STREAMING opéra, critique. R. STRAUSS : Capriccio, Dresde. Nylund, Thielemann, le 23 mai 2021

Capriccio-camilla-nylund-critique-opera-thilemann-dreden-critique-opera-classiquenewsOpĂ©ra, critique. R. STRAUSS : Capriccio, Dresde. Nylund, Thielemann, le 23 mai 2021. Production ambitieuse qui met en scĂšne l’époque contemporaine et celle baroque des protagonistes : les deux artistes crĂ©ateurs, le poĂšte et le compositeur, Olivier et Flamand, en dialogue et conversation avec leur mĂ©cĂšne, la comtesse Madeleine. Strauss exploite toutes les ressources de l’opĂ©ra pour aborder le thĂšme rĂ©current (dans toute l’histoire du genre), de la primautĂ© entre paroles et musique. Qui doit conduire l’autre ? Qui prĂ©vaut ? le sous titre pourtant donne un indice : « Prima la musica e poi le parole » / D’abord la musique puis les paroles ; le compositeur entendait donc dĂ©fendre sa vocation, son art (comme Rameau, la musique d’abord !). Sur le prĂ©texte d’une joute entre les deux crĂ©ateurs, la Comtesse propose que chacun traite le sonnet (« Kein andres »  d’aprĂšs Ronsard, noyau de toute la partition) ; elle entend dĂ©partager ce qui ne peut l’ĂȘtre, car Ă  l’opĂ©ra, le texte est aussi essentiel que la musique, contredisant la hiĂ©rarchie pourtant dĂ©fendue par le fondateur du genre, Monteverdi qui a conçu des dramma in musica, c’est Ă  dire des textes mis en musique. La musique doit-elle ĂȘtre servante du verbe ? Toute la question est lĂ .
L’ultime scĂšne (Ă  2h04), superbement introduite par le chant du cor, profond, grave et noble, comme un crĂ©puscule qui s’accomplit, pose la forme adulĂ©e par Strauss : une conversation en musique, comĂ©die qui porte le texte qu’articule la divine musique. Ainsi dans ce final Ă©blouissant et mordorĂ©, la Comtesse ne sait que prĂ©fĂ©rer : la puissance du verbe, l’incantation de la magie musicale ? La question reste ouverte en fin d’action.
Si la directon de Thielemann, dirigeant un orchestre viscĂ©ralement straussien,- comme c’est le cas de Munich, reste lisse parfois liquoreuse sans rĂ©ellement exprimer le trouble ni l’ambivalence d’une musique qui parle et suggĂšre, la mise en scĂšne est en revanche plus claire et efficace, entre rĂ©alisme et poĂ©sie, exploitant les accents purement comiques de cette rĂ©flexion musicale sur la musique et le thĂ©Ăątre (divertissement dansĂ© et duo de chanteurs italiens, puis intermĂšdes des serviteurs, dans l’esprit des piĂšces de MoliĂšre, sources essentielles chez Strauss, depuis sa collaboration avec le poĂšte librettiste Hofmannsthal). Dans le rĂŽle central de la comtesse, Camilla Nylund affirme une belle sincĂ©ritĂ© expressive, un timbre Ă©tincelant, rayonnant, souple qui se montre digne de ses augustes consoeurs qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©e dans un rĂŽle fĂ©minin parmi les plus subtils et attachants du rĂ©pertoire (Schwarzkopf, Fleming
). Convaincant. Dresde, filmĂ© en avril 2021.

VOIR et REVOIR

VOIR Capriccio de Richard Strauss sur le site de l’OpĂ©ra de Dresde, ici :
https://www.semperoper.de/streaming/capriccio.html

Sur le site ARTEconcert, en replay jusqu’au 17 juillet 2021
https://www.arte.tv/fr/videos/103827-000-A/capriccio-de-richard-strauss/

