CD Ă©vĂ©nement, critique. « Sisters ». Lili et Nadia Boulanger : Ɠuvres pour piano (Johan Farjot, piano) 1cd Klarthe records

KLA124 cd critique classiquenews JOhan farjot cd review boulanger nadia lili johan farjot piano critique cd classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, critique. « Sisters ». Lili et Nadia Boulanger : Ɠuvres pour piano (Johan Farjot, piano) 1cd Klarthe records  -  Le label Klarthe est bien inspirĂ© d’éditer cette premiĂšre intĂ©grale de l’Ɠuvre pour piano des soeurs Boulanger, Nadia et Lili
. dont 3 piĂšces en crĂ©ation ! – cf. la mĂ©lodie « Mon Ăąme », de 1906 de Nadia d’aprĂšs le poĂšme d’Albert Samain. Nadia la brune, Lili la blonde
 deux figures de la composition en France qu’il Ă©tait temps de rĂ©estimer
. A certains qui renaclent Ă  considĂ©rer des compositrices françaises de premier plan : Lili pourrait devenir mĂȘme un phare exemplaire comme le soulignait Igor Markevitch, prĂ©coce et juste admirateur.
Le pianiste Johan Farjot dĂ©montre aujourd’hui les champs variĂ©s et les imaginaires forts et puissants des deux filles d’Ernest Boulanger (Prix de Rome 1853) et qui comme leur pĂšre compositeur, candidatĂšrent pour l’auguste trophĂ©e romain : Nadia remporte en 1908 un
2Ăš Prix. Lili, le Premier Prix en 1913 Ă  19 ans (grĂące au feu fulgurant de sa cantate « Faust et HĂ©lĂšne » qu’il faudra bien un jour rĂ©vĂ©ler). Leur parcours est aussi intense que court : Lili de santĂ© fragile meurt Ă  24 ans, non sans lĂ©guer des partitions d’une Ă©loquente maturitĂ© (et oui l’expĂ©rience et le gĂ©nie n’attendent pas l’ñge des annĂ©es) ; Nadia renonce Ă  poursuivre son Ɠuvre de compositrice Ă  
 32 ans. Étonnante interruption.

D’oĂč vient ce vide soudain ?, un doute qui vaut censure, et qui dans la vie de Nadia explique que trouvant sa musique non pas bonne mais « inutile », elle dĂ©cide soudain de cesser la composition, Ă  la faveur de ses autres activitĂ©s comme cheffe, concertiste, professeur surtout : Legrand, Glass, Bernstein, Copland sont ses Ă©lĂšves
 La question explique la singularitĂ© d’une Ɠuvre qui Ă  l’écoute, comme celle de sa sƓur, frappe voire saisit par sa vivacitĂ©, sa justesse, sa profondeur.

De Farjot aux « Sisters » 
De compositeur Ă  compositrices

Johan Farjot lui-mĂȘme compositeur semble mesurer le talent des Boulanger dans l’esprit d’une entente secrĂšte et intime ; de Nadia, le pianiste auteur parle d’une compositrice « gĂ©niale, originale, inspirĂ©e ». De Lili, il est aussi dĂ©finitif car il connaĂźt les 3 Psaumes.
Johan Farjot Ă©tablit donc la premiĂšre nomenclature enregistrĂ©e des piĂšces de Lili Boulanger, en un cycle raisonnĂ© : d’abord les 2 PrĂ©ludes de 1911 (rĂ© bĂ©mol et si), clairement debussyste et ravĂ©liens.
De mĂȘme le ThĂšme et Variations (rĂ©alisĂ© Ă  la Villa MĂ©dicis Ă  Rome en juin 1914 aprĂšs l’obtention de son Premier Prix) affirme la puissance sombre et mystĂ©rieuse de l’inspiration de la jeune compositrice, en rien fragile ni timorĂ©e, au contraire abrupte, violente, passionnĂ©e, animĂ©e par le dĂ©sespoir voire la souffrance ultime, peinte en une grisaille des plus raffinĂ©es.
Enfin les 3 Morceaux pour piano (publiĂ©s posthumes par Ricordi, 1919) confirment tout autant le gĂ©nie de Lili : mĂ©lancolie d’Un vieux jardin ; douceur D’un jardin clair, enfin transparence de « CortĂšge » notĂ© « lĂ©ger et gai » par la compositrice. L’intensitĂ© expressive, la puissance et la sensibilitĂ© jaillissent sous les doigts de Johan Farjot qui s’ingĂ©nie avec dĂ©lice Ă  souligner la maturitĂ© et le profondeur de l’écriture, ses architectures amples, tracĂ©es Ă  grands coups de marches harmoniques, tout en veillant Ă  l’ampleur du son, sa transparence, parfois inquiĂšte, souvent interrogative.

