Anna Netrebko chante Elvira des Puritains au Met (2007)

netrebko anna elvira Met 2007 I puritani BelliniMezzo Live HD : 6 > 24 octobre 2014. Anna Netrebko chante Elvira des Puritains de Bellini (Metropolitan Opera de New York 2007). PassionnĂ©ment romantique, l’Europe et les grands Ă©crivains se mettent au diapason italien
 la Mignon de Goethe chante sa fascination pour le spectacle d’un oranger florissant ; Stendhal surtout et sa Chartreuse de 
 Parme, et mĂȘme Heine choisissent entre autres Florence et Rome comme dĂ©cors de leurs intrigues romanesques. Et le russe, Glinka se ressource dans l’opĂ©ra italien pour forger l’élan vital de ses propres ouvrages lyriques. En 1835, Bellini avant d’expirer Ă  Puteaux livre son manuscrit d’un nouvel opĂ©ra destinĂ© au ThĂ©Ăątre Italien: I Puritani, sommet du gĂ©nie de Catane, crĂ©Ă© la mĂȘme annĂ©e Ă  Paris, par quatre des plus grands chanteurs de l’heure, la Grisi, Rubini, Tamburini et Lablache 
 quatuor vocal lĂ©gendaire qui demeure depuis emblĂ©matique du Paris romantique. Puritains contre royalistes. L’intrigue est trĂšs librement et dĂ©corativement inspirĂ© du conflit entre Puritains et Royalistes dans l’Angleterre du XVIIe siĂšcle. Elvira, fille d’un gouverneur puritain Ă  Ă©tĂ© promise en mariage Ă  Riccardo, mais elle est finalement donnĂ©e Ă  Arturo, secret partisan des Stuart dont elle est Ă©prise. Cela grĂące Ă  l’intervention de son oncle Giorgio auprĂšs du pĂšre. Peu avant leur cĂ©rĂ©monie de mariage, Arturo retrouve la veuve du roi Enrichetta, reine d’Angleterre : il dĂ©cide de fuir avec elle. Elvira sombre dans la folie, atteinte et dĂ©truite pendant deux actes, jusqu’au retour d’Arturo et sa mort imminente. Les sympathisants des Stuart sont au final pardonnĂ©s et le couple retrouve le bonheur. TrĂšs peu de drame alors, mais presque 3 heures de belle musique.

 

mezzo logo 2014une-anna-netrebko-une-tele-320-470Notre avis. Dans la production du Metropolitan, c’est moins la contribution des hommes que la jeune et jolie Anna Netrebko, vive, ardente, certes pas d’un bel canto prĂ©cis et idĂ©alement nuancĂ©, surtout dans les cabalettes emportĂ©es voire Ă©chevelĂ©es oĂč la diva patine avec des aigus et des intervalles pas toujours trĂšs stables, qui pourtant Ă©blouit. Sa candeur, son angĂ©lisme blessĂ© touchent particuliĂšrement. Quand il s’agit d’incarner un cƓur amoureux dĂ©truit, abandonnĂ©, la soprano donne tout ce qu’elle a (scĂšne de folie, dĂ©but du II, soit une demi heure d’extase vocale suspendue oĂč l’hĂ©roĂŻne trahie par Arturo – c’est du moins ce qu’elle croit, pense monter Ă  l’autel pour son mariage qui aurait du avoir lieu au I… si Arturo ne l’avait pas abandonnĂ© subitement…). Avec le recul sa Leonora verdienne (Ă©vĂ©nement de Berlin en dĂ©cembre 2013 puis Salzbourg Ă  l’étĂ© 2014) a frappĂ© par sa profondeur et sa justesse expressive (le dvd vient de sortir, dans la version berlinoise sous la direction de Barenboim chez DG); en 2007, soit 7 ans avant, la Netrebko est dĂ©jĂ  une cantatrice assurĂ©e, un sacrĂ© tempĂ©rament
 Etoile du Met, d’une vĂ©ritĂ© souvent dĂ©chirante. La rĂ©alisation est d’un classicisme… qui a les avantages de ses inconvĂ©nients : pas de mise en scĂšne trĂšs pertinente mais sa neutralitĂ© sans surprise laisse parfaitement lisible le dĂ©roulement de l’action. BONUS : au moment de l’entracte entre les deux actes, RenĂ© Fleming joue les intervieweuse et pose des questions sensĂ©es Ă  la jeune diva austro-russe dans sa loge : ” mĂȘme si je chante pendant 70% de mon texte, Reviens reviens Arturo, je fais attention Ă  mon jeu sur scĂšne” (d’autant que les camĂ©ras guettent la moindre maladresse), prĂ©cise l’envoĂ»tante Anna… On lui sied grĂ© de chanter et de jouer : sa performance n’en a que plus de charme.

