CRITIQUE, opĂ©ra. PARIS, OpĂ©ra Bastille, le 10 mars 2022. BERG : WOZZECK. Johan Reuter, John Daszak, Eva-Maria Westbroek… Orchestre et chƓurs de l’Opera de Paris. Susanna MĂ€lkki / William Kentridge

CRITIQUE, opĂ©ra. PARIS, OpĂ©ra Bastille, le 10 mars 2022. BERG : WOZZECK. Johan Reuter, John Daszak, Eva-Maria Westbroek… Orchestre et chƓurs de l’Opera de Paris. Susanna MĂ€lkki, direction. William Kentridge, mise en scĂšne.

 

 

johan-reuter-photo--poupeney-OnP critique classiquenews opera.

 

 


Wozzeck, le premier opĂ©ra d’Alban Berg, crĂ©Ă© aprĂšs la premiĂšre Guerre Mondiale, est riche de la science, idĂ©es et idĂ©aux de l’autoproclamĂ©e Seconde Ă©cole (musicale) de Vienne. Il reprĂ©sente un exemple extraordinaire de modernitĂ© et d’audace, avec une cohĂ©rence rare, sans avoir recours Ă  l’usage traditionnel de la tonalitĂ© occidentale et sa dichotomie majeur/mineur. Cette musique atonale de grand impact Ă©motionnel, est prĂ©cisĂ©ment ce dont la piĂšce tragique et fragmentĂ©e de BĂŒchner « Woyzeck » avait besoin pour en faire une Ɠuvre lyrique universelle et intemporelle, d’une actualitĂ© manifeste indĂ©niable. Les 7 reprĂ©sentations Ă  l’OpĂ©ra Bastille, sont en l’occurrence dĂ©diĂ©es aux victimes de la guerre en Ukraine.

 

 

« En l’homme, l’individualitĂ© conduit Ă  la libertĂ© »

 

La dĂ©dicace est pertinente et percutante. Le livret, de la plume du compositeur, d’aprĂšs BĂŒchner, raconte l’histoire de Wozzeck, pauvre soldat barbier fol amoureux de Marie avec qui il a eu un enfant hors mariage. Il finit par assassiner sa maĂźtresse en pleine rue… Une tragĂ©die Ă  la fois rĂ©aliste, naturaliste, expressionniste. Une Ɠuvre profondĂ©ment romantique (dans le sens philosophique du terme). Wozzeck se sait condamnĂ© par sa position sociale, et son incapacitĂ© de devenir maĂźtre de sa vie est directement liĂ©e Ă  sa disposition mentale, que d’autres personnages remarquent froidement et mĂ©chamment. En se rĂ©signant et s’abandonnant Ă  la folie, Wozzeck, le dĂ©pourvu, l’amoral, le fou, vit l’illusion temporaire d’agence et d’appartenance, avant la tragĂ©die ultime. Il se passent des choses dans sa vie, il a un enfant qu’il nĂ©glige, plusieurs travaux, une maĂźtresse, mais on dirait qu’il pense que la seule chose qu’il possĂšde c’est le rĂ©cit dĂ©solant auquel il s’attache, sans espoir.

La mise en scĂšne de William Kentridge, faisant ses dĂ©buts Ă  l’OpĂ©ra de Paris, a lieu dans un dĂ©cor unique aussi impressionnant que fantasmagorique (scĂ©nographie de Sabine Theunissen, costumes de Greta Goiris), aux couleurs et matiĂšres renvoyant Ă  la dĂ©vastation d’aprĂšs-guerre. La mise en scĂšne utilise l’image animĂ©e projetĂ©e sur les dĂ©cors dĂ©labrĂ©s ; que des dessins troublants parfois illustratifs de l’action sur scĂšne, mais surtout caractĂ©risant la mort, la guerre, bouleversants de nihilisme rĂ©signĂ©.

Nulle impression de rĂ©signation, par contre, chez les chanteurs ni dans la fosse ! Par la force de leurs talents, les excellents interprĂštes font oublier qu’il s’agĂźt d’une reprĂ©sentation d’1h35 minutes sans entracte ! Le Wozzeck de Johan Reuter est impeccable dans le chant et troublant dans la caractĂ©risation. MalgrĂ© tout l’artifice Ă©vident dans les dĂ©cors, sa prestation est d’une si grande intensitĂ©, qu’on ne peut que croire que nous avons devant nous une personne atteinte d’un trauma post-guerre, profondĂ©ment troublĂ©e
 Le Capitaine de Gerhard Siegel, comme le Docteur de Falk Struckmann ou encore Tambourmajor de John Daszak, ont tout autant d’impact, incarnant magistralement les aspects nĂ©gatifs, voire toxiques, des hommes
 La Marie d’Eva-Maria Westbroek est dramatique et naturelle, trĂšs percutante dans le parti pris dramaturgique, nous tenant en haleine pendant toute la reprĂ©sentation, sans faire vraiment naĂźtre la compassion.

