Élargissement significatif du répertoire, renouvellement des effectifs de l’orchestre, Michele Spotti poursuit un travail de fond avec les musiciens marseillais. La diversité des œuvres choisies stimulent autant les spectateurs que les effectifs sous son aile artistique ; c’est un choix selon des éléments de recherche et qui prend en compte aussi les lieux investis comme l’Odéon où seront présentées les symphonies de Brahms dans un format adéquat ; la nouvelle saison fait la part belle aux invités tels Giuseppe Gibboni, lauréat du Concours Paganini, ou Carlotta Dalia… Côté opéra, deux œuvres sont attendues : Maria Stuarda, sommet du bel canto signé Donizetti et Don Carlo (débuts du chef dans la version italienne de l’ouvrage verdien)… Explications
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Photo © Marco Borrelli
CLASSIQUENEWS : Quel est votre rôle à votre arrivée comme directeur musical ? Sur ce point, quel concert à venir est-il le plus emblématique ?
Michele Spotti : Cela fait maintenant presque quatre ans que je suis directeur musical, et le parcours que nous avons accompli avec l’orchestre a été particulièrement intéressant. Nous avons considérablement élargi les répertoires abordés, du bel canto italien au grand répertoire allemand, avec de très beaux succès aussi bien dans le domaine symphonique que lyrique. Je suis très satisfait du chemin parcouru jusqu’à présent, et surtout du travail et des efforts accomplis par l’orchestre et le chœur. Ensemble, nous avons véritablement écrit des pages mémorables dans l’histoire de ce théâtre.
Il reste évidemment toujours beaucoup de travail à accomplir, car notre objectif doit être de continuer à progresser et à élever notre niveau. Nous avons également profondément renouvelé l’orchestre. Le rôle d’un directeur musical comporte aussi cette responsabilité : accompagner la formation et l’évolution de l’orchestre et du chœur, notamment à travers de nouveaux concours et recrutements. Nous avons ainsi quelque peu changé le visage de l’orchestre, tout en conservant un noyau de musiciens expérimentés, présents depuis de nombreuses années. Il y a donc eu un véritable rajeunissement, toujours accompagné par l’expérience. Après les succès récents, je sens aujourd’hui l’orchestre dans une très belle dynamique, et je suis particulièrement satisfait du travail accompli jusqu’ici.
S’il fallait choisir parmi les projets que j’ai dirigés, il serait évidemment très difficile de n’en retenir qu’un seul. Je pourrais notamment citer la Deuxième Symphonie de Mahler et le Requiem de Verdi parmi les grands rendez-vous symphoniques. Du point de vue lyrique, L’Or du Rhin de Wagner a également été l’un des moments les plus importants et les plus passionnants sur le plan artistique. Mais, au fond, je dirais volontiers que le concert le plus important est toujours le prochain. C’est celui qui est devant nous, celui pour lequel il faut continuer à travailler, à chercher et à se dépasser. La qualité reste toujours au cœur de mon approche, et c’est elle qui guide mes choix et mon travail avec l’orchestre.
Grâce à Marseille, j’ai également pu explorer des répertoires qui pouvaient sembler, à première vue, assez éloignés de mon parcours et de mon univers d’origine, mais qui se sont finalement révélés extrêmement intéressants et très utiles pour la suite de ma carrière. J’en suis particulièrement heureux. Je suis convaincu que les prochaines saisons seront tout aussi passionnantes : nous allons continuer à avancer, à élargir nos horizons et à construire de nouveaux projets, avec la volonté de franchir de nouvelles étapes et de proposer des programmes toujours plus intéressants.
CLASSIQUENEWS : Comment avez-vous conçu les programmes des concerts symphoniques à venir ? Quels sont vos choix stratégiques ? Pouvez-vous préciser la clé d’au moins trois d’entre eux pour ne rien manquer de leurs enjeux artistiques (par exemple « Orages et Passion », « L’As des as », « Sommets musicaux »…) ou un autre de votre choix ?
Michele Spotti : Je pense qu’il n’est pas toujours nécessaire de chercher à imposer un fil conducteur unique à toute une saison symphonique. À mes yeux, cela peut parfois devenir une contrainte. Ce qui m’importe avant tout, c’est de construire des programmes cohérents, variés et stimulants, qui soient intéressants pour l’orchestre tout en procurant du plaisir au public. La programmation doit également être équilibrée en fonction des résultats artistiques recherchés, de l’effectif orchestral nécessaire et des différents répertoires abordés. Je trouve notamment très intéressant le fait que l’Odéon, qui est une salle plus petite, nous permette de développer, parallèlement à la saison symphonique principale, un autre parcours orchestral. Nous pouvons ainsi y aborder certaines œuvres avec des effectifs plus réduits, parfois très proches de ceux imaginés à l’origine par les compositeurs. Cette saison, par exemple, nous allons donner les Première et Quatrième Symphonies de Brahms lors de deux concerts distincts, avec un effectif réduit et une approche qui cherche à se rapprocher autant que possible de la conception originale du compositeur. Il y a donc aussi une dimension de recherche et de réflexion musicologique qui m’intéresse beaucoup. Photo © Marco Borrelli
La saison permettra également de travailler avec des solistes exceptionnels, comme Giuseppe Gibboni, lauréat du Concours Paganini, ou encore Carlotta Dalia, guitariste de renommée internationale. Nous aurons également la possibilité de collaborer avec des chefs invités de grand intérêt et d’aborder aussi bien des répertoires de petite formation que de grandes œuvres symphoniques.
