CD événement, critique. VICTORIA : Officium defunctorum (La Grande Chapelle, Albert Recasens, 2 cd Lauda)

VICTORIA requiem defunctorum la grande chapelle alber recasens critique cd review classiquenews CLIC de classiquenews hiver 2020CD Ă©vĂ©nement, critique. VICTORIA : Officium defunctorum (La Grande Chapelle, Albert Recasens, 2 cd Lauda). L’Officium defunctorum de TomĂĄs Luis de Victoria est le chant du cygne d’un auteur profondĂ©ment original qui Ă  l’opposĂ© d’un Palestrina et ses perfections classiques romaines, atteint par son Ă©criture ascensionnelle et imprĂ©visible, Ă  ce premier romantisme, sublimĂ© alors Ă  la fin de la Renaissance et en ce dĂ©but du XVIIĂš oĂč se construisent les compositions baroque d’un Rubens, aprĂšs le rĂ©alisme mystique du Caravage (d’ailleurs le visuel de couverture de ce double coffret est d’un peintre caravagesque : fine et opportune rĂ©fĂ©rence). ApĂŽtre de visions mystiques inclassables en rĂ©alitĂ©, TomĂĄs Luis de Victoria (1548 – 1611), tĂ©moin mĂ»r de l’humanisme caravagesque, interroge les limites de la foi confrontĂ©e aux vanitĂ©s du monde qu’incarne la matiĂšre pĂ©rissable des souverains espagnols. Ce regard Ă  la fois lucide et poĂ©tique sur la fragilitĂ© de la condition terrestre concentre la question d’une Ă©poque traversĂ©e d’épreuves et de menaces (les turcs aux portes de l’Europe provoquent la ChrĂ©tientĂ© occidentale). Outre la justesse du geste interprĂ©tatif, la rĂ©alisation est Ă©ditorialement exemplaire et apporte une nouvel Ă©clairage sur ce decorum funĂšbre, Ă  la fois spectaculaire et introspectif propre au dĂ©but du XVIIĂš en Espagne.

 

 

LumiĂšre funĂšbre

La Grande Chapelle dévoile la ferveur inclassable de Victoria

 

 

victoria tomas luis polyphonie 1603 Officium defunctorum critique dossier concert classiquenewsEntre Rome et Madrid, le compositeur d’Avila signe une partition particuliĂšrement prenante qui est liĂ©e Ă  la dynastie des Habsbourg d’Espagne, flamboyants et misĂ©rables, expressifs et austĂšres, Philippe II et Philippe III, successeurs de Charles Quint qui pourtant maĂźtre de l’Univers, sut renoncer Ă  toutes les gloires terrestres. Grandeur et dĂ©cadence, arrogance et vanité  PubliĂ©e en 1605, la partition est composĂ©e Ă  Madrid en 1603 et dĂ©diĂ©e aux rites funĂ©raires honorant la dĂ©pouille de l’épouse de Maximilien II et sƓur de Philippe II, Marie d’Autriche. FidĂšle Ă  son travail de restauration philologique, les chanteurs de La Grande Chapelle et leur directeur musical Albert Recasens rĂ©tablissent les justes proportions d’une Ɠuvre Ă  l’image de la dĂ©votion madrilĂšne impĂ©riale : fastueuse, solennelle, fervente, dĂ©chirante
 La mise en contexte liturgique et le respect des effectifs originaux bĂ©nĂ©ficient  du concours additionnel de Schola Antiqua / Juan Carlos Asensio.  Le portique choral est ainsi inscrit dans le dĂ©roulement des deux journĂ©es de dĂ©ploration ritualisĂ©e : la veillĂ©e de la dĂ©funte (Vigiliae defunctorum, en premiĂšre mondiale), puis la messe proprement dite qui conclut la sĂ©quence avec le rite de l’absolution. Le chant lacrymal du Requiem s’accompagne du plain chant rĂ©tabli dans le style d’époque et des responsories et psaumes Ă©crits par Victoria lui-mĂȘme.
Nous avions en 2019 au Festival Musique et MĂ©moire put mesurer la qualitĂ© de l’écriture victorienne grĂące au chant tout en nuances et clartĂ© de Vox Luminis, interprĂštes tout aussi calibrĂ© pour exprimer les Ă©lans et les vertiges du Requiem de Victoria : LIRE notre compte rendu du Requiem de Victoria par Vox Luminis, Festival Musique et MĂ©moire, Vosges du Sud, juillet 2019.
«   Mais c’est davantage qu’une reprĂ©sentation abstraite et plus qu’une opĂ©ration de lĂ©vitation, car Vox Luminis par la rondeur de la sonoritĂ© collective, la maĂźtrise des nuances, expriment aussi la tendresse d’un Ă©tat de bien-ĂȘtre inouĂŻ. L’ensemble Ă  l’articulation enveloppante et pourtant aussi dĂ©taillĂ©e, plus intelligible que certains anglais, rĂ©vĂšlent la force poĂ©tique des textes, entre imploration et tendresse, comme l’impressionnante architecture de la partition, de l’ombre et son mystĂšre, Ă  la lumiĂšre des hauteurs rĂ©vĂ©lĂ©es  » Ă©crivait alors Alexandre Pham.