L’orchestre de l’opĂ©ra dirigĂ© par la cheffe Susanna MĂ€lkki est le personnage qui suscite le plus d’émotion, et d’admiration ! Son interprĂ©tation de la partition redoutable est tout Ă  fait remarquable, les diffĂ©rents groupes au sein de la formation sont magistralement concertĂ©s et l’effet de leur performance est toujours saisissant, les cordes perçantes, et cuivres et percussions splendides. Une production bouleversante qui offre une bonne matiĂšre Ă  la rĂ©flexion. A l’affiche Ă  l’OpĂ©ra Bastille les 13, 16, 19, 24, 27 et 30 mars 2022  -  Photo : © Agathe Poupeney / OnP 2022

 

 

 

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CRITIQUE, opĂ©ra. PARIS, OpĂ©ra Bastille, le 10 mars 2022. BERG : WOZZECK. Johan Reuter, John Daszak, Eva-Maria Westbroek… Orchestre et chƓurs de l’Opera de Paris. Susanna MĂ€lkki, direction. William Kentridge, mise en scĂšne.

 

 

CRITIQUE opéra. TOULOUSE. Théùtre du Capitole, le 19 Novembre 2021. A. BERG. WOZZECK. S. DEGOUT. S. KOCH. L. HUSSAIN / M.FAU.

CRITIQUE opĂ©ra. TOULOUSE. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 19 Novembre 2021. A. BERG. WOZZECK. S. DEGOUT. S. KOCH. L. HUSSAIN / M.FAU – Cette nouvelle production capitoline met en valeur toutes les qualitĂ©s maison. La qualitĂ© du travail en amont permet un approfondissement de la production qui accĂšde Ă  une cohĂ©rence et Ă  une perfection qui laissent le public sans voix entre les actes, pour exploser au final. Les maĂźtres d’Ɠuvre, Michel Fau et Leo Hussain, main dans la main guident les artistes de la production vers la lumiĂšre d’une interprĂ©tation particuliĂšrement aboutie. Le parti pris de Michel Fau est gĂ©nial. Il ose saisir le chef d’Ɠuvre de modernitĂ© de Berg pour l’ouvrir vers l’onirique. Toute l’histoire tragique du soldat Wozzeck est vĂ©cue par l’enfant qu’il a eu avec Marie. En insistant ainsi sur ses douleurs, le tragique un peu abstrait de cet opĂ©ra de la noirceur de l’ñme humaine, devient plus proche de nous et la plus grande compassion nous saisit souvent. Le dĂ©cor magnifique en sa fausse naĂŻvetĂ© est d’une intelligence remarquable. La misĂšre de la chambre de l’enfant est terrible, ses peurs d’enfants premiĂšres ne sont que bien menues Ă  cotĂ© de toutes les atrocitĂ©s auxquelles il va devoir assister de force.

 

 

 

Wozzeck au Capitole
SPLENDEURE VOCALE, MUSICALE ET SCÉNIQUE !

 

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 Le médecin et Wozzeck en figures diaboliques, hallucinées (DR)

 

 

 

 

En mettant ainsi le focus sur les effets sur un enfant innocent des persĂ©cutions dont son pĂšre est victime et des douleurs de sa mĂšre, tout nous est plus proche et plus insupportable encore. Comme dans les rĂȘves se sont les images qui prennent tant de place ; l’utilisation de costumes beaux et colorĂ©s permet des tableaux de grande Ă©motion. Les personnages sont comme des images d’Épinal avec des attitudes proches de marionnettes. Le jeu des acteurs est remarquable, trĂšs prĂ©cis, maĂźtrisĂ©. Le jeu de l’enfant, est particuliĂšrement touchant et entendre enfin sa dĂ©licate voix Ă  la toute fin de l’opĂ©ra nous rappelle qu’il a Ă©tĂ© muet tout du long et pourtant si expressif. Dimitri DorĂ© est un jeune acteur remarquable.

