BERG : Peter Mattei chante WOZZECK au MET

logo_france_musique_DETOUREFRANCE MUSIQUE : sam 11 jan 2020, 20h. BERG : WOZZECK. En lĂ©ger diffĂ©rĂ© du Metropolitan Opera de New York. Yannick NĂ©zet-SĂ©guin dirige une nouvelle production du chef d’oeuvre du compositeur autrichien Alban Berg. Prise de rĂŽle attendue par le baryton suĂ©dois Peter Mattei dans le rĂŽle-titre. A ses cĂŽtĂ©s, Elza van den Heever chante Marie et le tĂ©nor Christopher Ventris interprĂšte le Tambour-Major.

 

 
 

WOZZECK d’aprĂšs BĂŒchner
TragĂ©die d’un homme dĂ©possĂ©dĂ©

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Pendant que Busoni s’interroge sur le sens de la vie, prĂȘtant la forme de son interrogation mĂ©taphysique Ă  un philosophe dĂ©goĂ»tĂ©, en quĂȘte de lui-mĂȘme, tout en traitant Ă  sa façon le mythe de Faust (Faust, 1925, ouvrage achevĂ© par son Ă©lĂšve Jarnach), Alban Berg “rĂ©ouvre” Ă  sa façon la scĂšne thĂ©Ăątrale en sombrant dans l’expressionnisme le plus dĂ©sespĂ©rĂ© mais dans un langage d’un nouveau classicisme. D’aprĂšs Woyzeck de BĂŒchner, Wozzeck de Berg est crĂ©Ă© Ă  Berlin, au Staatsoper unter der linden, le 14 dĂ©cembre 1925.

 

 

erich-kleiber-opera-portrait-wozzeck-berg-opera-critique-classiquenewsCRIME PASSIONNEL
 L’opĂ©ra de Berg, la piĂšce de BĂŒchner. Wozzeck de Berg s’inspire d’un drame vĂ©ridique survenu en 1821 Ă  Leipzig : Ă  l’origine le soldat Woyzeck est dĂ©capitĂ© pour avoir poignardĂ© sa maĂźtresse, en aoĂ»t 1824. Avant de mourir en 1837, Georges BĂŒchner rĂ©dige sa piĂšce que Berg dĂ©couvre en mai 1914 Ă  Vienne. AprĂšs trois annĂ©es de travail, le compositeur parachĂšve son oeuvre, de 1917 Ă  1922. Grand sensuel, grand pudique, Alban Berg excelle en raffinement et en trouble ambivalent pour exprimer ici le dĂ©sir d’un homme incompris. L’opĂ©ra serait-il pour partie autobiographique ? Car on sait que Berg jeune homme, ayant eu relation avec la bonne de la maison familiale, Ă©tant prĂȘt Ă  reconnaĂźtre l’enfant et assumer sa paternitĂ©, en fut « dĂ©possĂ©dé » par le clan paternel. Traumatisme d’un jeune amoureux Ă©cartĂ©, dĂ©muni.
En 1924, Hermann Scherchen dirige trois fragments de Wozzeck Ă  Francfort. L’opĂ©ra intĂ©gral sera finalement crĂ©Ă© Ă  Berlin, l’annĂ©e suivante, au Staatsoper sous la baguette d’Erich Kleiber (le pĂšre gĂ©nial de Carlos).

Comme le fera Chostakovitch de sa Lady Macbeth de Mzensk, Katerina, Berg voit dans le meurtrier Wozzeck, d’abord une victime, pour lequel le crime, comme acte dĂ©risoire, tente d’interrompre les souffrances d’une vie misĂ©rable. L’homme supporte difficilement la lĂ©gĂšretĂ© de Marie avec laquelle il a eu un enfant. Mais le soldat est aussi l’objet de sarcasmes de la part de son capitaine, du docteur qui l’utilise comme un cobaye, du tambour-major qui se targue d’ĂȘtre le nouvel amant de Marie.
Menaces, disputes : Marie prĂ©fĂšre recevoir une lame dans le corps plutĂŽt que de sentir la main de Wozzeck sur elle : dĂšs lors, l’idĂ©e du crime hante l’esprit du hĂ©ros. Finalement, le soldat humiliĂ© Ă©gorge la femme qu’il aime et qu’il dĂ©teste, puis se noie dans un lac. La derniĂšre scĂšne met en scĂšne le fils de Marie et de Wozzeck, jouant sur un cheval de bois. L’innocence insensible au tragique de la vie, comme ultime virgule d’espoir.

 

 

Woyzzeck_Bruxelles_la_MonnaieSTRUCTURE FORMELLE COHÉRENTE
 L’opĂ©ra subjugue par une construction trĂšs Ă©laborĂ©e comme par exemple, le choix de formes classiques (passacaille, sonate, 
) utilisĂ©es aux moments clĂ© de l’action et en fonction de leur connotation historique. Ainsi lorsque le Capitaine reproche Ă  Wozzeck sa vie familiale amorale, -il est pĂšre sans ĂȘtre mariĂ©-, Berg utilise prĂ©lude, gigue, pavane afin d’évoquer le discours moralisateur du supĂ©rieur militaire. De mĂȘme lorsque paraĂźt l’enfant de Marie et Wozzeck, Berg imagine un mouvement perpĂ©tuel qui indique que tout peut renaĂźtre ainsi
 De mĂȘme dans un cadre atonal, Berg a recours Ă  la tonalitĂ© selon le sens des Ă©pisodes et leur importance dans le dĂ©roulement de la dramaturgie.
La cohĂ©rence de sa conception, l’efficacitĂ© fulgurante de son propos, son esthĂ©tisme expressionniste, sans fioritures ni complaisance d’aucune sorte accrĂ©ditent aujourd’hui la place de Wozzeck dans l’histoire de l’opĂ©ra moderne. Celle d’un chef d’Ɠuvre qui fixe dĂ©sormais la puissance d’un nouveau langage.
Illustration: Max Beckmann, Homme tombant (1950, Washington, National Gallery)

 

 

 

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France Musique. Sam 11 janv 2020.
20h – 23h. Samedi Ă  l’opĂ©ra. BERG : WOZZECK. Concert donnĂ© en direct du Metropolitan Opera de New York.
Alban Berg : Wozzeck
Opéra en trois actes créé le 14 décembre 1925 au Staatsoper de Berlin.

Elza van den Heever, soprano, Marie
Tamara Mumford, mezzo-soprano, Margret
Christopher Ventris, ténor, Le tambour-major
Gerhard Siegel, ténor, Le capitaine
Andrew Staples, ténor, Andres
Peter Mattei, baryton, Wozzeck
Christian Van Horn, basse, Le docteur
Richard Bernstein, basse, Premier apprenti
Miles Mykkanen, baryton, Second apprenti
Brenton Ryan, ténor, Le fou
Daniel Clark Smith, ténor, Un soldat
Gregory Warren, ténor, Un citadin
Metropolitan Opera Chorus dirigé par Donald Palumbo
Metropolitan Opera Orchestra
Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, direction

 

 

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