hypersexuĂ©es donc Ă©rotiques. C’est un conte cinĂ©matographique qui revisite le pouvoir d’enchantement de l’image et de la narration aprĂšs Jean Cocteau. En offrant un nouveau chef d’Ɠuvre visuel qui renouvelle aussi le genre de la comĂ©die musicale, Jacques Demy dans la conception de Peau d’Ăąne, ne rendrait-il pas allusivement hommage au film tout aussi envoĂ»tant pas son climat magique et hypnotique, La belle et la bĂȘte ?

 

peau-d-ane-couverture-disque-musique-de-michel-legrand-1970cdComme tous les contes (et ceux de Charles Perrault regorgent de symboles interrogatifs-, le fonds onirique de Peau d’Ăąne (au dĂ©part un conte pour… adultes) ne manque pas de nous troubler ; il se prĂȘte Ă  diverses lectures psychnalytiques : quoi de plus inacceptable en prĂ©ambule qu’un pĂšre dĂ©sireux d’Ă©pouser sa propre fille ; la jeune victime a plus de bon sens que tout un chacun et s’enfuit Ă  juste titre pour vivre sa propre vie loin de ce pĂšre abusif et possessif : revĂȘtue de la peau d’Ăąne qui efface sa naissance noble, Peau d’Ăąne peut enfin ĂȘtre libre et dĂ©couvrir le monde, surtout la sociĂ©tĂ© des hommes dont voici une critique acerbe et mordante. Saluons Arte de cultiver ses joujoux et de nous les rĂ©server pour le rĂ©veillon le plus attendu de l’annĂ©e… On ne se lasse pas de voir et Ă©couter Peau d’Ăąne. Etrange qu’aucun compositeur n’ait souhaitĂ© l’adapter en opĂ©ra : ce serait Ă  n’en pas douter… un carton.

 

 

 

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Arte, mercredi 24 dĂ©cembre 2014, 20h50. Peau d’Ăąne le film (Jacques Demy, 1970). Musique de Michel Legrand. Avec  Catherine Deneuve, Jean Marais, Jacques Perrin, Micheline Presle, Delphine Seyrig et Fernand Ledoux).
Diffusion de la version restaurée. Durée : 1h25mn.

 

 

Compte rendu, comĂ©die musicale. Paris. ThĂ©Ăątre du ChĂątelet, le 11 septembre 2014. Les Parapluies de Cherbourg, version symphonique. Jacques Demy, texte. Marie Oppert, Vincent Niclo, Natalie Dessay… Orchestre National d’Île-de-France. Michel Legrand, compositeur, direction musicale. Jean-Jacques SempĂ©, dessins. Vincent Vittoz, mise en space.

chatelet parapluies de cherbourgUne version symphonique dĂ©finitive du film mythique de Jacques Demy Les Parapluies de Cherbourg (1963) ouvre la saison lyrique 2014-2015 du ThĂ©Ăątre du ChĂątelet. L’Orchestre National d’Île-de-France joue la nouvelle orchestration du compositeur Michel Legrand qui dans la fosse en assure la direction musicale. Les protagonistes sont la trĂšs jeune soprano Marie Oppert et le tĂ©nor Vincent Niclo, accompagnĂ©s d’un casting qui compte aussi les vĂ©tĂ©rans Natalie Dessay et Laurent Naouri. La tĂąche compliquĂ©e de la mise en space est signĂ© Vincent Vittoz.

Les Parapluies de Cherbourg au ChĂątelet

un diamant fracturé qui brille encore

La relation artistique du cinĂ©aste de la Nouvelle Vague Jacques Demy avec le compositeur Michel Legrand a Ă©tĂ© l’une des plus fructueuses du siĂšcle passĂ©, avec pas moins de 9 collaborations d’envergure. Les Parapluies de Cherbourg en marquent la troisiĂšme, la crĂ©ation mythique leur permet effectivement de fixer le genre de la comĂ©die musicale Ă  la française. Le mariage des talents a ravagĂ© le Festival de Cannes en 1964 et a catapultĂ© le film Ă  la renommĂ©e internationale. Beaucoup d’encre a coulĂ©, et coule encore, avec raison, sur la richesse du film
 incontournable. Le ThĂ©Ăątre du ChĂątelet, cultivant une mission artistique toujours trĂšs audacieuse, donne carte blanche au compositeur contemporain lequel dĂ©cide de crĂ©er une version symphonique dĂ©finitive avec mise en space. Un pari musical qui se rĂ©vĂšle payant puisque la musique comme les chanteurs-acteurs choisis pour l’interprĂ©ter ne manquent pas de charme.

