STREAMING opéra, critique. R. STRAUSS : Capriccio, Dresde. Nylund, Thielemann, le 23 mai 2021

Capriccio-camilla-nylund-critique-opera-thilemann-dreden-critique-opera-classiquenewsOpéra, critique. R. STRAUSS : Capriccio, Dresde. Nylund, Thielemann, le 23 mai 2021. Production ambitieuse qui met en scène l’époque contemporaine et celle baroque des protagonistes : les deux artistes créateurs, le poète et le compositeur, Olivier et Flamand, en dialogue et conversation avec leur mécène, la comtesse Madeleine. Strauss exploite toutes les ressources de l’opéra pour aborder le thème récurrent (dans toute l’histoire du genre), de la primauté entre paroles et musique. Qui doit conduire l’autre ? Qui prévaut ? le sous titre pourtant donne un indice : « Prima la musica e poi le parole » / D’abord la musique puis les paroles ; le compositeur entendait donc défendre sa vocation, son art (comme Rameau, la musique d’abord !). Sur le prétexte d’une joute entre les deux créateurs, la Comtesse propose que chacun traite le sonnet (« Kein andres »… d’après Ronsard, noyau de toute la partition) ; elle entend départager ce qui ne peut l’être, car à l’opéra, le texte est aussi essentiel que la musique, contredisant la hiérarchie pourtant défendue par le fondateur du genre, Monteverdi qui a conçu des dramma in musica, c’est à dire des textes mis en musique. La musique doit-elle être servante du verbe ? Toute la question est là.
L’ultime scène (à 2h04), superbement introduite par le chant du cor, profond, grave et noble, comme un crépuscule qui s’accomplit, pose la forme adulée par Strauss : une conversation en musique, comédie qui porte le texte qu’articule la divine musique. Ainsi dans ce final éblouissant et mordoré, la Comtesse ne sait que préférer : la puissance du verbe, l’incantation de la magie musicale ? La question reste ouverte en fin d’action.
Si la directon de Thielemann, dirigeant un orchestre viscéralement straussien,- comme c’est le cas de Munich, reste lisse parfois liquoreuse sans réellement exprimer le trouble ni l’ambivalence d’une musique qui parle et suggère, la mise en scène est en revanche plus claire et efficace, entre réalisme et poésie, exploitant les accents purement comiques de cette réflexion musicale sur la musique et le théâtre (divertissement dansé et duo de chanteurs italiens, puis intermèdes des serviteurs, dans l’esprit des pièces de Molière, sources essentielles chez Strauss, depuis sa collaboration avec le poète librettiste Hofmannsthal). Dans le rôle central de la comtesse, Camilla Nylund affirme une belle sincérité expressive, un timbre étincelant, rayonnant, souple qui se montre digne de ses augustes consoeurs qui l’ont précédée dans un rôle féminin parmi les plus subtils et attachants du répertoire (Schwarzkopf, Fleming…). Convaincant. Dresde, filmé en avril 2021.

VOIR et REVOIR

VOIR Capriccio de Richard Strauss sur le site de l’Opéra de Dresde, ici :
https://www.semperoper.de/streaming/capriccio.html

Sur le site ARTEconcert, en replay jusqu’au 17 juillet 2021
https://www.arte.tv/fr/videos/103827-000-A/capriccio-de-richard-strauss/

STREAMING opĂ©ra : nouveau CAPRICCIO depuis l’OpĂ©ra de Dresde

csm_Capriccio_khp_370_6eb7fec7fbSTREAMING opéra. DRESDE, 21 mai 2021. R. STRAUSS : Capriccio. Sous la direction de Christian Thielemann, l’Opéra de Dresde diffuse en streaming, le dernier opéra de Richard Strauss, subtile réflexion sur la forme lyrique, entre texte et musique, composé et créé pendant la guerre. L’opéra de Saxe, familier des œuvres straussiennes, présente ainsi sa 4è production de l’ouvrage, depuis sa création à Dresde en 1944 (pendant la 2è guerre mondiale), suivie de deux productions en 1964 puis 1993. Ce nouveau Capriccio marque aussi la seconde collaboration du maestro Christian Thielemann avec la Staatskapelle Dresden.
La mise en scène de Jens-Daniel Herzog permet 3 niveaux d’action simultanées, claire et riche exposition du dernier Strauss, qui à travers les échanges des protagonistes, débat de la primauté entre poésie et musique, soit l’éternelle question du texte et de la musique, équation jamais réellement résolue depuis la création du genre lyrique au début du XVIIè. A Dresde, Herzog a précédemment mis en scène Die Meistersinger von Nürnberg / Les Maîtres chanteurs de Wagner.

