SAUL version KOSKY au Châtelet

SAUL-DAVIS-oratorio-opera-handel-critique-opera-classiquenewsPARIS, Châtelet : 21 – 31 janv 2020. SAUL, Kosky. La mise en scène du luxuriant metteur en scène australien Barrie Kosky, dans cette production créée initialement pour Glyndebourne à l’été 2015, fusionne non sans réussite la musique baroque à une chorégraphie contemporaine, avec costumes somptueux revisités dans l’esprit XVIIIè style Monty Python. Il en résulte une manière de féerie flamboyante mais jamais outrée, dont les effets et accents collectifs (qui laisse une belle place au choeur … acteur primordial comme toujours chez Haendel) amplifient rythmes et saillies d’une musique certes d’oratorio, mais souvent plus expressive voire exacerbée qu’à l’opéra. La signature de Barrie Kosk, directeur de la Komische Oper de Berlin, régénère le genre et lui insuffle une vitalité inexistante avant lui.
Le livret est signé Charles Jennens : il met en lumière l’esprit sombre, jaloux, âpre de Saul, qui bascule bientôt dans la folie.
L’oratorio style entertainment, déluré, mais poétique, comme une revue de cabaret, a ainsi voyagé au Festival d’Adelaïde en 2017 et à Houston en 2019, après un deuxième passage au Festival de Glyndebourne en 2018. Kosky a commencé sa carrière à l’opéra avec l’Orfeo de Monteverdi que dirige René Jacobs en 2003 au Festival d’Innsbruck.

 

 

 

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6 représentations au Châtelet
21 > 31 janvier 2020, 20h
RESERVEZ directement sur le site du Châtelet
https://www.chatelet.com/programmation/saison-19-20/saul/

Production du Glyndebourne Festival 2015
En anglais surtitré

 

 

Laurence Cummings, direction
Barrie Kosky, mise en scène

Saül / Apparition Samuel : Christopher Purves
Merab : Karna Gauvin
Michal : Anna Devin
Jonathan : Benjamin Hulett
David : Christopher Ainslie
Le Grand Prêtre / Doeg / Abner / un amalécite : Stuart Jackson
La sorcière d’Endor : John Graham-Hall

Danseurs
Robin Gladwin, Ellyn Hebron, Merry Holden, Edd Mitton, Yasset Roldan, Gareth Mole , Damian Czarnecki (Doublure danseur)

Les Talens lyriques

 

 

 

 

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VIDEO avec le contreténor britannique Iestyn DAVIES qui chantait à Glynebourne le rôle de David

https://www.glyndebourne.com/festival/video-iestyn-davies-live-at-glyndebourne/

 

 

 

 

REQUIEM de MOZART par TEODOR CURRENTZIS

CURRENTZIS-TEODOR-chef-maestro-reusiem-mozart-concert-paris-classiquenews-cd-critique-classiquenewsPARIS, Châtelet. MOZART : Requiem, dim 27 oct 2019, 15h. T CURRENTZIS. Chef iconoclaste et iconique de la nouvelle génération des baroqueux audacieux, le grec Teodor Currentzis s’est imposé par une radicalité artistique qui prolonge un Harnoncourt. Sa trilogie des opéras de Mozart / Da Ponte en témoigne. Comme dans un répertoire plus récent, sa 6è de Mahler, détone autant qu’elle convainc. Chez Mozart, saisit la fulgurance de vagues chorales, le quatuor dramatique, opératique des chanteurs solistes et surtout avant l’ère romantique, le voile de la mort. Il y faut une clarté absolue et aussi la gravité du lugubre qui saisit. Cet alliage a fait la réussite des meilleures lectures.

Teodor Currentzis fonde en 2004 l’Orchestre MusicAeterna, collectif sur instruments d’époque, auquel il adjoint le Chœur MusicAeterna, puis en 2018 Chœur MusicAeterna Byzantina ; ce qui permet d’aborder des œuvres ambitieuses pour grand effectif dont évidemment la musique sacrée.
Dans cette version du Requiem de Mozart, sujet d’une tournée de l’automne 2019 qui mène les artistes de Russie en Europe (France, Allemagne, Grèce…), le chef imprévisible cède aux combinaisons ailleurs « douteuses », aux collages hasardeux : spécificité du Chœur MusicAeterna, les hymnes byzantins sont intégrés au massif mozartien… au risque d’en rompre l’élan global, l’unité et la cohérence interne ? On a vu qu’une telle expérience s’est révélée plutôt malheureuse et négative dans le cas du dernier festival d’Aix (Requiem par Raphaël Pichon). Le Maestro intègre ici des chants byzantins traditionnels à la partition de Mozart. Une réinterprétation audacieuse ou déconcertante du Requiem de Mozart. A chacun de juger dimanche prochain.

 

 

 

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PARIS, Châtelet : REQUIEM de MOZARTboutonreservation
Dimanche 27 octobre 2019 à 15h
MusicAeterna
Teodor Currentzis

Sandrine Piau, soprano
Paula Murrihy, mezzo-soprano
Sebastian Kohlhepp, ténor
Evgeny Stavinsky, basse

Orchestre MusicAeterna
Chœur MusicAeterna
Chœur MusicAeterna Bizantina

 

 

 

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Pour justifier cette mise en dialogue des choeurs byzantins et de la musique du dernier Mozart, Teodor Currentzis précise :
Je pense que la musique ancienne d’Orient nous permet de voir la musique en général d’un point de vue différent. La musique orthodoxe grecque prend son origine dans cette musique ancienne, où on ne dit pas «je chante», mais où on utilise le mot « ψαλλω », « un psaume ». Il s’agit d’une façon tout à fait différente de communiquer, avec un but différent. ».

