Compte-rendu critique, opĂ©ra. LYON, le 5 nov 2018. VERDI : Nabucco, Orch de l’OpĂ©ra de Lyon, Daniele Rustioni.

verdi-hompeage-portrait-grand-portrait-classiquenews-582Compte rendu critique, opĂ©ra. LYON, Auditorium, le 5 novembre 2018. Giuseppe VERDI, Nabucco, Orchestre de l’opĂ©ra de Lyon, Daniele Rustioni. Prolongement heureux du Festival Verdi de la saison derniĂšre, le Nabucco dirigĂ© par Rustioni en version de concert Ă©tait trĂšs attendu, aprĂšs la rĂ©ussite exemplaire, en version concert et dans les mĂȘmes lieux, d’Attila, chronologiquement proche du premier triomphe verdien. Casting de grande classe, malgrĂ© une lĂ©gĂšre dĂ©ception pour le rĂŽle-titre.

Un Nabucco bouillonnant voire anthologique

Initialement prĂ©vu, le vĂ©tĂ©ran Leo Nucci que nous avions vu Ă  la Scala la saison derniĂšre, a dĂ» dĂ©clarĂ© forfait pour raisons de santé ; remplacĂ© par le Mongol Amartuvshin Enkhbat, celui-ci enchante par une musicalitĂ© indĂ©fectible et une diction remarquable, mais déçoit par une langueur pataude et un manque cruel de charisme ; il se rattrape nĂ©anmoins au dĂ©but du quatriĂšme acte, et la scĂšne de la prison est un grand moment de thĂ©Ăątre. Le reste de la distribution confine Ă  la perfection. Anna Pirozzi est une Abigaille impressionnante d’aisance et de justesse, loin des clichĂ©s belcantistes dans lesquels Ă©tait tombĂ©e, Ă  la Scala, une Martina Serafin indigeste. Dans son grand air du second acte (« Ben io t’invenni »), elle est proprement prodigieuse, d’une exceptionnelle amplitude vocale, et Ă©meut aux larmes lors de sa priĂšre finale. Grand Zaccaria Ă©galement sous les traits de Riccardo Zanellato qui dĂšs son air d’entrĂ©e dĂ©ploie un timbre de bronze d’une grande homogĂ©nĂ©itĂ© culminant dans la grande prophĂ©tie du troisiĂšme acte (« Oh chi piange »). L’entrĂ©e en scĂšne de l’Ismaele de Massimo Giordano a suscitĂ© quelque frayeur (voix poussive, problĂšmes rĂ©pĂ©tĂ©s de justesse), mais s’est excellemment repris par la suite et son style, par trop « puccinien » aux accents excessivement passionnĂ©s, s’est rĂ©vĂ©lĂ© enfin pleinement verdien. Le rĂŽle de Fenena n’est pas aussi dĂ©veloppĂ© que celui d’Abigaille, mais il est magnifiquement dĂ©fendu par la mezzo albanaise solidement charpentĂ©e d’Enkelejda Shkoza, voix d’airain aux mille nuances, une des belles et grandes dĂ©couvertes de la soirĂ©e (superbe priĂšre « O dischiuso Ăš il firmamento »). Les trois autres rĂŽles secondaires sont impeccablement tenus, en particulier le Grand prĂȘtre de Martin HĂ€ssler, voix solide superbement projetĂ©e ; si le joli timbre du tĂ©nor GrĂ©goire Mour, un habituĂ© de la maison, n’est pas Ă  proprement parler une grande voix, sa diction et son sens musical sont sans reproche, tout comme l’Anna dĂ©licate d’Erika Balkoff qui complĂšte avec bonheur une distribution de haute tenue.
Nabucco est aussi et d’abord un grand opĂ©ra choral et, une fois de plus, les forces de l’opĂ©ra de Lyon, cornaquĂ©es par Anne PagĂšs, ont livrĂ© une interprĂ©tation magistrale, en particulier dans les deux chƓurs cĂ©lĂšbres (« È l’Assiria una regina » et « Va pensiero ») dont la l’impeccable lecture restera gravĂ©e dans les mĂ©moires. Mais le grand vainqueur de la soirĂ©e est encore l’incroyable direction de Daniele Rustioni magistral dĂšs l’ouverture, bouillonnante, nerveuse mais sans excĂšs, rĂ©vĂ©lant avec une prĂ©cision entomologique et une grande lisibilitĂ© les contrastes et la variĂ©tĂ© des pupitres, dont le concentrĂ© d’énergie parvient Ă  faire oublier la relative pauvretĂ© harmonique et le cĂŽtĂ© parfois naĂŻf de l’orchestration du jeune Verdi. Au final, malgrĂ© d’infimes rĂ©serves, un Nabucco d’anthologie.

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Compte-rendu. Lyon, Auditorium, Giuseppe Verdi, Nabucco, 05 novembre 2018. Amartuvshin Enkhbat (Nabucco), Massimo Giordano (Ismaele), Riccardo Zanellato (Zaccaria), Anna Pirozzi (Abigaille), Enkelejda Shkoza (Fenena), GrĂ©goire Mour (Abdallo), Erika Baikoff (Anna), Martin HĂ€ssler (Il Gran Sacerdote), Anne PagĂšs (chef de chant), Orchestre, ChƓurs et MaĂźtrise de l’opĂ©ra de Lyon, Daniele Rustioni (direction).

MILAN, Scala : ATTILA de VERDI

VERDI_442_Giuseppe_Verdi_portraitARTE, le 7 dĂ©c 2018, 22h20. VERDI : ATTILA. En direct (ou presque) de La Scala de Milan, l’opĂ©ra de verdi crĂ©Ă© Ă  la Fenice de Venise le 17 mars 1846, ouvre ainsi sur le petit Ă©cran mais en direct, la nouvelle saison du thĂ©Ăątre scaligĂšne. On sait combien le librettiste de dĂ©part Solera, qui pourtant dut partir avant de livrer la fin de l’intrigue, se brouilla avec Verdi : celui ci commanda Ă  Piave, un nouveau final, non pas un chƓur comme le voulut Solera, mais un ensemble (et quel ensemble! : un modĂšle du genre). Du nerf, du sang, du crime
 le premier Verdi semble s’essayer Ă  toutes les ficelles du drame sanglant et terrible. Au VĂš siĂšcle, la ville d’AquilĂ©e prĂšs de Rome, (au nord de l’Adriatique) fait face aux invasions des Huns et Ă  la superbe conquĂ©rante d’Attila (basse). Ce dernier, cruel et barbare en diable, refuse toute entente pacifique avec le romain Ezio (baryton) ; c’est pourtant ce dernier qui a l’étoffe du hĂ©ros, patriote face Ă  l’ennemi Ă©tranger (« Tu auras l‘univers, mais tu me laisses l’Italie » / une dĂ©claration qui soulĂšve l’enthousiasme des spectateurs de Verdi, Ă  quelques mois de la RĂ©volution italienne
)

Au I : Attila marche sur Rome, mais frĂ©mit devant l’Ermite dont il a rĂȘvĂ© la figure
 cependant que parmi les vaincus, Foresto (tĂ©nor) rejoint la fiĂšre Odabella (soprano) qui entend se venger des Huns, arrogants, victorieux

Au II : Attila dĂ©fie Ezio qui proteste vainement ; tandis que, coup de thĂ©Ăątre, Odabella dĂ©joue la tentative d’empoisonnement d’Atiila par Foresto : elle Ă©pouse mĂȘme le vainqueur Attila

Au III : Odabella qui n’en est pas Ă  une contradiction prĂšs, se repend, rejoint Foresto et tue son Ă©poux Attila, tandis que les troupes romaines menĂ©es par Ezio, le sauveur, attaquent les Huns


Sans vraiment de profondeur encore, ni d’ambivalence ciselĂ©e, (cf la maniĂšre avec laquelle, les Ă©pisodes et les situations se succĂšdent au III), les personnages d’Attila ne manquent pas cependant de noblesse ni de grandeur voire de noirceur trouble (comme Attila, dĂ©vorĂ© par les songes et les rĂȘves au I, prĂ©figuration des tourments de Macbeth). Le protagoniste ici est une femme, soprano aux possibilitĂ©s Ă©tendues digne d’Abigaille (Nabucco) : ample medium, belcanto mordant, Ă  la fois raffinĂ© et sauvage
 comme la partition de ce Verdi de la jeunesse.

A Milan, sur les planches de La Scala, Riccardo Chailly dirige les forces locales, et la basse Ildar Abdrazakov incarne Attila, sur les traces du légendaire Nicolai Ghiaurov dans le rÎle-titre
 (Davide Livermore, mise en scÚne)

distribution :
Attila : Ildar Abdrazakov
Odabella : Saioa HernĂĄndez
Ezio : George Petean
Foresto: Fabio Sartori
Uldino : Francesco Pittari
Leone : Gianluca Buratto

Plus d’infos sur le site de la Scala de Milan / Teatro alla Scala :
http://www.teatroallascala.org/en/index.html

Nabucco de Verdi (1842)

VERDI_442_Giuseppe_Verdi_portraitFrance Musique, Dim 18 nov 2018,19h30. VERDI : NABUCCO. NABUCCO, premier sommet lyrique de jeunesse
 et grand triomphe pour le jeune Verdi
 Il inscrit le drame biblique mĂ©sopotamien dans l’Italie du Risorgimento ; le peuple opprimĂ© des hĂ©breux Ă  Babylone, s’identifiant naturellement dans l’esprit des spectateurs italiens de la premiĂšre, aux compatriotes opprimĂ©s par les Autrichiens (cf le chƓur cĂ©lĂšbrissime « Va pensiero »). Dans le chant verdien, le peuple italien a trouvĂ© l’hymne de toute une nation unifiĂ©e, rassemblĂ©e contre l’occupant autrichien
 Avec Nabucco qui devint hymne de ralliement des libertaires patriotes italiens, Verdi remporta le premier grand succĂšs de sa carriĂšre (crĂ©ation Ă  La Scala de Milan en 1842) et depuis, cultiva un lien viscĂ©ral, indissoluble avec le peuple italien.

 

 

ASSYRIENS CONTRE HEBREUX
  Pas encore trentenaire (29 ans), Verdi a bien ficelĂ© sa fresque biblique. Au souffle de l’histoire antique mĂ©sopotamienne, il associe une intrigue amoureuse, Ă©prouvĂ©e, 
 Synopsis. ACTE I. A Babylone, les Assyriens menĂ©s par Nabuchodonosor ont vaincu les hĂ©breux. Autour d’Ismael, fils du roi de JĂ©rusalem, s’affrontent les deux personnages fĂ©minins : Fenena, fille de Nabucco et captive des juifs, et Abigaille, elle aussi amoureuse (mais sans retour) d’Ismael. ACTE II : alors que Fenena se convertit Ă  la religion juive, son pĂšre, Nabucco, saisi d’orgueil, est foudroyĂ© aprĂšs s’ĂȘtre comparĂ© Ă  Dieu. Abigaille en profite pour s’emparer de la couronne de Babylone : elle devient Reine des Assyriens. ACTE III : Abigaille trompe Nabucco affaibli et obtient de lui l’ordre royal qui condamne Ă  mort tous les juifs (Fenena avec eux puisqu’elle s’est convertie). Ceux ci paraissent dĂ©jĂ  enchainĂ©s (Va Pensiero) cependant que leur grand prĂȘtre Zaccaria annonce la vengeance divine. ACTE IV : Nabucco reprend ses esprits et comprend l’intrigue d’Abigaille contre Fenena : il implore alors le dieu des juifs (Dio di Giuda) ; un prodige a lieu : la statue de Baal se renverse. Saisi Nabucco ordonne la libĂ©ration des hĂ©breux. Abigaille se repent et se suicide (Su me morente). Fenena peut s’unir Ă  Ismael.

 

verdi_582_face_portrait_boldiniL’opĂ©ra du jeune Verdi surprend et convainc par son efficacitĂ© dramatique. La force des tableaux, les passions contrariĂ©es, façonnent un drame terrible et parfois sauvage. Le compositeur peint admirablement l’épaisseur crĂ©dible des personnages : Nabucco, vrai baryton verdien, d’abord fou de pouvoir et d’une arrogance suicidaire, puis pĂšre aimant, protecteur (envers Fenena) ; sa (fausse) fille, Abigaille, monstre ambitieux, prĂȘte Ă  tout pour possĂ©der la couronne assyrienne ; puis Ăąme dĂ©faite, dĂ©vorĂ© par la culpabilitĂ©. Verdi offre Ă  un baryton et une mezzo sombre, deux rĂŽles magnifiques.

 

 

 

 

 

 

Concert donné le 9 novembre 2018 à 20h au TCE, à Paris

Giuseppe Verdi : Nabucco

opĂ©ra en quatre actes de Giuseppe Verdi sur un livret de Temistocle Solera (d’aprĂšs le drame “Nabuchodonosor” d’Auguste Anicet-Bourgeois et Francis Cornu)

 

 

 

distribution :

 

Leo Nucci, baryton, Nabucco, roi de Babylone – remplacĂ© par Amartuvshin Enkhbat

Anna Pirozzi, soprano, Abigaïlle, esclave, présumée fille de Nabucco

Massimo Giordano, ténor, Ismaël, neveu du roi des Hébreux

Riccardo Zanellato, basse, Zaccaria, Grand prĂȘtre de JĂ©rusalem

Enkelejda Shkoza, mezzo-soprano, Fenena, fille de Nabucco

Choeur de l’OpĂ©ra National de Lyon

Orchestre de l’OpĂ©ra National de Lyon

Direction : Daniele Rustioni

 

 

 

A NOTER :

Belle fortune de Nabucco Ă  l’affiche de l‘opĂ©ra de Vichy (11 nov, 15h)

Avec en remplacement de Leo Nucci, vĂ©tĂ©ran gĂ©nial dans le rĂŽle-titre, Amartuvshin Enkhbat. NĂ© en 1986 Ă  Sukhbaatar en Mongolie et nommĂ© par son pays “artiste d’honneur” Ă  24 ans, le baryton Amartuvshin Enkhbat est soliste principal de l’OpĂ©ra d’État d’Oulan-Bator.

 

 

COMPTE-RENDU, opéra. VICTORIA (Gozo, Malte), le 25 oct 2018. VERDI : La Traviata. Cauchi, Aniskin, Stinchelli, Walsh.

COMPTE RENDU, opĂ©ra. GOZO (Malta), Teatru Astra, le 25 oct 2018. VERDI : La Traviata. L’OPERA comme expĂ©rience collective et populaire. Ce n’est rien d’écrire que l’opĂ©ra Ă  Gozo, Ă  travers l’offre de ses 2 thĂ©Ăątres lyriques Ă  Victoria rayonne d’un Ă©clat particulier. Ainsi dans la salle du thĂ©Ăątre (Teatru) Astra : le genre est unanimement adoptĂ© par tous. ImmĂ©diatement ce qui saisit le mĂ©lomane amateur d’opĂ©ras, habituĂ©s des salles europĂ©ennes, c’est l’ambiance bon enfant et ce goĂ»t partagĂ© naturellement par tous pour l’expĂ©rience lyrique. L’implication est au cƓur de chaque reprĂ©sentation car Ă  l’occasion de ce « festival d’opĂ©ras » (festival mĂ©diterranĂ©en / Festival Mediterranea à Victoria, sur l’üle de Gozo, la seconde de l’archipel maltaise) qui a lieu chaque mois d’octobre dans la ville de Victoria, le nombre de bĂ©nĂ©voles, incluant une grande communautĂ© de locaux, reste constant, en ferveur, en gĂ©nĂ©rositĂ©, en participation surtout : nombre d’habitants sont figurants, choristes, personnel de salle
 autant d’initiatives qui contribuent Ă  renforcer ce lien social qui manque tant en France. Et qui fait du concert, de l’opĂ©ra : une cĂ©lĂ©bration du collectif. La culture, ciment du vivre-ensemble et de la curiositĂ© vers les autres, voilĂ  une vertu que l’on redĂ©couvre dans l’Hexagone, mais qui est depuis l’aprĂšs-guerre Ă  Victoria, une activitĂ© naturelle dĂ©fendue avec passion.

De fait, nul ne s’étonne dans la salle, Ă  quelques minutes avant le spectacle, de la ferveur d’un public trĂšs passionnĂ© qui applaudit spontanĂ©ment Ă  chaque fin d’air et de tableau collectif. La chaleur se transmet du parterre Ă  la scĂšne ; un encouragement permanent pour les solistes qui chantent leur duo sur un praticable devant la fosse d’orchestre et Ă  quelques centimĂštres des premiers spectateurs. Cette proximitĂ© ajoute Ă  l’intensitĂ© de la reprĂ©sentation.

 
 

 
 

L’opĂ©ra Ă  Gozo (Malte)

La fiĂšvre du lyrique intacte au Teatru Astra de Victoria

 

 

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D’emblĂ©e, le cadre intime du Teatru ASTRA, offre une bonne acoustique qui permet de beaux Ă©quilibres entre solistes, orchestre et chƓur.

Ce soir sur les terres du tĂ©nor vedette, vĂ©ritable trĂ©sor national vivant et ambassadeur de la culture maltaise, Joseph Calleja, c’est une soprano native qui chante le rĂŽle-titre : Miriam Cauchi. La cantatrice maltaise n’a certes pas des trilles prĂ©cises mais la chaleur du timbre et la justesse de l’intention font une Violetta particuliĂšrement digne et Ă©mouvante. Elle n’a pas le physique ni la jeunesse du personnage (du reste qui pourrait chanter Ă  17 ans un rĂŽle qui exige tant de la chanteuse comme de l’actrice?), mais Miriam Cauchi sait soigner un chant crĂ©dible, incarnĂ©, qui reste, vertu de plus en plus, mesurĂ© (combien d’autres divas en mal d’effets dĂ©monstratifs, cultive un vĂ©risme hors sujet chez Verdi).

Face Ă  elle, Alfredo ne manque pas d’aplomb ; le tĂ©nor italien Giulio Pelligra a de la vaillance Ă  revendre trop peut ĂȘtre car dans ses duos avec sa partenaire, davantage d’Ă©coute de l’autre, plus de dolcezza suave auraient mieux rĂ©ussi ce qui doit exprimer la magie enivrĂ©e de leur premiĂšre rencontre (au I, par exemple, pour le Brindisi final)


 

 

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Reste l’excellent Germon pĂšre du baryton russe Maxim Aniskin qui est la vedette de la soirĂ©e tant sa prestation suscite bien des Ă©loges ; le style, la noblesse humaine, la finesse vocale de sa caractĂ©risation illustrent idĂ©alement le type du baryton verdien (il a la voix et la couleur pour chanter Boccanegra) ; l’acteur clarifie l’évolution du personnage Ă  travers sa prĂ©sence Ă  l’acte II : il est d’abord conquĂ©rant, sĂ»r et inflexible, puis au contact de la pĂ©cheresse qu’il est venu sermonner et vĂ©ritablement sacrifier (pour l’honneur familial), pĂšre Ă©mu, Ăąme noble et compatissante, saisi par la dignitĂ© sacrificielle de Violetta, cette courtisane magnifique, qui accepte de rompre avec Germont fils.

Dans le duo avec Violetta, lui troublĂ©, Ă©mu, compassionnel / elle, Ă©perdue, blessĂ©e-, le chanteur arrondit les angles, caresse chaque nuance de sa partie, s’enlace vĂ©ritablement au chant de la soprano; sans jamais la couvrir trop ; une telle musicalitĂ© accordĂ©e Ă  l’autre est exemplaire et donne enfin Ă  entendre ce chant chambriste si fin et nuancĂ© ; proche du thĂ©Ăątre et qui doit beaucoup au bel canto bellinien.
Puis son grand air oĂč il sermonne cette fois son fils en le rappelant Ă  plus de maĂźtrise et de sagesse est lĂ©gitimement plĂ©biscitĂ© : le soliste est un immense interprĂšte, dans le style, la nuance. Un rĂ©gal lyrique.

De son cĂŽtĂ©, l’Orchestre Symphonique de Malte, sous la direction de Philip Walsh, veille Ă  la couleur et au caractĂšre de chaque acte : brillant au I ; plus contrastĂ© au II (entre le sacrifice et le renoncement de Violetta, et son humiliation publique Ă  Paris) ; tragique, intimiste, crĂ©pusculaire au III. C’est au final une production nouvelle (commande du Teatru Astra) qui rĂ©alise alors un spectacle prenant, poĂ©tiquement juste avec des solistes de haut vol, plutĂŽt convaincants. Il n’y a aucun doute : la tradition de l’opĂ©ra est flamboyante Ă  Gozo, et ses manifestations, comme en cet automne 2018, particuliĂšrement sĂ©duisantes. Rendez-vous est dĂ©jĂ  pris pour l’automne 2019.

 

 

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COMPTE-RENDU, opéra. VICTORIA (Gozo, Malte), le 25 oct 2018. VERDI : La Traviata. Cauchi, Aniskin, Stinchelli, Walsh.

distribution

Violetta Valéry : Miriam Cauchi (Soprano)
Alfredo Germont : Giulio Pelligra (Tenor)
Giorgio Germont : Maxim Aniskin (Baritone)
Flora Bervoix : Oana Andra (Mezzo-soprano)
Philip Walsh, direction. Enrico Stinchelli, mise en scĂšne.
Orchestre Philharmonique de Malte / MPO Malta Philharmonic Orchestra, choeurs du Festival Méditerranée de Gozo.

 

  

 

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Compte-rendu, opéra. PALERME, 16 oct 2018. VERDI : Rigoletto, Teatro Massimo. Stefano Ranzani / John Turturro

Compte-rendu, opĂ©ra. PALERME, 16 oct 2018. VERDI : Rigoletto, Teatro Massimo. Stefano Ranzani / John Turturro… Les femmes y sont rĂ©duites Ă  des objets de convoitise, les courtisanes, Ă©videmment, mais aussi Gilda, Maddalena, Giovanna comme la Comtesse de Ceprano. L’histoire du Roi s’amuse, reprise par Piave et Verdi, est connue. Gilda est broyĂ©e entre l’amour possessif et oppressif de son pĂšre et son premier amour pour un libertin dĂ©bauchĂ©. Mais le personnage essentiel, qui a donnĂ© son nom Ă  l’opĂ©ra, est bien Rigoletto, le bouffon complice du dĂ©pravĂ© duc de Mantoue. Ironie du sort, l’instigateur de l’enlĂšvement de la Comtesse de Ceprano sera celui de sa propre fille. Fascinant par les multiples composantes de sa personnalitĂ©, complexĂ© par sa difformitĂ©, amuseur cynique, entremetteur, Triboulet-Rigoletto est aussi un pĂšre aimant, qui nous Ă©meut par ses souffrances.

 
 

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Le Teatro Massimo de Palerme, pour cette nouvelle production, a fait appel Ă  John Turturro, dont le nom est attachĂ© au cinĂ©ma, qui rĂ©alise ici sa premiĂšre incursion dans le domaine lyrique. Brillante et sobre, humble, propre Ă  satisfaire tous les publics, sa mise en scĂšne respecte les cadres souhaitĂ©s par Piave et Verdi , sans pour autant tomber dans une reconstitution datĂ©e. Classique, mais jamais redondante, c’est toujours un plaisir pour l’oeil. Le premier acte se dĂ©roule dans un palais Ă  l’abandon. Quelques uns des cadres monumentaux qui ornent le mur de fond de scĂšne sont tombĂ©s, l’un d’eux est brisĂ©. La dĂ©construction lente du monde rĂ©aliste va concentrer l’attention sur les personnages. Le castellet de la chambrette oĂč Gilda est recluse, comme le bouge de Sparafucile et Maddalena, d’un rĂ©alisme cru, s’oublient vite, comme le recours frĂ©quent Ă  l’opacitĂ© des fumĂ©es qui captent la lumiĂšre.

 
   
 

Un opéra des hommes ?

 
 
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L’ensemble fonctionne. Les costumes portent la marque d’une aristocratie ancienne, sans pour autant ĂȘtre datĂ©e. Leur beautĂ©, sans ostentation, leur simplicitĂ©, leur caractĂ©risation, qui permet d’identifier chacun des personnages, tout concourt Ă  la comprĂ©hension du drame dont nous sommes les tĂ©moins. Le choix des couleurs n’y est pas Ă©tranger. Ainsi le rouge de la cape de Monterone, qui porte la malĂ©diction, se retrouve-t-il dĂ©voilĂ© progressivement lorsque Gilda va mourir dans les bras de son pĂšre. Jamais la moindre vulgaritĂ©, malgrĂ© la dĂ©bauche du Duc et de ses compagnons, malgrĂ© la violence de telle scĂšne. Le melodramma n’est pas du grand guignol. La direction d’acteur, particuliĂšrement soignĂ©e, respecte le naturel tout en composant des ensembles plus beaux les uns que les autres. A cet Ă©gard, il faut souligner la participation opportune du corps de ballet, aux deux premiers actes, qui s’intĂšgre habilement Ă  la suite du Duc.
Plusieurs distributions sont offertes, dont les premiers rĂŽles se combinent, pour les huit reprĂ©sentations (en 9 jours). Rigoletto connaĂźt ainsi trois de ses meilleurs interprĂštes : Leo Nucci, dont la santĂ© physique et vocale force l’admiration, George Petean et Amarturshwin Enkhbat, le benjamin dĂ©jĂ  consacrĂ©. Ce sera ce dernier que nous Ă©couterons, avec Ruth Iniesta en Gilda, et Ivan Ayon Rivas comme Duc de Mantoue. SinguliĂšrement, aucun chanteur italien pour les trois premiers rĂŽles, mais, rassurons-nous : leur italien est en tous points parfait et les chanteurs de la pĂ©ninsule se partagent les dix autres rĂŽles. La distribution de ce soir se distingue par sa jeunesse et son engagement.
Enkhbat Amartuvshin est un baryton mongol, consacrĂ© par de nombreux et prestigieux prix. Familier du rĂŽle sur les grandes scĂšnes italiennes, il est peu connu en France, oĂč on finira bien par le dĂ©couvrir. Sa voix est sonore, colorĂ©e et trouve toutes les inflexions pour traduire toutes les expressions du personnage. L’aigu est facile, puissant sans jamais sentir l’effort, le legato admirable, assorti d’un phrasĂ© noble et d’une Ă©mission oĂč la plainte est sincĂšre. Un trĂšs grand baryton verdien, du plus haut niveau. Ses qualitĂ©s dramatiques nous valent un Rigoletto crĂ©dible, juste et Ă©mouvant. Ivan Ayon Rivas, tĂ©nor pĂ©ruvien, a la prestance, la projection, les aigus faciles qui lui permettent de camper un Duc de Mantoue, assurĂ©, sĂ©ducteur et jouisseur dĂ©sinvolte. La voix est puissante, jeune, lumineuse. Son physique de jeune premier renforce sa crĂ©dibilitĂ© dramatique. « La donna Ăš mobile », a la vaillance attendue. Le « Questa o quella », morceau de bravoure, soulĂšve l’enthousiasme. Gilda est espagnole. Ruth Iniesta, a la lĂ©gĂšretĂ©, la fraĂźcheur, l’agilitĂ© et les colorature qui font oublier les caricatures que donnent certaines sopranos dramatiques de cette adolescente. Son « Caro nome », oĂč elle rĂȘve de son bien-aimĂ© Gualtier MaldĂ©, traduit Ă  merveille sa puretĂ© comme sa sensualitĂ© naissante. Luca Tittolo, le tueur Ă  gages Sparafucile, est remarquable et fait forte impression. La voix est ample, profonde, tranchante et agile, sa large tessiture lui permet une aisance constante. Le beau contralto de Martina Belli et son physique Ă  ensorceller le diable nous valent une Maddalena plus vraie que nature. La voix est sonore, chaude, corsĂ©e. On regrette presque que Verdi attende les ensembles du dernier acte pour nous l’offrir. Aucune faiblesse n’est Ă  relever dans les seconds rĂŽles que l’on ne dĂ©taillera pas. Les choeurs sont superbes d’aisance vocale et dramatique, de cohĂ©sion et de prĂ©cision.

 
 
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C’est Ă  Stefano Ranzani, grand chef lyrique dont le nom est attachĂ© Ă  celui de Verdi, que l’on doit ce grand moment d’Ă©motion partagĂ©e. Familier de l’oeuvre, dont il connaĂźt chaque phrase comme la construction dramatique, il nous offre un modĂšle de direction, fine, racĂ©e, intense. Tout est lĂ , les progressions, les textures, les phrasĂ©s, avec une attention portĂ©e Ă  chacun. On imagine le plaisir des interprĂštes Ă  chanter et jouer sous sa conduite. Le geste, clair, prĂ©cis, dĂ©monstratif, est efficace, sĂ©curisant dans son accompagnement de chacun, mais surtout communique une incroyable Ă©nergie qui nous vaut la plus large palette de nuances, assorties d’une Ă©lĂ©gance rare.
Une captation de cette réalisation exceptionnelle est visible sur OperaVision, avec un autre trio de solistes (Georges Petean, Stefan Pop et Maria Grazia Schiavo), moins jeunes, mais tout aussi valeureux.
La production migrera au Teatro Regio de Turin, Ă  l’opĂ©ra de Shanxi, puis Ă  l’OpĂ©ra Royal de Wallonie-LiĂšge, coproducteurs. A ne pas rater !

 
   
 

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Compte-rendu, opéra. PALERME, 16 oct 2018. VERDI : Rigoletto, Teatro Massimo. Stefano Ranzani / John Turturro

 
   
 

Compte rendu, opĂ©ra. Orange, ChorĂ©gies, le 3 aoĂ»t 2016. Verdi : La Traviata par Ermonela Jaho. Triomphe de la soprano albanaise au ThĂ©Ăątre Antique d’Orange


Compte rendu, opĂ©ra. Orange, ChorĂ©gies, le 3 aoĂ»t 2016. Verdi : La Traviata par Ermonela Jaho. Triomphe de la soprano albanaise au ThĂ©Ăątre Antique d’Orange


TENDRE ET TRAGIQUE 
 Comme dans le cas de Butterfly ou Tosca, c’est toujours la musique qui fixe dans l’imaginaire collectif une Ɠuvre tirĂ©e du roman ou du thĂ©Ăątre, ici, des deux. Remarquons que, mĂȘme avec Greta Garbo et Robert Taylor, le film de George Cukor, Le Roman de Marguerite Gautier, de 1936, considĂ©rĂ© comme un chef-d’Ɠuvre, n’est plus qu’une curiositĂ© pour cinĂ©philes. En revanche, le fameux air du champagne, « Libiam ! » et l’air de Violetta « Sempre libera  » sont sĂ»rement connus mĂȘme de gens ne mettant jamais les pieds Ă  l’opĂ©ra. Puissance de la musique qui a donnĂ© une forme dĂ©finitive au drame humain de la fille de joie Ă  grand prix achetĂ©e, perdue et sauvĂ©e, rachetĂ©e par l’amour.