 

 

 

Paris, 1835 : le dernier opéra de Bellini. Un hymne pacifiste

L’intrigue se dĂ©roule dans l’ Angleterre baroque du XVII eme. Au deuxiĂšme acte, parce qu’elle se croit abandonnĂ©e et trahie par celui qu’elle aime-, Elvira paraĂźt folle, exhalant une mĂ©lodie d’une dĂ©chirante puretĂ© qui inspirera un nocturne Ă  FrĂ©dĂ©ric Chopin. La vogue des Puritains emporta tout avec elle et mĂȘme Bellini qui fatalement s’éteignit quelques mois aprĂšs la crĂ©ation en France non loin de Paris, curieusement abandonnĂ© de tous. Le gĂ©nie lyrique ne laissait pas alors son ultime ouvrage : il s’agissait aussi d’ un nouveau sommet de l’opĂ©ra romantique italien marquant dĂ©finitivement l’histoire de l ‘opĂ©ra Ă  Paris. Quelques mois plus tard, les parisiens recoivent un second choc bellinien avec la crĂ©ation parisienne de Norma : Bellini Ă©tait mort mais il n’avait jamais Ă©tĂ© plus cĂ©lĂ©brĂ© dans la Capitale française.

Bellini_vincenzo_belliniLe dernier opĂ©ra de Vincenzo Bellini (portrait ci-contre) indique clairement de nouvelles Ă©volutions pour l’opĂ©ra italien romantique des annĂ©es 1830: rĂŽles plus aigus, foisonnement dramatique de l’orchestre et vocalitĂ  aĂ©rienne et suspendue voire crĂ©pusculaire d’une puretĂ© absolue, celle lĂ  mĂȘme qui captiva Chopin. Le vrai dĂ©fi des Puritains comme pour Norma, reste les chanteurs
 vrais dĂ©tenteurs de ce bel canto si difficile Ă  rĂ©aliser. Comment retrouver cette couleur et ce style qui n’a rien de commun avec Rossini, qui ne peut se satisfaire de l’abattage verdien ou du vĂ©risme pathĂ©tique puccinien? Il s’agit bien de retrouver cet art fragile (morbidezza) entre vocalitĂ  et agilitĂ  qui s’éloigne de l’idĂ©al rossinien, sans possĂ©der encore le dramatisme verdien.

L’art bellinien Ă©tant par excellence celui de la mesure, de la finesse: on est en droit d’attendre de vrais interprĂštes acteurs et chanteurs, pour qui chanter signifie articuler, phraser, colorer, dire, articuler, respirer le texte. Qu’en sera-t-il par exemple du rĂŽle d’ Arturo Talbot, qui exige un tĂ©nor d’agilitĂ  et dramatique, alliant vaillance et angĂ©lisme, naturel et articulation ? De mĂȘme pour Elvira, Ăąme loyale et pure, incarnation fragile des hĂ©roĂŻnes fĂ©minines en proie au dĂ©sĂ©quilibre mental ? Le personnage de cette jeune Ăąme romantique qui est abandonnĂ©e par son fiancĂ©, le jour de ses noces, offre une composition des plus captivantes: OphĂ©lie dĂ©chirante, anĂ©antie
 son dernier air au I oĂč l’abandonnĂ©e, trahie, sombre dans la folie reste un trĂšs grand moment psychologique.
Et qu’espĂ©rer tout autant du rĂŽle de Giorgio Valton (l’oncle d’Elvira); Ă  la fois protecteur et pĂšre de substitution pour une Elivra dont le baryton basse capte les pulsions de folie grandissante


Il y eut I Capuletti e i Montecchi ; ici, les clans opposĂ©s, Puritains rĂ©formistes menĂ©s par Cromwell, Cavaliers royalistes partisans des Stuart (Valton), dĂ©fenseurs comme Arturo de la Reine veuve, se dĂ©chirent. A ce titre, bien que fiancĂ© Ă  la premiĂšre fille des Puritains, Arturo le monarchiste sait jurer sa foi et sa fidĂ©litĂ© Ă  la Reine qu’on emmĂšne Ă  l’échafaud
 Bellini resserre l’effet des contrastes en faisant paraĂźtre la jeune fiancĂ©e, Ă©tendard Ă©motionnel des Puritains en prĂ©sence du duo des royalistes (la Reine et son champion Arturo): exposition simultanĂ©e des tempĂ©raments, totalement gĂ©nial.

