CD, événement. FURIOSO BAROCCO : Mathieu Salama, contre ténor (1 cd Klarthe records 2019)

furioso barroco cd clic classiquenews matheiu salama cd klarthe critiqueCD Ă©vĂ©nement, critique. FURIOSO BAROCCO : Mathieu Salama, contre tĂ©nor (1 cd Klarthe records 2019) – Mathieu Salama chante Haendel et Vivaldi : l’interprĂšte peut s’appuyer aujourd’hui sur une solide expĂ©rience du concert ; une aisance qui explique ce naturel engagĂ© qui perce et le porte en studio. Investi, incarnĂ©, d’une intensitĂ© qui touche par son immĂ©diate sincĂ©ritĂ©, le chant du contre tĂ©nor Mathieu Salama rayonne en clartĂ© et acuitĂ© expressive. Pour Klarthe, le chanteur offre un rĂ©cital emblĂ©matique de ses possibilitĂ©s et de son tempĂ©rament : agilitĂ©, engagement, profondeur. Le soliste s’entoure de deux autres chanteurs pour entre autres exprimer d’autres langueurs amoureuses en duo (Duo final PoppĂ©e / NĂ©ron de l’Incoronazione di Poppea de Monteverdi). Mathieu Salama chante l’ivresse et le vertige des coeurs amoureux, du dĂ©lire inquiet Ă  la dĂ©termination audacieuse voire Ă©ruptive
 voilĂ  qui convient Ă  sa nature fougueuse voire intempestive (d’oĂč le titre Furioso Barocco). Mathieu Salama dĂ©voile le vertige des sens qu’habite son chant direct, puissant, d’une rondeur constante, Ă©cartant les aciditĂ©s de bon nombre de ses confrĂšres. De fureur il est question certes, mais sous l’élan quasi instinctif, se cachent en vĂ©ritĂ© un dĂ©sarroi, voire une inquiĂ©tude et une impuissance panique Ă  demi mots que le chanteur rĂ©vĂšle peu Ă  peu, apportant Ă  son jeu, une richesse de couleurs qui sĂ©duit inexorablement.

Ainsi se dĂ©ploie une hypersensibilitĂ© active portĂ©e par l’écriture souvent incandescente de deux gĂ©nies lyriques du XVIIIĂš, le vĂ©nitien Vivaldi et le plus italien des saxons, Haendel. Habilement associĂ©es ici, les hĂ©ros vivaldiens et haendĂ©liens font crĂ©piter un tempĂ©rament taillĂ© pour le drame. Ce programme s’articule comme un condensĂ© d’opĂ©ra: Ă  chaque air correspond un personnage en souffrance ou en dĂ©sir, une situation clĂ© dont le soliste Ă©claire les enjeux manifestes et souterrains. Son Tolomeo (« Stille amare ») touche dans l’ample lamento traversĂ© par la mort ; en un prĂ©cipitĂ© nostalgique, le chanteur en exprime le frisson glaçant de la mort. Plus rugueux et combattif voire impĂ©rieux, Serse affirme sa volontĂ© guerriĂšre et conquĂ©rante, Ă  la limite du caprice royal (« Si, la volgio e l’ottero »). Et la somptueuse cantate RV 684 de Vivaldi souligne par son timbre incandescent, au verbe attentif, le diamant d’un cƓur exacerbĂ© lui aussi, toujours digne mais blessĂ©, qui semble avoir vĂ©cu tous les tourments de l’amour.

CLIC D'OR macaron 200InterprĂšte soucieux d’éloquence comme de finesse poĂ©tique, Mathieu Salama offre une remarquable collection d’airs d’opĂ©ras parmi les plus saisissants du rĂ©pertoire. Difficile de rester de marbre d’autant qu’à son contact, la complicitĂ© des instrumentistes de l’ensemble La RĂ©jouissance s’affirme sans rĂ©serve, – que des cordes impĂ©tueuses et bondissantes, sous la direction du chef italien, lui-mĂȘme passionnĂ© par les affetti baroques, Stefano Intrieri. Superbe rĂ©cital lyrique.

 

 

 

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CD, Ă©vĂ©nement. FURIOSO BAROCCO : Mathieu Salama, contre tĂ©nor (1 cd Klarthe records 2019) - sortie discographique le 23 octobre 2020 – Plus d’infos : https://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/furioso-barocco-detail

 

 

 

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VOIR la vidéo FURIOSO BAROCCO par le contre ténor Mathieu Salama, teaser de son nouveau cd édité par Klarthe records :
https://www.youtube.com/watch?v=obOQ11enrjc&feature=emb_logo

 

 

 

 

Programme détaillé :

Antonio Vivaldi (1678 – 1741)
Il Farnace RV 711, Venezia 1727 : “Gelido in ogni vena”
cantate RV 684, ca. 1727 : “Ah, ch’infelice sempre”
Orlando RV 728, Venezia 1727 : “Nel profondo cieco mondo”

Georg Friedrich HĂ€ndel (1685 – 1759)
Giulio Cesare in Egitto HWV 17, London 1724 : “PiangerĂČ la sorte mia”

Claudio Monteverdi (1567 – 1643)
L’incoronazione di Poppea SV 308, Venezia 1643 : “Pur ti miro, pur ti godo”

Girolamo Frescobaldi (1583 – 1643)
Primo libro d’arie musicali, Firenze 1630 : “Se l’aura spira”

Antonio Vivaldi (1678 – 1741)
Il Giustino RV 717, Roma 1724 : “Sento in seno ch’in pioggia di lagrime”

Georg Friedrich HĂ€ndel (1685 – 1759)
Serse HWV 40, London 1738 : “SĂŹ, la voglio e l’otterrĂČ”

Henry Purcell (1659 – 1695)
Ode for the Birthday of Queen Mary Z. 323, London 1694 : “Sound the trumpet”

Georg Friedrich HĂ€ndel (1685 – 1759)
Tolomeo, re d’Egitto HWV 25, London 1728 :
Recitativo, Accompagnato & Aria “Stille amare”

 

 

 

Mathieu SALAMA, contre-ténor
Jeanne PARIS, mezzosoprano
Benjamin LOCHER, contre-ténor II

Gruppo strumentale La RĂ©jouissance
Jan Pieter van COOLWIJCK, violon I
Evert-Jan SCHUUR, violon II
Niek IDEMA, alto
JĂ©rĂŽme VIDALLER, violoncelle
Michel FRÉCHINA, viole de gambe & contrebasse

Stefano INTRIERI, clavecin & direction

 

 

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LIRE aussi notre présentation du concert de Mathieu Salama, Salle Cortot, le 16 oct 2020 : https://www.classiquenews.com/paris-cortot-mathieu-salama-furieusement-baroque/

 

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LIRE aussi notre ENTRETIEN avec Mathieu SALAMA : http://www.classiquenews.com/entretien-avec-mathieu-salama-contre-tenor-a-propos-de-son-nouveau-cd-furioso-barocco-1-cd-klarthe-records/

furioso barroco cd clic classiquenews matheiu salama cd klarthe critiqueENTRETIEN avec Mathieu Salama, contre tĂ©nor. Fougueux voire furieux, le chant investi du contre tĂ©nor français Mathieu Salama marque les esprits par la qualitĂ© de son implication pour chaque air choisi. Au concert dont il est familier depuis des annĂ©es, le chanteur se passionne dans l’expression des affects baroques. Fort de cette expĂ©rience, Mathieu Salama enregistre son dernier album chez Klarthe records, « Furioso barocco », nouveau jalon dans la maturation d’un tempĂ©rament vocal franc, direct, Ă  l’impĂ©rieuse intensitĂ©. Pour classiquenews, Mathieu Salama dĂ©voile les coulisses de l’enregistrement (distinguĂ© par le CLIC de CLASSIQUENEWS) et prĂ©cise quelques Ă©lĂ©ments de sa genĂšse.

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CD événement, critique. Karine Deshayes, Delphine Haidan. Deux mezzos sinon rien (1 cd Klarthe records)

deux-mezzos-sinon-rien-cd-concert-critique-classiquenews-CLIC-de-classiquenews-compte-rendu-annonce-KLARTHE-recordsCLIC D'OR macaron 200CD Ă©vĂ©nement, critique. Karine Deshayes, Delphine Haidan. Deux mezzos sinon rien (1 cd Klarthe records) – Il revient ainsi Ă  Klarthe de fixer l’entente et la douce complicitĂ© de deux mezzos françaises particuliĂšrement bien associĂ©es. Le programme est Ă  la hauteur de la promesse : habilement Ă©quilibrĂ©, lieder de Brahms et de Mendelssohn auxquels rĂ©pondent plusieurs mĂ©lodies Ă©galement en duo, de Gounod, Saint-SaĂ«ns, FaurĂ©, Massenet
 parmi les moins connues et les plus Ă©vocatrices. Le jeu du compositeur et chef Johan Farjot apporte un tapis pianistique des plus articulĂ©s, opĂ©rant dans le registre que les deux voix dĂ©ploient sans peine : l’écoute complice, la complĂ©mentaritĂ© poĂ©tique.
En ouverture, les Quatre mĂ©lodies de Brahms sont abordĂ©es avec lĂ©gĂšretĂ©, un allant sans affectation dĂšs la premiĂšre (« Die Schwestern » / les sƓurs, titre bien choisi) une attention partagĂ©e dans l’écoute Ă  l’autre ; les deux voix de mezzos, proches et pourtant caractĂ©risĂ©es, interchangeables et distinctes, semblent exprimer la double face d’une mĂȘme intention : insouciance, introspection plus secrĂšte et intime pour le second lied – achevĂ© comme une interrogation (KlosterfrĂ€ulein) ; souple et presque sensuelle, « Phenomen » s’énonce comme une douce priĂšre, celle adressĂ©e Ă  un cƓur chenu qui peut encore aimer

Les amateurs de mĂ©lodies françaises seront ravis Ă  l’écoute des perles et joyaux qui suivent. Karine Deshayes dĂ©ploie sa soie flexible d’abord dans la premiĂšre sĂ©quence « D’un cƓur qui t’aime », timbre clair, aigus naturels et rayonnants auquel rĂ©pond le chant plus sombre de sa consƓur Delphine Haidan. Les deux fils vocaux tissant ensuite une tresse souple et Ă©quilibrĂ©e oĂč les deux timbres se rĂ©pondent et dialoguent sur le texte de Racine.
Les 3 oiseaux de Delibes se distingue par sa coupe prĂ©cise et sobre, son intensitĂ© tragique progressive, jusqu’à la derniĂšre strophe qui fixe une situation 
 perdue.
RĂ©vĂ©lateur d’un gĂ©nie opĂ©ratique et d’un raffinement supĂ©rieur, le cycle des deux mĂ©lodies de Saint-SaĂ«ns captivent tout autant : sur un rythme mi habanera / bolĂ©ro pour la premiĂšre (El Desdichado, – texte du librettiste Jules Barbier) et sur le sujet d’un cƓur pris dans les rĂȘts de l’amour cruel ; plus insouciante et presque fleurie, La Pastorale d’aprĂšs le texte de Destouches est d’un dĂ©licieux parfum nĂ©o baroque.
La premiĂšre des 3 mĂ©lodies de Massenet  « RĂȘvons c’est l’heure » (d’aprĂšs Paul Verlaine) charme comme un nocturne enivrĂ© et suspendu; la tendresse rayonne dans « Marine » cultivant un climat Ă©thĂ©rĂ©, murmurĂ©; enfin « Joie » s’électrise grĂące aux deux voix admirablement accordĂ©es.
L’une des plus longues mĂ©lodies : « Bienheureux le cƓur sincĂšre » de Gounod,  est une priĂšre ardente qui cĂ©lĂšbre Ă  la façon d’un cantique la justice divine et la bonheur des Justes
 Chausson diffuse son romantisme subtil et sombre d’une enivrante intĂ©rioritĂ© (sublime « La nuit ») ; quand FaurĂ© (« Puisqu’ici bas  ») sait exploiter toutes les nuances suaves des deux lignes vocales comme enlacĂ©es / torsadĂ©es. Le poids des mots, la nuance et l’équilibre des timbres, la caresse du piano font toute la valeur de ce programme dĂ©doublĂ© mais unitaire, original et cohĂ©rent. Un album qui est aussi dĂ©claration musicale car le duo « Deux mezzos sinon rien » entend Ă  prĂ©sent conquĂ©rir Ă  deux voix, scĂšnes et thĂ©Ăątres. On s’en rĂ©jouit. Prochain concert le 28 octobre au Bal Blomet (Paris)


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CD Ă©vĂ©nement, critique. Karine Deshayes, Delphine Haidan. Deux mezzos sinon rien (1 cd Klarthe records)  enregistrement rĂ©alisĂ© en mai 2019  —  CLIC de classiquenews, automne 2020.

Johannes BRAHMS | 4 duos, opus 61
Charles GOUNOD | D’un coeur qui t’aime
LĂ©o DELIBES | Les 3 oiseaux
Camille SAINT-SAËNS | El Desdichado
Camille SAINT-SAËNS | Pastorale
Jules MASSENET | RĂȘvons, c’est l’heure
FĂ©lix MENDELSSOHN | 4 duos, opus 63
Jules MASSENET | 2 Duos, op 2
Charles GOUNOD | Bienheureux le coeur sincĂšre
Ernest CHAUSSON | La nuit – op 11, n°1
Gabriel FAURÉ | Pleurs d’or – op 72
Gabriel FAURÉ | Puisqu’ici bas toute Ăąme – op 10
Johannes BRAHMS | Die Meere – op 20, n°3

Karine Deshayes | Delphine Haidan
Johan Farjot, piano

VOIR toutes les infos sur le site du label KLARTHE records
https://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/deux-mezzos-sinon-rien-detail

 

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CONCERT
Karine Deshayes | Delphine Haidan
Quatuor Ardeo
le 28 octobre 2020 – 20h30
au Bal Blomet Ă  Paris

RĂ©servations
http://www.balblomet.fr/events/ardeo/

CD événement, annonce. Quatuor ARDEO : XIII (Schubert, Crumb) 1 cd Klarthe records

quatuor-ARDEO-XIII-cd-sept-2020-klarthe-annonce-critique-cd-Klarthe-recordsCD Ă©vĂ©nement, annonce. Quatuor ARDEO : XIII (Schubert, Crumb) 1 cd Klarthe records (Ă  paraĂźtre le 4 septembre 2020). L’auditeur est conduit dans l’errance de terres grises, lugubres, aux rĂ©sonances d’anĂ©antissement, de territoires oubliĂ©s et propices en Ă©blouissements : Aux origines, de Monteverdi, le court madrigal « Hor che’l ciel e la terra » Ă©tend sa dĂ©sespĂ©rance totale et dĂ©finitive. C’est une entrĂ©e en matiĂšre viscĂ©ralement inscrite dans la mĂ©moire, et qui confĂšre Ă  ce qui suit, une coloration plus profonde encore, en pleine conscience
 Ainsi Schubert explore les mĂȘmes couleurs mais avec une Ă©loquence ciselĂ©e, une articulation dĂ©tachĂ©e et sereine qui foudroie, nette et prĂ©cise : l’emblĂšme des Ardeo aujourd’hui. Ce Rosamunde ou Quatuor Ă  cordes n°13 donne le titre de l’album Ă©ditĂ© cet automne par Klarthe records ; il exprime toutes les nuances de la dĂ©sespĂ©rance profonde et comme dĂ©duite de sa chair douloureuse, tous les Ă©clats d’une Ă©nergie transcendante. Tranchante, murmurĂ©e, hallucinĂ©e surtout, la lecture s’affirme dans la maĂźtrise d’une mĂ©lancolie Ă  la fois rayonnante, lugubre et attendrie. Etonnant balancement, enivrĂ© et suspendu, du formidable « Minuetto », d’une CLIC D'OR macaron 200tristesse grise, pourtant lumineuse. Les quatre instrumentistes font dialoguer Schubert et Crumb dont ils Ă©maillent les scintillements introspectifs de rĂ©sonances baroques (Purcell), de transcriptions de lieder schubertiens qui soulignent la formidable vocalitĂ© ombrĂ©e, surnaturelle des instruments. Voici une traversĂ©e instrumentale qui dĂ©crypte l’agitation sourde de la nuit et ouvre les failles infinies d’un imaginaire inexploré  Prochaine grande critique dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS  -  parution le 4 septembre 2020. CLIC de septembre 2020.

PLUS D’INFOS sur le site du label KLARTHE records

CD, événement, critique. Johan Farjot : Childhood (1 cd Klarthe records)

KLA100couv_lowCD, Ă©vĂ©nement, critique. Johan Farjot : Childhood (1 cd Klarthe records). Jazzman, fĂ©ru de culture amĂ©ricaine, Johan Farjot a rĂ©uni dans ce programme plusieurs amis et partenaires instrumentistes ; entre autres des complices familiers de son propre ensemble Contraste. Pour ce premier cd monographique, le compositeur prĂ©sente 13 piĂšces plutĂŽt courtes en un plan Ă©quilibrĂ© oĂč la pensĂ©e musicale se rĂ©vĂšle Ă©conome, opĂ©rant par formes condensĂ©es et sans dilution. Farjot offre plusieurs solos aux instruments, leur rĂ©servant pour chacun de superbes fenĂȘtres expressives et lyriques, d’un essor digital non feint, qui permet une acuitĂ© assumĂ©e, heureuse
 c’est le cas du solo pour clarinette (« Skyscapers »: belle vivacitĂ© crĂ©pitante), de « Carmen d’Escale » pour violon, et surtout « Nuit d’Adieu » pour alto, mĂ©ditation qui accompagne la mort d’un ami, tout d’une plĂ©nitude assagie, suspendue (dernier Ă©pisode du programme).

RĂ©flĂ©chi et riche en climats intimes, le programme est une sorte d’introspection personnelle, un arrĂȘt sur image au mi temps d’une vie, d’oĂč le titre de la plage 7, emblĂ©matique
 : « nel mezzo del cammin » / au milieu du chemin ; d’aprĂšs les premiers vers de la Divine comĂ©die de Dante (Chant 1 de l’Enfer), c’est une exaltation Ă  deux voix, comme deux fĂ©es qui proclament, sereines mais dĂ©terminĂ©es. Les 3 haikus tĂ©moignent eux aussi d‘un goĂ»t sĂ»r pour le dĂ©veloppement mesurĂ©, la connaissance de chaque timbre et l’ambitus expressif que l’association de plusieurs, permet d’explorer. Ils sont tous constituĂ©s de 44 mesures
 rĂ©fĂ©rence discrĂšte Ă  l’ñge mĂȘme du compositeur.

Pas Ă  pas ce dernier y affirme une fascination pour ce temps et ce sentiment de l’enfance, insouciance, innocence qui inscrivent son travail dans le sillon des Français (Debussy, surtout Maurice Ravel
), d’oĂč le titre de l’album (” Chilhood ” » / enfance). Il le dit lui-mĂȘme : alors que nous vivons en permanence hyperconnectĂ©s, dans un flux divertissant continu, le temps musical renoue avec l’essence de l’ñme, un temps psychologique sans enjeux oĂč le temps suspendu, retrouvĂ©, renoue avec cet ennui primordial (du temps de l’enfance) porteur d’une quĂȘte infinie, laquelle inspire aujourd’hui le compositeur. Mais c’est une nostalgie heureuse et intime qui s’accomplit ici. Et justement « Childhood 1 » (en ouverture), avec le pianiste et compositeur Karol Beffa convoque ce temps suspendu de l’enfance vĂ©cue, Ă  nouveau espĂ©rĂ©e.
CLIC D'OR macaron 200Le Quatuor s’invite aussi, dans « Molly’s Song » pour violon, alto, violoncelle et piano, alternant des plages d’un dramatisme mordant, Ăąpre, et courtes pauses d’un oubli plus apaisĂ©. L’écriture se joue de ce rapport contrastĂ© de sĂ©quences, fort en oppositions, quand tout s’achĂšve dans un murmure Ă©nigmatique, interrogatif. Pour ensemble de saxophones (ici l’ensemble Saxo Voce sous la direction du compositeur), « New York City » dĂ©roule comme des rubans riches en Ă©chos et vagues suaves, les timbres voluptueux des cuivres en une Ă©vocation bienheureuse de la City.‹ D’un spectre plus dense encore et pour un large effectif, « Sea Shanties » permet Ă  Johan Farjot de diriger son ensemble Contrastes, explorant des zones d’ombres, de demi teintes d’oĂč Ă©merge le chant comme dĂ©calĂ© du piano, du violoncelle, de la clarinette. Et comme un formidable baisser de rideau, pour conclure en suggestion tĂ©nue, « Nuit d’adieu » superbement investi par l’alto d’Arnaud Thorette, un complice de longue date, touche en son dĂ©nuement viscĂ©ral et sincĂšre.
 

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CD événement, critique. JOHAN FARJOT : CHILDHOOD (1 cd Klarthe records)

https://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/childhood-detail

 

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programme du cd « Chilhood » :

 

 

 

Childhood 1
Karol Beffa, piano

HaĂŻku 1
Karine Deshayes, mezzo-soprano / David Bismuth, piano

Molly’s Song
Hugues Borsarello, violon / Arnaud Thorette, alto
Antoine Pierlot, violoncelle / JĂ©rĂŽme Ducros, piano

Pater Noster
Paco Garcia et Martin Candela, ténors
Igor Bouin et Olivier Gourdy, barytons

New York City
Ensemble Saxo Voce / Johan Farjot, direction /
Thibaut Canaval et KĂ©vin Le Mareuil, saxophones soprano
Mary Osborn et Zephania Lascony, saxophones alto
Anne-Cornélia Détrain et Stéfane Laporte, saxophones ténor
Christophe Boidin et Malo Lintanf, saxophones baryton

Carmen d’escale
GeneviĂšve Laurenceau, violon

Nel mezzo del cammin
Amélie Raison, soprano / Ambroisine Bré, mezzo-soprano
Mathilde Borsarello, violon 1 / Bleuenn Le Maitre, violon 2
Arnaud Thorette, alto / Antoine Pierlot, violoncelle

HaĂŻku 2
Ambroisine Bré, mezzo / Arnaud Thorette, alto

Skyscrapers
Pierre GĂ©nisson, clarinette

Childhood 2
Raphaël Imbert, saxophone / Guillaume Cornut, piano

Sea Shanties
Ensemble Contraste
Arnaud Thorette, alto / Jean-Luc Votano, clarinette / Johan Farjot, piano

HaĂŻku 3
Paco Garcia et Martin Candela, ténors / Igor Bouin et Olivier Gourdy, barytons
Johan Farjot, piano et direction

Nuit d’Adieu
Arnaud Thorette, alto

 

 

 

VIDÉO

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Johan Farjot joue Chilhood 1 (piano) :

 

 

 

 

 

 

ENTRETIEN avec KAROL BEFFA, Ă  propos du cd “Talisman”

beffa karol talisman cd klarthe records critique review cd critique classiquenews annonce CLIC classiquenewsENTRETIEN avec Karol Beffa, compositeur. L’éditeur Klarthe records dĂ©die un nouvel album (intitulĂ© « Talisman ») aux mondes poĂ©tiques du compositeurs KAROL BEFFA, peintre et alchimiste de climats d’un rare souffle suggestif. En format orchestral ou chambriste, les 5 piĂšces rĂ©centes constituent ainsi une nouvelle anthologie majeure ; elles tĂ©moignent d’une sensibilitĂ© Ă  part. Entre “Clouds” et “Clocks”, onirisme et fureur, le compositeur dĂ©voile certains secrets de fabrication, particuliĂšrement inspirĂ© par les poĂštes et les Ă©crivains dont Borges
 Aujourd’hui, Karol Beffa rĂ©flĂ©chit Ă  ce qui pourrait ĂȘtre un prochain opĂ©ra, et il compose pour l’horizon 2021, un « Tombeau » pour chƓur et orchestre, afin de cĂ©lĂ©brer le 200 Ăšme anniversaire de la mort de NapolĂ©on. Explications, Ă©claircissements Ă  propos de l’envoĂ»tement qui naĂźt Ă  l’écoute du programme « Talisman » 


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Comment choisissez vous les textes que vous mettez en musique ? Dans le cas par exemple des Ruines circulaires ou du Bateau ivre ? Qu’est-ce qui vous inspire particuliùrement dans ces deux textes ? Leur forme, leur sujet ?

Il arrive que je n’aie pas le choix et que le texte soit imposĂ© pour des raisons liĂ©es Ă  la commande. Ainsi des quatre contes musicaux dont j’ai Ă©crit la musique : L’ƒil du Loup (texte de Daniel Pennac), L’Esprit de l’érable rouge (texte de Minh Tran Huy), Le Roi qui n’aimait pas la musique (texte de Mathieu Laine), Le Roman d’Ernest et CĂ©lestine (texte de Daniel Pennac). Dans le cas du Roman d’Ernest et CĂ©lestine, France Culture dĂ©sirait produire une fiction radiophonique qui serait tirĂ©e d’une Ɠuvre de Pennac, et j’ai suggĂ©rĂ© Ă  la productrice Blandine Masson Le Roman d’Ernest et CĂ©lestine, un long texte que Daniel a Ă©crit Ă  partir de la sĂ©rie d’albums Ernest et CĂ©lestine de Gabrielle Vincent. Autre exemple : il y a quelques annĂ©es, j’ai Ă©tĂ© contactĂ© par une dame qui voulait me commander un cycle de mĂ©lodies sur des poĂšmes d’une poĂ©tesse chinoise du XIIe siĂšcle, dans leur traduction anglaise. Elle voulait que le cycle soit crĂ©Ă© par un contre-tĂ©nor de sa connaissance, un Chinois vivant Ă  Londres. Pour Fragments of China, j’ai donc retenu quatre poĂšmes de Li Qingzhao qui racontent tout un cycle amoureux, Ă  l’image des quatre saisons : rencontre, premiers Ă©mois, amour rĂ©ciproque, dĂ©samour et abandon. D’autres fois, les contraintes liĂ©es Ă  la commande sont moins rigoureuses mais existent tout de mĂȘme : « Je n’ai plus que les os  », pour chƓur mixte (ou pour quatre voix solistes) sur un Sonnet de Ronsard, m’a Ă©tĂ© commandĂ© en 2015 par Eric Rouchaud qui voulait que l’Ɠuvre soit donnĂ©e dans le cadre d’un concert mettant en valeur la France des siĂšcles passĂ©s.
Dans les cas que je viens de citer, il est question de mettre en musique un texte, qu’il s’agisse de vers (par exemple dans le cas d’une mĂ©lodie ou d’une piĂšce chorale) ou de prose (par exemple dans le cas de contes musicaux). En d’autres circonstances, j’ai pu ĂȘtre stimulĂ© par le pouvoir Ă©vocateur de certaines de mes lectures, ou plus simplement j’ai Ă©tĂ© attirĂ© par un titre, qui agit alors comme un dĂ©clencheur. Lorsque Akiko Suwanai m’a commandĂ© mon deuxiĂšme concerto pour violon, en 2014, le fait que sa crĂ©ation devait avoir lieu Ă  Yokohama m’a incitĂ© Ă  aller fouiller dans ma mĂ©moire du cĂŽtĂ© du Japon. Le roman de Kazuo Ishuguro, An Artist of the Floating World, m’avait beaucoup marquĂ© lorsque je l’avais lu quand j’avais 16 ans. Je m’en suis inspirĂ©, de  loin en loin, pour l’écriture de ce concerto que j’ai intitulĂ© A Floating World
 Je ne doutais pas Ă  ce moment-lĂ  que, deux ans plus tard, Kazuo Ishuguro obtiendrait le Prix Nobel de littĂ©rature


Pour ce qui est des Ruines circulaires, pour orchestre bois par deux, il faut savoir que je suis un fan absolu du poĂšte et Ă©crivain argentin Jorge Luis Borges, qui est par ailleurs un passionnĂ© de mathĂ©matiques, un maĂźtre du nonsense et de l’illusion. Comme ce gĂ©ant, je ressens une attirance forte pour le rĂȘve, l’absurde, la spĂ©culation intellectuelle et la logique. PlongĂ© trĂšs jeune dans son Ɠuvre foisonnante, j’ai Ă©tĂ© tout particuliĂšrement sensible Ă  la nouvelle Les Ruines circulaires. Superbement Ă©crite, c’est un condensĂ© des obsessions de Borges : le labyrinthe, le double, les mises en abyme, le vertige de l’infini. Il se peut que Borges m’influence aussi sur un plan esthĂ©tique, en ce sens que j’essaie de trouver un analogue musical Ă  son style prĂ©cis, incisif, tranchant comme un scalpel. Et sa fascination pour les illusions m’a certainement encouragĂ© Ă  en rechercher des Ă©quivalents dans le domaine des sons. Pour Les Ruines circulaires, j’ai imaginĂ© des tuilages d’objets musicaux en transformation permanente. Ailleurs, je cherche un substitut sonore aux spirales, ou encore je m’efforce de suggĂ©rer la sensation d’un vertige par des montĂ©es infinies vers l’aigu ou des descentes infinies vers le grave.
Quant au Bateau ivre, c’est un poĂšme que j’ai dĂ©couvert dans ma prime adolescence et qui m’a fascinĂ©, sans que je sois rebutĂ© par l’hermĂ©tisme de certains de ses vers. Notez que Les Ruines circulaires comme Le Bateau ivre sont des titres somptueux et puissamment Ă©vocateurs. Dans notre Anagramme Ă  quatre mains. Une histoire vagabonde des musiciens et de leurs Ɠuvres, mon ami Jacques Perry-Salkow, un gĂ©nie de la langue et des contraintes, a d’ailleurs trouvĂ© plusieurs trĂšs belles anagrammes pour Le Bateau ivre, dont celle-ci : « BeautĂ© virale ».

