WAGNER READINGS. Kent NAGANO ressuscite un Wagner, instrumentalement historique

REPENSER WAGNER... Marek Janowski Ă  l'Ă©preuve du RingWAGNER READINGS – Wagner sur instruments historiques : L’Or du Rhin sur instruments d’époque, dirigĂ© par Kent Nagano. La phalange Concerto Köln s’engage dans un projet musical de premiĂšre valeur : jouer Wagner sur instruments d’époque. VoilĂ  une approche historiquement informĂ©e que l’on attendait depuis longtemps et qui tordera le cou aux partisans d’un Wagner plus sonore et puissant que chambriste et dĂ©taillĂ©. Pourtant Karajan en son temps (pour DG Deutsche Grammophon) avait rĂ©volutionnĂ© totalement notre perception de Wagner, « osant » alors en dĂ©c 1969, une tĂ©tralogie dĂ©taillĂ©e, finement timbrĂ©es, aux Ă©quilibres orchestraux tĂ©nus qui a fait surgir l’Ɠuvre psychologique et la finesse suggestive d’un Wagner dĂ©jĂ  psychanalytique.

PremiÚres sessions de ce Ring événement
Le 18 nov 2021 à Cologne / Kölner Philharmonie
Le 20 nov 2021 Ă  Amsterdam / Concertgebouw Amsterdam

nagano kent maestro classiquenewsPour Kent Nagano, le Ring de Wagner est « l’une des partitions les plus complexes » mais « une approche rĂ©flĂ©chie et historiquement informĂ©e n’avait encore jamais Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e. Nous travaillons sur cette nouvelle version depuis 4 ans. Je suis trĂšs heureux que notre Rheingold soit bientĂŽt jouĂ©e ». De fait, la recherche sur le matĂ©riel de rĂ©pĂ©tition laissĂ© par Wagner, la connaissance des tempos d’époque, de ses instruments prĂ©fĂ©rĂ©s comme l’étude de la prononciation des chanteurs Ă  l’époque du compositeur produisent un rĂ©sultat sonore et stylistique surprenant.
Depuis 2017, une sĂ©rie d’études scientifiques conduites par « the Association of Freunde von Concerto Köln » a produit ses conclusions dont les premiers rĂ©sultats ont Ă©tĂ© Ă©ditĂ©s et peuvent ĂȘtre consultĂ©s sur le site https://wagner-lesarten.de.

PLUS D’INFOSwagner grand format
https://wagner-lesarten.de/project.html
https://www.concerto-koeln.de/1787.html

November 18, 2021, 20h, Kölner Philharmonie
November 20, 2021, 13h, Concertgebouw Amsterdam

Richard Wagner
Das Rheingold WWV 86A
OpĂ©ra en 4 scĂšnes. Vorabend zu dem BĂŒhnenfestspiel “Der Ring des Nibelungen” WWV 86 (1848–74)

Derek Welton (Bass-baritone) | Wotan
Johannes Kammler (Bass-baritone) | Donner
Julian Prégardien (Tenor) | Loge
Tansel Akzeybek (Tenor) | Froh
Stefanie IrĂĄnyi (Mezzo-soprano) | Fricka
Sarah Wegener (Soprano) | Freia
Gerhild Romberger (Mezzo-soprano) | Erda
Daniel Schmutzhard (Baritone) | Alberich
Thomas Ebenstein (Tenor) | Mime
Tijl Faveyts (Basso) | Fasolt
Christoph Seidl (Basso) | Fafner
Carina Schmieger (Soprano) | Woglinde
Ida Adrian (Soprano) | Wellgunde
Eva Vogel (Mezzo-soprano) | Floßhilde