Le Wozzeck de StĂ©phane Degout est une prise de rĂŽle trĂšs aboutie. La cohĂ©rence vocale et physique est totale. La beautĂ© de la voix fait irradier l’humanitĂ© et la gestuelle si artificielle illustre la douleur interne de sa folie. Le jeu de l’acteur est si accompli qu’il arrive Ă  illustrer le fond de la pathologie schizophrĂ©nique dont souffre notre hĂ©ros. Il vit deux Ă©motions contradictoires en mĂȘme temps ; son sourire dĂ©sespĂ©rĂ© et heureux avant de tuer celle qu’il aime tant, est absolument renversant. Le rĂ©sultat est tout Ă  fait bouleversant. Quel artiste complet ! Marie, sa bien-aimĂ©e qui lui est ravie avec tant de perfidie, est sur le mĂȘme registre de perfection vocale. Sophie Koch Ă©galement fait une prise de rĂŽle tout Ă  fait remarquable. PoupĂ©e, femme enfant, mĂšre tendre, Ăąme trop confiante, Marie est vue par les yeux de son enfant : maman est la plus belle. La tragĂ©die de son destin n’en ressort qu’avec davantage de force. Son jeu met en Ă©vidence la force de vie qui anime le personnage. Tout en lui demandant ce jeu de marionnette qui la laisse dĂ©sarticulĂ©e lorsqu’elle est abandonnĂ©e sur le lit (de son fils) par la Tambour major aprĂšs son trivial exploit sexuel et par Wozzeck qui lui donne la mort dans un sourire. La voix de Sophie Koch est d’une splendeur totale.

 

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Les persĂ©cuteurs pervers qui dĂ©molissent ce couple sont traitĂ©s avec la mĂȘme fausse naĂŻvetĂ© d’image d’Épinal. Le tambour-Major est beau comme un soldat de plomb, ivre de sa puissance virile. Nikolai Schukofff donne Ă  ce rĂŽle bien court une puissance folle avec sa voix de stentor et son jeu brutal. Le Capitaine de Wolfgang Ablinger-Sperrhake est beau comme un sou neuf, vain comme une image de papier glacĂ© et personnifie la suffisance narcissique dĂ©vastatrice. Sa voix est admirablement conduite dans cette tessiture impossible. Il est un personnage dĂ©licatement odieux. Mais la violence et la perversion du mĂ©decin sont bien plus angoissantes encore avec un jeu qui rĂ©vĂšle sa folie irrĂ©cupĂ©rable. La composition de Falk Struckmann est un tout, absolument parfait et ce personnage est carrĂ©ment terrifiant. Thomas Bettinger en Andres a une belle voix qui convient bien Ă  sa vĂ©ritable sympathie pour Wozzeck. AnaĂŻk Morel en Margret est un vĂ©ritable luxe. Belle poupĂ©e avec une voix qui mĂ©rite un bien plus grand rĂŽle pour pouvoir l’apprĂ©cier vraiment.
Les costumes de David Belugou sont de toute beautĂ© et prennent bien la lumiĂšre, illuminant toute la scĂšne. Les lumiĂšres et tout particuliĂšrement les ombres dans leur dimension cauchemardesque si importante, sont magistrales de prĂ©cision et d’efficacitĂ©. JoĂ«l Fabing rĂ©alise un Ă©minent travail Ă  la prĂ©cision parfaite. Les chƓurs et la MaĂźtrise sont impeccables dans leurs courtes mais dĂ©cisives interventions dans des costumes somptueux. Le reste de la distribution tient bien ses parties on ne peut que fĂ©liciter l’engagement gĂ©nĂ©reux de Mathieu Toulouse et Guillaume Andrieux en ouvriers et Kristofer Lundin en idiot.

L’autre personnage principal de cet opĂ©ra est l’orchestre, un Orchestre du Capitole en forme somptueuse. On sait que Berg demande beaucoup de concentration, la grande complexitĂ© de la partition est bien connue. Avec les musiciens toulousains, la beautĂ© sonore de chaque instant illumine la partition. La direction de Leo Hussain semble Ă  la fois obtenir la plus grande prĂ©cision, toute en agrĂ©geant les Ă©lĂ©ments si composites de la partition dans une avancĂ©e terrible. Le drame avance inexorable, et chaque Ă©lĂ©ment est d’une prĂ©cision parfaite. Il est bien rare d’entendre Berg si clairement sur tous les plans. VoilĂ  un chef majeur dans un rĂ©pertoire difficile.