STREAMING opĂ©ra : nouveau CAPRICCIO depuis l’OpĂ©ra de Dresde

csm_Capriccio_khp_370_6eb7fec7fbSTREAMING opĂ©ra. DRESDE, 21 mai 2021. R. STRAUSS : Capriccio. Sous la direction de Christian Thielemann, l’OpĂ©ra de Dresde diffuse en streaming, le dernier opĂ©ra de Richard Strauss, subtile rĂ©flexion sur la forme lyrique, entre texte et musique, composĂ© et crĂ©Ă© pendant la guerre. L’opĂ©ra de Saxe, familier des Ɠuvres straussiennes, prĂ©sente ainsi sa 4Ăš production de l’ouvrage, depuis sa crĂ©ation Ă  Dresde en 1944 (pendant la 2Ăš guerre mondiale), suivie de deux productions en 1964 puis 1993. Ce nouveau Capriccio marque aussi la seconde collaboration du maestro Christian Thielemann avec la Staatskapelle Dresden.
La mise en scĂšne de Jens-Daniel Herzog permet 3 niveaux d’action simultanĂ©es, claire et riche exposition du dernier Strauss, qui Ă  travers les Ă©changes des protagonistes, dĂ©bat de la primautĂ© entre poĂ©sie et musique, soit l’éternelle question du texte et de la musique, Ă©quation jamais rĂ©ellement rĂ©solue depuis la crĂ©ation du genre lyrique au dĂ©but du XVIIĂš. A Dresde, Herzog a prĂ©cĂ©demment mis en scĂšne Die Meistersinger von NĂŒrnberg / Les MaĂźtres chanteurs de Wagner.

Bonus : le dramaturge Johann Casimir Eule, rejoint par les solistes Christa Mayer (mezzo) et Georg Zeppenfeld (basse) discute autour du thÚme de la signification des mots croisée au chant de la musique dans le théùtre lyrique.

Richard Strauss : Capriccio
Conversation en musique en 1 acte
Mise en scĂšne : Jens-Daniel Herzog
Nouvelle production de l’OpĂ©ra de Dresde

Streaming opéra, 22 mai 2021, 15h
En replay gratuit jusqu’au 14 juillet 2021.
VOIR Cappriccio depuis l’OpĂ©ra de DRESDE sur semperoper.de

https://www.semperoper.de/streaming/capriccio.html

Avec Camilla Nylund, Christa Mayer, Tuuli Takala, Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Daniel Behle, Nikolay Borchev, Beomjin Kim, Christoph Pohl and Georg Zeppenfeld as well as the gentlemen of the State Opera Chorus
Accompanied by the Staatskapelle Dresden under the baton of Christian Thielemann

VOIR ici la conception et la préparation du décor de Capriccio (par Mathis Neidhardt), plasticien)
https://www.semperoper.de/streaming/capriccio.html

LOHENGRIN 2016 : Anna Netrebko chante ELSA

wagner lohengrin dresde dvd deutsche grammophon anna netrebko piotr beczala par classiquenewsarte_logo_2013ARTE, lun 9 mars 2020, 5h. LOHENGRIN. Anna Netrebko chante Elsa, aux cĂŽtĂ©s de Piotr Beczala en Lohengrin, tendre, ardent, d’un format wagnĂ©rien plutĂŽt convaincant.  A Dresde en 2016 sous la direction tendue, carrĂ©e de Thielemann, le timbre charnel de Netrebko rĂ©ussit sa prise de rĂŽle d’Elsa. Quand ANNA NETREBKO chante Elsa dans Lohengrin de Wagner, c’est toute la planĂšte opĂ©ra qui retient son souffle, curieuse de suivre les prises de rĂŽles de la chanteuse. AprĂšs ses Verdi qu’on a dĂ©clarĂ©s dangereux, et qui furent enivrants (Leonora du TrouvĂšre puis Lady Macbeth, de Salzbourg au Metropolitan de New York), la voici en mai 2016 (juste avant son disque PUCCINI oĂč elle osera incarner LiĂč et surtout Turandot
 (cd VĂ©risme, CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2016) lĂ  encore enivrante), Ă  Dresde sous la baguette de Christian Thielemann dans Elsa