Concerto Köln
Kent Nagano, conductor/ direction musicale

CD, critique. WIDMANN : ARCH (Nagano, 2017 2 cd ECM New Series)

widmann arche nagano cd reiwe critique cd classiquenews ECM-2605-06-240x240CD, critique. WIDMANN : ARCH (Nagano, 2017 2 cd ECM New Series). HAMBOURG janvier 2017. AprĂšs Rihm (crĂ©Ă© par le NDR Elbphilharmonie Orchester), Widmann propose en janvier 2017, sa nouvelle oeuvre, un oratorio monumental pour inaugurer la Philharmonie de l’Elbe / Elbphilharmonie, salle de concert au profil design qui souhaite ĂȘtre Ă  la pointe de l’innovation musicale. Ainsi «  Arche », nouvelle partition a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e en janvier 2016 : Kent Nagano (ordinairement pilote du Symphonique de MontrĂ©al) conduit pour se faire l’orchestre local en Allemagne (et en rĂ©sidence dans l’institution), le Philharmonisches Staatsorchester Hamburg, pour la crĂ©ation de la piĂšce qu’il a commandĂ©e : oratorio en grand format pour soli, 3 choeurs, choeurs d’enfants et (trĂšs) grand orchestre (avec orgue) : soit 300 participants.
RĂ©ponse contemporaine aux Gurrelieder de Schoenberg, ou mieux Ă  la 8Ăšme Symphonie de Mahler (dite «Symphonie des Mille »), Arche assume son gigantisme (avec effet de lumiĂšre pour ceux qui ont assistĂ© Ă  la piĂšce, en particulier pour le Fiat Lux), et aussi sa signification par rĂ©fĂ©rence Ă  l’Ancien Testament : le vaisseau de NoĂ© indique un nouveau « commencement », point de dĂ©part de la Philharmonie de l’Elbe elle-mĂȘme. D’autant que l’architecture du bĂątiment cite elle, une proue de bateau.
La piĂšce compte 5 Ă©pisodes : Fiat lux, le DĂ©luge, l’Amour, Dies Irae, Dona nobis pacem avec citations et rĂ©fĂ©rences Ă  Michel-Ange, Heine, Schiller. Musicalement, c’est une mosaĂŻque de parodies, reprenant les mĂ©lodies de Boradway, surtout la Fantaisie pour piano chƓur et orchestre op.80 de Beethoven, repĂšres facilement comprĂ©hensible par la public. Le principe est facile mais fonctionne. Chacun s’amuse ici Ă  reconnaĂźtre l’oeuvre citĂ©e.
Les solistes dĂ©fendent avec engagement une partition plĂ©thorique et grandiloquente on l’a compris : la soprano Marlis Petersen se distingue par son chant assurĂ©, dĂ©clamatoire, emphatique; le baryton Thomas E.Bauer paraĂźt parfois serrĂ©, « petit »; Ă  leur cĂŽtĂ©, les enfants semblent plus Ă  leur aise (en voix parlĂ©es ou chantĂ©es). Le texte glouton comme la mise en musique, cite une foi triomphante en l’homme
 une autoconfiance dans une monde globalisĂ© et interdĂ©pendant, de moins moins sensible Ă  son salut collectif. Cette oeuvre qui proclame la foi en internet et dans les rĂ©unions politiques internationales type G8 ou G7 montre surtout les limites d’une humanitĂ© qui doute profondĂ©ment d’elle-mĂȘme et se bloque dans sa capacitĂ© Ă  assurer son futur. Il est bien dommage que le texte ne soit pas Ă  la mesure de l’enjeu : aucune rĂ©fĂ©rence au dĂ©rĂšglement climatique, Ă  l’agonie des espĂšces animales, bientĂŽt des espĂšces vĂ©gĂ©tales et des arbres
 avant l’espĂšce humaine. Un texte engagĂ©, plus directement connectĂ© avec la rĂ©alitĂ© de la planĂšte aurait eu infiniment plus d’impact.
Widman de son cĂŽtĂ©, dĂ©ploie une musique habile car thĂ©Ăątrale et rythmique, contrastĂ©e et caractĂ©risĂ©e. Jamais ennuyeuse, mais pas troublante non plus. Mahler savait autrement porter, conduire, exalter, sublimer, transfigurer collectivement. Et toucher malgrĂ© le nombre et l’effectif. Jörg Widmann se borne Ă  une dĂ©monstration virtuose qui peine Ă  dĂ©passer son ampleur, sa dĂ©mesure, .
 osons dire une vacuitĂ© spectaculaire bien dans l’ùre du temps.
 