CLIC_macaron_2014De Nadia, Johan Farjot saisit la vitalitĂ© rythmique de la piĂšce pour 2 pianos (1910), premiĂšre mondiale absolue qui affirme le tempĂ©rament de la compositrice. Le pianiste restitue aussi l’éloquence narrative des 3 Petites PiĂšces pour piano (1914) dont la derniĂšre offre cette grille emblĂ©matique de la compositrice « parallĂ©lismes d’accords et pĂ©dales harmoniques » Ă  l’égal d’un Ravel qui fut son condisciple dans la classe de FaurĂ©.
Dans « Vers la vie nouvelle » (1915), Nadia exprime l’inquiĂ©tante Ă©trangetĂ© d’une vie terrestre, parsemĂ©e de doute et de dĂ©couragement avant que naisse enfin, l’espoir d’une vie meilleure, « l’homme marche confiant, tendre et grave » selon ses propres annotations. La partition crĂ©Ă©e en fĂ©vrier 1917 Ă©tait ainsi destinĂ©e Ă  collecter des fonds pour aider les femmes musiciennes Ă  poursuivre leur activitĂ© musicale pendant la guerre

Autre morceau majeur de cette intĂ©grale Ă©vĂ©nement : l’inĂ©dit « Morceau pour l’entrĂ©e dans la classe de piano femmes du Conservatoire de Paris », exercice de dĂ©chiffrage datĂ© de juin 1914.

Enfin, la mĂ©lodie « Mon Ăąme » (1906) chantĂ©e ici par Karine Deshayes; le texte en alexandrin d’Albert Samain (1858 – 1900) diffuse sans pudeur la sensualitĂ© intĂ©rieure et profonde d’une infante dans un palais dĂ©sertĂ© : attente, renoncement, deuil ; soit innocence, Ă©lan, amertume, blessures et adieu serein : l’angĂ©lisme de l’infante, son retrait de la vie, comme un anĂ©antissement souple et Ă©lĂ©gantissime rĂ©sument en dĂ©finitive les illusions premiĂšres et les derniers soupirs de toute une vie ; le caractĂšre est sobre, sombre, parfois grave, toujours Ă©perdu mais mesurĂ©. De plus de 6mn, la mĂ©lodie est un sommet de retenue passionnĂ©e, de sombre espĂ©rance qui plonge au cƓur du mystĂšre.

On ne saurait trouver actuellement meilleure approche sincĂšre et investie du gĂ©nie de deux sƓurs frappĂ©es du sceau de l’authentique et ineffable musique. Deux dĂ©esses au destin musical foudroyĂ© que ValĂ©ry ou Bernstein en leur temps ont su estimer Ă  leur juste valeur. Une estimation que rĂ©gĂ©nĂšre fort opportunĂ©ment Johan Farjot, compositeur, en un rapport Ă  la fois fraternel et identitaire magistral. Passionnante implication.