 

 

 

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LIRE aussi notre critique du cd 6è de MAHLER par Teodor Currentzis
https://www.classiquenews.com/cd-evenement-critique-mahler-symphonie-n6-musicaeterna-teodor-currentzis-moscou-juillet-2016-1-cd-sony-classical-clic-de-classiquenews-de-decembre-2018/

LIRE aussi notre critique du cd 6è de TCHAIKOVSKI par Teodor Currentzis
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-tchaikovski-symphonie-n6-pathetique-musicaeterna-teodor-currentzis-1-cd-sony-classical-2015/

LIRE aussi notre critique de la Trilogie MOZART par Teodor Currentzis : http://www.classiquenews.com/cd-mozart-cosi-fan-tutte-kassian-currentzis-2013/

Compte rendu, comédie-musicale. Paris. Théâtre du Châtelet, le 12 mars 2015. Singin’ in the Rain. Nacio Herb Brown, Adolph Green, chansons. Betty Comden, Adolph Green, scénario. Dan Burton, Clare Halse… Orchestre de Chambre de Paris. Gareth Valentine, direction. Robert Carsen, mise en scène

 

Le Théâtre du Châtelet continue à éblouir et divertir par des productions inattendues et des partenariats de choc ! Nous retrouvons ce soir l’équipe artistique de My Fair Lady, avec le bien-aimé de la maison Robert Carsen pour la mise en scène, Anthony Powell aux costumes et Tim Hatley aux décors. L’oeuvre est une nouvelle version scénique du film musical mythique “Singin’in the Rain”. Grand favori des amateurs de la comédie musicale cinématographique, le spectacle parisien captive l’auditoire avec un mélange savant de danses inspirées de Gene Kelly (protagoniste du film), de talents concertés de tous les artistes engagés, danseurs, chanteurs, comédiens portés par un Orchestre de Chambre de Paris au meilleur de sa forme.

 

 

 

 

 

Gaîté, humour, beauté sont au rendez-vous

 

Singin’ in the Rain est à l’origine une œuvre qui parle de son propre milieu, un film des années 50 qui traite de la célébrité et de la transition du cinéma muet au cinéma parlé. Un film musical d’une fraîcheur inextinguible avec la forte et belle présence de la danse. La musique consiste en chansons plus ou moins à succès des années 20 et 30. Dans les mains de Robert Carsen en 2015, il devient une version scénique respectueuse de l’œuvre originelle avec une appropriation subtile du metteur en scène qui y déploie astuces et techniques qu’on a appris désormais à aimer. Nous avons ainsi un Singin’ in the Rain qui suit le film original, avec le théâtre dans le théâtre cher à Carsen ; un concert de paillettes et de lumières, une danse réduite par rapport au film- inspiré de Gene Kelly (signée Stephen Mear), une troupe de chanteurs, danseurs et comédiens au service de l’humour qui cultivent surtout la joie légère du spectacle.

 

 

 

Dan Burton dans le rôle principal de Don Lockwood est tout à fait habité par la joie généralisée de la musique. Il offre à l’auditoire une performance pleine d’entrain, avec des danses redoutables qu’il interprète solidement, avec un grand sourire contagieux et une attitude charmante, pétillante. Le duo qu’il compose avec Daniel Crossley dans le rôle de son répétiteur Cosmo Brown, est une réussite. Le dernier campe un Cosmo drôle et acrobatique à souhait. Il a aussi quelque chose de touchant, mais impressionne surtout par sa réactivité. La Kathy Selden de Clare Hasle rayonne de piquant comme de caractère. Elle est à la fois humble et altière, idéaliste et pragmatique, attendrissante et comique. Remarquons également la Lina Lamont d’Emma Kate Nelson. Elle est fabuleuse dans son interprétation de l’actrice méchante et capricieuse, avec la voix la plus fausse du monde (bien évidemment électroniquement modifiée), des répliques pleines de panache, et une allure élégante qui contraste superbement avec le personnage plus prétentieux que distingué. Jennie Dale dans les rôles de Dora la présentatrice et du Coach de diction de Lamont est un tour de force théâtral, musical et dansant ! Elle régale l’auditoire de ses talents, toujours avec cette grande joie à laquelle personne ne peut rester insensible.

 

 

 

La prestation de l’Orchestre de Chambre de Paris s’inscrit dans le bonheur global qu’offre cette création mondiale. Nous sommes très rapidement éblouis par le travail du chef Gareth Valentine. Les musiciens font preuve d’un sens théâtral indéniable et d’une grande adaptabilité. La musique toujours plaisante est jouée avec gaîté et justesse. Un spectacle qui est déjà un grand succès populaire et que vous pourriez (re)voir à la saison prochaine à partir du mois de novembre ou essayer de decouvrir maintenant au Théâtre du Châtelet tous les jours du 12 au 26 mars 2015. Vivement recommandé.

 

 

 

 

Compte rendu, opéra. Paris. Théâtre du Châtelet, le 12 février 2015. Michaël Levinas : Le Petit Prince. Jeanne Crousaud, Vincent Lièvre-Picard, Catherine Trottmann, Rodrigo Ferreira… Orchestre de Picardie. Arie van Beek, direction. Lilo Baur, mise en scène.

La première version lyrique française de l’œuvre emblématique d’Antoine Saint-Exupéry Le Petit Prince, revient en France sur la scène duThéâtre du Châtelet, toujours par ses choix de programmation, éclectique et audacieux. L’opus est de la plume de Michaël Levinas, qui écrit également le livret d’après le conte original de l’écrivain-aviateur. L’Orchestre de Picardie est sous la direction d’Arie van Beek et la plutôt jeune distribution des chanteurs est mise en scène par Lilo Baur.

L’oeuvre incomprise… ma non tanto

petit prince michael levinasLe Petit Prince, conte philosophique habité d’une poésie subtile, est décidément une œuvre très souvent incomprise. Si l’auteur la dédie aux enfants, il ne s’agît surtout pas d’une conte d’enfants ni pour les enfants. Les sujets d’une profondeur métaphysique échappent normalement à l’attention et à la compréhension des pauvres enfants qui sont emmenés à lire le conte. Dans ce sens, la création du compositeur Michaël Levinas, qui remonte à l’automne 2014, fait une justice inattendue à l’esprit de l’œuvre littéraire. Or, la coproduction de l’Opéra de Lausanne, le Grand Théâtre de Genève l’Opéra de Lille et l’Opéra Royal de Wallonie est présenté comme un spectacle pour enfants. Remarquons la forte présence des enfants dans la salle, accompagnés, bien évidemment. Si une intention d’adoucir, voire d’ignorer, les éléments les plus délicats du comte (le suicide notamment) est évidente, la musique et le livret ne sont pas les plus accessibles pour un jeune public. Notre réserve réside dans l’idée, bonne, d’ouvrir les chemins de l’opéra aux enfants et aux jeunes, et si le Petit Prince est idéal ou pas pour ces effets. La réussite ultime et l’idiosyncrasie de l’opéra nous permettent de conclure qu’il l’est au final, mais pas sans réserves.