 
 
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Californien analytique, Nagano dĂ©taille, comme Ă  son habitude, souligne mĂȘme la finesse d’une orchestration plutĂŽt fouillĂ©e : mais dont le sens manque de profondeur rĂ©elle. Cette gravitĂ© parfois prenante rĂ©sonne vainement, dĂ©pourvue d’un vrai texte de prise de conscience sur notre monde et le dĂ©sarroi des sociĂ©tĂ©s modernes. PlĂ©thorique, gigantesque, la partition manque Ă  notre avis son but car ne dĂ©nonce rien, dans notre monde proche de l’apocalypse.

 
 
 

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CD, critique. Jörg Widmann : Arche, oratorio crĂ©Ă© Ă  Hambourg en janvier 2017 – 2 cd ECM New Series 4817007

Marlis Petersen, soprano / Thomas E.Bauer, baryton
Knabensopran: Soliste du chƓur d’enfants de la Chorakademie Dortmund / RĂ©citant (enfant): Antonius Hentschel / RĂ©citante (enfant): Jonna Plate / Orgue: Iveta Apkalna
Hamburger Alsterspatzen (Chef de chƓur: JĂŒrgen Luhn)
Audi Jugendchorakademie (Chef de chƓur: Martin Steidler)
Chor der Hamburgischen Staatsoper (Chef de chƓur: Eberhard Friedrich)
Philharmonisches Staatsorchester Hamburg
Direction musicale: Kent Nagano

Programme de l’oratorio ARCHE :

CD 1
1 FIAT LUX / ES WERDE LICHT – 18:58
2 SINTFLUT – 29:03
3 DIE LIEBE – 26:55

CD 2
1 DIES IRAE – 16:52
2 DONA NOBIS PACEM – 09:16

 
 
 

CD, compte rendu critique, opĂ©ra. Honegger, Ibert : L’Aiglon (2 cd, Nagano, 2015)

aiglon-honegger-ibert-kent-nagano-decca-clic-de-classiquenews-reportage-video-lausanne-tours-ossonceCD, compte rendu critique, opĂ©ra. Honegger, Ibert : L’Aiglon (2 cd, Nagano, 2015). RĂ©cemment exhumĂ© sur les scĂšnes francophones, Lausanne puis Tours, sous la direction de Jean-Yves Ossonce, en mai 2013, – et plus rĂ©cemment encore Ă  Marseille (avec D’Oustrac dans le rĂŽle-titre, fĂ©vrier 2016) l’opĂ©ra Ă  deux tĂȘtes, L’Aiglon de Arthur Honegger et Jacques Ibert, sort en disque, mais Ă  l’initiative de nos confrĂšres quĂ©bĂ©cois, depuis MontrĂ©al, prolongement d’une sĂ©rie de recrĂ©ations trĂšs applaudies (en mars 2015) sous la direction de Kent Nagano, ardent dĂ©fricheur Ă  la posture globale, impliquĂ©e donc convaincante.

Kent Nagano rend justice au drame lyrique de 1937, signĂ© par Jacques Ibert et Arthur Honegger…