 

 

 

Au total cette production est d’une cohĂ©rence parfaite et permet d’ouvrir ce chef d’Ɠuvre noir sous une lumiĂšre tragique avec une audace enrichissante et une vocalitĂ© plus dĂ©veloppĂ©e que l’habitude qui privilĂ©gie le sprechgesang. Le parti pris de Michel Fau est magistral, il a su fĂ©dĂ©rer tout son plateau (de premier plan) et la fosse (musiciens suprĂȘmes). Si une partie du public a pu sembler inquiĂšte par la difficultĂ© de l’ouvrage, cette production dĂ©montre que Wozzeck est un vrai opĂ©ra.

 
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CRITIQUE, opĂ©ra. TOULOUSE, ThĂ©Ăątre du Capitole, le 19 novembre 2021. Alban BERG (1885-1935) : Wozzeck. OpĂ©ra en trois actes sur un livret du compositeur d’aprĂšs la piĂšce de Georg BĂŒchner. Mise en scĂšne : Michel Fau ; DĂ©cors : Emmanuel Charles ; Costumes : David Belugou ; LumiĂšre : JoĂ«l Fabing ; Distribution : Wozzeck, StĂ©phane Degout ; Marie, Sophie Koch ; Le Tambour-Major, Nikolai Schukoff ; Andres, Thomas Bettinger ; Le Capitaine, Wolfgang Ablinger-Sperrhacke ; Le MĂ©decin, Falk Struckmann ; Premier Ouvrier, Mathieu Toulouse ; DeuxiĂšme Ouvrier, Guillaume Andrieux ; Un idiot, Kristofer Lundin ; Margret, AnaĂŻk Morel ; L’Enfant de Marie, Dimitri DorĂ© ; Orchestre national du Capitole ; ChƓur et Maitrise du Capitole (chef de chƓur, Gabriel Bourgoin) ; Direction musicale : Leo Hussain.

Crédit photo : Mirco Magliocca

TOULOUSE, Capitole : nouvelle production de WOZZECK

Berg-Alban-06TOULOUSE, Capitole. 19 – 21 nov 2021. BERG : WOZZECK. Le Capitole affiche une nouvelle production de l’opĂ©ra d’Alban Berg, Wozzeck, tragĂ©die passionnelle inspirĂ© d’un fait divers des plus sordides. Le soldat Wozzeck, son maĂźtresse Marie incarnent la misĂšre sociale dans l’Allemagne des annĂ©es 1820. Epure sonore d’un glaçant dramatisme, Wozzeck fait le portrait du dĂ©sir d’un homme incompris, surtout humiliĂ©. Les prises de rĂŽle de StĂ©phane Degout et Sophie Koch sont attendues dans ce chef-d’Ɠuvre absolu du premier XXĂšme siĂšcle. La mise en scĂšne de Michel Fau devrait Ă©clairer avec une aciditĂ© cynique la tension de la piĂšce de BĂŒchner. De quoi imaginer sur les planches toulousaines un univers d’hallucinations cauchemardesques, aux confins de la psychĂ© humaine, dont la musique de Berg a su explorer les abĂźmes, en inventant une nouvelle langue musicale : Ăąpre, expressionnistes, d’un rĂ©alisme dramatique inĂ©dit.

Berg : Wozzeckboutonreservation
OpĂ©ra en trois actes  /  ‹Livret du compositeur d’aprĂšs Georg BĂŒchner‹  /  CrĂ©Ă© le 14 dĂ©cembre 1925 au Staatsoper Ă  Berlin

Durée 1h40 sans entracte
19, 23 et 25 novembre 2021, 20h
21 novembre 2021, 15h

PLUS D’INFOS, rĂ©servez vos places ici :
https://www.theatreducapitole.fr/web/guest/affichage-evenement/-/event/event/6021261

 

 

 

 

Michel Fau, mise en scĂšne
Leo Hussain, direction

wozzeck-berg-capitole-toulouse-degout-koch-opera-critique-classiquenewsStéphane Degout, Wozzeck
Sophie Koch, Marie
Nikolai Schukoff, Le Tambour-Major
Thomas Bettinger, Andres
Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Le Capitaine
Falk Struckmann, Le MĂ©decin



Télécharger le programme ici :
https://www.theatreducapitole.fr/documents/5561745/6020999/Programme_Wozzeck.PDF/eadc65f9-fca2-49a3-85fb-419f85287460

 

 

 

 

 

 