 
 

 

Y a-t-il des piĂšces dont vous aimeriez encore faire Ă©voluer la forme (orchestration, dĂ©veloppement, durĂ©e
) ?

C’est plutĂŽt rare. Et comme vous pouvez vous en doutez, mĂȘme si un compositeur le voulait, son Ă©diteur aurait sans doute tendance Ă  l’en dissuader pour des raisons pratiques. Si l’Ɠuvre lui a Ă©tĂ© commandĂ©e comme imposĂ© d’un concours, la partition, une fois imprimĂ©e, est achetĂ©e par les candidats et il est difficile de lui faire subir quelque modification que ce soit. Quand il s’agit de musique pour orchestre, je livre Ă  l’éditeur une partition que j’estime fin prĂȘte, et qu’il envoie telle quelle Ă  l’imprimeur. Lors des rĂ©pĂ©titions puis de la premiĂšre, les musiciens jouent ce qui est Ă©crit sur cette partition. Pendant ces rĂ©pĂ©titions, il m’arrive de demander quelques modifications. Elles sont notĂ©es par les musiciens sur leur partition et ils en tiendront compte lors de l’exĂ©cution de l’Ɠuvre. J’incorpore ces changements dans le fichier numĂ©rique de ma partition et je l’envoie Ă  l’éditeur pour qu’il en fasse tirer une seconde impression, dĂ©finitive, qui inclura les modifications. Entre l’édition de la partition pour les rĂ©pĂ©titions et l’édition dĂ©finitive, les variations ne portent que sur des dĂ©tails de nuance ou d’indication de tempo. De toute façon, j’essaie d’avoir des partitions avec notations de nuance, de tempo ou de caractĂšre les plus prĂ©cises possible pour que les musiciens ne soient pas dans l’incertitude pendant la rĂ©pĂ©tition.
Ce qui peut se produire, en revanche, c’est qu’une fois conçue, couchĂ©e sur le papier et crĂ©Ă©e, je m’aperçoive que je prĂ©fĂ©rerais qu’une piĂšce soit publiĂ©e avec d’autres au sein d’un recueil. En 2004, j’ai Ă©crit pour piano Voyelles (encore Rimbaud !). En 2010 une Toccata, et en 2011 un PrĂ©lude, les deux Ă©galement pour piano. Comme ces trois piĂšces pouvaient Ă  bon droit ĂȘtre considĂ©rĂ©es comme des Etudes (Ă  chaque fois, je me suis posĂ© un problĂšme compositionnel que j’ai essayĂ© de traiter sous ses diffĂ©rentes facettes), j’ai ultĂ©rieurement dĂ©cidĂ© d’intĂ©grer ces trois piĂšces dans mon deuxiĂšme cahier d’Etudes, Six Nouvelles Etudes. Elles sont finalement devenues les Etudes 11, 12 et 9, respectivement.

 
 

 

On a l’impression que les cinq piĂšces composant votre CD Talisman se succĂ©daient les unes en un enchaĂźnement quasi parfait
 Est-ce volontaire ? 

Je crois que c’est pure coĂŻncidence ! Nous nous sommes d’abord entendus, mon ami clarinettiste Julien Chabod (du label Klarthe) et moi, pour imaginer un programme de CD qui inclut seulement des piĂšces enregistrĂ©es par Radio France, que celles-ci elles relĂšvent de la musique de chambre ou de l’orchestre. Une fois la sĂ©lection effectuĂ©e, il nous a semblĂ© judicieux de dĂ©buter et de clore le CD par une piĂšce symphonique. Les Ruines circulaires figurent donc en premiĂšre position, Le Bateau ivre en derniĂšre. J’ai par ailleurs estimĂ© bienvenu d’avoir une piĂšce motorique en position centrale : Destroy, qui s’inspire des musiques actuelles (funk, pop, techno
). Ne restaient plus que les deux autres piĂšces de musique de chambre : Talisman et Tenebrae. Et Talisman Ă©tant construite en quatre mouvements, il m’a semblĂ© prĂ©fĂ©rable de la faire figurer en deuxiĂšme position.

 
 

 

Une fascination pour le sombre, l’anxiĂ©tĂ©, l’inquiĂ©tude souterraine est perceptible dans les climats que vous dĂ©veloppez. Est-ce l’une des clĂ©s de votre Ă©criture ?

A mes dĂ©buts de compositeur, je pratiquais volontiers les atmosphĂšres Ă  la sensualitĂ© alanguie, l’onirisme, les mystĂšres et les brumes
 Sans pour autant renier mes premiĂšres amours, m’est venue, vers 2005, l’envie de me lancer dans l’exploration d’un univers plus accidentĂ©, plus tumultueux, « de bruit et de fureur». Bref, sans renoncer Ă  mes tendances apolliniennes, de tenter l’aventure du dionysiaque. Dans les deux cas, qu’il s’agisse de clouds (une musique faite de couleurs, d’harmonies, de textures, qui privilĂ©gie le contemplatif) ou de clocks (une musique faite de pulsation, de rythme, de dynamisme, qui privilĂ©gie l’énergie), les climats sont effectivement assez sombres.
Les titres de mes piĂšces s’en ressentent d’ailleurs : Les Ombres qui passent, pour violon, alto ou violoncelle et piano ; CortĂšge des ombres, pour clarinette, alto (ou violon, ou violoncelle) et piano ; Les Ombres errantes, pour clarinette, cor et piano (que Julien Chabod, Pierre RĂ©mondiĂšre et Julien Gernay viennent d’enregistrer pour Klarthe). Mais aussi Éloge de l’ombre, pour harpe, ou Paysages d’ombres, pour flĂ»te, alto et harpe. A tel point que mon Ă©diteur m’a demandĂ©, Ă  moitiĂ© sĂ©rieusement, si je pourrais dĂ©sormais Ă©viter de mettre « ombres » dans mes intitulĂ©s
 Mais d’autres titres vont dans le mĂȘme sens : Tenebrae, pour flĂ»te, violon, alto et violoncelle ; Dark, concertino pour piano et orchestre Ă  cordes ; Paradise Lost, pour violoncelle et orchestre
 Cette prĂ©dilection pour le crĂ©pusculaire, les demi-teintes, les atmosphĂšres de tombĂ©e du jour viennent certainement du fait que je suis d’un naturel angoissĂ©. Et notamment que je suis hantĂ© par l’idĂ©e de la mort, la mienne ou celle de mes proches.

 
 

 

Y a-t-il d’autres Ɠuvres pour orchestre sur lesquelles vous travaillez actuellement ?

Je viens de terminer la musique du Roman d’Ernest et CĂ©lestine, pour « orchestre Mozart » et rĂ©citant (ou rĂ©citants), cette fiction radiophonique de France Culture qu’a commandĂ©e Radio France. Comme toujours chez Pennac, le texte est subtil et se prĂȘte Ă  plusieurs niveaux de lecture, selon les Ăąges des auditeurs. En raison de la pandĂ©mie due au Covid-19, Radio France ne sait pas encore si l’Ɠuvre pourra ĂȘtre enregistrĂ©e, comme prĂ©vu, en juin prochain, avec l’Orchestre philharmonique de Radio France. Plusieurs orchestres (dont l’Orchestre de Cannes et son directeur musical Benjamin LĂ©vy) semblent eux aussi ĂȘtre intĂ©ressĂ©s par l’Ɠuvre, ce qui me rĂ©jouit.
Dans le cadre de ma future rĂ©sidence auprĂšs du MusĂ©e de l’ArmĂ©e, en avril-juin 2021, je dois Ă©crire, pour le 200e anniversaire de la mort de NapolĂ©on, un Tombeau pour chƓur et orchestre. Il sera donnĂ© par l’Orchestre de la Garde rĂ©publicaine et le ChƓur de Paris Sciences et Lettres en mai 2021. Et enfin, pour sa 20e Ă©dition programmĂ©e en fĂ©vrier 2021, le concours Piano Campus m’a commandĂ© l’Ɠuvre imposĂ©e pour les finalistes : un bref concerto pour piano qu’ils joueront avec le Concerto en sol de Ravel : un voisinage forcĂ©ment intimidant, d’autant que Ravel est l’un des compositeurs que j’admire le plus.
J’ai par ailleurs un projet d’opĂ©ra, dont j’espĂšre vivement qu’il pourra se rĂ©aliser. Il faut pour cela que l’Ɠuvre puisse bĂ©nĂ©ficier d’une commande, et il faut aussi rĂ©unir les conditions d’une captation et d’une reprise. Plusieurs maisons d’opĂ©ra sont intĂ©ressĂ©es, mais il est encore un peu tĂŽt pour en parler. TragĂ©die ou opĂ©ra-bouffe, drame ou opĂ©rette, opĂ©ra de chambre ou trĂšs grande forme
 ce ne sont certainement pas les idĂ©es de livrets qui manquent.

 
 

 

Propos recueillis en avril 2020

 
 
 
 

 
 
CD

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LIRE aussi notre critique complĂšte du cd KAROL BEFFA Talisman, paru dĂ©but mai 2020 chez l’Ă©diteur KLARTHE records :
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-critique-talisman-oeuvres-de-karol-beffa-1-cd-klarthe-records/

beffa karol talisman cd klarthe records critique review cd critique classiquenews annonce CLIC classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. TALISMAN : Ɠuvres de Karol Beffa (1 cd Klarthe records) – C’est une maniĂšre d’anthologie dĂ©lectable, car ce remarquable programme dĂ©montre l’étendue des capacitĂ©s compositionnelles du Français (d’origine polonaise) Karol Beffa. On y relĂšve dans le mode tonal assumĂ© et rĂ©jouissant, les affinitĂ©s Ă©lectives qui nourrissent un parcours crĂ©atif singulier et personnel : Bartok, Ravel et son homologue en Pologne Karol Szymanowski et Lutoslawski. Mais aussi Berg, Dutilleux, Ligeti
 Chez Beffa, la matiĂšre sonore s’illumine de l’intĂ©rieur, dĂ©roulant une somptueuse opportunitĂ© pour les instruments de briller dans la profondeur, jamais dans l’artifice
 Ce ne sont pas les piĂšces rĂ©unies dans ce programme qui nous contrediront, tant la sensibilitĂ© poĂ©tique de Karol Beffa conduit l’orchestre Ă  explorer toujours plus loin le caractĂšre et l’atmosphĂšre de climats inĂ©dits. On y dĂ©cĂšle pour notre part le goĂ»t de la texture orchestrale apte Ă  suggĂ©rer et caractĂ©riser, cette mĂȘme fascination du sombre et du grave qui fait aussi l’inspiration majeure de Philippe Hersant. CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2020
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-critique-talisman-oeuvres-de-karol-beffa-1-cd-klarthe-records/

 
 

 
 
 

 

ENTRETIEN avec la pianiste Laurianne Corneille, Ă  propos de son album Schumann.

KLA094-CORNEILLE-LAURIANNE-cd-KLARTHE-robert-schumann-piano-kreisleriana-critique-cd-classiquenewsENTRETIEN avec Laurianne Corneille, Ă  propos de son album Schumann : “L’Hermaphrodite” (1 cd Klarthe records). « Doubles rĂ©conciliĂ©s », c’est ainsi que notre rĂ©dacteur Hugo Papbst rĂ©sumait la rĂ©ussite du dernier album de la pianiste Laurianne Corneille, interprĂšte des personnalitĂ©s mĂȘlĂ©es, complĂ©mentaires de Robert Schumann. A l’appui de sa critique dĂ©veloppĂ©e, voici l’entretien que nous a rĂ©servĂ© la pianiste pour laquelle l’écriture Schumanienne revĂȘt des significations singuliĂšres et personnelles. Un engagement intime qui scelle la valeur de son regard sur Robert Schumann
 Explications.

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On parle souvent de la double personnalitĂ© de l’ñme schumannienne (Florestan / Eusebius). Que manifeste pour vous son Ă©criture pianistique ? Un Ă©cartĂšlement de directions inconciliables ou un certain Ă©quilibre auquel chacun devrait aspirer ?

La difficultĂ© intrinsĂšque de l’écriture de Schumann tient au fait que cet Ă©cartĂšlement ressenti par l’auditeur et qui se manifeste souvent par un inconfort, est en fait son propre Ă©quilibre. Schumann est comme un enfant qui chanterait Ă  tue-tĂȘte sans se soucier de la beautĂ©. Un enfant se soucie seulement de sa sincĂ©ritĂ© et c’est en cela, prĂ©cisĂ©ment, qu’il est beau. Schumann vit avec les Ă©motions, avec tout ce qui le traverse, il ne cherche pas Ă  les faire taire. C’est pour cela qu’il a le grand courage : celui de garder les yeux ouverts sur tout ce qu’il l’entoure. Je crois que son cĂŽtĂ© Ă©pique, chevaleresque, qui n’appartient qu’à lui, dĂ©coule de ce courage de l’enfance. Il chante donc avec toutes ses voix, et elles se coupent la parole en permanence : c’est ce qui s’entend dans son Ă©criture pour le piano. Il ose ĂȘtre plusieurs personnes, exactement comme un enfant qui raconte une histoire.
Peu de gens savent se laisser traverser ainsi, alors d’aucuns le ressentiront comme un Ă©cartĂšlement… « Le regard neuf de l’enfant sauve mĂȘme les trottoirs de l’usure » disait Romain Gary. Je crois que, dans ce fragile Ă©quilibre qui est le sien, Schumann nous sauve d’un romantisme qui pourrait devenir routinier si nous n’avions ce type de regard, qui est comme une vigilance.

 

 

La prĂ©sence du corps, le souvenir de la blessure innervent implicitement votre approche artistique (8 piĂšces des Kreisleriana). De quelle façon cette singularitĂ© a-t-elle enrichi votre propre approche de l’écriture schumannienne ?

Par l’accident que j’ai vĂ©cu, j’ai ressenti cet Ă©cartĂšlement (dont il a Ă©tĂ© question plus haut) physiquement : c’est mon corps qui s’est fissurĂ© Ă  travers cette clavicule brisĂ©e. J’ai une propension naturelle Ă  l’écartĂšlement de la psychĂ©, mais ressentir le dĂ©chirement du corps, puis m’obliger Ă  chanter Ă  tue-tĂȘte par-dessus la blessure fĂ»t une expĂ©rience singuliĂšre. J’ai donc fait ce cheminement, trĂšs proche Ă  mon sens de l’écriture de Schumann.
Par ailleurs, je suis quelqu’un qui comprend par le corps ou, pour le dire autrement, qui fait toujours en sorte de rĂ©flĂ©chir et dĂ©passer l’expĂ©rience corporelle afin de la transcender. L’évĂ©nement importe finalement assez peu. C’est ce que l’on en fait qui peut tout changer.
Je pense souvent Ă  cette phrase de Lorette NobĂ©court, immense autrice, qui m’accompagne : «Aujourd’hui, je pense que la souffrance est une occasion inespĂ©rĂ©e de comprendre. Il faut saisir cette voie d’accĂšs avant que tout se referme. »
Je crois que c’est ce que j’ai fait, mais j’ai sans doute gardĂ© un pied dans la porte, c’est-Ă -dire que je garde le souvenir de cette souffrance-lĂ .

 

 

Parlez-nous de ce « fil d’or » Ă  la fois tĂ©nu et rĂ©parateur qui rĂ©concilie. Dans quelles piĂšces prĂ©cisĂ©ment ?

Ce fil d’or -qui est mon fil rouge-  est une autre maniĂšre de parler de la laque d’or, l’urushi, que l’on utilise lorsqu’on rĂ©pare des cĂ©ramiques ou des faĂŻences brisĂ©es. Cet art japonais du Kintsugi Ă©tait ma mĂ©taphore personnelle pour parler du chant. C’est pour cette raison qu’il est le thĂšme principal du film rĂ©alisĂ© par Gaultier Durhin pour parler de ce disque. Il s’agit du chant salvateur avec lequel on vient panser les blessures. La laque d’or est partout, dans des proportions plus ou moins importantes selon les piĂšces. La musique de Schumann est une topographie de la souffrance, et j’ai voulu combler, avec plus ou moins d’or, les sillons, les fissures, les Ă©cartĂšlements. C’était ma maniĂšre d’entendre cette musique et de la «dire ». Mais aussi d’exprimer : « ne dĂ©tournez pas le regard, parce que ces blessures sont belles. »

 

 

Que reprĂ©sente pour vous l’Hermaphrodite ? En quoi cette figure mythologique est-elle emblĂ©matique de votre approche de Schumann ?

L’Hermaphrodite est mon cheval de Troie. Il s’établit par cette figure mythologique ambivalente diffĂ©rents niveaux de lecture : le double schumannien, la complĂ©mentaritĂ© fĂ©minin/masculin, le personnage de Clara Schumann, la scission, la fusion. C’est tout Ă  la fois un monstre et une figure de l’amour. Il est une crainte et une fascination. C’est une alchimie qui me permet aussi de m’exprimer en tant qu’Homme lorsque c’est la Femme qui joue et inversement.

Propos recueillis en avril 2020.

 

 
 

 

KLA094-CORNEILLE-LAURIANNE-cd-KLARTHE-robert-schumann-piano-kreisleriana-critique-cd-classiquenewsLIRE aussi notre critique complĂšte du cd SCHUMANN : L’Hermaphrodite. Kreisleriana, Les Chants de l’aube
 Laurianne Corneille, piano  – 1 cd KLARTHE records… Extrait de la critique : “ Un cheminement qui nous conduit Ă  la clĂ©, sommet de cette libĂ©ration Ă©motionnelle qui va par Ă©tapes : le Widmung (chant de l’amour) et qui dĂ©voile le 3Ăš terme de la trinitĂ© Schumanienne : « Raro », rĂ©bus amoureux qui fusionne ClaRA et RObert Schumann, l’un des rares couples parmi les plus lĂ©gendaires de l’histoire de la musique. Ici, lumineuses et sincĂšres, leurs deux Ăąmes fusionnent. Widmung ici jouĂ© dans sa transcription pour piano seul de Liszt, ravive intacte, la magie du sentiment amoureux le plus pur, tout en se rapprochant de l’indicible nostalgie schubertienne.”
http://www.classiquenews.com/cd-critique-schumann-lhermaphrodite-laurianne-corneille-piano-1-cd-klarthe-records/

 

 
 

 

CD, Ă©vĂ©nement, critique. CHAUSSON le littĂ©raire / Musica Nigella : Chanson perpĂ©tuelle, La TempĂȘte, Concert opus 21 (1 cd Klarthe records)

klarthe-records-CHAUSSON-la-tempete-cd-critique-classiquenews_takenori-nemoto-ensemble-musica-nigella-chausson-le-litteraire-2020CD, Ă©vĂ©nement, critique. CHAUSSON le littĂ©raire / Musica Nigella : Chanson perpĂ©tuelle, La TempĂȘte, Concert opus 21 (1 cd Klarthe records)   –   On ne soulignera jamais assez le gĂ©nie d’Ernest Chausson, Ă©toile du romantisme français, fauchĂ© trop tĂŽt (Ă  44 ans). Ses Ɠuvres, certes peu nombreuses tĂ©moignent aux cĂŽtĂ©s des germaniques Liszt, Schumann, Brahms
, d’une aisance singuliĂšre Ă  l’époque du wagnĂ©risme gĂ©nĂ©ral, d’un tempĂ©rament unique et inclassable que le programme du disque Ă©ditĂ© par Klarthe Ă©claire avec raison. Comme Schumann entre autres, Chausson est grand lecteur et amateur de poĂ©sie (d’oĂč le titre « Chausson littĂ©raire »). Il frĂ©quente auteurs et Ă©crivains, dont Maurice Bouchor qui fournit le livret des PoĂšmes de l’amour et de la mer, cycle emblĂ©matique dĂ©sormais de la mĂ©lodie française.

Au menu de ce recueil opportun, 3 partitions, non des moindres : Chanson perpĂ©tuelle opus 37, ultime piĂšce de Chausson inspirĂ© par le texte de Charles Cros ; les musiques de scĂšne pour La TempĂȘte (d’aprĂšs Shakespeare) et le Concert pour violon, piano et quatuor Ă  cordes opus 21, composĂ© simultanĂ©ment Ă  son opĂ©ra Le Roi Arthus, et dont le prĂ©texte rĂ©alise une nouvelle de Tourgueniev. En petit effectif, l’ensemble Musica Nigella perpĂ©tue un certain art du chambrisme Ă  la française : dans les Ă©quilibres des plans sonores, le relief caractĂ©risĂ© des timbres instrumentaux auxquels se joint les deux voix (dans la TempĂȘte, associĂ©es dans le duo de Junon et CĂ©rĂšs), se dĂ©finit avec franchise, la forte sensibilitĂ© d’un Chausson, wagnĂ©rien proclamĂ© qui cependant reste un tempĂ©rament hexagonal, rĂ©solument tournĂ© vers la clartĂ© et la transparence. La prise live ajoute Ă  l’excellente caractĂ©risation du geste collectif, ce dans chaque sĂ©quence.

D’emblĂ©e la riche texture des cordes imprime Ă  Chanson PerpĂ©tuelle sa densitĂ© expressive, son ampleur orchestrale (Chauson n’a pas reçu pour rien l’enseignement de Massenet puis surtout la rĂ©vĂ©lation de la spiritualitĂ© Franckiste) ; et dans le sillon wagnĂ©rien, la lyre des cordes diffuse son caractĂšre de malĂ©diction tenace, de poison Ă©vanescent, comme en Ă©cho Ă  la douleur tragique de l’hĂ©roĂŻne du poĂšme de Cros. C’est la langueur perpĂ©tuelle et infinie d’une blessure Ă  jamais ouverte, tel Amfortas alangui, figĂ© dans son extase meurtrie. Le timbre sombre et cuivrĂ© de la soliste (ElĂ©onore Pancrazi), Ă  la fois sombre et relativement intelligible Ă©claire idĂ©alement cette lumiĂšre des tĂ©nĂšbres qui rayonne d’un bout Ă  l’autre.

La TempĂȘte impose immĂ©diatement son flux dramatique et une narrativitĂ© Ă©loquente en lien avec le texte passionnĂ© et naturaliste de Shakespeare. Musica Nigella en offre la restitution de la version de chambre que Chausson avait Ă©crite lui-mĂȘme (pour voix et 6 instruments : flĂ»te, violon, alto, violoncelle, harpe, cĂ©lesta) aux cĂŽtĂ©s de la version orchestrale mieux connue. Celle ci a bĂ©nĂ©ficiĂ© de ce premier Ă©tat dont la prĂ©sente lecture accuse la prodigieuse imagination du texte poĂ©tique ; y souffle le vent sur les flots, une mer bouillonnante, celle qui isole l’üle magique fantastique de la piĂšce shakespearienne, avec en gĂ©nie insaisissable et spirituel, le facĂ©tieux Ariel, esclave (asservi Ă  Prospero) et pourtant dĂ©itĂ© aĂ©rienne


Les instrumentistes savent articuler et caractĂ©riser chaque sĂ©quence de La TempĂȘte qui gagne ainsi un relief capiteux ; Ă©videmment d’abord par la voix d’Ariel (aĂ©rienne, invocatrice, suave) qui ouvre et conclut le cycle des 6 Ă©pisodes. La restitution pour instruments dont le cĂ©lesta apporte des couleurs infiniment poĂ©tiques Ă©clairant le personnage d’un esprit contraint Ă  servir le tyran de l’üle dans sa folie ; douĂ© d’une imagination sans limites, Ariel enchante et captive, comme le pur esprit Puck, complice des enchantements Ă©quivoques dans le Songe d’une nuit d’étĂ© du mĂȘme Shakespeare.  D’une partition fidĂšle au drame, les instrumentistes expriment le caractĂšre fantastique et profondĂ©ment langoureux qui plonge dans le mystĂšre ; le portrait d’Ariel atteint une Ă©paisseur rĂ©jouissante. L’équilibre et la voluptĂ© du son tout en complicitĂ© ressuscite la verve shakespearienne de Chausson.

 

 

Dirigé par Takénori Némoto, Musica Nigella
dévoile avec passion et vivacité

Ernest Chausson, littéraire et ténébriste


 

 

chaussonDense et dramatique, le Concert pour violon, piano et quatuor Ă  cordes opus 21 Ă©claire le travail spĂ©cifique de Chausson sur la forme concertante, dans l’esprit des Baroques français. La plasticitĂ© formelle qui met en scĂšne les divers instruments, en particulier le violon (la piĂšce crĂ©Ă©e en 1892 est dĂ©diĂ©e au lĂ©gendaire violoniste belge EugĂšne YsaĂże) jouant sur les combinaisons possibles dĂ©voile tout ce qui intĂ©resse alors le compositeur wagnĂ©rien, trĂšs fidĂšle Ă  l’esthĂ©tique cyclique de Franck : opposition, confrontation, dialogue virtuose et fulgurant des voix solistes ainsi entremĂȘlĂ©es. Libre et fantaisiste, l’opus 21 en quatre parties offre une maniĂšre d’alternative spĂ©cifiquement française au plan quadripartite de forme sonate lĂ©guĂ©e par les classiques viennois.