Le Petit Prince et l’Aviateur sont interprétés avec brio et sensibilité par Jeanne Crousaud et Vincent Lièvre-Picard. La première fait preuve d’une agilité non négligeable requise pour la musique si particulière que Levinas lui réserve. Théâtralement, elle incarne le Petit Prince, tout tourment et naïveté, avec une aisance tendue qui sied bien à l’aspect plus ou moins angoissant de l’histoire. Musicalement, elle est étrange, comme le Petit Prince doit l’être à notre avis. Quand il parle des baobabs, baobabs, baobabs, il chante une sorte de quodlibet vocalisant (quodlibet dans son sens littéraire d’élément aléatoire) sur le mot baobab. L’effet sur l’audience divertie et quelque peu déconcertée est remarquable. L’Aviateur de Lièvre-Picard a un timbre touchant et une belle présence sur scène. Sa musique est moins étrange que celle du Petit Prince, et l’opposition entre la nature des personnages est tout à fait mémorable. Les nombreux rôles secondaires le sont aussi. Remarquons la Rose de Catherine Trottmann, un peu vocalisante, un peu coquette ; le Renard et Le Serpent de Rodrigo Ferreira, qui chante en voix de baryton et en voix de contre-ténor selon les besoins, et qui est toujours saisissant dans son jeu d’acteur. Félicitons donc le travail de Lilo Baur et son équipe pour le très bon travail d’acteurs et la fidélité visuelle par rapport au conte (fabuleuses lumières de Fabrice Kebour).

Et l’Orchestre de Picardie sous la direction d’Arie van Beek ? Fabuleux, même si l’opéra n’a pas une orchestration particulièrement poussée. Le chef adapte sa baguette aux rythmes de danses baroques que Levinas utilise avec facilité, tout comme il maintient la tension musicale avec une frappante économie des moyens. Une création rare qui se prétend accessible au grand -et petit- public qui finit par être un poil trop froide et intellectuelle, éveillant l’intérêt profond des experts et connaisseurs, mais n’inspirant que des rires nerveux et des applaudissements incertains pour une grande partie de l’auditoire. Une œuvre d’une heure et demi à peu près, d’une valeur confirmée… mais pas pour tous.

Compte rendu, opéra. Paris. Théâtre du Châtelet, le 22 janvier 2015. Mozart : Il Re pastore. Rainer Trost, Soraya Mafi, Raquel Camarinha… Ensemble Matheus. Jean-Christophe Spinosi, direction. Olivider Fredj, co-mise en scène. Nicolas Buffe, co-mise en scène, scénographie, costumes.

Le Théâtre du Châtelet accueille l’Ensemble Matheus sous la direction de Jean-Christophe Spinosi pour une nouvelle production du dernier opéra de jeunesse de Mozart, Il Re pastore (1775). Le duo associé à la création est composé d’Olivier Fredj et Nicolas Buffe ; il s’agît d’une première mise en scène d’opéra pour les deux ! Avec ce choix audacieux nous avons droit à un Mozart revisité ; un Mozart interstellaire, un Mozart illustré en 3D, issu de l’univers des mangas et des dessins animés japonais. Un Mozart pas comme les autres … à ne surtout pas rater.

Mozart rencontre Mazinger Z

mozart il re pastore chatelet-IlRePastore3k-1266x1900Il Re pastore (1775) est l’un des opéras de Mozart qu’on met rarement en scène. Cette « festa teatrale » en deux actes et un faux opera seria, voire une fausse pastorale. Le livret est dû au poète-père de l’opera seria, Métastase : il a l’élégance marmoréenne et la beauté statique typique du poète. Remarquons qu’il est édité par Gianbattista Varesco pour Mozart, et qu’ils seront emmenés à collaborer une dernière fois, péniblement, pour Idomeneo, en 1780-1781. Le sujet de circonstance, mi-héroïque, mi-pastoral, traite le thème de la raison d’Etat et de l’amour. Cette dualité entre rationalisme et sentimentalité sera désormais omniprésente, quoique parfois subtilement déguisée, dans les opéras de maturité du maître salzbourgeois. Ici, Alexandre le Grand vient au pays de Sidon pour couronner le Roi caché, après la défaite du tyran précédent, accessoirement le père de Tamiri, éprise d’Agénor, un ami d’Alexandre. Le berger amoureux Aminta est le roi en vérité, mais il ne rêve que d’une vie d’amour et de simplicité avec sa bien-aimée Elisa, dont le sentiment est réciproque. Un long poème riche en images touchantes mais avec très peu d’action traitable. D’où l’idée de Mozart d’en faire une sorte de symphonie pour 5 voix solistes avec orchestre, où chaque air devient un concerto pour la voix et parfois quelques instruments en solo. Un divertissement, certes. Mais quel divertissement si personnel, si vivant, si chaleureux, beaucoup plus robuste et concis que les opéras milanais précédents.

Qui pourrait donner davantage de chaleur et de vivacité à l’œuvre au XXIe siècle? Comment la rendre plus accessible et intéressante pour le public divers et curieux de notre époque, un public qui aime aussi rapidement qu’il se lasse ? La réponse de Nicolas Buffe et Olivier Fredj est incroyable. Le plasticien Nicolas Buffe crée un univers de dessin animé japonais, aux couleurs vives, très technologique (mais pas trop!), un storyboard de manga qu’Olivier Fredj met en mouvement par le travail d’acteur. Les difficultés innées aux conventions de l’opera seria, notamment la succession de récitatifs-airs et la structure de l’aria da capo, sont traités avec grande intelligence et efficacité. Le monde des mangas et dessins animés a aussi ses conventions et ses codes formels, le génie du duo de choc réside dans l’efficacité surprenante achevée par l’accord, l’étrange symbiose des conventions. Si deux ou trois airs ont une réalisation un peu gratuite, la plus grande partie est réalisée avec maestria et panache. Les coloratures omniprésentes dans l’opus sont traités de façon remarquable, ainsi que les da capo. La pléthore des robots, marionnettistes, acrobates, voitures, machines interagit en permanence avec les chanteurs : tous aident à illustrer et éclaircir le texte sentimental mais peu dynamique. Ainsi, lors de son premier air « Alla Selva » Elisa, qui chante le courage de son amour pour Aminta, est chatouillée par la station de service intergalactique du premier acte. Quoi ? Exactement ! La station de service a des bras qui chatouillent la chanteuse, elle ne peut que faire des vocalises en conséquence. Ou encore, pendant l’air d’entrée d’Alessandro, venu de l’espace sidéral, la course parfaitement synchronisé avec le tremolo des violons… Ou encore lors du deuxième air du même Alessandro, qui prend un bain et se change avec l’aide de ses guerriers, et dont les vocalises sont le résultat naturel du shampooing, bien évidemment ! Il y a tant d’exemples réussis et tout simplement géniaux, que nous ne saurions ici tous les paraphraser.