WOZZECK d’aprĂšs BĂŒchner
TragĂ©die d’un homme dĂ©possĂ©dĂ©
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Pendant que Busoni s’interroge sur le sens de la vie, prĂȘtant la forme de son interrogation mĂ©taphysique Ă  un philosophe dĂ©goĂ»tĂ©, en quĂȘte de lui-mĂȘme, tout en traitant Ă  sa façon le mythe de Faust (Faust, 1925, ouvrage achevĂ© par son Ă©lĂšve Jarnach), Alban Berg “rĂ©ouvre” Ă  sa façon la scĂšne thĂ©Ăątrale en sombrant dans l’expressionnisme le plus dĂ©sespĂ©rĂ© mais dans un langage d’un nouveau classicisme. D’aprĂšs Woyzeck de BĂŒchner, Wozzeck de Berg est crĂ©Ă© Ă  Berlin, au Staatsoper unter der linden, le 14 dĂ©cembre 1925.

CRIME PASSIONNEL
 L’opĂ©ra de Berg, la piĂšce de BĂŒchner. Wozzeck de Berg s’inspire d’un drame vĂ©ridique survenu en 1821 Ă  Leipzig : Ă  l’origine le soldat Woyzeck est dĂ©capitĂ© pour avoir poignardĂ© sa maĂźtresse, en aoĂ»t 1824. Avant de mourir en 1837, Georges BĂŒchner rĂ©dige sa piĂšce que Berg dĂ©couvre en mai 1914 Ă  Vienne. AprĂšs trois annĂ©es de travail, le compositeur parachĂšve son oeuvre, de 1917 Ă  1922. Grand sensuel, grand pudique, Alban Berg excelle en raffinement et en trouble ambivalent pour exprimer ici le dĂ©sir d’un homme incompris. L’opĂ©ra serait-il pour partie autobiographique ? Car on sait que Berg jeune homme, ayant eu relation avec la bonne de la maison familiale, Ă©tant prĂȘt Ă  reconnaĂźtre l’enfant et assumer sa paternitĂ©, en fut « dĂ©possĂ©dé » par le clan paternel. Traumatisme d’un jeune amoureux Ă©cartĂ©, dĂ©muni.
En 1924, Hermann Scherchen dirige trois fragments de Wozzeck Ă  Francfort. L’opĂ©ra intĂ©gral sera finalement crĂ©Ă© Ă  Berlin, l’annĂ©e suivante, au Staatsoper sous la baguette d’Erich Kleiber (le pĂšre gĂ©nial de Carlos, fils non moins gĂ©nial).
Comme le fera Chostakovitch de sa Lady Macbeth de Mzensk, Katerina, Berg voit dans le meurtrier Wozzeck, d’abord une victime, pour lequel le crime, comme acte dĂ©risoire, tente d’interrompre les souffrances d’une vie misĂ©rable. L’homme supporte difficilement la lĂ©gĂšretĂ© de Marie avec laquelle il a eu un enfant. Mais le soldat est aussi l’objet de sarcasmes de la part de son capitaine, du docteur qui l’utilise comme un cobaye, du tambour-major qui se targue d’ĂȘtre le nouvel amant de Marie.
Menaces, disputes : Marie prĂ©fĂšre recevoir une lame dans le corps plutĂŽt que de sentir la main de Wozzeck sur elle : dĂšs lors, l’idĂ©e du crime hante l’esprit du hĂ©ros. Finalement, le soldat humiliĂ© Ă©gorge la femme qu’il aime et qu’il dĂ©teste, puis se noie dans un lac. La derniĂšre scĂšne met en scĂšne le fils de Marie et de Wozzeck, jouant sur un cheval de bois. L’innocence insensible au tragique de la vie, comme ultime virgule d’espoir.

STRUCTURE FORMELLE COHÉRENTE
 L’opĂ©ra subjugue par une construction trĂšs Ă©laborĂ©e comme par exemple, le choix de formes classiques (passacaille, sonate, 
) utilisĂ©es aux moments clĂ© de l’action et en fonction de leur connotation historique. Ainsi lorsque le Capitaine reproche Ă  Wozzeck sa vie familiale amorale, -il est pĂšre sans ĂȘtre mariĂ©-, Berg utilise prĂ©lude, gigue, pavane afin d’évoquer le discours moralisateur du supĂ©rieur militaire. De mĂȘme lorsque paraĂźt l’enfant de Marie et Wozzeck, Berg imagine un mouvement perpĂ©tuel qui indique que tout peut renaĂźtre ainsi
 De mĂȘme dans un cadre atonal, Berg a recours Ă  la tonalitĂ© selon le sens des Ă©pisodes et leur importance dans le dĂ©roulement de la dramaturgie.
La cohĂ©rence de sa conception, l’efficacitĂ© fulgurante de son propos, son esthĂ©tisme expressionniste, sans fioritures ni complaisance d’aucune sorte accrĂ©ditent aujourd’hui la place de Wozzeck dans l’histoire de l’opĂ©ra moderne. Celle d’un chef d’Ɠuvre qui fixe dĂ©sormais la puissance d’un nouveau langage.

