samedi 2 mars 2024

WAGNER HISTORIQUE : L’Or du Rhin par Kent Nagano : les 18, 20 et 22 août 2023

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique et à l’opéra - et notamment avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.

Après l’avoir joué au Dresdner Musikfestspiele (juin 2023), Kent Nagano récidive sa propre lecture de L’Or du Rhin, Prologue de la Tétralogie de Richard WAGNER, lors d’une tournée en août ; la réalisation est d’autant plus captivante aujourd’hui qu’elle se fonde sur les acquis scientifiques d’une interprétation historiquement informée.

 

 

WAGNER historique
Kent Nagano revient aux sources de l’Or du Rhin

Pour se faire, le chef regroupe musiciens de l’Orchestre du festival de Dresde et du Concerto Köln : l’orchestre qui en découle, et sa sonorité repensée selon les dernières recherches musicologiques renouvellent notre conception de l’orchestre wagnérien, plus intimiste et articulé, plus proche du chant des solistes, plus psychologique qu’outrageusement dramatique. Prochains concerts annoncés : Philharmonie de Cologne (18 août), Festival de Ravello (20 août) et au Festival de Lucerne (22 août 2023). Voilà 3 dates événements révélant Wagner dépoussiéré de gestes et esthétiques hors sujets.

 

Réalisé par Kent Nagano et Jan Vogler, le Ring wagnérien est réévalué et restitué dans le contexte de l’époque de sa création et sur la base des connaissances actuelles. Selon les pratiques d’exécution d’époque, voici un Wagner primitif, dans le cadre d’un projet initié par le Festival de musique de Dresde (« Wagner Readings », lancée en 2017, permettant la restitution historique du premier opéra de la Tétralogie : « L’or du Rhin » à Cologne et Amsterdam). L’approche privilégie les instruments historiques (hautbois et tubas de Wagner ont été reconstruits), le diapason selon les indications de Wagner a = 435 Hertz ainsi que la pratique vocale favorisant le traitement de la parole, un aspect central pour Wagner, souvent négligé (mais qui avait déjà été parfaitement compris et intégré par Karajan pour son intégrale chez DG Deutsche Grammophon 1967, rééditée remastérisée en 2017).

Après L’Or du Rhin, « La Walkyrie » de Wagner sera mise en scène dès mars 2024, jouée entre autres à l’Opéra d’État de Prague (9 mars), au Concertgebouw d’Amsterdam (16 mars), à la Philharmonie de Cologne (24 mars) et au Dresdner Musikfestspiele (9 mars). Le projet permet aujourd’hui de réinventer Wagner, tout au moins sur le plan musical. Bénéfice inestimable pour reconsidérer la révolution lyrique réalisée par le génial compositeur né à Leipzig. On rêve évidemment d’écouter en France les résultats de ce cycle événement, avec étape suivante, la restitution de la mise en scène historiquement, très précisément pensée et décrite par Wagner lui-même (les didascalies laissées par Wagner sont les plus précises qui nous sont parvenues). Il est temps de rétablir Wagner hors des mises en scènes délirantes et décalées, partout imposées, dans un irrespect assumé, d’autant plus discutables. Kent Nagano opère ainsi un retour aux sources captivant.

 

 

Portrait de Kent Nagano : DR

 

 

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KÖLN / COLOGNE, Philharmonie
Ven 18 août 2023, 20h
WAGNER : L’Or du Rhin
Dresdner Festspielorchester
Concerto Köln – Kent Nagano, direction

RÉSERVER VOS PLACES :
https://www.koelner-philharmonie.de/de/programm/felx-richard-wagner-das-rheingold/3366

Plus d’infos sur le site du Concerto Köln : https://www.concerto-koeln.de/konzerte/wagners-rheingold-mit-dresdner-festspielorchester-koeln.html
Photo Kent Nagano © Antoine Saito

 

cast / distribution
Simon Bailey, Bassbariton (Wotan)
Dominik Köninger, Bariton (Donner)
Mauro Peter, Tenor (Loge)
Tansel Akzeybek, Tenor (Froh)
Annika Schlicht, Mezzosopran (Fricka)
Daniel Schmutzhard, Bariton (Alberich)
Gerhild Romberger, Alt (Erda)
Nadja Mchantaf, Sopran (Freia)
Thomas Ebenstein, Tenor (Mime)
Christian Immler, Bassbariton (Fasolt)
Tilmann Rönnebeck, Bass (Fafner)
Ania Vegry Sopran, (Woglinde)
Ida Aldrian Sopran, (Wellgunde)
Eva Vogel, Mezzosopran (Floßhilde)