Des mozartiens généreux et drôles

Le groupe des 5 solistes semble être complètement investi dans le parti-pris artistique. La complicité est évidente, les interprètes s’amusent entre eux et divertissent le public d’une façon étonnante, voire dérangeante pour ceux qui n’acceptent toujours pas qu’on rit vivement devant Mozart. Heureusement, des productions comme celle-ci aident établir des nouveaux ponts et poussent au progrès, à la réévaluation critique des conventions. Qu’en est-il du chant ? Il est sans doute superbement illustré par la scénographie et le travail d’acteur, mais est aussi, et surtout, la raison principale d’être de l’opéra. Une belle musique qui régale l’auditoire !

Le duo amoureux d’Aminta et Elisa est interprété magistralement par Soraya Mafi et Raquel Camarinha. Les deux sopranos font preuve d’une musicalité ravissante et d’un style mozartien d’une grande fraîcheur. La première à un beau timbre et un remarquable contrôle de son instrument. Si nous sommes frappés par les spécificités de son talent depuis son entrée au début de l’opéra, son rondo du deuxième acte avec violon obbligato « L’amero, saro costante » est un sommet lyrique d’émotion que nous aurons du mal à oublier. Remarquons également qu’il s’agît de la toute première représentation en France de la jeune soprano Anglaise. Raquel Camarinha quant à elle fait preuve d’agilité et de candeur en permanence. Elle est aussi très captivante sur scène, dans tous les plans. Le finale du premier acte est un duo éblouissant pour les deux sopranos où les voix s’accordent avec une aisance impressionnante ! Tamiri et Agénor sont interprétés par Marie-Sophie Pollak et Krystian Adam. Leur performance est solide, quoi que quelque peu effacée par celle des 3 autres solistes.

C’est un plaisir de revoir le ténor Allemand Rainer Trost dans la même salle où il a conquis tout Paris en 1992 (!) dans le rôle de Ferrando de Cosi Fan Tutte, dirigé et mis en scène par John Eliot Gardiner. Un mozartien confirmé et de longue expérience ; il est à la fois charmant et drôle dans le rôle, plus ou moins ingrat, en papier, d’Alessandro. Sa performance, comme celle du couple principal, est… pétillante ! Il assume et intègre complètement l’humour de la production et s’y investit de façon spectaculaire. S’il pourrait gagner en dynamisme dans les vocalises, il demeure toutefois enchanteur par sa musicalité et son style ; par sa belle et toujours stimulante présence, tant théâtrale que musicale.

Dans la fosse l’Ensemble Matheus, et son directeur Jean-Christophe Spinosi, font preuve d’une retenue à laquelle nous ne nous attendions pas ! Comme d’habitude ses vents sont ravissants (bellissime flûte obligata dans l’air d’Alessandro « Se vincendo »!), Le recul dont le chef fait preuve ce soir donne davantage d’homogénéité à la prestation. Si nous préférons des contrastes plus marqués, nous apprécions la consistance et la clarté de l’ensemble au cours des deux actes.

Un Mozart pas comme les autres, ranimé par les talents combinés d’une équipe audacieuse et riche en créativité au Théâtre du Châtelet… Un production si réussie que nous aimerions qu’il y ait beaucoup plus de représentations ! Des chanteurs de talent à découvrir et ré-découvrir, une partition à revisiter, l’humour dévoilé d’un Mozart (dont on fête aujourd’hui l’anniversaire il y a 259 ans !) qui doit sans doute sourire devant cette appropriation. A voir et revoir sans modération au Théâtre du Châtelet les 22, 24, 26, 28 et 30 janvier ainsi que le 1er février 2015.

Compte rendu, comédie musicale. Paris. Théâtre du Châtelet, le 11 septembre 2014. Les Parapluies de Cherbourg, version symphonique. Jacques Demy, texte. Marie Oppert, Vincent Niclo, Natalie Dessay… Orchestre National d’Île-de-France. Michel Legrand, compositeur, direction musicale. Jean-Jacques Sempé, dessins. Vincent Vittoz, mise en space.

chatelet parapluies de cherbourgUne version symphonique définitive du film mythique de Jacques Demy Les Parapluies de Cherbourg (1963) ouvre la saison lyrique 2014-2015 du Théâtre du Châtelet. L’Orchestre National d’Île-de-France joue la nouvelle orchestration du compositeur Michel Legrand qui dans la fosse en assure la direction musicale. Les protagonistes sont la très jeune soprano Marie Oppert et le ténor Vincent Niclo, accompagnés d’un casting qui compte aussi les vétérans Natalie Dessay et Laurent Naouri. La tâche compliquée de la mise en space est signé Vincent Vittoz.

Les Parapluies de Cherbourg au Châtelet

un diamant fracturé qui brille encore

La relation artistique du cinéaste de la Nouvelle Vague Jacques Demy avec le compositeur Michel Legrand a été l’une des plus fructueuses du siècle passé, avec pas moins de 9 collaborations d’envergure. Les Parapluies de Cherbourg en marquent la troisième, la création mythique leur permet effectivement de fixer le genre de la comédie musicale à la française. Le mariage des talents a ravagé le Festival de Cannes en 1964 et a catapulté le film à la renommée internationale. Beaucoup d’encre a coulé, et coule encore, avec raison, sur la richesse du film… incontournable. Le Théâtre du Châtelet, cultivant une mission artistique toujours très audacieuse, donne carte blanche au compositeur contemporain lequel décide de créer une version symphonique définitive avec mise en space. Un pari musical qui se révèle payant puisque la musique comme les chanteurs-acteurs choisis pour l’interpréter ne manquent pas de charme.

Or, mettre en scène au théâtre, un film dont la conception et la réalisation sont si parfaites, dont l’équilibre et l’union harmonieuse du récit avec la musique est si exemplaire, paraît une mission impossible ou presque. Les Parapluies de Cherbourg est une tragédie de la vie quotidienne (comme beaucoup d’autres créatures issues de la Nouvelle Vague), l’histoire est simple et l’aspect local et petit-bourgeois est en fait l’un des outils du cinéaste pour arriver à l’universalité indéniable de ses œuvres. Ici Madame Emery, jouée par une Natalie Dessay qui s’éclate, – parfois trop -, tient une boutique de parapluies à Cherbourg, aidée par sa fille Geneviève qui est amoureuse de Guy, mécanicien et orphelin élevé par sa tante Elise, malade. L’illusion d’une vie simple d’amoureux quitte vite la narration puisque Guy est appelé sous les drapeaux et s’en va en Algérie. Geneviève garde l’espoir des retrouvailles avec un nouvel élan : elle est enceinte de son bien-aimé. Société capitaliste oblige, elle finit par se marier avec Roland Cassard, riche bijoutier qui l’accepte avec l’enfant. Guy revient à Cherbourg et se marie avec Madeleine l’accompagnatrice de la tante Elise décédée, ils auront un enfant. Un jour de Noël, de passage à Cherbourg, Geneviève et sa fille croisent Guy dans sa station de service, ils échangent quelques mots puis se séparent.