http://www.classiquenews.com/critique-concert-grandvillars-eglise-saint-martin-le-20-juillet-2019-tomas-luis-de-victoria-1548-1611-requiem-officium-defunctorum-vox-luminis/

CLIC_macaron_2014MĂȘme sublime expĂ©rience avec les chanteurs de La Grande Chapelle. La mort est un passage, une Ă©lĂ©vation puis comme en lĂ©vitation, l’enveloppe qui porte l’ñme, s’absout dans l’éternitĂ© d’un Ă©ther idĂ©al que tisse la musique elle mĂȘme. Tout cela s’entend dans la piĂ©tĂ© recueillie et les aspĂ©ritĂ©s expressives de la musique victorienne. GrĂące Ă  l’inspiration des musiciens, la mort accomplit la mĂ©tamorphose ultime ; la musique opĂšre cette sublimation immatĂ©rielle qui laisse entrevoir la lumiĂšre du paradis. Telle est l’offrande de Victoria sur cette terre : nous permettre d’écouter et de visionner cet audelĂ  tissĂ© de mystĂšre, d’inconnu, et d’accomplissement. Gravure majeure. CLIC de CLASSIQUENEWS hiver 2020.

 

 

 

 

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CD Ă©vĂ©nement, critique. VICTORIA : Officium defunctorum (La Grande Chapelle, Albert Recasens, 2 cd Lauda) – CLIC de CLASSIQUENEWS NoĂ«l 2020.

 

 

 

 

 

 

 

 

Cd, compte rendu critique. JUAN HIDALGO : MĂșsica para El Rey Planeta / Musique pour le Roi PlanĂšte. La Grande Chapelle. Albert Recasens, direction.

HIDALGO juan la grande chapelle le roi planete albert recasens cd critique review classiquenews mars 2016 Portada-hidalgo1-394x350Cd, compte rendu critique. JUAN HIDALGO : MĂșsica para El Rey Planeta / Musique pour le Roi PlanĂšte. La Grande Chapelle. Albert Recasens, direction (1 cd LAUDA). Étonnante et captivante rĂ©surrection d’un vrai tempĂ©rament taillĂ© pour le drame et l’Ă©loquence poĂ©tique : Juan Hidalgo (1614 – 1685),  bien que dans cette collection d’oeuvres ciselĂ©es comme des miniatures  (pas de tableaux orchestraux avec choeurs fastueux), affirme ici un sens exceptionnel du texte et des situations poĂ©tiques;  quil sagisse de textes profanes ou sacrĂ©s (Tonos a  lo divino ou villancicos) … tous rayonnent dune suavitĂ© mordante et flexible, le point fort en Ă©tant donnĂ© dans les derniers Ă©pisodes dont la verve et l’expressivitĂ© thĂ©Ăątrale Ă©voquent Ă©videmment l’opĂ©ra;  la question s’impose tout au long de l’Ă©coute: ces mĂ©lodies sĂ©parĂ©es ne sont-elles pas Ă  rattacher Ă  un ouvrage plus ambitieux piĂšces isolĂ©es d’un drame Ă  recomposer ? ;  n’ isolons qu’une piĂšce emblĂ©matique de cette Ă©criture palpitante et d’une plasticitĂ© souveraine : le numĂ©ro 16, “Bien que dans le pain du ciel / aunque  en El pan del cielo “; chaque couplet est d’une poĂ©tique dramatique particuliĂšrement raffinĂ©e supposant des interventions vocales caractĂ©risĂ©es, sur un texte Ă  la fois plein d’images et de rĂ©fĂ©rences, vĂ©ritable leçon de vie et appel Ă  la jouissance raisonnĂ©e comme Ă  la pleine conscience des vanitĂ©s terrestres;  c’est aussi une claire invitation Ă  la sagesse dans l’Ă©preuve d’une vie terrestre composĂ©e d’humeurs comme de sĂ©quences contrastĂ©es  (“pleurer, chanter, rire”). Pour ceux qui pensaient en termes ternes Ă©purĂ©s austĂšres, en liaison avec l’acĂ©tisme supposĂ© de la Cour d’Espagne, le gĂ©nie protĂ©iforme et spĂ©cifiquement raffinĂ© de Hidalgo s’affirme Ă  nous en rĂ©gĂ©nĂ©rant les fondamentaux esthĂ©tiques du premiet Baroque ibĂ©rique. Il est bienvenu d’avoir choisi Velasquez dont le sens de la couleur et ce rĂ©alisme poĂ©tique est aussi prĂ©sent dans l’Ă©criture musicale d’un Hidalgo, aussi dramaturge que fin coloriste.