Netrebko Anna NetrebkoEcouter les Puritains permet de mesurer le gĂ©nie lyrique et dramatique du dernier Bellini: il ambitionnait de crĂ©er Ă  Paris, l’équivalent de Guillaume Tell, un opĂ©ra romantique français digne de ce nom (l’orchestre est plus colorĂ© et dĂ©licatement caractĂ©risĂ©, Ă©coutez la place des cors nobles et Ă©lĂ©gants dĂšs l’ouverture…). Les Puritains marquent Ă©videmment un cap dans son Ă©criture: l’exposition des caractĂšres n’y est jamais artificielle, comme le seront parfois les premiers opĂ©ras de Verdi. En choisissant d’intituler son opĂ©ra Les Puritains, Bellini se place du cĂŽtĂ© des “mĂ©chants”, ces antiroyalistes (les Valton) dont la mĂ©tamorphose est le sujet central de l’opĂ©ra : pour sauver la santĂ© mentale d’Elvira et son amour, ils savent pardonner Ă  leur pire ennemi Talbot. Un aspect psychologique que l’on oublie souvent (oĂč s’inscrit triomphant telle un nouvel humanisme bellinien dĂ©sormais assumĂ© : le sentiment de fraternitĂ© et de compassion) et qui fait cependant toute la modernitĂ© de cette action inspirĂ©e du roman gothique romantique


Le pardon n’est pas donnĂ© Ă  tout le monde mais il est comme ici d’un effet salvateur pour la rĂ©solution des affrontements et des haines destructrices. Un modĂšle de message Ă©clairĂ©, philosophiquement Ă©voluĂ© qui appliquĂ© Ă  certains conflits (en particulier ceux modernes du Proche Orient) : les frĂšres ennemis peuvent ils se rĂ©concilier ? C’est au prix pourtant d’un pardon croisĂ© que les rivaux peuvent aspirer Ă  la paix : aucun des partis ne peut s’en sortir sans une pacification unilatĂ©rale. Cela ne vous rappelle t il pas quelque chose ? Les Puritains est un opĂ©ra moderne.

 

 

I Puritani avec Anna Netrebko au Met 2007 sur Mezzo Live HD : 6 > 24 octobre 2014. 

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Diffusion :
06 / 10 – 09h00
08 / 10 – 20h30
09 / 10 – 17h00
10 / 10 – 00h00
10 / 10 – 13h00
20 / 10 – 09h00
22 / 10 – 20h30
23 / 10 – 15h25
24 / 10 – 00h00
24 / 10 – 12h30

 

Compte rendu : Paris. Opéra Bastille, le 25 novembre 2013. Bellini : I Puritani. Maria Agresta, Dmitri Korchak. Michele Mariotti, direction musicale. Laurent Pelly, mise en scÚne.

Les Puritains (1835), derniĂšre Ɠuvre de Vincenzo Bellini (1801-1835) sont prĂ©sentĂ©s Ă  l’OpĂ©ra National de Paris (Bastille) dans une nouvelle production signĂ©e Laurent Pelly. Ecrite pour Paris, il y a presque deux siĂšcles et pour un quatuor des solistes extraordinaires, l’ultime partition de Bellini suscite toujours les plus vifs sentiments chez le public parisien. Pour cette premiĂšre, la distribution est plutĂŽt jeune et le quatuor d’antan, Ă©voquĂ© par l’investissement redoutable des chanteurs.