Pour la première mondiale à Paris, l’univers haut en couleurs du film est très vaguement évoqué dans la mise en space de Vincent Vittoz, par les dessins – mignons, efficaces – de Jean-Jacques Sempé sur des structures mobiles, et quelques parapluies. Une illusion de décors économe et franchement sympathique, mais … facile et de très peu d’impact. Nous apprécions surtout l’intention, même si elle nous dépasse souvent, pour dire le moins (dans le programme le metteur en scène dit vouloir représenter l’imaginaire musical du film plus que le drame…).

L’investissement de la distribution est dans ce sens plutôt salvateur. D’abord le couple interprété par la très jeune soprano Marie Oppert (17 ans!) et le ténor Vincent Niclo, mais aussi les rôles secondaires parfois admirables de Natalie Dessay et Laurent Naouri. Les premiers débordent de charme théâtral et musical, et même plastique. C’est un couple crédible dans l’action et dans le chant des motifs inoubliables de Michel Legrand. Natalie Dessay revient à Paris avec un rôle qui lui va vocalement comme un gant. Elle se montre maîtresse absolue de la langue française, et si en principe nous préférons une Madame Emery à la gestuelle un peu plus restreinte, nous sommes ravis de la revoir sur scène. De même pour Laurent Naouri dont nous apprécions toujours le chant et le charme.

On l’a compris la réalisation scénique reste bien modeste et c’est essentiellement l’orchestre qui permet in fine au spectacle de briller : grâce à la musique de Michel Legrand, fabuleusement interprétée par l’Orchestre National d’Île de France. Voir le compositeur diriger sa propre version symphonique reste un grand moment. Remarquons particulièrement les bois délicieux et l’impressionnant entrain de l’orchestre, souvent jazzy, affirmant un brio de grande classe dans les sommets d’intensité musicale. Spectacle à voir au Théâtre du Châtelet les 11, 12, 13 et 14 septembre 2014, diffusé sur France Musique le mercredi 8 octobre 2014 à 20h puis sur France 3 au moment des fêtes de fin d’année 2014.

Compte rendu, comédie musicale. Paris. Théâtre du Châtelet, le 11 septembre 2014. Les Parapluies de Cherbourg, version symphonique. Jacques Demy, texte. Marie Oppert, Vincent Niclo, Natalie Dessay… Orchestre National d’Île-de-France. Michel Legrand, compositeur, direction musicale. Jean-Jacques Sempé, dessins. Vincent Vittoz, mise en space.

Sondheim : Sunday in the park with George

sondheim Sunday in the park with georgefrance2-logo_2013Télé, France 2. Jeudi 10 avril 2014, 00h10. Sondheim : Sunday in the park with George. Le Châtelet à Paris poursuivait en avril 2013 son cycle événement dédié aux opéras de l’américain Stephen Sondheim. Inspiré du tableau de Georges Seurat ” Un dimanche après midi à l’île de la Grande Jatte”, qui revisite et les classiques académiques et prolonge l’expérience chromatique des fauves et des pointillistes, l’ouvrage est une comédie musicale en trois actes qui dévoile les tourments et les doutes de son créateur.

Voici le commentaire critique de notre rédacteur Nicolas Grienenberger, témoin des représentations au Châtelet en avril 2013 :

Une œuvre musicale qui apporte une réflexion sur l’art pictural, voilà qui est peu courant, si on met de côté Mathis der Maler de Hindemith. Stephen Sondheim, heureusement fêté depuis quelques années à Paris, grâce au Châtelet et à son directeur Jean-Luc Choplin, a pris comme source d’inspiration le tableau de Georges Seurat « Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte » pour créer en 1984 Sunday in the Park with George. Une pièce moins spectaculaire que son précédent opus, le sanglant Sweeney Todd, mais d’un grand raffinement, faisant irrésistiblement penser à Britten et Ravel pour la recherche sur les timbres et l’esprit chambriste, sinon pointilliste, centré sur des formules de quelques notes, qui convient parfaitement à son sujet. Regrettons alors que la nouvelle orchestration commandée à Michael Starobin pour l’occasion fasse gagner en luxuriance – notamment le final du premier acte, grandiose – ce qu’on perd inévitablement en subtilité musicale.

Quand la musique donne à réfléchir sur la peinture…

Et la sonorisation, trop peu spatialisée, n’arrange rien, perdant le spectateur durant les grandes scènes de groupe, les paroles se révélant alors bien difficiles à attribuer à leurs propriétaires.
Néanmoins, on reste admiratif devant la mise en scène époustouflante imaginée par Lee Blakeley,dans un esprit si différent de Sweeney Todd. Cette scène tournante aux décors mouvants, ce travail sur la vidéo, tout concourt à représenter sous nos yeux une réalisation grandeur nature du tableau de Seurat.
Avouons un coup de cœur pour l’intermède qui sépare les deux actes, où, comprimés dans leur cadre, les personnages de la toile se plaignent entre eux de leur condition éternellement figée.
Les deux parties du spectacle abordent deux facettes de la peinture : la première se concentre sur la figure du peintre et met à nu ses doutes, ses angoisses, jusqu’à son éloignement du reste du monde pour achever son œuvre, dans une atmosphère automnale et mélancolique. La seconde, en totale rupture, critique avec une ironie grinçante, la creuse vanité dont peut se servir l’art contemporain, en utilisant un arrière petit-fils imaginaire de Seurat ; ou comment représenter tout haut ce qui se murmure souvent tout bas.
Une fois encore, la distribution réunie sur le plateau se révèle de haute volée.
Tous les rôles sont admirablement distribués et caractérisés, chaque personnage – et donc figure du tableau – ayant sa personnalité propre et son caractère.
Mention spéciale aux deux Celeste, notamment la toujours piquante Rebecca Bottone, et au couple allemand formé par Damian Thantrey et Christine Buffle, par ailleurs impayable en impitoyable critique dans la seconde partie.

sondheim stephen 2En vieille femme, mère de Georges, Rebecca de Pont Davies marque une nouvelle fois les esprits par son beau timbre charnu et sa grande présence scénique.
Dot délicieusement écervelée, Sophie-Louise Dann emporte l’adhésion dès son premier air, avec sa diction parfaite et sa couleur vocale si particulière. Et elle surprend d’autant plus en incarnant ensuite la vieille Marie plongée dans ses souvenirs, très émouvante.
Dans le double rôle de Georges et George, Julian Ovenden réussit une admirable performance, tant scénique que vocale, aussi crédible dans la solitude névrotique de Seurat que dans le clinquant forcené du jeune George.