Bonus : le dramaturge Johann Casimir Eule, rejoint par les solistes Christa Mayer (mezzo) et Georg Zeppenfeld (basse) discute autour du thème de la signification des mots croisée au chant de la musique dans le théâtre lyrique.

Richard Strauss : Capriccio
Conversation en musique en 1 acte
Mise en scène : Jens-Daniel Herzog
Nouvelle production de l’Opéra de Dresde

Streaming opéra, 22 mai 2021, 15h
En replay gratuit jusqu’au 14 juillet 2021.
VOIR Cappriccio depuis l’Opéra de DRESDE sur semperoper.de

https://www.semperoper.de/streaming/capriccio.html

Avec Camilla Nylund, Christa Mayer, Tuuli Takala, Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Daniel Behle, Nikolay Borchev, Beomjin Kim, Christoph Pohl and Georg Zeppenfeld as well as the gentlemen of the State Opera Chorus
Accompanied by the Staatskapelle Dresden under the baton of Christian Thielemann

VOIR ici la conception et la préparation du décor de Capriccio (par Mathis Neidhardt), plasticien)
https://www.semperoper.de/streaming/capriccio.html

LOHENGRIN 2016 : Anna Netrebko chante ELSA

wagner lohengrin dresde dvd deutsche grammophon anna netrebko piotr beczala par classiquenewsarte_logo_2013ARTE, lun 9 mars 2020, 5h. LOHENGRIN. Anna Netrebko chante Elsa, aux côtés de Piotr Beczala en Lohengrin, tendre, ardent, d’un format wagnérien plutôt convaincant.  A Dresde en 2016 sous la direction tendue, carrée de Thielemann, le timbre charnel de Netrebko réussit sa prise de rôle d’Elsa. Quand ANNA NETREBKO chante Elsa dans Lohengrin de Wagner, c’est toute la planète opéra qui retient son souffle, curieuse de suivre les prises de rôles de la chanteuse. Après ses Verdi qu’on a déclarés dangereux, et qui furent enivrants (Leonora du Trouvère puis Lady Macbeth, de Salzbourg au Metropolitan de New York), la voici en mai 2016 (juste avant son disque PUCCINI où elle osera incarner Liù et surtout Turandot… (cd Vérisme, CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2016) là encore enivrante), à Dresde sous la baguette de Christian Thielemann dans Elsa…
Pour l’anniversaire de Wagner, ce 22 mai, l’Opéra de Dresde, d’ordinaire si Straussien, retransmet ce Lohengrin sur la place de l’Opéra, en grands écrans; Les 2 prises de rôles méritaient bien ce focus médiatique et populaire : Lohengrin et Elsa, soit Piotr Beczala et Anna Netrebko, prêts à relever les défis de leurs personnages respectifs. Précisément, que donnent deux Verdiens avérés chez le jeune et romantique Wagner inspiré par la légende Arthurienne et Parsifalienne ?
D’emblée voilà une Elsa moins mièvre qu’à l’ordinaire, trouvant la juste balance entre passivité romantique et autodétermination digne quoique blessée. En robe blanche, – celle d’une princesse accusée et martyr, Anna Netrebko forge un personnage crédible et indiscutablement profond. Ce qui prime et saisit chez la soprano austrorusse qui multiplie depuis 3 saisons les prises de rôles plutôt surprenantes, c’est l’incandescente sincérité de son chant, porté par un timbre sensuel et tendre, aux aigus charnels et ronds, toujours aussi percutants et irrésistibles. Ce, malgré une ligne parfois en déséquilibre, une intonation pas toujours égale, et un souffle incertain… autant de limites qui avaient atténué ses Quatre derniers lieder de Strauss sous la direction de Barenboim. Mais l’allemand de son Wagner a progressé. Conférant au personnage d’Elsa, une intériorité poétique plus évidente. D’autant que la soprano ne manque pas d’intensité et d’ardeur radicale (comme une Mirella Freni), son angélisme pouvant rugir aussi… aussi fort et intensément que la manipulatrice qui finalement la soumet peu à peu, Ortrud (Evelyn Herlitzius).
Piotr Beczala a le timbre ardent lui aussi et tendre de l’élu descendu sur terre, mais la voix peine à couvrir les ensembles et le style se durcit, avec aigus claironnants pas réellement nuancés, en particulier dans son grand air de révélation : cf le récit du Graal / In fernem Land, dans lequel le fils de Parsifal dévoile son identité quasi divine et prétendument salvatrice…).