Par Alban Deags

 

 

 

 

wozzeck-capitole-toulouse-degout-fau-opera-critique-classiquenewsCRITIQUE opĂ©ra. TOULOUSE. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 19 Novembre 2021. A. BERG. WOZZECK. S. DEGOUT. S. KOCH. L. HUSSAIN / M.FAU – Cette nouvelle production capitoline met en valeur toutes les qualitĂ©s maison. La qualitĂ© du travail en amont permet un approfondissement de la production qui accĂšde Ă  une cohĂ©rence et Ă  une perfection qui laissent le public sans voix entre les actes, pour exploser au final. Les maĂźtres d’Ɠuvre, Michel Fau et Leo Hussain, main dans la main guident les artistes de la production vers la lumiĂšre d’une interprĂ©tation particuliĂšrement aboutie. Le parti pris de Michel Fau est gĂ©nial. Il ose saisir le chef d’Ɠuvre de modernitĂ© de Berg pour l’ouvrir vers l’onirique. Toute l’histoire tragique du soldat Wozzeck est vĂ©cue par l’enfant qu’il a eu avec Marie. En insistant ainsi sur ses douleurs, le tragique un peu abstrait de cet opĂ©ra de la noirceur de l’ñme humaine, devient plus proche de nous et la plus grande compassion nous saisit souvent. Le dĂ©cor magnifique en sa fausse naĂŻvetĂ© est d’une intelligence remarquable. La misĂšre de la chambre de l’enfant est terrible, ses peurs d’enfants premiĂšres ne sont que bien menues Ă  cotĂ© de toutes les atrocitĂ©s auxquelles il va devoir assister de force. Par Hubert Stoecklin.

 

 

 

 

 

 

BERG : Peter Mattei chante WOZZECK au MET

logo_france_musique_DETOUREFRANCE MUSIQUE : sam 11 jan 2020, 20h. BERG : WOZZECK. En lĂ©ger diffĂ©rĂ© du Metropolitan Opera de New York. Yannick NĂ©zet-SĂ©guin dirige une nouvelle production du chef d’oeuvre du compositeur autrichien Alban Berg. Prise de rĂŽle attendue par le baryton suĂ©dois Peter Mattei dans le rĂŽle-titre. A ses cĂŽtĂ©s, Elza van den Heever chante Marie et le tĂ©nor Christopher Ventris interprĂšte le Tambour-Major.

 

 
 

WOZZECK d’aprĂšs BĂŒchner
TragĂ©die d’un homme dĂ©possĂ©dĂ©

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Pendant que Busoni s’interroge sur le sens de la vie, prĂȘtant la forme de son interrogation mĂ©taphysique Ă  un philosophe dĂ©goĂ»tĂ©, en quĂȘte de lui-mĂȘme, tout en traitant Ă  sa façon le mythe de Faust (Faust, 1925, ouvrage achevĂ© par son Ă©lĂšve Jarnach), Alban Berg “rĂ©ouvre” Ă  sa façon la scĂšne thĂ©Ăątrale en sombrant dans l’expressionnisme le plus dĂ©sespĂ©rĂ© mais dans un langage d’un nouveau classicisme. D’aprĂšs Woyzeck de BĂŒchner, Wozzeck de Berg est crĂ©Ă© Ă  Berlin, au Staatsoper unter der linden, le 14 dĂ©cembre 1925.

 

 

