dimanche 25 octobre 2026

CD événement, annonce. La Grande Chapelle, Albert Recasens. Domenico SCARLATTI / José DE NEBRA : Stabat Mater / Salve Regina (1 CD Lauda)

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Deux compositeurs sont ici célébrés, dans un rapprochement stimulant. Le programme est d’autant plus convaincant qu’il est au cœur du répertoire des interprètes : Albert Recasens et ses excellents musiciens, chanteurs et instrumentistes de LA GRANDE CHAPELLE éclairent l’inspiration raffinée d’Alessandro Scarlatti et de José de Nebra, deux maîtres de l’éloquence romaine et italienne.

 

 

Domenico Scarlatti à Rome ; De Nebra à Madrid… Albert Recasens souligne leur proximité esthétique (et géographique) à travers leur Stabat Mater et Salve Regina respectifs. Scarlatti le fils travaille alors à Rome dans les années 1710 (précisément au sein de la Capella Giulia de 1714 à 1719) ; De Nebra quant à lui, est à Madrid dans les années 1750. Scarlatti qui suit sa protectrice à Madrid, Maria-Barbara de Bragance devenue reine d’Espagne en tant qu’épouse de Ferdinand VI, meurt à Madrid en 1758, puis s’éteint en 1759 Maria-Barbara… et c’est justement De Nebra qui compose la musique de ses funérailles…

Pierres angulaires de ce programme passionnant qui comprend aussi les deux Salve Regina des deux compositeurs, leur STABAT MATER, sur le texte déploratif et endeuillé de Jacopone da Todi / Jacques de Todi, révèle les particularités de ces deux génies baroque.

D’une somptueuse puissance spirituelle, aussi langoureuse et suspendue que profondément recueillie, l’écriture du Stabat Mater à 10 de Domenico Scarlatti exploite toutes les ressources des chanteurs, non pas en 2 blocs distincts qui alternent et se répondent (selon la tradition chorale romaine) mais en individualisant chaque parties dialoguées (réponses alternées sopranos et ténors de l’ « Inflammatus et accentus »), dans le raffinement contrapuntique hérité de son père Alessandro… Sa pensée semble étendre l’arc mystique et fervent en immergeant l’auditeur dans un prodigieux bain contemplatif : le mérite en revient aux interprètes de La Grande Chapelle qui sous la direction d’Albert Recasens savent fusionner la caractérisation des voix entrelacées, tout en soignant la cohésion sonore, d’autant plus riche et investie que le continuo réalise une basse pénétrante, à l’activité souterraine toujours stimulante ; il en découle une remarquable effusion collective, où chaque texte  (des 10 séquences du Stabat) est idéalement articulé ; ainsi se déploie la prière de la Mère impuissante, confrontée à l’agonie de Jésus sur la Croix. La méditation sourde s’accomplit aussi dans le registre chambriste (madrigalesque) (« Eja Mater fons amoris »), avant l’explicitation du vers « Sancta Mater » qui recueille et fixe au centre même de la partition, toute l’affliction pudique, réservée de la Marie.

De son côté, le métier de José de Nebra se révèle dans son Stabat Mater (1752), élément d’une littérature très vaste (à la différence du plus confidentiel Scarlatti). D’une ampleur orchestrale (cœur / chœur continument palpitant des cordes), aux effets vocaux spatialisés, aux accents déjà « Empfindsamkeit » dans les lignes surexpressives et ornementées des instruments, la partition frappe par son originalité formelle, sa souplesse émotionnelle : d’autant plus que la présence des flûtes (- instruments liés aux confréries pénitentes) apporte une couleur vive et tragique, sombre et d’une fragilité nerveuse (évocation de la mort de Jésus sur la Croix (« emisit spiritum ») ; ainsi se dévoile le génie dramatique et sentimental de De Nebra qui sait y distiller avec acuité son sens d’un vocalità théâtrale,  avec plusieurs arias de solistes opératiques, digne d’un oratorio déploratif, qui prolonge à notre avis le style des sepolcro viennois ; son écriture, resserrée, moins développée que l’œuvre de Scarlatti, reste d’un raffinement extatique, toujours extrêmement élégant, d’un esprit chambriste, mesuré, d’une tendresse assumée (« Inflammatus »)… qui soigne l’éloquence chorale ou solistique, dans le sens d’un syllabisme constant. Tout exprime la douleur de Marie endeuillée, sa sidération blessée, son affliction profonde et ineffable, sujet central du premier épisode « Stabat Mater » (ample première arche de plus de 9 mn).

L’intelligence collective qui sait caractériser chaque partie solistique atteint un ultime accomplissement dans le superbe fugato final (Amen) ; dans l’intention synthétique, la forme sobre, épurée, De Nebra compositeur prolixe, maîtrise le style sacré, volontairement « sobre » voire « archaïque », sans jamais sacrifier la force de l’effet théâtral, lui-même inféodé au sens du texte (travail harmoniquement personnel sur les mots forts tels « dolorosa », « flagellis »…). Ce goût particulier de De Nebra incarne magistralement la faveur dont bénéficie la musique italienne à la Cour madrilène.
Tous les aspects d’une musique spécifiquement complexe et très aboutie sont idéalement exprimés par les musiciens, chanteurs et instrumentistes de La Grande Chapelle sous la direction intérieure et lumineuse de son directeur musical, Albert Recasens.

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CRITIQUE CD événement. Domenico Scarlatti – José de Nebra : Stabat Mater – Salve Regina. La Grande Chapelle, Albert Recasens (1 cd Lauda LAU 028) – plus d’informations sur le site de l’éditeur LAUDA records / La Grande Chapelle : https://laudamusica.com/en/product/domenico-scarlatti-jose-de-nebra-stabat-mater-salve-regina-lau028/
CLIC de CLASSIQUENEWS automne 2026

 

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