Pour l’anniversaire de Wagner, ce 22 mai, l’OpĂ©ra de Dresde, d’ordinaire si Straussien, retransmet ce Lohengrin sur la place de l’OpĂ©ra, en grands Ă©crans; Les 2 prises de rĂŽles mĂ©ritaient bien ce focus mĂ©diatique et populaire : Lohengrin et Elsa, soit Piotr Beczala et Anna Netrebko, prĂȘts Ă  relever les dĂ©fis de leurs personnages respectifs. PrĂ©cisĂ©ment, que donnent deux Verdiens avĂ©rĂ©s chez le jeune et romantique Wagner inspirĂ© par la lĂ©gende Arthurienne et Parsifalienne ?
D’emblĂ©e voilĂ  une Elsa moins miĂšvre qu’à l’ordinaire, trouvant la juste balance entre passivitĂ© romantique et autodĂ©termination digne quoique blessĂ©e. En robe blanche, – celle d’une princesse accusĂ©e et martyr, Anna Netrebko forge un personnage crĂ©dible et indiscutablement profond. Ce qui prime et saisit chez la soprano austrorusse qui multiplie depuis 3 saisons les prises de rĂŽles plutĂŽt surprenantes, c’est l’incandescente sincĂ©ritĂ© de son chant, portĂ© par un timbre sensuel et tendre, aux aigus charnels et ronds, toujours aussi percutants et irrĂ©sistibles. Ce, malgrĂ© une ligne parfois en dĂ©sĂ©quilibre, une intonation pas toujours Ă©gale, et un souffle incertain
 autant de limites qui avaient attĂ©nuĂ© ses Quatre derniers lieder de Strauss sous la direction de Barenboim. Mais l’allemand de son Wagner a progressĂ©. ConfĂ©rant au personnage d’Elsa, une intĂ©rioritĂ© poĂ©tique plus Ă©vidente. D’autant que la soprano ne manque pas d’intensitĂ© et d’ardeur radicale (comme une Mirella Freni), son angĂ©lisme pouvant rugir aussi
 aussi fort et intensĂ©ment que la manipulatrice qui finalement la soumet peu Ă  peu, Ortrud (Evelyn Herlitzius).
Piotr Beczala a le timbre ardent lui aussi et tendre de l’élu descendu sur terre, mais la voix peine Ă  couvrir les ensembles et le style se durcit, avec aigus claironnants pas rĂ©ellement nuancĂ©s, en particulier dans son grand air de rĂ©vĂ©lation : cf le rĂ©cit du Graal / In fernem Land, dans lequel le fils de Parsifal dĂ©voile son identitĂ© quasi divine et prĂ©tendument salvatrice
).

Lohengrin : Piotr Beczala
Elsa von Brabant : Anna Netrebko
Heinrich der Vogler : Georg Zeppenfeld
Friedrich von Telramund: Tomasz Konieczny
Ortrud : Evelyn Herlitzius
ChƓurs de l’OpĂ©ra d’Etat de Saxe
Staatskapelle de Dresde
Direction musicale : Christian Thielemann
Mise en scĂšne : Christine Mielitz
Dresde, Semperoper, enregistré en mai 2016

arte_logo_2013ARTE, lun 9 mars 2020, 5h. LOHENGRIN. Anna Netrebko chante Elsa… Quand ANNA NETREBKO chante Elsa dans Lohengrin de Wagner, c’est toute la planĂšte opĂ©ra qui retient son souffle, curieuse de suivre les prises de rĂŽles de la chanteuse. AprĂšs ses Verdi qu’on a dĂ©clarĂ©s dangereux, et qui furent enivrants, voici sa premiĂšre hĂ©roĂŻne wagnĂ©rienne Elsa, dans la droite ligne de sa lecture si contestĂ©e aussi des Quatre derniers lieder de Strauss / Vier Lietzte Lieder, sous la direction de Daniel Barenboim (1 cd DG – 2015)...

LIRE aussi notre critique du dvd WAGNER : LOHENGRIN (Netrebko, Beczala, Thielemann, Dresde 2016, 2 dvd Deutsche Grammophon).
https://www.classiquenews.com/dvd-compte-rendu-critique-wagner-lohengrin-netrebko-beczala-thielemann-dresde-2016-2-dvd-deutsche-grammophon/