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CD événement, critique. Karine Deshayes, Delphine Haidan. Deux mezzos sinon rien (1 cd Klarthe records)

deux-mezzos-sinon-rien-cd-concert-critique-classiquenews-CLIC-de-classiquenews-compte-rendu-annonce-KLARTHE-recordsCLIC D'OR macaron 200CD Ă©vĂ©nement, critique. Karine Deshayes, Delphine Haidan. Deux mezzos sinon rien (1 cd Klarthe records) – Il revient ainsi Ă  Klarthe de fixer l’entente et la douce complicitĂ© de deux mezzos françaises particuliĂšrement bien associĂ©es. Le programme est Ă  la hauteur de la promesse : habilement Ă©quilibrĂ©, lieder de Brahms et de Mendelssohn auxquels rĂ©pondent plusieurs mĂ©lodies Ă©galement en duo, de Gounod, Saint-SaĂ«ns, FaurĂ©, Massenet
 parmi les moins connues et les plus Ă©vocatrices. Le jeu du compositeur et chef Johan Farjot apporte un tapis pianistique des plus articulĂ©s, opĂ©rant dans le registre que les deux voix dĂ©ploient sans peine : l’écoute complice, la complĂ©mentaritĂ© poĂ©tique.
En ouverture, les Quatre mĂ©lodies de Brahms sont abordĂ©es avec lĂ©gĂšretĂ©, un allant sans affectation dĂšs la premiĂšre (« Die Schwestern » / les sƓurs, titre bien choisi) une attention partagĂ©e dans l’écoute Ă  l’autre ; les deux voix de mezzos, proches et pourtant caractĂ©risĂ©es, interchangeables et distinctes, semblent exprimer la double face d’une mĂȘme intention : insouciance, introspection plus secrĂšte et intime pour le second lied – achevĂ© comme une interrogation (KlosterfrĂ€ulein) ; souple et presque sensuelle, « Phenomen » s’énonce comme une douce priĂšre, celle adressĂ©e Ă  un cƓur chenu qui peut encore aimer

Les amateurs de mĂ©lodies françaises seront ravis Ă  l’écoute des perles et joyaux qui suivent. Karine Deshayes dĂ©ploie sa soie flexible d’abord dans la premiĂšre sĂ©quence « D’un cƓur qui t’aime », timbre clair, aigus naturels et rayonnants auquel rĂ©pond le chant plus sombre de sa consƓur Delphine Haidan. Les deux fils vocaux tissant ensuite une tresse souple et Ă©quilibrĂ©e oĂč les deux timbres se rĂ©pondent et dialoguent sur le texte de Racine.
Les 3 oiseaux de Delibes se distingue par sa coupe prĂ©cise et sobre, son intensitĂ© tragique progressive, jusqu’à la derniĂšre strophe qui fixe une situation 
 perdue.
RĂ©vĂ©lateur d’un gĂ©nie opĂ©ratique et d’un raffinement supĂ©rieur, le cycle des deux mĂ©lodies de Saint-SaĂ«ns captivent tout autant : sur un rythme mi habanera / bolĂ©ro pour la premiĂšre (El Desdichado, – texte du librettiste Jules Barbier) et sur le sujet d’un cƓur pris dans les rĂȘts de l’amour cruel ; plus insouciante et presque fleurie, La Pastorale d’aprĂšs le texte de Destouches est d’un dĂ©licieux parfum nĂ©o baroque.
La premiĂšre des 3 mĂ©lodies de Massenet  « RĂȘvons c’est l’heure » (d’aprĂšs Paul Verlaine) charme comme un nocturne enivrĂ© et suspendu; la tendresse rayonne dans « Marine » cultivant un climat Ă©thĂ©rĂ©, murmurĂ©; enfin « Joie » s’électrise grĂące aux deux voix admirablement accordĂ©es.
L’une des plus longues mĂ©lodies : « Bienheureux le cƓur sincĂšre » de Gounod,  est une priĂšre ardente qui cĂ©lĂšbre Ă  la façon d’un cantique la justice divine et la bonheur des Justes
 Chausson diffuse son romantisme subtil et sombre d’une enivrante intĂ©rioritĂ© (sublime « La nuit ») ; quand FaurĂ© (« Puisqu’ici bas  ») sait exploiter toutes les nuances suaves des deux lignes vocales comme enlacĂ©es / torsadĂ©es. Le poids des mots, la nuance et l’équilibre des timbres, la caresse du piano font toute la valeur de ce programme dĂ©doublĂ© mais unitaire, original et cohĂ©rent. Un album qui est aussi dĂ©claration musicale car le duo « Deux mezzos sinon rien » entend Ă  prĂ©sent conquĂ©rir Ă  deux voix, scĂšnes et thĂ©Ăątres. On s’en rĂ©jouit. Prochain concert le 28 octobre au Bal Blomet (Paris)


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CD Ă©vĂ©nement, critique. Karine Deshayes, Delphine Haidan. Deux mezzos sinon rien (1 cd Klarthe records)  enregistrement rĂ©alisĂ© en mai 2019  —  CLIC de classiquenews, automne 2020.