Lohengrin : Piotr Beczala
Elsa von Brabant : Anna Netrebko
Heinrich der Vogler : Georg Zeppenfeld
Friedrich von Telramund: Tomasz Konieczny
Ortrud : Evelyn Herlitzius
Chœurs de l’Opéra d’Etat de Saxe
Staatskapelle de Dresde
Direction musicale : Christian Thielemann
Mise en scène : Christine Mielitz
Dresde, Semperoper, enregistré en mai 2016

arte_logo_2013ARTE, lun 9 mars 2020, 5h. LOHENGRIN. Anna Netrebko chante Elsa… Quand ANNA NETREBKO chante Elsa dans Lohengrin de Wagner, c’est toute la planète opĂ©ra qui retient son souffle, curieuse de suivre les prises de rĂ´les de la chanteuse. Après ses Verdi qu’on a dĂ©clarĂ©s dangereux, et qui furent enivrants, voici sa première hĂ©roĂŻne wagnĂ©rienne Elsa, dans la droite ligne de sa lecture si contestĂ©e aussi des Quatre derniers lieder de Strauss / Vier Lietzte Lieder, sous la direction de Daniel Barenboim (1 cd DG – 2015)...

LIRE aussi notre critique du dvd WAGNER : LOHENGRIN (Netrebko, Beczala, Thielemann, Dresde 2016, 2 dvd Deutsche Grammophon).
https://www.classiquenews.com/dvd-compte-rendu-critique-wagner-lohengrin-netrebko-beczala-thielemann-dresde-2016-2-dvd-deutsche-grammophon/

Rachmaninov : Symphonie n°2

Rachmaninov, jeune génie lyrique !ARTE, dim 10 fév 2019. RACHMANINOV : Symphonie n°2 (à 18h30, Maestro). En mi mineur opus 21, la 2è Symphonie de Rachmaninov est le retour du compositeur à l’écriture, après son échec traumatisant dû aux critiques émises à la création de sa première symphonie. Créée à Saint-Pétersbourg en mars 1897, la Première Symphonie mal dirigée par Glazounov (qu’on a dit fortement alcoolisé) suscite les vives reproches de César Cui : il n’en fallait pas davantage pour marquer le jeune Rachmaninov (24 ans) à qui tout semblait sourire… A Dresde, le jeune musicien, pourtant encouragé par Tchaikovski et qui a à son effectif plusieurs compositions plus que convaincantes (dont l’opéra Aleko, 1893) reprend goût à la création : en découlent après Aleko deux autres ouvrages fantastiques et saisissants (Le Chevalier ladre, 1906 ; Francesca da Rimini, 1904) et aussi cette nouvelle symphonie, emblème d’un équilibre enfin recouvré. En Saxe, Rachmaninov retrouve l’envie d’écrire et d’affirmer son tempérament puissant et original. Il est donc naturel que l’Orchestre de la Staatskapelle de Dresde (dont le directeur musical actuel est Chritian Thielemann) s’intéresse à cette œuvre liée à son histoire. Le chef invité Antonio Pappano dirige les musiciens dans ce concert enregistré en 2018.
RACHMANINOV-operas-elako-le-chevalier-ladre-classiquenews-dvd-rachmaninov-troika-rachmaninov-at-the-piano-1900s-1378460638-article-0Créée en 1908 à Saint-Pétersbourg, la Symphonie n°2 est le produit d’une période féconde qui réalise aussi le poème orchestral l’île des morts et l’éblousisant Concert pour piano n°3. La n°2 est portée par un nouveau souffle, une richesse d’orchestration souvent irrésistible et une architecture qui est la plus ambitieuse des 3 symphonies finalement composées. Rachmaninov assimile et Tchaikovski (dans les couleurs), et Sibelius dans l’exigence d’une construction et d’une certaine efficacité qui inféode le développement formel.
Quatre mouvements : Largo, Allegro moderato / Allegro molto / Adagio (synthèse portée par la beauté de sa cantilène, l’épisode concilie une grande richesse polyphonique et le principe cyclique qui reprend le thème principal du premier mouvement) / Allegro vivace