 

 

 

La courtisane historique

 

 

VERDI_402_Giuseppe-Verdi-9517249-1-402FatalitĂ© des reprises des Ɠuvres phare du rĂ©pertoire lyrique, nous voilĂ  encore Ă  reprendre, mais enrichie, l’aventure de cette traviata, ‘dĂ©voyĂ©e’, sortie de la voie’, de la bonne voie s’entend, de cette Violetta ValĂ©ry verdienne tirĂ©e du roman autobiographique La Dame aux camĂ©lias (1848) d’Alexandre Dumas fils : il en fera un mĂ©lodrame en 1851, qui touchera Verdi. C’est sa musique qui fixe dans l’imaginaire collectif le drame humain de la courtisane rĂ©dimĂ©e par l’amour. De son vrai nom Rose Alphonsine Plessis dite Marie Duplessis (1824-1847),puis tout de mĂȘme comtesse de PerrĂ©gaux par son mariage Ă  Londres, un an avant sa mort, avec un jeune amant noble qui ne l’abandonnera jamais, et lui offrira mĂȘme, arrachant son corps Ă  la fosse commune des indigents, le tombeau, toujours fleuri, que l’on peut voir au cimetiĂšre de Montmartre, inspire Ă  Dumas fils, amant de cƓur, le personnage de Marguerite Gautier qu’il fait entrer dans la lĂ©gende. AprĂšs une enfance misĂ©rable et divers petits mĂ©tiers, dĂ©jĂ  cĂ©lĂšbre Ă  seize ans, contrairement Ă  tant d’autres de ses consƓurs, elle avait appris Ă  lire et Ă  Ă©crire, s’Ă©tait Ă©duquĂ©e mondainement et cultivĂ©e et tenait mĂȘme un salon frĂ©quentĂ© par des artistes et des Ă©crivains, dont Gautier et pas moins que Liszt, elle fut sa maĂźtresse, il envisageait de vivre avec elle : dans une lettre elle le supplie de la prendre avec lui dans une de ses tournĂ©es qui l’amenait en Turquie. Par sa grĂące et ses grĂąces, c’Ă©tait une maĂźtresse que l’on pouvait afficher sans honte dans le demi-monde sinon le monde, entretenue luxueusement par des amants qui se la disputaient, arborant dans ses cheveux dans sa loge au thĂ©Ăątre ou en calĂšche au Bois, dit-on, le fameux camĂ©lia blanc, signal des jours « ouvrables » pour les clients et rouge pour les jours d’indisposition fĂ©minine, ou pour les amateurs. Elle meurt Ă  vingt-trois ans de tuberculose, criblĂ©e de dettes, et le roman de Dumas fils commence par la vente aux enchĂšres de ses biens, ses meubles (il lui en restait assez) pour dĂ©frayer ses crĂ©anciers. Le jeune et (relativement) pauvre Alexandre, son amant durant un an, offrira plus tard Ă  Sarah Bernhardt, pour la remercier d’avoir assurĂ© le triomphe mondial de sa piĂšce, sa lettre de rupture avec celle qu’on appelait la Dame aux camĂ©lias, dont il rĂ©sume l’un des aspects cachĂ©s du drame vĂ©cu :

«  Ma chĂšre Marie, je ne suis pas assez riche pour vous aimer comme je voudrais, ni assez pauvre pour ĂȘtre aimĂ© comme vous voudriez  »

Ne pouvant ni l’entretenir, ni ĂȘtre entretenu par elle, il deviendra cĂ©lĂšbre et riche avec son drame qui raconte le sacrifice de la courtisane ruinĂ©e, exigĂ© par le pĂšre de son amant, redoutant que les amours scandaleuses de son fils avec une poule de luxe ne compromettent le mariage de sa fille dans une famille oĂč la morale fait loi. Et l’argent : on craint que le fils prodigue ne dilapide l’hĂ©ritage familial en cette Ă©poque, oĂč le ministre Guizot venait de dicter aux bourgeois leur grande morale : « Enrichissez-vous ! » Bourgeoisie triomphante, pudibonde cĂŽtĂ© cour mais dĂ©pravĂ©e cĂŽtĂ© jardin, jardin mĂȘme pas trĂšs intĂ©rieur, cultivĂ© au grand jour des nuits de dĂ©bauche officielles avec des « horizontales », des hĂ©taĂŻres, des courtisanes ou de pauvres grisettes ouvriĂšres, affectĂ©es (et infectĂ©es) au plaisir masculin que les messieurs bien dĂ©nient Ă  leur femme lĂ©gitime.

 

 

 

RÉALISATION

 

 

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DĂ©jĂ  « vĂ©riste », naturaliste par un sujet contemporain qui fit scandale, rĂ©aliste donc par le thĂšme mais dĂ©rĂ©alisĂ©e par une musique belcantiste virtuose et une langue littĂ©raire dont les tournures concises et recherchĂ©es frĂŽlent la prĂ©ciositĂ© baroque, bourrĂ©e d’hyperbates, des renversements de l’ordre syntaxique naturel (« D’Alfredo il padre in me vedete », ‘D’Alfred en moi le pĂšre voyez’ , « Dunque in vano trovato t’avró », ‘Donc, en vain trouvĂ© je t’aurai’, « Conosca il sacrifizio/ Ch’io consumai d’amore », ‘Qu’il connaisse le sacrifice/ Que je consommai d’amour’, etc), La traviata, malgrĂ© deux scĂšnes de fĂȘte, est un opĂ©ra intimiste et semble s’opposer aux grands dĂ©ploiements exigĂ©s par le gigantisme du thĂ©Ăątre antique. Diego MĂ©ndez Casariego qui, avec de sobres et funĂšbres costumes noirs, en signe la scĂ©nographie, s’en tire par une Ă©lĂ©gante solution : un miroir, symbole de l’intime, de l’interrogation sur soi, de l’introspection, d’autant plus chez une femme dont les appas sont le fonds de commerce, est portĂ© ici Ă  l’Ă©chelle du lieu, immense, occupe sans encombrer le fond de la scĂšne, le fameux mur. BrisĂ© comme un rĂȘve trop grand dont les dĂ©bris jonchent le sol, avec un centre obscur pour une traversĂ©e des apparences, un passage symbolique de l’autre cĂŽtĂ© du miroir, de la vie, il a un cadre dorĂ© Ă©galement ruinĂ©, dont des morceaux, en perspective de fuite, figurent une scĂšne dans la scĂšne, thĂ©Ăątre du monde, du demi-monde et sa vanitĂ© des vanitĂ©s : des lustres luxueux projetĂ©s sur la glace et les murs sont la mesure des fastueuses fĂȘtes, juste des reflets donc, mais, Ă  jardin, un vrai lustre Ă©croulĂ© au milieu de chaises Second Empire dorĂ©es au siĂšge de velours rouge occupĂ©es par des hommes en noir et, Ă  cour, un massif, un parterre de fleurs blanches (des camĂ©lias?), est comme une tombe future autour de laquelle tournoient des femmes aussi en noir. Au milieu du plateau trĂŽne une mĂ©ridienne noire, lit de repos dĂ©jĂ  Ă©ternel : cercueil. Cet ensemble Ă©purĂ© et symbolique semble, Ă  l’Ă©chelle prĂšs, un allĂ©gorique dĂ©cor d’austĂšre autocramental espagnol, une VanitĂ© baroque. Des projections d’arbres allĂšgeront la charge funĂšbre globale pour l’acte II et le rĂȘve de survie de la fin. De simples Ă©charpes rouges pour les dames et des Ă©ventails Ă©gayeront la fĂȘte de l’acte III, Ă©vacuant avec Ă©lĂ©gance le ridicule habituel de la scĂšne des grotesques toreros. C’est d’un raffinement d’Ă©pure.

La mise en scĂšne de Louis DĂ©sirĂ© s’y glisse, s’y coule, avec la beautĂ© sans surcharge d’une Ă©lĂ©gance noble, sans simagrĂ©es ni gestes outrĂ©s, qui joue avec une Ă©motion contenue, sur la tendresse qui lie les personnages, mĂȘme le pĂšre odieux en gĂ©nĂ©ral, ici Ă©mouvant d’affection filiale pour elle qui pourrait ĂȘtre sa fille. Leur comprĂ©hension mutuelle est touchante, humainement vraie dans un juste jeu d’acteurs, comme la caresse et la gifle au fils.

DĂšs l’ouverture animĂ©e, la foule noire se presse et oppresse Violetta seule dans « ce populeux dĂ©sert appelĂ© Paris », singularisĂ©e par sa robe rouge, dĂ©signĂ©e victime d’un sacrifice Ă  venir. MĂȘme le fameux et joyeux « brindisi » enserre les hĂ©ros qui ne semblent jamais Ă©chapper, hors la parenthĂšse de la campagne, Ă  l’omniprĂ©sent et pesant regard du monde sur leur intimitĂ©. Le monologue troublant de Violetta, « È strano  », devant le seuil de ce miroir brisĂ©, le passage Ă  l’acte de la rupture avec l’ancienne vie, est finement figurĂ© par l’abandon respectif des amants dont elle refuse cette toujours prĂ©sente fleur au profit de celle offerte Ă  Alfredo qu’il rapportera fanĂ©e mais florissante de l’Ă©closion de l’amour.

 

 

 

INTERPRÉTATION

 

 

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DĂšs le prĂ©lude, cette douce et poignante brume qui semble se lever et ne devoir jamais finir, est Ă©tirĂ©e vers un infini insondable, tissĂ©e comme une douce soie par le jeune chef Daniele Rustioni. Pour la premiĂšre fois aux ChorĂ©gies, il ne cĂšde pas au piĂšge du grossissement dans le gigantisme du lieu : d’entrĂ©e on sent qu’on est dans une direction musicale d’une qualitĂ© supĂ©rieure. Il estompe avec dĂ©licatesse les « zin-zin /boum-boum » d’un accompagnement de facile fĂȘte foraine de Verdi dans la deuxiĂšme partie de cette ouverture. À la tĂȘte des remarquables ChƓurs des OpĂ©ras d’Angers-Nantes, Avignon et Marseille, dirigeant avec ardeurl’Orchestre National Bordeaux-Aquitaine, il en transcende avec finesse les pupitres, exaltant la palette des timbres et attache une attention que l’on dirait amoureuse aux solistes, les accompagnant en finesse sans jamais les mettre en danger, tout adonnĂ©, engagĂ© en actions physiques expressives dans la musique, la mimique et le jeu. Il faudrait rĂ©entendre comme il enfle le son au grĂ© de la messa di voce de l’exceptionnelle Ermonela Jaho qui augmente le volume passionnel de sa voixdans son dĂ©chirant « Amami Alfredo ! » : c’est une vague, une houle musicale et Ă©motionnelle qui dĂ©ferle sans noyer l’interprĂšte oĂč tant d’autres se perdent.

À l’Ă©vidence, il y a eu beaucoup d’intelligence et de travail entre le plateau et la fosse pour donner Ă  cette Ɠuvre tragique toute la tendresse humaine dont elle ne dĂ©borde pas Ă  premiĂšre vue dans ce monde cynique et cruel d’un plaisir pas toujours trĂšs raffinĂ©. Tout est traitĂ©, scĂ©niquement et musicalement, dans la nuance. Tous les personnages, mĂȘme Ă©phĂ©mĂšres, sont bien campĂ©s (Giuseppe, RĂ©my Matthieu, Annina, la fidĂšle et douce servante, Anne-Marguerite Werster, le fidĂšle aussiGrenvil Ă  belle voix sombre de Nicolas TestĂ©) ; Flora et le Marquis ne sont pas seulement un couple de comĂ©die, mais des amis attentifs aux leurs, Ă  Violette et Alfredo (Ahlima Mhandi , Christophe Berry)
; mĂȘme le Baron (Laurent Alvaro), le protecteur officiel de Violetta, s’il empoche (pour elle, pour lui?) l’argent qu’Alfredo lui a gagnĂ© au jeu et n’a pas jetĂ© au visage de son amante mais plus Ă©lĂ©gamment remis entre ses doigts, paraĂźt ĂȘtre solidaire de celle qui l’avait pourtant abandonnĂ© et pour laquelle il sera blessĂ© en duel.

Dans cette prestigieuse distribution, la dĂ©couverte, ce fut le tĂ©nor Francesco Meli en Alfredo, amant choisi, heureux mais se croyant trahi, fils potentiellement prodigue puis contrit, homme entretenu sans le savoir et dĂ©sespĂ©rĂ© de le savoir. La voix est large, passant aisĂ©ment la rampe orchestrale et la distance, le timbre chaud et, malgrĂ© un vibrato trĂšs vite corrigĂ©, il cisĂšle tout en douceur les nuances de ce rĂŽle, semblant se chanter Ă  lui-mĂȘme et non triomphalement tonitruer son air ardent mais intĂ©rieur comme une confidence d’un jeune homme Ă©lu, Ă©merveillĂ© par l’amour d’une femme que tous dĂ©sirent. C’est du grand art au service non du chanteur mais d’un rĂŽle.

On ne dĂ©couvre pas PlĂĄcido Domingo, lĂ©gende vivante du monde lyrique que cinĂ©ma, tĂ©lĂ©vision ont popularisĂ© mondialement et « divinisé », s’il n’Ă©tait si attentivement humain aux jeunes talents qu’il favorise, par ailleurs directeur d’OpĂ©ras, chef d’orchestre en plus de demeurer le grand tĂ©nor aux cent-cinquante rĂŽles qu’il a tous marquĂ©s et qui, en Espagnol fidĂšle au rĂ©pertoire populaire hispanique trop mĂ©connu, comme Kraus, CaballĂ©, Berganza, los Ángeles, Carreras et autres grands interprĂštes espagnols, a portĂ© aux quatre coins du monde les charmes de la zarzuela ibĂ©rique, dont il a mĂȘme imposĂ© certains airs comme passage obligĂ© des tĂ©nors d’aujourd’hui. CrĂ©ateur donc autant qu’interprĂšte exceptionnel. On le retrouvait en baryton, tessiture de ses dĂ©buts, et qu’il a toujours frĂ©quentĂ©e de prĂšs dans les grands rĂŽles de fort tĂ©nor au mĂ©dium corsĂ© comme Othello ou Canio, oĂč sa couleur et puissance faisaient merveille. Ici, en baryton verdien tirant vers l’aigu, il Ă©tait un Germont pĂšre, dĂ©marche lourde sous le poids autant de l’Ăąge que de l’expĂ©rience, dĂ©cidĂ© Ă  rĂ©gler une affaire mais vite freinĂ© par les scrupules, la compassion et mĂȘme la complicitĂ© avec son interlocutrice : il s’attend Ă  trouver une courtisane vulgaire et avide et trouve cette jeune femme fragile et forte aux bonnes maniĂšres, amoureuse d’un fils qu’il aime et quelque chose passe entre eux. Tout cela est sensible dans le jeu, les hĂ©sitations, les gestes Ă©bauchĂ©s (remarquable travail d’acteur). S’il donne aux fioritures de son air sur la beautĂ© Ă©phĂ©mĂšre de Violetta le tranchant cruel des Ă©vidences, il fait des appoggiatures de la sorte de berceuse Ă  son fils, « Di Provenza, il mare il sol  », de vĂ©ritables sanglots dans le passage  « Ah , tuo vecchio genitor, tu non sai quanto sofri ! »

On ne cesse de dĂ©couvrir Ermonela Jaho : Micaela, Butterfly, dĂ©jĂ  Ă  Orange, Mireille, Manon, Marie Stuarda, Anna Bolena, ailleurs, etc, elle m’a toujours confondu d’admiration par ce qui semblait l’identification exacte, vocale, physique et scĂ©nique Ă  un rĂŽle. Or, les rĂŽles changent et le mĂȘme bonheur d’adĂ©quation s’impose Ă  l’Ă©couter, la voir. Sa Butterfly paraissait unique et bouleversait par son sacrifice intime et grandiose. En Violetta, dans la premiĂšre partie de l’acte I, courtisane adulĂ©e, brillante, lĂ©gĂšre, coquette, la voix brille, s’Ă©lĂšve, badine, cocotte, cascade de rires face Ă  Alfredo avec une joliesse irrĂ©sistible, l’Ă©mission facile farde dĂ©licatement toute la technique : l’art, cachĂ© par l’art semble tout naturel. GagnĂ©e par l’amour enveloppant des phrases du jeune homme, elle change de tessiture en apparence, plonge dans le grave du soprano dramatique, mĂ©dium moelleux, mallĂ©able de l’introspection et bondit dans le vertige virtuose de la frivolitĂ©. Elle nous Ă©pargne le faux contre mi bĂ©mol inutilement surajoutĂ© Ă  la partition par des voix trop lĂ©gĂšres et s’en tient aux quatre contre rĂ© bĂ©mols vocalisants vraiment voulus par Verdi, vraie couleur du morceau et vĂ©ritĂ© d’une femme qui n’est pas un rossignol mĂ©canique, mais un tendre oiseau Ă  l’envol vite brisĂ©. Nous sommes au thĂ©Ăątre, Ă  l’opĂ©ra : tout y est vrai et tout est faux. Mais Ermonela Jaho, sans rien sacrifier de la beautĂ© de la voix expressive, est tellement crĂ©dible, si douloureusement vraie en mourante que, pris par l’intensitĂ© de son jeu, on s’Ă©tonne ensuite, aux bravos, qu’elle rĂ©apparaisse si vivante.

Sauvant la production en remplaçant au pied levĂ© Diana Damrau souffrante, aprĂšs son inoubliable aussi Butterfly, elle est sacrĂ©e Reine des ChorĂ©gies 2016 dont le succĂšs couronne sans faille le flair de l’autre triomphateur qui les aura programmĂ©es : Raymond Duffaut.

Compte rendu, opéra. Orange, Chorégies, le 3 août 2016.  VERDI : La Traviata par Ermonela Jaho. Daniele Rustioni, direction

A l’affiche des ChorĂ©gies d’Orange, les 3 et 6 aoĂ»t 2016

Orchestre National Bordeaux-Aquitaine, ChƓurs des OpĂ©ras d’Angers-Nantes (Xavier Ribes), Avignon (Aurore Marchand) et Marseille (Emmanuel Trenque) – Direction musicale : Daniele Rustioni
Mise en scĂšne : Louis DĂ©siré ; ScĂ©nographie et costumes : Diego MĂ©ndez Casariego ; LumiĂšres : Patrick MĂ©uĂŒs.

Distribution :

Violetta Valéry : Ermonela Jaho ;
Flora Bervoix : Ahlima Mhandi  ;

Annina : Anne-Marguerite Werster.

Alfredo Germont : Francesco Meli ; Giorgio Germont : Placido Domingo ;
Gastone di LetoriÚres : Christophe Berry
:Il barone Douphol ; Laurent Alvaro :Il marchese d’Obigny : Pierre Doyen ; Il Dottore Grenvil : Nicolas Testé ; Giuseppe, RĂ©my Matthieu.

Illustrations : © Philippe Gromelle, sauf premiÚre photo : Anne-MargueriteWerster (Annina) au chevet de Ermonela Jaho (Violetta) / © Abadie Bruno & Cyril Reveret

Compte-rendu concert. Orange,ChorĂ©gies 2016, ThĂ©Ăątre Antique, le 16 juillet 2016. Verdi: Messa da Requiem… Calleja, Sokhiev

Vague verdienne en juin 2014Compte-rendu concert. Orange,ChorĂ©gies 2016, ThĂ©Ăątre Antique, le 16 juillet 2016. Verdi: Messa da Requiem… Calleja, Sokhiev. LE TRIOMPHE DE TUGAN SOKHIEV et de JOSEPH CALLEJA. Les ChorĂ©gies 2016 ont programmĂ© une interprĂ©tation thĂ©Ăątrale et Ă©mouvante du si beau Requiem de Verdi. A deux soirs de la tuerie de Nice, ce Requiem a Ă©tĂ© dĂ©diĂ© aux victimes voisines mais il avait d’abord Ă©tĂ© question d’annuler ce concert. La vie reste notre bien le plus prĂ©cieux, la culture le clame trĂšs fort et tout concert annulĂ© est une victoire des oppresseurs de la vie libre. Ce concert a Ă©tĂ© dĂ©butĂ© dans un immense recueillement. L’acoustique inouĂŻe du ThĂ©Ăątre Antique est bien connue de Tugan Sokhiev aussi a-t-il pu obtenir des sonoritĂ©s Ă©vanescentes des cordes et un chant pianissimo du magnifique chƓur OrfeĂłn Donostiarra dĂšs les premiĂšres mesures. L’apparition des images de la voie lactĂ©e sur l’immense mur a proposĂ© un voyage dans l’imaginaire si riche du dessinateur et scĂ©nariste de bande dessinĂ©e Philippe Druillet. Ses dessins ont Ă©tĂ© projetĂ©s et animĂ©s sur les reliefs du mur du ThĂ©Ăątre antique. Les diffĂ©rentes Ɠuvres, telles  “Nosferatu” et “Lone Sloane”, ont ainsi accompagnĂ© le rĂ©cit du spectaculaire Requiem de Verdi.

Pour certains la distraction engendrĂ©e par la beautĂ© si particuliĂšre des dessins, leur violence et leurs couleurs envahissantes, a nui Ă  l’émotion musicale. Concert et spectacle Ă  la fois, il est dommage d’avoir eu Ă  choisir entre les projections sur le mur et la vision d’artistes engagĂ©s et tout particuliĂšrement la direction Ă  mains nues d’une grande beautĂ© de Tugan Sokhiev. France 3 offre Ă  partir du 27 juillet ainsi que Culture Box le film qui en a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© en une solution hybride que nous souhaitons plus satisfaisante.

DIRECTION MAGISTRALE et TENOR EN GRÂCE. Musicalement le thĂ©Ăątre verdien de la Missa da Requiem a Ă©tĂ© portĂ© Ă  son apogĂ©e par la direction magistrale de Tugan Sokhiev. L’OrfeĂłn Donostiarra est un chƓur d’une ductilitĂ© totale et d’une beautĂ© confondante, du pianissimo le plus infime au forte le plus spectaculaire du Tuba Mirum. Le RRR roulĂ© des basses dans le Rex tremendae Majestatis prĂ©cĂ©dant la note est un exemple de cette terrible thĂ©ĂątralitĂ©. Le dosage parfait des nuances poussĂ©es Ă  leur maximum a Ă©tĂ© de bout en bout le fil rouge de l’interprĂ©tation. Les couleurs ont Ă©galement Ă©tĂ© d’une grande richesse dans le chƓur comme dans l’orchestre. Chaque tempo choisi a Ă©tĂ© habitĂ© et a semblĂ© Ă©vident. Le chƓur et l’orchestre ont Ă©tĂ© ainsi modelĂ©s Ă  main nue, par un chef inspirĂ© dans des phrasĂ©s amples et gĂ©nĂ©reux. Cuivres brillants, cordes soyeuses ou victorieuses, bois d’une grande dĂ©licatesse chaque pupitre a brillĂ©, jusqu’aux timbales et grosse caisse ! L’Orchestre du Capitole si riche en couleurs peut les exalter dans cette acoustique chatoyante.
Las, les solistes ont eu pour certains du mal Ă  habiter aussi bien leurs parties. La soprano italienne Erika Grimaldi,  venue en remplacement in extremis, ne bĂ©nĂ©fice pas d’une voix idĂ©ale pour cette terrible partie. Le timbre assez ingrat est affublĂ© d’un large vibrato. La voix n’est pas homogĂšne et les graves sont trop sourds. Dans le Libera me final, c’est son engagement qui lui a permis de conquĂ©rir in fine le succĂšs public. La mezzo soprano Ekaterina Gubanova a un timbre agrĂ©able et a su nuancer ses interventions avec art. Tout particuliĂšrement le dĂ©but du Lacrymosa trĂšs Ă©mouvant. La Basse Vitalij Kowaljow a Ă©tĂ© le seul Ă  dĂ©livrer un texte parfaitement comprĂ©hensible. Avec aplomb, il a tenu parfaitement sa partie d’une voix trĂšs homogĂšne et agrĂ©able jusque dans les emportements terribles. C’est Joseph Calleja, tĂ©nor extrĂȘmement attachant, qui a su trouver appui sur les vastes phrases proposĂ©es par Tugan Sokhiev, les habitant toutes jusqu’au fond de l’expressivitĂ©. EngagĂ©, concentrĂ© et d’une voix trĂšs touchante, le tĂ©nor, vĂ©ritable star vĂ©nĂ©rĂ©e dans son pays natal, Malte-, a su rejoindre l’orchestre et le choeur dans une Ă©motion musicale poignante. La beautĂ© du timbre, sa clartĂ© ont fait merveille tout du long et son Ingemisco a Ă©tĂ© un moment de pure grĂące, comme la maniĂšre dont il aborde Hostias Ă©galement.
Les ChorĂ©gies 2016 ont programmĂ© une magnifique interprĂ©tation thĂ©Ăątrale et Ă©mouvante du si beau Requiem de Verdi. L’OrfeĂłn Donostiarra et l’Orchestre du Capitole n’ont fait qu’un avec la direction de Tugan Sokhiev. Cette musique si forte est apte Ă  accompagner la tristesse de notre Ă©poque dans les attaques faites Ă  notre mode de vie tout en mobilisant notre dĂ©sir de vie et d’accĂšs Ă  la beautĂ©.

Compte-rendu, concert. Orange.ChorĂ©gies 2016, ThĂ©Ăątre Antique, le 16 Juillet 2016 : Giuseppe Verdi (1813-1901) : Messa da Requiem ; Solistes: Erika Grimaldi, soprano ; Ekaterina Gubanova, mezzo-soprano ; Joseph Calleja, tĂ©nor ; Vitalij Kowaljow, basse ; ChƓur de l’OrfeĂłn Donostiarra, chef de choeur : JosĂ© Antonio Sainz Alfaro ; Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction.

Requiem de Verdi dirigé par Tugan Sokhiev

logo_france_3_114142_wideFrance 3. Requiem de Verdi, mercredi 27 juillet, 20h50. Focus festif sur les ChorĂ©gies d’Orange, avec un regard rĂ©trospectif sur les grandes heures d’Orange suivi par France TĂ©lĂ©vision depuis 6 annĂ©es dĂ©jĂ  : extraits des rĂ©citals et performances in loco des plus grands solistes lyriques, c’est Ă  dire Joseph Calleja, Ermonela Jaho, Vittorio Grigolo, Christophe Willem, Salvatore Adamo, Julie Fuchs, Alexandre Duhamel, Armando Noguera, Nathalie Manfrino, Florian Sempey,
 airs d’opĂ©ras, grands choeurs, danse, un choix Ă©quilibrĂ© de spectacles dĂ©jĂ  donnĂ©s illustre ce best of made in Orange.

VERDI_402_Giuseppe-Verdi-9517249-1-402A 22h45, Requiem de Verdi, dans l’interprĂ©tation donnĂ©e en juillet 2016 par l’Orchestre du Capitole de Toulouse et son chef attirĂ©, Tugan Sokhiev. Le Requiem de Verdi Ă  Orange est mis en images par le dessinateur Philippe Druillet, comme Carmina Burana il y a 2 ans, pour un spectacle total qui embrase le ThĂ©Ăątre Antique. Philippe Druillet crĂ©e pour cet Ă©vĂ©nement une quinzaine de peintures originales, travaillĂ©es en infographies et projetĂ©es par mapping vidĂ©o sur le mur monumental. Les crĂ©ations ainsi projetĂ©es accompagne l’oeuvre magistrale de Verdi, un Requiem spectaculaire, au dramatisme, digne d’un opĂ©ra. LĂ  s’élĂšve la voix humaine contre la tragĂ©die de la mort : Verdi y concentre tout son talent de gĂ©nial auteur pour le thĂ©Ăątre lyrique. La derniĂšre plainte, Ă  la fois priĂšre et renoncement de la soprano et du choeur, Ă  l’énoncĂ© des paroles ultimes, Requiem aeternam, donne la chair de poule par sa dĂ©chirante vĂ©ritĂ©.

Avec l’Orchestre National du Capitole de Toulouse et le ChƓur de l’Orfeón Donostiarra, sous la direction de Tugan Sokhiev.

Solistes : Krassimira Stoyanova, soprano ;  Ekaterina Gubanova, mezzo-soprano ; Joseph Calleja, ténor et Vitalij Kowaljow, basse.

Spectacle enregistrĂ© les 15 et 16 juillet 2016 au ThĂ©Ăątre Antique d’Orange.