Le premier mouvement « dĂ©cidé » ouvre large et puissant le champs expressif entre gravitĂ© et tension mĂ©lancolique et aussi une ĂąpretĂ© mordante qu’enrichit une sonoritĂ© d’une suavitĂ© profonde comme envoĂ»tĂ©e. Le chant du violon, comme portĂ© par le piano d’une souplesse enivrĂ©e, libĂšre la tension ; il chante sans entrave en un jeu dialoguĂ© Ă  deux voix d’une ivresse Ă©perdue.
La Sicilienne, brĂšve voire fugace adoucit la tension du premier mouvement en une lĂ©gĂšretĂ© 
 trop fragile pour durer. Car le mouvement qui suit a occupĂ©, semble-t-il toutes les ressources du compositeur : c’est le sommet Ă©vident de la partition. S’y dĂ©ploie, tenace, en vagues lancinantes, amĂšres, toute la langueur Ă©tirĂ©e Ă  l’extrĂȘme d’un dĂ©nuement viscĂ©ral, Ă©noncĂ© en un glas lugubre ; ainsi ce 3Ăš mouvement ou « Grave » distingue dĂ©finitivement le mode introspectif quasiment hallucinĂ©, hagard que chĂ©rit tant Chausson soit plus de 10 mn d’un climat suspendu, noir presque inquiĂ©tant 
 il faut bien cette soie des tĂ©nĂšbres, au recul vertigineux qui semble traverser le miroir pour que jaillisse comme insouciante la progression palpitante du Finale « trĂšs animé » (mais ici parfaitement articulĂ©) oĂč rayonne enfin, dans la lumiĂšre, l’admirable double chant, violon / piano.

CLIC D'OR macaron 200L’intĂ©rĂȘt du disque relĂšve de la philosophie mĂȘme du label Klarthe ; favoriser l’émergence des nouvelles gĂ©nĂ©rations d’interprĂštes français (Musica Nigella est nĂ© dans le Pas de Calais en 2010) tout en assurant l’exploration d’oeuvres encore mĂ©connues et pourtant passionnantes, comme c’est le cas des 3 partitions ainsi dĂ©voilĂ©es. On connaĂźt mieux aujourd’hui, la symphonie en si bĂ©mol opus 20 (sommet orchestral de 1891, contemporaine ici du Concert opus 21), Soir de FĂȘte opus 32, le PoĂšme pour violon et orchestre opus 25
 Musica Nigella a eu le nez fin de s’investir dans la restitution de chacune des Ɠuvres ici abordĂ©es. L’apport est majeur. La rĂ©alisation fine et engagĂ©e, d’une permanente intelligence expressive et poĂ©tique. Autant de caractĂšres d’un ensemble superbement mĂ»r, rĂ©jouissant par sa complicitĂ© active.

 

 

 

 

 

 

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CD, Ă©vĂ©nement, critique. CHAUSSON le littĂ©raire / Musica Nigella : Chanson perpĂ©tuelle, La TempĂȘte, Concert opus 27 – (1 cd Klarthe records)
Enregistrement rĂ©alisĂ© en mai 2019 (Pas de Calais) – CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2020.

https://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/chausson-le-litteraire-detail

 

 

Musica Nigella
Takénori Némoto, direction musicale & reconstitution
Eléonore Pancrazi, mezzo-soprano (Chanson perpétuelle)
Louise Pingeot, soprano
Pablo Schatzman, violon
Jean-Michel Dayez, piano

Ernest Chausson
Chanson perpétuelle Op. 37 (1898)
La TempĂȘte Op. 18* (1888)
Concert Op. 21 (1891)

 

 

 

Approfondir

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Musica Nigella sur CLASSIQUENEWS, précédent cd édité par Klarthe (mai 2019) :

 

RAVEL exotique musica nigella critique cd annonce concerts classiquenews klarthe records critique classiquenews KLA083couv_lowCD, critique. RAVEL l’exotique. MUSICA NIGELLA (1 cd Klarthe records) – Belles transcriptions (signĂ©es TakĂ©nori NĂ©moto, leader de l’ensemble) dĂ©fendues par le collectif Musica Nigella : d’abord le triptyque ShĂ©hĂ©razade (1903) affirment ses couleurs exotiques fantasmĂ©es, tissĂ©es, articulĂ©es, soutenant, enveloppant le chant suave et corsĂ© de la soprano Marie Lenormand (que l’on a quittĂ©e en mai dans la nouvelle production des 7 pĂ©chĂ©s de Weill Ă  l’OpĂ©ra de Tours). En dĂ©pit d’une prise mate, chaque timbre se dessine et se distingue dans un espace contenu, intime, rĂ©vĂ©lant la splendeur de l’orchestration ravĂ©lienne ; dĂ©sir d’Asie ; onirisme de La FlĂ»te enchantĂ©e ; sensualitĂ© frustrĂ©e de L’indiffĂ©rent. La soliste convainc par son intelligibilitĂ© et la souplesse onctueuse de son instrument. LIRE la critique complĂšte Ravel l’exotique / Musica Nigella

CD, annonce. ” SILAS “, Silas BASSA, piano (1 cd Klarthe records)

PIANO-KLARTHE-CD-critique-classiquenews-concert-cd-piano-critique-review-silas-bassa-piano-concert-cd-critique-classiquenews-KLA099couv_lowCD, annonce.  ” SILAS “, Silas BASSA, piano (1 cd Klarthe records)   –   Il avait dĂ©jĂ  fait paraĂźtre chez Paraty, deux albums singuliers, affirmant une personnalitĂ©s artistique dense et affirmĂ©e (DualitĂ , Oscillations : lire ici notre prĂ©sentation critique du cd Dualità )  -  En un « piano qui pense le monde » (dixit notre rĂ©dacteur Lucas Irom Ă  propos du recueil et des concerts « Dualità »), le pianiste et compositeur argentin Silas Bassa rĂ©cidive un parcours semĂ© d’éclats poĂ©tiques dont le goĂ»t des contrastes enchanteurs et des ambiances Ă©clectiques confirment une nette disposition pour l’imaginaire. Dans ce nouveau programme intitulĂ© « SILAS », Ă©ditĂ© par Klarthe records, l’interprĂšte de ses propres Ɠuvres rĂ©alise au piano comme un AUTOPORTRAIT MUSICAL. En 5 lettres majuscules, comme autant de facettes, uniques, complĂ©mentaires ; composantes d’un ĂȘtre multiple. Qui cependant ne sacrifie en rien son unitĂ© sensible. Dans DualitĂ , le pianiste rĂ©ussissait un superbe collage d’oeuvres connues signĂ©es Messiaen, Glass, Debussy
complĂ©tĂ©es par ses partitions, soit une ode aux voix du XXĂš, que le compositeur prolonge ici par un nouveau kalĂ©idoscope serti de piĂšces de son cru : que des compositions personnelles et originales. Il en rĂ©sulte 10 piĂšces personnelles, 10 Ă©tapes d’un voyage intime menant de la pampa argentine aux pavĂ©s parisiens. La palette des Ă©motions est large, aux enchaĂźnements imprĂ©vus et rĂ©vĂ©lateurs. Ce sont des cartes postales, des souvenirs tĂ©nues, rĂ©itĂ©rĂ©s (« amor de madre »), des hommages directs (« Katia the runaway », « Rosa Bonheur » ), des instants privilĂ©giĂ©s captĂ©s dans l’intimitĂ© domestique (« le chat et le poisson rouge »), des clins d’oeil introspectifs (« letter to myself »); et comme souvent, une complicitĂ© partagĂ©e (« trust » avec la violoncelliste Maitane Sebastian)
. Prochaine critique du cd SILAS / Silas Bassa, piano, 1 cd Klarthe records, dans le mag cd dvd livres de classiquenews. Parution annoncĂ©e le 15 mai 2020 (sortie digitale) ; le 6 novembre 2020 : sortie physique.

 

 

 

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approfondir

LIRE aussi nos autres articles SILAS BASSA sur CLASSIQUENEWS
Entretien avec Silas Bassa Ă  propos de son album Dualità
 « un chemin de libertĂ© et d’équilibre. Ecrire, c’est remercier la vie ».
http://www.classiquenews.com/entretien-avec-silas-bassa-pianiste-hors-normes-a-propos-de-son-cd-dualita-paraty/

 
 

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CD, critique. DANZAS : CUAREIM QUARTET + NATASCHA ROGERS  (1 cd Klarthe records)

cuareim quartet natascha rogers cd concert critique review classiquenews concert PARIS vertisiteCD, critique. DANZAS : CUAREIM QUARTET + NATASCHA ROGERS  (1 cd Klarthe records) –  Il Ă©mane des artistes ici rĂ©unis une connivence riche en mĂ©tissages et saveurs inĂ©dites ; les instrumentistes renouvellent l’art du Quatuor entre autres dont ils font un passage vers un univers instrumental et poĂ©tique trĂšs singularisĂ© : le CUAREIM QUARTET incarne l’idĂ©al des mĂ©tissages enivrants. Les quatre instrumentistes se sont lancĂ©s en quatuor au Mexique en 2013. Le geste des Quatre cultive avec habiletĂ© le trouble nĂ© du croisement du jazz, des musiques du monde, populaires, traditionnelles, servies par des instruments « classiques ». Ici, ils puisent dans un rĂ©pertoire impressionnants de rythmes de danses, une sĂ©rie de morceaux inĂ©dits composĂ©s par chaque instrumentiste, qui savent aussi laisser la place Ă  l’impro. C’est un son diffĂ©rent et plus caractĂ©risĂ© encore (apport de la percu : le bombo dans « Gerundio » par exemple) qui sait aussi rester dans la tradition du quatuor Ă  cordes, jouant d’ailleurs des styles. Le choix des piĂšces renvoie Ă  leur dernier cd « Danzas » / « danses » : chaque morceau est un tableau en soi, fortement marquĂ© par des Ă©lĂ©ments expressifs spĂ©cifiques.

Chaque piĂšce est une invitation au voyage : BrĂ©sil, Cuba, Argentine, Mexique (Ă©videmment), mais aussi Bulgarie (irrĂ©sistible Tanuana, vĂ©ritable appel aux rĂȘves Ă©laborĂ© par le violoniste Federico Nathan), MacĂ©doine
 jusqu’à la RĂ©union et au PĂ©rou. L’offrande invite constamment Ă  l’imaginaire ; elle est un formidable vivier de mĂ©tissages inventifs (Ă©coutez les « Amants de BarbĂšs » par exemple, composĂ© par le violoncelliste Guillaume Latil qui Ă©voque la vitalitĂ© des musiques de l’Afrique du Nord, dans l’esprit du bal musette

D’un cycle d’instants amoureusement chaloupĂ©s, se dĂ©tache aussi la nonchalance mĂ©lancolique de « Naila », bolĂ©ro mexicain (avec maracas et congas) d’une dĂ©licieuse tendresse
 piĂšce qui est le point de dĂ©part du groupe.
L’ivresse est au rendez vous ; la volontĂ© de partage et d’échanges aussi car la musique est universelle et mĂ©tissĂ©e. VoilĂ  un programme flamboyant qui dĂ©montre avec justesse, car les visions rĂ©ductrices rĂ©sistent, -comme la volontĂ© de cloisonner les dĂ©marches-, combien l’histoire de la musique est un perpĂ©tuel et heureux mĂ©lange ; du « savant » au « populaire », les mouvements et les passages sont perpĂ©tuels ; les cultures, imbriquĂ©es, fusionnĂ©es, rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©es.

CLIC D'OR macaron 200Cuareim Quartet confirme cette complicitĂ© active qui rappelle combien la musique dite savante ne serait rien sans la vitalitĂ© des musiques populaires et traditionnelles. Le goĂ»t des assemblages rĂšgne en maĂźtre et les kalĂ©idoscopes de couleurs et de sons Ă©blouissent d’un bout Ă  l’autre de ce programme enivrant, soit 10 « épisodes » musicaux, 10 « Danzas / danses » d’ici et d’ailleurs, d’hier et d’aujourd’hui. Une prĂ©fĂ©rence ? Saluons le chant sacrĂ© cubain « La topa de elegua » 
 un traditionnel Yoruba, chantĂ© par Natascha Rogers. L’art des saveurs et des combinaisons imprĂ©vues surprend, convainc, transporte.

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CD, critique. DANZAS : CUAREIM QUARTET + NATASCHA ROGERS (1 cd Klarthe records) - CLIC de CLASSIQUENEWS / Printemps 2020

DANZAS par Cuareim Quartet
Federico Nathan, Rodrigo BauzĂĄ, violons
Olivier Samouillan, altiste
Guillaume Latil, violoncelle
Natascha Rogers, chant

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PLUS D’INFOS sur le site du label KLARTHE records
https://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/jaz-detail

 

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TEASER VIDEO  : Cuareim Quartet
https://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/jaz-detail

 

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CLIP VIDEO : « Les Amants de BarbÚs »

Les amants de BarbÚs : métissages heureux du Cuareim Quartet
Rodrigo Bauza, Federico Nathan – violins / violons
Olivier Samouillan – Viola / alto
Guillaume Latil – cello / violoncelle

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VIDEO, VINOPHONY : piano et vin. L’osmose parfaite par JULIEN GERNAY

VIDEO, VINOPHONY : du piano et du vin. L’osmose parfaite par JULIEN GERNAY, piano. Julien Gernay est un pianiste accompli qui aime partager sa passion pour les divins cĂ©pages
 A dĂ©faut de pouvoir dĂ©guster crus, liqueurs, Ă©thers, divins nectars, sĂ©lectionnĂ©s par l’interprĂšte, mis en dialogue avec chaque sĂ©quence musicale de ce parcours singulier et personnel, le disque Ă©ditĂ© par Klarthe en fixe les marqueurs sonores pour des points de convergence, riches en Ă©motions croisĂ©es, qu’il faudra vivre, comme des promesses d’instants Ă  venir, en compagnie d’un Ɠnologue et surtout en prĂ©sence du pianiste lui-mĂȘme, vrai connaisseur des liquides enchanteurs. Et qui prend plaisir Ă  expliquer la connivence sensorielle entre telle Ă©criture musicale et tel vin
 « Vinophony », le titre laisse envisager pour la musique, une rĂ©ceptivitĂ© autre, prĂ©parĂ©e, permise par l’apport d’un breuvage qui lui correspond. A la croisĂ©e des deux univers, musique et vins, l’interprĂšte comme un sorcier connaisseur des vertus de la nature sublimĂ©e par la main de l’homme, nous offre cette carte intime, remarquable et nouvelle gĂ©ographie qui exalte les sens. REPORTAGE VINOPHONY / © studio CLASSIQUENEWS – rĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM, dĂ©c 2019

LIRE aussi notre critique complĂšte du cd VINOPHONY : Julien Gernay joue Haendel, FaurĂ©, Liszt… (1 cd KLARTHE – CLIC de classiquenews de dĂ©c 2019)

VINOHONY julien gernay cd klarthe critique review cd classiquenews critique concert piano KLA086couv_lowCLIC D'OR macaron 200Sur le plan strictement musical, le pianiste a le souci de la nuance, des couleurs, du chant intĂ©rieur (superbe Schubert : Impromptu n°4 D935). Puis, c’est l’efflorescence sonore, comme une cathĂ©drale de sons et de timbres qui s’organisent Ă  mesure que se dĂ©ploient les Variations qui construisent la Chaconne de Haendel ; puis c’est le temps schumannien, suspendu, celui de la maturation du « Soir / Das abends », ivresse Ă©perdue auquel rĂ©pond l’affirmation dĂ©terminĂ©e plus articulĂ©e et caracolante d’ « Ă©panouissement / Aufshwung », conçu en un diptyque, vrai miroir oĂč dialogue l’esprit Ă  deux voix d’un Schumann ici crĂ©pitant et exaltĂ©… Par notre rĂ©dacteur Hugo Papbst

CD, critique. Un moment chez les Schumann : Sonates pour violoncelle et piano de Robert, Georg, Camillo SCHUMANN. Cyrielle Golin (violoncelle) / Antoine Mourlas (piano) – 1 cd KLARTHE records.

moment-musical-chez-les-schumann-golin-mourlas-cd-klarthe-records-critique-cd-review-cd-classiquenewsCD, critique. Un moment chez les Schumann : Sonates pour violoncelle et piano de Robert, Georg, Camillo SCHUMANN. Cyrielle Golin (violoncelle) / Antoine Mourlas (piano) – 1 cd KLARTHE records. Ce « moment musical chez les Schumann » façonne un salon romantique qui rĂ©unit 3 Schumann, non pas membres d’une fratrie, en rien parents de la famille de Robert, mais plutĂŽt colonie de sensibilitĂ©s au mĂȘme nom patronymique, ayant chacun ƓuvrĂ© Ă  Leipzig. Les deux instrumentistes Cyrielle Golin (violoncelle) et Antoine Mourlas (piano) font acte de complicitĂ© et d’audace ans un cycle particuliĂšrement original et dĂ©fricheur. Camillo dont la Sonate violoncelle / piano ouvre le rĂ©cital est le plus rĂ©cent nĂ© en 1872 Ă  Konigstein (comme Georg), semble prolonger l’exemple de l’illustre Schumann nĂ© en 1810. Son Ă©criture est plus lisztĂ©enne que Schumanienne et brahmsienne, en cela moins profonde et captivante que celle de Georg. Moins grave et viscĂ©rale que les autres piĂšces, la Sonate n°1 opus 59 dĂ©veloppe cependant un bel esprit chantant, fluide, habitĂ© par l’ardeur complice des deux musiciens.

Premier Romantique et modĂšle de cette trinitĂ© inĂ©dite, Robert, apparaĂźt par comparaison comme le gĂ©nie des humeurs ; au verbe ciselĂ©, caractĂ©risĂ© avec une sensibilitĂ© trĂšs affĂ»tĂ©e, particuliĂšrement vive et contrastĂ©e (« Vanitas vanitatum » qui ouvre les FĂŒnf stĂŒcke im Volkston opus 102). Ce qui touche dans cette sĂ©rie de 5 piĂšces, c’est la profondeur et la justesse du caractĂšre de chacune : Ă  l’esprit bravache, voire parodique du I, rĂ©pond immĂ©diatement la rĂȘverie pudique du II : « Langsam », traversĂ© par une gravitĂ© tout Ă  fait Ă©trangĂšre au dĂ©but. La divagation schumanienne se dĂ©ploie ensuite, maĂźtrisant ses deux orientations non pas antinomiques mais complĂ©mentaires: autodĂ©termination / doute, errance / construction. Ce que comprennent parfaitement les deux interprĂštes, jouant sur la souplesse, la rondeur d’une fusion accomplie, secrĂšte, harmoniquement voluptueuse.

 

 

Georg Schumann révélé

 

 

La rĂ©vĂ©lation reste celle de l’écriture de Georg, trĂšs proche de Robert : ardente et vive, nerveuse et presque sanguine dans l’approche, trĂšs brahmsienne des deux instrumentistes : la Sonate opus 19 n’a rien Ă  envier aux plus renommĂ©s, Robert et Johannes. NotĂ©e « con Molto espressione », la Sonate s’embrase dĂšs son premier mouvement, mais sans force ni pathos, dans une flexibilitĂ© de moyens et d’accents fondĂ©s sur l’écoute et l’entente rĂ©ciproque : ce qui fonde la valeur de ce dernier triptyque. La profondeur, l’activitĂ©, l’urgence, la vivacitĂ© intĂ©rieure convainquent sans rĂ©serve. NĂ© Ă  Konigstein en 1866, soit bien aprĂšs la mort de Schumann, Georg semble recueillir l’ardente flamme passionnelle de son prĂ©dĂ©cesseur, comprenant ses dĂ©licats Ă©quilibres, ses Ă©clairs comme ses replis des plus intimes ; Georg (1866-1952) fut un proche de Richard Strauss fondant avec lui la sociĂ©tĂ© des auteurs en Allemagne GEMA ; Georg joue le Concerto de Robert et comprend toutes les composantes de son Ă©critures qu’il fusionne avec celle de Brahms. L’opus 19 Ă©crit en 1897 en tĂ©moigne : la rĂ©fĂ©rence aux Anciens romantiques, Robert et Johannes est vivifiĂ©e ici par une rigueur constante des modulations ; une intelligence de l’harmonie aux changements parfois vertigineux. Excellent programme, enivrant, rĂ©vĂ©lateur.

 

 

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CD, critique. Un moment chez les Schumann : Sonates pour violoncelle et piano de Robert, Georg, Camillo SCHUMANN. Cyrielle Golin (violoncelle) / Antoine Mourlas (piano) – 1 cd KLARTHE records – enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Paris, Temple Saint-Marcel, janvier 2019). 

  

 

CD, critique. SCHUMANN : L’Hermaphrodite. Laurianne Corneille, piano (1 cd Klarthe records)

KLA094-CORNEILLE-LAURIANNE-cd-KLARTHE-robert-schumann-piano-kreisleriana-critique-cd-classiquenewsCD, critique. SCHUMANN : L’Hermaphrodite. Laurianne Corneille, piano (1 cd Klarthe records) – On ne soulignera jamais assez la fascination des mondes doubles de Robert Schumann, ses masques jaillissants, Ă  l’insolente Ă©nergie dont la volubilitĂ© versatile, changeante comme une onde insaisissable, semble tout synthĂ©tiser de la psychĂ© humaine. Parce qu’il a choisi de s’inscrire au cƓur de ses contradictions mĂȘmes, le piano de Schumann semble offrir le miroir le plus complet de l’ñme humaine
 Le prĂ©sent programme en tĂ©moigne et s’intitulant « L’Hermaphrodite », Ă  la fois masculin et fĂ©minin, il Ă©claire l’ambivalence captivante schumannienne / « doppelgĂ€nger » (sosie / double); Ă  la fois EusĂ©bius et Florestan, telles deux sensibilitĂ©s non pas contradictoires mais complĂ©mentaires. A l’interprĂšte d’en comprendre les enjeux, manifester l’activitĂ©, rĂ©aliser l’unitĂ©.

Sur les traces et dans les sillons de la pensĂ©e critique de Roland Barthes (Rasch dont elle lit aussi un extrait en bonus), la pianiste Laurianne Corneille exprime d’abord les « coups » fragiles, tĂ©nus, passionnĂ©s du fougueux et sombre Florestan, dans les Kreisleriana : « un corps qui bat » ; la lutte de Robert contre lui-mĂȘme ? , puis sait polir la courbe moins explicite d’une premiĂšre Ă©coute ; celle de la douceur d’Eusebius (sa tendresse calme et mĂȘme Ă©nigmatique), conçue comme le nĂ©gatif du tumulte premiĂšrement dĂ©celĂ©.

 

 

Les doubles réconciliés

 

 

Un cheminement qui nous conduit Ă  la clĂ©, sommet de cette libĂ©ration Ă©motionnelle qui va par Ă©tapes : le Widmung (chant de l’amour) et qui dĂ©voile le 3Ăš terme de la trinitĂ© Schumanienne : « Raro », rĂ©bus amoureux qui fusionne ClaRA et RObert Schumann, l’un des rares couples parmi les plus lĂ©gendaires de l’histoire de la musique. Ici, lumineuses et sincĂšres, leurs deux Ăąmes fusionnent. Widmung ici jouĂ© dans sa transcription pour piano seul de Liszt, ravive intacte, la magie du sentiment amoureux le plus pur, tout en se rapprochant de l’indicible nostalgie schubertienne.

Comme deux pĂŽles fascinants, la pianiste aborde d’abord Les Chants de l’aube, une toute autre confession / contemplation personnelle, frappĂ©e par l’épaisseur grave de la maturitĂ©, Ă©laborĂ©e quelques temps avant son suicide dans le Rhin.
Puis, miroir de la jeunesse de Robert, ses Ă©lans et sa dĂ©claration d’amour pour Clara : les Kreisleriana ; ce sont moins les secousses chaotiques d’une pensĂ©e confuse, au bord de la folie (comme on le joue trop souvent, comme on les prĂ©sente aussi systĂ©matiquement), que la manifestation Ă©clatante d’un tempĂ©rament divers, pluriel, Ă©tonnamment riche qui a affrontĂ© la peur et le rĂȘve ; les espoirs et la dĂ©sillusion. Les 8 Ă©pisodes caressent l’intranquille et tenace activitĂ© schumanienne, comme une sĂ©rie de crĂ©pitements ardents, semĂ©s de coups et de chocs, physiques comme cĂ©rĂ©braux. Schumann a tout vĂ©cu, tout senti, tout mesurĂ©. L’interprĂšte embrasse le flux pianistique dans sa sauvage complexitĂ© sans jamais perdre son fil.

Comme leur aboutissement logique, Les Chants de l’aube en sont la rĂ©alisation finale, l’aveu du renoncement et de la mort. 5 sections conçues comme un lent mais inexorable effondrement progressif, Ă©noncĂ© comme un chant doux et liquide (le dernier en particulier, envisagĂ© comme un ocĂ©an qui se retire : « Im Anfange ruhiges  »).
En recueillant pour elle-mĂȘme les disparitĂ©s faussement confuses du chant schumanien, Laurianne Corneille trouve ce « fil d’or » qui unifie les directions, Ă©quilibre les tensions, enrichit toujours sa propre expĂ©rience intĂ©rieure ; voilĂ  qui rend les Ɠuvres de Schumann, rĂ©vĂ©latrices d’un cheminement, en rien instinctif et prĂ©cipitĂ©, plutĂŽt rĂ©flĂ©chi et magistralement contrĂŽlĂ©, conscient et assumĂ©. L’éprouvĂ©, brisĂ©, saisi est rĂ©unifié  voire « sublimé » selon l’esthĂ©tique japonaise du kintsugi, cet art qui rĂ©pare les cĂ©ramiques cassĂ©es et leur offre une nouvelle vie (cf la notice trĂšs personnelle qui accompagne le cd). Chez Schumann, ce voyage entre deux rives, devient bĂ©nĂ©fique. A la fois, salvateur et rĂ©parateur. Lumineuse et intime rĂ©alisation.