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

 

 

 

arte_logo_2013ARTE, “Maestro” – dim 10 fĂ©v 2019 Ă  18h30, RACHMANINOV : Symphonie n°2. Dresden Staatskapelle / Staatskapelle de Dresde. Antonio Pappano, direction – film 2018, durĂ©e : 43 mn.

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

 

 

 

LIRE notre dossier spécial les opéras de Rachmaninov
http://www.classiquenews.com/les-operas-de-rachmaninov-alenko-le-chevalier-ladre-dossier-special/

LIRE d’autres articles dédiés à Rachmaninov sur classiquenews
http://www.classiquenews.com/tag/rachmaninov/

 

 

 

 

 

 

STAATSKAPELLE DE DRESDE : Symphonie n°2 de Rachmaninov

Rachmaninov, jeune génie lyrique !ARTE, dim 10 fév 2019. RACHMANINOV : Symphonie n°2 (à 18h30, Maestro) En mi mineur opus 21, la 2è Symphonie de Rachmaninov est le retour du compositeur à l’écriture, après son échec traumatisant dû aux critiques émises à la création de sa première symphonie. Créée à Saint-Pétersbourg en mars 1897, la Première Symphonie mal dirigée par Glazounov (qu’on a dit fortement alcoolisé) suscite les vives reproches de César Cui : il n’en fallait pas davantage pour marquer le jeune Rachmaninov (24 ans) à qui tout semblait sourire… A Dresde, le jeune musicien, pourtant encouragé par Tchaikovski et qui a à son effectif plusieurs compositions plus que convaincantes (dont l’opéra Aleko, 1893) reprend goût à la création : en découlent après Aleko deux autres ouvrages fantastiques et saisissants (Le Chevalier ladre, 1906 ; Francesca da Rimini, 1904) et aussi cette nouvelle symphonie, emblème d’un équilibre enfin recouvré. En Saxe, Rachmaninov retrouve l’envie d’écrire et d’affirmer son tempérament puissant et original. Il est donc naturel que l’Orchestre de la Staatskapelle de Dresde (dont le directeur musical actuel est Chritian Thielemann) s’intéresse à cette œuvre liée à son histoire. Le chef invité Antonio Pappano dirige les musiciens dans ce concert enregistré en 2018.
RACHMANINOV-operas-elako-le-chevalier-ladre-classiquenews-dvd-rachmaninov-troika-rachmaninov-at-the-piano-1900s-1378460638-article-0Créée en 1908 à Saint-Pétersbourg, la Symphonie n°2 est le produit d’une période féconde qui réalise aussi le poème orchestral l’île des morts et l’éblousisant Concert pour piano n°3. La n°2 est portée par un nouveau souffle, une richesse d’orchestration souvent irrésistible et une architecture qui est la plus ambitieuse des 3 symphonies finalement composées. Rachmaninov assimile et Tchaikovski (dans les couleurs), et Sibelius dans l’exigence d’une construction et d’une certaine efficacité qui inféode le développement formel.
Quatre mouvements : Largo, Allegro moderato / Allegro molto / Adagio (synthèse portée par la beauté de sa cantilène, l’épisode concilie une grande richesse polyphonique et le principe cyclique qui reprend le thème principal du premier mouvement) / Allegro vivace

________________________________________________________________________________________________

arte_logo_2013ARTE, “Maestro” – dim 10 fĂ©v 2019 Ă  18h30, RACHMANINOV : Symphonie n°2. Dresden Staatskapelle / Staatskapelle de Dresde. Antonio Pappano, direction – film 2018, durĂ©e : 43 mn.