Rachmaninov : Symphonie n°2

Rachmaninov, jeune gĂ©nie lyrique !ARTE, dim 10 fĂ©v 2019. RACHMANINOV : Symphonie n°2 (Ă  18h30, Maestro). En mi mineur opus 21, la 2Ăš Symphonie de Rachmaninov est le retour du compositeur Ă  l’écriture, aprĂšs son Ă©chec traumatisant dĂ» aux critiques Ă©mises Ă  la crĂ©ation de sa premiĂšre symphonie. CrĂ©Ă©e Ă  Saint-PĂ©tersbourg en mars 1897, la PremiĂšre Symphonie mal dirigĂ©e par Glazounov (qu’on a dit fortement alcoolisĂ©) suscite les vives reproches de CĂ©sar Cui : il n’en fallait pas davantage pour marquer le jeune Rachmaninov (24 ans) Ă  qui tout semblait sourire
 A Dresde, le jeune musicien, pourtant encouragĂ© par Tchaikovski et qui a Ă  son effectif plusieurs compositions plus que convaincantes (dont l’opĂ©ra Aleko, 1893) reprend goĂ»t Ă  la crĂ©ation : en dĂ©coulent aprĂšs Aleko deux autres ouvrages fantastiques et saisissants (Le Chevalier ladre, 1906 ; Francesca da Rimini, 1904) et aussi cette nouvelle symphonie, emblĂšme d’un Ă©quilibre enfin recouvrĂ©. En Saxe, Rachmaninov retrouve l’envie d’écrire et d’affirmer son tempĂ©rament puissant et original. Il est donc naturel que l’Orchestre de la Staatskapelle de Dresde (dont le directeur musical actuel est Chritian Thielemann) s’intĂ©resse Ă  cette Ɠuvre liĂ©e Ă  son histoire. Le chef invitĂ© Antonio Pappano dirige les musiciens dans ce concert enregistrĂ© en 2018.
RACHMANINOV-operas-elako-le-chevalier-ladre-classiquenews-dvd-rachmaninov-troika-rachmaninov-at-the-piano-1900s-1378460638-article-0CrĂ©Ă©e en 1908 Ă  Saint-PĂ©tersbourg, la Symphonie n°2 est le produit d’une pĂ©riode fĂ©conde qui rĂ©alise aussi le poĂšme orchestral l’üle des morts et l’éblousisant Concert pour piano n°3. La n°2 est portĂ©e par un nouveau souffle, une richesse d’orchestration souvent irrĂ©sistible et une architecture qui est la plus ambitieuse des 3 symphonies finalement composĂ©es. Rachmaninov assimile et Tchaikovski (dans les couleurs), et Sibelius dans l’exigence d’une construction et d’une certaine efficacitĂ© qui infĂ©ode le dĂ©veloppement formel.
Quatre mouvements : Largo, Allegro moderato / Allegro molto / Adagio (synthĂšse portĂ©e par la beautĂ© de sa cantilĂšne, l’épisode concilie une grande richesse polyphonique et le principe cyclique qui reprend le thĂšme principal du premier mouvement) / Allegro vivace

 

 

 

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arte_logo_2013ARTE, “Maestro” – dim 10 fĂ©v 2019 Ă  18h30, RACHMANINOV : Symphonie n°2. Dresden Staatskapelle / Staatskapelle de Dresde. Antonio Pappano, direction – film 2018, durĂ©e : 43 mn.

 

 

 

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LIRE notre dossier spécial les opéras de Rachmaninov
http://www.classiquenews.com/les-operas-de-rachmaninov-alenko-le-chevalier-ladre-dossier-special/

LIRE d’autres articles dĂ©diĂ©s Ă  Rachmaninov sur classiquenews
http://www.classiquenews.com/tag/rachmaninov/

 

 

 

 

 

 

STAATSKAPELLE DE DRESDE : Symphonie n°2 de Rachmaninov

Rachmaninov, jeune gĂ©nie lyrique !ARTE, dim 10 fĂ©v 2019. RACHMANINOV : Symphonie n°2 (Ă  18h30, Maestro) En mi mineur opus 21, la 2Ăš Symphonie de Rachmaninov est le retour du compositeur Ă  l’écriture, aprĂšs son Ă©chec traumatisant dĂ» aux critiques Ă©mises Ă  la crĂ©ation de sa premiĂšre symphonie. CrĂ©Ă©e Ă  Saint-PĂ©tersbourg en mars 1897, la PremiĂšre Symphonie mal dirigĂ©e par Glazounov (qu’on a dit fortement alcoolisĂ©) suscite les vives reproches de CĂ©sar Cui : il n’en fallait pas davantage pour marquer le jeune Rachmaninov (24 ans) Ă  qui tout semblait sourire
 A Dresde, le jeune musicien, pourtant encouragĂ© par Tchaikovski et qui a Ă  son effectif plusieurs compositions plus que convaincantes (dont l’opĂ©ra Aleko, 1893) reprend goĂ»t Ă  la crĂ©ation : en dĂ©coulent aprĂšs Aleko deux autres ouvrages fantastiques et saisissants (Le Chevalier ladre, 1906 ; Francesca da Rimini, 1904) et aussi cette nouvelle symphonie, emblĂšme d’un Ă©quilibre enfin recouvrĂ©. En Saxe, Rachmaninov retrouve l’envie d’écrire et d’affirmer son tempĂ©rament puissant et original. Il est donc naturel que l’Orchestre de la Staatskapelle de Dresde (dont le directeur musical actuel est Chritian Thielemann) s’intĂ©resse Ă  cette Ɠuvre liĂ©e Ă  son histoire. Le chef invitĂ© Antonio Pappano dirige les musiciens dans ce concert enregistrĂ© en 2018.
RACHMANINOV-operas-elako-le-chevalier-ladre-classiquenews-dvd-rachmaninov-troika-rachmaninov-at-the-piano-1900s-1378460638-article-0CrĂ©Ă©e en 1908 Ă  Saint-PĂ©tersbourg, la Symphonie n°2 est le produit d’une pĂ©riode fĂ©conde qui rĂ©alise aussi le poĂšme orchestral l’üle des morts et l’éblousisant Concert pour piano n°3. La n°2 est portĂ©e par un nouveau souffle, une richesse d’orchestration souvent irrĂ©sistible et une architecture qui est la plus ambitieuse des 3 symphonies finalement composĂ©es. Rachmaninov assimile et Tchaikovski (dans les couleurs), et Sibelius dans l’exigence d’une construction et d’une certaine efficacitĂ© qui infĂ©ode le dĂ©veloppement formel.
Quatre mouvements : Largo, Allegro moderato / Allegro molto / Adagio (synthĂšse portĂ©e par la beautĂ© de sa cantilĂšne, l’épisode concilie une grande richesse polyphonique et le principe cyclique qui reprend le thĂšme principal du premier mouvement) / Allegro vivace