 

 

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CD, critique. SCHUMANN : L’Hermaphrodite. Kreisleriana, Les Chants de l’aube
 Laurianne Corneille, piano (1 cd Klarthe records – enregistrement rĂ©alisĂ© en fĂ©v 2019).

https://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/lhermaphrodite-detail

Robert Schumann
GesĂ€nge der FrĂŒhe / Chants de l’aube, opus 133
“Kreisleriana” opus 16
Liebeslied aus Myrthen, opus 25  (transcription de Franz Liszt)

Laurianne Corneille, piano

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CONCERT
Soirée Klarthe records
Lundi 2 mars 2020, PARIS, salle Colonne, 20h.
SCHUMANN par Laurianne Corneille, piano
BRAHMS : Florent HĂ©au, clarinette et le Quatuor Voce.
RĂ©servez vos places directement auprĂšs de Klarthe :
https://www.billetweb.fr/schumann-brahms-klarthe

 

 

KLA094-CORNEILLE-LAURIANNE-cd-KLARTHE-robert-schumann-piano-kreisleriana-critique-cd-classiquenews

 
 

 
 

 
 

 

ENTRETIEN avec Laurianne Corneille

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KLA094-CORNEILLE-LAURIANNE-cd-KLARTHE-robert-schumann-piano-kreisleriana-critique-cd-classiquenewsENTRETIEN avec Laurianne Corneille, Ă  propos de son album Schumann : “L’Hermaphrodite” (1 cd Klarthe records). « Doubles rĂ©conciliĂ©s », c’est ainsi que notre rĂ©dacteur Hugo Papbst rĂ©sumait la rĂ©ussite du dernier album de la pianiste Laurianne Corneille, interprĂšte des personnalitĂ©s mĂȘlĂ©es, complĂ©mentaires de Robert Schumann. A l’appui de sa critique dĂ©veloppĂ©e, voici l’entretien que nous a rĂ©servĂ© la pianiste pour laquelle l’écriture Schumanienne revĂȘt des significations singuliĂšres et personnelles. Un engagement intime qui scelle la valeur de son regard sur Robert Schumann
 Explications. LIRE notre entretien avec Laurianne Corneille Ă  propos de Robert Schumann

  

 

COMPTE-RENDU, concert. PARIS, Studio de l’Ermitage, le 9 fĂ©v 2020. QUINTETO RESPIRO / CUAREIM QUARTET + NATASCHA ROGERS

COMPTE-RENDU, concert. PARIS, Studio de l’Ermitage, le 9 fĂ©v 2020. QUINTETO RESPIRO / CUAREIM QUARTET + NATASCHA ROGERS  -  Le studio de l’Ermitage Ă  Paris en connivence avec l’éditeur Klarthe offre une somptueuse soirĂ©e riche en mĂ©tissages et saveurs inĂ©dites ; y paraissent deux phalanges bien chaloupĂ©es, chacune leur univers instrumental et poĂ©tique trĂšs singularisĂ© : le QUINTETO RESPIRO et le CUAREIM QUARTET qui renouvellent Ă  leur façon l’idĂ©al de mĂ©tissages rĂ©ussis, calibrĂ©s, enivrants. En fĂ©vrier 2020, les deux ensembles Ă©ditent leur nouvel album chez Klarthe Records. Deux offrandes trĂšs sĂ©duisantes. Ce concert marquait le lancement des deux programmes.

herencia-vertisite quinteto respiro tango concert cd critique review classiquenewsQUINTETO RESPIRO : Tango traditionnel et rĂ©gĂ©nĂ©ré  les 5 instrumentistes du Quinteto Respiro insuffle une approche originale et lĂ©gitime au Tango ; ce dĂšs leur crĂ©ation en 2009.  Depuis leur rencontre avec le compositeur et pianiste argentin Gustavo Beytelmann, les 5 complices cultivent leur passion du tango enrichie des conseils et enseignements des maĂźtres en la matiĂšre : J.J Mosalini, Ramiro Gallo, ou encore l’Orquesta Tipica Silencio, entre autres
 le sens du chambrisme, leur Ă©coute, la complicitĂ© qui les animent, singularisent un sens irrĂ©sistible des rythmes et une palette scintillante, Ă  la fois feutrĂ©e mais terriblement cadencĂ©e en couleurs et en accents.
Dans le Tango, ils puisent et explorent Ă  l’infini maintes formes, traditionnelles ou plus expĂ©rimentales encore. Les accents suaves d’Astor Piazzolla comme le dĂ©hanchĂ© dansant des milongas. Le collectif repousse les lignes, questionne le genre, Ă©difie de nouvelles textures
 Le titre de leur dernier album dont il joue ici plusieurs morceaux, « Herencia » / « HĂ©ritage », souligne cette exigence de la mĂ©moire et de son dĂ©passement crĂ©atif.
La trĂšs fine culture du groupe leur permet d’aborder mais avec un son renouvelĂ© des standards (propres aux tangos pour les salles de bal du dĂ©but XXĂš) : Don Juan, la Cumparsita, Contrabajeando (de Piazzolla)  et d’y croiser les piĂšces contemporaines de Gustavo Beytelmann (entre autres Al declinar el Dia de 2016, qui est la piĂšce la plus longue)


Herencia par Quinteto Respiro
Sébastien Innocenti : Bandonéon
Emilie Aridon KocioƂek : Piano
Sabrina Condello : Violon
Fabio Lo Curto : Clarinette, Clarinette Basse
Dorian Marcel : Contrebasse

 

 

cuareim quartet natascha rogers cd concert critique review classiquenews concert PARIS vertisitePour leur part, CUAREIM QUARTET rĂ©unit quatre instrumentistes qui se sont lancĂ©s en quatuor au Mexique (2013). Le geste des Quatre cultive avec habiletĂ© le trouble nĂ© du croisement du jazz, des musiques du monde, populaires, traditionnelles, servies par des instruments « classiques ». Ici, ils puisent des rythmes de danses, une sĂ©rie de morceaux inĂ©dits composĂ©s par chaque instrumentiste, qui savent aussi laisser la place Ă  l’impro. C’est un son diffĂ©rent et plus caractĂ©risĂ© encore (apport de la percu : le bombo dans « Gerundio » par exemple) qui sait aussi rester dans la tradition du quatuor Ă  cordes, jouant d’ailleurs des styles. Le choix des piĂšces renvoie Ă  leur dernier cd « Danzas » / « danses » : chaque morceau est un tableau en soi, fortement marquĂ© par des Ă©lĂ©ments expressifs spĂ©cifiques. Chaque piĂšce est une invitation au voyage : BrĂ©sil, Cuba, Argentine, Mexique (Ă©videmment), mais aussi Bulgarie (irrĂ©sistible Tanuana, vĂ©ritable appel aux rĂȘves Ă©laborĂ© par le violoniste Federico Nathan), MacĂ©doine
 jusqu’à la RĂ©union et au PĂ©rou
 une offrande Ă  l’imaginaire et un formidable vivier de mĂ©tissages inventifs (Ă©coutez les Amants de BarbĂšs par exemple, composĂ© par le violoncelliste Guillaume Latil qui Ă©voque la vitalitĂ© des musiques de l’Afrique du Nord, dans l’esprit du bal musette… Se dĂ©tache aussi la nonchalance mĂ©lancolique de « Naila », bolĂ©ro mexicain (avec maracas et congas) d’une dĂ©licieuse tendresse
 piĂšce qui est point de dĂ©part du groupe.
L’ivresse est au rendez vous ; la volontĂ© de partage et d’échanges aussi car la musique est universelle et mĂ©tissĂ©e. VoilĂ  un programme flamboyant qui dĂ©montre avec justesse, car les visions rĂ©ductrices rĂ©sistent, combien l’histoire de la musique est un perpĂ©tuel et heureux mĂ©lange ; Cuareim Quartet confirme cette complicitĂ© active qui rappelle combien la musique dite savante ne serait rien sans la vitalitĂ© des musiques populaires et traditionnelles. Le goĂ»t des assemblages rĂšgne en maĂźtre et les kalĂ©idoscopes de couleurs et de sons Ă©blouissent d’un bout Ă  l’autre de ce programme rĂ©jouissant, renvoyant directement aux 10 « épisodes » musicaux de l’album « Danzas ». Notre prĂ©fĂ©rence va au chant sacrĂ© cubain La topa de elegua qui est un traditionnel Yoruba, chantĂ© par Natascha Rogers. L’art des saveurs et combinaisons imprĂ©vus surprend, convainc, transporte.

 

 

DANZAS par Cuareim Quartet
Federico Nathan, Rodrigo BauzĂĄ, violons
Olivier Samouillan, altiste
Guillaume Latil, violoncelle
Natascha Rogers, chant

 

COMPTE-RENDU, concert. PARIS, Studio de l’Ermitage, le 9 fĂ©v 2020. QUINTETO RESPIRO / CUAREIM QUARTET + NATASCHA ROGERS

 

Programme de la soirée du 9 février 2020:

Cuareim Quartet:

- Chorinho em Paris ( Guillaume Latil)
- La topa de Elegua ( trad/ arr. Guillaume Latil )
- Tanuana    (Federico Nathan)
- Qi zai         (Rodrigo Bauza)
- Les amants de BarbĂšs ( Guillaume Latil)
- Gerundio ( Rodrigo Bauza)
- Anteo   (Olivier Samouillan)
- Naila  (Jesus « Chuy » Rasgado/Arr. Rodrigo Bauza)
- Danza de un lugar cercano ( Rodrigo Bauza)

Quinteto Respiro:

- Niebla del Riachuelo (J.C Cobian)
- El Desaparecido (G. Beytelmann)
- Travesia (G. Beytelmann)
- Al Declinar el Dia (G. Beytelmann)
- Ofrenda (G. Beytelmann)
- Contrabajeando (Piazzolla)
- Taquito Militar (M.Mores)
- Tres Minutos con la Realidad (Piazzolla)
- Triunfal (Piazzolla)
- Bailarina (Sonia Possetti)

 

2 cd édités par KLARTHE records
« Herencia », Quinteto Respiro – KRJ027 – Sortie annoncĂ©e le 7 fĂ©vrier 2020.
Danzas » du Cuareim Quartet KRJ028. Sortie annoncée le 14 février 2020

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CD, Ă©vĂ©nement, critique. MODERNISME : Liatochinski, Tchesnokov, Chostakovitch. S. Nemtanu / Orchestre Symphonique National d’Ukraine / Bastien Stil (1 cd Klarthe)

modernisme bastien still nemtanu chostakovitch tchesnokov cd critique classiquenews KLA087couv2_lowCD, Ă©vĂ©nement, critique. MODERNISME : Liatochinski, Tchesnokov, Chostakovitch. S. Nemtanu / Orchestre Symphonique National d’Ukraine / Bastien Stil  (1 cd Klarthe)  -  A la pointe des projets originaux et participatifs, l’éditeur Klarthe Ă©dite un programme magistralement investi, fruit d’un appel aux dons passĂ©s sur les plateformes dĂ©diĂ©es ; la promesse est exaucĂ©e : la rĂ©alisation est indiscutable et nous plonge dans cette modernitĂ© propre aux annĂ©es 1920 quand l’URSS s’ouvre Ă  la modernitĂ© europĂ©enne (d’oĂč le titre « Modernisme »), grĂące Ă  de forts tempĂ©raments : Chostakovitch (Symphonie n°1, 1926), le moins cĂ©lĂšbre Boris Liatochinski (Ballade pour piano op. 24 en 1929); les deux partitions sont mises en perspective avec le compositeur contemporain ukrainien, Dimitri Tchesnokov dont la violoniste Sarah Nemtanu crĂ©e ici le trĂšs dense et Ă©clectique, Concerto pour violon opus 87.

Dans sa Ballade, Boris Liatochinski (1895-1968) Ă©crit une magistrale synthĂšse du post romantisme surexpressif entre Scriabine, Stravinsky, Bartok. En une boucle qui ouvre et se referme sur un mĂȘme ostinato grave voire lugubre, la piĂšce regorge d’accents (danse fiĂ©vreuse et impĂ©rieuse dans la seconde sĂ©quence), fruits d’un Ă©clectisme expĂ©rimental ; exaltĂ©e par une orchestration raffinĂ©e, elle scintille mĂȘme dans le noir, finement transcrite ici par Dimitri Tchesnokov, en une Fantaisie dĂ©moniaque aux rĂ©sonances tĂ©nĂ©breuses. L’Ɠuvre diffuse peu Ă  peu une inquiĂ©tude permanente, Ă©trangetĂ© libre, hypnotique d’un monde perdu ou condamnĂ©. VoilĂ  qui installe une rĂ©sonance Ă©vidente avec la Symphonie de Chostakovitch, jouĂ©e en derniĂšre partie.

NĂ© en 1982, l’ukrainien Dimitri Tchesnokov assume les influences occidentales de Liatochinski, Schnittke, Pekka-Salonen et John Adams ! Il a aussi travaillĂ© en France auprĂšs de Guillaume Connesson. Le Concerto, commande du chef Bastien Stil, est certainement emblĂ©matique de son Ă©clectisme pourtant puissant et personnel, trĂšs narratif ; l’oeuvre enchaĂźne 3 mouvements plutĂŽt caractĂ©risĂ©s : Largo oĂč la ligne soliste de l’alto se dĂ©tache en libertĂ©, en une cheminement libre, tendu (somptueuses lignes dans l’aigu), ivre, ponctuĂ© par des clusters orchestraux longs, Ă©tirĂ©s, au souffle dramatique ; enchaĂźnant danse lĂ©gĂšre et nerveuse, puis marche finale.
Le volet central  (Intermezzo) ressuscite les enchantements nocturnes comme la rĂȘverie d’un promeneur solitaire : s’y affirme le goĂ»t du compositeur pour une orchestration fine et raffinĂ©e (bois bavards et saillants) et aussi des changements de climats rapides car le soliste emporte bientĂŽt tout l’orchestre dans un cheminement plus fanfaronnant, enivrĂ©, exaltĂ©, interrompu, dont la verve annonce le dernier mouvement : Finale « la Ronde », le plus court des 3 mouvements, c’est un scherzo nerveux et agile conduit par l’éloquence quasi Ă©lectrisĂ©e du violon dont le discours s’intensifie, s’embrase ; vivifiĂ© par une ligne quasi rhapsodique, c’est Ă  dire libre, aux traits virtuoses acĂ©rĂ©s puis aux longues phrases Ă©tirĂ©es qui convoquent un ultime repli, pudique …qui conclut la piĂšce dans le murmure.
Il y faut toute la dĂ©mesure intĂ©rieure de Sarah Nemtanu, sa trĂšs riche palette de nuances, dans les pianos tĂ©nus, les acoups exacerbĂ©s pour en comprendre la versatilitĂ© dramatique et jamais superficielle, pour en faire jaillir le sens d’une virtuositĂ© tournĂ©e vers l’urgence intĂ©rieure.
La diversitĂ© des Ă©pisodes, le soin dans la caractĂ©risation instrumentale en particulier dans le tissu orchestral pourraient envisager une perte de l’équilibre et de la cohĂ©rence globale ; rien de tel car jaillit du dĂ©but Ă  la fin, un allant tragique, parfois menaçant et sourd qui apporte l’assise et l’architecture.

cd klarthe records modernisme chostakovitch liatochinski Tchesnokov cd campagne dons presentation annonce relais par classiquenews nouveau cd Klarthe records  ulule-page001.U8ozYYjSWN0ALe chef Bastien Stil souligne dans la Symphonie n°1 d’un Chostakovitch (1906-1975) ĂągĂ© de 
 19 ans, ce qui compose sa profonde unitĂ© et sa cohĂ©rence Ă  travers les quatre mouvements enchaĂźnĂ©s. DĂ©jĂ  l’auteur maĂźtrise son langage, l’un des plus ambivalents, Ă  la fois enivrĂ© (la valse dĂšs le premier mouvement) et sarcastique, tendre et ironique. Au rire dĂ©jĂ  trouble, interrogatif de l’Allegretto, faussement amusĂ© voire facĂ©tieux, rĂ©pond l’Allegro de forme scherzo, grinçant voire parodique. La densitĂ© et l’épaisseur se renforcent encore dans le Lento, pesant et mystĂ©rieux (hautbois puis flĂ»te tendus, lointains mais « inquiets ») oĂč se colore la ligne parfois imperceptible mais durable de la trompette : s’y dĂ©ploie l’étoffe tragique qui enveloppe toutes les partitions du compositeur. Saisi entre un calme de façade et une angoisse plus tĂ©nue. Chef et orchestre donnent la mesure de cet Ă©tat intermĂ©diaire, qui pourrait ĂȘtre inconfortable, mais qui installe un souffle puissant, Ă©quivoque et Ă©trangement grandiose. VoilĂ  le vrai et le plus authentique Chostakovitch qui s’affirme ici avec une maĂźtrise sonore, un sens de la construction, 
 remarquables.
Comme chez Ravel, l’énergie heurtĂ©e, versatile du Finale s’emporte en une ultime liesse dĂ©bridĂ©e (piano dĂ©lurĂ©, et tous les pupitres comme exaltĂ©s, ivres
), elle aussi ambivalente, qui tient de l’exaltation et de la libĂ©ration, de la violence surtout, Ă  la fois animale, instinctive, terrifiante ; la texture, l’architecture, l’épaisseur de ce Finale, d’une ahurissante maturitĂ© au regard de la jeunesse de l’auteur, sont dĂ©taillĂ©es et incarnĂ©es avec une sincĂ©ritĂ© et une comprĂ©hension, passionnantes. Le chef et les instrumentistes de l’Orchestre Symphonique National d’Ukraine en dĂ©livrent toute l’intensitĂ© jusqu’aux limites des timbres (bois et cordes), dans le tutti final, lui aussi, au sommet de l’ambivalence (apothĂ©ose et fin, ou syncope et interruption ?). Tout est lĂ  dans ce mystĂšre non Ă©lucidĂ© d’une fin en pointillĂ©s.

 
 

  
 

 

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CLIC_macaron_2014CD, Ă©vĂ©nement, critique. MODERNISME : Liatochinski, Tchesnokov, Chostakovitch. S. Nemtanu / Orchestre Symphonique National d’Ukraine / Bastien Stil – 1 CD Klarthe : K 087 (Distribution : PIAS) – DurĂ©e : 1h07min

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VOIR le TEASER VIDEO 
https://www.youtube.com/watch?v=-Fh4hy-enlc

L’album « Modernisme », sous la baguette du chef d’orchestre Bastien Stil avec la violoniste Sarah Nemtanu, plonge au cƓur de la musique soviĂ©tique entre 1917 et 1932…
The album “Modernism”, under the baton of the talented conductor Bastien Stil and featuring the brilliant violinist Sarah Nemtanu, takes you into the heart of Soviet music from 1917 to 1932 …
Listen to the emblematic 1st Symphony by Shostakovich in a remarkable performance of the National Symphony Orchestra of Ukraine. Discover Liatochinski’s “Balade” Op.24 and finally the world’s first recording of Dimitri Tchesnokov’s Violin Concerto composed in 2015 in resonance of the great masters of the past.

  

Programme :

Boris Liatochinski (1895-1968), orchestration Dimitri Tchesnokov
Ballade op. 24

Dimitri Tchesnokov (1982)
Concerto pour violon et orchestre op. 87
(création)

Dmitri Chostakovitch (1906-1975)
Symphonie n°1 op. 10

 
 
 

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CD, critique. Influences : Bach, Chopin. Laurence OLDAK (1 cd Klarthe, 2018)

oldak influences chopin bach piano cd klarthe records critique cd classiquenewsCD, critique. Influences : Bach, Chopin. Laurence OLDAK (1 cd Klarthe, 2018). Immortel JS
 Bach demeure un modĂšle pour nombre de compositeurs aprĂšs lui. Et plus encore Ă  l’époque romantique quand naĂźt la redĂ©couverte du patrimoine musical ancien ; en tĂ©moigne Chopin qui ne se sentait mieux qu’aprĂšs avoir jouĂ© du Bach, en encore Liszt qui s’est passionnĂ© Ă  transcrire les Ɠuvres du Cantor (ici le PrĂ©lude et fugue BWV 543). Qu’on le joue comme maintenant au clavecin ou au piano, Bach respire la poĂ©sie et l’universel. La pianiste toulousaine Laurence Oldak nous le rappelle ici avec implication et de rĂ©els arguments. AprĂšs le premier opus dĂ©diĂ© Ă  Scriabine (Dialogue), son 2Ăš album chez Klarthe, intitulĂ© « Influences », remonte les eaux musicales en une gĂ©nĂ©alogie qui fait dialoguer les sensibilitĂ©s d’un siĂšcle Ă  l’autre, du XVIIIĂš au XIXĂš. Unificateur et explorateur, le jeu de la pianiste permet les confrontations, les filiations : tout un jeu en miroir ou en Ă©chos : Bach / Chopin, Bach / Busoni (qui transcrit ici « Ich ruf zu dir », confession, priĂšre Ă  la fois solitaire et assurĂ©e), Bach / Liszt dĂ©jĂ  citĂ©, et jusqu’à Carl Philip Emmanuel dont la pianiste restitue en fin de programme, le somptueux et presque grave Andante con tenerezza (Sonate Wq 65/32, de plus de 5mn).

Les Bach sont naturellement articulĂ©s, chantants mĂȘme : ils coulent comme courre l’onde d’un fleuve ocĂ©an, toujours caractĂ©risĂ© et revivifiĂ© Ă  travers ses danses enchaĂźnĂ©es (5 Ă©pisodes pour la Partita n°2 BWV 826 qui ouvre le rĂ©cital). L’élĂšve de Lucienne Marino-Bloch, elle-mĂȘme Ă©lĂšve de Michelangeli, – heureuse filiation, « ose » jouer et rĂ©ussir ici la Sonate n°3 opus 58 de Chopin, un dĂ©fi pour tout interprĂšte : Ă  travers les modulations tĂ©nues des harmoniques, aux reflets miroitants si chantants, jaillit cette lumiĂšre qui est force vitale ; la pianiste en fait vibrer le tragique sublimĂ© ; Chopin vient de perdre son pĂšre – un choc comme ce fut le cas pour Mozart, perdant le sien pendant la composition de Don Giovanni. A Nohant en 1844, prĂšs de Sand, Chopin, en lion de la nuit, exprime un indĂ©fectible goĂ»t de vivre : voilĂ  ce que nous fait Ă©couter le jeu tout en souplesse de Laurence Oldak. L’exaltation lyrique du premier mouvement, en son extension mĂ©lodique au bord de l’allongement mais d’une portĂ©e intĂ©rieure quasi schubertienne, s’exprime avec libertĂ© ; le Scherzo jubile, volubile et libre comme une rĂ©miniscence heureuse de Mendelssohn
 le Largo plonge dans les entrailles funĂšbres (marche) du musicien qui se vit comme un exilĂ©, vivant certes, mais dĂ©chirĂ© ; tandis que le dernier Ă©pisode Finale / presto non tanto, assĂšne ses explosions furieuses, tissant l’une des pages les plus puissantes, les plus Ă©perdues, et aussi les plus exaltĂ©es de Chopin. Le CPE qui suit et conclut le programme sonne comme un adieu d’une absolue sĂ©rĂ©nitĂ©, Ă  la fois simple, dĂ©pouillĂ©, d’une sobre profondeur. TrĂšs beau rĂ©cital.

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CD, critique. Influences : Bach, Chopin. Laurence OLDAK (1 cd Klarthe, 2018)

CD, critique. VINOPHONY : Julien Gernay, piano (1 cd Klarthe, 2019)

VINOHONY julien gernay cd klarthe critique review cd classiquenews critique concert piano KLA086couv_lowCD, critique. VINOPHONY : Julien Gernay, piano (1 cd Klarthe, 2019). Julien Gernay est un pianiste accompli qui aime partager sa passion pour les divins cĂ©pages
 A dĂ©faut de pouvoir dĂ©guster crus, liqueurs, Ă©thers, divins nectars, sĂ©lectionnĂ©s par l’interprĂšte, mis en dialogue avec chaque sĂ©quence musicale de ce parcours singulier et personnel, le disque Ă©ditĂ© par Klarthe en fixe les marqueurs sonores pour des points de convergence, riches en Ă©motions croisĂ©es, qu’il faudra vivre, comme des promesses d’instants Ă  venir, en compagnie d’un Ɠnologue et pourquoi pas en prĂ©sence du pianiste lui-mĂȘme, vrai connaisseur des liquides enchanteurs. Et qui prend plaisir Ă  expliquer la connivence sensorielle entre telle Ă©criture musicale et tel vin
 « Vinophony », le titre laisse envisager pour la musique, une rĂ©ceptivitĂ© autre, prĂ©parĂ©e, permise par l’apport d’un breuvage qui lui correspond.
A la croisĂ©e des deux univers, musique et vins, l’interprĂšte comme un sorcier connaisseur des vertus de la nature sublimĂ©e par la main de l’homme, nous offre cette carte intime, remarquable et nouvelle gĂ©ographie qui exalte les sens.

 

 

Piano Ɠnologique

JULIEN GERNAY : VINOPHONY
un voyage enchanteur oĂč l’ivresse est musicale


 

 

 

Sur le plan strictement musical, le pianiste a le souci de la nuance, des couleurs, du chant intĂ©rieur (superbe Schubert : Impromptu n°4 D935). Puis, c’est l’efflorescence sonore, comme une cathĂ©drale de sons et de timbres qui s’organisent Ă  mesure que se dĂ©ploient les Variations qui construisent la Chaconne de Haendel ; puis c’est le temps schumannien, suspendu, celui de la maturation du « Soir / Das abends », ivresse Ă©perdue auquel rĂ©pond l’affirmation dĂ©terminĂ©e plus articulĂ©e et caracolante d’ « épanouissement / Aufshwung », conçu en un diptyque, vrai miroir oĂč dialogue l’esprit Ă  deux voix d’un Schumann ici crĂ©pitant et exaltĂ©.

Le Brahms expire une soie qui s’alanguit dans la pudeur et l’adieu maĂźtrisĂ© (Intermezzo). Ses deux LISZT convoque le grand clavier symphonique et spirituel du virtuose abbĂ©. La narration des annĂ©es de PĂšlerinage (en Suisse), dĂ©peint la VallĂ©e d’Obermann dans un crĂ©pitement sonore graduel dans lequel le pianiste exprime les sentiments qui Ă©treignent Liszt lui-mĂȘme, observateur inspirĂ©, face au motif naturel, traversĂ© par les souvenirs de son pĂ©riple. Chez le FaurĂ© qui suit, on distingue la fine espiĂšglerie aĂ©rienne, chantante, comme ennivrĂ©e (Barcarolle n°6) ; de mĂȘme la fluiditĂ© picturale, riche en nuances et rubatos habitĂ©s, racĂ©s, mordants, caractĂ©risĂ©s (Rumores de la Caleta de Albeniz) ; et cette ivresse des Ă©motions qui submergent et envoĂ»tent l’ñme enivrĂ©e, se libĂšre enfin dans l’excellent Debussy au titre Ă©vocateur d’un artiste syncrĂ©tiste et poĂšte entre les mondes : « les sons et les parfums se rĂ©pondent dans l’air du soir », chant d’une voluptĂ© tenace qui pourtant se dĂ©robe
 Le clavier magicien exprime la matiĂšre du rĂȘve voire de l’extase.