________________________________________________________________________________________________

LIRE notre dossier spécial les opéras de Rachmaninov
http://www.classiquenews.com/les-operas-de-rachmaninov-alenko-le-chevalier-ladre-dossier-special/

LIRE d’autres articles dédiés à Rachmaninov sur classiquenews
http://www.classiquenews.com/tag/rachmaninov/

Bayreuth 2015. Le Vaisseau FantĂ´me

RADIO. logo_france_musique_DETOURE Musique. Dimanche 16 aoĂ»t 2015, 19h. Wagner : Le Vaisseau FantĂ´me. Festival de Bayreuth. Axel Kober, direction. Avec Samuel Young, le hollandais; Ricard Merbeth, Senta. Benjamin Bruns, Daland. Tomislav Muzek, Erik. Choeur et orchestre du Festival de Bayreuth. Etrangement, alors que l’Ă©vĂ©nement lyrique Ă  Bayreuth en juillet 2015 Ă©tait la nouvelle production de Tristan und Isolde, (version Katarina Wagner, l’arrière petite fille du compositeur et ici mĂŞme metteure en scène et codirectrice), France Musique prĂ©fère diffuser la reprise du Vaisseau FantĂ´me…

CrĂ©Ă© Ă  Dresde le 2 janvier 1843 (dans le sillon victorieux tracĂ© par l’Ă©clatant Rienzi, crĂ©Ă© dans le mĂŞme lieu Hofoper, en octobre 1842), Le Vaisseau FantĂ´me (Der Fliegende Holländer) marque la rupture de Wagner avec le grand opĂ©ra romantique traditionnel : avant la tempĂŞte qui ouvre la Walkyrie, ou l’ocĂ©an originel qui enfle les flots naissant du monde Ă  son berceau dans l’Or du Rhin, voici le dĂ©luge primordial, celui des torrents d’eau se dĂ©versant sur le frĂŞle navire emportant le Hollandais maudit en quĂŞte de l’amour pur d’une femme qui pourra le sauver.
L’ardeur du jeune Wagner est intact malgrĂ© ses dĂ©boires Ă  Paris oĂą il dut vendre Ă  l’OpĂ©ra son propre livret pour qu’un obscur Dietsch le mette en musique (!) avec le naufrage que l’on sait. Les français manquaient une occasion unique de soutenir un gĂ©nie Ă  son aurore… Comme ce fut le cas de Mozart au XVIIIè, dont les 3 sĂ©jours Ă  Paris furent des Ă©checs retentissants et plusieurs occasions manquĂ©e lĂ  aussi. Effrayante absence de discernement artistique.
Wagner en DVD ...Pour l’heure Ă  Dresde qui cĂ©lèbre enfin son gĂ©nie, Wagner Ă©merveille et impressionne l’auditoire grâce Ă  sujet fantastique et romantique. Comme souvent, le compositeur Ă©crit Ă  rebours de l’intrigue, commençant par la ballade de Senta, le choeur des matelots norvĂ©giens, le chant des fileuses puis concluant avec… l’ouverture. Une idĂ©e rĂ©trospective oĂą ce prologue orchestral semble rĂ©capituler plutĂ´t qu’annoncer le drame qui se joue. Le voyageur errant sur les flots, le maudit magnifique paraĂ®t tel un spectre effrayant, un non homme qui doit cependant susciter l’amour de Senta s’il veut ĂŞtre sauvĂ©. Le thème est Ă©minemment wagnĂ©rien : le salut de l’homme rĂ©alisĂ© par l’amour d’une femme, ainsi en sera-t-il de Cosima pour Richard dans la vraie vie. Ici emportĂ© par la fureur d’aimer, par la volontĂ© d’ĂŞtre sauvĂ©, Wagner tisse un nouvel orchestre moteur qui rĂ©alise l’unitĂ© de toute les scènes dĂ©sormais enchaĂ®nĂ©es les unes aux autres sans discontinuitĂ©, tel le futur drame sans fin, cyclique qui a lieu dans Parsifal et dans les quatre JournĂ©es du Ring. La justesse des mĂ©lodies, l’expression directe de la houle dĂ©ferlante lui auraient Ă©tĂ© inspirĂ©es par sa traversĂ©es sur la navire la ThĂ©tys, Ă  destination de l’Angleterre, Ă  l’Ă©tĂ© 1839, alors que quittant Riga, le compositeur poursuivi par ses crĂ©anciers, souhaitait rejoindre Paris. Pris dans une tempĂŞte, le navire dut se rĂ©fugier en Norvège… un Ă©pisode de la vie de Wagner dont tĂ©moigne le rĂ©alisme saisissant de son Vaisseau FantĂ´me.