Albert Recasens et sa Grande Chapelle exhume un auteur majeur du SiĂšcle d’or

JUAN HIDALGO : génie du Baroque ibérique

Le geste des solistes de La Grande Chapelle rĂ©unis par le chef et directeur musical Albert Recasens enchante littĂ©ralement en une succession de villancicos en majoritĂ© enregistrĂ©s en premiĂšre mondiale. … sĂ©quences vives et articulĂ©es d’une ivresse artistique rĂ©ellement passionnantes;  les passions humaines y sont trĂšs affĂ»tĂ©es;  le souci d’une thĂ©ĂątralitĂ© suave et naturelle, idĂ©alement incarnĂ©. En outre,  l’instrumentarium prend en compte la harpe omniprĂ©sente dans la carriĂšre de Hidalgo lui-mĂȘme harpiste intĂ©grant la Chapelle royale madrilĂšne des 1633  (clavi harpiste) ; puis maĂźtre de musique de la chambre royale Ă  partir de 1645, Hidalgo conçoit et fournit la musique des divertissements et de toutes les cĂ©lĂ©brations dynastiques de la Cour espagnole, crĂ©ant ainsi pour le monarque Felipe IV (puis Charles II), la musique du Roi PlanĂšte qui se rĂȘvait aussi universel et glorieux que son corps temporaire Louis XIV. Bien aprĂšs la mort de Hidalgo en 1685, le terrible incendie qui ravagea le Palais royal Ă  la NoĂ«l 1734, dĂ©truisit une partie importante des partitions officielles dont celles de Hidalgo. VoilĂ  qui rend d’autant plus prĂ©cieuses les partitions aujourd’hui parvenues.

Cofondateur de la Zarzuela, Hidalgo nous paraĂźt ici douĂ© d’un sens du thĂ©Ăątre phĂ©nomĂ©nal que la sensibilitĂ© des interprĂštes rend vivant, nerveux, percutant.

CLIC_macaron_2014VoilĂ  qui donne Ă©videmment envie d’approfondir notre connaissance des ouvrages plus ambitieux ; bientĂŽt souhaitons un opĂ©ra de Hidalgo prochainement ressuscitĂ© et outre le plaisir de mesurer une Ă©criture inĂ©dite enivrante, la satisfaction de compter enfin avec une personnalitĂ© majeure du Baroque ibĂ©rique. Merci donc au dĂ©fricheur Albert Recasens Ă  l’intuition juste visionnaire qui trouve les moyens d’Ă©diter sous son propre label Lauda, les joyaux musicaux encore mesestimĂ©s du Baroque espagnole,  fruits de ses recherches.

Cd, compte rendu critique. JUAN HIDALGO : MĂșsica para El Rey Planeta / Musique pour le Roi PlanĂšte. La Grande Chapelle. Albert Recasens, direction. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Madrid en novembre 2014, 1 cd Lauda LAU015. CLIC de Classiquenews d’avril 2016.

CD, événement, annonce. El Rey PlanÚte, Le Roi PlanÚte. Juan Hidalgo (Musica para el Rey Planeta)