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Compte rendu, opéra. Marseille, Opéra, le 15 juin 2016. Verdi : Macbeth. Steinberg / Bélier-Garcia

Compte rendu, opĂ©ra. Marseille, OpĂ©ra, le 15 juin 2016. Verdi : Macbeth. Steinberg / BĂ©lier-Garcia. Triomphale fin de saison Ă  l’OpĂ©ra de Marseille. L’OEUVRE. Contexte thĂ©Ăątral : thĂ©Ăątre de l’horreur. Tout en s’en dĂ©marquant quelque peu, la tragĂ©die de William Shakespeare (1564-1616), Macbeth (entre 1603 et 1607), demeure, par sa brutalitĂ©, les scĂšnes de meurtre, dans la veine d’un thĂ©Ăątre europĂ©en de l’horreur Ă  cheval sur les XVIe et XVIIe siĂšcles dont, en France, Les Juives de Robert Garnier (1583), par leur violence imprĂ©gnĂ©e de celle des Guerres de religion, demeurent un exemple. Shakespeare, avec son Titus Andronicus (vers 1590/1594), ne dĂ©roge pas Ă  cette inspiration barbare des piĂšces Ă©lisabĂ©thaines de la fin des annĂ©es 1580, prodigues en scĂšnes atroces (cannibalisme, mutilation, viol, folie). Il y renchĂ©rit mĂȘme sur les Ɠuvres plus que violentes de ses rivaux, tels Christopher Marlowe qui porte Ă  la scĂšne avec cruditĂ© la Saint-BarthĂ©lemy (Massacre de Paris, 1593) et la cuve d’huile bouillante de son Juif de Malte (1589) ou Thomas Kyd et sa TragĂ©die espagnole. Macbeth fut le plus grand succĂšs public de Shakespeare, longtemps rejouĂ©e, traduite en allemand par des compagnies itinĂ©rantes. Mais ce mĂ©lange d’horreur et de pathĂ©tique, dĂ©rogeant aux rĂšgles de la biensĂ©ance classique s’imposant au milieu du XVIIe siĂšcle, la piĂšce sera relĂ©guĂ©e aprĂšs avoir rĂ©galĂ© le grand public.

 
 
 

MACBETH, un thĂ©Ăątre de l’horreur

 
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Le dramaturge anglais s’inspire librement d’une chronique mĂ©diĂ©vale relatant des Ă©vĂ©nements historiques, la vie de Macbeth, roi des Pictes, qui rĂ©gna en Écosse de 1040 Ă  1057 ; il monte sur le trĂŽne en assassinant Duncan, le roi lĂ©gitime. Mais de cet Ă©vĂ©nement, un rĂ©gicide, le meurtre d’un roi, somme toute banal dans l’histoire, Shakespeare tire la peinture, le portrait d’un assassin ambitieux certes, mais timorĂ©, freinĂ© puis tourmentĂ© par des scrupules moraux. Cependant, il est incitĂ© par sa machiavĂ©lique femme, Lady Macbeth, qui le pousse dans la marche au pouvoir qui ne se soutient que par l’enchaĂźnement inexorable de crime en crime. Le couple maudit, rongĂ© par la crainte d’ĂȘtre dĂ©couvert et le remords, acculĂ© Ă  la surenchĂšre criminelle pour se maintenir au sommet de la puissance, dans son escalade criminelle, trouve son expiation, son chĂątiment, lui, saisi d’abord d’hallucinations croyant voir mĂȘme dans un banquet, au milieu des courtisans, le fantĂŽme de Banquo, l’ami qu’il a fait assassiner, elle, Lady Macbeth, son Ăąme damnĂ©e, sombrant dans le somnambulisme qui la trahit, dans la folie, lavant sans cesse des mains tachĂ©es du sang du rĂ©gicide, avant de pĂ©rir.
Shakespeare ajoute au drame historique une dimension surnaturelle : ce sont des sorciĂšres, qui, aprĂšs une glorieuse bataille, saluant Macbeth, seigneur de Glamis, du titre supĂ©arieur de seigneur de Cawdor, seront les agents de sa fulgurante ascension politique et de sa chute. En prophĂ©tisant ce titre inattendu de seigneur de Cawdor, que lui dĂ©cerne sur le champ le roi Duncan pour prix de sa victoire sur les NorvĂ©giens envahisseurs, et en lui prĂ©disant qu’il sera Ă©galement roi d’Écosse, les sorciĂšres enclenchent la mĂ©canique de l’ambition, qui dĂ©clenche la tragĂ©die. Elles sont peut-ĂȘtre la manifestation de son inconscient. À son ami, l’autre gĂ©nĂ©ral, Banquo, elles prĂ©disent Ă©galement que, sans rĂ©gner lui-mĂȘme, il sera l’origine d’une lignĂ©e de roi. Quoiqu’il en soit, Macbeth Ă©crit ces prĂ©dictions Ă  sa femme et met en route en elle l’ambition fatale qui les perdra tous deux.
Sentences cĂ©lĂšbres de Macbeth : « Ce qui est fait, est fait  », « Qui aurait dit que le corps de ce vieillard pouvait contenir autant de sang ? », dit la femme fatale, « Notre vie est une piĂšce de thĂ©Ăątre pleine de bruit et de fureur racontĂ©e par un idiot, et qui n’a pas de sens » , conclut le hĂ©ros maudit.
Le livret de Francesco Maria Piave est remarquable de concision, supprimant des scĂšnes qui s’Ă©loignent du noyau du drame qu’il resserre, notamment celle, comique, du portier ivre, contraste nĂ©cessaire du drame baroque anti-aristotĂ©licien qui mĂȘle les registres. Le massacre de la femme et des enfants de Macduff est rĂ©duit Ă  la plainte dĂ©chirante de l’Ă©poux et pĂšre, qui se dressera en vengeur valeureux. De la premiĂšre version de Florence en 1847 Ă  celle de de Paris en 1865, Verdi a aussi resserrĂ© et intensifiĂ© la musique d’un opĂ©ra qui, dĂ©rogeant aux conventions de l’opĂ©ra romantique qui exalte l’amour, en fait un drame lyrique nouveau oĂč rĂšgne seul l’amour du pouvoir ou la voluptĂ© dans le crime et le vertige du remords dans un couple maudit.

Réalisation et interprétation
ThĂ©Ăątre baroque du monde, mais une scĂšne au fond d’une salle classique livide aux rigiditĂ©s linĂ©aires de froid Ă©difice d’architecture fasciste, Ă©clairĂ©e de deux suspensions Arts DĂ©co. Pilastres engagĂ©s, rainurĂ©s, accentuant l’angoisse des raides verticales, trumeaux aveugles au-dessus des portes latĂ©rales (scĂ©nographie, Jacques Gabel). DĂ©coupĂ©es en carreaux Ă©gaux  impĂ©nĂ©trables, les mystĂ©rieuses portes frontales seront celles par oĂč se glisse insidieusement Ă  tour de rĂŽle le couple meurtrier, lui, pour tuer le roi, elle, plus froidement, pour assassiner les serviteurs et leur faire porter le poids du rĂ©gicide. La lumiĂšre glaciale (Roberto Venturi) tombe d’entrĂ©e, progressivement, d’une verriĂšre gĂ©omĂ©trique aux vitres brisĂ©es sur l’ombre des murs : quelque chose de pourri, sinon dans le royaume du Danemark d’Hamlet, dans celui d’Écosse de Macbeth. Ombre et lumiĂšre comme clair-obscur de la luciditĂ© trouant les tĂ©nĂšbres de l’Ăąme, indĂ©cise pĂ©nombre de la conscience morale assoupie comme le sommeil goyesque de la raison qui engendre des monstres. Les Ă©clairages seront ensuite plus gĂ©nĂ©raux qu’individuels, comme Ă  l’Ă©poque baroque,  avec ces fonds opaques et glauques de cloaque oĂč grouille un cauchemar de choses inconnues, les sorciĂšres consultĂ©es par Macbeth, incarnation objective d’une conscience subjective gagnĂ©e par le mal, mais ici surgies en nombre de l’ombre, scĂšne intĂ©rieure extĂ©riorisĂ©e, dĂ©mons intimes matĂ©rialisĂ©s, pour peupler une sorte d’asile d’aliĂ©nĂ©s Ă  la Michel Foucault, thĂ©Ăątre oĂč figure aussi, avec un poussah misĂ©rable, le Pape et le Roi prĂšs du gueux, image encore d’une vanitĂ© baroque de l’inanitĂ© des richesses, de la puissance face Ă  l’Ă©galitĂ© de tous devant la mort. Peuple « idiot » qui, s’il ne raconte pas cette « histoire de bruit et de fureur » qu’il a mise en branle, sera, tout au long, l’implacable spectateur, tĂ©moin de la farce tragique du pouvoir qui se joue devant lui. Lueurs de l’abondance du sang du meurtre et sa fatale multiplication.
Une colossale colonne gagnĂ©e de mousse ou de pourriture, descendra lourdement des cintres pour s’encastrer, au centre, reliant ciel et terre, objet lascif d’enlacements de Lady Macbeth, phallique symbole de la puissance du mĂąle dont s’empare cette virile femme face Ă  un Ă©poux veule et vil, peut-ĂȘtre impuissant, copulation monstrueuse Ă  l’Ă©chelle de son ambition et de la voluptĂ© du pouvoir qui la hante et qu’elle chante, ou anticipation de l’Ă©crasement du couple monstrueux sans descendance.
Les sombres costumes (Catherine et Sarah Leterrier), hors de longs manteaux en gĂ©nĂ©ral d’Ă©poque et les intemporelles robes des sorciĂšres, pourpoints, hauts de chausses et bottes pour les hommes, s’ourlent au col d’une frise de fraises Ă  la Greco de l’Enterrement du Comte d’Orgaz, et, Ă©largis en dĂ©licate collerette au cou des enfants, progĂ©niture sauve de Banquo mais promise au massacre de Macduff, en dit d’avance la fragilitĂ© de papillons Ă©pinglĂ©s plus tard par les poignards des sbires de Macbeth : tĂȘtes comme sur le plateau des larges cols Ă  godrons de futurs dĂ©capitĂ©s. Les robes des dames Ă©claireront de gaies couleurs les scĂšnes de cour mais jamais Ă©clairer la teinte obscure gĂ©nĂ©rale du drame. Les insolites fauteuils Louis XV sont-ils une mĂ©taphore de raffinement pervers dans la brutalitĂ© du reste du mobilier, d’intemporalitĂ© ou une coquetterie Ă  la mode usĂ©e de mĂȘler les Ă©poques? La table, un piano, renversĂ©s sont des signes connus de dĂ©cadence et chute, de rĂ©volution, chez FrĂ©dĂ©ric BĂ©lier-Garcia qui signe cette mise en scĂšne.
On admire la qualitĂ© plastique, l’agencement pictural des groupes, de ce chƓur pratiquement omniprĂ©sent et admirablement prĂ©parĂ© par Emmanuel Trenque, notamment les sorciĂšres qui, sous la baguette nuancĂ©e et puissante de Pinchas Steinberg, passent du murmure sardonique au ricanement sarcastique, d’autant plus inquiĂ©tantes d’ĂȘtre traitĂ©es scĂ©niquement en femmes banales, presque en voisines : le mal est parmi nous. Le chef, dĂšs le prĂ©lude, donne aux cordes un frĂ©missement de vol effarĂ© d’effroi d’oiseaux de mauvais augure, trilles angoissants, pincements aigus de flĂ»tes affutĂ©es et claquement effrayant de cuivres, un Ă©clair, un Ă©veil de cauchemar, glisse l’angoissante onirique et dĂ©solĂ©e de la scĂšne du somnambulisme. Tout au long de l’Ɠuvre, il nous fera goĂ»ter les mĂȘmes qualitĂ©s de relief dĂ©licat pour les dĂ©tails des divers pupitres et de violence dĂ©chaĂźnĂ©e sans jamais brouiller les lignes, les volumes d’une Ɠuvre polie par Verdi pendant prĂšs de vingt ans.

 
 
 

PLATEAU ADMIRABLE

 

Le plateau est admirable. Tour Ă  tour valet  servile de Macbeth, assassin Ă  gages asservi aux noirs desseins du maĂźtre, une apparition puis mĂ©decin de Lady Macbeth, Jean-Marie Delpas, multiplie en peu de phrases une grande prĂ©sence dramatique et vocale, sombre en timbre mais limpide en diction. Fils du roi Duncan assassinĂ©, menacĂ© lui-mĂȘme, fuyant le danger et ne revenant que pour hĂ©riter de la couronne que lui ont conquise ses partisans, Malcolm est un personnage Ă©pisodique et falot, encore rĂ©duit par le librettiste, et l’on ne reprochera pas au tĂ©nor Xin Wang, timbre soyeux, un manque de prĂ©sence que le rĂŽle ne lui accorde pas. Beaucoup plus prĂ©sente par le travail scĂ©nique que lyrique, Vanessa Le CharlĂšs, suivante de Lady Macbeth est traitĂ©e, cheveux courts et habits masculins, comme son obsĂ©dante ombre portĂ©e virile, dont les attouchements furtifs de mains avec sa maĂźtresse laissent supposer une intimitĂ© plus grande que celle d’une simple femme (homme) de chambre. Lorsque on entend enfin les quelques phrases de son joli soprano le contraste est frappant.

 
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En Ă©poux et pĂšre douloureux, d’autant qu’on l’avait vu tendrement en scĂšne avec son enfant, Ă©mouvante trouvaille, dĂ©couvrant au milieu de la masse persĂ©cutĂ©e l’horreur du massacre de sa famille, Stanislas de Barbeyrac est bouleversant, dĂ©chirant son timbre lumineux de tĂ©nor de la dĂ©chirure de sa chair, retrouvant en jeune hĂ©ros des accents vengeurs superbes pour terrasser le monstre. Autre pĂšre attentif, veillant sur sa progĂ©niture, son fils, et rĂ©ussissant Ă  la sauver dans la forĂȘt du piĂšge, Banquo, auquel les sorciĂšres ont prĂ©dit que, sans rĂ©gner, il aurait une lignĂ©e de rois, est incarnĂ© par la noble allure de Wojtek Smilek. Dans son grand air assailli de noirs pressentiments sur la mort qui le guette, il dĂ©ploie le sombre tissu de sa voix de basse, passant du murmure oppressĂ© Ă  son fils Ă  l’Ă©clat terrible de la rĂ©vĂ©lation lucide du complot jusqu’Ă  un Ă©clatant mi aigu final.
On sait que Verdi, toujours soucieux de vĂ©ritĂ© dramatique, voulait, pour sa Lady Macbeth, un timbre laid mais expressif, ce qui fut la chance de Callas selon son propre aveu quand elle fut choisie Ă  la Scala par Toscanini soucieux de respecter le vƓu du compositeur. On ne dira pas que la soprano dramatique hongroise Csilla Boross remplit le rĂ©quisit verdien de laideur vocale en revanche, mĂȘme si l’expression dramatique dans la scĂšne du somnambulisme semble paradoxalement trop sommeiller, sa voix charnue, immense, remplit pleinement toutes les exigences du rĂŽle : largeur et couleur Ă©gale du timbre, passant avec aisance des notes les plus corsĂ©es de la tessiture terrible du rĂŽle aux sauts d’aigus pleins et triomphants. Un triomphe assurĂ©ment. À ses cĂŽtĂ©s, en Macbeth, scĂ©niquement et vocalement, le baryton Juan JesĂșs RodrĂ­guez, triomphe pareillement : Ă©gale aussi sur tout le registre, sa voix d’airain aux teintes bronzĂ©es se joue de la difficultĂ© de ce rĂŽle Ă©crasant sans en ĂȘtre Ă©crasĂ©. Homme du doute, Ă  peine entrĂ© dans le premier degrĂ© du crime, poussĂ© par sa femme, il traduit si sensiblement ses remords qu’il en deviendrait humain et touchant. Un grand artiste que l’on dĂ©couvre.  Triomphale fin de saison Ă  l’OpĂ©ra de Marseille.

Opéra de Marseille,
Macbeth de Verdi
Livret de Francesco Maria Piave  d’aprĂšs la tragĂ©die de Shakespeare
Coproduction Opéra Grand Avignon
7, 10, 12, 15 juin 2016

Orchestre et chƓur (Emmanuel Trenque) de l’OpĂ©ra de Marseille sous la direction de
Pinchas Steinberg. Mise en scÚne : Frédéric Bélier-Garcia. Scénographie : Jacques Gabel ; costumes : Catherine et Sarah Leterrier.  LumiÚres : Roberto Venturi.

Distribution
Macbeth : Juan JesĂșs Rodriguez ; Lady Macbeth : Csilla Boross ; Banquo : Wojtek Smilek : Macduff : Stanislas de Barbeyrac ; suivante de Lady Macbeth :   Vanessa Le CharlĂšs ; Malcolm : Xin Wang ; serviteur de Macbeth, un sicaire, une apparition, le mĂ©decin : Jean-Marie Delpas ; un hĂ©rault : FrĂ©dĂ©ric Leroy.

Photo : © Christian Dresse / Opéra de Marseille 2016

 
 

Compte rendu, opéra. Opéra National du Rhin, Strasbourg, le 17 juin 2016. Verdi : Don Carlo. Robert Carsen

Compte rendu DON CARLO Ă  STRASBOURG… Fin de saison flamboyante Ă  Strasbourg. La saison lyrique s’achĂšve Ă  Strasbourg avec une nouvelle production de Don Carlo de Verdi, signĂ©e Robert Carsen. L’OpĂ©ra National du Rhin engage pour l’occasion la fabuleuse soprano et Ă©toile montante, Elza van den Heever dans le rĂŽle d’Elisabeth de Valois. L’excellente distribution d’une qualitĂ© rare ainsi que l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg sont dirigĂ©s magistralement par le chef italien invitĂ© Daniele Callegari. Une fin de saison bien plus qu’heureuse … Ă©tonnante mĂȘme, pour plusieurs raisons !

 

 

 

La nouvelle production de Don Carlo Ă  Strasbourg remporte tous les suffrages : c’est un succĂšs manifeste

Don Carlo chic et choc

 

 

 

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Don Carlos, crĂ©Ă© Ă  Paris en 1867, (chantĂ© en français) est l’un des opĂ©ras de Verdi qui totalise le plus de versions existantes, sans omettre faits divers et controverses. Au fait des derniĂšres recherches sur la genĂšse de l’Ɠuvre, le Directeur de l’OpĂ©ra National du Rhin, Marc ClĂ©meur, prĂ©cise selon les derniĂšres recherches, que le livret de MĂ©ry et Du Locle d’aprĂšs le poĂšme tragique Ă©ponyme de Schiller (1787), n’est pas la seule source de Verdi ; la partition emprunte aussi au drame de circonstance d’EugĂšne Cormon intitulĂ© Philippe II Roi d’Espagne datant de 1846. Ensuite, le fait qu’il s’agĂźt bien d’un Grand OpĂ©ra français de la plume d’un grand compositeur italien attise souvent les passions des mĂ©lomanes, dĂ©criant souvent une quelconque influence d’un Wagner et d’un Meyerbeer. Bien qu’il soit bel et bien un Grand OpĂ©ra, c’est aussi du Verdi, indĂ©niablement du Verdi. Et si la version prĂ©sentĂ©e ce soir Ă  Strasbourg est la version italienne dite « Milanaise » de 1884, en 4 actes, sans ballet, plus concise et courte que la version française d’origine, elle demeure un Grand OpĂ©ra italianisĂ©, avec une progression ascendante de numĂ©ros privilĂ©giant les ensembles, un coloris orchestral riche en effets spectaculaires, des scĂšnes fastueuses ne servant pas toujours Ă  la dramaturgie, mais ajoutant Ă  l’aura et au decorum… L’aspect le moins controversĂ© serait donc la question de l’historicité : Verdi dit dans une lettre Ă  son Ă©diteur italien Giulio Ricordi « Dans ce drame, aussi brillante en soit la forme et aussi noble en soient les idĂ©es, tout est faux (
) il n’y a dans ce drame rien de vĂ©ritablement historique ». Plus soucieux de vĂ©racitĂ© poĂ©tique qu’historique, Verdi se sert quand mĂȘme de ce drame si faux pour montrer explicitement ses inclinaisons bien rĂ©elles. On pourrait dire qu’il s’agĂźt ici du seul opĂ©ra de Verdi oĂč la vie politique est ouvertement abordĂ©e et discutĂ©e de façon sĂ©rieuse et adulte.

Le sĂ©rieux qui imprĂšgne l’opus se voit tout Ă  fait honorĂ© ce soir grĂące Ă  l’incroyable direction musicale du chef italien Daniele Callegari dirigeant l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg avec maestria et une sophistication et un raffinement des plus rares ! S’agissant d’un des opĂ©ras de Verdi oĂč l’Ă©criture orchestrale est bien plus qu’un simple accompagnant des voix, saisissent directement ici la complicitĂ© Ă©tonnante entre fosse et scĂšne, l’excellente interprĂ©tation des instrumentistes, le sens de l’Ă©quilibre jamais compromis, la tension permanente et palpitante de la performance et surtout les prestations des chanteurs-acteurs de la distribution.

 

La soprano Elza van den Heever reprend le rĂŽle d’Elisabeth de Valois aprĂšs l’avoir interprĂ©tĂ© Ă  Bordeaux la saison prĂ©cĂ©dente. Si Ă  Bordeaux nous avions remarquĂ© ses qualitĂ©s, c’est Ă  Strasbourg que nous la voyons dĂ©ployer davantage ses dons musicaux et thĂ©Ăątraux ! Sa voix large et somptueuse a gagnĂ© en flexibilitĂ©, tout en restant dĂ©licieusement dramatique. Elle campe une performance encore plus profonde avec une superbe maĂźtrise des registres et une intelligence musicale lui permettant d’adapter brillamment l’intensitĂ© de son chant, de nuancer la force de son expression.
Le Don Carlo du jeune tĂ©nor italien Andrea CarĂš est prometteur. Bien que moins fort dans l’expression lyrique, il a une voix chaleureuse qui sied bien au personnage et une technique assez solide. Certains lui rapprocheront ne pas ĂȘtre un Domingo ou un Alagna (selon les goĂ»ts), pourtant il s’est donnĂ© Ă  fond dans un rĂŽle oĂč la difficultĂ© ne rĂ©side pas, malgrĂ© le type de voix plutĂŽt lĂ©ger, dans la virtuositĂ© vocale mais dans le style et l’expression globale. Dans ce sens nous ne pouvons que louer l’effort, et remarquer particuliĂšrement le timbre qui se distingue toujours dans les ensembles.

 
 
A-ONR_DONCARLO_photoKlaraBeck_3046-1-362x543Tassis Christoyannis en Posa montre aussi une Ă©volution par rapport Ă  Bordeaux l’annĂ©e passĂ©e. Toujours dĂ©tenteur des qualitĂ©s qui lui sont propres, comme la prestance et un je ne sais quoi d’extrĂȘmement touchant, Ă  Strasbourg, il est davantage malin et Ă  la chaleur du timbre, le baryton ajoute du brio presque autoritaire. Le tout prĂ©sentĂ© d’une façon Ă©lĂ©gante et dynamique Ă  souhait. Remarquons le duo de la libertĂ© avec Don Carlo, au 1er acte tout hĂ©roĂŻco-romantique sans ĂȘtre frivolement pyrotechnique. Quant Ă  la virtuositĂ© vocale et aux feux d’artifices vocalisants, parlons maintenant de la mezzo russe Elena Zhidkova dans le rĂŽle de la Princesse Eboli. Tout en ayant un timbre veloutĂ© et une belle prĂ©sence scĂ©nique, elle a dĂ» mal avec son air du 1er acte « Nel giardin del bello saracin Ostello », – pourtant LE morceaux le plus mĂ©lodique et virtuose de la partition ! Il est en l’occurrence plutĂŽt … mou. Ce petit bĂ©mol reste vĂ©tille puisque la distribution est globalement trĂšs remarquable. Continuons avec le Roi Philippe II de la basse danoise Stephen Milling, Ă  la voix large et profonde, campant au 3Ăšme acte une scĂšne qui doit faire partie des meilleures et des plus mĂ©morables pages jamais Ă©crites par Verdi : « Ella giammai m’mamo » , grand aria avec violoncelle obbligato, oĂč la douleur contenue du souverain est exprimĂ©e magistralement. Ou encore son duo avec le Grand Inquisiteur de la basse croate Ante Jerkunica, dont nous avons Ă©galement fortement apprĂ©ciĂ© la prestation et vocale et thĂ©Ăątrale. Remarquons finalement l’instrument et la prĂ©sence de la jeune soprano espagnole Rocio Perez, chantant Thibault le page de la Reine, avec des aigus cĂ©lestes, … divins. Divine aussi la performance surprenante des choeurs de l’OpĂ©ra, sous la direction de Sandrine Abello.

 
 
 

OPERA national du RHIN : le DON CARLO sombre et lumineux de Carsen

 
 

L’ART DE ROBERT CARSEN. Que dire enfin de la crĂ©ation de celui qui doit ĂȘtre le metteur en scĂšne d’opĂ©ras actuellement le plus cĂ©lĂšbre et le plus sollicité ? Robert Carsen et son Ă©quipe artistique prĂ©sentent un spectacle sobre et sombre, dans un lieu unique dĂ©pouillĂ©, Ă  la palette chromatique consistant en noir sur gris sur noir, et quelques Ă©clats des accessoires mĂ©talliques ou diamantĂ©s… Si l’intention de faire une mise en scĂšne hors du temps est bien Ă©vidente, il y a quand mĂȘme une grande quantitĂ© d’Ă©lĂ©ments classiques qui font rĂ©fĂ©rence au sujet… Des religieux catholiques bien catholiquement habillĂ©s, des croix par ci et par lĂ , mais jamais rien de gratuit (sauf peut-ĂȘtre un ordinateur portable Ă  peine remarquable mais qui frappe l’oeil puisque quelque peu dĂ©placĂ©). Comme d’habitude chez Carsen le beau, le respect de l’oeuvre et l’intelligence priment. Cette derniĂšre Ă  un tel point que le Canadien rĂ©ussi Ă  prendre une libertĂ© audacieuse avec l’histoire originale qui dĂ©voile davantage les profondeurs de l’Ɠuvre. DĂ©jĂ  riche en intrigues, le Don Carlo de Verdi selon Carsen explore une lecture supplĂ©mentaire dont nous prĂ©fĂ©rons ne pas donner les dĂ©tails, tellement la surprise est forte et la vision, juste !

Rien ne rĂ©siste Ă  l’appel de ce Don Carlo de toute beautĂ©, aucun obstacle pour nos lecteurs de faire le dĂ©placement Ă  l’OpĂ©ra National du Rhin, Ă  Strasbourg et Ă  Mulhouse, pour cette formidable nouvelle production qui clĂŽt l’avant-derniĂšre saison de la maison sous la direction visionnaire de Marc ClĂ©meur. A l’affiche Ă  Strasbourg du 17 au 28 juin et puis Ă  Mulhouse du 8 au 10 juillet 2016.

 
 

Compte rendu, opĂ©ra. OpĂ©ra National du Rhin, Strasbourg, le 17 juin 2016. Verdi : Don Carlo (version Milanaise 1884). Stephen Milling, Andrea CarĂ©, Elza van den Heever, Tassis Christoyannis
 Choeurs de l’OpĂ©ra du Rhin. Sandrine Abello, direction. Orchestre Philharmonique de Strasbourg, orchestre. Daniele Callegari, direction. Robert Carsen, mise en scĂšne. LIRE notre prĂ©sentation annonce de la nouvelle production de Don Carlo Ă  l’OpĂ©ra national du Rhin : “Elza van den Heever chante ELisabetta…” 

 

Illustrations : K. Beck / Opéra national du Rhin © 2016

  
 

Nabucco Ă  Saint-Etienne par David Reiland

VERDI_442_Giuseppe_Verdi_portraitSAINT-ETIENNE, OpĂ©ra. David Reiland dirige Nabucco de Verdi : les 3, 5 et 7 juin 2016. Avant Verdi, Haendel avait traitĂ© dans Belshazzar (LIRE notre critique de la lecture jubilatoire de William Christie et des Arts Florissants), - oratorio anglais de la pleine maturitĂ©, l’arrogance du prince assyrien, conquĂ©rant victorieux siĂ©geant Ă  Babylone dont l’omnipotence l’avait menĂ© jusqu’Ă  la folie destructrice. Mais Nabucco ne meurt pas foudroyĂ© comme Belshaazar : il lui est accordĂ© une autre issue salvatrice. C’est un thĂšme cher Ă  Verdi que celui du politique rongĂ© par la puissance et l’autoritĂ©, peu Ă  peu soumis donc vaincu a contrario par la dĂ©raison et les dĂ©rĂšglements mentaux : voyez Macbeth (opĂ©ra crĂ©Ă© en 1865). Ascension politique certes, en vĂ©ritĂ© : descente aux enfers… l’exemple de la princesse Abigaille, en est emblĂ©matique. Devenue toute puissante, la lionne se rĂ©vĂšle rugissante, Ă©trangĂšre Ă  toute clĂ©mence.

Nabucco en clĂ©mence, Abigaille de fureur…

CrĂ©Ă© Ă  la Scala de Milan en mars 1842 (d’aprĂšs un opĂ©ra initialement Ă©crit en 1836, et intitulĂ© d’abord, Nabuchodonosor), l’opĂ©ra hĂ©roique et tragique de Verdi brosse le portrait d’un amour impossible entre la fille hĂ©ritiĂšre de Nabucco, Abigaille (soprano) qui aime le neveu du roi de JĂ©rusalem, IsmaĂ«l. Mais celui-ci lui prĂ©fĂšre Fenena, l’autre fille de Nabucco, alors prisonniĂšre des Juifs. L’acte II est le plus nerveux, riche en fureur et passions affrontĂ©es. Abigaille, l’Ă©lĂ©ment haineux et irascible, vraie furie noire du drame, profite de l’orgueil dĂ©mesurĂ© de son pĂšre Nabucco qui se dĂ©clarant l’Ă©gal de Dieu, est foudroyĂ© illico : le jeune femme en profite pour prendre le trĂŽne. Au III, devenue reine de Babylone, Abigaille rugit, tempĂȘte, manipule car rien n’est jamais trop grand ni impossible quand il s’agit de conserver le pouvoir : elle dĂ©truit les parchemins sur la nature illĂ©gitime de sa naissance, proclame la destruction de JĂ©rusalem et le massacre des Juifs. Amoureuse rejetĂ©e, la lionne exacerbe le masque de la femme politique : le choeur des hĂ©breux dĂ©chus et soumis (l’ultra cĂ©lĂšbre “Va pensiero”, dans lequel la nation italienne s’est reconnue contre l’oppresseur autrichien), jalonne un nouvel acte d’une fulgurance inouĂŻe.
Le IV voit le retour de Nabucco qui renverse sa fille indigne et barabre Abigaille, devenue despotique et comprenant que cette derniĂšre va tuer Fenena, son autre fille, s’associe aux HĂ©breux qui sont dĂ©sormais les bienvenus dans leur patrie : Nabucco humanisĂ©, sait pardonner, et Abigaille doit renoncer, en cĂ©lĂ©brer le succĂšs du mariage d’IsmaĂ«l avec Fenena. D’une Ă©criture fĂ©line, sanguine, fulgurante en effet, l’opĂ©ra fut un triomphe, le premier d’une longue sĂ©rie pour le jeune Verdi : jouĂ© plus de 60 fois dans l’annĂ©e Ă  la Scala aprĂšs sa crĂ©ation, record absolu. La folie du politique, l’amoureuse Ă©conduite dĂ©formĂ©e par sa haine, la brutalitĂ© royale et l’oppression des peuples firent beaucoup pour le succĂšs de l’ouvrage dans lequel tout le peuple italien, Ă  l’aube de son unitĂ© et de son indĂ©pendance, s’est aussitĂŽt reconnu. Verdi devenait le nouveau Shakespeare lyrique, champion de la nouvelle cause sociĂ©tale et politique.

reiland david_35172835Ne manquez pas cette nouvelle production d’un chef d’oeuvre de jeunesse de Verdi : fougueux, impĂ©tueux, fonciĂšrement dramatique, et psychologique. Dans la fosse, rĂšgne la fougue analytique du jeune maestro belge David Reiland, directeur musical et artistique de l’Orchestre de chambre du Luxembourg depuis septembre 2012, et premier chef invitĂ© et conseiller artistique de l’OpĂ©ra de Saint-Etienne. Mozartien de cƓur, grand tempĂ©rament lyrique, le jeune chef d’orchestre qui est passĂ© aussi par Londres (Orchestre de l’Âge des LumiĂšres / Orchestra of the Age of Enlightenment) devrait comme il le fait Ă  chaque fois, nous… convaincre voire nous Ă©blouir par son sens de la construction et des couleurs. Trois reprĂ©sentations Ă  Saint-Etienne, Ă  ne pas manquer.