Excellente prestation également que celle du Chœur du Châtelet, qui confirme son niveau d’excellence. Et l’Orchestre Philharmonique de Radio-France déploie de superbes couleurs sous la baguette de David Charles Abell – mais cet ouvrage délicat avait-il besoin d’un tel symphonisme ? Là demeure la question –. Une belle soirée, qui invite à réfléchir, où on rit néanmoins souvent franchement, et c’est conquis qu’on sort de la salle, avec l’envie de se replonger dans les toiles de Seurat.

france2-logo_2013Paris. Théâtre du Châtelet, 15 avril 2013. Stephen Sondheim : Sunday in the Park with George. Livret de James Lapine. Avec Georges / George : Julian Ovenden ; Dot / Marie : Sophie-Louise Dann ; Jules / Bob Greenberg : Nickolas Grace ; An Old Lady / Elaine : Rebecca de Pont Davies ; Her Nurse / Harriet Pawling : Jessica Walker ; A Soldier / Charles Redmond : David Curry ; Celeste 1 / Betty : Rebecca Bottone ; Celeste 2 / Billy Webster : Francesca Jackson ; Yvonne / Blair Daniels : Beverly Klein ; A Boatman / Dennis : Nicholas Garrett ; Franz / Lee Randolph : Damian Thantrey ; Frieda / Naomi Eisen : Christine Buffle ; Louis / Man / Alex : Jonathan Gunthorpe ; Louise : Laura Gravier-Britten ; Mr : Scott Emerson ; Mrs : Elisa Doughty. Chœur du Châtelet. Orchestre Philharmonique de Radio-France. Direction musicale : David Charles Abell. Mise en scène : Lee Blakeley ; Décors et vidéos : William Dudley ; Costumes : Adrian Linford ; Lumières : Olivier Fenwick ; Animation des images : Matthew O’Neill ; Chorégraphie : Lorena Randi ; Orchestration : Michael Starobin ; Chef de chœur et assistant du chef d’orchestre : Stephen Betteridge ; Chef de chant : Stephen Higgins.

France 2, Jeudi 10 avril 2014, 00h10. 2h22mn, Réalisation : Denis Caïozzi.

Illustrations : Stephen Sondheim DR

 

Concert Sondheim : Into the woods en direct

Into The Woods_sondheim lapine chateletFrance Musique, dimanche 30 mars 2014, 11h30 : concert Into the woods. En direct du studio 106, 11h30 > 12h30. Dans l’émission 42è rue par Laurent Valière. France Musique dédie un direct événement en liaison avec la création française de la comédie musicale de Stephen Soheim :  Into the woods (Paris, Châtelet, 1er > 12 avril 2014). Conte musical. Du petit chaperon rouge, et de cent autres drames imaginés par les frères Grimm, pour beaucoup historiettes sans épaisseur voire simplement et strictement anecdotiques, le compositeur Stephen Sondheim et son librettiste James Lapine font plutôt une légende éclectique captivante qui sur les traces du livre de Bruno Bettelheim (Psychanalyse des contes de fées), dévoile la psyché souterraine des êtres, alliant merveilleux, humour et burlesque.

 

Quatrième volet du cycle Sondheim au Châtelet, Into the woods plonge dans l’océan des mythes infantiles : le compositeur réinvente les interactions et réécrit l’histoire de Cendrillon, du Petit Chaperon rouge donc, des Trois petits cochon, de Blanche Neige en un méli-mélo truculent, picaresque, tragique. Il ne s’agit pas tant de souligner l’issue heureuse de tous les contes (ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants), mais de souligner les intrigues malhonnêtes pour y parvenir ; et pour beaucoup, l’universalité de scénarios que toutes les cultures partagent. Pour agglomérer le terreau narratif de ce labyrinthe éclectique, Sondheim et Lapine imaginent un couple certes implanté dans le bois, un boulanger et son épouse, mais dont les préoccupations demeurent urbaines : avoir un enfant, mené et défendre coûte que coûte leur petit bonheur de petits bourgeois. Ils croisent le Petit Rouge ( le fameux Chaperon) qui se fait manger par un loup avant d’en renaître; Cendrillon qui devient princesse ; Raiponce qui est sauvé par un prince… et Jack (celui du haricot magique) par lequel la catastrophe arrive (il a tué le géant dont l’épouse ne tarde pas à réclamer vengeance). Si tout pouvait se conclure sur un happy end à la fin du I, le II est un jeu d’actions mêlées qui fait éclater le cadre des histoires classiques : chacun doit aider l’autre ou s’en détourner. C’est un manège à la magie décalée qui aurait perdu le fil de son déroulement dès son commencement. Le Châtelet s’intéresse à la comédie musicale de Sondheim avant la sortie du film prévu début 2015 (de Rob Marshall avec Meryl Streep et Johnny Depp). Délirant, poétique, enchanteur : Into the woods est créé en France au Châtelet dès le 1er avril 2014. Jusqu’au 12 avril 2014.

 

 

 

 

logo_francemusiqueFrance Musique, dimanche 30 mars 2014, 11h30 : concert Into the woods. En direct du studio 106, 11h30 > 12h30. Dans l’émission 42è rue par Laurent Valière.

 

 

 

A la veille de la première d’Into the Woods au Théâtre du Châtelet, les artistes de la comédie musicale seront en concert en direct du studio 106 de Radio France dans le cadre de l’émission 42e rue. Ils interpréteront de nombreux titres phares du spectacle en version piano-voix.

Avec notamment Kimy McLaren (Cendrillon), David Curry (le prince de Raiponce), Francesca Jackson (Le Petit Chaperon Rouge), Damian Thantrey (Le prince de Cendrillon, le Loup n°1) et Beverly Klein (la sorcière).
A écouter également dans l’émission, une interview exclusive du compositeur Stephen Sondheim.

