A sa connaissance vive, affûtée de l’écriture musicale baroque du XVIIè et du plein XVIIIè, – de Purcell comme de Haendel, le chef et claveciniste Patrick Ayrton mêle son goût (et sa très grande connaissance) de la littérature anglaise élisabéthaine… Il en découle un monde sonore et dramatique, poétique et élégant, vivifié par les sujets de la poésie shakespearienne : personnages et situations d’un nouveau théâtre musical s’incarnent dans une écriture contemporaine néo baroque, séduisante et convaincante.
Sur les traces de Shakespeare, Purcell, Haendel
© Amandine Aubrée / Toi Toi prod
Le monde de la nuit, de la forêt comme écrin des métamorphose, l’éveil des sens, les apparitions saisissantes voire terrifiantes, et même la promesse voluptueuse née du sommeil … inspirent ces 12 morceaux, aussi courts que parfaitement ciselés, pastiches virtuoses, pour ensemble léger comprenant cordes, luth, guitare baroque, flûtes, basson et surtout le hautbois, exposé à plusieurs reprises, d’autant plus suggestif par sa couleur pastorale.
Après une ouverture aux couleurs et à l’élan purcelliens, le compositeur et chef, claveciniste attentif veillant aux départs, à la précision des gestes, à la concordance voix et instruments, construit un programme abondant en référence au théâtre de Shakespeare, en particulier dans 3 séquences : « Fairy land » (extrait du Songe d’une nuit d’été) dont les 2 flûtes enlacées suggèrent l’emprise enchantée de fées protectrices (de leur reine, probablement Titiania…) ; puis l’évocation d’Ariel, pur esprit de l’air dont le vol polinisateur est évoqué dans une forme chambriste, au clavecin seul, de fait volubile et aérien, accompagnant, dialoguant avec la chanteuse ; surtout le final « Under the greenwood tree », somptueux air gorgé d’espérance et d’un sentiment plein d’admiration et de gratitude pour la divine nature… (air bissé après les applaudissements).
BEN JONSON, JOHN LYLY…
Auparavant, Patrick Ayrton se montre particulièrement inspiré par les textes des poètes moins connus (du 17ème), tels Ben Jonson ou John Lyly ; du premier, la chanson des sorcières (« Witches song ») fait émerger les figures de la nuit dans une couleur sonore dramatique, portée en particulier par le hautbois très exposé, qui double la partie de la chanteuse. Du second, Patrick Ayrton met en musique le poème célébrant la figure de Pan, dieu inconsolable et nostalgique de la belle Syrinx, transformée en roseau, ici évoquée par le piccolo… La parcours doit aussi sa belle expressivité à Sir Philip Sydney dont le poème « Come Sleep », outre qu’il intègre le thème emblématique du sommeil, – jalon important de tout opéra baroque qui se respecte, permet aux instrumentistes de briller dans la langueur, expression d’une volupté inquiète que suggère avec réalisme la partie pour flûte basse (excellent Sébastien Marq).
La complicité et l’écoute des musiciens scellent une performance très convaincante, qui réalise le meilleur écrin suggestif pour la soprano Lauren Lodge-Campbell. L’univers sonore et poétique dévoile une grande cohérence en lien avec la juste combinaison des textes : le titre renvoie directement aux sonnets de Sir Philip Sidney (1554-1586), pièces maîtresses de la poésie élisabéthaine. Astrophil (l’amoureux des étoiles / Sidney lui-même) y paraît aux côtés de Stella (l’étoile) qui est Penelope Devereux, muse du poète. Digne héritier d’un tel patrimoine, Patrick Ayrton maîtrise l’écriture baroque qu’il enrichit d’emprunts plus contemporains… toujours intégrés avec subtilité : les airs et pièces instrumentales regorgent d’une urgence dramatique indiscutable qu’un goût idéal pour les timbres, croisé avec une grande culture des danses d’époque, électrise dans le sens d’une caractérisation continue.
Les spectateurs de ce programme enthousiasmant peuvent retrouver l’intégralité des airs composés par Patrick Ayrton, disciple inspiré de Purcell et Haendel, dans le cd édité cet automne « Astrophil & Stella ». Surprenant, convaincant, enivrant.
LIRE notre présentation annonce du concert « Astrophil & Stella » de Patrick Ayrton : https://www.classiquenews.com/paris-temple-du-foyer-de-lame-le-22-oct-2025-patrick-ayrton-astrophil-stella-poesie-elisabethaine-heritage-purcellien-et-reecriture-baroque/
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