L’Orchestre Symphonique d’Orléans offre un superbe programme Fauré ce dimanche 7 juin dans une réalisation très convaincante. La suite des pièces abordées s’affirme dans une série généreuse et diverses comprenant plusieurs pièces significatives, emblématiques de l’orchestrateur Fauré, génie des mélodies suaves et raffinées, réussissant autant dans le brio narratif (Dolly) que la douceur enivrée, spirituelle (Cantique de Jean Racine, le Requiem). Les interprètes ajoutent un opus rarement joué, et dans une version plus méconnue encore, la Pavane (ultime pièce) pour solistes, chœur et orchestre.
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Photo © classiquenews
La Suite Dolly opus 56, originellement pour piano, manifeste le goût de Fauré pour la légèreté et l’élégance. L’orchestration de Rabaud en 1905 (qui succède à Fauré au poste de Directeur du Conservatoire en 1920), respecte l’inspiration diaphane et millimétrée de Fauré. Les 6 séquences enchaînées (Berceuse, Mi-a-ou, Le jardin de Dolly, Kitty Valse, Tendresse, Le Pas espagnol) déploie un sentiment d’insouciance heureuse proche de l’enfance (tout ici est dédié à sa jeune dédicataire, Hélène dite « Dolly » selon le surnom choisi par sa mère, Emma Bardac, seconde épouse de Debussy)… Le chef Marius Stieghorst et les instrumentistes apportent détail et flexibilité dans le jeu des timbres enchainés (dans la Berceuse initiale, la mélodie circule tour à tour, à la Flûte, au hautbois puis au cor – du reste ce dernier, tout au long du programme, particulièrement sollicité, est magnifiquement réalisé par le premier cor de l’orchestre)…
Dans cette quête hédoniste du beau son, la harpe s’invite aussi, dans un équilibre rayonnant, entre transparence et pudeur, évitant toute vacuité artificielle. Orchestre et chef, très investis, comprennent parfaitement l’essence fauréenne entre puissance et délicatesse, surtout poésie de mélodies d’une suavité subtile (finesse suggestive des trombones à la fin de « Tendresse » justement). Jusqu’au dernier éclat hispanisant d’une fête ou feria, elle aussi gorgée de soleil et de rythmes électriques… de fait, dans le geste très juste de l’Orchestre, c’est toute l’Espagne de Chabrier qui surgit subitement, – hommage délicat là encore de Fauré à son confrère et ami.
On passe ainsi d’une pièce à l’autre, – haute spiritualité, aussi mystérieuse qu’elle est épurée du Cantique de Jean Racine ; enivrement à deux voix solistes d’ »Après un rêve », où les chanteurs Daphne Corregan et Virgile Frannais que l’on retrouve dans le Requiem, dialoguent d’un côté et de de l’autre de la salle…
Le point d’orgue du programme reste le Requiem. Un choix qui n’est pas anodin car depuis toujours, l’Orchestre orléanais défend avec d’évidentes qualités expressives le répertoire français, en particulier romantique – on se souvient d’un excellent enregistrement du Requiem de Saint-Saëns, autre sommet spirituel à redécouvrir absolument.
Ce dimanche 7 juin, saluons la très belle cohésion d’ensemble qui sait cultiver jusqu’à la fin une transparence délectable permettant d’éclairer combien l’écriture de Fauré, jusque dans le chant orchestral, est essentiellement chambriste. Le travail du chef sur les cordes flexibles, sur l’équilibre des bois et des vents (remarquable d’individualisation intégrée à l’ensemble) confère à la lecture du Requiem, un sens de le mesure et une tentation de l’épure idéale, … comme suffisamment de chair et d’inquiétude dans ses aspirations au salut.
La vision est très homogène, détaillée et droite, idéalement proche de la ferveur fauréenne qui reste sobre et humble y compris dans le Dies Irae, ou le Libera me, ultime injonction et prière avant la vision du Paradis. Chaque séquence finement ouvragée accomplit comme le jalon intensément éprouvé d’un cheminement collectif qui mène de l’ombre grave à la lumière rédemptrice.
Les solistes requis sont particulièrement justes eux aussi en particulier la soprano Daphne Corregan dont le timbre angélique dans le Pie Jesu exprime remarquablement l’accompagnement du défunt vers l’au-delà. Sa voix tendre est bien elle de l’ange dont nous rêvons tous, psychopompe, thuriféraire compatissant et fraternel.
Sous une baguette aussi engagée et claire, les instrumentistes clarifient la vision générale à la fois ardente et épurée. Tout l’Orchestre s’ingénie avec brio dans cette conception allégée au fur et à mesure que s’intensifie la quête de l’âme vers son élévation finale. A contrario des convulsions, passions et drames d’autres Requiem [de Mozart à Verdi], celui de Fauré, vallée de tendresse, berce par sa douceur suspendue, ses accents mesurés, sa gravité bienveillante, mais aussi sa profondeur bouleversante. Tout cela se réalise à Orléans où une conjonction heureuse, fait participer le Chœur du Conservatoire, partenaire désormais familier de l’Orchestre.
Recueillie, la réalisation de ce programme Fauré est aussi originale comme en témoignent les autres pièces de Fauré proposées avant et après le Requiem : version pour orchestre et deux voix de « après un Rêve », puis en bis, la Pavane tout aussi souple et aérienne pour chœur, deux solistes et orchestre. Concert mémorable.
L’Orchestre Symphonique d’Orléans © classiquenews
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CRITIQUE, concert. ORLÉANS, Théâtre, le 7 juin 2026. FAURÉ : Cantique de Jean Racine, Après un rêve, Suite Dolly pour orchestre, Requiem… Soprano : Daphne Corregan / Baryton : Virgile Frannais, Chœur Symphonique du Conservatoire d’Orléans (cheffe de chœur : Emilie Legroux), ORCHESTRE SYMPHONIQUE D’ORLÉANS, direction : Marius Stieghorst
LIRE aussi notre présentation du concert FAURÉ par l’OSO Orchestre Symphonique d’Orléans : https://www.classiquenews.com/orchestre-symphonique-dorleans-les-6-et-7-juin-gabriel-faure-requiem-dolly-marius-stieghorst/
A la fin du concert, l’Orchestre Symphonique d’Orléans a communiquer quelques temps forts de sa prochaine saison 2026-2027 (dont la 9ème de Beethoven, année Beethoven oblige)… Plus d’infos sur le site de l’OSO Orchestre Symphonique d’Orléans : https://www.orchestre-orleans.com/wp-content/uploads/2026/06/OSO-Plaquette-saison-2026-2027.pdf
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