CLIC D'OR macaron 200En bref, sans pouvoir Ă©prouver le vertige sensoriel qu’apporte en conjonction, la dĂ©gustation d’un vin choisi et qui leur correspond, les 12 sĂ©quences musicales de ce parcours, hors format habituel, enivrent les sens grĂące Ă  la sensibilitĂ© Ă©lectrisante du pianiste, guide inspirĂ© et double passeur, pour un cheminement des mieux conçus. Passionnante ivresse. CLIC de CLASSIQUENEWS de dĂ©cembre 2019

 

 

 

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CD, critique. VINOPHONY : Julien Gernay, piano (1 cd Klarthe, 2019) – Plus d’infos sur le site de KLARTHE records
https://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/vinophony-detail

 

VINOHONY julien gernay cd klarthe critique review cd classiquenews critique concert piano KLA086couv_low

 

 

 

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Tracklisting / Programme du cd VINOPHONY :

HAENDEL  : Chaconne en Sol Majeur HWV 435‹SCHUMANN  : FantasiestĂŒcke  opus 12‹SCHUBERT  : Impromptu n°4 D935‹BRAHMS  : Intermezzo en la majeur opus 118‹SCHUBERT : « SoirĂ©es de Vienne » Valse Caprice n°6 S.427/6 (arr: F.LISZT)
LISZT  : AnnĂ©es de PĂšlerinage / Suisse – « VallĂ©e d’Obermann » S.160
LISZT  : Consolation n°3 S.172
FAURÉ  : Barcarolle n°6 opus 70
ALBENIZ : Recuerdos do Viaje : « Rumores de la Caleta » opus 71
DEBUSSY,   PrĂ©ludes Livre I : « les sons et parfums tournent dans l’air du soir »
DEBUSSY,  « Beau Soir » (arr: J.HEIFETZ)

Julien Gernay, piano

CD, critique. LOCAL BRASS Quintet : STAY TUNED (1 cd Klarthe Records / juil 2018)

LOCAL BRASS quintette critique cd classiquenews KLA065couv_lowCD, critique. LOCAL BRASS Quintet : STAY TUNED (1 cd Klarthe Records / juil 2018). LaurĂ©ats du prestigieux Osaka International Chamber Music Competition (Japon), les 5 cuivres du quintette Local Brass (formation parisienne nĂ©e en 2015) fixe envies, inspirations, rĂ©pertoires, rencontres 
 vĂ©cues pendant leurs trois premiĂšres annĂ©es de partage et de travail en musique de chambre. Les capacitĂ©s des jeunes instrumentistes semblent infinies au diapason d’une hyperactivitĂ© qui en dit long sur leur engagement et promet de futures belles rĂ©alisations : ne prenez que le cas de l’un d’entre eux, TancrĂšde Cymermann, professeur de tuba et d’euphonium au conservatoire de Cambrai
 dont le goĂ»t de la transmission s’électrise d’une rare disposition pour le jeu collectif (et l’écoute qui va avec
).
L’éventail des oeuvres de ce premier rĂ©cital discographique tĂ©moigne d’un Ă©largissement du rĂ©pertoire pour le quintette marquĂ© par la jeunesse et l’audace, le goĂ»t de l’exploration de nouveaux mondes sonores, comme en tĂ©moignent les deux crĂ©ations Ă  l’affiche de cette premiĂšre : « Souffle du ciel sur l’acier » de Jean-Claude Gengembre (timbalier solo du Philhar de Radio France), et « A game for six » de Thomas Enhco oĂč le piano dialogue avec les 5 cuivres en une Ă©popĂ©e instrumentale qui manie habilement impro jazzy et gĂ©nĂ©rositĂ© de timbres.
Pour se chauffer les 5 jouent les transcriptions des Valses PoĂ©tiques de Granados (arrangement Gabriel Philippot). Du piano au 5 cuivres, mĂ©lodies et rythmes gagnent un galbe nouveau, chaud et rond, oĂč la fusion des couleurs et des demi teintes cuivrĂ©es, en tuilage savamment calibrĂ©s, composent une mosaĂŻque sonore qui ressuscite le panache et la truculence ibĂ©riques. Granados permet de jouer sur la brillance caractĂ©risĂ©e et souvent opulente (pleine de saine ardeur mĂ©diterranĂ©nenne) des timbres : beaux contrastes de caractĂšres entre la valse lente et l’allegro humoristique, sans omettre l’abandon scherzando de « l’Allegretto » (au phrasĂ© Ă©lĂ©gantissime). Outre le dĂ©tail des lignes mĂ©lodiques, frappe aussi l’équilibre des plans sonores, une spatialisation naturelle instaurĂ©e par le volume propre Ă  chaque type d’instrument.

Saluons la Sonate de Derek Bourgeois (1980) en 3 mouvements: l’obligation de la prĂ©cision et de la synchronicitĂ©, le geste virtuose et libre y ont nĂ©cessairement scellĂ© ici une sonoritĂ© en partage que Local Brass dĂ©ploie remarquablement.
Comme un riche vitrail musical, colorĂ©, plein d’accents, la Sonate – triptyque joue sur l’ampleur et la rondeur de la sonoritĂ© globale et les profils individualisĂ©s que peuvent creuser chacun des instruments, surtout les 2 trompettes et le trombone. « L’Andante Piangevole » berce par sa calme mĂ©lopĂ©e, d’une sensualitĂ© inquiĂ©tante et grave
 tandis que fascine l’éloquence des seconds plans que sait ciseler chaque instrumentiste. Le finale brillant a le panache triomphant, clair et dĂ©monstratif.

CLIC D'OR macaron 200Et comme un feu d’artifice qui souligne encore l’éloquence de ce collectif Ă  la fois racĂ© et percutant, le mĂȘme Gabriel Philippot transcrit pour l’effectif enjouĂ©, la DanzĂłn n°2 d’Arturo MĂĄrquez : jubilation libre mais fine et prĂ©cise oĂč derechef le piano et les percus se joignent au Quintette inspirĂ©. Les 5 rendent hommage au fondateur du Sistema du Venezuela, JosĂ© Antonio Abreu, disparu en mars 2018, en une danse Ă  la fois mĂ©lancolique mais aux rythmes endiablĂ©s, irrĂ©sistibles auxquels les prodigieux cuivres, surtout trombone et tuba apportent un surcroĂźt de ronde bonhommie, de gĂ©nĂ©reuse ivresse, dĂ©licieusement chaloupĂ©e. Le rĂ©sultat transporte et surprend dans un morceau qui fut le plus jouĂ© de l’orchestre des Jeunes crĂ©Ă© par Abreu. RĂ©jouissante premiĂšre, et dans un effectif original.

 

 

 

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CD, critique. LOCAL BRASS Quintet : STAY TUNED (1 cd Klarthe Records / enregistrement réalisé en juil 2018)

Granados : Valses Politicos
Gengembre : Souffle du ciel sur l’acier
Enhco : A game for six*
Bourgeois : Sonata
Marquez : Danzon n°2**

Local Brass Quintet
François PETITPREZ / Trompette – ‹Javier ROSSETTO / Trompette – ‹Benoit COLLET / Cor‹ – Romain DURAND / Trombone – ‹TancrĂšde CYMERMAN / Tuba.
InvitĂ©s :‹ Thomas ENHCO / Piano‹* – Mathilde NGUYEN / Piano‹** – Cyrille GABET / Percussions**.

https://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/musique-de-chambre/stay-tuned-detail

Label : Klarthe Records
Référence : 8314288120825
EAN : 5051083142885

CD, critique. RAVEL l’exotique. MUSICA NIGELLA (1 cd Klarthe records)

RAVEL exotique musica nigella critique cd annonce concerts classiquenews klarthe records critique classiquenews KLA083couv_lowCD, critique. RAVEL l’exotique. MUSICA NIGELLA (1 cd Klarthe records) – Belles transcriptions (signĂ©es TakĂ©nori NĂ©moto, leader de l’ensemble) dĂ©fendues par le collectif Musica Nigella : d’abord le triptyque ShĂ©hĂ©razade (1903) affirment ses couleurs exotiques fantasmĂ©es, tissĂ©es, articulĂ©es, soutenant, enveloppant le chant suave et corsĂ© de la soprano Marie Lenormand (que l’on a quittĂ©e en mai dans la nouvelle production des 7 pĂ©chĂ©s de Weill Ă  l’OpĂ©ra de Tours). En dĂ©pit d’une prise mate, chaque timbre se dessine et se distingue dans un espace contenu, intime, rĂ©vĂ©lant la splendeur de l’orchestration ravĂ©lienne ; dĂ©sir d’Asie ; onirisme de La FlĂ»te enchantĂ©e ; sensualitĂ© frustrĂ©e de L’indiffĂ©rent. La soliste convainc par son intelligibilitĂ© et la souplesse onctueuse de son instrument.

La sensualitĂ© aĂ©rienne, oxygĂ©nĂ©e de Ravel s’affirme dans l’introduction et allegro de 1905 – enchantement et sortilĂšges de la harpe ; volet central du cycle, les Trois poĂšmes d’aprĂšs MallarmĂ©, partitions de maturitĂ© de 1913 qui tĂ©moignent de l’extrĂȘme sensibilitĂ© du compositeur dans le choix de ses textes, eux-mĂȘmes porteurs d’un exotisme au delĂ  des clichĂ©s folkloriques. Solistes et instrumentistes en expriment le climat d’extase et d’adieu, la souplesse grave et amĂšre, parfois suspendue Ă©nigmatique (harmonies chromatiques de « Placet futile »), jusqu’au mystĂšre planant du dernier « Surgi de la croupe et du bond», Ă  la dĂ©clamation hallucinĂ©e comme une invocation « étrange »(dixit Ravel), vers l’autre monde
 Dommage nĂ©anmoins que le livret ne publie pas les textes complets.

Puis c’est le balancement lancinant de Tzigane (1924), Ă©noncĂ© comme une mĂ©lopĂ©e elle aussi Ă©trange, venue d’ailleurs, capable de dĂ©flagrations d’une sensualitĂ© torride dont la transcription ici exprime la texture brute, bel effet de timbres, et rĂ©vĂ©rence Ă  nouveau au talent du Ravel magicien des couleurs et des mĂ©lodies enchantĂ©es.

Illustrant le thĂšme d’un exotisme colorĂ©, la derniĂšre piĂšce Rhapsodie espagnole (1907), contemporaine de L’heure espagnole, plonge en plein rĂȘve ibĂ©rique de Ravel : chaque instrumentiste veille aux Ă©quilibres de l’émission, selon le caractĂšre de chacune des 4 sĂ©quences : langueur un rien inquiĂšte du PrĂ©lude Ă  la nuit ; Ă©noncĂ© subtil (arachnĂ©en) de la courte Malagueña ; qui comme la Habanera qui suit, exprime l’exquise tentation de Ravel pour l’allusion la plus onirique. Jamais strictement narratifs ou illustratifs, les instrumentistes de Musica Nigella savent mesurer ce qui se joue sous chaque note : l’éclosion d’un soupir, la respiration d’un court sentiment. Tout Ravel est lĂ  dans ce jeu des Ă©quilibres et des nuances, entre langueur, enchantement, ivresse et jubilation instrumentale. Superbe programme qui est donc comme une cĂ©lĂ©bration de l’invention et de la rĂ©volution ravĂ©liennes.

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CD, critique. RAVEL l’exotique. MUSICA NIGELLA (1 cd Klarthe records) – enregistrement rĂ©alisĂ© en juin 2018 en Pas-de-Calais.

Shéhérazade
Introduction et allegro
Trois poÚmes de Stéphane Mallarmé
Tzigane, Rapsodie de concert
Rapsodie espagnole

Ensemble Musica Nigella
Takénori Némoto, direction musicale et transcription
Marie Lenormand, mezzo-soprano
Pablo Schatzman, violon
Iris Torossian, harpe

https://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/ravel-lexotique-detail

ENTRETIEN avec Gabriel SIVAK à propos de son dernier album édité par Klarthe (« La Patience, Formes de la voix », mai 2019)

sivakENTRETIEN avec Gabriel SIVAK Ă  propos de son dernier album Ă©ditĂ© par Klarthe (« La Patience, Formes de la voix », distinguĂ© en mai 2019 par un « CLIC » de CLASSIQUENEWS). Un programme monographique qui rĂ©capitule le travail du compositeur sur la voix
 le chant soliste et choral chante, murmure, espĂšre. D’autant plus que le compositeur choisit avec soin chaque poĂšme et chaque vers qui l’inspire spĂ©cifiquement. En quĂȘte de couleurs, de rĂ©sonances, de sens, Gabriel Sivak, dans une Ă©criture Ă  la fois « surrĂ©aliste et imagĂ©e », – nous dirions aussi onirique et fantastique, voire souvent Ă©nigmatique, fait chanter les mots
 Explications pour CLASSIQUENEWS.COM

CLASSIQUENEWS / CNC : Vous intitulez ce programme monographique, “Formes de la voix”. Pouvez vous prĂ©ciser le rĂŽle et le fonctionnement du chant et de la voix dans l’Ă©laboration de vos oeuvres ?

GABRIEL SIVAK : Dans chaque piĂšce, il y a un traitement particulier:  Pour  ”The loveless land”, sur le poĂšme “To my wife” d’Oscar Wilde il y a un cĂŽtĂ© intimiste, comme une confession pudique que j’essaie de souligner dans la thĂ©ĂątralitĂ© des voix.
Pour « Voyelles »  de Rimbaud, le traitement du texte est plus contemporain et dĂ©structuré , mais il y a une sorte de refrain qui revient toujours et qui donne la colonne vertĂ©brale Ă  la piĂšce. Aussi, j’ai beaucoup pensĂ© Ă  crĂ©er des liens entre les voyelles et les couleurs des harmonies. Dans ce sens, la  pensĂ©e est plus harmonique et verticale.

CLASSIQUENEWS / CNC : Le texte et le choix des poÚmes sont fondamentaux. Comment opérez-vous la sélection des textes ? Selon quels critÚres ?

GABRIEL SIVAK : Il faut que je sente une affinitĂ© avec le texte, une certaine magie ou quelque chose qui n’est pas complĂštement dĂ©voilĂ© oĂč la musique puisse trouver sa place. Je pense beaucoup Ă  la musicalitĂ© des mots aussi: parfois c’est comme une vague qui rentre pile dans le doigt, c’est le cas de “Le nombre”, troisiĂšme  mouvement de “La Patience” de RenĂ© Char. J’Ă©tais en voyage en Inde et j’ai lu la phrase “ils disent des mots qui leur restent au coin des yeux” et j’ai tout de suite entendu la mĂ©lodie. J’ai aussi une vieille habitude qui est de chercher des poĂšmes peu connus des auteurs que j’aime bien pour ,en quelque sorte, tenter de les sortir de l’oubli.

CLASSIQUENEWS / CNC : Vos origines argentines influencent-elles votre travail et le choix des textes justement ? Y a t il des thĂšmes qui vous sont chers ?

GABRIEL SIVAK : Le fait d’ĂȘtre argentin pour moi ce n’est pas une attirance en soi-mĂȘme, les choix des poĂštes argentins dans “tres instantes oniricos” est assez intuitif.
Juan JosĂ© Saer est un Ă©crivain que j’aime bien mais ce qui m’a sĂ©duit dans son texte “de los alamos », c’est le fait de le retrouver sous une facette que je ne connaissais pas du tout, avec un cĂŽtĂ© surrĂ©aliste et imagĂ© qui convient parfaitement Ă  mon style d’écriture.
Dans “CreĂŹa yo” de Macedonio Fernandez, j’ai bien aimĂ© cette forme de « lutte »  qu’il y a entre l’amour et la mort, c’est ce que la musique essaie d’exprimer .
En ce qui concerne le poĂšme  « Tarde »  de Juan. l. Ortiz c’est la phrase “el mundo es un pensamiento realizado de la luz”, qui  m’a captivĂ© d’emblĂ©e .

CLASSIQUENEWS / CNC : Dans ce programme monographique Ă  travers les diverses formes vocales (solos, duos, choeurs d’enfants, de femmes…), comment fonctionnent la voix et la musique dans chaque “dispositif” vocal ? Quel est le parcours que l’auditeur Ă©prouve du dĂ©but Ă  la fin ?

GABRIEL SIVAK : il y a des piĂšces comme «  Qui froisse les fleurs? »  du poĂšte Gilles De Obaldia, dans lesquelles il y a une universalitĂ© dans les mots qui m’a tout de suite touchĂ© et qui essaie de rebondir dans le traitement de la polyphonie et l’accompagnement instrumental avec la harpe et les ondes martenot.

Dans le Concerto pour Chanteur de Slam et Orchestre,  la musique essaie d’amplifier le texte du Slammeur Ganji ; il y a une recherche permanente d’Ă©quilibre entre l’Ă©criture instrumentale et l’accompagnement au service de la voix.
J’ai dĂ» beaucoup travailler pour m’approcher de l’univers du slam et du rap en gardant ma personnalitĂ©. Je me suis Ă©loignĂ© de ma zone de confort:  j’ai assistĂ© Ă  des soirĂ©es de rap, j’ai Ă©coutĂ© du beatbox pendant des mois et cela a Ă©tĂ© une expĂ©rience trĂšs riche. J’avoue que je suis trĂšs satisfait du rĂ©sultat.

Patience gabriel sivak cd klarthe critique classiquenewsLe parcours formel que j’ai trouvĂ© pour ce disque est en lien avec l’Ă©volution naturelle de la voix:  le dĂ©part avec la voix de bĂ©bĂ©, qui se transforme en voix d’enfant puis en voix de femme pour ensuite donner la place Ă  la musique de chambre oĂč intervient la voix d’homme et finalement s’achever avec le concerto pour chanteur de slam et orchestre, une touche inattendue au dĂ©but du parcours. En bonus track cachĂ©,  la voix de bĂ©bĂ© revient pour fermer la boucle. J’accorde beaucoup d’importance Ă  la forme de mes disques et pour cet album, c’est dans ce parcours que j’ai trouvĂ© la clef.

Propos recueillis en mai 2019

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Actualité de Gabriel Sivak : « La Patience, Formes de la voix », nouvel album édité par Klarthe records, CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2019

LIRE notre critique du cd La Patience de Gabriel Sivak :
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-critique-la-patience-gabriel-sivak-1cd-klarthe-records-enregistrements-2010-2018/

CD Ă©vĂ©nement, critique. LA PATIENCE, Gabriel Sivak (1cd KLARTHE records, enregistrements 2010 – 2018)

Patience gabriel sivak cd klarthe critique classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. LA PATIENCE, Gabriel Sivak (1cd KLARTHE records, enregistrements 2010 – 2018). Superbe monographie des piĂšces de l’Argentin Gabriel Sivak. C’est un compositeur qui plonge dans les possibles et les ressources du rĂȘve
 qui s’obstine mais avec patience, Ă  dĂ©livrer quelques clĂ©s pour la paix universelle. De tous les mondes sonores enchainĂ©s ici et formant une stimulante monographie sonore, il ressort une qualitĂ© motrice Ă  l’amorce de tout Ă©panouissement musical : l’émerveillement. C’est le cas des espoirs contenus et cristallisĂ©s par le chƓur des enfants de la Patience (qui donne le titre du prĂ©sent cd), rĂ©cit murmurĂ©, enchantĂ© ponctuĂ© par le quatuor Ă  vent, d’une activitĂ© Ă©lectrique onirique ; la piĂšce qui donne le titre de l’album indique clairement un programme divers, faussement Ă©clectique dont la facultĂ© Ă  stimuler l’imagination reste primordial et vitale.
Le caractĂšre de Voyelles d’aprĂšs Rimbaud est plus onirique et atmosphĂ©rique, plus harmonique que vraiment linguistique, d’une ivresse comme aspirĂ©e et verticale, parfaitement dĂ©fendu par les 10 femmes, anciennes chanteuses de la MaĂźtrise de Radio France (qui en a passĂ© commande au compositeur)

ONIRISME en facettes
les mondes enchantés de Gabriel Sivak

sivakPlus sinueux Ă  travers la voix haut percĂ©e et cristalline de la soprano, To my Wife (The Loveless land), Ă©pouse les Ă©thers rĂȘvĂ©s, Ă©chafaudĂ©s par le poĂšte Oscar Wilde, dont la texture comme Ă©trange et mĂȘme parfois inquiĂšte, est tissĂ©e aux deux voix solistes soprano et tĂ©nor sur un piano diaphane, cristallin mais en activitĂ© perpĂ©tuelle. C’est pour nous la piĂšce fugace, Ă©vanescente la plus captivante au sens strict. Car elle mĂȘle avec dĂ©lices et hĂ©donisme formel, la stridence inquiĂšte (qui renvoie Ă  la sexualitĂ© maudite et aux humiliations dont fut victime le poĂšte Ă©crivain britannique) et un caractĂšre Ă©tranger, purement poĂ©tique quasi inaccessible. Entre douleur et abstraction.
Tout aussi Ă©perdus, vrais appels aux rĂȘves ou au songe Ă©veillĂ©s, les trois instants oniriques / « Tres Instantes Oniricos », chantĂ©s en espagnol : s’y joue le combat perpĂ©tuel entre amour et mort (« CreĂ­a yo » / j’y croyais moi), en tensions et dĂ©tentes perlĂ©es et micro cellules musicales qui disent une activitĂ© permanente, souterraine de l’intime
 superbement exprimĂ©e par le trio : Patrick Langot (violoncelle), Romain David (piano) et la soprano Maya Villanueva,
 trois passeurs manifestement touchĂ©s par la grĂące en miniature de ces trois piĂšces dont ils ont passĂ© commande (2016). Distinguons de la mĂȘme façon le caractĂšre scintillant et hyperactif, murmurĂ©, vibratile du dernier Ă©pisode « De los alamos » (Des peupliers) : hymne hallucinĂ© Ă©prouvĂ© sur le motif naturel (Sivak y rĂ©vĂšle et dĂ©ploie une sensibilitĂ© ravĂ©lienne). Superbe Ă©vocation d’une pure expĂ©rience de Nature., avec pour la soliste, la maĂźtrise naturelle de la voix parlĂ©e, dĂ©clamĂ©e, chantante


Comme pour exprimer la matiĂšre des nuages (« Le raboteur des nuages »), Gabriel Sivak inspirĂ© par un poĂšme de Gilles de Obaldia, a recours aux ondes Martenot, et leurs lignes infinies non vibrĂ©es qui crĂ©ent des sons perchĂ©s, mystĂ©rieux, incisifs, d’une grande qualitĂ© onirique lĂ  encore, oĂč s’accrochent le texte chantĂ© et dit par le chƓur (l’homme a la clĂ© de son bonheur).

CLIC_macaron_2014Pour les amateurs de slam, au texte permanent, sur un tapis orchestral ciselĂ©, les deux piĂšces pour chanteur et orchestre (« L’homme-qui-Ă©crit », puis « OĂč est ma muse ? » dit ici par le slameur Ganji) confirment les thĂšmes qui inspirent Sivak : la crĂ©ation expose les sujets du rĂȘve ; le rĂȘve rĂ©alise les aspirations de l’ĂȘtre ; le crĂ©ateur a la capacitĂ© d’ouvrir la grande boĂźte de Pandore et d’exprimer par le chant des instrument, ce langage de rĂ©vĂ©lation
 Pour Sivak, le compositeur ne serait-il pas ce passeur enchantĂ©, grand rĂ©vĂ©lateur des mondes invisibles ? ; il est cette pythie moderne qui dans la matiĂšre du rĂȘve, dĂ©tecte et transmet les clĂ©s d’un monde parfait. Le programme offre un cycle des plus complets des rĂ©centes piĂšces Ă©laborĂ©es par le compositeur contemporain. Les 7 sĂ©quences enregistrĂ©es entre 2010 et 2018 offrent une premiĂšre monographie : corpus Ă©clairant, lumineux, d’une riche vie intĂ©rieure. CLIC de CLASSIQUENEWS avril 2019.

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CD Ă©vĂ©nement, critique. GABRIEL SIVAK : LA PATIENCE, Formes de la voix (1 cd KLARTHE records, enregistrements 2010 – 2018 – 51 mn). illustration : Gabriel Sivak (DR)

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Programme / 7 séquences :

Berceau de nuit
Voix de bébé : Héloïse Sivak

La patience – Commande de l’institut français d’art chorale
ChƓur d’enfants de bourg La reine et quatuor a vents du C.R.R. de Paris / Direction : EmmanuĂšle Dubost et Aude Glatard

Voyelles – Commande de la MaĂźtrise de Radio France
Anciennes chanteuses de la MaĂźtrise de Radio France / Piano : AgnĂšs Bonjean / Direction: EmmanuĂšle Dubost

The loveless land
Soprano : Maya Villanueva / Ténor : Pierre Antoine Chaumien / Piano : François Henry

Tres instantes Oníricos  / Commande de Patrick Langot, Maya Villanueva et Romain David
Soprano : Maya Villanueva / Violoncelle : Patrick Langot / Piano : Romain David

Le raboteur de nuages  /  Commande de ChƓur en scùne
ChƓur en scĂšne sous la direction d’EmmanuĂšle Dubost / Nadia Ratsimandresy : Ondes Martenot / Florence Bourdon : Harpe

Deux piĂšces pour chanteur de Slam et Orchestre
Commande de l’Orchestre de Picardie / Textes : Ganji / Direction : Arie Van Beek / Ganji : Chant
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+ d’infos sur le site du label KLARTHE records
http://www.klarthe.com/index.php/en/records-en/musique-de-chambre/la-patience-detail

CD, critique. GĂ©raldine Casey, soprano : ESPAÑA ! (1cd KLARTHE)

espana-geraldine-grisey-cd-klarthe-records-critique-cd-review-cd-classiquenews-annonce-critique-cdCD, critique. GĂ©raldine Casey, soprano : ESPAÑA ! (1cd KLARTHE). Nous avions remarquĂ© son cd Mozart : oĂč son sens expressif et sa plasticitĂ© comme coloratoure savaient relire avec vivacitĂ© et investissement les airs redoutables Ă©crits par Mozart
 Klarthe Ă©dite un tout autre programme oĂč la cantatrice française troque l’agilitĂ© et le legato mozartiens pour l’esprit de la couleur ibĂ©rique, le sens du rythme, l’intelligence et les intentions du verbe incarné  sans omettre, un Ă©panchement nuancĂ© dans la douleur, la pudeur blessĂ©e, ce tragique contenu et toujours digne, qui fait l’orgueil des hĂ©roĂŻnes hispaniques
 et aussi la profondeur souvent mal comprise de la majoritĂ© des piĂšces concernĂ©es.
Le choix de l’interprĂšte se porte sur les mĂ©lodistes espagnols des XIXĂš et XXĂš, dont le travail ressuscite dans l’écriture « savante », la force et la sincĂ©ritĂ© des idiomes traditionnels et populaires. Comme le prĂ©cise GĂ©raldine Casey dans le texte de la notice, tous les compositeurs ainsi rĂ©unis sont pianistes (d’oĂč le raffinement de l’accompagnement au clavier) ; ils sont tous marquĂ©s par l’impressionnisme des parisiens Debussy et Ravel, enrichissant encore la palette ibĂ©rique de nuances harmoniques Ă  la française. Le jaillissement des sentiments se double ainsi d’une Ă©vocation trĂšs fine des situations et des climats qui portent les Ă©motions du chant.

 

 

 

GĂ©raldine Casey : coloratoure convaincant

COULEURS ET NUANCES DES MELODIES IBERIQUES

 

 

 

La soprano sait renouveler son approche stylistique en accordant un soin particulier dans la rĂ©solution de tout ce qui fait le caractĂšre primitif, suave, populaire de ce folklore authentique ainsi collectionnĂ© et sublimĂ© par chacun (effets spĂ©cifiques tels que triolets, portamenti, forte subito, cante jondo, 
 autant de rĂ©miniscences du flamenco). La coloratoure de GĂ©raldine Casey s’inscrit avec justesse et lĂ©gitimitĂ© dans le sillon de la cantatrice catalane, elle-mĂȘme coloratoure : Maria Barrientos qui a crĂ©Ă© nombre de mĂ©lodies de De Falla, Granados, Mompou. Truculence, malice, double voire triple lecture de textes Ă©quivoques
 la diva française apporte un rĂ©el piquant Ă  des chansons qui exigent une richesse d’intentions et d’intonations poĂ©tiques et expressives
. dignes de l’opĂ©ra.

Les mĂ©lodies contrastĂ©es, pleines de caractĂšres et de vivacitĂ© (De Donde venis?) d’un Rodrigo cabotin (exigeant des aigus trĂšs hauts perchĂ©s), ou avant, la bonhommie trĂšs textuelle du sublime « Iban al pinar” (plage 10)
 du barcelonais Granados (
 de Barcelone, comme Mompou et Obradors). Justement de Mompou, soulignons la profondeur (chant d’une grande pleureuse – entre berceuse et priĂšre ?) de  « Aurena do si  » dont la couleur est Ă  la fois tragique et langoureuse – proche de Elle dans La voix Humaine de Poulenc. Une vĂ©ritable scĂšne d’opĂ©ra mais en miniature.