Opéra de Saint-Etienne
Nabucco de Verdi
Les 3, 5 et 7 juin 2016
JC Mast, mise en scĂšne
David Reiland, direction

Avec Nicolas Cavalier (Zacharia), AndrĂ© Heyboer (Nabucco), CĂ©cile Perrin (Abigaille)…
Orchestre symphonique Saint-Etienne Loire

RĂ©servez directement depuis le site de l’OpĂ©ra de Saint-Etienne

DAVID REILAND au disque : le chef belge qui rĂ©side Ă  Munich,vient de faire paraĂźtre un disque excellent dĂ©diĂ© au symphoniste romantique français, Benjamin Godard (Symphonies n°2 opus 57, “Gothique” opus 23, Trois morceaux symphoniques… avec le MĂŒncher Rundfunkorchester, septembre 2015), parution trĂšs intĂ©ressante rĂ©cemment critiquĂ© par classiquenews :  ”la direction affĂ»tĂ©e, vive, Ă©quilibrĂ©e et contrastĂ©e du chef fait toute la valeur de ce disque qui est aussi une source de dĂ©couvertes.”

Nouveau Rigoletto signĂ© Claus Guth Ă  l’OpĂ©ra Bastille

RIGOLETTO-hoempage-582-390-verdi-rigoletto-presentation-nouvelle-production-opera-classiquenews-582-390Paris, Bastille. Nouveau Rigoletto par Claus Guth : 9 avril-30 mai 2016. D’aprĂšs Le roi s’amuse de Hugo, Verdi aborde le thĂšme du politique et de l’arrogance punies dans leur propre rouage : ceux qui, intrigants crapuleux et mĂ©prisants, maudissent, punissent, invectivent ou ironisent, agressent ou ridiculisent, feraient bien re rĂ©flĂ©chir Ă  deux fois avant de dĂ©nigrer. Le bouffon nain Rigoletto paie trĂšs cher son arrogance : sa propre fille sera mĂȘme sacrifiĂ©e, dĂ©truite, immolĂ©e. Et le pauvre nain en son pouvoir dĂ©risoire n’aura en fin d’action que ses larmes pour rĂ©conforter le corps refroidi de Gilda, la fille qu’il aurait du protĂ©ger avec plus de discernement. Mais Verdi surprend ici moins dans le traitement de l’histoire hugolienne dont il respecte presque Ă  la lettre la fureur barbare, l’oeil critique qui dĂ©nonce l’horreur humaine Ă  vomir, que dans sa nouvelle conception du trio vocal romantique. Dans Rigoletto, le tĂ©nor n’est pas la victime mais le bourreau inconscient, ou plutĂŽt d’une insouciance irresponsable qui reste effrayante : le Duc de Mantoue s’il considĂšre la femme comme volage (souvent femme varie) chante en rĂ©alitĂ© pour lui-mĂȘme ; en paon superbe et narcissique, volubile et infidĂšle, sĂ©ducteur collectionneur, il viole la pauvre vierge Gilda, tristement enamourĂ©e ; la horde de serpillĂšres humaines qui lui sert de courtisans conclut le portrait de la sociĂ©tĂ© humaine : une arĂšne d’acteurs infects oĂč rĂšgne le dĂ©sir d’un prince lascif et inconsistant. Dans ces eaux opaques, Rigoletto pense encore s’en sortir.  Mais le stratagĂšme qu’il met en Ɠuvre en sollicitant le concours du tueur Ă  gages, Sparafucile, pour tuer le Duc se retourne indirectement contre lui : sa fille Gilda sera la victime d’une nuit de cauchemar (dernier acte).  Fantastique, musicalement efficace et mĂȘme fulgurante, la partition de Rigoletto impose dĂ©finitivement le gĂ©nie dramatique de Verdi, un Shakespeare lyrique.

Aux cĂŽtĂ©s du tĂ©nor inconsistant, le baryton et la soprano sont les deux victimes expiatoires d’une tragĂ©die particuliĂšrement cynique : emblĂšmes de cette relation pĂšre / fille que Verdi n’ a cessĂ© d’illustrer et d’éclaircir dans chacun de ses opĂ©ras : Stiffelio, Simon Boccanegra,


Passion Verdi sur ArteRigoletto Ă  l’opĂ©ra
 ce n’est pas la premiĂšre fois qu’un naif se fait duper et mĂȘme tondre totalement sur l’autel du pouvoir … Dans l’ombre du Duc, pensait-il qu’en singeant les autres, c’est Ă  dire en invectivant et humiliant les autres, il serait restĂ© intouchable ? Le nain croyait-il vraiment qu’il avait sa place dans la sociĂ©tĂ© des hommes ? La Cour ducale de Mantoue, le lieu oĂč se dĂ©roule le drame, semble incarner la sociĂ©tĂ© toute entiĂšre : chacun se moque de son prochain, et celui qui ridiculise, de moqueur devient moquĂ©, nouvelle dupe d’un traquenard qu’il n’avait pas bien analysé  Que donnera la nouvelle production qui tient l’affiche de l’OpĂ©ra Bastille Ă  Paris, signĂ©e Claus Guth (rĂ©putĂ© pour sa noirceur et son Ă©pure thĂ©Ăątrale – en particulier ses Mozart Ă  Salzbourg) ? Cette nouvelle production remplace le dispositif scĂ©nographiĂ© par JĂ©rĂŽme Savary, crĂ©Ă©  in loco en 1996 et repris jusqu’en 2012… RĂ©ponse Ă  partir du 9 avril 2016 et jusqu’au 30 mai 2016. A ne pas manquer, car il s’agit de la nouvelle production Ă©vĂ©nement Ă  Paris au printemps 2016.

 

 

 

Rigoletto de Verdi Ă  l’OpĂ©ra Bastille Ă  Parisboutonreservation
Du 9 avril au 30 mai 2016 — 18 reprĂ©sentations
Claus Guth, mise en scĂšne
Nicola Luisotti, direction musicale

 

Toutes les infos, les modalitĂ©s de rĂ©servations sur le site de l’OpĂ©ra Bastille Ă  Paris

 

 

 

Compte-rendu, Opéra. Barcelone, Liceu, le 30 janvier,1er février 2016. Verdi : Otello. Carl Tanner, Philippe Auguin.

Vague verdienne en juin 2014Provenant de la Deutsche Oper de Berlin, la production d’Otello signĂ©e par Andreas Kriegenburg – actuellement Ă  l’affiche au Liceu de Barcelone – est un beau ratage auquel l’institution catalane ne nous a guĂšre habituĂ© jusqu’Ă  prĂ©sent. Le metteur en scĂšne allemand semble en effet se moquer complĂštement du drame de Shakespeare (et du livret d’Arrigo Boito), lui prĂ©fĂ©rant notre actualitĂ© la plus brĂ»lante, celle des rĂ©fugiĂ©s affluant en Europe, ici parquĂ©s dans une structure mĂ©tallique montant jusqu’aux cintres, aussi peu pratique qu’inesthĂ©tique. Les protagonistes passent ici au second plan, ce qui est une totale hĂ©rĂ©sie. Passons vite…
Contre toute attente aussi – mĂȘme si ce n’est finalement pas si inhabituel au Liceu – c’est la seconde distribution qui nous aura le plus enthousiasmĂ©e, alors que la premiĂšre affichait rien moins que JosĂ© Cura (avec une voix qui a dĂ©sormais perdu toute puissance et brillance) et Ermonela Jaho (dont le timbre sonnait Ă©tonnamment mĂ©tallique le soir oĂč nous l’avons entendue…).
Cette seconde distribution, en alternance, mettait Ă  l’affiche, dans le rĂŽle-titre, le tĂ©nor amĂ©ricain Carl Tanner qui possĂšde vĂ©ritablement une voix capable de rendre justice au personnage d’Otello : sombre, chaleureuse, sĂ»re, arrogante dans l’aigu et robuste dans le mĂ©dium, avec une diction et une tenue musicale par ailleurs probantes. ScĂ©niquement, il campe un Otello aux abois, Ă©corchĂ© vif, incapable de se maĂźtriser, dont il parvient Ă  exprimer les tourments, notamment dans un bouleversant « Dio ! Mi potevi scagliar » et un non moins Ă©mouvant « Niun mi tema ».
De son cĂŽtĂ©, la soprano mexicaine Maria Katzarava prĂȘte Ă  DesdĂ©mone son timbre dense et riche, sensuel et lumineux, qui convient parfaitement Ă  l’épouse du Maure, et qui fait merveille dans le premier duo « GiĂ  nella notte densa », qu’elle dĂ©livre avec d’infinies nuances. On mettra Ă©galement Ă  son crĂ©dit des phrasĂ©s magnifiquement diffĂ©renciĂ©s, des piani de toute beautĂ©, un « air du saule » – puis un « Ave Maria » – Ă  vous tirer les larmes.
Iago trĂšs intĂ©riorisĂ©, d’une noirceur qui sourd de chacun de ses gestes, le baryton italien Ivan Inverardi incarne de saisissante façon cette figure shakespearienne, incarnation mĂȘme du Mal. TrĂšs homogĂšne et remarquablement puissante, sa voix impressionne par sa noirceur et son mordant, notamment dans le fameux « Credo », Ă  faire froid dans le dos. On admire Ă©galement chez l’artiste sa maĂźtrise du mot, qui flatte l’oreille dans son rĂ©cit du rĂȘve de Cassio. Ce dernier rĂŽle est tenu par le jeune tĂ©nor sibĂ©rien Alexey Dolgov Ă  la belle prestance et Ă  la voix claire mais bien projetĂ©e. Quant aux voix de la basse moldave Roman Ialcic et du baryton andalou DamiĂ n del Castillo, elles permettent aux personnages de Lodovico et de Montano de se profiler comme d’authentiques ressorts de l’intrigue. Quant Ă  Vicenç Esteve Madrid, il campe un Roderigo convaincant tandis qu’Olesya Petrova Ă©corche l’oreille des auditeurs avec un timbre dĂ©jĂ  usĂ© (l’artiste est pourtant jeune).

A la tĂȘte d’un orchestre « maison » superbement sonnant, le chef français Philippe Auguin – directeur musical de l’Orchestre Philharmonique de Nice – dirige un Verdi sanguin, Ăąpre, peu enclin Ă  l’introspection: l’accompagnement soulignant les coups de thĂ©Ăątre et dĂ©peignant les conflits psychologiques avec une luxuriance sonore absolument jouissive. Enfin, le ChƓur du Gran Teatre del Liceu – admirablement prĂ©parĂ© par Conxita Garcia – fait montre d’une virtuositĂ© impressionnante, qui lui permet d’aborder notamment le long finale du troisiĂšme acte sans baisse rythmique.

Compte-rendu, Opéra. Barcelone, Gran Teatre del Liceu, le 30 janvier (et 1er février) 2016. Verdi : Otello. Avec Carl Tanner (Otello), Maria Katzarava (Desdemona), Ivan Inverardi (Iago), Alexey Dolgov (Cassio), Vicenç Esteve Madrid (Roderigo), Roman Ialcic (Lodovico), Damiàn del Castillo (Montano), Olesya Petrova (Emilia). Andreas Kriegenburg (mise en scÚne). Philippe Auguin (direction musicale).

Anna Netrebko chante la nouvelle Giovanna d’Arco de la Scala

VERDI_442_Giuseppe_Verdi_portraitMilan, Scala. Verdi : Giovanna d’Arco. Anna Netrebko, 7-23 dĂ©cembre 2015. Pour lancer sa nouvelle saison lyrique 2015-2016, La Scala produit un opĂ©ra crĂ©Ă© sur ses planches en 1845, Giovanna d’Arco, ardente fresque historique Ă  laquelle Verdi offre un Ă©clairage psychologique particulier en soulignant le lien entre le pĂšre de Giovanna (au dĂ©but opposĂ© Ă  sa fille qu’il dĂ©nonce comme sorciĂšre) puis proche et loyal Ă  ses cĂŽtĂ© jusqu’Ă  sa mort. On sait quelle importance revĂȘt ensuite, opĂ©ra par opĂ©ra, le rapport pĂšre  / fille dans les opĂ©ras verdiens. Giovanna d’Arco est le dernier des ouvrages de jeunesse de verdi, ses fameuses annĂ©es de galĂšre oĂč il Ă©crivait plus de un ouvrage par an, s’affirmant par un sens de l’occupation et du nombre mais surtout par une sensibilitĂ© dramatique alors inouĂŻe faisant imploser les conventions de l’opĂ©ra italien.

 

Netrebko performs as Leonora during a dress rehearsal of Giuseppe Verdi's "Il trovatore" in SalzburgSur un sujet qui se passe en France en 1429 quand Charles VII abdique sous la pression des anglais, mĂȘme introspectif, Verdi Ă©blouit par son sens et de l’architecture (enchaĂźnement d’Ă©pisodes contrastĂ©s) et dans ses scĂšnes collectives (finale vers la CathĂ©drale du I, et aussi dĂ©nonciation par le pĂšre devant la foule prĂȘte au lynchage Ă  la fin du II). Le profil de Giovanna qui s’Ă©lĂšve vers son sacrifice final est particuliĂšrement bien traitĂ© : dans ce rĂŽle qui annonce les grandes hĂ©roĂŻnes angĂ©liques et fortes (Leonora, Traviata, Gilda…), Tebaldi ou Anderson se sont particliĂšrement illustrĂ©es. Aujourd’hui une diva charnelle, intense et voluptueuse relĂšve le dĂ©fi, avec d’autant plus de maĂźtrise annoncĂ©e qu’elle a fait de Verdi, son compositeur presque exclusif : dĂ©voilant sa fĂ©minitĂ© expressive dans le rĂŽle de Leonora (Le TrouvĂšre / Il Trovatore), surtout plus rĂ©cemment Lady Macbeth (Macbeth : prise de rĂŽle que beaucoup jugeait suicidaire). En dĂ©cembre 2015, voici donc sa Giovanna : Ă  la puretĂ© de la ligne, Netrebko saura-t-elle ajouter l’Ă©lĂ©gance vocale, entre expressivitĂ© et finesse ? RĂ©ponse Ă  partir du 7 dĂ©cembre 2015 Ă  Milan. Deutsche Grammophon a Ă©ditĂ© l’enregistrement de l’opĂ©ra  Giovanna d’Arco avec la diva austrorusse Anna Netrebko (avec Placido Domingo dans le rĂŽle du pĂšre Giacomo, et Francesco Meli en Carlo, 2013).

 

 

Prochains rĂŽles pour Anna Netrebko :

PARIS, Opéra bastille : du 28 janvier au 15 février 2016. VERDI : Il Trovatore (Leonora)
DRESDE, Semperoper : Du 19 au 29 mai 2016. WAGNER : Lohengrin (Elsa)
VIENNE, Staatsoper : Du 20 au 30 juin 2016. PUCCINI : Manon Lescaut (Manon)
BERLIN, Schiller Théùtre : Les 8,11 et 14 juillet 2016. VERDI : Il Trovatore (Leonora)

 

 

 

 

boutonreservationLes 7,10,13,15,18,21, 23 décembre 2015
Giovanna d’Arco de Verdi Ă  la Scala de Milan

inauguration de la nouvelle saison lyrique scaligĂšne 2015 – 2016
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Nouvelle production

 

Anna Netrebko, Giovanna D’Arco
Francesco Meli, Carlo VII
Carlos Alvarez, Giacomo
Riccardo Chailly, direction
M Leiser et P Caurier, mise en scĂšne

Durée : 2h20mn avec entractes

arte_logo_2013TĂ©lĂ©. DiffusĂ© sur l’antenne d’ARTE en diffĂ©rĂ© le 7 dĂ©cembre 2015, 22h20

Compte rendu, opĂ©ra. Bordeaux. Auditorium de l’OpĂ©ra National de Bordeaux, le 24 septembre 2015. Verdi : Don Carlo (version milanaise de 1884). Leonardo Caimi, Tassis Christoyannis, Elza van den Heever, Keri Alkema
 Ensemble Aedes, choeur. Le Cercle de l’Harmonie, orchestre. Paul Daniel, direction.

Vague verdienne en juin 2014L’ouverture de la saison lyrique de l’OpĂ©ra National de Bordeaux a lieu dans le nouvel Auditorium de la maison en cette soirĂ©e d’automne. Le dĂ©but de la fin du mandat de Thierry Fouquet, directeur sortant, commence avec le Don Carlo de Verdi, dans une nouvelle production signĂ©e Charles Roubaud. AprĂšs quelques annulations, souffrances et remplacements, la direction musicale des deux premiĂšres prĂ©sentations est tenue admirablement par le directeur de l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine, Paul Daniel. La distribution tourne autour de la fabuleuse Elsa van den Heever dans le rĂŽle d’Elisabeth de Valois et compte avec des personnalitĂ©s frappantes mĂȘme si inĂ©gales. Un retour Ă  Bordeaux pour la soprano citĂ©e, aprĂšs Anna Bolena et Norma les deux annĂ©es prĂ©cĂ©dentes, retour de facto, Ă  ne pas manquer !

Don Carlo ou le grand-opéra revisité

La nouvelle production frappe immĂ©diatement par l’absence presque totale de dĂ©cors (il y a quand mĂȘme une croix quelque part, Ă  un moment). Remarquons d’ores et dĂ©jĂ  la fabuleuse crĂ©ation vidĂ©o de Virgile Koering ; ses projections sur la scĂšne ingrate (sans cintres ni coulisses), habillent le plateau en costumes espagnols, de façon plus qu’habile. Une trĂšs belle excuse pour faire une mise en scĂšne qui est plutĂŽt mise en espace. Les costumes d’Ă©poque de Katia Duflot sont trĂšs beaux et donnent davantage de caractĂšre et d’Ă©lĂ©gance Ă  la mise en scĂšne dĂ©pouillĂ©e. Les chanteurs rentrent et sortent du plateau (mais pas les chƓurs, aux siĂšges derriĂšre la scĂšne), certes. Le directeur scĂ©nique laisse donc, «parler la musique ». Soit. Une idĂ©e non dĂ©pourvue de poĂ©sie, surtout en ce qui concerne la partition de Verdi, des plus rĂ©ussies d’un point de vue orchestral, mais trop souvent la chose qu’on dit quand on n’a vraiment rien Ă  dire. MatiĂšre Ă  rĂ©flexion pour la prochaine direction de la maison.

verdi don carlo bordeaux paul danielAprĂšs l’excellente performance de l’orchestre sous la baguette de Paul Daniel, malgrĂ© un rĂ©pertoire auquel ne va pas sa prĂ©dilection, le maestro a des choses Ă  dire. IntĂ©ressantes en plus. Sa direction est Ă  la fois passionnante et raffinĂ©e, avec des belles subtilitĂ©s au cours des quatre actes. Les contrastes sont privilĂ©giĂ©s, sans pourtant offenser l’ouĂŻe par des procĂ©dĂ©s faciles (rappelons qu’il s’agĂźt d’un grand opĂ©ra Ă  la française sous la plume de Verdi). Le choix de produire la quatriĂšme version de l’opus (Milan,1884), Ă  la base Don Carlos, en français, crĂ©Ă© pour l’OpĂ©ra de Paris en 1867, non sans d’innombrables pĂ©ripĂ©ties culturelles et stylistiques-, s’avĂšre trĂšs juste. La derniĂšre version de Modena Ă©tant en vĂ©ritĂ© la version Milanaise + le premier acte de la version de Paris, donc avec une certaine discordance stylistique, puisque le compositeur remania l’orchestration et parties vocales pour Milan. Cette version, plus concise, raconte toujours l’histoire trĂšs librement inspirĂ©e de la vie de l’Infant Don Carlos, petit-fils de Charles-Quint, devenu personnage romantique sous la plume de Schiller, modĂšle des librettistes de Verdi, Joseph MĂ©ry et Camille du Locle. Amoureux d’Elisabeth de Valois, nouvelle femme de son pĂšre Philippe II, Carlo termine dans les mains de l’Inquisition Ă  cause de cet amour impossible.

L’Elisabeth d’Elsa van den Heever est remarquable par son interprĂ©tation d’une Reine tourmentĂ©e, aux motivations sincĂšres et dont la noblesse de caractĂšre ne la quitte jamais. La voix large de la jeune cantatrice s’adapte Ă  souhait aux besoins expressifs de la partition et elle campe une performance fantastique, en dĂ©pit d’une certaine froideur. Le Don Carlo de Leonardo Caimi (remplaçant de Carlos Ventre) touche par la beautĂ© du timbre et par le charme et la candeur juvĂ©niles qu’il imprime au rĂŽle, mais le chanteur se trouve trĂšs souvent dĂ©passĂ© par celui-ci. Seulement l’intensitĂ© douloureuse de son jeu et vocal et thĂ©Ăątral (et ce dans une mise en scĂšne, disons, Ă©conome) touche l’auditoire. Le Marquis de Posa de Tassis Christoyannis quant Ă  lui, touche le public de plusieurs façons. Une belle et bonne projection, une articulation distinguĂ©e mais chaleureuse, et le jeu d’acteur remarquable qui lui est propre, font partie des qualitĂ©s de son interprĂ©tation des plus rĂ©ussies. Le Philippe II d’Adrian SĂąmpetrean, prise de rĂŽle, peine Ă  convaincre de son statut. Si ses qualitĂ©s vocales sont toujours lĂ , et nous sommes contents de le dĂ©couvrir dans ce rĂ©pertoire, son attribution paraĂźt un contresens. Ainsi dans le trĂšs beau quatuor vocal du III : « Giustizia, Sire! » avec Elisabeth, Eboli, Posa et Philippe, il est le maillon faible comparĂ© Ă  ses partenaires qui y excellent. De la Princesse Eboli de Keri Alkema, dans une prise de rĂŽle, nous retenons Ă©galement l’intensitĂ© mais aussi l’agilitĂ©, Ă©tonnamment. La chanson mauresque qu’elle interprĂšte au II : « Nel giardin del bello saracin ostello » est tout Ă  fait dĂ©licieuse. Remarquons aussi l’Inquisiteur de la basse Wenwei Zhang Ă  la profondeur sinistre Ă  souhait, et les choeurs de la maison avec le choeur Intermezzo, en bonne forme, avec un dynamisme de grand ferveur.

Enfin, un dĂ©but de saison plein de qualitĂ©s et plutĂŽt gagnant en dĂ©pit des pĂ©ripĂ©ties et incomprĂ©hensions… Une distribution inĂ©gale mais engageante, une mise en scĂšne trĂšs belle mais absente. Surtout un orchestre fabuleux et un moment d’intensitĂ© lyrique comme on les aime. Encore Ă  l’affiche le 30 septembre puis le 2 octobre 2015 Ă  l’OpĂ©ra National de Bordeaux.

Compte rendu, opĂ©ra. Bordeaux. Auditorium de l’OpĂ©ra National de Bordeaux, le 24 septembre 2015. Verdi : Don Carlo (version Milanaise 1884). Leonardo Caimi, Tassis Christoyannis, Elza van den Heever, Keri Alkema
 Ensemble Aedes, choeur. Le Cercle de l’Harmonie, orchestre. Paul Daniel, direction.

En direct, Anna Netrebko chante Leonora au Met

Anna Netrebko : Leonora de braiseCinĂ©ma. Verdi. Le TrouvĂšre, Anna Netrebko, le 3 octobre 2015, 18h55. Dans les salles de cinĂ©ma, en direct du Metropolitan Opera de New York, l’hyperfĂ©minine et ardente Anna Netrebko reprend aprĂšs Berlin (2011) et Salzbourg, le rĂŽle de Leonora, Ăąme passionnĂ©e et dĂ©terminĂ©e jusqu’au sacrifice, inaugurant la nouvelle saison lyrique du thĂ©Ăątre New yorkais. Elle y avait crĂ©er Lady Macbeth du mĂȘme Verdi : plus verdienne que jamais, la superdiva chante les vertiges de l’amour (son fameux air suspendu irradiant exigeant un vrai soprano lyrico spinto, agile et dramatique, subtil et puissant : “Di tale amor che dirsi “, d’un rythme haletant, Ă©perdu…), comme inspirĂ©e et portĂ©e par le charme du TrouvĂšre, jusqu’Ă  l’extase sacrificielle. D’autant que dans ce drame noir et resserrĂ©, une BohĂ©mienne (rĂŽle Ă©crasant mais spectaculaire pour mezzo, cf son air “Stride la vampa”) se perd mais triomphe en conjectures hallucinatoires et brĂ»lantes, deux frĂšres s’entretuent sans savoir qu’ils sont du mĂȘme sang. Le trouvĂšre serait-il l’opĂ©ra sentimental et fantastique, le plus rĂ©ussi avec Macbeth ?
Direct incontournable dans toutes les salles de cinĂ©ma partenaires de l’opĂ©ra les opĂ©ras du Metropolitan en live et au grand Ă©cran.

Anna Netrebko Verdi album leonoraSirĂšne lyrique. A 44 ans, Anna Netrebko (nĂ© en 1971) est la tĂȘte d’affiche de cette production produite Ă  Salzbourg en aoĂ»t 2014 ; la diva russe a donnĂ© quelques indices (dĂ©jĂ  trĂšs convaincants) de sa prise de rĂŽle de Leonora, dans un disque Verdi, saluĂ© par la RĂ©daction cd de classiquenews (cd Verdi par Anna Netrebko, 1 cd Deutsche Grammophon). Voici les termes de la critique de notre rĂ©dacteur au moment de la sortie du cd Verdi par Anna Netrebko en octobre 2013 :


dans Il Trovatore : sa Leonora palpite et se dĂ©chire littĂ©ralement en une incarnation oĂč son angĂ©lisme blessĂ©, tragique, fait merveille : la diva trouve ici un rĂŽle dont le caractĂšre convient idĂ©alement Ă  ses moyens actuels (s’il n’était ici et lĂ  ses notes vibrĂ©es, pas trĂšs prĂ©cises)
 mais la ligne, l’élĂ©gance, la subtilitĂ© de l’émission et les aigus superbement colorĂ©s dans ” D’amore sull’ali rosee ” 
  (dialoguĂ©s lĂ  encore avec la flĂ»te) sont trĂšs convaincants. Elle retrouve l’ivresse vocale qu’elle a su hier affirmer pour Violetta dans La Traviata. Que l’on aime la soprano quand elle s’écarte totalement de tout Ă©panchement vĂ©riste : son legato sans effet manifeste une musicienne nĂ©e. Sa Leonora, hallucinĂ©e, d’une transe fantastique, dans le sillon de Lady Macbeth, torche embrasĂ©e, force l’admiration : toute la personnalitĂ© de Netrebko rejaillit ici en fin de programme, dans le volet le plus saisissant de ce rĂ©cital verdien, hautement recommandable. Concernant Villazon, 
 le tĂ©nor fait du Villazon 
 avec des nuances et des moyens trĂšs en retrait sur ce qu’il fut, en comparaison moins aboutis que sa divine partenaire. Anna Netrebko pourrait trouver sur la scĂšne un rĂŽle Ă  sa (dĂ©)mesure : quand pourrons nous l’écouter et la voir dans une Leonora rĂ©vĂ©latrice et peut-ĂȘtre subjugante ? Bravissima diva.

Verdi. Le TrouvÚre, Anna Netrebko, le 3 octobre 2015, 18h55. Durée : 3h. Avec Anna Netrebko, Dolora Zajick, Yonghoon Lee, Dmitri Hvorostovsky. David McVicar, mise en scÚne. Marco Armiliato, direction musicale.

LIRE aussi Anna Netrebko chante Leonora du TrouvÚre de Verdi, France Musique le 31 août 2014

CD, Ă  paraĂźtre : Nouvelle AIDA de Verdi avec Jonas Kaufmann en RadamĂšs chez Warner classics (octobre 2015)

jonas kaufmann aida verdi AIDA COVERCD, Ă  paraĂźtre : Nouvelle AIDA de Verdi avec Jonas Kaufmann en RadamĂšs chez Warner classics
 Les nouvelle productions lyrique au disque sont rares. depuis des annĂ©es, ce sont non plus des enregistrements studio qui se sont perpĂ©tuĂ©s mais plutĂŽt des live habilement saisis sur le vif au hasard des opportunitĂ©s. AprĂšs une TURANDOT impressionnante de vitalitĂ© et de sensibilitĂ© signĂ©e Zubin Mehta (surprise de l’étĂ© 2015 (rĂ©vĂ©lant entre autres le baryton mexicain German Olvera dans le rĂŽle de Pang), voici une production qui fait suite  Ă  l’intĂ©grale Tristan une Isolde rĂ©alisĂ© par Emi en 2005 : confirmant les ambitions verdiennes du plus grand tĂ©nor actuel, le munichois Jonas Kaufmann, Warner classics annonce donc dĂ©but octobre 2015, une somptueuse AIDA de Verdi avec dans le rĂŽle du gĂ©nĂ©ral victorieux et couvert de l’or de Pharaon mais en fin de drame, saisi par l’amour de la belle esclave Ă©thiopienne Aida, Jonas Kaufmann.