erich-kleiber-opera-portrait-wozzeck-berg-opera-critique-classiquenewsCRIME PASSIONNEL
 L’opĂ©ra de Berg, la piĂšce de BĂŒchner. Wozzeck de Berg s’inspire d’un drame vĂ©ridique survenu en 1821 Ă  Leipzig : Ă  l’origine le soldat Woyzeck est dĂ©capitĂ© pour avoir poignardĂ© sa maĂźtresse, en aoĂ»t 1824. Avant de mourir en 1837, Georges BĂŒchner rĂ©dige sa piĂšce que Berg dĂ©couvre en mai 1914 Ă  Vienne. AprĂšs trois annĂ©es de travail, le compositeur parachĂšve son oeuvre, de 1917 Ă  1922. Grand sensuel, grand pudique, Alban Berg excelle en raffinement et en trouble ambivalent pour exprimer ici le dĂ©sir d’un homme incompris. L’opĂ©ra serait-il pour partie autobiographique ? Car on sait que Berg jeune homme, ayant eu relation avec la bonne de la maison familiale, Ă©tant prĂȘt Ă  reconnaĂźtre l’enfant et assumer sa paternitĂ©, en fut « dĂ©possĂ©dé » par le clan paternel. Traumatisme d’un jeune amoureux Ă©cartĂ©, dĂ©muni.
En 1924, Hermann Scherchen dirige trois fragments de Wozzeck Ă  Francfort. L’opĂ©ra intĂ©gral sera finalement crĂ©Ă© Ă  Berlin, l’annĂ©e suivante, au Staatsoper sous la baguette d’Erich Kleiber (le pĂšre gĂ©nial de Carlos).

Comme le fera Chostakovitch de sa Lady Macbeth de Mzensk, Katerina, Berg voit dans le meurtrier Wozzeck, d’abord une victime, pour lequel le crime, comme acte dĂ©risoire, tente d’interrompre les souffrances d’une vie misĂ©rable. L’homme supporte difficilement la lĂ©gĂšretĂ© de Marie avec laquelle il a eu un enfant. Mais le soldat est aussi l’objet de sarcasmes de la part de son capitaine, du docteur qui l’utilise comme un cobaye, du tambour-major qui se targue d’ĂȘtre le nouvel amant de Marie.
Menaces, disputes : Marie prĂ©fĂšre recevoir une lame dans le corps plutĂŽt que de sentir la main de Wozzeck sur elle : dĂšs lors, l’idĂ©e du crime hante l’esprit du hĂ©ros. Finalement, le soldat humiliĂ© Ă©gorge la femme qu’il aime et qu’il dĂ©teste, puis se noie dans un lac. La derniĂšre scĂšne met en scĂšne le fils de Marie et de Wozzeck, jouant sur un cheval de bois. L’innocence insensible au tragique de la vie, comme ultime virgule d’espoir.

 

 

Woyzzeck_Bruxelles_la_MonnaieSTRUCTURE FORMELLE COHÉRENTE
 L’opĂ©ra subjugue par une construction trĂšs Ă©laborĂ©e comme par exemple, le choix de formes classiques (passacaille, sonate, 
) utilisĂ©es aux moments clĂ© de l’action et en fonction de leur connotation historique. Ainsi lorsque le Capitaine reproche Ă  Wozzeck sa vie familiale amorale, -il est pĂšre sans ĂȘtre mariĂ©-, Berg utilise prĂ©lude, gigue, pavane afin d’évoquer le discours moralisateur du supĂ©rieur militaire. De mĂȘme lorsque paraĂźt l’enfant de Marie et Wozzeck, Berg imagine un mouvement perpĂ©tuel qui indique que tout peut renaĂźtre ainsi
 De mĂȘme dans un cadre atonal, Berg a recours Ă  la tonalitĂ© selon le sens des Ă©pisodes et leur importance dans le dĂ©roulement de la dramaturgie.
La cohĂ©rence de sa conception, l’efficacitĂ© fulgurante de son propos, son esthĂ©tisme expressionniste, sans fioritures ni complaisance d’aucune sorte accrĂ©ditent aujourd’hui la place de Wozzeck dans l’histoire de l’opĂ©ra moderne. Celle d’un chef d’Ɠuvre qui fixe dĂ©sormais la puissance d’un nouveau langage.
Illustration: Max Beckmann, Homme tombant (1950, Washington, National Gallery)

 

 

 

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France Musique. Sam 11 janv 2020.
20h – 23h. Samedi Ă  l’opĂ©ra. BERG : WOZZECK. Concert donnĂ© en direct du Metropolitan Opera de New York.
Alban Berg : Wozzeck
Opéra en trois actes créé le 14 décembre 1925 au Staatsoper de Berlin.