Avec Falla prĂ©cisĂ©ment, nous tenons la clĂ© de cette musique abusivement cataloguĂ©e lĂ©gĂšre, secondaire car d’inspiration populaire. Falla permet et rĂ©alise l’anoblissement du folklorique justement grĂące Ă  l’intelligence et la sensibilitĂ© de son Ă©criture vocale et pianistique ; pas d’illustratif ni de dĂ©coratif : mais l’expression juste du sentiment et de l’intime. C’est ce qui saisit immĂ©diatement Ă  l’écoute de ses mĂ©lodies de jeunesse / canciones de Juventud (Preludios et Dios mio, Que solos se quedan los muertos!).
MĂȘme richesse et ambivalence des registres chez Mompou encore. Ainsi, peu connus, les deux volets de « Combat del Somni » : d’un calme triste et tendre ; le premier presque le plus long du recueil (3mn25) et qui suppose une intensitĂ© doloriste sans appui forcĂ©, proche du texte. MĂȘme subtilitĂ© de ton pour le second plus court (moins de 2mn : Jo et pressenta con la mar
), Ă  l’allant plus liquide, lĂ©ger qui convient idĂ©alement au timbre du soprano lĂ©ger.
Le programme se libĂšre dans un lyrisme tout aussi Ă©motionnel : « Les folles d’amour / Las locas por amor » de Turina allient ivresse, panache et couleurs, avec un dernier aigu, charnu, clair et brillant. Une Ă©criture vive et presque dĂ©lirante Ă  laquelle rĂ©pond l’agilitĂ© trĂšs Ă©vocatrice du piano (impeccable de Philippe Barbey-Lallia).

Plus rĂȘveur, mais hypersensible,  l’élĂ©gie Ă©ternelle (« ElegĂ­a eterna ») de Granados gagne en intensitĂ© grĂące Ă  l’aigu hypercristallin et vibrĂ© de la diva, comme hallucinĂ©e par sa propre voix et ses aigus perçants. Conclusion pleine d’audace et de volontĂ© diamantine, de tendresse Ă©perdue, d’émotivitĂ© poĂ©tique pour un programme qui est un voyage, Ă©crit comme un carnet de bord personnel, d’une diversitĂ© enivrante.

 

 

 

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CD, critique. GĂ©raldine Casey, soprano : ESPAÑA ! Obradors, Nin, Rodrigo, De Falla, Turina, Mompou, Granados. Philippe Barbey-Lallia, piano (1cd KLARTHE enregistrement rĂ©alisĂ© en avril 2018 – Parution : avril 2019).

VIDEO, TEASER CD événement. QUATUOR OPUS 333 : SUSPIROS DE ESPANA (1 cd Klarthe)

opus 333 sospiros de espana cd presentation critique classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, annonce. QUATUOR OPUS 333 : SUSPIROS DE ESPANA (1 cd Klarthe). VoilĂ  dĂ©jĂ  10 ans que les quatre instrumentistes d’OPUS 333 enrichissent toujours et encore leur rĂ©pertoire, taillĂ© sur mesure, Ă  force de transcriptions et arrangements d’une exceptionnelle expressivitĂ©. Jouer quatre instruments identiques (tubas ou saxhorns), n’est pas sans poser de sĂ©rieux dĂ©fis techniques et sonores : mais la cohĂ©rence de la dĂ©marche, l’entente complice de chacun, la personnalitĂ© aussi de chaque interprĂšte rĂ©ussissent ce nouvel album entiĂšrement dĂ©diĂ© Ă  l’Espagne, celle colorĂ©e et scintillante de Albeniz et Granados, sans omettre Falla, aux cĂŽtĂ©s du plus hispaniques des Français (qui ne mit jamais les pieds en terres ibĂ©riques) : Bizet.

Opus 333 dĂ©montre qu’il est possible de rĂ©Ă©couter des standards musicaux que l’on croyait connaĂźtre grĂące Ă  un jeu ciselĂ©, … Ă  l’écoute et aux jeux dialoguĂ©s en partage. Et le ton est donnĂ© dans le titre mĂȘme : « Sospiros de España » / CLIC D'OR macaron 200soupirs d’Espagne : d’aprĂšs Alonso, la piĂšce maĂźtresse de cette nouvelle collection d’arrangements cultive en une ambivalence captivante, la volutpĂ© oublieuse et mĂ©lancolique et le panache racĂ© le plus assumĂ©. Somptueuse audace artistique, dĂ©fendue par quatre tempĂ©raments musiciens. CD Ă©vĂ©nement. CLIC de CLASIQUENEWS de mars 2019. Grande critique Ă  venir dans la mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS.

 

 

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VISITEZ aussi le site du QUATUOR OPUS 333, 4 saxhornistes – fondĂ© en 2009
http://www.opus333.com

 

 

opus 333 quatuor saxhorns critique cd annonce concerts festivals classiquenews

 

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VISITEZ AUSSI le site du label KLARTHE records, reconnu par CLASSIQUENEWS par sa dĂ©marche exemplaire comme tremplin des jeunes solistes audacieux, des formations françaises…
http://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/suspiros-de-españa-detail

 

 

CD Ă©vĂ©nement, critique. HALEVY : Le Dilettante d’Avignon : Marzorati / Piquemal (2 cd Klarthe records – 2014)

CD Ă©vĂ©nement, critique. HALEVY : Le Dilettante d’Avignon : Marzorati / Piquemal (2 cd Klarthe records – 2014). L’auteur de cette dĂ©licieuse pochade satirique se moque et cĂ©lĂšbre Ă  la fois, les qualitĂ©s de la musique italienne, et les travers du milieu parisien prĂȘt Ă  l’idolĂątrer
HalĂ©vy excelle Ă  railler ce qui a fait justement le succĂšs de Rossini dans le Paris de la premiĂšre moitiĂ© du XIXù

Halevy opera annonce critique opera dilettante d avignon piquemal halevy KLARTHE records  cd opera critique KLA073couv_lowQuand le directeur de thĂ©Ăątre Maisonneuve devenu par passion Casanova s’émeut de la langue italienne, c’est comme si sur la scĂšne ressuscitait Mr Jourdain apprenant la langue française. NaĂŻf et touchant par la sincĂ©ritĂ© de son goĂ»t italien, Maisonneuve (excellent Renaud Marzorati) dĂ©sespĂšre car le français n’a pas d’accent mais sait s’enthousiasmer en invitant une troupe de chanteurs italiens sur les planches de son thĂ©Ăątre. La situation est cocasse : elle renvoie Ă  toute l’histoire de l’opĂ©ra et de la musique europĂ©enne, scandĂ©e par la rivalitĂ© des cultures et des styles et surtout comme ici, la volontĂ© de fusion des deux Ă©coles.
On ne louera pas assez cette initiative discographique : exhumer des pĂ©pites lyriques, qui allie une intrigue resserrĂ©e dans une mise en forme raffinĂ©e, subtilement dĂ©lirante ; c’est assurĂ©ment le cas de cette comĂ©die drĂŽlatique signĂ© d’un auteur qui fit l’ñge d’or du grand opĂ©ra Ă  l’OpĂ©ra de Paris : Fromental HalĂ©vy (Prix de Rome 1819), mentor d’Offenbach dans la Capitale.
La finesse se moque ici des styles italiens (Rossini) et français (couplets de Valentin) : ainsi le « duo Ă  trois voix », CD2 oĂč brillent aux cĂŽtĂ©s d’Arnaud Marzorati, Mathias Vidal (Dubreuil, compositeur parisien qui singe les italiens) et Virginie Pochon (Marinette), Ă  la fois sincĂšres et satiriques. Le jeu thĂ©Ăątral est finement polissĂ© et restitue Ă  ce mini opĂ©ra, sa nature de pochade enlevĂ©e, hyperĂ©lĂ©gante. Fromental HalĂ©vy s’y dĂ©lecte Ă  exprimer son amour du genre lyrique (le Dilettante c’est lui). Le compositeur tort le cou aux codes d’un systĂšme Ă©culĂ© : Ă  l’époque oĂč rĂšgne Rossini Ă  Paris, il suffit de se dire italien pour ĂȘtre jouĂ© dans les thĂ©Ăątres parisiens (c’est donc le cas de Dubreuil imposteur gĂ©nial, Ă  Paris et Ă  Avignon)

Dans ce joyau opĂ©ratique et comique, toutes les Ă©quipes de l’OpĂ©ra d’Avignon savourent les degrĂ©s mĂȘlĂ©s d’une partition souvent dĂ©lirante.

CLIC D'OR macaron 200Le label Klarthe jamais en reste pour la dĂ©fense duHALEVY Fromental_Halevy_by_Etienne_Carjat-crop patrimoine français dĂ©voile ainsi une pĂ©pite lyrique qui succĂ©da de quelques mois au triomphe du Guillaume Tell de Rossini(1829). La rĂ©vĂ©lation est totale, nuançant l’hĂ©gĂ©monie de Rossini dans les annĂ©es 1820, servie par l’engagement gĂ©nĂ©rale d’une troupe allumĂ©e. La rĂ©ussite de cet enregistrement live (avec applaudissements, OpĂ©ra Grand Avignon, avril 2014), vĂ©ritable recrĂ©ation depuis l’époque romantique est assurĂ© par le choix des solistes et l’engagement des instrumentistes de l’orchestre choisi : Orchestre RĂ©gional Avignon-Provence sous la direction, articulĂ©e, pĂ©tillante de Michel Piquemal. VoilĂ  une nouvelle rĂ©alisation majeure pour la redĂ©couverte de l’opĂ©ra romantique français. Qui connaĂźt cette veine comique du trĂšs sĂ©rieux HalĂ©vy, rĂ©putĂ© pour La Juive, ou Clari (ressuscitĂ© par Cecilia Bartoli) et rĂ©cemment La Reine de Chypre ?

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CD Ă©vĂ©nement, critique. HALEVY : Le Dilettante d’Avignon (1829). 2cd Klarthe records – enregistrĂ© en avril 2014 Ă  l’OpĂ©ra d’Avignon) – CLIC de CLASSIQUENEWS

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LIRE aussi notre prĂ©sentation annonce du Dilettante d’Avignon de HalĂ©vy par Arnaud Marzorati et Mathias Vidal Ă  l’OpĂ©ra d’Avignon (2014):
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-halevy-le-dilettante-davignon-piquemal-2-cd-klarthe-2014/

CD, critique. REFLETS : récital de Julien Hardy, basson (1 cd KLARTHE records, 2017)

reflets julien hardy cd critique annonce concert classiquenews kla032couv_lowCD, critique. REFLETS : rĂ©cital de Julien Hardy, basson (1 cd KLARTHE) – En 50 mn, voici un tour d’horizon de la vitalitĂ© crĂ©ative française, au dĂ©but du XXĂš, rĂ©servĂ©e Ă  la musique de chambre avec basson. Capable d’un timbre fruitĂ©, rond, grave, – d’un remarquable flexibilitĂ© expressive, voire somptueusement lugubre, le basson concertant fait un excellent partenaire chambriste. Le goĂ»t et la musicalitĂ© du bassoniste Julien Hardy (instrumentiste au sein du Mahler Chamber Orchestra et aussi, entre autres, basson solo du Philharmonique de Radio France) aurait certainement retenu l’attention du divin Rameau, premier maĂźtre inspirĂ© pour l’instrument (dans l’orchestre certes). ExposĂ© mais d’une maĂźtrise absolue, le soliste s’ingĂ©nie Ă  colorer et articuler chaque sĂ©quence dans cette collection de piĂšces inspirĂ©es (Saint-SaĂ«ns, Dutilleux
) ou plus sĂ©duisante voire dĂ©corative (FaurĂ©, surtout Romance et Tarentelle d’un D’Ollone, Prix de Rome prĂ©coce, au style plutĂŽt salonier et acadĂ©mique). Mais la finesse et la sensibilitĂ© agogique de l’interprĂšte par sa grande inventivitĂ© en nuances (ce qui n’empĂȘche pas une belle franchise d’émission) sait rĂ©vĂ©ler toutes les pĂ©pites de cette collection de mĂ©lodies, comme le caractĂšre de chaque Ă©criture. L’attention Ă  l’intonation, la souplesse dans le raffinement expressif indique un jeu et une technique d’excellence, emblĂ©matique de cette approche française des vents, si dĂ©licate et puissante Ă  la fois. Du tempĂ©rament et de la dĂ©licatesse, du brio comme de l’intĂ©rioritĂ©. Belle Ă©quilibre.
Le choix de Koechlin se montre profitable dans ce panorama qui n’aurait Ă©tĂ© que valeureux par son Ă©clectisme rĂ©jouissant : la Sonate opus 71 et les Trois piĂšces opus 34 tĂ©moignent Ă  la fois de l’enthousiasme du compositeur pour les ressources de l’instrument, mais aussi de sa grande connaissance technique du basson. Parlant de leur soliditĂ© et de leur ineffable expressivitĂ©, le compositeur sait aussi ciseler un son, qui bascule vers le mystĂšre et la profondeur opulente. Un caractĂšre d’épanouissement sonore qui contraste avec ses emplois grotesques ou sardoniques, plus frĂ©quents (mais rĂ©ducteurs). L’onirisme parfois suspendu qui s’en dĂ©gage souligne davantage la finesse allusive du jeu de Julien Hardy. C’est aussi la confirmation de l’engagement de l’Ă©diteur Klarthe pour l’Ă©cole française et les instrumentistes concertistes, dĂ©tenteurs d’une prodigieuse expĂ©rience et sensibilitĂ©. Pas Ă  pas, de recueils en programmes, Klarthe Ă©difie une bibliothĂšque exemplaire de tempĂ©raments, qu’ils soient solistes ou chambristes. Le spectre est large, les profils variĂ©s ; la dĂ©couverte et de belles surprises, souvent au rendez-vous.
Au diapason de la sensibilitĂ© du bassoniste, le piano de Simon Zaoui (partenaire de longue date et Ă©lĂšve de Naoumoff), emprunte les mĂȘmes cheminements crĂ©pitants, suggestifs, d’un fini envoĂ»tant (Dutilleux). Remarquable rĂ©cital.

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CLIC D'OR macaron 200CD, critique. REGARDS : Julien HARDY, basson. Camille Saint-SaĂ«ns (1835-1921) : Sonate opus 168. Charles Koechlin (1867-1950) : Sonate opus 71 ; Trois piĂšces opus 34 ; Gabriel FaurĂ© (1845-1924) : PiĂšce. Henri Dutilleux (1916-2013) : Sarabande et cortĂšge. Paul Jeanjean (1874-1929) : PrĂ©lude et scherzo. Max d’Ollone (1875-1959) : Romance et Tarentelle. Julien Hardy, basson. Simon Zaoui, piano. 1 CD Klarthe records. Enregistrement rĂ©alisĂ© en fĂ©vrier 2017, Ă  Paris (Temple Saint Marcel). Notice bilingue (français-anglais). DurĂ©e : 55mn. CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2019.

En 2016 déjà, CLASSIQUENEWS distinguait déjà Julien Hardy dans un récital à trois instruments : programme intitulé « Inspirations », également édité par Klarthe :

http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-inspirations-ensemble-inspirations-frederic-tardy-hautbois-julien-hardy-basson-1-cd-klarthe/

 

CD Ă©vĂ©nement, annonce. HALEVY : Le Dilettante d’Avignon (Piquemal, 2 cd Klarthe – 2014)

Halevy opera annonce critique opera dilettante d avignon piquemal halevy KLARTHE records  cd opera critique KLA073couv_lowCD Ă©vĂ©nement, annonce. HALEVY : Le Dilettante d’Avignon (Piquemal, 2 cd Klarthe). AprĂšs un somptueux joyau lyrique Ă©galement rĂ©vĂ©lĂ© (La SADMP de Louis Beydts), sommet d’élĂ©gance insolente et raffinĂ©e, le label Klarthe rĂ©cidive dans la facĂ©tie heureuse et la musicalitĂ© piquante : qui connaĂźt aujourd’hui cet opĂ©ra comique en 1 acte de Fromental HalĂ©vy : « Le Dilettante d’Avignon » ? Il se pourrait bien que le compositeur d’opĂ©ras, Ă©crivant lui-mĂȘme son livret, cultivant ici une faconde comique dĂ©lirante ait de fait influencer son protĂ©gĂ© Ă  Paris
 Jacques Offenbach. Selon un principe dĂ©jĂ  vu chez les Baroques du XVIIIĂšme, l’ouvrage se moque de l’opĂ©ra lui-mĂȘme, et d’un certain engouement italophile. L’action se dĂ©roule dans un thĂ©Ăątre d’ A Avignon, le directeur de thĂ©Ăątre Casanova ou plutĂŽt… Maisonneuve s’obstine Ă  monter un opĂ©ra italien dont il est amoureux jusqu’au ridicule. CrĂ©Ă© en 1829, ce dĂ©licieux ouvrage fait la satire des rossiniens, passionnĂ©s par le bel canto italien


CLIC D'OR macaron 200La rĂ©ussite de cet enregistrement live (avec applaudissements, OpĂ©ra Grand Avignon, avril 2014), vĂ©ritable recrĂ©ation depuis l’époque romantique est assurĂ© par le choix des solistes et l’engagement des instrumentistes de l’orchestre choisi : Orchestre RĂ©gional Avignon-Provence sous la direction, articulĂ©e, pĂ©tillante de Michel Piquemal. Prochaine critique complĂšte du Dilettante d’Avignon, le 15 mars 2019, date de sa parution.

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CD Ă©vĂ©nement, annonce. HALEVY : Le Dilettante d’Avignon (Piquemal, 2 cd Klarthe records, Avignon 2014).

Jacques Fromental HalĂ©vy : Le Dilettante d’Avignon (livret : LĂ©on HalĂ©vy).
OpĂ©ra-comique en un acte crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra-Comique de Paris (Salle Ventadour) le 7 novembre 1829

Orchestre RĂ©gional Avignon Provence
Michel Piquemal, direction

Melody Louledjian, Élise
Virginie Pochon, Marinette
Julien VĂ©ronĂšse, Valentin
Arnaud Marzorati, Casanova / Maisonneuve
Mathias Vidal, Dubreuil
ChƓur rĂ©gional Provence-Alpes-CĂŽte d’Azur

PLUS D’INFOS sur le site de KLARTHE records : http://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/le-dilettante-davignon-detail

 

CD, critique. DEBUSSY : MĂ©lodies, Sonates… Syntonia (2 cd KARTHE records 2018)

Debussy thon that tiet cd klarthe cd review critique cd par classiquenews couv_low1CD, critique. DEBUSSY par Syntonia (2 cd KARTHE records 2018). Les musiciens du quintette Syntonia explorent le DEBUSSY, poĂšte impressionniste, grand orfĂšvre des mondes intĂ©rieurs
 Somptueux rĂ©cital conçu pour le salon plutĂŽt que la salle de concert : l’intimitĂ© que convoque, l’écoute particularisĂ©e qu’exige la collection de perles musicales ici rĂ©unies, alternant mĂ©lodies et partitions instrumentales, montrent et l’élargissement du rĂ©pertoire de l’ensemble SYNTONIA, mais aussi
 sa maturitĂ©. Dans l’éloquence et la complicitĂ©, les instrumentistes et chanteuse cĂ©lĂšbrent le gĂ©nie d’un Debussy poĂšte.

 

 

 

Debussy poĂšte
Au cƓur du poùme musical

 

 

 

Pour nous la piĂšce maĂźtresse demeure la transcription trĂšs rĂ©ussie de PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs-midi d’un Faune, belle expĂ©rience de conversation instrumentale (arrangement pour quintette de BenoĂźt Menut) oĂč compte surtout l’écoute des autres et donc l’équilibre sonore comme l’articulation de chaque timbre, selon ce souci d’équilibre des dynamiques simultanĂ©es. Un vrai travail d’ajustement qui captive. La lecture sans les vents, souligne en rĂ©alitĂ© l’effusion suave qui excite le dĂ©sir du jeune fauve
 L’articulation est scrupuleuse mais naturelle. PrĂ©cise et d’un fini… globalement coloriste.
BenoĂźt Menut, compositeur qui a Ă©crit par ailleurs pour Syntonia en particulier pour le violoncelle solo Patrick Langot (prochain cd Ă  venir : intitulĂ© « Praeludio », annoncĂ© en mai 2019) respecte le format concentrĂ© et la texture vibratile du poĂšme musical d’aprĂšs MallarmĂ©. La dĂ©fi ici est de soigner la clartĂ© de l’articulation de chaque partie sans rompre l’effet orchestral (originel), cette brume indĂ©finissable, matelas suspendu du climat ouatĂ© et sensuel du poĂšte symboliste : de ce point de vue l’écoute entre chacun des musiciens de Syntonia est idĂ©ale : allusive, elle aussi suspendue, semblant chercher au delĂ  et derniĂšre les notes. Cette couleur sensuelle, d’enlacement permanent, profonde, immatĂ©rielle mais prĂ©sente et continue que Debussy a su dĂ©ployer en respectant le climat de MallarmĂ©, se dĂ©ploie avec une grande musicalitĂ©.

Ce Debussy, allusif et Ă©rotique, entre en dialogue lui-mĂȘme avec la piĂšce contemporaine de TĂŽn-ThĂąt TiĂȘt qui en serait comme la rĂ©sonance en un effet de miroir, Ă  la fois rĂ©flexif et critique
 (ultime sĂ©quence du cd 2).  ” Regards dans la brume ” (2014) pour quatuor Ă  cordes et piano
 regarde avec distance sa source debussyste. La piĂšce contemporaine tisse un Ă©cho lointain, brumeux et a perdu tout idĂ©e du signe moelleux et rassurant. L’écriture exprime un Ă©tat de veille inquiĂšte voire d’urgence panique oĂč la lente mĂ©lopĂ©e au piano redessine encore le climat tendu, fait suspendre le tableau initial. La brĂȘve accalmie (IIĂšme Ă©pisode oĂč les cordes Ă©tirent l’air comme au dĂ©but du PrĂ©lude de Debussy), n’est que de (trop) courte durĂ©e : en une sirĂšne murmurĂ©e affolĂ©e, aux Ă©clats lancinants, tendus, les instruments se crispent. Le mouvement le plus dĂ©veloppĂ© (plus de 8 mn) : Ă©paissit la clameur hallucinĂ©e, en une interrogation qui cible le repli, exprime presque l’élucidation de l’énigme angoissĂ©e qui a Ă©tĂ© prĂ©cĂ©demment Ă©noncĂ©, sans vĂ©ritablement Ă©claircir ni rĂ©soudre la question. Le III, creuse encore ce climat d’incertitude et d’intranquillitĂ© qui scintille entre anxiĂ©tĂ©, agitation et 
 folie. Ces « regards » dans la brume nourrissent autant de questions laissĂ©es sans rĂ©ponse, en une nuĂ©e Ă  la fois immatĂ©rielle et Ă©paisse presque insupportable ; ils sont proches d’un cauchemar Ă©veillĂ©.

De son cĂŽtĂ©, trĂšs engagĂ©e Ă  peindre chaque nuance du verbe musical, le doux soprano de Maya Villanueva (dĂ©jĂ  remarquĂ©e dans un cd prĂ©cĂ©dent Ginastera également Ă©ditĂ© chez KLARTHE) cultive une Ă©mission feutrĂ©e, et mĂȘme suave comme millimĂ©trĂ©e. Les MĂ©lodies sont autant de piĂšces personnelles voire intimes qui tĂ©moignent de la vie amoureuse de Debussy ; certaines Ă©tant de fait, des offrandes hommages Ă  l’ĂȘtre aimĂ©e : Marie Vasnier et Emma Bardac ; toutes deux Ă©taient chanteuses et ont interprĂ©tĂ© les mĂ©lodies de leur compagnon trĂšs Ă©pris.
Dans ce recueil double, la cantatrice sait trouver les inflexions justes et parfois enivrĂ©es dans une succession de perles mĂ©lodiques, d’un Debussy, jeune (Nuits d’étoiles, l’offrande d’unadolescent de quasi
 18 ans en 1880) ; l’idĂ©e de suivre chronologiquement l’inspiration du Debussy mĂ©lodiste est claire, parfaitement explicitĂ©e, musicalement s’entend, quoique aussi musicologique, comme le rĂ©alise le texte trĂšs dĂ©veloppĂ© du livret.
L’attention aux mots, l’évidente curiositĂ© pour exprimer chaque situation du poĂšme offrent une Ă©loquente vision sur l’écriture debussyste : coloriste, atmosphĂ©rique mĂȘme, sans aucun maniĂ©risme ni affĂšterie acadĂ©mique.

CrĂ©Ă©es en 1904 chez madame Edouard Colonne, les mĂ©lodies de FĂȘtes galantes sur des poĂšmes de Verlaine (1869) racontent cette intimitĂ© qui fusionne les deux cƓurs (Emma pour le Livre II
 qui n’est pas abordĂ© ici). En poĂšte musicien, Debussy cultive ce goĂ»t de l’étuve emperlĂ©e, des images enivrĂ©es Ă©nigmatiques ou plus dramatiques. Ainsi le triptyque des FĂȘtes Galantes (Livre I) : « Fantoches » est expressif, narratif, furtif et percutant quand « Clair de lune » (ses « masques et bergamasques ») diffuse un scintillement plus langoureux et Ă©vanescent, son Ă©nonciation portĂ©e par une candeur blessĂ©e et tendre. « Le jet d’eau » d’aprĂšs Baudelaire (arrangement pour soprano et quintette par BenoĂźt Menut) intĂ©resse par ce miroitement instrumental qui enveloppe le chant ; et les interprĂštes rĂ©alisent et rĂ©ussissent l’énigme et le climat de secret enchantĂ© des PoĂšmes d’aprĂšs MallarmĂ©, parfois incertains et sombres mĂȘme en leurs harmonies raffinĂ©es et tendues (« Soupir ») ; ou pures invitations Ă  l’extase (dernier poĂšme du triptyque,  « Eventail »). La fragilitĂ© du timbre bien articulĂ© ressuscite la chair diaphane, sensuelle, souvent murmurĂ©e de la poĂ©tique debussyste.

CLIC D'OR macaron 200MĂȘme grande sincĂ©ritĂ© pour le pianisme rĂ©glĂ© sur le mĂȘme mode intimiste et intĂ©rieur de Romain David (Images) ; auquel le violoncelle souple et trĂšs nuancĂ© de Patrick Langot apporte une rĂ©sonance spĂ©cifiquement grave (Sonate pour violoncelle et piano) propre Ă  la partition conçue pendant la guerre (comme la Sonate pour violon avec la violoniste StĂ©phanie Moraly). Double cd enivrant.