Le cas Bellini

Bellini_vincenzo_belliniL’intrigue est trĂšs librement et dĂ©corativement inspirĂ© du conflit entre Puritains et Royalistes dans l’Angleterre du XVIIe siĂšcle. Elvira, fille d’un gouverneur puritain Ă  Ă©tĂ© promise en mariage Ă  Riccardo, mais elle est finalement donnĂ©e Ă  Arturo, secret partisan des Stuart dont elle est Ă©prise. Cela grĂące Ă  l’intervention de son oncle Giorgio auprĂšs du pĂšre. Peu avant leur cĂ©rĂ©monie de mariage, Arturo retrouve la veuve du roi Enrichetta, reine d’Angleterre : il dĂ©cide de fuir avec elle. Elvira sombre dans la folie, atteinte et dĂ©truite pendant deux actes, jusqu’au retour d’Arturo et sa mort imminente. Les sympathisants des Stuart sont au final pardonnĂ©s et le couple retrouve le bonheur. TrĂšs peu de drame alors, mais presque 3 heures de belle musique. Il paraĂźt que Laurent Pelly a souhaitĂ© laisser la musique s’exprimer, choix comprĂ©hensible vu … la mince intrigue. Les dĂ©cors fantastiques de Chantal Thomas s’inscrivent dans la mĂȘme idĂ©e. Il s’agĂźt d’une structure mĂ©tallique vide reprĂ©sentant un chĂąteau anglais du XVIIe, oĂč Elvira existe comme s’il s’agissait d’une cage. La sobriĂ©tĂ© se voie Ă©galement dans les costumes d’inspiration historique, beaux et stylisĂ©es. Le travail avec les acteurs-chanteurs se dĂ©marque par le souci d’Ă©pure ; si le quatuor des solistes est de surcroĂźt investi au niveau thĂ©Ăątral, reconnaissons qu’Elvira, comme les chƓurs d’ailleurs, aurait pu courir de droite Ă  gauche un peu moins souvent.

 

 

Puritains ou pas ?

 

Pour la nouvelle production, la maison nationale parisienne donne aux jeunes les rĂŽles principaux. Le public est complĂštement charmĂ© par leur performance dont l’effort est Ă©vident. Le baryton Mariusz Kwiecien dans le rĂŽle de Riccardo ouvre l’Ɠuvre avec un air dĂ©monstratif du gĂ©nie bellinien, « Ah per sempre io ti perdei » d’une mĂ©lancolie ravissante ! Il chante son rĂŽle avec force et sentiment, et agrĂ©mente sa ligne des modulations dĂ©licates. Giorgio, l’oncle d’Elvira est interprĂ©tĂ© magistralement par Michele Pertusi. Sa voix noble et profonde est Ă©mouvante en solo, Ă©difiante dans les ensembles. Si au niveau scĂ©nique le duo entre Riccardo et Giorgio Ă  la fin du deuxiĂšme acte « Suoni la tromba » n’impressionne pas (chanteurs immobiles dans le plateau vide), au niveau musical les deux voix Ă  l’unisson dans une cabalette d’une grande simplicitĂ© prĂ©figurent dĂ©jĂ  tous les hymnes Ă  la libertĂ© du siĂšcle. Si le public n’explose pas de fanatisme patriotique comme ce fut le cas Ă  la premiĂšre en 1835, il est nĂ©anmoins touchĂ©.

Le couple amoureux de Maria Agresta et Dmitri Korchak est attendrissant par la fraĂźcheur de leur jeunesse. C’est la premiĂšre fois qu’elle se prĂ©sente Ă  l’OpĂ©ra National de Paris. Choix audacieux qu’on accepte puisque nous croyons Ă  l’idĂ©e qu’il faut donner de la visibilitĂ© et des opportunitĂ©s aux jeunes chanteurs, les futures vedettes de l’horizon lyrique.

La soprano a un timbre d’une beautĂ© particuliĂšre, une voix puissante et ronde, plus impressionnante dans les registres grave et central que dans l’aigu. Elle est davantage touchante et bouleversante dans sa prestation d’une grande sensibilitĂ©. Lors de sa scĂšne de folie au dĂ©but du deuxiĂšme acte « Qui la voce sua soave… Vien diletto », elle frappe l’auditoire avec un mĂ©lange de douceur dans la dĂ©clamation intiale et d’entrain dans les attaques brillantes de la cabalette finale. Le public la rĂ©compense trĂšs chaleureusement, mais elle doit encore mĂ»rir dans ce rĂ©pertoire, car elle peine souvent avec les aigus et sa colorature n’est pas trĂšs propre. Le bel canto difficile doit paraĂźtre facile, et ce ne fut malheureusement pas le cas ce soir.
Cependant nous trouvons que c’est un bel et bon effort. De mĂȘme pour l’Arturo de Dmitri Korchak, complĂštement investi et rayonnant dans une prestation Ă  la fois hĂ©roĂŻque et sentimentale. Pourtant sa ligne de chant est souvent surmenĂ©e… Si son piano comme son timbre sont d’une indĂ©niable beautĂ©, il n’arrive pas Ă  chanter les notes suraiguĂ«s et n’est pas du tout souple dans l’émission. NĂ©anmoins, leur duo au troisiĂšme acte « Vieni, vieni fra queste braccia » ravit les cƓurs. Nous adhĂ©rons complĂštement Ă  l’expression bien jouĂ©e et bien chantĂ©e d’un couple si Ă©prouvĂ©.