« Into the woods » est la 12ème comédie musicale composée par Stephen Sondheim en 1987. Sorte de « psychanalyse des contes de fées » en comédie musicale, on y croise de nombreux personnages de contes pour enfants, du Petit Chaperon Rouge à Raiponce en passant par Cendrillon et le héros de Jack et le haricot magique. Le spectacle créé à Broadway en 1987 sera monté pour la première fois en France au Théâtre du Châtelet à partir du 1er avril 2014.

 

 

Into the woods de Sondheim au Châtelet

Into The Woods_sondheim lapine chateletParis, Châtelet. Sondheim : Into the woods 1er > 12 avril 2014. Conte musical. Du petit chaperon rouge, et de cent autres drames imaginés par les frères Grimm, pour beaucoup historiettes sans épaisseur voire simplement et strictement anecdotiques, le compositeur Stephen Sondheim et son librettiste James Lapine font plutôt une légende éclectique captivante qui sur les traces du livre de Bruno Bettelheim (Psychanalyse des contes de fées), dévoile la psyché souterraine des êtres, alliant merveilleux, humour et burlesque.
Quatrième volet du cycle Stephen Sondheim au Châtelet, Into the woods plonge dans l’océan des mythes infantiles : le compositeur réinvente les interactions et réécrit l’histoire de Cendrillon, du Petit Chaperon rouge donc, des Trois petits cochon, de Blanche Neige en un méli-mélo truculent, picaresque, tragique. Il ne s’agit pas tant de souligner l’issue heureuse de tous les contes (ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants), mais de souligner les intrigues malhonnêtes pour y parvenir ; et pour beaucoup, l’universalité de scénarios que toutes les cultures partagent.

Pour agglomérer le terreau narratif de ce labyrinthe éclectique, Sondheim et Lapine imaginent un couple certes implanté dans le bois, un boulanger et son épouse, mais dont les préoccupations demeurent urbaines : avoir un enfant, mené et défendre coûte que coûte leur petit bonheur de petits bourgeois. Ils croisent le Petit Rouge ( le fameux Chaperon) qui se fait manger par un loup avant d’en renaître; Cendrillon qui devient princesse ; Raiponce qui est sauvé par un prince… et Jack (celui du haricot magique) par lequel la catastrophe arrive (il a tué le géant dont l’épouse ne tarde pas à réclamer vengeance). Si tout pouvait se conclure sur un happy end à la fin du I, le II est un jeu d’actions mêlées qui fait éclater le cadre des histoires classiques : chacun doit aider l’autre ou s’en détourner. C’est un manège à la magie décalée qui aurait perdu le fil de son déroulement dès son commencement. Le Châtelet s’intéresse à la comédie musicale de Sondheim avant la sortie du film prévu début 2015 (de Rob Marshall avec Meryl Streep et Johnny Depp). Délirant, poétique, enchanteur : Into the woods est créé en France au Châtelet dès le 1er avril 2014. Jusqu’au 12 avril 2014.

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Compte rendu, opéra. Paris. Théâtre du Châtelet, le 20 janvier 2014. La Pietra del paragone de Gioachino Rossini (1792-1868). Direction : Jean-Christophe Spinosi. Mise en scène, scénographie, video, Giorgio Barberio Corsetti et Pierrick Sorin.

Rien ne pouvait mieux réchauffer les cœurs en ces temps de crise, que la reprise de cette production de la Pietra del paragone de Gioachino Rossini, créée dans le même théâtre, celui du Chatelet, en 2007. Une mise en scène brillante, un orchestre scintillant et une nouvelle distribution tout aussi enthousiaste que la première, nous ont permis de vivre une soirée de bonheur comme les théâtres français ne nous en offre que trop rarement à notre goût.
Cet opéra de jeunesse, – Rossini a tout juste vingt ans quand il le compose à la suite d’une commande du Teatro alla Scala de Milan, est créée le 26 septembre 1812. C’est un triomphe qui lui vaudra d’être redonné une cinquantaine de fois durant la même saison.
Dans le livret en deux actes de la Pietra del Paragone, Rossini trouve tout ce qui lui permet de mettre en valeur ce don du rire fin et enlevé, qui nous emporte dans un univers de plaisir, où tout n’est que jeux et travestissements. L’on pense bien évidemment et instantanément à Mozart et à son Cosi fan tutte. Mais loin d’être sur le fil du drame, ici, la musique et le théâtre en une folle vivacité, nous offrent des marivaudages tout à la fois profondément drôles, un rien cyniques, mais tellement humains … que l’on s’y plonge sans réserve.

 

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Trépidante reprise au Châtelet

 

Entre Jean-Christophe Spinosi à la direction et le tandem Giorgio Barberio Corsetti/ Pierrick Sorin à la mise en scène, le courant passe. Leurs sensibilités et leurs énergies réunies, font sourdre la théâtralité de la musique. On trouve ici un mélange subtil et intelligent de loufoqueries et d’élégance qui ne peut que nous charmer. Voici une mise en scène digne de ce nom, riche d’imagination, d’une fantaisie débordante qui donne la part belle au jeu d’acteurs. On y trouve un vrai sens du rythme qui fait totalement oublier le temps qui passe.
Tout ici est ingénieux. Sur un fond bleu, que l’on trouve en fond de scène et sur des éléments mobiles, viennent s’incruster sur six écrans, -grâce à une installation vidéo en temps réel – conçue par le vidéaste Pierrick Sorin-, les décors miniatures qui prennent ainsi leur dimension humaine. C’est avec une précision millimétrés que les chanteurs viennent prendre place dans cet univers d’un luxe très vintage. Les costumes aux couleurs chatoyantes, celle de la joie de vire, nous ensorcellent par leur beauté entre dandysme et new look fringant.
Jamais on ne s’ennuie sur scène : tous, solistes et chœurs, grâce au gros plans assurés par la caméra, nous rendent complices de leurs petits et grands mensonges, de leurs doutes, de leurs émotions.
On adore ce maître d’hôtel, petit personnage rajouté. Le charme du mime-acrobate Julien Lambert tient de la poésie hilarante et lunaire d’un Buster Keaton.
La distribution jeune et tonique est un vrai bonheur. Tous savourent les situations et les mots de cette langue si chantante qu’est l’italien. La virtuosité rossinienne aussi difficile soit-elle leur est un plaisir faisant oublier quelques petites anicroches sans conséquence. Le couple formé par la Marchesa Clarice de Teresa Iervolino et le Conte Asdrubale de Simon Lim, fonctionne parfaitement tant vocalement que scéniquement. Les deux charmantes pestes que sont Donna Fulvia et la Baronessa Aspasia sont interprétées avec brio par Raquel Camarinha et Mariangela Sicilio. Au timbre fruité de la première, répond celui plus juvénile et impertinent de la seconde. Les rôles masculins sont très bien distribués. Brudo Taddia, fait de Macrobio, le journaliste vénal, une crapule terriblement séduisante, tout comme Davide Luciano, en Pacuvio, est un rimailleur inénarrable, un rien vaurien. Dans le rôle de l’ami fidèle et de l’amant/rivale malheureux, Giocondo, Krystian Adam sait tout à la fois nous émouvoir par son interprétation vocale très fine, ses aigus brillants et sa tendre constance. N’oublions dans le rôle de Fabrizio, Biogio Pizzuti, complice idéal et jubilatoire du comte dans l’utilisation de la Pietra del paragone (pierre de touche).
Le chœur de l’Armée française est excellent. Bouillonnant d’énergie, de verve et de présence. Quant à l’Ensemble Mattheus, sous la direction tout à la fois précise et fougueuse, passionnée et attentive aux chanteurs de Jean-Christophe Spinosi, il rivalise de couleurs avec la scène, de nuances avec les chanteurs. Sur instruments anciens, les musiciens rendent à la musique de Rossini toute sa fulgurante flamboyance.
C’est par une standing ovation et un bis dédié à Claudio Abbado que s’est conclu cette soirée si généreuse. Ce spectacle est un véritable don du cœur que l’on ne peut que vous recommander.