Johannes BRAHMS | 4 duos, opus 61
Charles GOUNOD | D’un coeur qui t’aime
LĂ©o DELIBES | Les 3 oiseaux
Camille SAINT-SAËNS | El Desdichado
Camille SAINT-SAËNS | Pastorale
Jules MASSENET | RĂȘvons, c’est l’heure
FĂ©lix MENDELSSOHN | 4 duos, opus 63
Jules MASSENET | 2 Duos, op 2
Charles GOUNOD | Bienheureux le coeur sincĂšre
Ernest CHAUSSON | La nuit – op 11, n°1
Gabriel FAURÉ | Pleurs d’or – op 72
Gabriel FAURÉ | Puisqu’ici bas toute Ăąme – op 10
Johannes BRAHMS | Die Meere – op 20, n°3

Karine Deshayes | Delphine Haidan
Johan Farjot, piano

VOIR toutes les infos sur le site du label KLARTHE records
https://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/deux-mezzos-sinon-rien-detail

 

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CONCERT
Karine Deshayes | Delphine Haidan
Quatuor Ardeo
le 28 octobre 2020 – 20h30
au Bal Blomet Ă  Paris

RĂ©servations
http://www.balblomet.fr/events/ardeo/

CD, événement, critique. Johan Farjot : Childhood (1 cd Klarthe records)

KLA100couv_lowCD, Ă©vĂ©nement, critique. Johan Farjot : Childhood (1 cd Klarthe records). Jazzman, fĂ©ru de culture amĂ©ricaine, Johan Farjot a rĂ©uni dans ce programme plusieurs amis et partenaires instrumentistes ; entre autres des complices familiers de son propre ensemble Contraste. Pour ce premier cd monographique, le compositeur prĂ©sente 13 piĂšces plutĂŽt courtes en un plan Ă©quilibrĂ© oĂč la pensĂ©e musicale se rĂ©vĂšle Ă©conome, opĂ©rant par formes condensĂ©es et sans dilution. Farjot offre plusieurs solos aux instruments, leur rĂ©servant pour chacun de superbes fenĂȘtres expressives et lyriques, d’un essor digital non feint, qui permet une acuitĂ© assumĂ©e, heureuse
 c’est le cas du solo pour clarinette (« Skyscapers »: belle vivacitĂ© crĂ©pitante), de « Carmen d’Escale » pour violon, et surtout « Nuit d’Adieu » pour alto, mĂ©ditation qui accompagne la mort d’un ami, tout d’une plĂ©nitude assagie, suspendue (dernier Ă©pisode du programme).

RĂ©flĂ©chi et riche en climats intimes, le programme est une sorte d’introspection personnelle, un arrĂȘt sur image au mi temps d’une vie, d’oĂč le titre de la plage 7, emblĂ©matique
 : « nel mezzo del cammin » / au milieu du chemin ; d’aprĂšs les premiers vers de la Divine comĂ©die de Dante (Chant 1 de l’Enfer), c’est une exaltation Ă  deux voix, comme deux fĂ©es qui proclament, sereines mais dĂ©terminĂ©es. Les 3 haikus tĂ©moignent eux aussi d‘un goĂ»t sĂ»r pour le dĂ©veloppement mesurĂ©, la connaissance de chaque timbre et l’ambitus expressif que l’association de plusieurs, permet d’explorer. Ils sont tous constituĂ©s de 44 mesures
 rĂ©fĂ©rence discrĂšte Ă  l’ñge mĂȘme du compositeur.