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arte_logo_2013ARTE, “Maestro” – dim 10 fĂ©v 2019 Ă  18h30, RACHMANINOV : Symphonie n°2. Dresden Staatskapelle / Staatskapelle de Dresde. Antonio Pappano, direction – film 2018, durĂ©e : 43 mn.

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Bayreuth 2015. Le Vaisseau FantĂŽme

RADIO. logo_france_musique_DETOURE Musique. Dimanche 16 aoĂ»t 2015, 19h. Wagner : Le Vaisseau FantĂŽme. Festival de Bayreuth. Axel Kober, direction. Avec Samuel Young, le hollandais; Ricard Merbeth, Senta. Benjamin Bruns, Daland. Tomislav Muzek, Erik. Choeur et orchestre du Festival de Bayreuth. Etrangement, alors que l’Ă©vĂ©nement lyrique Ă  Bayreuth en juillet 2015 Ă©tait la nouvelle production de Tristan und Isolde, (version Katarina Wagner, l’arriĂšre petite fille du compositeur et ici mĂȘme metteure en scĂšne et codirectrice), France Musique prĂ©fĂšre diffuser la reprise du Vaisseau FantĂŽme…

CrĂ©Ă© Ă  Dresde le 2 janvier 1843 (dans le sillon victorieux tracĂ© par l’Ă©clatant Rienzi, crĂ©Ă© dans le mĂȘme lieu Hofoper, en octobre 1842), Le Vaisseau FantĂŽme (Der Fliegende HollĂ€nder) marque la rupture de Wagner avec le grand opĂ©ra romantique traditionnel : avant la tempĂȘte qui ouvre la Walkyrie, ou l’ocĂ©an originel qui enfle les flots naissant du monde Ă  son berceau dans l’Or du Rhin, voici le dĂ©luge primordial, celui des torrents d’eau se dĂ©versant sur le frĂȘle navire emportant le Hollandais maudit en quĂȘte de l’amour pur d’une femme qui pourra le sauver.
L’ardeur du jeune Wagner est intact malgrĂ© ses dĂ©boires Ă  Paris oĂč il dut vendre Ă  l’OpĂ©ra son propre livret pour qu’un obscur Dietsch le mette en musique (!) avec le naufrage que l’on sait. Les français manquaient une occasion unique de soutenir un gĂ©nie Ă  son aurore… Comme ce fut le cas de Mozart au XVIIIĂš, dont les 3 sĂ©jours Ă  Paris furent des Ă©checs retentissants et plusieurs occasions manquĂ©e lĂ  aussi. Effrayante absence de discernement artistique.
Wagner en DVD ...Pour l’heure Ă  Dresde qui cĂ©lĂšbre enfin son gĂ©nie, Wagner Ă©merveille et impressionne l’auditoire grĂące Ă  sujet fantastique et romantique. Comme souvent, le compositeur Ă©crit Ă  rebours de l’intrigue, commençant par la ballade de Senta, le choeur des matelots norvĂ©giens, le chant des fileuses puis concluant avec… l’ouverture. Une idĂ©e rĂ©trospective oĂč ce prologue orchestral semble rĂ©capituler plutĂŽt qu’annoncer le drame qui se joue. Le voyageur errant sur les flots, le maudit magnifique paraĂźt tel un spectre effrayant, un non homme qui doit cependant susciter l’amour de Senta s’il veut ĂȘtre sauvĂ©. Le thĂšme est Ă©minemment wagnĂ©rien : le salut de l’homme rĂ©alisĂ© par l’amour d’une femme, ainsi en sera-t-il de Cosima pour Richard dans la vraie vie. Ici emportĂ© par la fureur d’aimer, par la volontĂ© d’ĂȘtre sauvĂ©, Wagner tisse un nouvel orchestre moteur qui rĂ©alise l’unitĂ© de toute les scĂšnes dĂ©sormais enchaĂźnĂ©es les unes aux autres sans discontinuitĂ©, tel le futur drame sans fin, cyclique qui a lieu dans Parsifal et dans les quatre JournĂ©es du Ring. La justesse des mĂ©lodies, l’expression directe de la houle dĂ©ferlante lui auraient Ă©tĂ© inspirĂ©es par sa traversĂ©es sur la navire la ThĂ©tys, Ă  destination de l’Angleterre, Ă  l’Ă©tĂ© 1839, alors que quittant Riga, le compositeur poursuivi par ses crĂ©anciers, souhaitait rejoindre Paris. Pris dans une tempĂȘte, le navire dut se rĂ©fugier en NorvĂšge… un Ă©pisode de la vie de Wagner dont tĂ©moigne le rĂ©alisme saisissant de son Vaisseau FantĂŽme.

