« De loin en loin » marque brillamment le début de la saison chorégraphique de l’Opéra Nice Côte d’Azur, en offrant à son public très international un dialogue audacieux entre deux générations et deux univers chorégraphiques, habilement choisi par Pontus Lidberg, le nouveau directeur du ballet niçois : un programme, qui lie une création mondiale du jeune chorégraphe brésilien Juliano Nunes à un œuvre emblématique du belge Sidi Larbi Cherkaoui.
La soirée s’ouvre sur « Nocturne », une création mondiale spécialement commandée par l’Opéra de Nice, qui confirme Juliano Nunes comme l’un des chorégraphes les plus excitants de sa génération. Le jeune Brésilien, formé à Rio de Janeiro et en Allemagne, puise dans son expérience internationale (du Royal Ballet de Londres au Théâtre Mariinsky) pour proposer une écriture résolument physique. Il pousse le vocabulaire classique dans ses retranchements pour en explorer les réponses instinctives, donnant naissance à des spirales fluides et une articulation d’une grande finesse. Pontus Lidberg a offert une carte blanche au chorégraphe, un risque artistique qui s’avère pleinement payant et qui illustre la volonté d’« ouvrir le ballet à de nouvelles voies ». C’est sa première création pour une compagnie française, un événement en soi !
Après la fraîcheur de Nunes, place à la profondeur de « Loin ». Créée en 2005 pour le Ballet du Grand Théâtre de Genève, cette pièce de Sidi Larbi Cherkaoui n’a rien perdu de sa puissance et de son actualité. Le chorégraphe belge y explore avec brio la distance entre les êtres, les époques et les cultures. Il crée une friction poétique entre des extraits de Sonates baroques de Heinrich Ignaz Franz Biber, un décor aux inspirations mauresques et des costumes évoquant les arts martiaux japonais. Des éléments a priori disparates qui, sous son regard, font soudain sens. La gestuelle est d’une rare intelligence. Les excellents danseurs et danseuses de la compagnie s’expriment aussi bien par la parole que par le mouvement ; ils isolent des gestes, se les transmettent, jusqu’à ce que les identités se brouillent et que les corps ne forment plus qu’un. La distance, thème central, finit par devenir une rencontre bouleversante.
La prouesse de cette soirée réside dans l’alchimie parfaite entre les deux œuvres et la compagnie niçoise. Pontus Lidberg voyait justement dans ce double programme l’opportunité d’« ouvrir une nouvelle page pour le ballet de l’Opéra de Nice, quelque part entre héritage et avenir ». Le défi est relevé avec brio. Les danseurs, aussi à l’aise dans le classicisme exigeant et organique de Nunes que dans le langage hybride et narratif de Cherkaoui, démontrent une agilité et un engagement remarquables.
Vivement Noël maintenant, et le célèbre « Casse-Noisette« de Tchaïkovski – qui sera donné pour les Fêtes… dans une moderne chorégraphie signée Benjamin Millepied !
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CRITIQUE, danse. NICE, Théâtre de l’Opéra, le 23 octobre 2025. « Nocturne » de Juliano Nunes et « Loin » de Sidi Larbi Cherkaoui par le Ballet de l’Opéra Nice Côte d’Azur.Crédit photographique (c) Emmanuel Andrieu