Synopsis

Acte I. Dans une crique norvĂ©gienne au XVIIIè, le navigateur marchand Daland ne peut Ă©viter de croiser la course d’un marin mystĂ©rieux le Hollandais, âme maudite qui lui demande de rencontrer sa fille, Senta car seul l’amour d’une jeune fille aimante pourra le dĂ©livrer de la malĂ©diction qui le poursuit.
Acte II. C’est l’acte de Senta qui rĂŞve de rencontrer ce marin maudit qu’elle aimera sans limites. Alors que ses suivantes filent la laine, la jeune femme se destine dĂ©jĂ  au Hollandais qui lui est apparu en rĂŞve : leur rencontre se dĂ©roule sans entraves : le Hollandais et Senta se reconnaissent dès le premier regard.
Acte III. Erik, chasseur Ă©pris de Senta depuis longtemps lui fait sa cour ; la jeune femme le rejette sans violence mais avec suffisamment de douceur pour que le Hollandais se mĂ©prenne sur ses intentions rĂ©elles : amer et pensant qu’il a Ă©tĂ© trahi, le Hollandais remonte sur son bateau et sĂ©loigne des cĂ´tes. De dĂ©pĂ®t, Senta se jette dans les flots. Au loin, au dessus de la mer, les deux paraissent unis dans la mort.

CD. Symphonies de Brahms par Christian Thielemann (Staatskapelle de Dresde, 2 cd Deutsche Grammophon)

brahms thieleman deutsche grammophon 3 cd 1 dvd Pollini, Lisa Batiashvili christian Thielemann Conertos Symphonies Ouverture tragique deutsche grammophon cdCD. Brahms : Symphonies n°1-4.  Staatskapelle de Dresde. Christian Thielemann, direction (3 cd Deutsche Grammophon). Avouons notre pleine satisfaction globale pour cette lecture saisie sur le vif des Symphonies de Brahms par Christian Thieleman : parfois pesante, la direction du chef gagne de beaucoup au contact des excellents instrumentistes de la Staatskapelle de Dresde : affĂ»tĂ©s, nerveux, prĂ©cis allĂ©geant la texture, favorisant la transparence et la clartĂ© du propos grâce Ă  leur expĂ©rience entre autres lyrique… De toute Ă©vidence, voici une lecture dramatiquement vive qui s’avère dans certaines sĂ©quences et mouvements, passionnante. La surprise est de taille et notre enthousiasme inattendu…  La Première Symphonie fait valoir les formidables qualitĂ©s de l’orchestre de la Staatskapelle de Dresde dont Thielemann nommĂ© directeur musical depuis 2012 propose un cycle Brahms d’une profondeur indiscutable : en tĂ©moigne le travail sur la transparence articulĂ©e de la texture surtout après un premier mouvement d’une irrĂ©pressible aspiration, un deuxième mouvement littĂ©ralement Ă  tomber par une expressivitĂ© sensible oĂą le chef sait allĂ©ger la pâte instrumentale,  trouve des respirations mozartiennes s’appuyant surtout sur le dialogue clarifiĂ© des cordes (d’une fluiditĂ© toute schumanienne) et des bois Ă©tincelants de tendresse maĂ®trisĂ©e: sont Ă©cartĂ©es les brumes et les langueurs maudites ; ainsi quand surgit le clair rayon solaire du violon solo dans la sĂ©quence finale du mouvement sostenuto,  repris et soutenu en Ă©cho par le cor lointain,  toute idĂ©e de rĂ©signation et de blessure s’est miraculeusement effacĂ©e.  Dissipation totale des tensions : le fait mĂ©rite d’ĂŞtre saluĂ© tant le Brahms de Thielemann s’impose ici par son fini et son Ă©quilibre souverain. Magistrale comprĂ©hension de la partition.