 

 

 

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debussy melodies prelude aprĂšs midi faune ensemble syntonie ton that tient cd klarthe records critiqueCD, DEBUSSY / TĂŽn-that TiĂȘt : MĂ©lodies, Sonate, PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs midi d’un Faune (2 cd Klarthe records) – Claude Debussy (1862-1918) : MĂ©lodies, Sonates pour violon et piano, pour violoncelle et piano. PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs-midi d’un faune (arrangement pour quintette avec piano par Benoit Menut). TĂŽn-ThĂąt TiĂȘt (nĂ© en 1933) : Regards dans la brume pour quatuor Ă  cordes et piano (Trois regards sur le PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs-midi d’un faune). Maya Villanueva, soprano. Quintette Syntonia. 2 CD Klarthe records. EnregistrĂ© en janvier 2018. DurĂ©e totale : 1h56mn – CLIC de CLASSIQUENEWS

 

 

 

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CD 1    > Claude DEBUSSY (1862-1918)

    1 :   Nuit d’Ă©toiles (1880)
2  :  La belle au bois dormant (1890)

        Images [oubliées] (1894)
3  :  III. Quelques aspects de «Nous n’irons plus au bois» parce qu’il fait un temps insupportable
4  :  Les angélus (1892)

        Images (DeuxiÚme Série, 1907)
5  :  I. Cloches à travers les feuille
6  :  Minstrels pour violon et piano* (1914)
7  :  Pantomime (1883)
8  :  Scherzo pour violoncelle et piano du «Nocturne et Scherzo» (1882)
9  :  Voici que le printemps (1884)

        Images (DeuxiÚme Série, 1907)
10  :  II. Et la lune descend sur le temple qui fut
11   : Les papillons (1881) – Images (DeuxiĂšme SĂ©rie, 1907)
12  :  III. Poissons d’or
13  :  Romance  «Silence ineffable de l’heure» (1883)
14   : Apparition (1884)

        Sonate pour violon et piano* (1916-17)
15   : I. Allegro vivo
16   : II. IntermÚde. Fantasque et léger
17    :III. Finale. TrÚs animé

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    CD 2    > Claude DEBUSSY 

    1  :  PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs-midi d’un faune (1894) – arr. pour quintette avec piano de BenoĂźt Menut

        FĂȘtes galantes (Premier livre, 1892)
2  : I. En sourdine
3  : II. Fantoches
4  : III. Clair de lune
5  : NoĂ«l des enfants qui n’ont plus de maison (1915) – arr. pour soprano et quintette avec piano de BenoĂźt Menut

        Sonate pour violoncelle et piano (1915)
6  :  I. Prologue. Lent, sostenuto e molto risoluto
7  :  II. Sérénade. Modérément animé
8  :  III. Final. Animé, léger et nerveux

        Cinq poĂšmes de Charles Baudelaire (1889) – arr. pour soprano et quintette avec piano de
BenoĂźt Menut
9  :  II. Le jet d’eau

        Trois poÚmes de Stéphane Mallarmé (1913)
10  :  I. Soupir
11  :  II. Placet futile
12  :  III. Éventail

        > TÔN-THÂT TiĂȘt (nĂ© en 1933)
Regards dans la brume  pour quatuor à cordes et piano (2013-2014)
Trois regards sur le «PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs-midi d’un faune»

 

 

 

Maya VILLANUEVA,  soprano  /  QUINTETTE SYNTONIA
Stéphanie MORALY* et Thibault NOALLY,  violons / Caroline DONIN,  alto /
Patrick LANGOT,  violoncelle / Romain DAVID,  piano

Couverture  du cd : Vaslav Nijinski dans l’AprĂšs-midi d’un faune. Aquarelle (1912) de LĂ©on Bakst

 

 

 

CD, critique. WEBER : Symphonie n°1, Concertos (Orchestre Victor Hugo / JF Verdier (1 cd Klarthe records, 2015)

WEBER-concertos-symphonie-orchestre-victor-hugo-verdier--1-cd-klarthe-records-critique-cd-review-par-classiquenewsCD, critique. WEBER : Symphonie n°1, Concertos (Orchestre Victor Hugo / JF Verdier (1 cd Klarthe records, 2015). VoilĂ  un programme passionnant en ce qu’il s’intĂ©resse Ă  l’exploration instrumentale de Weber, en particulier Ă  travers ses rencontres avec des instrumentistes d’envergure Ă  Munich en 1811
 On oublie trop souvent l’essai symphonique de l’auteur du FreischĂŒtz (1821), opĂ©ra fantastique qui doit sa puissance onirique Ă  son Ă©criture orchestrale. Ici, la verve et l’imagination dont fait preuve Carl Maria dans son premier opus symphonique, Ă©tonne et saisit l’écoute. Ce nouvel opus discographique est Ă  classer au nombre des meilleures rĂ©alisations de l’Orchestre Victor Hugo et son directeur musical Jean-François Verdier qui dĂ©ploient une implication communicative dans chaque Ă©pisode, symphonique et concertant, Ă©clairant chez Weber, cette intelligence critique, exploratrice de nouvelles sonoritĂ©s instrumentales autant que climatiques.

weber portrait par classiquenews OBERON EURYANTHE opera par classiquenews Carl-Maria-von-WeberCarl Maria von Weber y gagne un nouveau visage, celui d’un apprenti sorcier, amateur de timbres associĂ©s, souvent inĂ©dits. Ainsi l’apport de cette Symphonie n°1
 L’élĂšve de l’abbĂ© Vogler Ă  Vienne s’y montre douĂ© pour les Ă©vocations frĂ©missantes, aussi dignes de Schubert que de Mendelssohn. Le futur directeur de l’OpĂ©ra allemand Ă  Dresde dĂ©montre une rĂ©elle facilitĂ© dramatique, hautement thĂ©Ăątrale mĂȘme qui innerve son Ă©criture symphonique, ce dĂšs le premier mouvement, Ă  la fois solennel et palpitant, d’une Ă©vidente grandeur, jamais dĂ©monstrative. DatĂ©e de 1807 (mais publiĂ©e en 1812, et trĂšs critiquĂ©e par son auteur, plus investi dans l’opĂ©ra), c’est Ă  dire oeuvre de jeunesse, la Symphonie n°1 rayonne d’un sentiment de conquĂȘte et de jubilation qui Ă©lectrise mĂȘme une Ă©criture brillante (en ut), dont le second mouvement indique le sens de la coloration et d’une certaine intĂ©rioritĂ© pastorale (solos instrumentaux dont le hautbois). DĂ©bridĂ©e, dĂ©cousue, la Symphonie n’a pas il est vrai l’ossature ni la cohĂ©rence architecturĂ©e de ses ouvertures d’opĂ©ras.

  
 
 

WEBER, symphoniste concertant expérimental

  
 
 

CLIC D'OR macaron 200Plus mĂ»re, l’écriture du Concerto pour clarinette n°2, affirme un tempĂ©rament virtuose qui cĂ©lĂšbre alors le talent d’un clarinettiste devenu ami, rencontrĂ© en 1811 Ă  Munich, Heinrich BĂ€rmann (mort en 1847) dont l’instrument Ă  10 clĂ©s lui permettait de faire briller une technique vĂ©loce Ă  la sonoritĂ© moelleuse, y compris dans les passages les plus redoutables (suraigus / trĂšs graves). L’opus 74 crĂ©Ă© en novembre 1811, explore grĂące au soliste au jeu vertigineux autant qu’enchanteur, toutes les facettes expressives de la clarinette, qu’il associe amoureusement et sensuellement aux timbres de l’orchestre (cor et basson en particulier). L’intĂ©rioritĂ© et la profondeur du jeu de Nicolas Baldeyrou Ă©clairent la souple Ă©lĂ©gance, Ă  la fois noble et enivrĂ©e du mouvement central (Romanza) ; la couleur et le caractĂšre parfaitement Ă©noncĂ©s Ă©cartent dĂ©finitivement l’éclat viennois et son essence virtuose vers un sentiment rayonnant et intĂ©rieur, totalement
 souverainement romantique (et qui s’apparente dans le chant de plus en plus extatique de la clarinette Ă  un vaste lamento d’opĂ©ra). Le Rondo (alla Polacca) frappe lui aussi par sa forte caractĂ©risation. L’accord entre le soliste et l’orchestre est idĂ©al.

Le Concerto pour cor magnifiquement ciselĂ© et articulĂ© par le soliste David Guerrier confirme que le label Klarthe est bien celui des grandes personnalitĂ©s solistiques, capables de marquer l’écriture concertante par leur engagement et leur vision, un geste singulier et recrĂ©atif d’une grande portĂ©e poĂ©tique ; il informe aussi que Weber connaĂźt bien le caractĂšre chantant de l’instrument pour lequel il crĂ©e des modulations et des passages harmoniques d’une souple profondeur (mouvement central : Andante con moto) ; on distinguera surtout l’éloquence typĂ©e, d’un tempĂ©rament inouĂŻ du dernier mouvement lui aussi « alla Polacca », oĂč le soliste Ă©poustoufle par sa virtuositĂ© trĂšs incarnĂ©e et personnelle.

La recherche de couleur et de sonoritĂ© magicienne se dĂ©ploie dans l’Adagio et rondo pour harmonica de verre d’une noblesse suspendue grĂące au talent du soliste ici (Thomas Bloch), d’une sensibilitĂ© Ă©vanescente et iridescente mĂȘme comme l’est ce diptyque en tout point enivrant (1811). Weber fait preuve d’une curiositĂ© quasi expĂ©rimentale, jouant avec le son flĂ»tĂ© et d’orgue, comme un carillon lointain aux teintes filigranĂ©es auxquelles rĂ©pond l’orchestre lui aussi diaphane (en particulier dans les rĂ©ponses de la premiĂšre moitiĂ© du Rondo / Allegretto final). RĂ©jouissant et original programme.

  
 
 

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CD, critique. WEBER : Symphonie n°1, Concertos (cor, clarinette)
 Orchestre Victor Hugo. Jean-François Verdier, direction (1 cd Klarthe records, enregistrement rĂ©alisĂ© en dĂ©cembre 2015)

Carl Maria von Weber :
Symphonie n°1 en do majeur, op.19
Concertino en mi mineur pour cor et orchestre, op.45 (David Guerrier, cor)
Adagio et rondo en fa pour glass harmonica et orchestre (Thomas Bloch, glass harmonica)
Concerto n°2 en mi bémol majeur pour clarinette et orchestre, op.74 (Nicolas Baldeyrou, clarinette)
Orchestre Victor Hugo
Jean-François Verdier, direction

  
 
 

PLUS D’INFOS : http://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/weber-detail

  
 
 

  
 
 

ADN BAROQUE, nov 2018. ENTRETIEN avec Théophile Alexandre (chant) et Guillaume Vincent (piano).

ADN BAROQUE, nov 2018. ENTRETIEN avec ThĂ©ophile Alexandre (chant) et Guillaume Vincent (piano). En une plongĂ©e inĂ©dite au cƓur de la passion baroque, les deux interprĂštes du spectacle ADN BAROQUE offrent un dĂ©voilement de l’intime, celui oĂč rĂšgnent fragilitĂ©, dĂ©sir, vertiges de l’ñme humaine. L’approche est dĂ©pouillĂ©e, intimiste, 
 elle souhaite dĂ©voiler comme une radiographie (chorĂ©graphiĂ©e sur scĂšne par JC Gallotta), les ressorts de la psychĂ© baroque, itinĂ©raires et passages entre ordre et dĂ©sordre, Ă©quilibre et chaos, autant de dĂ©rĂšglements fĂ©conds et miraculeux qui ont inspirĂ© les plus grands compositeurs
 Pour classiquenews, aprĂšs les premiĂšres dates de leur tournĂ©e et aprĂšs la publication chez Klarthe records du cd qui en dĂ©coule (distinguĂ© par un CLIC de CLASSIQUENEWS en octobre 2018), le chanteur ThĂ©ophile Alexandre et le pianiste Guillaume Vincent reprĂ©cisent la genĂšse de ce programme en clair-obscur, en blanc et noir comme ils Ă©clairent sa dramaturgie entre chant, musique et danse. Entretien croisĂ©.

 
 
 

ADN Baroque theophile alexandre guillaume vincent piano cd review critique cd par classiquenews

 
 
 

Selon quels critĂšres avez-vous sĂ©lectionnĂ© les extraits d’opĂ©ras et les piĂšces instrumentales ?

TA / ThĂ©ophile Alexandre : Au coup de cƓur, bien sĂ»r, mais surtout avec la volontĂ© de raconter une histoire, qui nous plonge au cƓur des Ă©motions humaines, chaque piĂšce incarnant un Ă©tat d’ñme particulier, dĂ©codĂ© par notre musicologue Barbara Nestola (CNRS de Paris).
GV / Guillaume Vincent : Et nous n’avons choisi que des piĂšces courtes, ou raccourcies aux da capo, et uniquement en mode mineur, pour accentuer cette dramaturgie d’instantanĂ©s Ă©motionnels, et crĂ©er du sens, une cohĂ©rence globale entre des compositeurs trĂšs diffĂ©rents (7 pour le disque, 9 pour le spectacle).
TA : Le tout en 21 piĂšces, comme les 21 grammes du poids de l’ñme humaine, comme les lĂ©gendes populaires aiment Ă  le raconter
 (sourire)

 
 
 

Comment s’articule chaque Ă©pisode afin de composer une dramaturgie cohĂ©rente ?

TA : Tout le propos d’ADN Baroque est une relecture intime et inĂ©dite du baroque en piano-voix, un peu comme des lieder, pour mieux faire ressortir sa radiographie Ă©motionnelle de l’ĂȘtre humain : cette « perle irrĂ©guliĂšre », en rĂ©fĂ©rence Ă  son Ă©tymologie « Barocco », sans cesse tiraillĂ©e entre ses sentiments les plus nobles et ses instincts les plus primaires. Autant de facettes que le disque explore

GV : Le fil conducteur Ă©tait de crĂ©er un voyage dans les clairs-obscurs de l’ñme humaine, que le spectacle dĂ©cline en trois actes, dans un crescendo vers le plus intime de l’homme : la LumiĂšre, les Ombres et la Nuit.

 
 
 

Comment avez-vous travaillé votre voix et le jeu pianistique pour ce programme ? Afin de préserver quels caractÚres en particulier ?

GV : DĂ©jĂ , nous signons toutes les adaptations en piano-voix de ces arias, Ă©crites Ă  l’origine pour orchestre : transcriptions sur lesquelles nous avons travaillĂ© pendant plus d’un an pour crĂ©er une relecture au plus proche des intentions des compositeurs, et en gardant les tonalitĂ©s Ă  415, mĂȘme avec piano. Mais dans certains cas, nous avons fait le choix de pousser plus loin la rĂ©invention, par des accents jazzy dans le Strike The Viol de Purcell, ou en passant Ă  l’octave l’instrumental du Eja Mater et la ligne de baryton des Sauvages, ou encore avec un piano prĂ©parĂ© au cachemire pour le Cold Song et le Cum dederit.
TA : AprĂšs, vocalement, tout le travail s’est concentrĂ© sur l’expressivitĂ©, la juste thĂ©ĂątralitĂ©, pour faire ressentir la puissance Ă©motionnelle de chaque morceau. L’enjeu Ă©tait de privilĂ©gier le sens, d’incarner chaque Ă©tat d’ñme plus que de chercher la belle vocalitĂ©, en assumant ces fragilitĂ©s qui servent l’émotion. Car c’est bien par nos failles que filtrent nos lumiĂšres, et qu’émerge ce petit supplĂ©ment d’ñme qui nous rend humains.
GV : J’ajouterai que pianistiquement comme vocalement, ADN Baroque est un programme d’une exigence redoutable, par la virtuositĂ© technique qu’il impose, notamment dans les furioso d’Haendel ou Vivaldi, mais aussi par la nĂ©cessitĂ© paradoxale de s’en dĂ©tacher pour explorer quelque chose de plus viscĂ©ral et d’instinctif, tout en restant impliquĂ© dans l’esprit du compositeur.

 
 
 

Que signifie le Baroque pour chacun de vous ? Et de quelle façon cela est-il incarné dans le programme du disque, et le spectacle qui en découlent ?

TA : EmotivitĂ©, humanitĂ©, irrĂ©gularitĂ©. MalgrĂ© ses lourds habillages dâ€˜Ă©poque, ses fastes ou ses ornements, le baroque n’a eu de cesse de nous dĂ©shabiller pour mieux sonder nos Ăąmes et nous montrer sans fard, dans nos parfaites imperfections
 C’est ce miroir trouble des clairs-obscurs de l’humain, cette empathie des fragiles que nous avons voulu incarner par la puissance de l’intime que permet le piano-voix.
GV : Pour moi le baroque c’est aussi un Ă©tat d’esprit de libertĂ©, que nous nous sommes autorisĂ©s dans cette relecture musicale inĂ©dite en dĂ©sobĂ©issant aux rĂšgles d’interprĂ©tations sur instruments anciens, mais aussi sur scĂšne en cassant les codes du rĂ©cital traditionnel.
TA : Et puis le baroque c’est le mouvement, ce que les changements d’humeur permanents du disque retranscrivent et que la danse de Jean-Claude Gallotta me permet d’incarner dans le spectacle, crĂ©ant des va-et-vient incessants entre chant et danse, entre corps et Ăąme.

 
 
 

Y a-t-il des éléments du programme que vous avez adaptés voire modifiés au cours du travail scénique ? Lesquels et pourquoi ?

TA : Sur scĂšne, le programme s’enrichit d’instrumentaux que je danse, sur des chorĂ©graphies crĂ©Ă©es sur-mesure par Jean-Claude Gallotta, en plus des mises en mouvement des piano-voix. AprĂšs, si le disque est construit comme une sĂ©rie d’instantanĂ©s, le spectacle raconte un crescendo vers l’intimitĂ© de l’humain : la setlist a donc Ă©tĂ© rĂ©organisĂ©e pour crĂ©er cette dramaturgie, tout en prenant en compte la fatigue que la performance chant et danse convoque. Par exemple : finir exsangue sur le erbarme dich sert l’état de dĂ©pouillement total de la fin du spectacle
 A l’inverse, les longues notes filĂ©es et tenues du Cum dederit n’étaient plus chantables pour moi aprĂšs 1h de performance : la piĂšce n’a donc pas Ă©tĂ© retenue pour le spectacle.
GV : Le jeu des tonalitĂ©s a Ă©galement guidĂ© l’ordre des piĂšces sur scĂšne, pour crĂ©er des continuum entre elles et faire monter la tension Ă©motionnelle de l’auditeur. Et puis nous nous amusons Ă  rajouter des intro et des outro, variations libres sur les thĂšmes de certains morceaux, oĂč lĂ  encore, l’enjeu n’est pas de restituer mais bien de faire vivre ces Ɠuvres les unes par rapport aux autres et de raconter une histoire porteuse de sens.

 
 
 

Propos recueillis en novembre 2018.

 
 
 

 
 
 

APPROFONDIR

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VIDEO ADN BAROQUE : piano, danse, chant / Haendel / Vivaldi:
http://smarturl.it/ADNBAROQUE?IQid=www.klarthe.com

 
 
 

LIRE aussi notre critique du cd ADN BAROQUE
ADN Baroque theophile alexandre guillaume vincent piano cd review critique cd par classiquenewsCD Ă©vĂ©nement. ADN BAROQUE (Alexandre / Vincent, 1 cd Klarthe records). C’est une mise Ă  nu, au sens propre comme au sens figurĂ© : le chanteur pose nu sur le piano. Et dĂ©livre un chant brut mais millimĂ©trĂ© comme un diseur dans le lied ou la mĂ©lodie française. En blanc et noir, en une approche « radiographique », les deux artistes rĂ©gĂ©nĂšrent l’exercice du rĂ©cital lyrique. Le travail se concentre sur le relief intime, le souffle, l’intonation et la projection du verbe
 rĂ©pond Ă  ce souci du sens et de l’affect (un principe moteur dans l’esthĂ©tique baroque, en particulier Ă  l’opĂ©ra dont sont extraits maintes sĂ©quences ici), le piano, complice privilĂ©giĂ© pour cette exacerbation canalisĂ©e des passions humaines

CLIC D'OR macaron 200Les titres de chaque extrait sont parlants, porteurs d’un imaginaire psychologique dĂ©sormais essentiel car il est ici vĂ©cu et jouĂ© de façon viscĂ©rale : « l’oubli, la cĂ©lĂ©bration, l’ambition
 l’effroi, la colĂšre, l’abandon, les larmes, la liberté »  La palette est aussi large que l’implication des deux interprĂštes profonde, parfois grave, toujours intense. LIRE notre critique complĂšte ici :
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-adn-baroque-alexandre-vincent-1-cd-klarthe-records/

 
 
 
 
 
 

CD, compte rendu critique. Folklore : Kodaly, Dvorak, Janacek. Julie SĂ©villa-Fraysse, violoncelle (1 cd Klarthe)

fraysse sevilla violoncelle sevilla fraysse julie violoncelle cd folklore cd critique review classiquenews kla023couv_lowCD, compte rendu critique. Folklore : Kodaly, Dvorak, Janacek. Julie SĂ©villa-Fraysse, violoncelle (1 cd Klarthe). URGENCE et PROFONDEUR
 Ne vous mĂ©prenez pas sur le sens du titre de cet album rĂ©vĂ©lateur : rien de « folklorique » dans ce programme qui engage de fait toutes les ressources expressives et intĂ©rieures de l’interprĂšte : la formidable Sonate pour violoncelle seul de Kodaly (opus 8, 1915) exprime dans une langue pourtant bercĂ©e de mĂ©lodies populaires hongroises, la profondeur semĂ©e de terreur et d’angoisse d’une Ăąme dĂ©sespĂ©rĂ©ment solitaire : l’ñpretĂ© se dĂ©voile dans le sillon d’une Ă©loquence pudique mais jamais miĂšvre, et toute l’imagination dans l’urgence et la justesse de Julie SĂ©villa-Fraysse Ă©claire la partition par son sens du drame lovĂ©, puissant, angoissĂ© mais toujours repliĂ© dans les trĂ©fonds de la psychĂ©. « Con grand’espressione » comme il est indiquĂ© dans la partition, l’Adagio central accumule tremolos, arpĂšges, glissandi d’une ivresse tragique spectaculaire, dans une forme Ă©clatĂ©e qui laisse dans l’apparence de l’improvisation, le feu intĂ©rieur, se consommer littĂ©ralement par la voix du violoncelle. Et mĂȘme si le dernier mouvement est enchaĂźnĂ©e avec cet adagio d’une force tellurique, comme s’il en permettait l’attĂ©nuation libĂ©ratrice (mais Ă  coups de convulsions Ă  peine canalisĂ©es, en une fiĂšvre rapeuse), l’ambiguĂŻtĂ© rĂšgne encore dans sa forme semi rondo ; c’est un cauchemar canalisĂ© mais prĂ©sent, que le premier mouvement, plus lyrique mais tout autant agitĂ©, torturĂ©, profondĂ©ment tiraillĂ©, ne laissait pas prĂ©sager. La souplesse volubile de la violoncelliste creuse chaque mesure pour en distiller le miel mordant et pĂ©nĂ©trant, la dĂ©chirante plainte qui subjugue par son cri mi animal mi humain. La forme Sonate Ă©clatĂ©e, le flux quasi improvisĂ© du jeu de l’interprĂšte, son fort engagement, composent toute la valeur de cette lecture de l’opus 8 de Kodaly : jamais artificiel ni sirupeux L’insouciance chopinienne du Rondo opus 94 de Dvorak (1891 : pour piano et violoncelle) mĂȘle avec une mĂȘme rĂ©ussite entre grĂące et Ă©lĂ©gance, la fusion de l’insouciance et de la nostalgie (avec une relecture trĂšs originale de la Duma (ballade ukrainienne).

Il faut bien le ton plus rĂȘveur, plus distanciĂ© (aprĂšs l’immĂ©diate sincĂ©ritĂ© expressionniste de Kodaly) de Janacek (Pohadka, 1910) pour rĂ©tablir l’équilibre psychique d’une Ă©coute assaillie, et mĂȘme menacĂ©e par les pointes si justes car viscĂ©rales de Kodaly. Le ton lĂ©ger, mais faussement badin, de cet onirisme si spĂ©cifique au Janacek qui sait s’émerveiller jusqu’à la fin (La Petite Renarde rusĂ©e) jaillit dĂšs Pohadaka (Le Conte, histoire du Tsar Berendei ou plutĂŽt celle de son fils Ivan que le pĂšre a promis Ă  une crĂ©ature immortelle et envoĂ»tante 
Marya). Le caractĂšre mi fantastique mi amoureux structure les trois mouvements comme un drame miniature, oĂč l’agilitĂ© suggestive des deux partenaires – violoncelle enivrĂ©, caressant et piano complice dans le rĂȘve et la rĂ©solution des Ă©pisodes-, exprime le souffle. Le panache au violoncelle de la fiĂšre Rhapsodie hongroise de Popper (1894), entre brio et swing tzigane, conclue une immersion Ă  bien des Ă©gards passionnante, marquant la fusion du savant et du populaire, parmi les crĂ©ateurs les mieux inspirĂ©s par le « folklore » hongrois. Superbe rĂ©cital.

CD, compte rendu critique. “Folklore” : Kodaly, Dvorak, Janacek. Julie SĂ©villa-Fraysse, violoncelle / Antoine De  GrolĂ©e, piano / Enregistrement rĂ©alisĂ© en fĂ©vrier 2015 Ă  Rueil Malmaison. 1 cd Klarthe, KLA 023.

 

 

 

Programme du cd «  Folklore » / Klarthe :

AntonĂ­n DvorĂĄk / Rondo op. 94 en sol mineur

ZoltĂĄn KodĂĄly / Sonate pour violoncelle seul op. 8

LeoĆĄ JanĂĄcek / PohĂĄdka

Julie SĂ©villa-Fraysse, violoncelle

Antoine De Grolée, piano

 

 

+D’INFOS sur le site du label Klarthe

 

 

CD. Les Quatre Saisons. Nicolas Bacri : Concertos – Leleux / Verdier (Klarthe, 2015)

bacri quatre saisons concertos valeriy sokolov adrien la marca orchestre victoir hugo jean-francois verdier klarthe cd reviex critique cd classiquenews kla017_couv_lowCD. Les Quatre Saisons. Nicolas Bacri : Concertos – Leleux / Verdier (Klarthe, 2015). Premier enregistrement mondial. Que donne en Ă©coute immĂ©diate ces Quatre Saisons françaises, soit les quatre Concertos de Nicolas Bacri ainsi agencĂ©s ? L’Hiver, climat tendu, inquiet fait briller la mordante vocalitĂ© du hautbois, Ă  laquelle rĂ©pond le tissu des cordes Ă  la fois souple et d’une fluiditĂ© dramatique permanente. Le Printemps affirme la volubilitĂ© du mĂȘme hautbois principal (François Leleux, dĂ©dicataire des Ɠuvres), en dialogue avec le violon, dans un mouvement indiquĂ© amoroso, pourtant d’une tendresse lacrymal ; les cordes sont climatiques et atmosphĂ©riques (ainsi le violon s’affirme plus enivrĂ© que le hautbois, Ă  l’aciditĂ© volontaire; plus explicite aussi et d’une revendication nerveuse ; pourtant une douleur se fait jour grĂące aux cordes et au violon… et peu Ă  peu comme par compassion, sensible Ă  sa mĂ©lopĂ©e sombre, le hautbois s’accorde finalement au violon qu’il semble accompagner et doubler d’une certaine façon avec plus de recueillement. Ainsi s’affirme inĂ©luctablement la conscience inquiĂšte du hautbois, compatissant. Ample et colorĂ©e, l’Ă©criture de Bacri dĂ©ploie une splendide houle aux cordes, contrastant avec le soliloque hallucinĂ© et tendu du hautbois, avec la gravitĂ© plus feutrĂ©e du violon : le final exprime de nouvelles stridences que le sujet printanier n’avait pas Ă  son dĂ©but laissĂ© supposer. C’est pourtant cette gravitĂ© sourde, inquiĂ©tante, un temps dĂ©voilĂ© par le violoncelle, que l’on retrouvera plus dĂ©veloppĂ© et Ă©panoui dans l’ultime Concerto, L’Automne : correspondance porteuse d’unitĂ© ? Certainement.
Par son caractÚre plus rentré et finalement intérieur, ce Concerto Printemps (opus 80 n°2, 2004-2005, amoroso), est le plus surprenant des quatre.
MĂȘme Luminoso, le Concerto L’Ă©tĂ© est tout aussi contrastĂ©, grave, et presque mĂ©lancolique… C’est le plus rĂ©cent ouvrage du cycle quadripartite (2011) : menĂ© lĂ  encore par un hautbois plus mĂ©ditatif que vainqueur (Printemps) et d’un souverain accord avec le violon : cette alliance, enrichie par la profondeur du violoncelle tisse ainsi la combinaison rĂ©ellement envoĂ»tante de la piĂšce de plus de 11 mn. Enfin, captivante conclusion, L’Automne Ă©tale sa sombre chair par le violoncelle introductif qui fait planer le chant d’une plainte lugubre… L’Ă©criture est ainsi davantage dans son thĂšme indiquĂ© “nostalgico”, d’une sombre tristesse Ă  peine canalisĂ©e, aux teintes rares, nuancĂ©es, d’un modelĂ© languissant, plaintif… conclu dans le silence, comme un irrĂ©mĂ©diable secret perdu, le dĂ©veloppement de cet ultime Concerto ne laisse pas de surprendre lui aussi. Passionnant parcours quadripartite.

