Bayreuth 2015. Le Vaisseau Fantôme

RADIO. logo_france_musique_DETOURE Musique. Dimanche 16 août 2015, 19h. Wagner : Le Vaisseau Fantôme. Festival de Bayreuth. Axel Kober, direction. Avec Samuel Young, le hollandais; Ricard Merbeth, Senta. Benjamin Bruns, Daland. Tomislav Muzek, Erik. Choeur et orchestre du Festival de Bayreuth. Etrangement, alors que l’événement lyrique à Bayreuth en juillet 2015 était la nouvelle production de Tristan und Isolde, (version Katarina Wagner, l’arrière petite fille du compositeur et ici même metteure en scène et codirectrice), France Musique préfère diffuser la reprise du Vaisseau Fantôme…

Créé à Dresde le 2 janvier 1843 (dans le sillon victorieux tracé par l’éclatant Rienzi, créé dans le même lieu Hofoper, en octobre 1842), Le Vaisseau Fantôme (Der Fliegende Holländer) marque la rupture de Wagner avec le grand opéra romantique traditionnel : avant la tempête qui ouvre la Walkyrie, ou l’océan originel qui enfle les flots naissant du monde à son berceau dans l’Or du Rhin, voici le déluge primordial, celui des torrents d’eau se déversant sur le frêle navire emportant le Hollandais maudit en quête de l’amour pur d’une femme qui pourra le sauver.
L’ardeur du jeune Wagner est intact malgré ses déboires à Paris où il dut vendre à l’Opéra son propre livret pour qu’un obscur Dietsch le mette en musique (!) avec le naufrage que l’on sait. Les français manquaient une occasion unique de soutenir un génie à son aurore… Comme ce fut le cas de Mozart au XVIIIè, dont les 3 séjours à Paris furent des échecs retentissants et plusieurs occasions manquée là aussi. Effrayante absence de discernement artistique.
Wagner en DVD ...Pour l’heure à Dresde qui célèbre enfin son génie, Wagner émerveille et impressionne l’auditoire grâce à sujet fantastique et romantique. Comme souvent, le compositeur écrit à rebours de l’intrigue, commençant par la ballade de Senta, le choeur des matelots norvégiens, le chant des fileuses puis concluant avec… l’ouverture. Une idée rétrospective où ce prologue orchestral semble récapituler plutôt qu’annoncer le drame qui se joue. Le voyageur errant sur les flots, le maudit magnifique paraît tel un spectre effrayant, un non homme qui doit cependant susciter l’amour de Senta s’il veut être sauvé. Le thème est éminemment wagnérien : le salut de l’homme réalisé par l’amour d’une femme, ainsi en sera-t-il de Cosima pour Richard dans la vraie vie. Ici emporté par la fureur d’aimer, par la volonté d’être sauvé, Wagner tisse un nouvel orchestre moteur qui réalise l’unité de toute les scènes désormais enchaînées les unes aux autres sans discontinuité, tel le futur drame sans fin, cyclique qui a lieu dans Parsifal et dans les quatre Journées du Ring. La justesse des mélodies, l’expression directe de la houle déferlante lui auraient été inspirées par sa traversées sur la navire la Thétys, à destination de l’Angleterre, à l’été 1839, alors que quittant Riga, le compositeur poursuivi par ses créanciers, souhaitait rejoindre Paris. Pris dans une tempête, le navire dut se réfugier en Norvège… un épisode de la vie de Wagner dont témoigne le réalisme saisissant de son Vaisseau Fantôme.

Synopsis

Acte I. Dans une crique norvégienne au XVIIIè, le navigateur marchand Daland ne peut éviter de croiser la course d’un marin mystérieux le Hollandais, âme maudite qui lui demande de rencontrer sa fille, Senta car seul l’amour d’une jeune fille aimante pourra le délivrer de la malédiction qui le poursuit.
Acte II. C’est l’acte de Senta qui rêve de rencontrer ce marin maudit qu’elle aimera sans limites. Alors que ses suivantes filent la laine, la jeune femme se destine déjà au Hollandais qui lui est apparu en rêve : leur rencontre se déroule sans entraves : le Hollandais et Senta se reconnaissent dès le premier regard.
Acte III. Erik, chasseur épris de Senta depuis longtemps lui fait sa cour ; la jeune femme le rejette sans violence mais avec suffisamment de douceur pour que le Hollandais se méprenne sur ses intentions réelles : amer et pensant qu’il a été trahi, le Hollandais remonte sur son bateau et séloigne des côtes. De dépît, Senta se jette dans les flots. Au loin, au dessus de la mer, les deux paraissent unis dans la mort.

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