Jonas Kaufmann au sommet !Le tĂ©nor nous avait stupĂ©fait dans un rĂ©cital totalement dĂ©diĂ© Ă  la lyre verdienne, intitulĂ© sobrement solennellement ” the VERDI album” (2013) : un rĂ©cital inoubliable par sa justesse expressive, sa franchise, sa sincĂ©rité (dont un Otello anthologique sur les traces de Jon Vickers). Un cas unique oĂč le tĂ©nor aux graves harmoniques, au mĂ©dium charnu, Ă  l’élocution Ăąpre et prĂ©cise, percutante et mĂ©tallique emboĂźte le pas Ă  un certain
. Placido Domingo. Jonas Kaufmann devrait y renouveler le succĂšs de son novel album Sony : Nessun forma dĂ©diĂ© aux hĂ©ros pucciniens
 (critique Ă  venir sur classiquenews).

jonas kaufmann anja harteros enregistrent AIDA Antonio Pappano VERDI review announce annonce classiquenews

L’enregistrement studio a dĂ©butĂ© en fĂ©vrier 2015 : aux cĂŽtĂ©s du tĂ©nor allemand, Anja Harteros (Aida), Ekaterina Semchuk (Amneris), Ludovic TĂ©zier (Amonasro), Erwin Schrott (Ramfis)
 complĂštent la distribution rĂ©unie autour d’Antonio Pappano qui pilote le chƓur et l’orchestre dell’Accademia di Santa Cecilia. Aida de Verdi, 3 cd Warner classics. Parution annoncĂ©e le 2 octobre 2015, prochain compte rendu dĂ©veloppĂ© dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

 

Roberto Alagna chante Le TrouvĂšre de Verdi

Passion Verdi sur ArteFrance 2. Verdi : Le TrouvĂšre, en direct d’Orange, le 4 aoĂ»t 2015, 22h. Jean-François Zygel prĂ©sente l’Ă©vĂ©nement lyrique des ChorĂ©gies d’Orange 2015, il en explique les enjeux, en direct, depuis le ThĂ©Ăątre Antique. Sous la direction musicale du chef français Bertrand de Billy, avec le tĂ©nor Roberto Alagna associĂ© aux cantatrices Marie-Nicole Lemieux et Hui He dans les rĂŽles de Azucena et de Leonora, respectivement la mĂšre et la fiancĂ©e du TrouvĂšre.

france2-logoCrĂ©Ă© en 1853 au Teatro Apollo de Rome, Il Trovatore n’est en rien cette partition compliquĂ©e voire confuse que certains aiment Ă  regretter. Verdi fin connaisseur des poĂštes, soucieux du drame autant que de l’enchaĂźnement des tableaux avait suffisamment de discernement et d’autoritĂ© pour imposer ses vues et donc prĂ©server la cohĂ©rence et le rythme de son opĂ©ra; c’est mĂȘme dans l’oeuvre verdienne, l’une de ses partitions les plus spectaculaires, rĂ©gĂ©nĂ©rant ce style frĂ©nĂ©tique hĂ©ritĂ© de Gluck. Les priĂšres de l’angĂ©lique et ardente Leonora, l’ivresse extatique de son amant le TrouvĂšre, Manrico et face Ă  eux les noirs et diaboliques Luna comme Azucena, grand rĂŽle de mezzo-alto, la gitane Ă  demi sorciĂšre,vraie manipulatrice au final qui venge le meurtre de son fils et expie les visions incandescentes et de flammes qui dĂ©vorent chacune de ses nuits. Verdi renouvelle ici et l’opĂ©ra romanesque et le genre fantastique : au final, l’amoureuse se suicide par poison et Luna dĂ©capite Manrico avant d’apprendre par Azucena qu’il s’agissait de son frĂšre ! Pour relever les dĂ©fis d’une histoire aussi sanglante et noire, la musique de Verdi s’enflamme elle mĂȘme en crĂ©pitements et Ă©clairs, ajustant chaque Ă©pisode pour mieux faire rugir une action saisissante. Energie, rythme, lyrisme flamboyant : Le TrouvĂšre / Il Trovatore fera vos dĂ©lices. Remercions France 2 de diffuser ce temps fort lyrique de l’Ă©tĂ© avec d’autant plus de pertinence que notre tĂ©nor national Roberto Alagna s’empare du rĂŽle-titre. L’opĂ©ra fait aussi les dĂ©lices des festivaliers de Salzbourg en aoĂ»t 2015 avec Anna Netrebko autre tempĂ©rament de braise, idĂ©al pour enflammer l’ardente amoureuse Leonora.

” LE TROUVÈRE ” de Giuseppe Verdi
en direct sur France 2 et sur France Musique
OpĂ©ra en 4 actes de Giuseppe Verdi,‹sur un Livret de Salvatore Cammarano
d’aprĂšs El Trovador d’Antonio Garcia GutiĂ©rrez

‹Orchestre national de France et ChƓurs des OpĂ©ras de RĂ©gion
Direction musicale : Bertrand de Billy
Mise en scĂšne : Charles Roubaud
Scénographie : Dominique Lebourges
Costumes : Katia Duflot
Eclairages : Jacques Rouveyrollis
Vidéos : Camille Lebourges

‹‹Avec :‹Manrico : Roberto Alagna / Leonora : Hui He / Azucena : Marie-Nicole Lemieux
InÚs : Ludivine Gombert / Il Conte de Luna : George Petean / Ferrando : Nicolas Testé
Ruiz : Julien Dran/ Un Vecchio Zingaro : Bernard Imbert / Un Araldo : Yann Toussaint
Durée : 2h 40mn

Le TrouvĂšre en direct sur France Musique

Passion Verdi sur Artelogo_france_musique_DETOUREVerdi : Le TrouvĂšre, en direct d’Orange, les 1er et 4 aoĂ»t 2015. France musique retransmet l’opĂ©ra le 1er aoĂ»t Ă  partir de 21h30. Puis sur France 2, le 4 aoĂ»t Ă  22h, Jean-François Zygel prĂ©sente l’Ă©vĂ©nement lyrique des ChorĂ©gies d’Orange 2015, il en explique les enjeux, en direct, depuis le ThĂ©Ăątre Antique. Sous la direction musicale du chef français Bertrand de Billy, avec le tĂ©nor Roberto Alagna associĂ© aux cantatrices Marie-Nicole Lemieux et Hui He dans les rĂŽles de Azucena et de Leonora, respectivement la mĂšre et la fiancĂ©e du TrouvĂšre.

france2-logoCrĂ©Ă© en 1853 au Teatro Apollo de Rome, Il Trovatore n’est en rien cette partition compliquĂ©e voire confuse que certains aiment Ă  regretter. Verdi fin connaisseur des poĂštes, soucieux du drame autant que de l’enchaĂźnement des tableaux avait suffisamment de discernement et d’autoritĂ© pour imposer ses vues et donc prĂ©server la cohĂ©rence et le rythme de son opĂ©ra; c’est mĂȘme dans l’oeuvre verdienne, l’une de ses partitions les plus spectaculaires, rĂ©gĂ©nĂ©rant ce style frĂ©nĂ©tique hĂ©ritĂ© de Gluck. Les priĂšres de l’angĂ©lique et ardente Leonora, l’ivresse extatique de son amant le TrouvĂšre, Manrico et face Ă  eux les noirs et diaboliques Luna comme Azucena, grand rĂŽle de mezzo-alto, la gitane Ă  demi sorciĂšre,vraie manipulatrice au final qui venge le meurtre de son fils et expie les visions incandescentes et de flammes qui dĂ©vorent chacune de ses nuits. Verdi renouvelle ici et l’opĂ©ra romanesque et le genre fantastique : au final, l’amoureuse se suicide par poison et Luna dĂ©capite Manrico avant d’apprendre par Azucena qu’il s’agissait de son frĂšre ! Pour relever les dĂ©fis d’une histoire aussi sanglante et noire, la musique de Verdi s’enflamme elle mĂȘme en crĂ©pitements et Ă©clairs, ajustant chaque Ă©pisode pour mieux faire rugir une action saisissante. Energie, rythme, lyrisme flamboyant : Le TrouvĂšre / Il Trovatore fera vos dĂ©lices. Remercions France 2 de diffuser ce temps fort lyrique de l’Ă©tĂ© avec d’autant plus de pertinence que notre tĂ©nor national Roberto Alagna s’empare du rĂŽle-titre. L’opĂ©ra fait aussi les dĂ©lices des festivaliers de Salzbourg en aoĂ»t 2015 avec Anna Netrebko autre tempĂ©rament de braise, idĂ©al pour enflammer l’ardente amoureuse Leonora.

” LE TROUVÈRE ” de Giuseppe Verdi
en direct sur France 2 et sur France Musique
OpĂ©ra en 4 actes de Giuseppe Verdi,‹sur un Livret de Salvatore Cammarano
d’aprĂšs El Trovador d’Antonio Garcia GutiĂ©rrez

‹Orchestre national de France et ChƓurs des OpĂ©ras de RĂ©gion
Direction musicale : Bertrand de Billy
Mise en scĂšne : Charles Roubaud
Scénographie : Dominique Lebourges
Costumes : Katia Duflot
Eclairages : Jacques Rouveyrollis
Vidéos : Camille Lebourges

‹‹Avec :‹Manrico : Roberto Alagna / Leonora : Hui He / Azucena : Marie-Nicole Lemieux
InÚs : Ludivine Gombert / Il Conte de Luna : George Petean / Ferrando : Nicolas Testé
Ruiz : Julien Dran/ Un Vecchio Zingaro : Bernard Imbert / Un Araldo : Yann Toussaint
Durée : 2h 40mn

Falstaff à Saint-Céré

verdi_582_face_portrait_boldiniSaint-CĂ©rĂ©. Falstaff de Verdi : 1er-14 aoĂ»t 2015. Au ChĂąteau de Castelnau Bretenoux,  Olivier Desbordes reprend une ancienne production conçue en 2006.  De l’unique opĂ©ra de Verdi, une comĂ©die dĂ©lirante oĂč l’auteur dĂ©nonce Ă  la façon de Rameau dans PlatĂ©e, que le monde est une farce, grinçante certes mais universelle, Olivier Desbordes souligne la pirouette finale d’un gĂ©nie de l’opĂ©ra italien romantique ; il dĂ©masque chez Verdi, le geste fantastique et sublime du saltimbanque, son rire salvateur, sa bouffonnerie remarquable conçue dans un “Ă©lan baudelairien”. De cette Ă©nergie qui fait exploser le cadre bourgeois du thĂ©Ăątre, naĂźt une piĂšce ivre, sauvage, oĂč le Chevalier Falsaff en sa taverne minable/palatiale est le dindon de la farce, un ridicule magnifique qui ici rĂ©unit tous les personnages de Verdi, “dĂ©guisĂ©s dans un carnaval burlesque, une sorte de chahut d’enfant retrouvant de vieux costumes, un grotesque, un irrespect, une folie, une libertĂ© de ton…”. C’est un “bric  brac de souvenirs, un jour de carnaval”.

Pourtant derriĂšre la comĂ©die collective oĂč les Joyeuses commĂšres de Windsor se joue de la naĂŻvetĂ© dĂ©risoire du Chevalier vaniteux, Verdi place plusieurs scĂšne d’une vĂ©ritĂ© irrĂ©sistible dont le duo d’amour de Nanetta et Fenton. Comme il immerge Ă  la façon de Shakespeare, toute l’action du village dans une fĂ©erie nocturne oĂč le jardin enchantĂ© se fait scĂšne d’illusion et de dĂ©voilement, poĂ©tique puis ironique : c’est lĂ  que Falstaff apprend Ă  ses dĂ©pens qu’il est le dindon d’une farce gĂ©nĂ©rale particuliĂšrement cruelle. Depuis 2006, Olivier Desbordes aura certainement fait Ă©voluer sa vision du dernier opĂ©ra de Verdi.

Falstaff de Verdi à Saint-Céré
ComĂ©die lyrique en 3 actes. Livret en français d’Arrigo Boito
d’aprĂšs “Les Joyeuses commĂšres de Windsor” de Shakespeare
Mise en scĂšne : Olivier Desbordes
Direction musicale : Dominique Trottein

Falstaff : Christophe Lacassagne
Ford : Marc Labonette
Fenton : Laurent Galabru
Alice Ford : Valérie Maccarthy
Nanette : AnaĂŻs Constans
Mrs Quickly : Sarah Laulan
Meg Page : Eva Gruber
Bardolfo : Jacques Chardon
Docteur CaĂŻus : Eric Vignau
Pistola : Josselin Michalon
Nouvelle crĂ©ation d’aprĂšs la production de 2006

5 représentations
Saint-Céré. Falstaff de Verdi : 1er-14 août 2015
ChĂąteau de Castelnau-Bretenoux

Infos, réservations : 05 65 38 28 08
VOIR le site du festival de Saint-Céré

Nouvelle Traviata Ă  Tours

verdi La TraviataTours, OpĂ©ra. Verdi : La Traviata. Les 20,22,24,26 mai 2015. InspirĂ©e de La Dame aux CamĂ©lias (Alexandre Dumas Fils), La Traviata est avant tout une histoire d’amour bouleversante et rĂ©aliste, dans laquelle le rĂŽle principal, -focus scandaleux-, est rĂ©servĂ©, pour la premiĂšre fois, Ă  une courtisane. Elle est jeune, jolie, surtout malade donc condamnĂ©e. Dumas fils doit faire mourir son hĂ©roĂŻne pour qu’elle expie ses fautes commises par irrĂ©vĂ©rence des convenances, au mĂ©pris de la morale bourgeoise…
Sobre et essentiellement intimiste, c’est Ă  dire huit clos Ă  3 personnages : la soprano amoureuse, le tĂ©nor “trahi”, le baryton (pĂšre la morale) -, La Traviata (la fourvoyĂ©e en italien), bouleverse par le sacrifice consenti par la pĂšcheresse, soucieuse de se sacrifier pour sauver l’honneur de la famille Germont, le fils qu’elle a aimĂ©, et le pĂšre qui le lui demande.

 

 

 

Reprise de La Traviata Ă  l’OpĂ©ra de Tours

Violetta, mythe sacrificiel

 

Vague verdienne en juin 2014Verdi construit le drame par Ă©tape, chacune accablant davantage la prostituĂ©e qui entretient son jeune amant Alfredo. L’acte I est toute ivresse, Ă  Paris, dans les salons dorĂ©s de la vie nocturne : c’est lĂ  que Violetta se laisse sĂ©duire par le jeune homme ; au II, le pĂšre surgit pour rĂ©tablir les biensĂ©ances : souhaitant marier sa jeune fille, le dĂ©shonneur accable sa famille : Violetta doit rompre avec Alfredo le fils insouciant. A Paris, les deux amants qui ont rompu se retrouvent et le jeune homme humilie publiquement celle qu’il ne voit que comme une courtisane (il lui jette Ă  la figure l’argent qu’il vient de gagner au jeu) ; enfin au III, mourante, au moment du Carnaval, retrouve Alfredo mais trop tard : leur rĂ©conciliation finale scelle le salut et peut-ĂȘtre la rĂ©demption de cette Madeleine romantique. LIRE notre dossier spĂ©cial La Traviata Ă  Tours

 

 

 

boutonreservationLa Traviata de Verdi Ă  l’OpĂ©ra de Tours
Nadine Duffaut, mise en scĂšne
Jean-Yves Ossonce, direction

Reprise d’une production reprĂ©sentĂ©e Ă  Avignon en 2002

Mercredi 20 mai 2015 – 20h
Vendredi 22 mai 2015 – 20h
Dimanche 24 mai 2015 – 15h
Mardi 26 mai 2015 – 20h

Opéra en quatre parties
Livret de Francesco Maria Piave, d’aprĂšs Alexandre Dumas Fils
Création le 6 mars 1853 à Venise
Editions Salabert-Ricordi (Ă©dition critique)

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scĂšne : Nadine Duffaut

Violetta Valéry : Eleonore Marguerre *
Flora Bervoix : Pauline Sabatier
Annina : Blandine Folio Peres *
Alfredo Germont : SĂ©bastien Droy
Giorgio Germont : Enrico Marrucci
Baron Douphol : Ronan NĂ©delec
Docteur Grenvil : Guillaume Antoine *
Gastone : Yvan Rebeyrol
Le Marquis : François Bazola

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours
Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours et Choeurs SupplĂ©mentaires

*dĂ©buts Ă  l’OpĂ©ra de Tours

 

 

DVD, compte rendu critique. Verdi : Otello. Fleming, Botha (Bychkov, Metropolitan, octobre 2012, 1 dvd Decca)

Otelo verdi renee fleming semyon bichkov metropolitan opera dvd decca 2012 critique compte rendu operaDVD, compte rendu critique. Verdi : Otello. Fleming, Botha (Bychkov, Metropolitan, octobre 2012, 1 dvd Decca). Le dernier Verdi sait crĂ©er de sublimes atmosphĂšres psychologiques dont profite Ă©videmment son Otello. Suivant son cher Shakespeare dans l’expression d’un drame noir et Ă©touffant, le compositeur outre le rĂŽle d’Otello confiĂ© Ă  un tĂ©nor stentor (au format wagnĂ©rien) offre surtout au rĂŽle de Desdemona, l’Ă©pouse abusivement outragĂ©e d’Otello, par son mari mĂȘme, un sublime personnage lyrique pour les sopranos, qui tire sa dignitĂ© et sa profonde loyautĂ©, sa bouleversante sincĂ©ritĂ© dans l’air du saule et sa priĂšre au IV, avant que le maure ivre de jalousie (et manipulĂ© par Iago) ne la tue en l’asphyxiant dans l’oreiller de sa couche. Verdi offre sa meilleure intrigue : resserrĂ©e, nuancĂ©e, contrastĂ©e et profonde. Avec Boito, il a rĂ©visĂ© son Boccanegra (1881) et s’apprĂȘte bientĂŽt Ă  composer Falstaff. CrĂ©Ă© en 1887 Ă  La Scala, Otello est un immense succĂšs. Au cƓur du sujet, portĂ© par les vers taillĂ©s, ciselĂ©s de Boito, Verdi rejoint l’arĂȘte vive et sanglante des drames abrupts et profonds, pourtant poĂ©tiques de Shakespeare.

DĂ©jĂ  prĂ©sentĂ©e en fĂ©vrier et mars 2008, cette production a montrĂ© ses qualitĂ©s, classiques certes mais efficaces et claires. Les vertus viennent surtout des chanteurs (en l’occurrence de la diva que l’on attendait et qui n’a pas déçu). Si sous la direction du mĂȘme chef (Semyon Bychkov), RenĂ©e Fleming (Desdemona), Johan Botha (Otello) rempilent ici en octobre 2012, le reste de la distribution a changĂ© Ă  commencer par le pĂ©ril dans la demeure, l’infĂąme intriguant Iago (Falk Struckmann) et Cassio (Michael Fabiano).

Fleming : bouleversante Desdemona
otello-fleming-verdi-opera-metropolitan-opera-new-york-octobre-2012-dvd-decca-classiquenews-renee-fleming-desdemona-johan-botha-otelloAu I, RenĂ©e Fleming sait revĂȘtir sa couleur vocale d’une rĂ©elle candeur, celle d’une adolescente encore pure, d’une sensualitĂ© lumineuse sans l’ombre d’aucune pensĂ©e inquiĂšte (“GiĂ  nella notte”). La diva nuance avec habiletĂ© l’Ă©volution de son personnage, de la beautĂ© lisse Ă  l’inquiĂ©tude de plus en plus sombre enfin vers la rĂ©signation suicidaire (IV). La façon dont elle construit son personnage et le colore progressivement de prĂ©monition noire, demeure exemplaire : la chanteuse sait ĂȘtre une actrice. C’est bien ce que souhaitait Boito comme Verdi : le dernier rĂąle de la victime Ă  l’adresse de sa suivante Emilia (Addio) rejoint la grandeur tragique et intimiste du thĂ©Ăątre : voilĂ  la force de Verdi et l’intelligence de RenĂ©e Fleming. L’ouvrage aurait Ă©videmment pu s’intituler Desdemona : la performance de la diva amĂ©ricaine le dĂ©montre sans rĂ©serve.
Le sens des nuance et l’intelligence intĂ©rieure de la soprano contraste de fait avec le style sans guĂšre de finesse du sud africain Johan Botha qui a la puissance mais pas la sincĂ©ritĂ© du personnage d’Otello. Quel dommage. Certes au III, son monologue ( “Dio mi potevi scagliar”) exprime l’intensitĂ© de ses dĂ©chirements intĂ©rieurs mais le style comme la projection (faciles) demeurent unilatĂ©raux, sans ambiguitĂ©, avec force dĂ©monstration.
Il y a du Scarpia dans le Iago verdien : vivacitĂ© noire, manipulation, perversitĂ© rationalisĂ©e et donc dĂ©monisme efficace … Falk Struckmann se tire trĂšs honnĂȘtement des dĂ©fis d’un personnage aux apparitions courtes mais denses qui exigent une franchise et une subtilitĂ© crĂ©pitante immĂ©diates. Pari relevĂ© car lĂ  aussi on s’Ă©tonne de dĂ©masquer chez lui, des trĂ©fonds de souffrances silencieuses, un abĂźme de ressentiments illimitĂ©s, en somme ce qui a intĂ©ressĂ© Shakespeare avant de fasciner Verdi et Boito : les vertiges et tourments que cause la folie humaine.
Dans la fosse Bychkov Ă©claire les orages et les passions d’une partition essentiellement shakespearienne. Du nerf, du muscle, mais peu de nuances au diapason de Fleming, pourtant souvent les brĂ»lures tragiques sont bien lĂ  et entraĂźnent le spectateur jusqu’au choc tragique final.

‹‹‹DVD, compte rendu critique. Verdi : Otello. Johan Botha · RenĂ©e Fleming, Falk Struckmann… The Metropolitan Opera Orchestra, Chorus and Ballet. Semyon Bychkov, direction. Elijah Moshinsky, mise en scĂšne.  Enregistrement live rĂ©alisĂ© au Metropolitan Opera de new York en octobre 2012. Parution internationale le 4 mai 2015. 1 dvd 0440 074 3862 6. DurĂ©e : 2:42. 1 dvd Decca

CD. Compte rendu critique. Verdi : Requiem (Lorin Maazel,février 2014, 1 cd Sony classical)

Maazel verdi messa da requiem 1 cd classical sonyCLIC D'OR macaron 200CD. Compte rendu critique. Verdi : Requiem (Lorin Maazel,fĂ©vrier 2014, 1 cd Sony classical). L’adage veut que parvenus au soir de leur carriĂšre, les artistes offrent le meilleur d’eux-mĂȘmes, faisant surgir un je ne sais quoi de sublime et de supĂ©rieur sans forcer leur nature. Ce disque comme le dernier Abbado (9Ăšme Symphonie de Bruckner, DG) ne dĂ©roge pas Ă  la rĂšgle. Le Maazel de Munich vaut bien l’Ababdo de Lucerne… des prophĂštes qui semblent nous parler depuis l’autre monde. Heureuse fin, bouleversante et d’une gravitĂ© qui suscite l’admiration. EnregistrĂ© en fĂ©vrier 2014 soit quelques mois avant sa disparition (juillet 2014 Ă  84 ans), ce Requiem verdien peut ĂȘtre vĂ©cu comme le chant du cygne du chef Lorin Maazel. De fait Ă  Munich, le maestro exprime avec les qualitĂ©s que nous lui connaissons l’ample ferveur incarnĂ©e si dramatique de la Messe des morts de Giuseppe Verdi. Nous sommes bel et bien Ă  l’opĂ©ra ici, tant la violence juste des chƓurs (superbes vagues chorales des basses surtout), l’engagement des solistes, l’orchestre trĂšs expressif et souple Ă  la fois (cuivres flamboyantes et mordantes) tissent une lecture vive, parfois attendrie donc intĂ©rieure, Ă  mille lieues de bien des approches plus pĂ©remptoires et purement dĂ©monstratives. Le chef n’oublie pas le sens du recueillement, le souffle des tĂ©moignages en particulier dans le Recordare, suite d’interventions pour les quatre solistes : le tĂ©nor corĂ©en seul montre d’abord d’Ă©videntes faiblesses dans la tenue de la ligne, avec une propension malgrĂ© la beautĂ© du timbre Ă  surjouer et en faire trop. Heureusement, il se reprend en cours de flux, s’accordant progressivement Ă  la ligne d’humilitĂ© de ses partenaires. L’unitĂ© de ton entre les solistes est donc Ă  souligner grĂące Ă  la baguette scrupuleuse du chef.

 

 

 

En fĂ©vrier 2014, Lorin Maazel enregistre Ă  Munich le Requiem de Verdi, avant de dĂ©cĂ©der 5 mois plus tard…

Testament spirituel de Maazel

 

 

maazel-lorin-582-594-maestro-verdi-messa-da-requiem-sony-classical-clic-de-classiquenews-avril-2015L’Offertoire qui ouvre le cd 2 saisit par son introspection tendre, presque innocente : Hostias remarquablement tenu et d’une douceur surprenante. La basse (Georg Zeppenfeld) comme l’alto (Daniela Barcellona) sont irrĂ©prochables : exaltĂ©s, vivants, humains avec humilitĂ©. Idem pour Le lux aeternam : autre moment d’effusion dans la communion. Le ton est constamment justes. Le soprano parfois vibrĂ© et instable d’Anja Harteros, malgrĂ© elle aussi la distinction du timbre, faiblit en cours de cycle mais dans le cd 2 rĂ©vĂšle ses qualitĂ©s expressives en particulier dans le Libera me final, vraie confession panique d’une Ăąme pĂȘcheresse en quĂȘte de salut comme de paix : comment ne pas penser ici Ă  la Desdemona d’Otello, et aussi dans sa priĂšre exacerbĂ©e enivrĂ©e Ă  la Tosca de Puccini. De toute Ă©vidence, avec son nez lĂ©gendaire, au dĂ©part, Maazel rĂ©unit de trĂšs solides solistes. L’ultime section Ă  l’Ă©noncĂ© du Requiem par la soprano atteint une puretĂ© d’intention rĂ©ellement jubilatoire, d’autant que les chƓurs sont prĂ©sents, murmurĂ©s, palpitants eux aussi (superbe prise de son spacialisĂ©e).
En maĂźtre lyrique incontestĂ©, Maazel mĂšne ses troupes avec une tension somptueuse, soulignant les arĂȘtes vives d’essence opĂ©ratiques de la partition. Les passages et les transitions sont ciselĂ©es dans le sens de l’intĂ©rioritĂ© suave. Cet hĂ©donisme qui puise ses racines dans l’opĂ©ra ravira les amateurs du Verdi opĂ©ratique, de fait si prĂ©sent dans son Requiem : les puristes pour des voix plus angĂ©liques moins Ă©paisses maintiendront d’Ă©videntes rĂ©serves. Pourtant la cohĂ©rence du style, l’Ă©quilibre de l’intention sans dĂ©bordement composent une lecture prenante, dĂ©veloppe un juste accord entre expressivitĂ© et ferveur. VoilĂ  qui laisse un tĂ©moignage plutĂŽt convaincant s’agissant du dernier Maazel. Par sa sincĂ©ritĂ© rayonnante qui s’affirme peu Ă  peu la Missa da Requiem du dernier Maazel mĂ©rite le meilleur accueil, c’est donc un CLIC de classiquenews d’avril 2015. In memoriam maestro.

 

 

Maazel verdi messa da requiem 1 cd classical sonyVerdi : Messa da Requiem. Anja Harteros, Daniela Barcellona, Wookyung Kim, Georg Zeppenfeld. MĂŒnchner Philharmoniker. Philharmonischer Chor MĂŒnchen. Lorin Maazel, direction. Enregsitrement rĂ©alisĂ© Ă  Munich en fĂ©vrier 2014. 1 cd Sony classical

 

 

Le TrouvĂšre de Verdi

logo_francemusiqueFrance Musique. Dimanche 29 mars 2015, 20h30. Verdi : Le TrouvĂšre. La tribune des critique s’intĂ©resse Ă  l’opĂ©ra le plus prenant et fantastique (scĂšne de magie, feux Ă©vocatoires, meurtre d’enfants et vengeance irrĂ©sistible
) de Verdi : un chef d’Ɠuvre au dramatise noir qui appartient Ă  la maturitĂ© triomphale de Verdi, et qui curieusement est toujours taxĂ© de complexitĂ© et de faiblesse Ă  cause d’un livret « trop confus ». Or l’écoute prĂ©cise de l’ouvrage rĂ©vĂšle un drame fort, sauvage, aux contrastes incandescents (angĂ©lisme amoureux de Leonora, ivresse Ă©perdue du TrouvĂšre Manrico, diabolisme du Conte de Luna : soit la sublimation du trio vedette Ă  l’opĂ©ra : soprano, tĂ©nor, baryton).  Les critiques de France Musique sauront-ils  discerner les qualitĂ©s de l’ouvrage et distinguer les meilleurs interprĂštes ? Dont Callas dirigĂ©e par Karajan entre autres
 L’opĂ©ra depuis a trouvĂ© une nouvelle soprano de choc : Anna Netrebko (Berlin, 2013 ; Salzbourg, Ă©tĂ© 2014) : sensuelle, pure, lumineuse et ardente.