Synopsis

Acte I. Dans une crique norvĂ©gienne au XVIIIĂš, le navigateur marchand Daland ne peut Ă©viter de croiser la course d’un marin mystĂ©rieux le Hollandais, Ăąme maudite qui lui demande de rencontrer sa fille, Senta car seul l’amour d’une jeune fille aimante pourra le dĂ©livrer de la malĂ©diction qui le poursuit.
Acte II. C’est l’acte de Senta qui rĂȘve de rencontrer ce marin maudit qu’elle aimera sans limites. Alors que ses suivantes filent la laine, la jeune femme se destine dĂ©jĂ  au Hollandais qui lui est apparu en rĂȘve : leur rencontre se dĂ©roule sans entraves : le Hollandais et Senta se reconnaissent dĂšs le premier regard.
Acte III. Erik, chasseur Ă©pris de Senta depuis longtemps lui fait sa cour ; la jeune femme le rejette sans violence mais avec suffisamment de douceur pour que le Hollandais se mĂ©prenne sur ses intentions rĂ©elles : amer et pensant qu’il a Ă©tĂ© trahi, le Hollandais remonte sur son bateau et sĂ©loigne des cĂŽtes. De dĂ©pĂźt, Senta se jette dans les flots. Au loin, au dessus de la mer, les deux paraissent unis dans la mort.

CD. Symphonies de Brahms par Christian Thielemann (Staatskapelle de Dresde, 2 cd Deutsche Grammophon)

brahms thieleman deutsche grammophon 3 cd 1 dvd Pollini, Lisa Batiashvili christian Thielemann Conertos Symphonies Ouverture tragique deutsche grammophon cdCD. Brahms : Symphonies n°1-4.  Staatskapelle de Dresde. Christian Thielemann, direction (3 cd Deutsche Grammophon). Avouons notre pleine satisfaction globale pour cette lecture saisie sur le vif des Symphonies de Brahms par Christian Thieleman : parfois pesante, la direction du chef gagne de beaucoup au contact des excellents instrumentistes de la Staatskapelle de Dresde : affĂ»tĂ©s, nerveux, prĂ©cis allĂ©geant la texture, favorisant la transparence et la clartĂ© du propos grĂące Ă  leur expĂ©rience entre autres lyrique… De toute Ă©vidence, voici une lecture dramatiquement vive qui s’avĂšre dans certaines sĂ©quences et mouvements, passionnante. La surprise est de taille et notre enthousiasme inattendu…  La PremiĂšre Symphonie fait valoir les formidables qualitĂ©s de l’orchestre de la Staatskapelle de Dresde dont Thielemann nommĂ© directeur musical depuis 2012 propose un cycle Brahms d’une profondeur indiscutable : en tĂ©moigne le travail sur la transparence articulĂ©e de la texture surtout aprĂšs un premier mouvement d’une irrĂ©pressible aspiration, un deuxiĂšme mouvement littĂ©ralement Ă  tomber par une expressivitĂ© sensible oĂč le chef sait allĂ©ger la pĂąte instrumentale,  trouve des respirations mozartiennes s’appuyant surtout sur le dialogue clarifiĂ© des cordes (d’une fluiditĂ© toute schumanienne) et des bois Ă©tincelants de tendresse maĂźtrisĂ©e: sont Ă©cartĂ©es les brumes et les langueurs maudites ; ainsi quand surgit le clair rayon solaire du violon solo dans la sĂ©quence finale du mouvement sostenuto,  repris et soutenu en Ă©cho par le cor lointain,  toute idĂ©e de rĂ©signation et de blessure s’est miraculeusement effacĂ©e.  Dissipation totale des tensions : le fait mĂ©rite d’ĂȘtre saluĂ© tant le Brahms de Thielemann s’impose ici par son fini et son Ă©quilibre souverain. Magistrale comprĂ©hension de la partition.

