Bellini : I Puritani

Paris, OpĂ©ra Bastille. Du 25 novembre au 19 dĂ©cembre 2013. PassionnĂ©ment romantique, l’Europe et les grands Ă©crivains se mettent au diapason italien… la Mignon de Goethe chante sa fascination pour le spectacle d’un oranger florissant ; stendhal surtout et sa Chartreuse de … Parme, et mĂŞme Heine choisissent entre autres Florence et Rome comme dĂ©cors de leurs intrigues romanesques. Et le russe, Glinka se ressource dans l’opĂ©ra italien pour forger l’Ă©lan vital de ses propres ouvrages lyriques. En 1835, Bellini avant d’expirer Ă  Puteaux livre son manuscrit d’un nouvel opĂ©ra destinĂ© au Théâtre Italien: I Puritani, sommet du gĂ©nie de Catane,  crĂ©Ă© la mĂŞme annĂ©e Ă  Paris, par quatre des plus grands chanteurs de l’heure, la Grisi, Rubini, Tamburini et Lablache … quatuor vocal lĂ©gendaire qui demeure depuis emblematique du Paris romantique.

L’intrigue se dĂ©roule dans l’ Angleterre baroque du XVII eme. Au deuxième acte, parce qu’elle se croit abandonnĂ©e et trahie par celui qu’elle aime-, Elvira paraĂ®t folle, exhalant une mĂ©lodie d’une dĂ©chirante puretĂ© qui inspirera un nocturne Ă  FrĂ©dĂ©ric Chopin. La vogue des Puritains emporta tout avec elle et mĂŞme Bellini qui fatalement s’éteignit quelques mois après la crĂ©ation en France non loin de Paris, curieusement abandonnĂ© de tous. Le gĂ©nie lyrique ne laissait pas alors son ultime ouvrage : il s’agissait aussi d’ un nouveau sommet de l’opĂ©ra romantique italien marquant dĂ©finitivement l’histoire de l ‘opĂ©ra Ă  Paris. Quelques mois plus tard, les parisiens recoivent un second choc bellinien avec la crĂ©ation parisienne de Norma : Bellini Ă©tait mort mais il n’avait jamais Ă©tĂ© plus cĂ©lĂ©brĂ© dans la Capitale française.

Vincenzo Bellini
Les Puritains, 1835

9 reprĂ©sentations Ă  l’OpĂ©ra Bastille
Du 25 novembre au 19 décembre 2013

Michele Mariotti, direction
Laurent Pelly, mise en scène
Maria Agresta, Elvira
Dmitry Korchak / René Barbera (17 et 19 décembre), Arturo

vincenzo-bellini-1Le dernier opĂ©ra de Vincenzo Bellini (portrait ci-contre) indique clairement de nouvelles Ă©volutions pour l’opĂ©ra italien romantique des annĂ©es 1830: rĂ´les plus aigus, foisonnement dramatique de l’orchestre et vocalitĂ  aĂ©rienne et suspendue voire crĂ©pusculaire d’une puretĂ© absolue, celle lĂ  mĂŞme qui captiva Chopin. Le vrai dĂ©fi des Puritains comme pour Norma, reste les chanteurs… vrais dĂ©tenteurs de ce bel canto si difficile Ă  rĂ©aliser. Comment retrouver cette couleur et ce style qui n’a rien de commun avec Rossini, qui ne peut se satisfaire de l’abattage verdien ou du vĂ©risme pathĂ©tique puccinien? Il s’agit bien de retrouver cet art fragile (morbidezza) entre vocalitĂ  et agilitĂ  qui s’Ă©loigne de l’idĂ©al rossinien, sans possĂ©der encore le dramatisme verdien.

L’art bellinien Ă©tant par excellence celui de la mesure, de la finesse: on est en droit d’attendre de vrais interprètes acteurs et chanteurs, pour qui chanter signifie articuler, phraser, colorer, dire, articuler, respirer le texte. Qu’en sera-t-il par exemple du rĂ´le d’ Arturo Talbot, qui exige un tĂ©nor d’agilitĂ  et dramatique, alliant vaillance et angĂ©lisme, naturel et articulation ? De mĂŞme pour Elvira, âme loyale et pure, incarnation fragile des hĂ©roĂŻnes fĂ©minines en proie au dĂ©sĂ©quilibre mental ? Le personnage de cette jeune âme romantique qui est abandonnĂ©e par son fiancĂ©, le jour de ses noces, offre une composition des plus captivantes: OphĂ©lie dĂ©chirante, anĂ©antie… son dernier air au I oĂą l’abandonnĂ©e, trahie, sombre dans la folie reste un très grand moment psychologique.
Et qu’espĂ©rer tout autant du rĂ´le de Giorgio Valton (l’oncle d’Elvira); Ă  la fois protecteur et père de substitution pour une Elivra dont le baryton basse capte les pulsions de folie grandissante…

 

 

Les Puritains Ă  Paris

 

Il y eut I Capuletti e i Montecchi ; ici, les clans opposĂ©s, Puritains rĂ©formistes menĂ©s par Cromwell, Cavaliers royalistes partisans des Stuart (Valton), dĂ©fenseurs comme Arturo de la Reine veuve, se dĂ©chirent. A ce titre, bien que fiancĂ© Ă  la première fille des Puritains, Arturo le monarchiste sait jurer sa foi et sa fidĂ©litĂ© Ă  la Reine qu’on emmène Ă  l’Ă©chafaud… Bellini resserre l’effet des contrastes en faisant paraĂ®tre la jeune fiancĂ©e, Ă©tendard Ă©motionnel des Puritains en prĂ©sence du duo des royalistes (la Reine et son champion Arturo): exposition simultanĂ©e des tempĂ©raments, totalement gĂ©nial.

Ecouter les Puritains permet de mesurer le gĂ©nie lyrique et dramatique du dernier Bellini: il ambitionnait de crĂ©er Ă  Paris, l’Ă©quivalent de Guillaume Tell, un opĂ©ra romantique français digne de ce nom. Les Puritains marquent Ă©videmment un cap dans son Ă©criture: l’exposition des caractères n’y est jamais artificielle, comme le seront parfois les premiers opĂ©ras de Verdi. En choisissant d’intituler son opĂ©ra Les Puritains, Bellini se place du cĂ´tĂ© des “mĂ©chants”, ces antiroyalistes (les Valton) dont la mĂ©tamorphose est le sujet central de l’opĂ©ra : pour sauver la santĂ© mentale d’Elvira et son amour, ils savent pardonner Ă  leur pire ennemi Talbot. Un aspect psychologique que l’on oublie souvent (oĂą s’inscrit triomphant telle un nouvel humanisme bellinien dĂ©sormais assumĂ© : le sentiment de fraternitĂ© et de compassion) et qui fait cependant toute la modernitĂ© de cette action inspirĂ©e du roman gothique romantique…

 

 

approfondir
DVD. Vincenzo Bellini: I Puritani, 1835. Juan Diego Florez (Arturo Talbot). Nino Machaidze (Elvira), Gabriele Viviani (Riccardo Valton)… Orchestra e coro del teatro comunale di Bologna. Michele Mariotti, direction. Pier’Alli, mise en scène (DECCA)

 

One thought on “Bellini : I Puritani

  1. Pingback: France 2 diffuse Les Puritains de Bellini | Classique News