Remarquons Ă©galement le chƓur de l’OpĂ©ra National de Paris, sans doute l’un des personnages principaux. Il dĂ©borde de brio et impressionne en permanence dans les nombreux affects qu’il doit reprĂ©senter. Excellent travail du chef de chƓur Patrick Marie Aubert. Le jeune chef Michele Mariotti fait ses dĂ©buts Ă  l’OpĂ©ra de Paris ce soir. Il dirige l’orchestre de l’opĂ©ra avec finesse et s’accorde bien au chant pour la plupart. Il arrive parfois que l’orchestre couvre les chanteurs par trop de brillance, mais plus souvent le concertato est efficace. Outre le choix des tempi plutĂŽt ralentis  (peut-ĂȘtre pour aider les chanteurs?), la prestation est sensible et Ă©lĂ©gante.

Paris. OpĂ©ra National de Paris (Bastille), le 25 novembre 2013. Bellini : I Puritani. Maria Agresta, Dmitri Korchak, Mariusz Kwiecien, Michele Pertusi… Orchestre et choeur de l’OpĂ©ra National de Paris. Michele Mariotti, direction musicale. Laurent Pelly, mise en scĂšne. I Puritani de Bellini sont encore Ă  l’affiche Ă  l’OpĂ©ra Bastille les 3, 6, 9, 12, 14, 17 et 19 dĂ©cembre 2013.

 

Bellini : I Puritani

Paris, OpĂ©ra Bastille. Du 25 novembre au 19 dĂ©cembre 2013. PassionnĂ©ment romantique, l’Europe et les grands Ă©crivains se mettent au diapason italien… la Mignon de Goethe chante sa fascination pour le spectacle d’un oranger florissant ; stendhal surtout et sa Chartreuse de … Parme, et mĂȘme Heine choisissent entre autres Florence et Rome comme dĂ©cors de leurs intrigues romanesques. Et le russe, Glinka se ressource dans l’opĂ©ra italien pour forger l’Ă©lan vital de ses propres ouvrages lyriques. En 1835, Bellini avant d’expirer Ă  Puteaux livre son manuscrit d’un nouvel opĂ©ra destinĂ© au ThĂ©Ăątre Italien: I Puritani, sommet du gĂ©nie de Catane,  crĂ©Ă© la mĂȘme annĂ©e Ă  Paris, par quatre des plus grands chanteurs de l’heure, la Grisi, Rubini, Tamburini et Lablache … quatuor vocal lĂ©gendaire qui demeure depuis emblematique du Paris romantique.

L’intrigue se dĂ©roule dans l’ Angleterre baroque du XVII eme. Au deuxiĂšme acte, parce qu’elle se croit abandonnĂ©e et trahie par celui qu’elle aime-, Elvira paraĂźt folle, exhalant une mĂ©lodie d’une dĂ©chirante puretĂ© qui inspirera un nocturne Ă  FrĂ©dĂ©ric Chopin. La vogue des Puritains emporta tout avec elle et mĂȘme Bellini qui fatalement s’éteignit quelques mois aprĂšs la crĂ©ation en France non loin de Paris, curieusement abandonnĂ© de tous. Le gĂ©nie lyrique ne laissait pas alors son ultime ouvrage : il s’agissait aussi d’ un nouveau sommet de l’opĂ©ra romantique italien marquant dĂ©finitivement l’histoire de l ‘opĂ©ra Ă  Paris. Quelques mois plus tard, les parisiens recoivent un second choc bellinien avec la crĂ©ation parisienne de Norma : Bellini Ă©tait mort mais il n’avait jamais Ă©tĂ© plus cĂ©lĂ©brĂ© dans la Capitale française.