Superbe Brahms de Thielemann

CLIC_macaron_2014MĂŞme profondeur et suprĂŞme Ă©lĂ©gance du geste dans le Quatrième mouvement. Le drame s’y accomplit avec un sens souverain de l’action orchestrale, Ă  chaque Ă©pisode si justement contrastĂ©. On y relève les mĂŞmes qualitĂ©s que prĂ©cĂ©demment : noblesse wagnĂ©rienne des cuivres,  calibrage millimĂ©trĂ© des bois et cordes d’une fluiditĂ© ocĂ©ane… la rĂ©fĂ©rence Ă  la 9ème de Beethoven s’y glisse allusivement rĂ©alisant cet Ă©lan fraternel d’un humanisme Ă©chevelĂ©, tournĂ© irrĂ©versiblement vers le soleil, et la pleine conscience d’une dĂ©termination coĂ»te que coĂ»te, assenĂ©e, triomphante. Tout au long des plus de 18mn de dĂ©veloppement, la direction se distingue par une caractĂ©risation Ă©loquente de chaque section,  dosant très efficacement la participation de chaque pupitre … si l’on peut parfois regretter le choix de tempo lents au risque de diluer la tension et l’allant global,  reconnaissons le relief et le sens intensĂ©ment dramatique de la direction : cette Symphonie n°1 est une rĂ©ussite totale.

Brahms johannes-brahms-1327943834-view-0Que suscite la Symphonie n°2 ? … un mĂŞme bonheur. L’aurore du dĂ©but est magnifiquement brossĂ© avec cette fluiditĂ© solaire et bienheureuse, qui regarde aussi du cĂ´tĂ© de la Pastorale beethovĂ©nienne, en sa coupe franche et puissamment structurĂ©e, Thielemann manie la direction avec une Ă©loquence souveraine. Ici superbement contenu dans la cadre formel instituĂ© dès le dĂ©part, tensions et forces en prĂ©sences sont finement canalisĂ©es : dans le chant des violoncelles, puis dans l’écho des cors lointains. Le dĂ©veloppement suit son cours prĂ©cisĂ©ment balisĂ© pendant plus de 20 mn, le chef ne poussant pas ses effectifs au delĂ  d’un hĂ©donisme heureux d’une rondeur pacifiĂ©e, essentiellement sereine.  Le tendre et si sensible Adagio non troppo marque la mĂŞme rĂ©serve dans le geste très adouci : qui explore en filigrane les replis d’une intimitĂ© qui demeure toujours Ă  distance comme inaccessible. Le chant des cordes et des violoncelles y trouve un Ă©largissement allusif superlatif, idĂ©alement caressant et nostalgique. PlĂ©nitude, et aussi articulation, le geste de Thielemann et ses musiciens dresdois font mouche dans l’un des adagios les plus aboutis de Brahms.

Une mĂŞme douceur apaisĂ©e et rayonnante qui passe par le chant solaire du hautbois traverse tout l’allègre allegretto grazioso, dont l’Ă©nergie signifie aussi en plus d’un Ă©noncĂ© simple d’un landler, la transe amorcĂ© d’une danse collective … aux champs. Le pastoralisme y est exprimĂ© avec une finesse de ton elle aussi passionnante. Enfin la vitalitĂ© nerveuse mozartienne (c’est Ă  dire JupitĂ©rienne) de la conclusion Allegro con spirito s’affirme avec une souplesse caressante et ondulante. La cohĂ©rence de la lecture emporte l’enthousiasme.  Au delĂ  de la structure, de sa puissante assise – contrepoint rigoureux d’une mesure beethovĂ©nienne, Thielemann fait couler un sang palpitant, fluide et dansant, « mozartien » et schumanien.