Giuseppe VerdiCrĂ©Ă© Ă  Rome en 1853, d’aprĂšs El Trovador de GutiĂ©rrez, 1836), Le TrouvĂšre de Verdi saisit par sa fiĂšvre dramatique, une cohĂ©rence et une caractĂ©risation musicale indiscutable malgrĂ© la complexité  romanesque de l’intrigue. L’action se dĂ©roule en Espagne, dans la Saragosse du XVĂšme, oĂč le conte de Luna est Ă©conduit par la dame d’honneur de la princesse de Navarre, Leonora dont il est Ă©perdument amoureux : la jeune femme lui prĂ©fĂšre le troubadour Manrico.  Dans le camps gitan, Azucena, la mĂšre de Manrico, est obsĂ©dĂ©e par l’image de sa mĂšre jetĂ©e dans les flammes d’un bĂ»cher, et de son jeune frĂšre, Ă©galement consommĂ© par le feu. Manrico dĂ©cide de fuir avec Leonora. Mais il revient dĂ©fier Luna car sa mĂšre est condamnĂ©e Ă  pĂ©rir sur le bĂ»cher elle aussi.  EmprisonnĂ© par Luna avec sa mĂšre, Manrico maudit Leonora qui semble s’ĂȘtre finalement donnĂ©e au Conte : elle a feint et s’est versĂ©e le poison pour faire libĂ©rer son aimĂ©. En vain, Luna comprenant qu’il n’aura jamais celle qu’il aime (Ă  prĂ©sent morte), ordonne l’exĂ©cution par les flammes de Manrico. Au comble de l’horreur, Azucena lui avoue qu’il vient de tuer son propre frĂšre : leur mĂšre avait Ă©changer les enfants sur le bĂ»cher. De sorte que l’opĂ©ra s’achĂšve sur la vengeance d’Azucena (elle a enfin vengĂ© la mort de sa mĂšre par Luna) et le sacrifice des deux amants (Leonora et Manrico). La mezzo apparemment dĂ©munie a manipulĂ©e le baryton jaloux, vengeur
 aveuglĂ© par sa haine.

Drame gothique tragique
 Dans la production parisienne de l’ouvrage, Verdi ajoute un ballet selon le goĂ»t français du grand opĂ©ra (3Ăšme partie : la BohĂ©mienne). La violence de l’écriture, l’omniprĂ©sence des flammes dans la rĂ©solution du jeu dramatique, l’exacerbation des passions qui s’opposent (Luna contre Leonora et Manrico, l’apparente impuissance de la sorciĂšre bohĂ©mienne Azucena
)
tout Ɠuvre ici pour l’essor d’une tragĂ©die gothique prenante, Ă  l’expressivitĂ© progressive. D’aprĂšs le roman gothique romantique de GutiĂ©rrez, Verdi offre une remarquable caractĂ©risation des rĂŽles solistes : Manrico (tĂ©nor), Leonora (soprano), Luna (baryton), surtout Azucena (mezzo soprano) dont il fait une sorte d’autoritĂ© fĂ©minine sombre et lugubre (cf. le Miserere, chƓur funĂšbre de la 4Ăšme partie : intitulĂ©e ” Le Supplice”). Contemporain de La Traviata, Le TrouvĂšre est une partition flamboyante, sur un prĂ©texte empruntĂ© au roman historique dont la vocalitĂ© trĂšs investie des 4 solistes frappe immĂ©diatement : Verdi rĂ©ussit un tour de force. Chaque air rĂ©pond Ă  la nĂ©cessitĂ© de l’action.

France Musique. Dimanche 29 mars 2015, 20h30. Verdi : Le TrouvĂšre

La tribune des critique

Otello de Verdi Ă  Sao Paolo

VERDI_402_Giuseppe-Verdi-9517249-1-402Sao Paolo, Teatro Municipal. Verdi : Otello. Les 12, 14, 15, 17, 18, 21, 22, 24, 27 mars 2015. Avec Kunde, Kos, Esteves, sous la direction de Neschling et dans la mise en scĂšne de Del Monaco.  Ici s’affronte deux virilitĂ©s : l’une manipulatrice et destructrice, Iago ; l’autre, lumineuse mais influençable, Otello. Chypre est le thĂ©Ăątre de la vengeance haineuse du premier : Iago (baryton) qui prĂ©cipite la chute de son rival le capitaine Cassio (qu’il enivre) et dont il fait insidieusement l’amant supposĂ© de DesdĂ©mone ; ainsi, Iago suscite aussi la folie du gĂ©nĂ©ral victorieux : rongĂ© par le soupçon quant Ă  la loyautĂ© fidĂšle de son Ă©pouse DesdĂ©mone. DĂ©truit et atteint, Otello finit par la tuer puis se suicider en comprenant son erreur et la machination dont il est la victime aveugle. Verdi et Boito ont portraiturĂ© avec soin le visage diabolique de Iago dont il font un ĂȘtre façonnĂ© par le mal et la jalousie (son credo mephistofĂ©lique au dĂ©but du II). C’est lui qui tire les ficelles, avec d’autant plus de facilitĂ© que DesdĂ©mone, Otello, Cassio paraissent bien crĂ©dules voire passifs sur l’Ă©chiquier de ses intrigues. Otello semble mĂȘme impressionnable et faible : il gifle et violente son Ă©pouse devant les ambassadeurs vĂ©nitiens (III), avant d’Ă©touffer son Ă©pouse au IV… Fervent admirateur de Shakespeare (avec Schiller), Verdi atteint au sublime tragique dans ce drame noir et crĂ©pusculaire oĂč le hĂ©ros s’aperçoit trop tard de son aveuglement haineux et criminel. AprĂšs avoir composĂ© surtout de sublimes rĂŽles pour voix de baryton (souvent des pĂšres aimants et gĂ©nĂ©reux : tels Stiffelio, Rigoletto, Boccanegra…), Verdi offre Ă  tous les tĂ©nors les plus dramatiques, un superbe rĂŽle mettant en avant surtout leur performance d’acteur. C’est logiquement dans ce rĂŽle que la planĂšte lyrique attend l’indiscutable et charismatique Jonas Kaufmann.

boutonreservationOtello de Verdi au Teatro Municipal de Sao Paolo.
Les 12,14,15,17,18,21,22,24,27 mars 2015.
Avec Kunde, Kos, Esteves,
sous la direction de Neschling et dans la mise en scĂšne de Del Monaco.

Simon Boccanegra Ă  Avignon

le doge Dandolo par TitienAvignon, OpĂ©ra. Verdi : Simon Boccanegra. Les 20,22 mars 2015. Simon Boccanegra de Verdi est l’histoire d’un homme de pouvoir, le doge de GĂšnes, touchĂ© par la vertu et le sens du bien public auquel Verdi attribue, pour renforcer la charge humaine, une histoire familiale difficile : aprĂšs l’avoir perdue, Simon Boccanegra retrouve sa fille Maria
 Comme Rigoletto, Stiffelio, Simon Boccanegra aborde une thĂšme cher Ă  Verdi : la relation pĂšre / fille : amour total qui rĂ©vĂšle souvent une force morale insoupçonnĂ©e. Simon Boccanegra offre un superbe rĂŽle Ă  tous les barytons de la planĂšte lyrique : homme fier au dĂ©but, dans le Prologue, encore manipulĂ© par l’intriguant Paolo ; puis politique fin et vertueux qui malgrĂ© l’empoisonnement dont il est victime, garde Ă  l’esprit, sans sourciller l’intĂ©rĂȘt du peuple.

 

 

PĂšre et doge Ă  la fois…

ParticuliĂšrement dense, le livret pose de façon inĂ©dite, histoire politique et drame individuel sur le mĂȘme plan. Ancien corsaire Ă©lu doge, Boccanegra fait l’expĂ©rience du pouvoir, confrontĂ© aux intrigues des puissants, aux remous d’une foule rĂ©active et manipulable, et aussi aux rebondissements de sa propre saga familiale.
La genĂšse de l’opĂ©ra fut longue et difficile : dans sa version rĂ©visĂ©e plus tardive, Verdi s’associe au jeune poĂšte et compositeur Arrigo Boito (avec lequel il composera Otello, 1887 et Falstaff, 1893) : il resserre l’intrigue, la rend plus clair. L’ouvrage est crĂ©Ă© en 1857 Ă  La Fenice, puis recrĂ©Ă© dans sa version finale Ă  La Scala en 1881. Outre l’intelligence des Ă©pisodes dramatiques, vraies sĂ©quences de thĂ©Ăątre, Simon Boccanegra touche aussi par la coloration marine de sa texture orchestrale, miroitements et scintillements nouveaux rĂ©vĂ©lant toujours le gĂ©nie poĂ©tique de l’infatigable Verdi.

 

 

 

 

boutonreservationSimon Boccanegra de Verdi Ă  l’OpĂ©ra d’Avignon
Vendredi 20 mars 2015 Ă  20h30
Dimanche 22 mars 2015 Ă  14h30

Opéra en un prologue et trois actes de Giuseppe Verdi
Livret de Francesco Maria Piave et Arrigo BoĂŻto
Direction musicale : Alain Guingal
Direction des chƓurs : Aurore Marchand
Etudes musicales : Kira Parfeevets
Mise en scĂšne : Gilles Bouillon
DĂ©cors : Nathalie Holt
Costumes : Marc Anselmi
LumiĂšres : Michel Theuil

Amelia : Barbara Haveman
Un ancella di Amelia : Violette Polchi
Simon Boccanegra : George Petean
Jacopo Fiesco : Wojtek Smilek
Gabriele Adorno : Giuseppe Gipali
Paolo Albiani : Lionel Lhote
Pietro : Patrick Bolleire
Un capitano : Patrice Laulan

Orchestre RĂ©gional Avignon-Provence
ChƓur de l’OpĂ©ra Grand Avignon

DVD. Verdi : Les VĂȘpres Siciliennes (Volle, Schrott, Hymel, Pappano, 2013. 2 dvd Warner)

dvd-verdi-vepres-siciliennes-volle-hymel-schrott-dvd-warner-pappano-londres-octobre-2013-clic-de-classiquenews-fevrier-2015DVD. Verdi : Les VĂȘpres Siciliennes (Volle, Schrott, Hymel, Pappano, 2013. 2 dvd Warner). Rares les productions des VĂȘpres verdiennes chantĂ©es en français selon la crĂ©ation parisienne de 1855 (Salle Le Peletier). Cette production trĂšs honnĂȘte et souvent convaincante sait soigner les accents du pur drame psychologique (Monfort en quĂȘte de son fils Henri) en dĂ©pit des nombreuses scĂšnes collectives historiques qui font basculer Les VĂȘpres vers le grand opĂ©ra français façon HalĂ©vy, Meyerbeer… La mise en scĂšne traite froidement la barbarie et le cynisme du pouvoir politique, la violence qui sous-tend toute l’intrigue puisqu’il est question ici d’un thĂšme essentiel Ă  l’Ă©poque de Verdi : la rĂ©sistance d’un peuple (les siciliens menĂ©s par Jean Procida) contre l’oppression d’une autoritĂ© Ă©trangĂšre (les Français). De fait, le livret de Scribe s’inspire du soulĂšvement des Siciliens de mars 1282 contre les Français… Les cloches de la noce finale d’Henri et d’HĂ©lĂšne donnent le signal du soulĂšvement : l’amour bascule dans le sang. Triste progression oĂč les armes sont plus fortes que la volontĂ© des coeurs. Ici, le dĂ©cor prolonge l’espace du thĂ©Ăątre d’opĂ©ra : preuve que la rĂ©alitĂ© des spectateurs peut bientĂŽt ĂȘtre contaminĂ©e par le rĂšgne de la tyrannie et des manipulations reprĂ©sentĂ© sur scĂšne. Tout cela fonctionne bien car l’enjeu des situations demeure lisible.

L’homme de thĂ©Ăątre norvĂ©gien Stefan Herheim fait cependant du tĂ©nor hĂ©roĂŻque Henri, l’amant de la sicilienne HĂ©lĂšne, pris dans les rets de son amour filiale pour Monfort, le tyran français, la figure archĂ©typale de l’artiste romantique, comme TannhĂ€user, hĂ©ros sacrifiĂ©, maudit, incompris sur l’autel de la bourgeoisie du Second Empire Ă  naĂźtre. L’OpĂ©ra de Paris, celui de Garnier, ses ors et sa pompe thĂ©Ăątrale sont copieusement citĂ©s, crĂ©ant le cadre des enjeux politiques Ă  l’Ă©poque de Verdi : nationalismes en rĂ©sistance, conscience libertaire des artistes, politique barbare de l’ordre bourgeois.

La battue de Pappano, nerveuse, parfois fougueuse jusqu’Ă  l’Ă©clair, Ă©vite justement le grandiloquent pour un continuum haletant oĂč l’on sent la pression de la machine politique Ă©prouvant chaque individu dans ses aspirations les plus intimes : Henri, le fils dĂ©chirĂ© entre l’amour filial qui le lie Ă  son pĂšre, et son dĂ©sir d’HĂ©lĂšne, la Sicilienne aimĂ©e.

Verdi aime ciseler le relief intĂ©rieur des Ăąmes, fussent-elles au sommet de la hiĂ©rarchie politique : solitude et dĂ©sarroi des puissants qui prĂ©sentent ainsi au dĂ©but du III, Monfort le tyran français, en quĂȘte de l’amour d’un fils auquel il s’est jusque lĂ  cachĂ© : Michael Volle affirme une profondeur dĂ©chirĂ©e, une noblesse de sentiments qui attendrit le personnage du potentat, de surcroĂźt dans un français intelligible ; face Ă  lui, ardent et tendu, le tĂ©nor montant Bryan Hymel affirme ses aspirations romantiques et amoureuses avec un aplomb, mĂȘme si son français reste diluĂ©, et si l’on note une faiblesse de rĂ©gime en fin d’action. Le relief de l’intrigue tient aussi Ă  l’opposition des deux rĂŽles de barytons : si Monfort s’humanise en cours d’action (en se rapprochant de son fils qui bientĂŽt va le reconnaĂźtre en effet), la figure du Sicilien revanchard, chefs des partisans, Jean Procida gagne progressivement en autoritĂ©, en force contre l’oppresseur : l’uruguyen Erwin Schrott, ex compagnon d’Anna Netrebko, impose sa prestance virile et sauvage, une force noire et fĂ©line qui contraste idĂ©alement avec ses ennemis (hĂ©las dans un français bien peu ciselĂ©). Participant au pied levĂ© Ă  la production, la soprano armĂ©nienne Lianna Haroutounian chante tant bienque mal HĂ©lĂšne : elle dĂ©ploie son beau timbre intense, mais ne convainc pas dans un français mou et approximatif, et des vocalises guĂšre prĂ©cises.

La production londonienne s’impose indiscutablement par le nerf expressif qui se dĂ©gage de la direction capable d’exprimer et les Ă©clairs intĂ©rieurs du drame hugolien et le souffle de la passion alla Schiller, deux sources si bien cultivĂ©es par le gĂ©nie thĂ©Ăątral de Verdi, et qui font des VĂȘpres l’inverse d’une grande machine artificielle ; la tenue trĂšs honnĂȘte des 3 protagonistes : Monfort, Henri et Procida ajoutent Ă  la caractĂ©risation dramatique. Les chƓurs magnifiquement prĂ©parĂ©s savent restĂ©s articulĂ©s, prenants. Superbe expressivitĂ© collective. L’Ɠuvre fait partie des partitions les moins bien estimĂ©es de Verdi, Ă©tiquettĂ©e “grand bazar Ă  la française” ; c’est mal connaĂźtre l’esprit de la partition et le gĂ©nie verdien Ă  l’oeuvre. La production dirigĂ© par Pappano a le mĂ©rite d’Ă©claircir la rĂ©ussite d’un ouvrage rarement donnĂ© en français. d’oĂč notre CLIC de fĂ©vrier 2015.

CLIC_macaron_2014DVD. Verdi : Les VĂȘpres siciliennes (version française de 1855). Lianna Haroutounian (HĂ©lĂšne), Bryan Hymel (Henri), Michael Volle (Monfort), Erwin Schrott (Procida), Royal Opera Chorus, Orchestra of the Royal Opera House. Antonio Pappano, direction. Stefan Herheim, mise en scĂšne. 2 dvd Warner Classics 2564616434. Live enregistrĂ© Ă  Londres en octobre 2013.

Lianna Haroutounian – Helene
Bryan Hymel – Henri
Erwin Schrott – Procida
Michael Volle – Guy de Montfort
Michelle Daly – Ninetta
Neal Cooper – Thibault
Nico Darmanin – DaniĂ©li
Jung Soo Yun – Mainfroid
Jihoon Kim – Robert
Jean Teitgen – Le Sire de BĂ©thune
Jeremy White – Le Comte de Vaudemont

Royal Opera Chorus
Orchestra of the Royal Opera House
Antonio Pappano, direction
Stefan Herheim, mise en scÚne, régie

Nouveau Rigoletto Ă  Clermont-Ferrand

VERDI_442_Giuseppe_Verdi_portraitClermont-Ferrand, OpĂ©ra. Verdi : Rigoletto. Les 14 et 17 janvier 2015. Le bossu maudit. En jouant l’arrogance des courtisans infects, le fou du Duc (de Mantoue) croit tirer les ficelles : mais en devenant le dindon trompĂ©, il perd jusqu’Ă  la vie de son bien le plus prĂ©cieux : sa fille Gilda… Ăąme trop angĂ©lique sacrifiĂ©e dans l’arĂšne d’une humanitĂ© parfaitement barbare et cynique. Le ton est donnĂ© et la musique de Verdi suit Ă  la lettre, la plume acerbe et touchante, critique, voire satirique et brĂ»lante du grand Victor Hugo qui lui a soufflĂ© sa trame (l’opĂ©ra de Verdi reprend le sujet du Roi s’amuse). Sous couvert d’un drame de cour, Verdi brosse le portrait d’une assemblĂ©e de politiques ignobles et railleurs, parfaits libertins, dont le seul souci est de meurtrir les cƓurs surtout purs. Voyez comment Gilda, jeune femme innocente et trop naĂŻve, se fait dĂ©vorer par cette humanitĂ© corrompue.
De la piĂšce hugolienne, Verdi et son librettiste Piave font un huit clos Ă  3  : le Duc prĂ©dateur ; le bouffon dĂ©passĂ© ; sa fille manipulĂ©e, sacrifiĂ©e ; soit le tĂ©nor, le baryton, la soprano. A trop avoir raillĂ©, on est raillĂ© et perdu soi-mĂȘme : voilĂ  la triste fable de Rigoletto, bossu amuseur Ă  Mantoue qui sans le savoir, offre au Duc son patron, sa propre fille comme offrande sacrificielle.
L’acte I  dĂ©bute par la malĂ©diction de Rigoletto par l’une de ses victimes, Monterone, que le bossu a raillĂ© alors que le Duc a dĂ©shonorĂ© sa fille… un tel sort attend le bossu. Mais il ne le sait pas encore.
Au II, Rigoletto Ă  qui on vient d’enlever sa fille Gilda, la dĂ©couvre sortant (dĂ©pucelĂ©e) de la chambre du Duc. Dans un air final, Rigoletto  jure de se venger.
Au III, le Duc magnifique s’enflamme Ă  l’Ă©vocation de ses conquĂȘtes et de la lĂ©gĂšretĂ© des femmes (air fameux : la donna Ăš mobile...). Mais Rigoletto lui a prĂ©parĂ© un piĂšge en payant le service du tueur Sparafucile et de sa sƓur Maddalena. En une nuit de terreur oĂč Verdi fait souffler la violence d’une tempĂȘte, Rigoletto croit tenir le sac qui contient le corps assassinĂ© du Duc impi : c’est sa fille Gilda qui s’est prĂ©sentĂ©e Ă  sa place sous la lame vengeresse. L’agneau a sauvĂ© le dĂ©cadent.

 

 

 

Un pĂšre maudit et meurtri

 

Vague verdienne en juin 2014En une action violente et terriblement efficace, Verdi aborde la barbarie humaine, surtout la souffrance d’un pĂšre qui pleure difficilement la perte de sa fille (dĂšs la fin de l’acte I, quand les courtisans ont enlevĂ© Gilda pour la livrer au Duc ; surtout dans la scĂšne finale oĂč le pĂšre dĂ©couvre le corps de son enfant sacrifiĂ© dans son sac/linceul…). La force de Verdi vient de la justesse et de la profondeur des sentiments qu’il est capable d’exprimer : n’a-t-il pas lui-mĂȘme Ă©tĂ© particuliĂšrement frappĂ© par la perte de ses filles et de son Ă©pouse ? ApretĂ© cynique, tendresse Ă©perdue, barbarie noire… l’opĂ©ra maniĂšre Verdi atteint un souffle et un rĂ©alisme jamais vu avant lui, d’une violence grotesque Ă  la mesure de sa source hugolienne. AprĂšs Macbeth et Luisa Miller, – inspirĂ© par Shakespeare et Schiller, Rigoletto, crĂ©Ă© Ă  La Fenice en mars 1851, incarne avec Le TrouvĂšre et La Traviata, la trilogie de la maturitĂ© triomphante : un sommet Ă  trois couronnes qui scelle dĂ©finitivement le gĂ©nie de Verdi sur la scĂšne lyrique italienne et europĂ©enne.

 

 

Lars_Fosser-rigoletto-clermont-ferrandRigoletto de Verdi Ă  l’OpĂ©ra de Clermont-Ferrand
OpĂ©ra en 3 actes. ‹Livret de Francesco Maria Piave d’aprĂšs Le Roi s’amuse de Victor Hugo. CrĂ©ation : Venise, 11 mars 1851. Les 14 (20h) et 17 janvier 2015 (15h).

Direction musicale / Amaury du Closel
Mise en scĂšne / Pierre Thirion-Vallet
DĂ©cor / Frank Aracil
Création Costumes / Véronique Henriot
RĂ©alisation Costumes / VĂ©ronique Henriot, CĂ©line Deloche,‹Laure Picheret et Charlotte Richard
LumiĂšres / VĂ©ronique Marsy
Surtitrage / David M. Dufort

Le Duc de Mantoue / Alex Tsilogiannis
Rigoletto / Lars Fosser
Gilda / Mercedes Arcuri
Sparafucile / Federico Benetti
Maddalena / Juliette de Banes Gardonne
Le Comte Monterone / Ping Zhang
Marullo et un huissier de la cour / Matthias Rossbach
Matteo Borsa / Pablo Ramos Monroy
Comte Ceprano / Ronan Airault
Giovanna / Emmanuelle Monier
Comtesse Ceprano et un page / HĂ©loĂŻse Koempgen-Bramy
Hommes de cour / Renaud de Rugy et Joseph Kauzman

Orchestre Opéra Nomade

Représentations:
boutonreservationOpéra-Théùtre de Clermont-Ferrand
Mercredi 14 janvier 2015 / 20h00
‹Samedi 17 janvier 2015 / 15h00

‹De 10 à 48€
2h30 entracte compris
Chanté en italien, surtitré en français

 

 

Compte rendu, opéra. Nancy. Opéra National de Lorraine, le 25 novembre 2014. Giuseppe Verdi : Nabucco. Giovanni Meoni, Raffaella Angeletti, Alexander Vinogradov, Diana Axentii, Alessandro Liberatore. Rani Calderon, direction musicale. John Fulljames, mise en scÚne

Vague verdienne en juin 2014Peu reprĂ©sentĂ© dans l’Hexagone, le Nabucco de Verdi a eu bien de la chance grĂące Ă  cette nouvelle production montĂ©e par l’OpĂ©ra National de Lorraine. La maison nancĂ©enne a fait appel au mĂȘme metteur en scĂšne que pour sa triomphale ClĂ©mence de Titus la saison derniĂšre : John Fulljames. Le scĂ©nographe anglais a imaginĂ© un unique dĂ©cor surprenant, reproduisant jusque dans ses moindres dĂ©tails une synagogue d’Europe centrale, bĂątiment laissĂ© Ă  l’abandon au cƓur duquel se retrouvent les fidĂšles qui perpĂ©tuent la mĂ©moire de leur foi. Bien souvent, on se prend Ă  penser que l’histoire qui nous est contĂ©e n’est elle-mĂȘme qu’une reprĂ©sentation thĂ©Ăątrale qui permet au groupe de cimenter sa ferveur pour garder force et cohĂ©sion. Les nombreux enfants prĂ©sents sur le plateau, qui escortent le roi de Babylone, reprĂ©sentent l’indispensable transmission, vitale pour toute spiritualitĂ©. On n’oubliera pas de sitĂŽt la valse lente que dansent les hĂ©breux sur la musique de leur supplice au quatriĂšme acte, comme la nostalgie d’un passĂ© dĂ©sormais rĂ©volu. Et ce mystĂ©rieux vieil homme, qui paraĂźt veiller sur les destinĂ©es de chacun et de tous, dont l’omniprĂ©sence muette dans l’ombre du plateau ne cesse d’interroger sur son identitĂ© humaine ou
 divine.

 

 

 

Un Nabucco de mémoire

 

Les costumes, simples mais Ă©lĂ©gants, participent de cette atmosphĂšre intime, loin de tout faste grandiloquent, surprenante de prime abord mais d’une belle justesse Ă©motionnelle.
Cette proximitĂ© se voit renforcĂ©e par la direction remarquable de Rani Calderon, audiblement adoptĂ© par l’orchestre. Nonobstant quelques regrettables dĂ©calages, la pĂąte sonore dĂ©veloppĂ©e par le chef israĂ©lien sert magnifiquement la musique de Verdi, toute de legato et de profondeur. Les airs lents se voient ainsi superbement phrasĂ©s et le chƓur « Va pensiero » tant attendu s’élĂšve avec une pudeur qui transparaĂźt jusque dans les voix du chƓur, admirable d’homogĂ©nĂ©itĂ© et de justesse.
La distribution, comme Ă  l’ordinaire, a Ă©tĂ© particuliĂšrement soignĂ©e. MĂȘme lorsque la fatalitĂ© – et la chance – s’en mĂȘlent. Initialement prĂ©vue dans le rĂŽle d’Abigaille, la soprano allemande Silvana Dussmann a du ĂȘtre remplacĂ©e par Elizabeth Blancke-Biggs, que nous avions applaudie Ă  GenĂšve au printemps dernier. La loi des sĂ©ries ayant dĂ©cidĂ© de continuer son Ɠuvre, la chanteuse amĂ©ricaine s’est vue contrainte de dĂ©clarer forfait aprĂšs la rĂ©pĂ©tition gĂ©nĂ©rale. Et c’est sur l’italienne Raffaella Angeletti que le rideau s’est levĂ© en ce soir de premiĂšre. Une rĂ©vĂ©lation, pas moins. Visiblement accoutumĂ©e aux rĂŽles rĂ©putĂ©s inchantables, cette valeureuse artiste paraĂźt ne rien craindre de l’écriture terrible du personnage. Aigus triomphants, graves sonores, mĂ©dium charnu et arrogance des accents, elle subjugue dĂšs son entrĂ©e par son port altier et son magnĂ©tisme en scĂšne. Avant d’étonner dans la deuxiĂšme partie avec une cantilĂšne piano chantĂ©e archet Ă  la corde, dans une suspension du son qu’on n’imaginait pas, et conduite avec l’art d’une grande musicienne. Toute la reprĂ©sentation se dĂ©roule ainsi, avec Ă©vidence, jusqu’à une mort poignante qui achĂšve de nous faire admirer cette cantatrice trop mĂ©connue.
Face Ă  elle, on rend les armes devant le chant invariablement racĂ© et chĂątiĂ© de Giovanni Meoni, percutant dans l’attaque, mordant dans l’émission et imperturbable dans la ligne vocale. Sa grande scĂšne est Ă  ce titre Ă©loquente, grĂące Ă  un « Dio di Giuda » qui rappelle une fois de plus Renato Bruson par la noblesse de son exĂ©cution, et une cabalette Ă  la fiertĂ© conquĂ©rante, couronnĂ©e par un la bĂ©mol aigu de toute beautĂ©, une note qu’on n’attendait pas chez le baryton italien.
Mention spĂ©ciale au Zaccaria surprenant d’Alexander Vinogradov, tant la silhouette adolescente de cette jeune basse ne laisse rien prĂ©sager de l’ampleur de l’instrument qu’elle abrite. Une voix puissante et riche, parfois un rien engorgĂ©e, mais dont on admire le grave caverneux et l’aigu robuste.
AprĂšs son Des Grieux liĂ©geois, le tĂ©nor Alessandro Liberatore trouve en Ismaele un rĂŽle qui convient mieux Ă  sa vocalitĂ© transalpine, tandis que Diana Axentii profite de son air dans la derniĂšre partie pour faire valoir la puretĂ© de son timbre et le raffinement de son chant. Belle surprise Ă©galement avec le Grand-PrĂȘtre de Baal incarnĂ© avec force et conviction par Kakhaber Shavidze.
Un beau spectacle, chaleureusement saluĂ© par le public au rideau final, qui prouve qu’il n’est pas impossible de servir dignement le drame verdien.

 

 

Nancy. OpĂ©ra National de Lorraine, 25 novembre 2014. Giuseppe Verdi : Nabucco. Livret de Temistocle Solera. Avec Nabucco : Giovanni Meoni ; Abigaille : Raffaella Angeletti ; Zaccaria : Alexander Vinogradov ; Fenena : Diana Axentii ; Ismaele : Alessandro Liberatore ; Le Grand-PrĂȘtre de Baal : Kakhaber Shavidze ; Abdallo : Tadeusz Szczeblewski ; Anna : Elena Le Fur ; L’Homme : Yves Breton. ChƓur de l’OpĂ©ra National de Lorraine. Chef de chƓur : Merion Powell. ChƓur de l’OpĂ©ra-ThĂ©Ăątre de Metz MĂ©tropole. Chef de chƓur : Jean-Pierre Aniorte. Orchestre Symphonique et Lyrique de Nancy. Direction musicale : Rani Calderon. Mise en scĂšne : John Fulljames ; DĂ©cors : Dick Bird ; Costumes : Christina Cunnigham ; LumiĂšres : Lee Curran ; ChorĂ©graphie : Maxine Braham

 

 

Ernani de Verdi avec Ramon Vargas, Ludovic TĂ©zier

france3 logo 2014France 3. Verdi : Ernani. Mercredi 19 novembre 2014, 23h50. 2 ans aprĂšs le succĂšs de Nabucco Ă  la Scala de Milan (mars 1842) Verdi est acclamĂ© de mĂȘme par les vĂ©nitiens heureux d’applaudir le nouveau drame lyrique Ernani, Ă©crit pour La Fenice (mars 1844), premier opus destinĂ© Ă  la scĂšne lagunaire : le compositeur composa ensuite La Traviata au retentissement nettement moins fracassant. Avec Ernani, inspirĂ© de la piĂšce de Hugo de 1830, drame spectaculaire et historique comme scrupuleux et efficace, le jeune Verdi amorce une sĂ©rie d’ouvrages nerveux, aux rĂ©fĂ©rences clairement patriotes dont l’ardeur juvĂ©nile adaptĂ©e au sujet de conquĂȘte et d’amours Ă©prouvĂ©s galvanise l’enthousiasme des spectateurs. Ce sont ses fameuses annĂ©es de galĂšre, apportant succĂšs et aussi travail  forcenĂ© en particulier avec le librettiste Francesco Maria Piave, complice pour une dizaine d’opus lyriques. verdi, gĂ©nie de la mĂ©lodie partage avec Piave un sens trĂšs affĂ»tĂ© du drame : il recherche avant tout des situations habilement brossĂ©es qui approfondit toujours la psychologie de ses personnages.