HIDALGO juan la grande chapelle le roi planete albert recasens cd critique review classiquenews mars 2016 Portada-hidalgo1-394x350CD, Ă©vĂ©nement, annonce. El Rey PlanĂšte, Le Roi PlanĂšte. Juan Hidalgo (Musica para el Rey Planeta). La Grande Chapelle. Albert Recasens (1 cd Lauda). Au service du patrimoine ibĂ©rique baroque, Albert Recasens et ses musiciens de La Grande Chapelle (ici 8 instrumentistes, 5 chanteurs) ressuscitent la ferveur du plein XVIIĂš espagnol. A l’époque du Roi Soleil, Juan Hidalgo avec Calderon invente le genre de la Zarzuela : le compositeur officiel Ă  la Cour de Madrid, sous les rĂšgnes de Philippe IV et Charles II, s’affirme par le raffinement de son Ă©criture et la recherche constante d’éloquence poĂ©tique et expressive. La contribution est d’autant plus dĂ©cisive que Hidalgo reste Ă  dĂ©couvrir, son profil biographique Ă©tant mal connu et encore imprĂ©cis malgrĂ© son importance musicale et les fonctions qu’il occupa. Albert Recasens rĂ©unit ici plusieurs Tonos et Villancicos : une majoritĂ© de mĂ©lodies dans ce cycle captivant sont enregistrĂ©s pour la premiĂšre fois. VoilĂ  ce qu’Ă©crivait notre rĂ©dacteur alertĂ© et convaincu, Benjamin Ballifh au moment de la crĂ©ation en France du programme de La Grande Chapelle  et Albert Recasens en France lors du Festival estival de Saintes 2014 :

 

“Musicien pour le Roi PlanĂšte

Qui est-il ? Juan Hidalgo (1614-1685) est incontestablement le plus grand auteur lyrique du XVIIĂšme siĂšcle espagnol. Il a travaillĂ© Ă©troitement avec l’auteur dramatique Pedro Calderon de la Barca et crĂ©e avec lui le genre de la zarzuela (El laurel de Apolo) et le semi-opĂ©ra (Fortunas de AndrĂłmeda y Perseo ou La estatua de Prometeo). Il a su former une association fructueuse pour des opĂ©ras cĂ©lĂšbres comme La pĂșrpura de la rosa (1659) et Celos aun del aire matan (1660), representĂ©es lors des festivitĂ©s du mariage de Louis XIV et de Marie-ThĂ©rĂšse d’Autriche qui couronnaient le traitĂ© des PyrĂ©nĂ©es (1660). Juan Hidalgo Ă©tait aussi harpiste de la cour royale d’Espagne et il a composĂ© plusieurs Ɠuvres sacrĂ©es en latin et en espagnol (villancicos et tonos) qui rĂ©vĂšlent un style rĂ©solument moderne. Juan Hidalgo fut le maĂźtre de musique de la Chambre Royale depuis 1645), au service de deux rois : Philippe IV (1621-1665) et Charles II (1665-1700). La diffusion du rĂ©pertoire de villancicos et tonos du MaĂźtre Hidalgo est immĂ©diate et importante : il existe des copies en Espagne, ans toute l’Europe et en AmĂ©rique latine (Madrid, Barcelone, El Escorial, SĂ©govie, Valence, Burgos, Salamanque, Valladolid, Munich, Guatemala, Lima, Sucre et New York).

 

 

 

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Pour le quadricentenaire de la naissance de Juan Hidalgo en 2014, La Grande Chapelle mĂšne Ă  son terme un processus de recherche prĂ©alable aux concerts. Le programme “Musique pour le Roi PlanĂšte” offre par la premiĂšre fois des inĂ©dits et des chefs-d’oeuvre emblĂ©matiques des deux versants de sa production (sacrĂ©e et thĂ©Ăątrale). Bien qu’il occupe une place importante dans l’histoire de la musique hispanique, son Ɠuvre et sa biographie demeurent mĂ©connues. Encore aujourd’hui, il n’existe aucun catalogue dĂ©taillĂ© ni aucune Ă©dition des Ɠuvres complĂštes de Hidalgo. La majeure partie des Ɠuvres jouĂ©es Ă  Saintes constituent une redĂ©couverte musicologique (premiĂšre interprĂ©tation Ă  l’époque moderne). La restitution a Ă©tĂ© complexe Ă©tant donnĂ© la dispersion des sources, les nombreuses variantes et les faux anonymes. Davantage que les partitions liĂ©es au thĂ©Ăątre, -plus connues, il s’agit des tonos courtisans profanes et des piĂšces sacrĂ©es en espagnol qui ont Ă©tĂ© largement diffusĂ©es en Espagne et en AmĂ©rique au XVIIĂšme siĂšcle.” LIRE la prĂ©sentation complĂšte du programme de La Chapelle Royale et Albert Recasens, ” Juan Hidalgo, musicien du Roi PlanĂšte”… 

 

 

Pleine critique complÚte dans le mag cd dvd livres de classiquenews. CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2016. Juan Hidalgo : Musica para el Rey Planeta par Albert Recasens et La Grande Chapelle (1 cd Lauda, enregistrement réalisé en novembre 2014).

 

 

 

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