Pas Ă  pas ce dernier y affirme une fascination pour ce temps et ce sentiment de l’enfance, insouciance, innocence qui inscrivent son travail dans le sillon des Français (Debussy, surtout Maurice Ravel
), d’oĂč le titre de l’album (” Chilhood ” » / enfance). Il le dit lui-mĂȘme : alors que nous vivons en permanence hyperconnectĂ©s, dans un flux divertissant continu, le temps musical renoue avec l’essence de l’ñme, un temps psychologique sans enjeux oĂč le temps suspendu, retrouvĂ©, renoue avec cet ennui primordial (du temps de l’enfance) porteur d’une quĂȘte infinie, laquelle inspire aujourd’hui le compositeur. Mais c’est une nostalgie heureuse et intime qui s’accomplit ici. Et justement « Childhood 1 » (en ouverture), avec le pianiste et compositeur Karol Beffa convoque ce temps suspendu de l’enfance vĂ©cue, Ă  nouveau espĂ©rĂ©e.
CLIC D'OR macaron 200Le Quatuor s’invite aussi, dans « Molly’s Song » pour violon, alto, violoncelle et piano, alternant des plages d’un dramatisme mordant, Ăąpre, et courtes pauses d’un oubli plus apaisĂ©. L’écriture se joue de ce rapport contrastĂ© de sĂ©quences, fort en oppositions, quand tout s’achĂšve dans un murmure Ă©nigmatique, interrogatif. Pour ensemble de saxophones (ici l’ensemble Saxo Voce sous la direction du compositeur), « New York City » dĂ©roule comme des rubans riches en Ă©chos et vagues suaves, les timbres voluptueux des cuivres en une Ă©vocation bienheureuse de la City.‹ D’un spectre plus dense encore et pour un large effectif, « Sea Shanties » permet Ă  Johan Farjot de diriger son ensemble Contrastes, explorant des zones d’ombres, de demi teintes d’oĂč Ă©merge le chant comme dĂ©calĂ© du piano, du violoncelle, de la clarinette. Et comme un formidable baisser de rideau, pour conclure en suggestion tĂ©nue, « Nuit d’adieu » superbement investi par l’alto d’Arnaud Thorette, un complice de longue date, touche en son dĂ©nuement viscĂ©ral et sincĂšre.
 

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CD événement, critique. JOHAN FARJOT : CHILDHOOD (1 cd Klarthe records)

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programme du cd « Chilhood » :

 

 

 

Childhood 1
Karol Beffa, piano

HaĂŻku 1
Karine Deshayes, mezzo-soprano / David Bismuth, piano

Molly’s Song
Hugues Borsarello, violon / Arnaud Thorette, alto
Antoine Pierlot, violoncelle / JĂ©rĂŽme Ducros, piano

Pater Noster
Paco Garcia et Martin Candela, ténors
Igor Bouin et Olivier Gourdy, barytons

New York City
Ensemble Saxo Voce / Johan Farjot, direction /
Thibaut Canaval et KĂ©vin Le Mareuil, saxophones soprano
Mary Osborn et Zephania Lascony, saxophones alto
Anne-Cornélia Détrain et Stéfane Laporte, saxophones ténor
Christophe Boidin et Malo Lintanf, saxophones baryton

Carmen d’escale
GeneviĂšve Laurenceau, violon

Nel mezzo del cammin
Amélie Raison, soprano / Ambroisine Bré, mezzo-soprano
Mathilde Borsarello, violon 1 / Bleuenn Le Maitre, violon 2
Arnaud Thorette, alto / Antoine Pierlot, violoncelle

HaĂŻku 2
Ambroisine Bré, mezzo / Arnaud Thorette, alto

Skyscrapers
Pierre GĂ©nisson, clarinette

Childhood 2
Raphaël Imbert, saxophone / Guillaume Cornut, piano

Sea Shanties
Ensemble Contraste
Arnaud Thorette, alto / Jean-Luc Votano, clarinette / Johan Farjot, piano

HaĂŻku 3
Paco Garcia et Martin Candela, ténors / Igor Bouin et Olivier Gourdy, barytons
Johan Farjot, piano et direction

Nuit d’Adieu
Arnaud Thorette, alto

 

 

 