Horreur tragique d’aprĂšs Hugo…

xl_image1019Au centre de l’intrigue, Elvira est le sujet du dĂ©sir de trois hommes : Ernani (tĂ©nor), le Roi d’Espagne Carlo (baryton), son oncle Silva (basse), vieillard abusif (prĂ©figuration de Luna du TrouvĂšre amoureux de la jeune Leonora. D’ailleurs Ă  partir du trio Elvira, Ernani, Silva soit la trinitĂ© verdienne soprano tĂ©nor baryton/basse, se prĂ©cise peu Ă  peu une typologie dramatique que le compositeur affinera peu Ă  peu Ă  travers ses opĂ©ras suivants : toujours la soprano et le tĂ©nor sont Ă©troitement attirĂ©s l’un par l’autre, une fusion remise / contrariĂ© par la prĂ©sence du baryton, soit que ce dernier soit le tuteur ou le pĂšre de la jeune femme (Rigoletto, Bocanegra, AĂŻda, La Traviata…) soit qu’il soit comme ici le rival grisonnant du jeune tĂ©nor (Le TrouvĂšre, Don Carlo…).

Au XVIĂš (1519), en Espagne, le rebelle Ernani (ex Don Juan d’Aragon) est pourchassĂ© par le Roi de Castille Charles (le futur empereur Charles Quint) qui aime la mĂȘme femme, Elvira laquelle doit Ă©pouser son oncle, le vieux Silva. Alors que le Roi a emmenĂ© Elvira avec sa suite, Silva et Ernani signent un pacte pour sauver la jeune femme (fin du II) : au son du cor que fait retentir Silva, Ernani se donnera la mort pour sauver celle qu’il aime. Mais Devenu Empereur, Carlo se dĂ©die et pardonne en souverain clĂ©ment : Ernani et Elvira peuvent se marier (acte III)… le soir des noces, le cor de Silva retentit : hĂ©ros naĂŻvement loyal, Ernani se poignarde (acte IV). La fin d’Ernani a des accents  tragiques exacerbĂ©s, permettant que se rĂ©alise dans la scĂšne finale, la terrible vengeance – une trame proche de celle du TrouvĂšre d’ailleurs (opĂ©ra qui se passe Ă©galement en Espagne).

france3 logo 2014France 3. Verdi : Ernani. Mercredi 19 novembre 2014, 23h50.  Production enregistrĂ©e en avril 2014 Ă  l’OpĂ©ra de Monte Carlo. avec Ramon Vargas (Ernani), Ludovic TĂ©zier (Carlo), Svelta Vassilieva. Daniele Callegari, direction. Jean-Louis Grinda, mise en scĂšne.

Verdi : Simon Boccanegra en direct de La Fenice

verdi_yeux_bandeau_535France Musique. Verdi : Simon Boccanegra, le 22 novembre 2014, 19h.  En direct de La Fenice de Venise, Simon Boccanegra de Verdi ou l’histoire d’un homme de pouvoir, le doge de GĂšnes, touchĂ© par la vertu et le sens du bien public auquel Verdi attribue, pour renforcer la charge humaine, une histoire familiale difficile : aprĂšs l’avoir perdue, Simon Boccanegra retrouve sa fille Maria
 Comme Rigoletto, Stiffelio, Simon Boccanegra aborde une thĂšme cher Ă  Verdi : la relation pĂšre / fille : amour total qui rĂ©vĂšle souvent une force morale insoupçonnĂ©e. Simon Boccanegra offre un superbe rĂŽle Ă  tous les barytons de la planĂšte lyrique : homme fier au dĂ©but, dans le Prologue, encore manipulĂ© par l’intriguant Paolo ; puis politique fin et vertueux qui malgrĂ© l’empoisonnement dont il est victime, garde sans sourciller l’intĂ©rĂȘt du peuple, Ă  l’esprit. La genĂšse de l’opĂ©ra fut longue et difficile : dans sa version rĂ©visĂ©e plus tardive, Verdi s’associe au jeune poĂšte et compositeur Arrigo Boito (avec lequel il composera Otello, 1887 et Falstaff, 1893) : il resserre l’intrigue, la rend plus clair. L’ouvrage est crĂ©Ă© en 1857 Ă  La Fenice, puis recrĂ©er dans sa version finale Ă  La Scala en 1881. Outre l’intelligence des Ă©pisodes dramatiques, vraies sĂ©quences de thĂ©Ăątre, Simon Boccanegra touche aussi par la coloration marine de sa texture orchestrale, miroitements et scintillements nouveaux rĂ©vĂ©lant toujours le gĂ©nie poĂ©tique de l’infatigable Verdi.

Samedi 22 novembre, 19h. En direct

En direct de La Fenice Ă  Venise

Giuseppe Verdi : Simon Boccanegra

Avec Simone Piazzola (Simon), Giacomo Prestia (Jacopo), Julian Kim (Paolo), Maria Agresta (Maria/Amelia), Francesco Meli (Gabriele Adorno)


Choeur de la Fenice

Orchestre de La Fenice

Myung-Whun Chung, direction

Berlin : Domingo chante son premier Macbeth (février 2015)

domingo placido verdi macbeth staatsoper berlinBerlin, Staatsoper. Domingo chante Macbeth: 7>28 fĂ©vrier 2015. Prise de rĂŽle pour Placido Domingo : nĂ© en 1941, Ă  73 ans, le tĂ©nor lĂ©gendaire devenu baryton poursuit dans sa nouvelle tessiture une carriĂšre captivante, avec l’énergie et l’audace d’un jeune premier. De Verdi, il aura tout chantĂ©, d’autant que le thĂ©Ăątre de Shakespeare lui permet toujours de nuancer encore une prise de rĂŽle.  Macbeth est surtout un ĂȘtre qui suit les annonces des trois sorciĂšres comme l’ambition de son Ă©pouse, Lady Macbeth : un monstre d’orgueil et d’arrogance comme rarement sur la scĂšne lyrique ; puis, personnage shakespearien, Macbeth parvenu roi doute, s’effondre sous le poids de la culpabilitĂ© ; le tĂ©nor madrilĂšne apporte l’épaisseur de son expĂ©rience : une vĂ©ritĂ© scĂ©nique et une prĂ©sence Ă©motionnelle naturelle qui font aussi la valeur de ses Simon Boccanegra, Rigoletto, Amonasro, Germont pĂšre : autant de rĂŽles de barytons verdiers qui s’offrent ainsi Ă  lui avec une aisance et mĂȘme une 
 Ă©vidence. On l’a vu encore cet Ă©tĂ© Ă  Salzbourg dans Le TrouvĂšre qui voyait l’incandescent angĂ©lisme de La Netrebko dans le rĂŽle de Leonora : Ă  ses cĂŽtĂ©s, Domingo faisait un comte de Luna ardent, habitĂ© par son dĂ©sir non partagĂ©, un soupirant encore vert mais Ă©cartĂ© : une personnalitĂ© bouillonnante. La profondeur de l’acteur, le chant ciselĂ© toujours proche du verbe accomplissent de rĂŽle en rĂŽle une carriĂšre exemplaire. Pour son premier Macbeth Ă  Berlin sous la direction de Daniel Barenboim, Placido Domingo entend Ă©clairer la part humaine de ce bourreau malgrĂ© lui : son duo avec Banco (Due vaticini), le cri dĂ©chirant du solitaire rongĂ© (Pieta, rispetto) au dernier acte compose une mĂ©tamorphose progressive qui est une chute et une dĂ©chĂ©ance bouleversante. A voir et Ă  Ă©couter sur la scĂšne du Staatsoper de Berlin, du 7 au 28 fĂ©vrier 2015 (18h,19h30).

A Berlin, aux cÎtés du premier Macbeth de Domingo, les autres chanteurs promettent tout autant : René Pape (Banquo), Rolando Villazon (Macduff), Liudmyla Monastyrska (Lady Macbeth)
 Daniel Barenboim (direction).

Visiter le page dédiée à Macbeth avec Placido Domino sur le site du Sataatsoper de Berlin.

 

 

 

 

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Compte rendu, opéra. Toulouse. Théùtre du Capitole, le 7 octobre 2014. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Un Ballo in Maschera, opéra en trois actes. Vincent Boussard, mise en scÚne ; Vincent Lemaire, décors ; Christian Lacroix, costumes ; Guido Levy, lumiÚres ; Avec : Dmytro Popov, Riccardo ; Vitaly Bilvy, Renato ; Keri Alkhema, Amelia ; Elena Manistina, Ulrica ; Julia Novikova, Oscar ; Aymery LefÚvre, Silvano ; Leonardo Neiva, Samuel ; Oleg Budaratschkyi, Tom ; Choeur et Maitrise du Capitole (chef de choeur Alfonso Caiani); Orchestre National du Capitole de Toulouse. Daniel Oren, direction.

ballo maschera bal masque verdi toulouseLe lever de rideau annonce une belle soirĂ©e d’opĂ©ra. Les cordes suraiguĂ«s sont subtiles, le canapĂ© sur lequel dort Riccardo avec une Ă©lĂ©gance trĂšs inhabituelle pour un tĂ©nor et la plastique gourmande du page oscar, vraie femme et non adolescent incertain, promettent une lecture de l’oeuvre pensĂ©e. Le beau portrait du monarque suspendu en fond de scĂšne fait passer le souffle de l’idĂ©al des LumiĂšres cher au XVIIIĂšme siĂšcle. Le choeur d’hommes est bien nuancĂ©. Le rĂ©veil du comte dĂ©guisĂ© en monarque fonctionne Ă  merveille entre rĂȘve et rĂ©alitĂ©,: il situe bien l‘idĂ©alisation de cet homme de pouvoir animĂ© par de bons sentiments. C’est en effet Dmytro Popov en Riccardo qui tient tout au long de l’opĂ©ra ses promesses. Longue voix de tĂ©nor spinto, aux couleurs magnifiques, au grain noble ; capable de nuances sur toute la tessiture avec des piani aigus de rĂȘve, ce  chanteur fera courir les foules.

Le superbe Riccardo du ténor Dmytro Popov

Ricardo ballo maschera verdi toulouse dmytro_popov_et_la_soprano_julia_novikova_lors_dune_repetition_au_capitole._photo_ddm_michel_vialaDe surcroit, c’est excellent acteur qui a une belle allure tant dans la lĂ©gĂšretĂ© que dans le drame. Quand on sait la difficultĂ© du rĂŽle, saluons bien bas une incarnation magistrale tant scĂ©nique que vocale, car cela tient  presque du miracle. Au firmament il restera pourtant bien seul. Car son Amelia est bien loin de son aisance scĂ©nique. Il faut dire Ă  sa dĂ©charge qu‘elle a Ă©tĂ© abandonnĂ©e Ă  son triste sort par le metteur en scĂšne et le costumier. Une petite robe noire en impermĂ©able transparent pour la scĂšne du gibet! Et rien dans ses attitudes qui trahissent l‘effroi peint par l‘orchestre ! Seul le dernier costume du bal lui sied un peu. Mais aucune direction d’acteur mĂȘme pour la mort de Riccardo. La voix de la soprano Keri Alkhema est toutefois celle d’une grande et puissante Amelia. Voix corsĂ©e capable d’allĂ©gements, avec des forte puissants et des sons piani dĂ©licats, elle sait admirablement phraser ces deux airs sublimes. Avec une Ă©motion poignante dans le deuxiĂšme. Le duo d‘amour restera comme une merveille de fusion vocale en plĂ©nitude de beau son. En Renato, le baryton verdi Vitaly Bilvy reste Ă  un niveau de prise de rĂŽle honnĂȘte sans trouver l’honneur ombrageux du personnage. Car non Renato n’est pas un simple mĂ©chant de mĂ©lodrame ! C’est un noble coeur tout fait d’abnĂ©gation qui souffre d’aveuglement et se laisse gagner par la mort quand l‘amour le menait jusqu’alors. Une belle voix un peu raide qui gagnera, nous l‘espĂ©rons en souplesse et en intelligence thĂ©Ăątrale avec l’expĂ©rience. Et un chanteur qui renoncera aux effets de volume en fin d‘air terminĂ© fortissimo
 (O Dolcessa perdutta! )

Le page Oscar semble avoir occupĂ© metteur en scĂšne et costumier qui en font un personnage intĂ©ressant. Vocalement Julia Novikova a une voix plus corsĂ©e que bien souvent sans rien abandonner des vocalises lĂ©gĂšres du rĂŽle. Avec Riccardo, ils forment le couple thĂ©Ăątral qui fonctionne le mieux. Ulrica est scĂ©niquement une sorciĂšre de salon plus Ă©lĂ©gante qu’effrayante et vocalement plus mezzo que contralto. Mais l‘habiletĂ© du jeux d’Elena Manistina et sa belle voix cuivrĂ©e retiennent l’attention.

Le choeur est Ă  la hauteur des trĂšs belles pages Ă©crites par Verdi. Admirablement prĂ©parĂ©s par Alfonso Caiani, ils rivalisent avec les meilleures maisons d’opĂ©ra. L’Orchestre du Capitole est superbe de couleurs instrumentales. Mais la direction de Daniel Oren est brutale, sans phrasĂ©s. Il semblerait que le chef ai voulu ignorer l’admirable construction dramatique de l’ouvrage, tout attachĂ© Ă  ses oppositions kalĂ©idoscopiques passant si abruptement du monde lĂ©ger d’Offenbach au drame le plus sombre. En ce sens, il y a un vrai accord avec la mise en scĂšne de Vincent Boussard et les costumes de Christian Lacroix : tout dans les effets d’opposition, rien dans une vision dramatique construite. Dommage 
. MĂȘme rĂ©serve pour les dĂ©cors et les lumiĂšres se font oublier, absentes dans la scĂšne nocturne du gibet, moment attendu s’il en est.

Au final, reste le portrait idéalisé du Monarque des LumiÚres incarné par  Dmytro Popov en Riccardo. Pas assez de la subtilité de ses rapports avec les autres personnages et un orchestre sous employé.

Toulouse. Théùtre du Capitole, le 7 octobre 2014. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Un Ballo in Maschera, opéra en trois actes. Vincent Boussard, mise en scÚne ; Vincent Lemaire, décors ; Christian Lacroix, costumes ; Guido Levy, lumiÚres ; Avec : Dmytro Popov, Riccardo ; Vitaly Bilvy, Renato ; Keri Alkhema, Amelia ; Elena Manistina, Ulrica ; Julia Novikova, Oscar ; Aymery LefÚvre, Silvano ; Leonardo Neiva, Samuel ; Oleg Budaratschkyi, Tom ; Choeur et Maitrise du Capitole (chef de choeur Alfonso Caiani); Orchestre National du Capitole de Toulouse. Daniel Oren, direction.

 

 

Illustrations : © P.Nin

I due Foscari depuis le Royal Opera House, Londres

Vague verdienne en juin 2014CinĂ©ma. Verdi : I due Foscari, le 27 octobre 2014, 20h en direct du Royal Opera House de Londres.  Les deux Foscari de Verdi, inspirĂ© de Lord Byron, est diffusĂ© en direct au cinĂ©ma depuis le Royal Opera House. En vedette le tĂ©nor cĂ©lĂ©brissime devenu baryton Placido Domingo chante le rĂŽle principal : Francesco Foscari. A ses cĂŽtĂ©s, le tĂ©nor Francesco  Meli interprĂšte son fils Jacopo. Le drame sombre, Ă©touffant pose les bases du thĂ©Ăątre intensĂ©ment dramatique de Verdi. L’Ɠuvre n’était plus jouĂ©e au Royal Opera House depuis 1995. Antonio Pappano en assure la direction musicale.

Informations et réservation sur http://www.rohaucinema.com/ ou aux caisses information des salles de cinéma partenaires.

royal opera house londres logoLa famille Foscari dans la Venise dĂ©cadente et cynique. Jacopo Foscari, le fils du Doge de Venise, est accusĂ© de meurtre et de trahison. MalgrĂ© les supplications de sa femme et de son pĂšre, il est condamnĂ© Ă  l’exil perpĂ©tuel, en particulier Ă  cause d’un ennemi, le sĂ©nateur Loredano. L’opĂ©ra de Verdi, adaptĂ© de la piĂšce de Lord Byron du mĂȘme nom, met en lumiĂšre l’impuissance d’un pĂšre face Ă  la cruautĂ© du monde. L’amour et la dĂ©termination de son pĂšre et de sa femme Lucrezia ne sauveront pas Jacopo qui meure au moment mĂȘme oĂč une confession vient l’innocenter
 la fatalitĂ© et les destins sacrifiĂ©s ont toujours inspirĂ© Verdi. OpĂ©ra noir et sombre, mais dramatiquement trĂšs intense, I Due Foscari reste mĂ©connu du grand public or il concentre dĂ©jĂ  le meilleur de Verdi. L’écriture y est concise, efficace, serrĂ©e, comme prĂ©cipitĂ©e. L’opĂ©ra au Royal Opera de Londres marque les dĂ©buts du metteur en scĂšne Thaddeus Strassberger. La richesse de la mise en scĂšne culmine Ă  l’acte III avec la scĂšne flamboyante du carnaval. Acteur hors pair, ayant un souci constant du verbe et du bien chanter, Placido Domingo impose un jeu Ă©conome oĂč tout passe par le chant.

En lire + sur le site du Royal Opera House, voir la liste des cinémas partenaires qui diffuse I Due Foscari

Titien: le doge Francesco VenierTrop rare sur les scĂšnes lyriques, l’opĂ©ra de Verdi I due Foscari qui annonce Simon Boccanegra, traite de la solitude et de l’impuissance des puissants. A Venise, le Doge Francesco Foscari Ă©prouve la barbarie de l’exercice politique, tiraillĂ© entre l’intĂ©rĂȘt de sa famille et le bien public comme la nĂ©cessitĂ© d’Etat.
CrĂ©Ă© au Teatro Argentina de Rome en 1844, I Due Foscari éclaire l’inspiration de Verdi fortement marquĂ© par Byron dont il adapte pour la scĂšne lyrique The two Foscari : sombre texte thĂ©Ăątral oĂč le doge de Venise, le vieux Francesco Foscari doit exiler son propre fils Jacopo, malgrĂ© son amour paternel et les suppliques de sa belle-fille, Lucrezia. TrĂšs caractĂ©risĂ©e, Ă©pique et aussi, surtout, intime, la partition verdienne se distingue par sa justesse Ă©motionnelle dans le portrait du Doge Foscari, immersion au cƓur d’une Ăąme humaine, tiraillĂ©e et par lĂ , bouleversante.

Placido Domingo chante Foscari en direct de Londres le 27 octobre au cinĂ©maLes dĂ©chirements intĂ©rieurs du Doge Foscari Ă  Venise, annonce bientĂŽt la sombre mĂ©lancolie solitaire irradiĂ©e du Doge de GĂȘnes, Simon Boccanegra, oĂč Verdi dĂ©veloppe cette mĂȘme couleur gĂ©nĂ©rale magnifiquement sombre et prenante. Le sens de l’épure, l’économie psychologique ont desservi la juste apprĂ©ciation de l’oeuvre : ce regard direct sur le trĂ©fonds de l’ñme humaine, loin des retentissements et dĂ©flagrations collectives parfois assourdissantes voire encombrĂ©es (Don Carlos, La Forza del destino, Il Trovatore, sans omettre le dĂ©filĂ© de victoire d’Aida
 vĂ©ritable peplum Ă©gyptien) sont justement les points forts de l’écriture verdienne. Un nouvel aspect que l’auditeur redĂ©couvre et apprĂ©cie aujourd’hui. La scĂšne finale en particulier qui explore l’esprit agitĂ© et sombre du Doge Foscari reste le tableau le plus impressionnant: un monologue comparable Ă  la force noire de Boris Godounov de Moussorsgki et dans laquelle brilla le diamant profond de l’immense baryton verdien Piero Capuccilli
 Comme Titien portraitiste affĂ»tĂ© du Doge Francesco Venier dans un tableau dĂ©jĂ  impressionniste (oĂč le politique paraĂźt affaibli, hagard, dĂ©fait, en rien aussi conquĂ©rant que le Doge Loredan auparavant peint par Bellini), Verdi brosse une figure saisissante par sa souffrance humaine: un politique, otage du Conseil des Dix, instance haineuse, policiĂšre, inhumaine : aprĂšs avoir pris la vie de son fils Jacopo, le Conseil des Dix lui demande de se dĂ©mettre de sa charge
 ultime sacrifice duquel le VĂ©nĂ©rable ne se relĂšve pas.

Verdi : I Due Foscari au Royal Opera House de Londres

Diffusé en direct au cinéma depuis le Royal Opera House le lundi 27 octobre à 20h15.
Rediffusé en novembre en différé dans les salles de cinéma partenaires

Chef d’orchestre : Antonio Pappano
Francesco Foscari : Plåcido Domingo
Jacopo Foscari : Francesco Meli
Lucrezia Contarini : Maria Agresta
Jacopo Loredano : Maurizio Muraro
Barbarigo : Samuel Sakker
Pisana : Rachel Kelly
ChƓurs du Royal Opera 
Orchestre du Royal Opera House

Mise en scÚne de Thaddeus Strassberger
DĂ©cors : Kevin Knight
Costumes  : Mattie Ullrich
Éclairage : Bruno Poet

Cinéma. Verdi : Anna Netrebko chante Lady Macbeth en direct du Met

macbeth lady anna netrebko verdiCinĂ©ma. Verdi : Anna Netrebko chante Lady Macbeth, le 11 octobre 2014, en direct du Metropolitan de New York, 19h. Les performances mondialement retransmises via les rĂ©seaux de salles de cinĂ©ma partenaires, du Metropolitan Opera de New York sont dĂ©sormais cĂ©lĂšbres et particuliĂšrement suivies. C’est assurĂ©ment un nouveau dĂ©bouchĂ© pour l’opĂ©ra en plus des reprĂ©sentations dans l’enceinte des thĂ©Ăątres d’opĂ©ra et un moyen nouveau d’apprĂ©cier la performance lyrique. l’expression plutĂŽt que le beau chant : « ùpre, Ă©touffĂ©, sombre », Verdi souhaitait une voix rugueuse,  sombre, pour le personnage de Lady Macbeth. C’est elle le cerveau des machinations criminelles, portĂ©e par un dĂ©sir irrĂ©pressible de pouvoir. Macbeth suit ce monstre en robe et couronne ensanglantĂ©e. Davantage que Schiller dont il transposa sur la scĂšne lyrique Luisa Miller, Don Carlos
, Verdi porte au pinacle poĂ©tique et dramatique, son modĂšle Shakespeare : toute sa vie, il ambitionnera de mettre en musique le Roi Lear (en vain). Le premier opĂ©ra shakespearien de Verdi, Macbeth donc (premiĂšre version florentine de 1847), prĂ©lude aux deux miracles de la fin de la carriĂšre, Otello dans le genre tragique, puis Falstaff dans la veine comique.

Le livret de Piave en quatre actes souligne les forces surnaturelles qui apportent leur fausse aide au destin de Macbeth : il sera d’aprĂšs les 3 sorciĂšres croisĂ©es dans la forĂȘt du I, « seigneur de Cawdor puis roi d’Écosse ». De son cĂŽtĂ© son acolyte et compagnon d’armes Banco, engendrera des rois. Au palais de Macbeth, Lady lit les lettres porteuses de ses excellentes nouvelles : dĂ©vorĂ©e par le pouvoir, Lady Macbeth pousse son Ă©poux Ă  assassiner le roi Duncan qui vient dormir chez eux
 Le remord commence son Ɠuvre cependant que Banco et sont ils Macduff dĂ©couvre l’horreur du crime de lĂšse majestĂ©, sans pour autant identifier les crimes.

Au II, Macbeth de venu roi paraĂźt lors d’un banquet : Lady Macbeth pousse davantage son Ă©poux : il fait tuer Banco (pour qu’il n’engendre pas de rois), mais le fils Macduff lui Ă©chappe. TorturĂ© par de nouveaux dĂ©mons intĂ©rieurs, Macbeth croit voir le fantĂŽme de son ancien ami Banco.

Du crime à la folie
 Lady Anna

Soupçonneux contre les Macbeth, Macduff s’exile. Au III, retour dans la forĂȘt des sorciĂšres prophĂ©tesses : Macbeth Ă©chafaude de nouveaux plans de meurtre contre Macduff. Survient Malcom, fils de banco qui vient se venger avec son armĂ©e en faisant le siĂšge du chĂąteau de Macbeth. Le culpabilitĂ© a fait son Ɠuvre dans l’esprit de Lady Macbeth qui paraĂźt en une scĂšne de somnambulisme inouĂŻ hagard, hallucinĂ©e, dĂ©truite. Maria Callas plus expressive que bien chantante a rĂ©volutionnĂ© la comprĂ©hension du rĂŽle de Lady Macbeth, offrant ce style mordant, Ăąpre, crĂ©pusculaire dont a rĂȘvĂ© Verdi. Au bord de la folie, Macbeth apprend la mort de sa femme et est finalement tuĂ© par Macduff, vengeur de son pĂšre honteusement assassinĂ©.

Macbeth anna netrebkoAucun rĂ©pit pour le couple de meurtriers et d’assassins : la folie, la lente et irrĂ©sistible destruction psychique les guettent et les emportent ; Ăąmes vouĂ©es aux tĂ©nĂšbres, les deux Macbeth sont les proies dĂ©signĂ©es des sorciĂšres dĂ©moniaques qui paraissent deux fois dans l’opĂ©ra. Le rĂŽle de Macduff, fils vengeur de banco a rĂ©vĂ©lĂ© les grands tĂ©nors du XXĂšme siĂšcle, de Pavarotti Ă  Domingo ; et quel contraste entre la Lady Macbeth triomphante et ivre de victoire politique dans son air de la lettre au I, et son air de folie funambulesque au III. FidĂšle Ă  ses propres conceptions dramatiques, Verdi dĂ©veloppe une maniĂšre elle aussi mordante, expressionniste et fantastique (les sorciĂšres dans les deux scĂšnes de prĂ©diction sont rĂ©ellement impressionnantes), chaque accent de l’orchestre marque un temps fort du drame : jamais musique et thĂ©Ăątre n’ont Ă©tĂ© aussi bien fusionnĂ©s. AprĂšs la crĂ©ation au Teatro della Pergola de Florence en mars 1847, Verdi rĂ©alise une seconde version pour la scĂšne du ThĂ©Ăątre Lyrique de Paris, en français, en avril 1865.

Anna Netrebko Verdi album leonoraParu en octobre 2010, le cd Verdi d’Anna Netrebko Ă©tait en rĂ©alitĂ© un programme annonciateur de ses prises de rĂŽles Ă  venir : en dĂ©cembre 2013 (Berlin) puis Ă  l’étĂ© 2014 Ă  Salzbourg, la soprano a crĂ©Ă© l’évĂ©nement et convaincu dans le rĂŽle de Leonora du trouvĂšre (angĂ©lisme incandescent et ivre, tenue vocale lumineuse). Sa Lady Macbeth est l’argument principal de la nouvelle production de Macbeth prĂ©sentĂ©e au Metropolitan de New York en octobre 2014. Un avant goĂ»t en a Ă©tĂ© donnĂ© en juin dernier au dernier festival de Munich. Rugissante, perverse, puis dĂ©truite hallucinĂ©e : que sera concrĂštement la Lady Macbeth d’Anna Netrebko ? RĂ©ponse ce 11 octobre 2014, sur la scĂšne new-yorkaise et dans toutes les salles de cinĂ©ma qui diffuse le direct Ă  partir de 19h.

DVD. Verdi : Il Trovatore (Tcherniakov, 2012)

Verdi il trovatore dmitri tcherniakov La Monnaie juin 2012DVD. Verdi : Il Trovatore (Tcherniakov, 2012). Les metteurs en scĂšne passent…l’opĂ©ra rĂ©siste. Ou pas. On a connu son Macbeth (Verdi) Ă  l’opĂ©ra Bastille (2008-2009), surtout Ă  Garnier son formidable EugĂšne OnĂ©guine (TchaĂŻkovsky)… et dĂ©jĂ  beaucoup moins apprĂ©ciĂ© son Mozart (Don Giovanni), à  Aix 2013 : vrai ratage pour cause de dĂ©calage dĂ©poĂ©tique et de tempo confusionnant. Las ce TrouvĂšre de Verdi qui peut inspirer les grands metteurs en scĂšne en dĂ©pit de l’intrigue Ă  tort jugĂ©e compliquĂ©e du livret, confirme les dĂ©lires nĂ©fastes du nouvel ex gĂ©nie de la mise en scĂšne, aprĂšs les Sellars ou Zarlikovski… c’est l’Ă©ternel problĂšme sur la scĂšne lyrique : trop de thĂ©Ăątre tue l’opĂ©ra ; trop de musique dilue l’action et fait un jeu sans consistance. Pas facile de trouver l’Ă©quilibre idĂ©al. avec Tcherniakov, on sait d’emblĂ©e que l’homme de thĂ©Ăątre tire la couverture vers lui et oblige l’action lyrique Ă  rentrer dans sa grille. Pour peu que l’opĂ©ra soit surtout un thĂ©Ăątre psychologique, l’enjeu peut trouver une forme satisfaisante ; si comme ici, les Ă©pisodes et sĂ©quences dramatiques trĂšs contrastĂ©es composent les rebonds de l’intrigue, la lecture rien que thĂ©Ăątrale s’enlise. Voici donc la premiĂšre mise en scĂšne de Tcherniakov Ă  Bruxelles. Le thĂ©Ăątre prime immĂ©diatement dans un huit clos oĂč les personnages se voit recevoir par Azucena en maĂźtresse de cĂ©rĂ©monie et hĂŽtesse pour un jeu de rĂŽles Ă  dĂ©finir, leur fiche indiquant clairement le rĂŽle qui leur est dĂ©volu le temps de l’opĂ©ra.