Or, mettre en scĂšne au thĂ©Ăątre, un film dont la conception et la rĂ©alisation sont si parfaites, dont l’Ă©quilibre et l’union harmonieuse du rĂ©cit avec la musique est si exemplaire, paraĂźt une mission impossible ou presque. Les Parapluies de Cherbourg est une tragĂ©die de la vie quotidienne (comme beaucoup d’autres crĂ©atures issues de la Nouvelle Vague), l’histoire est simple et l’aspect local et petit-bourgeois est en fait l’un des outils du cinĂ©aste pour arriver Ă  l’universalitĂ© indĂ©niable de ses Ɠuvres. Ici Madame Emery, jouĂ©e par une Natalie Dessay qui s’Ă©clate, – parfois trop -, tient une boutique de parapluies Ă  Cherbourg, aidĂ©e par sa fille GeneviĂšve qui est amoureuse de Guy, mĂ©canicien et orphelin Ă©levĂ© par sa tante Elise, malade. L’illusion d’une vie simple d’amoureux quitte vite la narration puisque Guy est appelĂ© sous les drapeaux et s’en va en AlgĂ©rie. GeneviĂšve garde l’espoir des retrouvailles avec un nouvel Ă©lan : elle est enceinte de son bien-aimĂ©. SociĂ©tĂ© capitaliste oblige, elle finit par se marier avec Roland Cassard, riche bijoutier qui l’accepte avec l’enfant. Guy revient Ă  Cherbourg et se marie avec Madeleine l’accompagnatrice de la tante Elise dĂ©cĂ©dĂ©e, ils auront un enfant. Un jour de NoĂ«l, de passage Ă  Cherbourg, GeneviĂšve et sa fille croisent Guy dans sa station de service, ils Ă©changent quelques mots puis se sĂ©parent.

Pour la premiĂšre mondiale Ă  Paris, l’univers haut en couleurs du film est trĂšs vaguement Ă©voquĂ© dans la mise en space de Vincent Vittoz, par les dessins – mignons, efficaces – de Jean-Jacques SempĂ© sur des structures mobiles, et quelques parapluies. Une illusion de dĂ©cors Ă©conome et franchement sympathique, mais 
 facile et de trĂšs peu d’impact. Nous apprĂ©cions surtout l’intention, mĂȘme si elle nous dĂ©passe souvent, pour dire le moins (dans le programme le metteur en scĂšne dit vouloir reprĂ©senter l’imaginaire musical du film plus que le drame…).

L’investissement de la distribution est dans ce sens plutĂŽt salvateur. D’abord le couple interprĂ©tĂ© par la trĂšs jeune soprano Marie Oppert (17 ans!) et le tĂ©nor Vincent Niclo, mais aussi les rĂŽles secondaires parfois admirables de Natalie Dessay et Laurent Naouri. Les premiers dĂ©bordent de charme thĂ©Ăątral et musical, et mĂȘme plastique. C’est un couple crĂ©dible dans l’action et dans le chant des motifs inoubliables de Michel Legrand. Natalie Dessay revient Ă  Paris avec un rĂŽle qui lui va vocalement comme un gant. Elle se montre maĂźtresse absolue de la langue française, et si en principe nous prĂ©fĂ©rons une Madame Emery Ă  la gestuelle un peu plus restreinte, nous sommes ravis de la revoir sur scĂšne. De mĂȘme pour Laurent Naouri dont nous apprĂ©cions toujours le chant et le charme.

On l’a compris la rĂ©alisation scĂ©nique reste bien modeste et c’est essentiellement l’orchestre qui permet in fine au spectacle de briller : grĂące Ă  la musique de Michel Legrand, fabuleusement interprĂ©tĂ©e par l’Orchestre National d’Île de France. Voir le compositeur diriger sa propre version symphonique reste un grand moment. Remarquons particuliĂšrement les bois dĂ©licieux et l’impressionnant entrain de l’orchestre, souvent jazzy, affirmant un brio de grande classe dans les sommets d’intensitĂ© musicale. Spectacle Ă  voir au ThĂ©Ăątre du ChĂątelet les 11, 12, 13 et 14 septembre 2014, diffusĂ© sur France Musique le mercredi 8 octobre 2014 Ă  20h puis sur France 3 au moment des fĂȘtes de fin d’annĂ©e 2014.

Compte rendu, comĂ©die musicale. Paris. ThĂ©Ăątre du ChĂątelet, le 11 septembre 2014. Les Parapluies de Cherbourg, version symphonique. Jacques Demy, texte. Marie Oppert, Vincent Niclo, Natalie Dessay… Orchestre National d’Île-de-France. Michel Legrand, compositeur, direction musicale. Jean-Jacques SempĂ©, dessins. Vincent Vittoz, mise en space.