Vincenzo Bellini
Les Puritains, 1835

9 reprĂ©sentations Ă  l’OpĂ©ra Bastille
Du 25 novembre au 19 décembre 2013

Michele Mariotti, direction
Laurent Pelly, mise en scĂšne
Maria Agresta, Elvira
Dmitry Korchak / René Barbera (17 et 19 décembre), Arturo

vincenzo-bellini-1Le dernier opĂ©ra de Vincenzo Bellini (portrait ci-contre) indique clairement de nouvelles Ă©volutions pour l’opĂ©ra italien romantique des annĂ©es 1830: rĂŽles plus aigus, foisonnement dramatique de l’orchestre et vocalitĂ  aĂ©rienne et suspendue voire crĂ©pusculaire d’une puretĂ© absolue, celle lĂ  mĂȘme qui captiva Chopin. Le vrai dĂ©fi des Puritains comme pour Norma, reste les chanteurs… vrais dĂ©tenteurs de ce bel canto si difficile Ă  rĂ©aliser. Comment retrouver cette couleur et ce style qui n’a rien de commun avec Rossini, qui ne peut se satisfaire de l’abattage verdien ou du vĂ©risme pathĂ©tique puccinien? Il s’agit bien de retrouver cet art fragile (morbidezza) entre vocalitĂ  et agilitĂ  qui s’Ă©loigne de l’idĂ©al rossinien, sans possĂ©der encore le dramatisme verdien.

L’art bellinien Ă©tant par excellence celui de la mesure, de la finesse: on est en droit d’attendre de vrais interprĂštes acteurs et chanteurs, pour qui chanter signifie articuler, phraser, colorer, dire, articuler, respirer le texte. Qu’en sera-t-il par exemple du rĂŽle d’ Arturo Talbot, qui exige un tĂ©nor d’agilitĂ  et dramatique, alliant vaillance et angĂ©lisme, naturel et articulation ? De mĂȘme pour Elvira, Ăąme loyale et pure, incarnation fragile des hĂ©roĂŻnes fĂ©minines en proie au dĂ©sĂ©quilibre mental ? Le personnage de cette jeune Ăąme romantique qui est abandonnĂ©e par son fiancĂ©, le jour de ses noces, offre une composition des plus captivantes: OphĂ©lie dĂ©chirante, anĂ©antie… son dernier air au I oĂč l’abandonnĂ©e, trahie, sombre dans la folie reste un trĂšs grand moment psychologique.
Et qu’espĂ©rer tout autant du rĂŽle de Giorgio Valton (l’oncle d’Elvira); Ă  la fois protecteur et pĂšre de substitution pour une Elivra dont le baryton basse capte les pulsions de folie grandissante…

 

 

Les Puritains Ă  Paris

 

Il y eut I Capuletti e i Montecchi ; ici, les clans opposĂ©s, Puritains rĂ©formistes menĂ©s par Cromwell, Cavaliers royalistes partisans des Stuart (Valton), dĂ©fenseurs comme Arturo de la Reine veuve, se dĂ©chirent. A ce titre, bien que fiancĂ© Ă  la premiĂšre fille des Puritains, Arturo le monarchiste sait jurer sa foi et sa fidĂ©litĂ© Ă  la Reine qu’on emmĂšne Ă  l’Ă©chafaud… Bellini resserre l’effet des contrastes en faisant paraĂźtre la jeune fiancĂ©e, Ă©tendard Ă©motionnel des Puritains en prĂ©sence du duo des royalistes (la Reine et son champion Arturo): exposition simultanĂ©e des tempĂ©raments, totalement gĂ©nial.

Ecouter les Puritains permet de mesurer le gĂ©nie lyrique et dramatique du dernier Bellini: il ambitionnait de crĂ©er Ă  Paris, l’Ă©quivalent de Guillaume Tell, un opĂ©ra romantique français digne de ce nom. Les Puritains marquent Ă©videmment un cap dans son Ă©criture: l’exposition des caractĂšres n’y est jamais artificielle, comme le seront parfois les premiers opĂ©ras de Verdi. En choisissant d’intituler son opĂ©ra Les Puritains, Bellini se place du cĂŽtĂ© des “mĂ©chants”, ces antiroyalistes (les Valton) dont la mĂ©tamorphose est le sujet central de l’opĂ©ra : pour sauver la santĂ© mentale d’Elvira et son amour, ils savent pardonner Ă  leur pire ennemi Talbot. Un aspect psychologique que l’on oublie souvent (oĂč s’inscrit triomphant telle un nouvel humanisme bellinien dĂ©sormais assumĂ© : le sentiment de fraternitĂ© et de compassion) et qui fait cependant toute la modernitĂ© de cette action inspirĂ©e du roman gothique romantique…

 

 

approfondir
DVD. Vincenzo Bellini: I Puritani, 1835. Juan Diego Florez (Arturo Talbot). Nino Machaidze (Elvira), Gabriele Viviani (Riccardo Valton)… Orchestra e coro del teatro comunale di Bologna. Michele Mariotti, direction. Pier’Alli, mise en scĂšne (DECCA)