TrĂšs vite dans une sĂ©rie de confrontations orales puis physiques, les vieilles haines, jalousies, passions refont surface ; ils innervent l’action prĂ©sente d’une nouvelle violence, de sorte que l’opĂ©ra se fait rĂšglement de compte… ce qui en soit est juste et pertinent puisque le trouvĂšre raconte en rĂ©alitĂ© la rĂ©alisation d’une vengeance par enfants interposĂ©s. La BohĂ©mienne se venge de la mort de sa mĂšre et faisant en sorte que son meurtrier tue sans le savoir son propre frĂšre (qu’il ne connaissait pas comme tel pendant l’ouvrage Ă©videmment…). A trop vouloir rendre explicite les tensions souterraines, Tcherniakov produit une caricature dramatique : Luna exaspĂ©rĂ© tue Ferrando, puis le trouvĂšre Manrico bien que Leonora se soit donnĂ©e Ă  lui ; cette derniĂšre s’effondre sur le cadavre de son aĂźmĂ©. A nouveau Tcherniakov en dĂ©pit de son engagement Ă  restituer un jeu brĂ»lant, plus psychologique que dramatique, finit par agacer par confusion, le point culminant de son travail d’implosion dramaturgique Ă©tant le final du II oĂč des nombreux personnages sur scĂšne (soldats de Luna, nonnes et Leonora) on ne sait plus bien qui est contre qui et pour quelles raisons toute cette foule diffuse se prĂ©sente sur la scĂšne !
Donc sur les planches, dĂ©mentĂšlement puissant du drame verdien mais force voire violence de la reconstruction thĂ©Ăątrale, cependant dĂ©nuĂ©e de son suspens haletant car dĂšs le dĂ©part (ou presque), Azucena paraissant avec les BohĂ©miens dĂšs le 2Ăšme Ă©pisode, dĂ©voile toute la machination qui la hante donc ĂŽte Ă  ce qui suit tout son mystĂšre et sa tension. SĂ©rieux dĂ©sĂ©quilibre quand mĂȘme.

Dans la fosse, Minko fait du… Minko : direction violente, contrastĂ©e parfois trĂšs brutale et engagĂ©e. Ici Verdi n’a aucune finesse; en homme d’armes vouĂ© au service du comte Luna, Ferrando (Giovanni Furlanetto) est honnĂȘte ; mais la Leonora de Marina Poplavskaya n’a rien d’ardent ni de touchant (aigus tirĂ©s et forcĂ©s donc douloureux pour l’auditeur). Le TrouvĂšre / Manrico de Misha Didyk n’a rien lui aussi de souple et de vaillant : carrĂ© et franc comme un boxeur ; mĂȘme cosntat pour le Luna de Scott Hendricks : certes le prince n’a rien de tendre mais quand mĂȘme il souffre d’un amour incandescent que lui refuse Leonora (seul son air “Il balen del suo sorriso” : aveu de son dĂ©sir impuissant pour la jeune femme est justement placĂ© et plutĂŽt vraissemblable). Seule rayonne le diamant de l’Azucena de Sylvie Brunet : couleurs du medium ardent et profond qu’attĂ©nue cependant des aigus par toujours aisĂ©s. Mais la BohĂ©mienne ici retrouve ses droits : droit au chant rugissant et incantatoire voire hallucinĂ©, chant de vengeance et douleur haineuse…
un seul chanteur au niveau, est ce pour autant rĂ©ellement suffisant ? On reste sur notre rĂ©serve. De toute Ă©vidence, ce TrouvĂšre n’a pas la classe ni l’aplomb fantastique et onirique de la production d’Il Trovatore de Berlin (dĂ©cembre 2013) sous la direction de Barenboim, avec Anna Netrebko, incandescente et touchante Leonora (dans la mise en scĂšne trĂšs rĂ©ussie de Philippe Stölzl).

Verdi : Il Trovatore / Le TrouvÚre. Marc Minkoswki, direction. Dmitri Tcherniakov, mise en scÚne. Enregistré à la Monnaie de Bruxelles, en juin 2012.

Marco Guidarini dirige Les VĂȘpres Siciliennes de Verdi Ă  Nice

Marco Guidarini : maestrissimo !Nice, OpĂ©ra. Verdi : Les VĂȘpres Siciliennes, les 3,5 octobre 2014. ActualitĂ© du chef Marco Guidarini (octobre 2014)… Marco Guidarini fait partie des chefs charismatiques que sa grande culture, sa sensibilitĂ© et sa finesse rendent incontournable pour certains rĂ©pertoires en particulier l’opĂ©ra italien (mais pas que), la forme concertante, tout ce qui exige subtilitĂ©, tension, dramatisme. Toronto, Glasgow, hier Nice (ex directeur du Philharmonique en ses heures glorieuses
), le chef touche autant par ses qualitĂ©s humaines que sa facultĂ© Ă  porter et conduire Ă  un orchestre jusque dans ses ultimes retranchements. Le mois d’octobre 2014 est pour le maestro italien, un mois d’intense activitĂ© : il ouvre la nouvelle saison 2014-2015 de l’OpĂ©ra de Nice avec les trĂšs attendues VĂȘpres Siciliennes de Giuseppe Verdi (en version de concert): un opĂ©ra peu jouĂ©, mais ambitieux, nĂ©cessitant tout ce que le chef aime et qu’il maĂźtrise Ă  merveille, un orchestre voluptueux et Ă©pique, un chƓur acteur et trĂšs prĂ©sent et bien sĂ»r une brochette de solistes, vrais tempĂ©raments expressifs
 PremiĂšre le 3 octobre 2014.  Rendez vous donc Ă  Nice, les 3 et 5 octobre, puis Ă  La Garenne Colombes, pour la demi finale et la Finale du Concours Bellini, les 30 et 31 octobre 2014.

 

 

Verdi : Les VĂȘpres Siciliennes Ă  l’OpĂ©ra de Nice
Les 3 et 5 octobre 2014, 20h et 15h

anna_kassian_soprano_concours-bellini-2014Grand opĂ©ra en cinq actes, Ă©crit par Verdi sur un livret en français d’EugĂšne Scribe et Charles Duveyrier, Les VĂȘpres siciliennes sont une commande de l’OpĂ©ra de Paris, pour l’Exposition Universelle de 1855. En fait, Scribe a repris le livret du Duc d’Albe, Ă©crit Ă  l’origine pour un opĂ©ra de Donizetti, dont il a transposĂ© l’action des Flandres en Sicile, au XIIIe siĂšcle, lors de la rĂ©volte des patriotes insulaires, conduits par Giovanni da Procida, contre les troupes françaises occupantes de Charles d’Anjou. AprĂšs de nombreux avatars, dont la fugue de la diva Sophie Cruvelli, la crĂ©ation peut finalement avoir lieu, le 13 juin 1855, en prĂ©sence de NapolĂ©on III et de l’impĂ©ratrice EugĂ©nie. L’ouvrage est accueilli avec enthousiasme par un public oĂč se trouvent de nombreux italiens. Souvent jouĂ©e en concert, l’ouverture est une des plus imposantes du musicien et l’air patriotique de Procida au deuxiĂšme acte, est un clin d’oeil au Risorgimento, dont Verdi est le musicien depuis Nabucco.

Giuseppe Verdi : Les VĂȘpres Siciliennes. Grand opĂ©ra en 5 actes
Livret d’Eugùne Scribe et Charles Duveyrier
CrĂ©ation Ă  l’AcadĂ©mie ImpĂ©riale de musique,
Paris, le 13 juin 1855
Version de concert en langue française
[durée 3h10 env.]

Direction musicale : Marco Guidarini
HĂ©lĂšne : Anna Kasyan
Ninetta : Sophie Fournier
Henri : Marcello Giordani
Guy de Montfort:  Davide Damiani
Jean Procida : Kihwan Sim
Thibault : Frédéric Diquero
Danieli : Gianluca Bocchino
Mainfroid : Aurelio Gabaldon
Robert:  Bernard Imbert
Le Sire de BĂ©thune : Ziyan Atfeh
Le Comte de Vaudemont : Daniel Golossov

Orchestre Philharmonique de Nice
Choeur de l’OpĂ©ra de Nice

 

 

Marco Guidarini a fondé le Concours international de Bel canto Vincenzo Bellini. Prochaine édition en octobre 2014, à la Garenne Colombes, ville partenaire du Concours français :

 

Auditions 2014   affiche france version JPG

Concours international de Bel Canto Vincenzo Bellini 2014 (4Ăšme Ă©dition)
Nouveau Théùtre de la Garenne Colombes
Les 30 et 31 octobre 2014, 20h
Toutes les infos sur le site du Concours Vincenzo Bellini 2014

Les amateurs pourront aussi assister au rĂ©cital d’Anna Kassian au ThĂ©Ăątre de La Garenne Colombes, le 17 octobre 2014, 20h.

Théùtre de La Garenne
22, avenue de Verdun-1916
92250 La Garenne-Colombes
TĂ©l. : 01 72 42 45 74 et 01 42 42 30 19 (DEJCS)

 

 

 

anna_kassian_soprano_concours-bellini-2014VIDEO : visionner notre vidĂ©o exclusive ANNA KASSIAN chante ImogĂšne du Pirate de Bellini (l’air lui a permis de dĂ©crocher le Grand Prix du Concours international de Bel Canto Vincenzo Bellini) 

 

 

En mars 2015, Marco Guidarini dirigera une nouvelle production du Voyage Ă  Reims de Rossini avec les classes de chant et les ressources du CNSPD Paris (orchestre du Conservatoire)… Philharmonie de Paris, vendredi 13 mars 2015, 19h30. Dramma giocoso en un acte, composĂ© pour le Sacre de Charles X en 1825. InspirĂ© du roman Corine de Madame de StaĂ«l, Le Voyage Ă  Reims se dĂ©roule dans l’auberge du Lys oĂč se retrouvent comtes, marquis et barons, tous impatients d’assister au Sacre du Roi. C’est compter sans de nombreux avatars et imprĂ©vus.

Guidarini © R. Duroselle

 

DVD. Verdi : Il Trovatore (Netrebko, Domingo, Barenboim, Berlin 2013)

trovatore verdi netrebko domingo DVDCLIC D'OR macaron 200DVD. Verdi : Il Trovatore (Netrebko, Domingo, Barenboim, Berlin 2013). Dans l’imaginaire du scĂ©nographe Philippe Stölzl, le TrouvĂšre est un conte lunaire, basculant constamment entre cynisme barbare et dĂ©lire fantastique. La premiĂšre scĂšne est digne d’une gravure gothique d’Hugo ou d’une eau forte de Callot : Ferrando (excellent Adrian SĂąmpetrean) plante le dĂ©cor oĂč rĂšgne la malĂ©diction de la sorciĂšre effrayante brĂ»lĂ©e vive sur le bĂ»cher par le comte de Luna
 une vision primitive qui inspire tout le spectacle qui suit, dont les tableaux jouant sur le blanc et le noir, dĂ©taillant d’effrayantes ombres graphiques sur les murs d’une boĂźte dont l’angle regarde vers la salle et les spectateurs, instaure ce climat si original, celui façonnĂ© par un Verdi subjuguĂ© par le jaillissement du surnaturel, de la malĂ©diction, la figure troublante d’ñmes Ă©perdues (Leonora) qui ivres et portĂ©es par leur seul dĂ©sir, demeurent continĂ»ment aveuglĂ©es par la passion qui les consume : la jeune femme dans une arĂšne de silhouettes souvent grotesques et grimĂ©es jusqu’à la caricature, y paraĂźt tel un lys pur, Ă©clatant par son chant amoureux, juvĂ©nile, ardent, innocent. Ce qu’apporte Anna Netrebko relĂšve du miraculeux : le jaillissement brut d’un amour immense qui la dĂ©passe totalement, la possĂšde jusqu’à l’extase : le chant est incandescent, Ăąpre, d’une sincĂ©ritĂ© tendre irrĂ©sistible.

Le public berlinois lui rĂ©serve une ovation collective dĂšs son premier air. LĂ©gitimement. Tout le premier acte (Le Duel) est stupĂ©fiant de justesse rĂ©aliste et expressionniste, saisissant mĂȘme par ses ombres rouges aux murs dĂ©fraichis. Un rĂ©gal pour les yeux et aussi pour l’esprit exigeant : la direction d’acteur est prĂ©cise et constamment efficace.

TrouvĂšre berlinois, fantastique, effrayant : superlatif

azucena, trovatore berlin, barenboimDans la fosse Daniel Barenboim des grands jours sculpte chaque effet tĂ©nĂ©briste d’une partition qui frappe par sa modernitĂ© fantastique, rappelant qu’ici la vision de Verdi rejoint les grands noms du romantisme lugubre et cynique, surnaturel, cauchemardesque, et poĂ©tiquement dĂ©lirant : Aloysius Bertrand, Villiers de l’Isle Adam, ETA Hoffmann.  On s’étonne toujours que bon nombre continue d’affliger l’ouvrage verdien d’une faiblesse dramatique due Ă  un livret soit disant faiblard : c’est tout l’inverse. Et la prĂ©sente production nous montre a contrario des idĂ©es reçues et colportĂ©es par mĂ©connaissance, la profonde cohĂ©rence d’une partition au dĂ©coupage trĂšs subtil, aussi forte et glaçante que Macbeth, aussi prenante que Rigoletto, aussi Ă©chevelĂ©e et juste que La Traviata
 Philipp Stölzl apporte aussi ce picaresque espagnol dans costumes et maquillages qui revisitent en outrant ses couleurs, Velasquez et les caravagesques ibĂ©riques, de Ribeira Ă  Murillo.  Si Leonora, incarnĂ©e par la sensuelle et embrasĂ©e Anna Netrebko, captive de bout en bout, le Luna, rongĂ© par la jalousie et l’impuissance amoureuse trouve en Placido Domingo, un baryton ardent, habitĂ© par une psychĂ© qui lui aussi le submerge : passionnant duo.

netrebko anna trouvĂšre trovatore leonora Berlin BarenboimPar son code couleur vert froid, exprimant un cynisme fantastique de plus en plus prĂ©sent au fur et Ă  mesure de l’action, le thĂ©Ăątre de Philipp Stölzl rappelle Ă©videmment l’immense Peter Mussbach (repĂ©rĂ© dans son approche parisienne de La Norma au ChĂątelet) : le choeur des gitans y singe une foule aux accents apeurĂ©s, orgiaques avant que ne paraisse le chant hallucinĂ© d’Azucena (trĂšs honnĂȘte Marina Prudenskaya, de plus en plus touchante : c’est elle qui porte le germe de la vengeance finale ; elle est elle aussi, comme Leonora, une poupĂ©e fardĂ©e, usĂ©e, transfigurĂ©e par la passion qui la porte et la consume : si Leonora est dĂ©vorĂ©e par l’amour pour Manrico le trouvĂšre, Azucena est portĂ©e, aspirĂ©e par l’effroi du sacrifice primordial : l’assassinat de son propre fils (le vĂ©ritable) par les flammes. Le Manrico de Gaston Rivero sans partager la brulure de ses partenaires dĂ©fend haut la figure du TrouvĂšre. Jamais production n’a Ă  ce point mieux exprimer l’essence hallucinĂ©e et lunaire de l’opĂ©ra verdien : c’est essentiellement un thĂ©Ăątre de la brĂ»lure, des Ăąmes embrasĂ©es, oĂč pĂšse dĂšs l’origine, l’image effrayante flamboyante du bĂ»cher initial. Une Ă©blouissante rĂ©ussite qui passe surtout par la cohĂ©rence du dispositif visuel. Chef et solistes sont au diapason de cette lecture colorĂ©e, expressionniste, remarquablement convaincante. VoilĂ  qui renvoie Ă  la marche infĂ©rieure la plus rĂ©cente production du TrouvĂšre avec le duo Netrebko et Domingo, prĂ©sentĂ©e cet Ă©tĂ© au Festival de Salzbourg
 La galerie de peintures qui s’y impose paraĂźt en comparaison fatalement anecdotique tant ici, la crĂ©ation visuelle, le thĂ©Ăątre des ombres dĂ©coupĂ©es sur les murs du cube nourrissent le feu de l’action. Un must et donc un CLIC de classiquenews.com.

Verdi : Il Trovatore. Anna Netrebko (Leonora), Placido Domingo (Placido Domingo), Azucena (Marina Prudenskaya), Manrico le TrouvĂšre (Gaston Rivero, Adrian SĂąmpetrean (Ferrando)
 Staatskapelle Berlin. Daniel Barenboim, direction. Philipp Stölzl, mise en scĂšne. 1 dvd Deutsche Grammophon. EnregistrĂ© Ă  Berlin au Staatsoper Unter den Linden de Berlin, im Schiller Teater, en dĂ©cembre 2013.

 

 
 

 

TELE. En octobre 2014, Mezzo diffuse l’Elvira candide, juvĂ©nile d’Anna Netrebko (Metropolitan Opera 2006-2007) : I Puritani avec Anna Netrebko au Met 2007 sur Mezzo Live HD : 6 > 24 octobre 2014. 

mezzo logo 2014

 

 
 

 
 

Anna Netrebko chante Leonora du TrouvĂšre sur France Musique

il_trovatore_netrebko_c_sf_forsterFrance Musique, ce soir. Verdi : Le TrouvĂšre. Anna Netrebko. Le 31 aoĂ»t 2014, 20h. Salzbourg, aoĂ»t 2014 : France Musique diffuse l’un des Ă©vĂ©nements lyriques du festival autrichien : Le TrouvĂšre de Verdi. L’ouvrage saisit par sa fiĂšvre dramatique, une cohĂ©rence et une caractĂ©risation musicale indiscutable malgrĂ© la complexité  romanesque de l’intrigue. Au sommet d’une distribution idĂ©ale, le timbre charnu et digne de la soprano Anna Netrebko, diva glamour et depuis une dĂ©cennie, idole de Salzbourg. Sa Leonora est subtilement blessĂ©e, amoureuse ardente, d’un romantisme fiĂ©vreux… d’autant que ses partenaires, Franceso Meli (Manrico le trouvĂšre, celui qu’elle aime), et surtout l’infatigable et stylĂ© Placido Domingo, devenu baryton Ă  prĂ©sent (Luna pĂšre) dĂ©fendent avec la mĂȘme incandescence chacun de leur personnage. Les auditeurs de France Musique ne verront pas la mise en scĂšne musĂ©ale, offrant une somptueuse galerie de peinture des chefs d’oeuvres picturaux de la Renaissance europĂ©enne surtout italienne (de Bronzino au Titien, sans omettre le froid et lĂ©chĂ© Fouquet…). Leonora y est une gardienne, rĂȘvant d’ĂȘtre une princesse en robe de velours rouge passion. L’Orchestre philharmonique de Vienne achĂšve le tableau, rutilant, parsemĂ© d’Ă©clairs dramatiques (sous la baguette un rien Ă©paisse de Gatti…). Mais qu’importe, l’ivresse et l’extase lyriques sont au rendez vous de cette passionnante diffusion en diffĂ©rĂ©…  Ce soir, dimanche 31 aoĂ»t 2014, 20h.  Lire aussi notre compte rendu critique du TrouvĂšre de Verdi avec Anna Netrebko et Placido Domingo Ă  Salzbourg 2014.

logo_francemusiquesalzbourg logoFrance Musique. Verdi : Le TrouvĂšre. Anna Netrebko. Le 31 aoĂ»t 2014, 20h. Avec Anna Netrebko (Leonora), Francesco Meli (Manrico), Marie-Nicole Lemieux, Placido Domingo. Philharmonique de Vienne. Daniele Gatti, direction. L’écoute de cette diffusion France Musique est d’autant plus incontournable que l’opĂ©ra en juin, proposant 6 dates du 9 au 24 aoĂ»t 2014, Ă©tait dĂ©jĂ  sold out (complet) : affichant le Philharmonique de Vienne, Anna Netrebko, Lemieux (Azucena), Domingo (Luna), la production salzbourgeoise permet de mesurer l’évolution de la voix et du chant de la soprano vedette Anna Netrebko dans un rĂŽle qui semble taillĂ© pour elle. RĂ©ponse le 31 aoĂ»t sur les ondes de France Musique. En lire + 

Compte rendu, opĂ©ra. Salzbourg, Grosses festspielhaus, le 15 aoĂ»t 2014. Verdi : Le TrouvĂšre, il Trovatore. Anna Netrebko, Francesco Meli, Placido Domingo, Marie-Nicola Lemieux
 Orchestre Philharmonique de Vienne. Daniele Gatti, direction. Alvis Hermanis, mise en scĂšne.    

300xCompte rendu, opĂ©ra. Salzbourg 2014. Verdi : Le TrouvĂšre avec Anna Netrebko (Leonora)… C’est assurĂ©ment la production Ă©vĂ©nement du festival de Salzbourg 2014. Non pas que le chef, Daniele Gatti soit des plus fins et nuancĂ©s ; au contraire sa battue Ă©paisse et sans vraie subtilitĂ© fait regretter le nerf carnassier et la brĂ»lure que savait y instiller un Karajan. On regrette tout autant la finesse chambriste d’un Philippe Jordan capable de ciseler des climats jamais Ă©coutĂ© avant lui dans Don Carlo par exemple, comme rĂ©cemment sur l’ample plateau de Bastille. La valeur de la production salzbourgeoise vient de la distribution vocale – irrĂ©prochable- et de la mise en scĂšne, d’une justesse surprenante qui dĂ©voile en cours d’action, sa pertinence, ses multiples finesses, sachant trouver d’évidentes lectures poĂ©tiques entre le dispositif visuel (que des toiles et bois peints de maĂźtres puisque nous sommes dans la pinacothĂšque d’un grand musĂ©e europĂ©en) et les situations ainsi traitĂ©es. Sur les murs, un festival de chef d’oeuvres de la peinture italienne et flamande des XVĂš et XVIĂš, de Carpaccio, Raphael et Leonard Ă  Bellini, Lotto et 
 Titien pour le plus rĂ©cent, -sans omettre l’Ă©blouissant portrait d’AgnĂšs Sorel par Jean Fouquet en Vierge impĂ©riale : cf. derniĂšre photo ci-dessous. Les chevaliers en armure y disputent la place avec de nombreux portraits (sublimes Bronzino), et de nombreuses nuditĂ©s allĂ©goriques ou mythologiques et plusieurs Madones Ă  l’enfant. D’ailleurs, on aura notĂ© qu’au moment du duo le plus poignant entre Azucena et son fils adoptif, Manrico, une sĂ©rie de Vierges Ă  l’enfant dĂ©filent astucieusement en second plan (histoire de souligner ce qui pose justement problĂšme entre les deux protagonistes alors sur scĂšne, la nature rĂ©elle de leur lien, c’est Ă  dire : Manrico est-il vraiment le fils de la BohĂ©mienne ? La question de l’origine et de l’identitĂ© rĂ©elle du TrouvĂšre est au cƓur de l’action.

luth joueur de luth busiPlus tard quand l’action entraĂźne un peu plus les protagonistes jusqu’à leurs derniers avatars, -au bord de la mort-, : plus de peintures, mais des cimaises nues dont le pourpre mural porte la marque sans poussiĂšre Ă  l’emplacement de la toile disparue
 Car et c’est bien l’idĂ©e phare de la mise en scĂšne, l’histoire (fantastique et tragique) du TrouvĂšre est en rĂ©alitĂ© le rĂȘve Ă©perdu romantique de Leonora qui ici, n’est pas Ă  Saragosse, la dame de compagnie de la princesse de Navarre, mais une 
 gardienne de musĂ©e que la proximitĂ© avec les sommets de la peinture europĂ©enne a probablement marquĂ© jusqu’à Ă©chafauder des visions romantiques dĂ©lirantes. VoilĂ  qui explique avec beaucoup de justesse, le caractĂšre extatique, enivrĂ© de Leonora. Le personnage n’Ă©volue guĂšre pendant l’opĂ©ra : il est dĂ©jĂ  dĂšs le dĂ©but, emportĂ©, embrasĂ© par ses visions d’amour, que suscite le tĂ©nor transi comme elle ; chacune des apparitions de Leonora, vĂȘtue d’une somptueuse robe de velours rouge exprime un dĂ©sir incommensurable, celui d’une Ăąme qui brĂ»le : en somme, une parente d’Yseult ou d’Elsa chez Wagner.

Soit elle s’enivre de son propre amour, soit elle s’évanouit (Ă  deux reprises!), soit elle meurt (par le poison dans la derniĂšre partie) : Leonora est une figure amoureuse blessĂ©e mais digne, radicale dans son aspiration Ă  vivre le grand amour (avec Manrico, le trouvĂšre).

 

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Le rĂȘve de la gardienne de musĂ©e


Netrebko performs as Leonora during a dress rehearsal of Giuseppe Verdi's "Il trovatore" in SalzburgIci s’inscrit dans sa carriĂšre (11 ans qu’elle chante Ă  prĂ©sent), l’un des jalons lyriques et scĂ©niques de la soprano austro-russe, Anna Netrebko. Le veloutĂ© royal du timbre, en dĂ©pit de quelques hĂ©sitations dans l’agilitĂ© s’impose Ă  nous, d’autant plus que la cantatrice trouve constamment le ton juste assurant Ă  son chant, une musicalitĂ© de rĂȘve qui force l’admiration. Nous n’irons pas comme certains Ă  dire qu’elle chante mieux que Callas tant sa Leonora a la classe et la sincĂ©ritĂ© des trĂšs grandes interprĂštes, mais sa sublime plastique, son aura musicale, sa finesse vocale s’imposent. Anna a tout pour elle et sa Leonora salzbourgeoise marque assurĂ©ment un nouvel accomplissement dans son parcours (Ă  Salzbourg aprĂšs sa mĂ©morable Traviata).

 

 

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A ses cĂŽtĂ©s, les deux garçons sont 
 excellents : dans le rĂŽle titre, le tĂ©nor gĂ©nois Francesco Meli relĂšve tous les dĂ©fis d’un rĂŽle trĂšs Ă©prouvant : ardeur, constance, clartĂ© et aigus insolents, son Manrico-trouvĂšre est lui aussi de premiĂšre classe : que le chanteur assure avec endurance et abattage l’un des rĂŽles les plus exigeants du rĂ©pertoire verdien. Placido Domingo qui fĂȘtera en 2015 ses 40 ans de carriĂšre Ă  Salbzourg a chantĂ© plusieurs fois Manrico
 en tĂ©nor. Aujourd’hui baryton, son Luna dĂ©borde d’énergie et de passion ; il dĂ©vore Leonora des yeux, prĂȘt Ă  Ă©treindre la jeune femme qui grĂące Ă  Netrebko a assurĂ©ment l’apparence d’une irrĂ©sistible sirĂšne. Sens du texte, musicalitĂ© juste, intonation saisissante, prĂ©sence scĂ©nique, le lion Domingo offre au Comte, une dimension viscĂ©rale et passionnelle, une urgence thĂ©Ăątrale qui manque Ă  beaucoup de ses cadets. Surprenante tout autant, l’Azucena de Marie-Nicole Lemieux surprend elle aussi, en cours de soirĂ©e; elle se bonifie, depuis son premier air entonnĂ© gaiement comme une parodie fantastique (elle aussi travaille au musĂ©e mais comme guide confĂ©renciĂšre) jusqu’à son ultime duo avec Manrico et le trio avec ce dernier et Leonora – un Ă©pisode final d’une force vocale inouĂŻe : un tempĂ©rament dramatique dont le seul dĂ©faut demeure l’articulation du texte. C’est la seule dont on ne comprend pas le moindre mot italien s’il n’était les sous-titres.

L’esthĂ©tisme de la mise en scĂšne, sa justesse poĂ©tique ; la cohĂ©rence du plateau vocal, confirmant l’exceptionnelle musicalitĂ© de la soprano Anna Netrebko, Ă  dĂ©faut d’un chef lyrique vĂ©ritablement subtil, font de ce trouvĂšre 2014, l’évĂ©nement lyrique que l’on espĂ©rait. Le dvd du TrouvĂšre avec Anna Netrebko (captĂ© Ă  Berlin), est annoncĂ© cet automne chez Deutsche Grammophon. Aucun doute, a contrario de Bayreuth qui s’enlise et peine Ă  rĂ©gĂ©nĂ©rer son offre et son image, Salbzourg retrouve la magie de sa lĂ©gende. Ce TrouvĂšre est l’une des meilleures productions rĂ©centes que nous ayons vues lors du festival d’étĂ©.

 

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Compte rendu, opéra. Salzbourg, Grosses festspielehaus, le 15 août 2014. Verdi : Le TrouvÚre, il Trovatore. Anna Netrebko, Francesco Meli, Placido Domingo, Marie-Nicola Lemieux
 Orchestre Philharmonique de Vienne. Daniele Gatti, direction. Alvis Hermanis, mise en scÚne.

 
Illustrations : Le TrouvĂšre Ă  Salzbourg (DR), Giovanni Busi : le joueur de luth (DR), la toile du vĂ©nitien provoque chez Leonora ses visions amoureuses extatiques… Dans la mise en scĂšne d’Alvis Hermanis, le TrouvĂšre appartient au monde fantasmatique de Leonora : il n’apparaĂźt qu’en costume gothique et chacune de ses apparitions est Ă©voquĂ©e par le portrait du joueur de luth du peintre vĂ©nitien Busi…