Superbe Brahms de Thielemann

CLIC_macaron_2014MĂȘme profondeur et suprĂȘme Ă©lĂ©gance du geste dans le QuatriĂšme mouvement. Le drame s’y accomplit avec un sens souverain de l’action orchestrale, Ă  chaque Ă©pisode si justement contrastĂ©. On y relĂšve les mĂȘmes qualitĂ©s que prĂ©cĂ©demment : noblesse wagnĂ©rienne des cuivres,  calibrage millimĂ©trĂ© des bois et cordes d’une fluiditĂ© ocĂ©ane… la rĂ©fĂ©rence Ă  la 9Ăšme de Beethoven s’y glisse allusivement rĂ©alisant cet Ă©lan fraternel d’un humanisme Ă©chevelĂ©, tournĂ© irrĂ©versiblement vers le soleil, et la pleine conscience d’une dĂ©termination coĂ»te que coĂ»te, assenĂ©e, triomphante. Tout au long des plus de 18mn de dĂ©veloppement, la direction se distingue par une caractĂ©risation Ă©loquente de chaque section,  dosant trĂšs efficacement la participation de chaque pupitre … si l’on peut parfois regretter le choix de tempo lents au risque de diluer la tension et l’allant global,  reconnaissons le relief et le sens intensĂ©ment dramatique de la direction : cette Symphonie n°1 est une rĂ©ussite totale.

Brahms johannes-brahms-1327943834-view-0Que suscite la Symphonie n°2 ? … un mĂȘme bonheur. L’aurore du dĂ©but est magnifiquement brossĂ© avec cette fluiditĂ© solaire et bienheureuse, qui regarde aussi du cĂŽtĂ© de la Pastorale beethovĂ©nienne, en sa coupe franche et puissamment structurĂ©e, Thielemann manie la direction avec une Ă©loquence souveraine. Ici superbement contenu dans la cadre formel instituĂ© dĂšs le dĂ©part, tensions et forces en prĂ©sences sont finement canalisĂ©es : dans le chant des violoncelles, puis dans l’écho des cors lointains. Le dĂ©veloppement suit son cours prĂ©cisĂ©ment balisĂ© pendant plus de 20 mn, le chef ne poussant pas ses effectifs au delĂ  d’un hĂ©donisme heureux d’une rondeur pacifiĂ©e, essentiellement sereine.  Le tendre et si sensible Adagio non troppo marque la mĂȘme rĂ©serve dans le geste trĂšs adouci : qui explore en filigrane les replis d’une intimitĂ© qui demeure toujours Ă  distance comme inaccessible. Le chant des cordes et des violoncelles y trouve un Ă©largissement allusif superlatif, idĂ©alement caressant et nostalgique. PlĂ©nitude, et aussi articulation, le geste de Thielemann et ses musiciens dresdois font mouche dans l’un des adagios les plus aboutis de Brahms.

Une mĂȘme douceur apaisĂ©e et rayonnante qui passe par le chant solaire du hautbois traverse tout l’allĂšgre allegretto grazioso, dont l’Ă©nergie signifie aussi en plus d’un Ă©noncĂ© simple d’un landler, la transe amorcĂ© d’une danse collective 
 aux champs. Le pastoralisme y est exprimĂ© avec une finesse de ton elle aussi passionnante. Enfin la vitalitĂ© nerveuse mozartienne (c’est Ă  dire JupitĂ©rienne) de la conclusion Allegro con spirito s’affirme avec une souplesse caressante et ondulante. La cohĂ©rence de la lecture emporte l’enthousiasme.  Au delĂ  de la structure, de sa puissante assise – contrepoint rigoureux d’une mesure beethovĂ©nienne, Thielemann fait couler un sang palpitant, fluide et dansant, « mozartien » et schumanien.