Dresdner Festspielorchester
Concerto Köln
Kent Nagano, direction

 

Richard Wagner
 : Das Rheingold WWV 86A
 – Oper in vier Szenen. Vorabend zu dem Bühnenfestspiel »Der Ring des Nibelungen« WWV 86 (1848–74)

 

Richard Wagner 2013

Portrait de Richard Wagner – DR

 

 

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AUTRES DATES

Festival RAVELLO (Italie) :
Dim 20 août 2023, 20h – https://www.ravello.com/events/2023/das-rheingold-richard-wagner/

Festival de LUCERNE (Suisse) :
Mardi 22 aout 2023, 19h30 – https://www.lucernefestival.ch/de/programm/dresdner-festspielorchester-concerto-koln-kent-nagano-ua/1903

KÖLN / COLOGNE : Die Walküre
Le 24 mars 2024, 17h : https://www.koelner-philharmonie.de/en/programm/richard-wagner-die-walkure/3494

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SalutsSaluts de la 

 

 

APPORTS ET BENEFICES de la lecture de KENT NAGANO

 

A la faveur d’un entretien avec le chef américain (propos recueillis en août 2023), classiquenews a pu

recueillir certains points de son interprétation qui apportent aujourd’hui une lecture et une compréhension renouvelées du théâtre wagnérien…tempi, diapason, choix des instruments, travail des chanteurs. L’approche est aussi radicale, raisonnée que convaincante au regard des résultats sonores et esthétiques réalisés. Ce Wagner historiquement informé brille d’un nouvel éclat indiscutable.

 

 

 

Wagner historiquement informé

Depuis 7 années, le chef Kent Nagano mène une aventure inédite dédiée à l’interprétation de Richard Wagner. Avec une très solide équipe de 5 musicologues, le maestro s’attache à retrouver les proportions, la sonorité, l’éclat, la justesse dramatique et psychologique de l’écriture wagnérienne tels que le compositeur pouvait en disposer de son vivant. C’est un retour aux sources où le choix des instruments, celui des chanteurs, renouvelle notre conception du théâtre conçu par Wagner.

Ainsi le cas de ce Rheingold / L’Or du Rhin, premier opéra de la Tétralogie ou Ring. Il ne s’agit pas de retrouver l’orchestre en fosse comme à Bayreuth, mais plutôt de restituer les moyens à disposition pour la création à Munich (Bayreuth n’était pas encore construit), et dans une version concertante, sans décor, tout à fait authentique.

 

Retrouver le son de Wagner
à l’époque de la Révolution industrielle

« La plupart des instruments de l’époque de Wagner ont pu être retrouvé dans des collections privés ; les autres instruments ont dû être reconstruits spécialement ; tous ont été l’objet d’ateliers spécifiques pour réapprendre à les jouer. A chaque apport de la recherche, nous avons voulu tester concrètement. L’époque de Wagner est celle d’une révolution musicale ; les instruments ont connu une évolution technologique considérable, en parallèle à la révolution industrielle ; et Wagner était particulièrement soucieux de connaître les instruments les plus modernes en ce sens ; cela est comparable à Beethoven : au Musée Beethoven à Bonn, le visiteur mesure combien Ludwig était à l’affût de chaque nouveau modèle de piano ; la collection de clavier qui y est conservé révèle sa passion pour les pianoforte les plus avancés », précise Kent Nagano.

Le diapason requis est aussi beaucoup plus bas que maintenant, ce qui influence évidemment le son ; mais les cordes en boyau apportent cette texture transparente incomparable.

Les chanteurs ont également été choisis avec soin : diseurs autant qu’acteurs, dimensionnés à l’orchestre (à la fois détaillé et clair, toujours calibré pour ne pas couvrir les voix). Prononciation, diction, intelligibilité sont privilégiées ; comme les ornements (portamento, vibrato,…), qui sont autant de nuances expressives, jamais systématisées, mais utilisées selon les enjeux dramatiques et le sens du texte. Le goût de Wagner favorisait des voix belcantistes, claires et articulées.