VIDÉO

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Johan Farjot joue Chilhood 1 (piano) :

 

 

 

 

 

 

CD. Karol Beffa : into the dark (Constraste, 1 cd Aparté 2013)

cd-karoll-beffa-into-the-dark-cd-aparte-CLIC-de-classiquenews-Comptre-rendu-critique-cd-CLIC-de-classiquenews-de-juin-2015CD. Karol Beffa : Into the dark (Constraste, 1 cd ApartĂ© 2013). L’ensemble Contraste (pilotĂ© par Johan Farjot) signe un album monographique dĂ©diĂ© Ă  l’Ă©criture crĂ©pusculaire et savamment ombrĂ©e du compositeur franco-suisse Karol Beffa (nĂ© en 1973), C’est avec Thierry Escaich et Philippe Hersant sans omettre Philippe Manoury, l’un des compositeurs les mieux inspirĂ©s d’aujourd’hui, dont l’accessibilitĂ© des Ɠuvres rend l’idĂ©e mĂȘme de musique contemporaine, fraternelle, humaine, souvent enivrante. Karol Beffa fut le plus jeune titulaire de la chaire de crĂ©ation artistique au CollĂšge de France (2012/2013) : une fonction lĂ©gitime si l’on constate ici l’Ă©tendue de ses facultĂ©s compositionnelles. Le Concerto pour alto et orchestre (2005) est avec DĂ©dale  (1999), la piĂšce la plus ancienne du programme de ce disque. Pour cordes seules, l’oeuvre dĂ©ploie et cultive des rĂ©sonances sombres (c’est le “dark side” d’un Beffa continĂ»ment inspirĂ© par l’ombre et la gravitĂ©), qui semblent au dĂ©marrage citer quelque Ă©pisode du Requiem de Berlioz. L’ensemble Contraste sait affirmer le caractĂšre mĂ©ditatif et repliĂ©, si prenant par son aspiration funĂšbre, affichant perpĂ©tuellement un deuil viscĂ©ral. Le cycle fait entendre l’activitĂ© d’une dĂ©sespĂ©rance tenace, tel le parcours d’une malĂ©diction sinueuse qui chemine dans le dĂ©sespoir le plus profond et qui s’Ă©paissit par paliers ascendants. L’oeuvre affiche une rĂ©ussite indiscutable : elle acclimate sur le mode orchestral et concertant, la matiĂšre de Masques, partition antĂ©rieure pour violon et violoncelle. Le vif qui suit est plus agitĂ© voire convulsif  traversĂ© de spasmes inquiets. De notre point de vue, le compositeur y perd la cohĂ©rence de construction et sa charge Ă©motionnelle est sacrifiĂ©e pour un jeu purement formel.

Into the dark :

Karol Beffa, apĂŽtre de l’ombre, Ă©grĂšne 1001 nuances de noir…

 

karol_beffa_603Plus nuancĂ©e, la matiĂšre du petit Concerto pour harpe de 2013 enchaĂźne une sĂ©rie de visions harmoniques dans un climat extatique oĂč l’interprĂšte (Emmanuel Ceysson inspirĂ©) doit surtout faire chanter l’instrument soliste, vĂ©ritable rĂ©sonateur d’un sentiment d’enchantement presque enivrĂ© en tout cas nocturne. Le sombre et l’ombre, la nuit et le crĂ©puscule dessinent ici autant de plans d’un mĂȘme paysage qui rĂ©vĂšle, contrairement Ă  ce que laisse supposer le texte de prĂ©sentation, non pas la difficultĂ© de Karol Beffa Ă  atteindre une secrĂšte unitĂ© de piĂšce en piĂšce, mais plutĂŽt sa grande cohĂ©rence d’inspiration : chaque partition scrupuleusement complĂ©mentaire et en rĂ©sonance entre elles, composant en nuances de noirs les plus tĂ©nus, ce “dark” proclamĂ© en couverture, comme la couleur de l’apĂŽtre Ă  l’obscuritĂ© flamboyante.
Ainsi, Ă©galement de 2013, Dark pour piano et cordes est d’une solennitĂ© jamais raide ni dĂ©clamation et lĂ  encore nocturne, dont le second Ă©pisode – hĂ©las-, s’affaiblit comme un pastiche de Rachmaninov.