Je préfère donc une programmation qui reste ouverte et qui permette à la fois au public de découvrir des univers différents et à l’orchestre de continuer à grandir. Pour moi, il n’est pas indispensable que chaque concert soit relié au suivant par un thème unique : l’essentiel est que chaque programme ait sa propre cohérence et sa propre nécessité artistique. La diversité des répertoires, des effectifs et des approches constitue à mes yeux une véritable richesse. Elle nous permet de maintenir la curiosité du public, de renouveler régulièrement notre regard sur les œuvres et de donner aux musiciens des occasions toujours nouvelles de se dépasser.
CLASSIQUENEWS : Qu’est-ce qui fait selon vous le niveau et le son d’un orchestre ? Dans le cas du Philharmonique de Marseille, quels aspects allez-vous travailler avec les musiciens ?
Michele Spotti : Le son d’un orchestre est toujours influencé, selon moi, par l’environnement dans lequel il évolue. Il y a bien sûr une dimension géographique, climatique et territoriale, mais aussi une influence très forte de son histoire, de sa tradition et du répertoire qu’il a l’habitude d’aborder. Le son d’un orchestre naît donc de cet ensemble de facteurs : une histoire, une tradition locale, une identité propre et l’expérience accumulée au fil des années.
Avec les musiciens du Philharmonique de Marseille, je souhaite continuer à travailler sur les aspects techniques de l’orchestre, qui doivent toujours être développés et approfondis, mais aussi sur l’expérience collective, notamment avec les nouveaux musiciens. Ces jeunes éléments apportent de la fraîcheur, de l’énergie et de nouvelles idées, mais ils doivent aussi pouvoir acquérir progressivement toute l’expérience du métier. Il y a donc un véritable travail de transmission entre les générations.
Et je m’inclus évidemment moi-même dans cette démarche. Je suis encore jeune, et Marseille est un théâtre qui me donne une grande liberté artistique et qui m’accorde une grande confiance. Cette confiance me permet parfois d’aborder de nouveaux répertoires ou de relever de nouveaux défis, et surtout de chercher à aller toujours plus loin. C’est pour moi un immense avantage et un grand plaisir : je me sens libre de m’exprimer pleinement, tout en continuant à progresser avec l’orchestre.
CLASSIQUENEWS : Concernant les opéras que vous allez diriger, Don Carlo et Maria Stuarda, pourquoi ces choix ? Quels en sont, pour chacun, les défis, votre vision et vos attentes ?
Michele Spotti : Pour Maria Stuarda, il s’agit d’une œuvre qui représente un véritable défi, notamment parce qu’elle sera donnée en version de concert avec des artistes parmi les plus importants du monde, parmi lesquels Jessica Pratt, John Osborn et Teresa Iervolino. C’est un chef-d’œuvre absolu du bel canto. L’un des grands défis de cette œuvre est précisément de réunir des voix capables de répondre aux exigences extraordinaires de ces rôles, qui demandent à la fois une maîtrise technique exceptionnelle, une grande musicalité et une très forte personnalité artistique. La version de concert permet également de mettre particulièrement en valeur la musique et les voix. Je suis très heureux de pouvoir travailler sur cette œuvre avec un tel plateau, car elle représente une occasion exceptionnelle de mettre en lumière toute la richesse expressive et la virtuosité de l’écriture de Donizetti.
Pour Don Carlo, je pense qu’il n’est presque pas nécessaire d’expliquer pourquoi j’ai choisi cette œuvre : c’est tout simplement l’un des chefs-d’œuvre les plus importants de Verdi et l’une des œuvres majeures du répertoire lyrique. Ce sera pour moi une étape particulièrement importante, puisqu’il s’agira de mes débuts dans la version italienne. J’ai déjà dirigé Don Carlo en français à l’Opéra de Bâle, mais ce sera la première fois que je l’aborderai en italien, dans sa version en quatre actes. C’est donc pour moi un immense privilège, d’autant plus que je partagerai cette production avec de très grands interprètes.
Je suis également très heureux de retrouver Charles Roubaud, avec lequel j’ai déjà eu l’occasion de travailler sur la nouvelle production de L’Or du Rhin l’année dernière. Nous avons partagé une expérience artistique particulièrement intéressante, et je suis donc très heureux de pouvoir renouveler cette collaboration.
Ces deux ouvrages représentent ainsi deux défis très différents : d’un côté, l’exigence et la virtuosité du bel canto avec Maria Stuarda ; de l’autre, la profondeur dramatique, la richesse orchestrale et la dimension monumentale de Verdi avec Don Carlo. Dans les deux cas, ce qui m’intéresse avant tout est de rechercher la plus grande qualité musicale possible, en travaillant au plus près des chanteurs et de l’orchestre, afin de faire ressortir toute la richesse de ces deux œuvres.
Propos recueillis en octobre 2026
Photo © Marco Borrelli 2026
nouvelle saison 2026 – 2027
LIRE aussi notre présentation de la nouvelle saison de l’Opéra de Marseille 2026 – 2027, ouvrages lyriques et concerts symphoniques : https://www.classiquenews.com/opera-de-marseille-nouvelle-saison-2026-2027-temps-forts-nouvelles-productions-don-giovanni-le-villi-la-perichole-mireille-turandot/
8 nouvelles productions (dont 4 nouvelles productions d’opéras) continuent d’inscrire en 2026 –
2027, l’Opéra de Marseille (et l’Odéon qui complète son offre globale) au sein des institutions lyriques majeures de l’Hexagone. Fort de son histoire légendaire, écrin qui a accueilli parmi les plus grandes voix du siècle dernier et de celui en cours, l’Opéra de Marseille affiche les œuvres enchanteresses et inusables signées entre autres, Mozart, Offenbach, Gounod,Puccini (dont est ainsi présenté le premier puis le dernier opéra)… « La culture n’a de sens que dans le partage », ainsi que le souligne (non sans raison) le maire actuel de Marseille, Benoît Payan, dans l’introduction de la brochure de cette nouvelle saison….
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