 

 

Paris. Théâtre du Chatelet, le 20 janvier 2014. La Pietra del paragone de Gioachino Rossini (1792-1868) melodramma giocoso sur un livret de Luigi Romanelli. Avec. La marchesa Clarice, Teresa Iervolino ; Il conte Asdrubale, Simon Lim ; Il Cavalier Giocondo, Krystian Adam ; Macrobio, Bruno Taddia ; Pacuvio, Davide Luciano ; Donna Fulvia, Raquel Camarinha ; La Baronessa Aspasia, Mariangela Sicilia ; Fabrizio, Biagio Pizzuti. Chœur de l’Armée Française ; Chef de Chœur de l’Armée Française, Aurore Tillac. Ensemble Matheus. Direction : Jean-Christophe Spinosi. Mise en scène, scénographie, video, Giorgio Barberio Corsetti et Pierrick Sorin. Costumes et collaboration aux décors, Cristian Taraborrelli. Lumières, Gianluca Cappelleti.

 

 

Illustration : © M-N. Robert pour le Théâtre du Châtelet

 

Einstein on the beach au Châtelet

Glass_wilson_einstein_on_the_beach_operaPARIS. Châtelet: Einstein on the beach, du 7 au 12 janvier 2014. Lors de sa création en 1971, Le Regard du sourd, spectacle muet d’une durée de sept heures, avait saisi le public français et suscité l’enthousiasme de Louis Aragon. Quelques années plus tard, Robert Wilson s’associe au compositeur Philip Glass pour élaborer un nouvel opéra, créé au Festival d’Avignon en 1976, qui allait devenir légendaire : Einstein on the Beach. Certaines thématiques liées aux recherches du physicien, comme la théorie de la relativité ou l’arme nucléaire, y sont évoquées à travers des tableaux d’une esthétique inédite alors, voire révolutionnaire : des images oniriques, d’une stupéfiante beauté visuelle, épousent les changements très graduels de la musique et les mouvements chorégraphiés pour former une œuvre d’art totale, bouleversant la perception de l’espace et du temps.

 

 


Wilson, Glass
Einstein on the beach
Du 7 au 12 janvier 2014
En direct sur Mezzo live HD et Mezzo, le 7 janvier 2014, 18h15

 

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Einstein on the beach, Glass, WilsonA la fois esthétique et physique, Einstein on the beach incarnait une invitation époustouflante pour une expérience musicale inoubliable. Féerie futuriste, l’opéra est recréé sur la scène du Châtelet à Paris. Remontée par ses créateurs avec la collaboration de la chorégraphe Lucinda Childs, qui les accompagne depuis longtemps, l’œuvre mythique nous est enfin restituée.

Philip Glass – Robert Wilson
Einstein On The Beach
Opéra en quatre actes
Mise en scène / Conception des décors et des lumières : Robert Wilson – Musique et lyrics : Philip Glass – Chorégraphie : Lucinda Childs
Helga Davis, Kate Moran, Antoine Silverman, The Lucinda Childs Dance Company, The Philip Glass Ensemble, Einstein on the Beach Chorus

 

  

Einstein on the Beach au Châtelet (Paris)

Einstein on the beach, Glass, WilsonInternet. En direct : Einstein on the beach, le 7 janvier 2014,18h15, Mezzo.  Lors de sa création en 1971, Le Regard du sourd, spectacle muet d’une durée de sept heures, avait saisi le public français et suscité l’enthousiasme de Louis Aragon. Quelques années plus tard, Robert Wilson s’associe au compositeur Philip Glass pour élaborer un nouvel opéra, créé au Festival d’Avignon en 1976, qui allait devenir légendaire : Einstein on the Beach. Certaines thématiques liées aux recherches du physicien, comme la théorie de la relativité ou l’arme nucléaire, y sont évoquées à travers des tableaux d’une esthétique inédite alors, voire révolutionnaire : des images oniriques, d’une stupéfiante beauté visuelle, épousent les changements très graduels de la musique et les mouvements chorégraphiés pour former une œuvre d’art totale, bouleversant la perception de l’espace et du temps.

En direct sur internet
Wilson, Glass
Einstein on the beach
en direct du Châtelet, le 7 janvier 2014, 18h15
Mezzo live HD et Mezzo

A la fois esthétique et physique, Einstein on the beach incarnait une invitation époustouflante pour une expérience musicale  inoubliable. Féerie futuriste, l’opéra est recréé sur la scène du Châtelet à Paris.  Remontée par ses créateurs avec la collaboration de la chorégraphe Lucinda Childs, qui les accompagne depuis longtemps, l’œuvre mythique nous est enfin restituée.

Philip Glass – Robert Wilson
Einstein On The Beach
Opéra en quatre actes
Mise en scène / Conception des décors et des lumières : Robert Wilson – Musique et lyrics : Philip Glass – Chorégraphie : Lucinda Childs
Helga Davis, Kate Moran, Antoine Silverman, The Lucinda Childs Dance Company, The Philip Glass Ensemble, Einstein on the Beach Chorus