CLIC D'OR macaron 200De 2012, les 4  chants sur les poĂšmes de Saint Jean de la Croix sont heureusement d’une toute autre qualitĂ© d’obscuritĂ©. Certes ils pĂątissent malgrĂ© leurs climats d’imploration ardente, de l’articulation totalement inintelligible de la mezzo Karine Deshayes, qui se fourvoie dans un espagnol brumeux et mou. Mais la beautĂ© cuivrĂ©e, crĂ©pitante du timbre captive indiscutablement. Le premier chant : Un  pastorcico solo est embrasement;  Del  verbe divino nourrit une priĂšre assoiffĂ©e et aussi inquiĂšte sur un mode presque interrogatif;  Sin  arrimo y  con arrimo est plus apaisé  mais comme apeurĂ© et d’une douleur panique ;  ! Oh llama de amor viva est d’une introspection intime, secrĂšte qui exprime les Ă©lans silencieux et rentrĂ©s des grands mystiques… autant de sentiments ciselĂ©s qui ici n’Ă©voquent pas les degrĂ©s du noir intĂ©rieur mais plutĂŽt toutes les marches les plus infimes d’une introspection ultime  articulant la foi comme une exploration du moi profond. HĂ©las que n’avons les textes intĂ©graux et leur traductions pour se dĂ©lecter de la collusion verbe et instruments, d’autant  que par les cordes seules, l’orchestre est loin d’accompagner simplement : il Ă©claire  aussi  chaque aspiration, chaque enjeux  Ă©motionnel  du texte. C’est pour nous le cycle le plus intĂ©ressant du programme enregistrĂ©. Sublime.

DĂ©dale, piĂšce que l’on connaĂźt dĂ©jĂ  de longue date (crĂ©Ă©e en 1999), exprime mieux que tout dĂ©veloppement redit aprĂšs lui, ce labyrinthe initiatique dont le secret et le mystĂšre demeurent jusqu’Ă  la fin, intact, prĂ©servĂ© de tout dĂ©voilement. La piĂšce de 12 mn est un absolu chef d’oeuvre de concision et de construction dramatique : une ivresse aux cordes seules qui rĂ©capitule et englobe l’esprit des MĂ©tamorphoses de Strauss et La Nuit transfigurĂ©e de Schönberg : ses glissandi trahisent les sursauts du rĂȘve animĂ©, l’activitĂ© secrĂšte de la psychĂ© toujours efflorescente et jamais dĂ©voilĂ©e. De l’aveu du compositeur, il s’agit du prolongement d’une lecture de Borges, mais aussi de la rĂ©miniscence d’un songe qui convoque une matiĂšre mouvante inaccessible. La section centrale plus dramatique et explicitement narrative concentre, aspire, exaspĂšre toute vellĂ©itĂ© de la conscience, pour replier cette arche vers l’Ă©mergence de l’immatĂ©riel, comme au dĂ©but : dans des miroitements contenus mais bien actifs. Un chef d’oeuvre que chacun doit “vivre” et Ă©prouver au disque mais aussi au concert, comme une courte expĂ©rience fulgurante. Contraste menĂ© par Johan Farjot et Arnaud Thorette et la harpe enchantĂ©e, orphique de Ceysson signent une Ă©blouissante lecture de cette piĂšce du sublime.

cd-karoll-beffa-into-the-dark-cd-aparte-CLIC-de-classiquenews-Comptre-rendu-critique-cd-CLIC-de-classiquenews-de-juin-2015CD, compte rendu critique. Karol Beffa : Into the dark. Ensemble Contraste. Johan Farjot, direction. Avec Karine Deshayes (mezzo, Nuit obscure), Arnaud Thorette (violon, alto), Emmanuel Ceysson (harpe) et Karol Beffa (piano). 1 cd Aparté. Programme enregistré à Paris (Temple Saint-Marcel) en janvier et février 2013. Durée : 1h11mn. CLIC de classiquenews de juin 2015.