Deux plumes inspirées pour un Aiglon sacrifié

Aux cĂŽtĂ©s de Cyrano, Rostand laisse avec L’Aiglon crĂ©Ă© en 1900 avec la coopĂ©ration lĂ©gendaire de Sara Bernhardt, un drame historique glaçant, qui retrace Ă  travers la relation sadique Metternich et le jeune prince impĂ©rial et Duc de Reichstag, l’Ă©popĂ©e malheureuse et tragique d’une destinĂ©e avortĂ©e. La partition datĂ©e de 193Ăš (crĂ©Ă©e Ă  Monte Carlo) s’empare en pleine Europe insouciante et dĂ©jĂ  terre de tensions exacerbĂ©e, de la figure du fils unique de NapolĂ©on Ier, otage odieusement traitĂ© Ă  Vienne, Prince de papier, vraie victime sacrifiĂ©e, dont le sort le destinait directement Ă  l’opĂ©ra. Evidemment, c’est un drame rĂ©trospectif, dont la couleur nostalgique, ressuscite l’ancien lustre impĂ©rial, alors dĂ©finitivement effacĂ© : c’est tout le jeu et le charme de la relation de Flambeau (superbe Marc Barrard qui profite de sa connaissance antĂ©rieure du personnage Ă  Tours et Ă  Lausanne justement : son aisance, le souffle du chant, l’intelligence expressive s’en ressentent Ă©videmment) et du Prince, jouant aux soldats sur une carte, convoquant l’ivresse conquĂ©rante de son pĂšre… (fin du II) ; mĂȘme Ă©vocation subtilement conduite pour la bataille victorieuse de Wagram. Le souci prosodique des deux auteurs contemporains construit cependant un opĂ©ra français d’une rĂ©elle force Ă©pique, oĂč le portrait d’un jeune homme trop frĂȘle Ă  porter le costume lĂ©guĂ© par son pĂšre demeure fin et d’une belle intelligence : sa faiblesse par nature Ă©tant parfaitement exprimĂ©e dans le fameux duo, implacable et terrible oĂč il trouve son geĂŽlier Ă  peine dĂ©guisĂ©, en la personne du ministre Metternich, d’une glaciale et cynique froideur dominatrice.
kent nagano l aiglon honegger ibert cd decca montrealJustement, le choix des solistes Ă©taye globalement la rĂ©ussite de l’interprĂ©tation oĂč rayonne la clartĂ© d’un français toujours audible : Anne-Catherine Gillet, qui chante Juliette chez Gounod, Ă©blouit dans le rĂŽle-titre, en souligne l’angĂ©lisme enivrĂ©, la droiture morale, l’esprit d’espĂ©rance… d’autant plus flamboyant qu’elle est “cassĂ©e” minutieusement par le chant ombrĂ©, sarcastique, souterrain du tĂ©nĂ©breux Prince de Metternich (excellent Etienne Dupuy dont on avait pu il y a quelques annĂ©es mesurer le beau chant français romantique chez Massenet dans une lecture de ThĂ©rĂšse, singuliĂšre et imprĂ©vue et caractĂ©risation ciselĂ©e aux cĂŽtĂ©s de Charles Castronovo). Seule rĂ©serve, le manque d’ampleur de Gillet qui la trouve dans les aigus Ă  soutenir dans la hauteur comme l’intensitĂ©, parfois Ă  la limite de ses justes possibilitĂ©s (il est vrai que le rĂŽle de l’Aiglon, rĂŽle travesti, est chantĂ© par des mezzos Ă  Lausanne comme Ă  Tours : Carine SĂ©chay avait relevĂ© les defis d’une partition redoutable pour la voix avec constance et finesse ; repris aussi Ă  Marseille avec D’Oustrac…). La crĂ©atrice du rĂŽle central Ă©tait Fanny Heldy, cantatrice aux tempĂ©rament explosif et aux ressources phĂ©nomĂ©nales, car elle chantait ThaĂŻs de Massenet, entre autres… c’est dire.

Ici mĂȘme sens du verbe, mĂȘme approche dramatique nuancĂ©e : Honegger et Ibert sont deux contemporains nĂ©s dans les annĂ©es 1890, qui quarantenaires en 1935, signent une parfaite comprĂ©hension du souffle thĂ©Ăątral chez Rostand, lui-mĂȘme respectĂ© par Henri Cain qui signe le livret.
Au mĂ©rite de Kent Nagano, revient tout l’art de rendre une partition Belle Epoque et Modern style, expressive et palpitante sans affectation (parfois idĂ©alement suave : la valse du III). TrĂšs belle rĂ©ussite globale, et belle redĂ©couverte d’un opĂ©ra trĂšs peu jouĂ©.

CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique, opĂ©ra. Ibert, Honegger : L’Aiglon (1935) d’aprĂšs Rostand. Anne-Catherine Gillet (L’Aiglon, Duc de Reichstag), Etienne Dupuis (Meternich), Marc Barrard( SĂ©raphin, Flambeau), Marie-Nicole Lemieux (Marie-Louise), … Choeur et Orchestre Symphonique de MontrĂ©al. Kent Nagano, direction (2 cd Decca 478 9502, enregistrĂ© en mars 2015)

 

LIRE aussi notre DOSSIER L’AIGLON d’Ibert et Honnegger