PlĂ»tot que de relever les qualitĂ©s et les limites de chacune des symphonies qui suivent, – en particulier la 3ème, soulignons ce qui fait sens dans l’ultime : la 4 ème Symphonie. LĂ  aussi, après des mouvements prĂ©cĂ©dents en demi teinte, le dernier mouvement, surtout dans sa rĂ©solution finale, s’impose par le tempĂ©rament articulĂ© du chef, superbe et sincère brahmsien.

Christian Thielemann chefD’emblĂ©e, la très belle cohĂ©sion organique de la direction s’impose. Le copieux premier mouvement allegro non troppo est surtout lissĂ© dans le sens d’une exposition Ă©motionnelle et intĂ©rieure dont Thielemann expose les directions diverses sans prendre partie.  Ce geste de suprĂŞme sĂ©rĂ©nitĂ© qui manque certainement de caractĂ©risation plus fouillĂ©e dans les contrastes se ressent davantage encore dans le second mouvement très (trop) moderato : c’est d’un fini suprĂŞme Ă  mettre au crĂ©dit de l’orchestre en bien des points superlatif : rondeur allusive des cordes,  harmonie idĂ©alement articulĂ©e, cors lointains scintillants et cuivrĂ©s comme rarement.  Mais comme charmĂ© par un sortilège qui vaut sĂ©datif,  le chef semble bien peu saisi par la force et la violence du volcan Brahms.  Sa vision est compacte et Ă©paisse voire sèche dans la rĂ©solution de ce second mouvement. Le 3 ème mouvement vaut par son temps vif lĂ©ger : un vrai dĂ©fi pour le maestro qui peine dans le nerveux tant il garde une baguette … lourde. Mais rĂ©capitulation et synthèse du pathos et de la subtilitĂ© tragique de Johannes,  le dernier mouvement montre les mĂŞmes limites de la vision : prenante certes mais Ă©paisse et lourde. Pourtant un vrai sentiment d’angoisse tragique enfle et se dĂ©ploie tout au long des presque 10 mn : Thielemann progresse ici par une dĂ©termination qui passe dans la tenue tendue permanente des cordes idĂ©alement furieuses ; et aussi une très belle couleur d’extĂ©nuation des bois qui en offrent une rĂ©ponse Ă  la fois apaisĂ©e et rĂ©signĂ©e (solo de flute Ă  3mn). Le pessimisme de Brahms revient cependant en force dans la rĂ©solution de ce mouvement final qui s’impose par sa noblesse noire et sombre. Reconnaissons Ă  Thielemann de l’avoir rĂ©ussi au delĂ  de nos attentes Ă  partir de 5mn35 quand explose le ressac orchestral,  expression de la violence tragique qui impose sa loi dĂ©sormais jusqu’à la fin de cet Ă©pisode sans issue.  La lecture de ce dernier mouvement, dans sa section dernière, est de loin la mieux aboutie,  nerveuse,  âpre,  engagĂ©e,  expressive et comme brĂ»lĂ©e. Sans espoir. C’est sans demi mesure et finement Ă©noncĂ© : donc irrĂ©sistible.

Le coffret ajoute en bonus visuel un dvd comprenant d’autres oeuvres de Brahms, les Concerto pour piano par Pollini et le Concerto pour violon par Batiashvili : avouons notre nette préférence pour le violon de Batiashvili : la géorgienne qui vient de publier un disque Bach avec son compagnon le oboïste François Leleux, irradie par un jeu puissant et raffiné qui laisse entrevoir des failles sensibles d’une profondeur là aussi très convaincante. 

Brahms : Symphonies N°1-4.  Staatskapelle de Dresde. Christian Thielemann, direction. 3 cd  + 1 dvd. enregistrement live SemperOper de Dresde, 2011-2012-2013 (Concertos pour piano : Maurizio Pollini, piano. Concerto pour violon : Batiashvili, violon) Deutsche Grammophon

CD. Le Brahms de Thielemann chez Deutsche Grammophon