PlĂ»tot que de relever les qualitĂ©s et les limites de chacune des symphonies qui suivent, – en particulier la 3Ăšme, soulignons ce qui fait sens dans l’ultime : la 4 Ăšme Symphonie. LĂ  aussi, aprĂšs des mouvements prĂ©cĂ©dents en demi teinte, le dernier mouvement, surtout dans sa rĂ©solution finale, s’impose par le tempĂ©rament articulĂ© du chef, superbe et sincĂšre brahmsien.

Christian Thielemann chefD’emblĂ©e, la trĂšs belle cohĂ©sion organique de la direction s’impose. Le copieux premier mouvement allegro non troppo est surtout lissĂ© dans le sens d’une exposition Ă©motionnelle et intĂ©rieure dont Thielemann expose les directions diverses sans prendre partie.  Ce geste de suprĂȘme sĂ©rĂ©nitĂ© qui manque certainement de caractĂ©risation plus fouillĂ©e dans les contrastes se ressent davantage encore dans le second mouvement trĂšs (trop) moderato : c’est d’un fini suprĂȘme Ă  mettre au crĂ©dit de l’orchestre en bien des points superlatif : rondeur allusive des cordes,  harmonie idĂ©alement articulĂ©e, cors lointains scintillants et cuivrĂ©s comme rarement.  Mais comme charmĂ© par un sortilĂšge qui vaut sĂ©datif,  le chef semble bien peu saisi par la force et la violence du volcan Brahms.  Sa vision est compacte et Ă©paisse voire sĂšche dans la rĂ©solution de ce second mouvement. Le 3 Ăšme mouvement vaut par son temps vif lĂ©ger : un vrai dĂ©fi pour le maestro qui peine dans le nerveux tant il garde une baguette 
 lourde. Mais rĂ©capitulation et synthĂšse du pathos et de la subtilitĂ© tragique de Johannes,  le dernier mouvement montre les mĂȘmes limites de la vision : prenante certes mais Ă©paisse et lourde. Pourtant un vrai sentiment d’angoisse tragique enfle et se dĂ©ploie tout au long des presque 10 mn : Thielemann progresse ici par une dĂ©termination qui passe dans la tenue tendue permanente des cordes idĂ©alement furieuses ; et aussi une trĂšs belle couleur d’extĂ©nuation des bois qui en offrent une rĂ©ponse Ă  la fois apaisĂ©e et rĂ©signĂ©e (solo de flute Ă  3mn). Le pessimisme de Brahms revient cependant en force dans la rĂ©solution de ce mouvement final qui s’impose par sa noblesse noire et sombre. Reconnaissons Ă  Thielemann de l’avoir rĂ©ussi au delĂ  de nos attentes Ă  partir de 5mn35 quand explose le ressac orchestral,  expression de la violence tragique qui impose sa loi dĂ©sormais jusqu’à la fin de cet Ă©pisode sans issue.  La lecture de ce dernier mouvement, dans sa section derniĂšre, est de loin la mieux aboutie,  nerveuse,  Ăąpre,  engagĂ©e,  expressive et comme brĂ»lĂ©e. Sans espoir. C’est sans demi mesure et finement Ă©noncĂ© : donc irrĂ©sistible.

Le coffret ajoute en bonus visuel un dvd comprenant d’autres oeuvres de Brahms, les Concerto pour piano par Pollini et le Concerto pour violon par Batiashvili : avouons notre nette prĂ©fĂ©rence pour le violon de Batiashvili : la gĂ©orgienne qui vient de publier un disque Bach avec son compagnon le oboĂŻste François Leleux, irradie par un jeu puissant et raffinĂ© qui laisse entrevoir des failles sensibles d’une profondeur lĂ  aussi trĂšs convaincante. 

Brahms : Symphonies N°1-4.  Staatskapelle de Dresde. Christian Thielemann, direction. 3 cd  + 1 dvd. enregistrement live SemperOper de Dresde, 2011-2012-2013 (Concertos pour piano : Maurizio Pollini, piano. Concerto pour violon : Batiashvili, violon) Deutsche Grammophon

CD. Le Brahms de Thielemann chez Deutsche Grammophon