Elza van den Heever, soprano, Marie
Tamara Mumford, mezzo-soprano, Margret
Christopher Ventris, ténor, Le tambour-major
Gerhard Siegel, ténor, Le capitaine
Andrew Staples, ténor, Andres
Peter Mattei, baryton, Wozzeck
Christian Van Horn, basse, Le docteur
Richard Bernstein, basse, Premier apprenti
Miles Mykkanen, baryton, Second apprenti
Brenton Ryan, ténor, Le fou
Daniel Clark Smith, ténor, Un soldat
Gregory Warren, ténor, Un citadin
Metropolitan Opera Chorus dirigé par Donald Palumbo
Metropolitan Opera Orchestra
Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, direction

 

 

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Livre Ă©vĂ©nement, critique. Elisabeth Brisson : Alban Berg au miroir de ses Ɠuvres (Ă©ditions Aedam Musicae, 2019).

berg miroir de ses oeuvres elisabeth brisson livre evenement classiquenews critique livre opera concertsLivre Ă©vĂ©nement, critique. Elisabeth Brisson : Alban Berg au miroir de ses Ɠuvres (Ă©ditions Aedam Musicae, 2019). Le texte n’est pas seulement un essai pour tenter de comprendre et mesurer les caractĂšres distinctifs de l’écriture Bergienne ; l’auteure singularise trĂšs finement ce qui se joue au cƓur de la musique de Berg – l’activitĂ© multiple de la psychĂ© ; elle prĂ©sente et commente aussi comme un guide d’écoute et de comprĂ©hension chacune des partitions majeures d’Alban Berg, ce grand amoureux Ă  la trĂšs riche vie intĂ©rieure, qui parle la langue du dĂ©sir et du ressentiment, Ă  l’écoute privilĂ©giĂ©e de sa vie sentimentale. Alban Berg (1885-1935), pĂ©tri de poĂ©sie et de musique, d’abord autodidacte, suit dĂšs 1904 l’enseignement d’Arnold Schönberg. Son catalogue trĂšs resserrĂ© (seulement treize Ɠuvres) donc aussi concentrĂ© qu’intense et rĂ©volutionnaire, marque, dĂ©termine, jalonne la crĂ©ation musicale au XXe siĂšcle: ses deux opĂ©ras, Wozzeck et Lulu, sont ainsi magnifiquement prĂ©sentĂ©s et expliquĂ©s, leur genĂšse complexe dĂ©mĂȘlĂ©e ; la Suite lyrique pour quatuor Ă  cordes, le Concerto pour violon « A la mĂ©moire d’un ange », sont ainsi analysĂ©s avec clartĂ© et prĂ©cision.

Grand voluptueux, Berg ne fait pas que ressentir et vivre le sentiment : il le pense voire le thĂ©orise pour en exprimer l’essence et le sens. Ainsi le le processus crĂ©ateur met en lumiĂšre « son dĂ©sir de nouer la sensualitĂ©, la spiritualitĂ© et la pensĂ©e (körperlich, seelisch, geistlich selon ses propres termes), dĂ©sir subsumĂ© par sa prĂ©dilection pour le Klang (la sonoritĂ©) comme pour les textures musicales contrĂŽlĂ©es dans leur moindre dĂ©tail Ă  l’instar du travail du rĂȘve qui cache le contenu latent dans une prĂ©sentation manifeste sĂ©duisante et Ă©nigmatique ».

CLIC D'OR macaron 200Davantage que le thĂ©oricien, manifestement imprĂ©gnĂ© par la thĂ©orie dodĂ©caponique transmise par Schönberg, Berg a le geste d’un peintre douĂ© pour la couleur, le mouvement, l’ambivalence. Ce que rĂ©vĂšle trĂšs pertinent l’ auteure. Seule rĂ©serve : toutes les citations (nombreuses) en allemand ne sont pas traduite en français : tout lecteur n’étant pas germanophile, peut ne pas maĂźtriser la langue de Goethe. Il eut fallu prĂ©ciser pour chaque notion, sa traduction française. Nonobstant cette infime rĂ©serve, la lecture de ce texte maĂźtrisĂ© dĂ©voile le foisonnement et la cohĂ©rence remarquable, Ă  l’Ɠuvre dans chaque piĂšce de Berg. Jusqu’au choix de la peinture en couverture : la texture vaporeuse de cet autre voluptueux par excellence dans la peinture baroque parmesane : Le CorrĂšge  ; belle correspondance. Magistral.

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Livre Ă©vĂ©nement, critique. Elisabeth Brisson : Alban Berg au miroir de ses Ɠuvres (Ă©ditions Aedam Musicae, 2019).

Titre(s) : Alban Berg au miroir de ses Ɠuvres
Auteur(s) : Élisabeth Brisson
Nombre de pages : 360 pages
Format : 14.5 x 21 cm (Ă©p. 2.8 cm) (459 gr)
Dépot légal : Novembre 2019
Cotage : AEM-223
ISBN : 978-2-919046-53-9
Disponibilité : en stock, envoi immédiat

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