Tenebroso, amoroso, luminoso, nostalgico
Les saisons selon Nicolas Bacri

Dans cet ordre et pas autrement : d’abord Hiver, puis Printemps, ÉtĂ© et Automne… : soit du rythme soutenu, incisif de l’Hiver, Ă  la plainte sombre presque livide du plus mystĂ©rieux Automne final… L’Orchestre Victor Hugo sous la conduite de Jean-François Verdier reconstruit ici 4 piĂšces pour orchestre, Ă©crits et composĂ©s Ă  diffĂ©rentes pĂ©riodes et dans diverses circonstances, dont pourtant le cycle final affirme une belle cohĂ©rence globale (ainsi Ă©laborĂ©e sur une quasi dĂ©cennie, de 2000 Ă  2009). Le dernier Ă©pisode est celui qui a Ă©tĂ© a contrario composĂ© le premier (Automne 2000-2002). Il est finalement le plus apaisĂ©, le plus intĂ©rieur, – le plus secret-, quand l’Hiver, le Printemps et l’ÉtĂ© (le plus rĂ©cent, 2011), sont nettement plus tendus, actifs, dramatiques. Les deux Concertos pour hautbois concertant Ă©taient dĂ©jĂ  destinĂ©s au soliste François Leleux (Concerto nostalgico soit l’Automne, et Concerto amoroso soit le Printemps). A travers chaque Ă©pisode, orchestre et solistes (François Leleu entourĂ© du violoniste Valeriy Sokolov, de l’altiste Adrien La Marca et du violoncelliste SĂ©bastien Van Kuijk) expriment la trĂšs riche versatilitĂ© poĂ©tique d’une Ă©criture frappante par son activitĂ© et son sens permanent des contrastes ; oĂč le travail sur le timbre et ses alliages suggestifs scintillent en permanence, d’autant plus dĂ©tectables grĂące Ă  l’effort de clartĂ© comme d’Ă©loquence de la part des interprĂštes.

CD : Les Quatre Saisons de Nicolas BacriLe retable Ă  quatre volets concertants dĂ©ploie un sens suprĂȘme des climats, surtout le sentiment d’un inĂ©luctable cycle, dĂ©butant dĂ©jĂ  tenebroso (l’Hiver), voilant presque d’un glas lancinant le clair timbre du hautbois bavard, puis s’achevant enfin par la plainte ineffable du violoncelle attristĂ© et comme endeuillĂ©, dans un ultime soupir (le dernier ?). L’omniprĂ©sence du hautbois, chantant et clair, affirme certes la couleur pastorale, mais ce pastoralisme se teinte de mille nuances plus sombres et inquiĂštes dont la richesse fait la haute valeur de l’Ă©criture. Ainsi les Saisons n’ont pas le dĂ©lire gĂ©nial du sublime Vivaldi, peintre des atmosphĂšres extĂ©rieures ; Nicolas Bacri rĂ©serve plutĂŽt de somptueuses teintes harmoniques dans les replis d’une pensĂ©e plus trouble et introspective qui de l’ombre surgit pour s’anĂ©antir et glisser dans … l’ombre. PensĂ©e plus abstraite mais non moins active. Tenebroso, amoroso, luminoso, nostalgico… sont les nouveaux Ă©pisodes d’une Ă©vocation de la vie terrestre ; on y dĂ©tecte comme des rĂ©miniscences jamais diluĂ©es, la tension sourde et capiteuse du Dutilleux le plus mĂ©ditatif sur la vie et le plus critique (comme Sibelius) sur la forme musicale ; Bacri ajoute en orfĂšvre des teintes et des couleurs, des combinaisons insoupçonnĂ©es pour le hautbois, d’une ivresse enchanteresse, que ses complices – autres solistes, savent doubler, sertir de correspondances sonores des plus allusives. L’orchestre sonne parfois dur, renforçant l’esprit de tension grave qui fait le terreau gĂ©nĂ©ral de ses somptueuses piĂšces.
Jamais dĂ©clamatoires ni opportunĂ©ment volubiles, les Concertos façonnent en fin de composition, un cycle d’une rare sĂ©duction mĂ©ditative et interrogative. Ces Quatre Saisons sont celle de l’Ăąme. Superbe cheminement, oscillant entre suractivitĂ© pulsionnelle, pudeur, interrogation, soit une narration suractive au service de pensĂ©es secrĂštes, Ă  dĂ©chiffrer au moment de l’Ă©coute.

CLIC_macaron_2014CD, compte rendu-critique. LES QUATRE SAISONS. Nicolas Bacri (né en 1961) : Concertos opus 80 n°3, 2, 4 et 1. François Leleux, hautbois. Valeriy Sokolov, violon. Adrien La Marca, alto. Sébastien Van Kuijk, violoncelle. Orchestre Victor Hugo Franche-Comté. Jean-François Verdier, direction. 1 CD Klarthe KLA 017. Enregistré en février 2015 au CRR du Grand Besançon. Durée : 46mn. CLIC de CLASSIQUENEWS de juin 2016

KLARTHE, nouveau label français

klarthe-logo-gd-format-2016CD, actualitĂ©s du label KLARTHE. Le jeune label français KLARTHE surprend dĂšs le lancement de ses premiers albums. Parmi un corpus dĂ©jĂ  variĂ©, la RĂ©daction cd de CLASSIQUENEWS a distinguĂ© deux enregistrements plutĂŽt convaincants pour ce printemps 2016 (avant de nouveaux titres tout autant mĂ©ritants, saluĂ©s par une critique dĂ©diĂ©e…): Les Quatre saisons de Vivaldi par l’Orchestre Baroque de Barcelone (Gilles Colliard, direction) – d’autant plus marquantes qu’elles sont publiĂ©es avec les textes poĂ©tiques que Vivaldi avait associĂ© Ă  chaque Concerto- : soit un Vivaldi dans le texte…-, et un recueil monographique regroupant 7 partitions du compositeur contemporain Samuel Andreyev : Moving. Soit 2 cd rĂ©compensĂ©s par un CLIC de CLASSIQUENEWS.

 

 

2 cd “CLICS” de CLASSIQUENEWS

2 cd Klarthe Ă  connaĂźtre absolument

 

 

moving-ensemble-proton-bern-samuel-andreyev-moving-cd-klarthe-review-presentation-review-critique-cd-classiquenewsCLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. MOVING. PiĂšces de Samuel Andreyev (2003-2015) : Bern Trio, Moving,
 ensemble proton bern (1 cd Klarthe, 2015). Le nouveau label discographique Klarthe nous dĂ©voile la sensibilitĂ© crĂ©pitante et trĂšs rĂ©flĂ©chie du jeune compositeur d’origine canadienne, Samuel Andreyev. Moving est un remarquable album monographique d’un jeune compositeur Ă  l’exigence sonore aiguĂ«. Ses oeuvres trĂšs Ă©crites ne cĂšdent en rien Ă  l’artifice de la seule performance mais accrĂ©ditent l’idĂ©e d’une modernitĂ© soucieuse de sens et de dĂ©veloppement et de temporalitĂ© sonore. Le programme dans son ensemble est lumineux, intelligent et pour les interprĂštes autant que l’auditeur, d’un impact continu, exaltant. En mai et juin 2015 Ă  Paris (Maison de Radio France), les instrumentistes de l’ensemble proton bern, sous la direction de Matthias Kuhn, enregistrent plusieurs oeuvres de Samuel Andreyev, nĂ© en 1981, rassemblant comme en un album monographique, les piĂšces les plus emblĂ©matiques du jeune compositeur, soit 7 compositions, de la plus ancienne PLP (2003) Ă  Bern Trio (2015).  LIRE la critique complĂšte du cd MOVING, recueil monographique rĂ©unissant 7 partitions de Samuel Andreyev. Entretien avec le compositeur Samuel ANDREYEV Ă  propos de “Moving”


 

 

vivaldi quatre saisons nelson monfort gilles colliard orchestre baroque barcelone clic de classiquenews compte rendu review cd critique CLASSIQUENEWS kla012_couv_lowCLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. Vivaldi : Les Quatre Saisons (Gilles Colliard, 1 cd Klarthe, 2015). Encore une Ă©niĂšme version des Quatre Saisons Vivaldiennes ? En vĂ©ritĂ© celle-ci compte indiscutablement ; pour sa conception exhaustive, combinant non sans raison, le verbe Ă  la musique ; pour l’intĂ©gritĂ© de sa rĂ©alisation instrumentale
 Ă  la faveur d’un excellent engagement de l’ensemble sur instruments d’époque, l’Orchestre Baroque de Barcelone, le chef et violoniste Gilles Colliard (rĂ©cent directeur artistique de la phalange catalane depuis 2015) s’associe le concours d’un narrateur Ă  l’éloquence discrĂšte mais efficace, le journaliste sportif Nelson Monfort, plus habituĂ© des plateaux tĂ©lĂ© et directs olympiques que des studios oĂč s’enregistre la musique classique, 
 le chroniqueur s’affirme en diseur des textes que Vivaldi a conçu pour mieux comprendre l’enjeu de chaque Concerto composant le cycle entier. Le rĂ©citant prĂ©cise le climat concernĂ©, les sĂ©quences narratives qui lui sont associĂ©es : c’est un relecture des Saisons dans le texte poĂ©tique d’époque. LIRE la critique complĂšte du cd GENESIS / Les Quatre Saisons de Vivaldi par l’Orchestre Baroque de Barcelone. Entretien avec Gilles Colliard.

 

 

LES CLICS de CLASSIQUENEWS : voir les derniers cd Ă©lus “CLICS” de CLASSIQUENEWS de mai et juin 2016

 

 

Entretien avec Gilles Colliard… Jouer les Quatre Saisons de Vivaldi

Entretien avec Gilles Colliard. A l’occasion de son enregistrement chez Klarthe, d’une nouvelle version des Quatre Saisons de Vivaldi, le violoniste, chef et compositeur Gilles Colliard rĂ©pond aux questions de CLASSIQUENEWS. RĂ©cemment nommĂ© directeur musical de l’Orchestre baroque de Barcelone, Gilles Colliard travaille la sonoritĂ© et la tension rythmique mais aussi ajoute les textes poĂ©tiques originels que Vivaldi avait associĂ© Ă  chacun des Concertos pour violon qui compose aujourd’hui les Quatre Saisons. Point sur une lecture personnelle d’une partition ultra cĂ©lĂšbre.

 

 

 

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CLASSIQUENEWS : Quel est le plus grand dĂ©fi en tant qu’interprĂšte face aux Quatre saisons (pour vous comme soliste et comme chef/leader ?

 

GILLES COLLIARD : Le dĂ©fi est toujours le mĂȘme. Servir cette musique comme toutes les autres avec un souci d’authenticitĂ© musicale permanent. J’ai (et c’est le propre des interprĂštes) le dĂ©sir de toucher, d’Ă©mouvoir, mais il est clair que je ne chercherai pas Ă  user de tel ou tel artifice pour ce faire. Ce n’est pas ce qui habite l’artiste – j’entends par lĂ  son “monde intĂ©rieur, aussi riche soit-il – qui doit recouvrir cette musique de son propre verni. C’est simplement l’intĂ©gritĂ© de sa dĂ©marche et l’intelligence de sa lecture qui devrait pouvoir rĂ©vĂ©ler la richesse intrinsĂšque de l’oeuvre. Je n’ai bien sĂ»r pas la prĂ©tention de dire que j’ai rĂ©alisĂ© ici ce rĂȘve de n’ĂȘtre qu’un outil au service du compositeur mais je puis vous assurer que tous mes efforts y Ă©taient tournĂ©s!

CLASSIQUENEWS : Pour vous, les Quatre Saisons restent une partition descriptive et purement narrative, ou pouvons nous en dĂ©duire d’une certaine façon le gĂ©nie poĂ©tique et esthĂ©tique de Vivaldi qui tendrait vers l’abstraction de la musique pure ?

 

GILLES COLLIARD : La musique descriptive, reprĂ©sentative, est une forme rĂ©pandue en cette Ăšre baroque. Je ne sais si la dĂ©marche consciente du crĂ©ateur est de tendre vers quoique ce soit. Je dirais plutĂŽt que les arts se rĂ©unissent car ils ont tous le mĂȘme fil d’Ariane: la rhĂ©torique. Une rhĂ©torique basĂ©e sur des tactus, ces derniers rĂ©gissant la musique, la danse comme le thĂ©Ăątre. En ce dĂ©but de 18Ăšme siĂšcle, la perception de l’art et de son expression n’est pas encore rentrĂ©e dans le drame des “spĂ©cialisations”. Un compositeur est lui mĂȘme interprĂšte, poĂšte, dirige ses oeuvres et enseigne. C’est justement l’apprĂ©hension vaste de la crĂ©ation qui façonne l’ĂȘtre. J’ai donc tout naturellement souhaitĂ© prĂ©senter pour la premiĂšre fois en disque une version avec narrateur. C’est une aventure que je voulais vivre avec mon ami Nelson Monfort, homme sensible, cultivĂ©, amateur de musique dans son sens Ă©tymologique: aimer. C’est aussi une belle rencontre, en la personne de Julien Chabod, directeur de Klarthe, merveilleux clarinettiste, qui a  osĂ© accepter de se lancer dans un vrai dĂ©fi: oser une Ă©niĂšme version d’une Ɠuvre dĂ©jĂ  trop enregistrĂ©e!

CLASSIQUENEWS :  Qu’apporte prĂ©cisĂ©ment l’intĂ©gration aux moments choisis, des textes originaux ? Qui les a Ă©crits ? Savons nous prĂ©cisĂ©ment comment Vivaldi les considĂ©rait par rapport Ă  sa partition ?

 

GILLES COLLIARD : Nous ne savons pas grand chose. RĂ©ellement, nous ne disposons d’aucun document, d’aucune information Ă  ce sujet. On sait par la lecture de la correspondance du “PrĂȘte roux” que cet opus rencontra visiblement un grand succĂšs (il reste Ă©tonnant de constater que les Quatre Saisons disparaĂźtront avec son auteur, ce dernier emportant dans sa tombe la totalitĂ© de sa production, jusqu’au souvenir mĂȘme de sa propre existence, pour ne rĂ©apparaĂźtre qu’au milieu du 20Ăšme siĂšcle!). Si tout le monde peut reconnaĂźtre les nombreux thĂšmes de l’oeuvre, l’Ă©coute du texte offre indiscutablement des clĂ©s de comprĂ©hension essentielles. Les poĂšmes sont de la main de Vivaldi ainsi que la rĂ©partition des phrases dans le texte musical. Je me suis permis de “broder”, d’augmenter le texte, afin de renforcer la narration tout en tĂąchant de ne point la pervertir.

CLASSIQUENEWS :  Avez-vous découvert des éléments nouveaux ou que vous ne connaissiez pas en vous immergeant dans Les Quatre Saisons, à propos de la partition ou de Vivaldi ?

 

GILLES COLLIARD : Cette partition, je suis nĂ© avec!!!! Elle me hante depuis toujours et revĂȘt aussi une importance particuliĂšre dans ma “construction” personnelle puisque dĂ©cisive quant au choix, alors adolescent, de consacrer une grande partie de mon temps Ă  l’Ă©tude de la musique baroque. On ne cesse de dĂ©couvrir jour aprĂšs jour des Ă©lĂ©ments nouveaux, dans la musique, dans les rencontres, dans l’observation, dans la cohue comme dans la solitude. C’est un principe de vie qui me frappe en permanence.

CLASSIQUENEWS : Quelles sont les qualitĂ©s distinctives de l’orchestre Baroque de Barcelone dont le prĂ©sent enregistrement tĂ©moigne particuliĂšrement ?

 

GILLES COLLIARD : Cet ensemble peut se rĂ©sumer en deux mots: jeunesse, enthousiasme. Les instrumentistes sont curieux, ont envie d’apprendre, sont ouverts. Je combat toute forme d’intĂ©grisme. Le monde de la musique est plein de “gens qui savent”. La seule chose que je sache, c’est que j’en sais chaque jour un peu plus et que je souhaite ardemment partager avec eux cet “un peu plus” sans perdre de vue que mon point de vue s’Ă©taye sur des connaissances “Ă©tablies” (traitĂ©s et autres sources indiscutables) comme sur le fameux “bon goĂ»t”, toujours subjectif et une sensibilitĂ© qui est la mienne et, qui dit sensibilitĂ©, dit aussi vulnĂ©rabilitĂ©.

 

 

Propos recueillis en mai 2016.

 

 

 

vivaldi quatre saisons nelson monfort gilles colliard orchestre baroque barcelone clic de classiquenews compte rendu review cd critique CLASSIQUENEWS kla012_couv_lowCD, compte rendu critique. Vivaldi : Les Quatre Saisons (Gilles Colliard, 1 cd Klarthe, 2015). Encore une Ă©niĂšme version des Quatre Saisons Vivaldiennes ? En vĂ©ritĂ© celle-ci compte indiscutablement ; pour sa conception exhaustive, combinant non sans raison, le verbe Ă  la musique ; pour l’intĂ©gritĂ© de sa rĂ©alisation instrumentale
 Ă  la faveur d’un excellent engagement de l’ensemble sur instruments d’époque, l’Orchestre Baroque de Barcelone, le chef et violoniste Gilles Colliard (rĂ©cent directeur artistique de la phalange catalane depuis 2015) s’associe le concours d’un narrateur Ă  l’éloquence discrĂšte mais efficace, le journaliste sportif Nelson Monfort, plus habituĂ© des plateaux tĂ©lĂ© et directs olympiques que des studios oĂč s’enregistre la musique classique, 
 le chroniqueur s’affirme en diseur des textes que Vivaldi a conçu pour mieux comprendre l’enjeu de chaque Concerto composant le cycle entier. Le rĂ©citant prĂ©cise le climat concernĂ©, les sĂ©quences narratives qui lui sont associĂ©es : c’est un relecture des Saisons dans le texte poĂ©tique d’époque. … EN LIRE +

 

 

 

CD, compte rendu critique. Vivaldi : Les Quatre Saisons (Gilles Colliard, 1 cd Klarthe, 2015)

vivaldi quatre saisons nelson monfort gilles colliard orchestre baroque barcelone clic de classiquenews compte rendu review cd critique CLASSIQUENEWS kla012_couv_lowCD, compte rendu critique. Vivaldi : Les Quatre Saisons (Gilles Colliard, 1 cd Klarthe, 2015). Encore une Ă©niĂšme version des Quatre Saisons Vivaldiennes ? En vĂ©ritĂ© celle-ci compte indiscutablement ; pour sa conception exhaustive, combinant non sans raison, le verbe Ă  la musique ; pour l’intĂ©gritĂ© de sa rĂ©alisation instrumentale… Ă  la faveur d’un excellent engagement de l’ensemble sur instruments d’Ă©poque, l’Orchestre Baroque de Barcelone, le chef et violoniste Gilles Colliard (rĂ©cent directeur artistique de la phalange catalane depuis 2015) s’associe le concours d’un narrateur Ă  l’Ă©loquence discrĂšte mais efficace, le journaliste sportif Nelson Monfort, plus habituĂ© des plateaux tĂ©lĂ© et directs olympiques que des studios oĂč s’enregistre la musique classique, … le chroniqueur s’affirme en diseur des textes que Vivaldi a conçu pour mieux comprendre l’enjeu de chaque Concerto composant le cycle entier. Le rĂ©citant prĂ©cise le climat concernĂ©, les sĂ©quences narratives qui lui sont associĂ©es : c’est un relecture des Saisons dans le texte poĂ©tique d’Ă©poque.

TRAME POETIQUE. On peut dĂšs lors associer prĂ©cisĂ©ment chaque sĂ©quence climatique au prĂ©texte narratif que Vivaldi avait Ă  l’origine conçu, particuliĂšrement douĂ© d’un imaginaire fĂ©cond :
- joie des villageois rĂ©unis en kermesse pastorale “tendre et lĂ©gĂšre”, orage toujours lointain, aboiements du chien (largo central) pour le Printemps ;
- brĂ»lure Ă©touffante d’un air chaud suffocant Ă  l’Ă©noncĂ© des premiĂšres mesures de l’Ă©tĂ© (allegro non molto, le plus long des mouvements soit plus de 5mn) ; le compositeur n’oublie pas les nuĂ©es de moustiques sur fond d’orage lointain (adagio central)… jusqu’Ă  ce que la tension palpable, accumulĂ©e alors se dĂ©verse en un torrent d’Ă©clairs et d’orage menaçant (pour les cordes seules : fougueux Presto final, impĂ©tueux de l’Ă©tĂ©).
- la joie villageoise est de retour pour fĂȘter l’automne, le temps des rĂ©coltes abondantes et nourriciĂšres, avant les dĂ©lices de la sieste (formidable Adagio central). Pause rĂ©paratrice pour mieux rĂ©ussir la chasse Ă©noncĂ©e telle une marche au panache martelĂ© au son du cor (allegro final).
Antonio_Vivaldi- hiver hypnotique… Le plus rĂ©ussi des Concertos demeure ici l’Hiver : froid saisissant et oppressant du vent du nord dans l’Allegro initial (cordes mordantes et persifflantes, aux couleurs aigres et incisives); puis ondulantes, dansantes et crĂ©pitantes mais a contrario, exprimant plutĂŽt la chaleur brĂ»lante des flammes du feu de cheminĂ©e (flexibilitĂ© onirique des cordes de l’Orchestre baroque de Barcelone). En poĂšte esthĂšte, Vivaldi fusionne finesse du violon et volutes et arabesques des patineurs sur la glace… avant que les vents dont le sirocco-, n’entrent en guerre, atteignant Ă  une implosion recrĂ©atrice qui force l’admiration : vĂ©ritable chaos regĂ©nĂ©rateur en guise de conclusion mobile.

 

 

 

Vivaldi dans le texte

Le chef, compositeur et violoniste Gilles Colliard signe une version des Quatre Saisons, indiscutable

Saisons subtiles et caractérisées

 

 

CLIC_macaron_2014L’auditeur demeure saisi par la force emblĂ©matique des images climatiques et des loisirs humains Ă©voquĂ©s, par la justesse des procĂ©dĂ©s expressifs que le compositeur vĂ©nitien a trouvĂ©, pour en rĂ©aliser leur transposition musicale, combinant la subtilitĂ© et souvent l’inouĂŻ. Les interprĂštes savent ciseler la richesse dynamique liĂ©e Ă  la maĂźtrise technique ; le violon de Gilles Colliard synthĂ©tise toutes les avancĂ©es de l’approche historiquement informĂ©e, en une lecture gorgĂ©e de vitalitĂ© saine, qui sait aussi murmurer et rugir, trĂ©pigner et s’alanguir, au diapason des atmosphĂšres tĂ©nues dont Vivaldi a le secret.

L’Ă©diteur prend soin de prĂ©server les attentes de chacun : le cd comprend d’abord chacun des 12 Ă©pisodes (3 mouvements pour chaque saison) avec le commentaire, – les textes Ă©tant lus exactement au bon moment, – au dĂ©but de chaque Ă©pisode pour en comprendre l’enjeu narratif et dramatique ; puis les Quatre Saisons sont jouĂ©es sans textes, – traditionnellement, afin que les puristes puissent se dĂ©lecter de la musique et de l’interprĂ©tation, sans parasitage d’aucune sorte.

colliard gilles violon vivaldi review compte rendu critique cd classiquenews mai 2016 Photo-Gilles_HD_Copyright-4-175x300Chef violoniste et instrumentistes barcelonais dĂ©fendent avec un rĂ©el sens des contrastes et des atmosphĂšres chacun des Quatre Concertos. Le geste est sĂ»r, onctueux et dĂ©taillĂ©, trouvant d’un Concerto l’autre, ce lien continu qui nourrit la cohĂ©rence organique entre eux. Saluons le souci du chef compositeur Gilles Colliard (nĂ© Ă  GenĂšve en 1967) : partenaire de Gustav Leonhardt et de Christophe Coin, sa direction est affĂ»tĂ©e, contrastĂ©e, d’un rare fini caractĂ©risĂ© (profondeur allusive des mouvements lents dont entre autres l’irrĂ©sistible adagio molto de l’Automne ou le volet central de L’Hiver…) : son charisme et sa fougue canalisĂ©e savent emporter voire souvent Ă©lectriser les musiciens qui le suivent. L’Ă©nergie collective est magnifiquement mise en avant dans cet enregistrement qui s’avĂšre de bout en bout trĂšs convaincant. L’enjeu de la partition est idĂ©alement compris et mesurĂ© : le prĂ©texte textuel est Ă©videmment prĂ©sent dans l’Ă©coute mais la rĂ©alisation des interprĂštes grĂące Ă  la justesse des instrumentistes savent atteindre Ă  cette abstraction onirique qui fait de chaque Concerto, le volet d’un retable de musique pure. L’expressivitĂ© ardente supplantant ici la seule portĂ©e descriptive… Avant Beethoven et sa Pastorale (6Ăšme Symphonie, comprenant elle aussi danses villageoises et orage fameux), Vivaldi Ă©prouve jusqu’aux limites expressives de l’instrument Ă  corde. Partie prenante de son recueil triomphal : “Il Cimento dell’armonia e dell’invenzione (opus 8, publiĂ© Ă  Amsterdam en 1725), le compositeur dĂ©montre par son gĂ©nie de la couleur combien harmonie et invention ne sont pas antinomiques mais bel et bien sƓurs d’un art souverain Ă  construire Dans ce sens, Vivaldi a atteint un chef d’Ɠuvre d’une richesse poĂ©tique infinie, servie ici par des instrumentistes particuliĂšrement inspirĂ©s.

Seule réserve : le concours de Nelson Monfort apporte le bénéfice du prétexte poétique, préludant à chaque développement musical. Dommage que la prise de son qui intÚgre la voix du narrateur / récitant ait été réalisée dans une prise trop réverbérante qui semble plaquer artificiellement la voix aux instruments.

CD, compte rendu critique. Vivaldi : Les Quatre saisons / Genesis. Version avec résitant / version musicale sans récitant. Nelson Monfort, récitant. Orchestre Baroque de Barcelone. Gilles Colliard, direction. Enregistrement réalisé à Barcelone en mai 2015. 1 cd Klarthe 012. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai et juin 2016.