 

 

Tempi expressifs révélateurs

L’apport le plus significatif réside outre dans la texture et l’expressivité de l’orchestre, dans le choix des tempi. «  C’est là que les redécouvertes ont été les plus remarquables », reconnaît Kent Nagano. En respectant à la lettre les indications de Wagner, la redécouverte de certains passages a été totale. C’est le cas du début de l’œuvre (« Vorspiel » / Prélude) ; de l’amorce de la scène 3 qui réunit Mime et Alberich : à ce tempo, la tension et le contraste entre les deux caractères s’intensifient, renforçant encore le relief de chaque personnage et l’opposition de leurs deux profils si étrangers l’un à l’autre ; c’est une scène de supplice et de martyre qui gagne une force renouvelée, aux enjeux explicités. Idem pour la fameuse descente au Nibelung par Wotan et Loge ; au lieu des enclumes, ce son « industriel » depuis longtemps habituels, le chef a retenu une toute autre option qu’il faut absolument découvrir lors des prochains concerts. Enfin, le trio des Filles du Rhin, grâce à un usage raisonné du portamento et du parlando, se dévoile sous un nouvel aspect, dans une « flexibilité caractérisé tout aussi remarquable. Là où nous pensions que le respect du tempo était impossible, grâce au travail des chanteurs, le résultat a dépassé nos attentes ».

 

 

 

Les 3 filles du Rhin, 3 profils révélés

 

Mais alors avec de tels moyens affûtés, ciselés, y-a-t-il parmi les

personnages de l’opéra, ou parmi les situations et les scènes successives des éléments qui en se révélant ainsi, ont particulièrement touché le maestro ? « oui, en effet ; justement les 3 filles du Rhin. Alors que le plus souvent elles sont considérées comme un trio compact, a contrario, chacune comme révélée séparément, trouve ici un nouveau point d’équilibre, dans une individualisation inédite qui renforce leur empreinte dramatique et psychologique. Depuis le début de l’aventure il y a 7 ans, je n’ai pas redécouvert un élément de la Tétralogie, avec autant d’intérêt », précise Kent Nagano. Voilà qui éclaire différemment le rôle spécifique de ces 3 naïades, (Woglinde, Wellgunde, Flosshilde) gardiennes de l’or sacré et qui dépossédées, le récupèreront malgré tout en fin de cycle… Illustration : Les filles du Rhin et Albérich (Fantin-Latour – DR)

 

 

Pour toutes ces raisons, les prochains concerts de Das Rheingold / L’Or du Rhin dépoussiéré par Kent Nagano, s’annoncent passionnantes. Le chef maîtrise d’autant plus son sujet qu’il dirige ainsi Das Rheingold depuis plusieurs années et que l’enregistrement de l’opéra vient de se terminer. L’édition de ce document est désormais un incontournable pour tous les wagnériens. Pour mesurer la valeur de ce travail scientifique et artistique, musicale, vocale et organologique, rendez vous ainsi à Cologne (le 18 août 2023, Philharmonie), puis au Festival de Ravello (20.8.) et au Festival de Lucerne (22.8.2023).

 

 

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Portrait de Richard Wagner – DR

 

 

 

Portrait de Richard Wagner en 1882 (à l’époque de la composition de Parsifal – DR)

 

 

 

 

LIRE aussi notre CRITIQUE de la représentation du 18 août 2023 à la Philharmonie de Cologne / Koelner Philharmonie : https://www.classiquenews.com/critique-opera-cologne-koln-philharmonie-le-18-aout-2023-wagner-das-rheingold-lor-du-rhin-concerto-koln-dresdner-festspielorchester-kent-nagano/

 

CRITIQUE, opéra. COLOGNE / KÖLN, Philharmonie, le 18 août 2023. WAGNER : Das Rheingold / L’or du Rhin. Concerto Köln, Dresdner Festspielorchester / Kent Nagano

 

extrait de notre critique :

 

WAGNER HISTORIQUE : retour aux sources de l’orchestre wagnérien

Presque 2 années plus tard, à l’été 2023, la réalisation a évolué sans perdre ses objectifs premiers ; en témoigne cette « tournée estivale » [4 dates en août dont Ravello le 20, puis Lucerne le 22 août prochains] ; le chef retrouve la phalange célébrée pour ses BACH (entre autres prodiges baroques], mais ici étoffée : plusieurs instrumentistes de l’Orchestre du Festival de Dresde / Dresdner FestspielOrchester se joignent désormais à l’aventure wagnérienne. Le dispositif soit une centaine de musiciens, privilégie richesse et équilibre, épanouissement et détails : au sein de chaque pupitre, les musiciens sont astucieusement mêlés ; harpes, trompettes, trombones, cors par 4 ; timbales et contrebasse, à cour et à jardin [pour l’effet stéréo] … Se produit ainsi une texture des plus scintillantes, ce dès les premiers accords, à la source des eaux fluviales, rhénanes, en un jaillissement primitif et croissant que porte la combinaison miraculeuse des contrebasses, bassons, des cuivres dontles somptueux « tubas wagnériens » reconstruits pour le projet. Conjonction de timbres régénérés dont le chant à la fois souple et rugueux des cordes en boyaux confèrent ce grain spécifique… En lire PLUS

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