CD. Cyril Huvé, piano. Liszt : Carnets d’un Pèlerin (1 cd La Grange aux pianos)

liszt-carnets-d-un-pelerin-cyril-huve-piano-steinweg-1875-classiquenews-compte-rendu-critique-mars-2015CD. Cyril Huvé, piano. Liszt : Carnets d’un Pèlerin (1 cd La Grange aux pianos). Programme dense mais équilibré, en 7 stations, qui puise ces bornes expressives dans deux recueils : “Seconde années de pèlerinage – Italie” et “Harmonies poétiques et religieuses” (pour Bénédiction de Dieu dans la solitude et Funérailles). Enregistré dans son antre, au Pays de Georges Sand, dans la Grange aux pianos en août 2011 (où il organise et accueille un festival de Pentecôte aussi), Cyril Huvé exprime les délices suggestifs souvent énoncés dans un murmure à peine articulé, porté et comme traversé par un frémissement soudain, celui produit par une révélation. Cheminement promis à des visions de plus en plus spirituelles, chaque séquence dit ici, effectivement, le poétique et le religieux. Le pianiste joue sur l’ampleur symphonique du piano Steinweg requis pour l’enregistrement. Sonorité puissante mais jamais dure, ronde et mordante à la fois qui assure la carrure et l’aspiration mystique de chaque œuvre. Le doute haletant (Il Penseroso), la volonté de l’indicible et le lugubre ensorcelant qui cultive l’état d’endormissement souhaité. Cyril Huvé balance d’un état de conscience à un autre, en un jeu qui enveloppe et berce (résonances déjà wagnériennes du même Penseroso).
L’amour et ses brûlures innerve l’itinéraire plus choatique, exalté, passionnel du Sonnet de Pétrarque n°104 : ivresse panique du transi amoureux démuni, dépendant totalement de sa chère et inaccessible Laura… l’interprète cultive la résonance des accords, laissant un temps d’incertitude mais aussi d’accomplissement et d’inéluctable dans un jeu profond et intérieur qui sait respirer.

 

 

Pour le premier disque de son propre label, Cyril Huvé se révèle convaincant

Mystique lisztéenne

 

CLIC_classiquenews_2014La conception est claire et structurée pour Bénédiction de Dieu dans la solitude au calme spirituel progressif. L’étape la plus développée (plus de 16mn) avec Après une lecture de Dante (presque 18mn) permet au jeu de s’épanouir pleinement réalisant une somptueuse plénitude qui inspire un toucher de plus en plus doux et vaporeux pour exprimer le scintillement aérien grandissant qui s’achève en un ruissellement liquide immatériel. Les signes tangibles vers la lévitation. Le choix du Steinweg de 1875 paraît particulièrement bénéfique grâce à sa sonorité charpentée et structurée, ronde et puissante, ses harmonies naturelles, ses aigus crépitants.
Même pénétration suggestive particulièrement pour le lugubre vaporeux de Funérailles qui envoûte littéralement par son balancement harmoniquement presque irrésolu…, son allure de marche inexorable et désespérée et sa lente prière déchirée, déchirante. L’approfondissement spirituel y éclate en éclairs et tempêtes, dévoilant les climats paniques du Pèlerin démuni. La lutte intérieure que Cyril Huvé exprime, réussit particulièrement ici. Le pianiste se fond dans l’esprit insatiable et insatisfait de Liszt, portée par une ardente et dévorante quête spirituelle.

Le dernier morceau de ces Carnets d’un Pèlerin se referme sur la houle tout autant prenante d’Après une lecture de Dante… Cyril Huvé sait enflammer l’énergie brute que suscitent les images dantesques. Jaillissements de gravité, ombres mouvantes, sorte de tourbillon en implosion, bain primaire qui concentre les forces primordiales et les contient sans les contenir, voici le grand chaudron magique et fantastique à la(dé)mesure du grand Liszt, conteur en diable, capable seul, de faire jaillir d’un tumulte, un murmure enchanté criblé de nouveaux scintillements éperdus. Aucun doute Cyril Huvé confirme dans ce premier cd inaugurant son propre label, ses affinités lisztéennes dans ce récital très abouti.

Franz Liszt : Carnets d’un Pèlerin. Cyril Huvé, piano Steinweg 1875. Enregistré en août 2011 dans le Berry, 1 cd La Grange aux pianos GAP01

 
 

CONCERT à Paris

Cyril Huvé fête le centenaire Alexandre Scriabine, salle Gaveau, mardi 3 mars 2015, 20h30.

 
 

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