Verdi : Don Carlo, 1867

Temps forts d’Arte  l’Ă©tĂ© 2013, et en liaison avec l’annĂ©e du Bicentenaire Verdi, voici en direct de l’Autriche depuis le festival de Salzbourg, Don Carlo de Verdi dans sa version de 1867, comprenant le fameux acte de Fontainebleau, souvent escamotĂ© oĂč pourtant comme un prĂ©lude clĂ©, le compositeur met en scĂšne l’amour premier des deux adolescents Carlo et Elisabeth, lesquels ensuite seront empĂȘchĂ© de vivre leur passion comme ils l’entendent alors mĂȘme qu’ils Ă©taient promis Ă  se marier.
Giuseppe Verdi
Don Carlo, version de 1867

en direct de Salzbourg
Arte, le 16 août 2013, 20h50
 

CarloA Salzbourg, l’attente se focalise sur le tĂ©nor Jonas Kaufmann, au chant embrasĂ©, fauve, de velours… le diseur, indiscutable chez Schubert ou Wagner (meilleur Sigmund depuis des annĂ©es), entend marquer le rĂŽle-titre : ardeur juvĂ©nile d’un prince empĂȘchĂ© de vivre sa vie : Don Carlo, futur Charles Quint, apprend trĂšs tĂŽt le cynisme politique et la fragilitĂ© des sentiments amoureux quand le pouvoir  se dresse contre eux… C’est une incarnation fugace en vĂ©ritĂ©, dont les airs trĂšs courts sont fulgurants, comme embrasĂ©s, dĂ©fendu par un ĂȘtre tiraillĂ© et dĂ©calĂ© dans un milieu oĂč il n’ a plus sa place. Son pĂšre Ă©pouse la jeune femme dont il Ă©tait Ă©pris et qu’il devait Ă©pouser ; ainsi Elisabeth de Valois, de fiancĂ©e dĂ©signĂ©e devient sa … belle mĂšre : Ă  jamais inaccessible sous peine d’un effroyable inceste … on sait quelle violence est produite d’une telle situation depuis l’exemple de PhĂšdre, amoureuse de son gendre, Hippolyte …

Don Carlo, version Bologne 1867

kaufmann_448_jonas_kaufmannAux cĂŽtĂ©s du jeune Infant terrassĂ©, la figure noble et tendre du marquis de Posa, Rodrigue, incarne l’idĂ©al humain du hĂ©ros schillĂ©rien : proche de Carlo, Posa est une Ăąme gĂ©nĂ©reuse, pĂ©nĂ©trĂ©e par un humanisme ardent qui s’oppose (vainement et tragiquement) au Roi sombre, mĂ©lancolique et violent, Philippe II. Posa et Carlo, frĂšres politiques, tentent vainement d’inflĂ©chir le pouvoir du roi concernant les Flandres en rĂ©bellion contre l’Espagne… le premier sera assassinĂ©, le second Ă©chappera in extremis Ă  un guet-appens …
Verdi analyse la Cour d’Espagne : froide, cynique, violente ; pas de rĂ©pit pour les deux coeurs amoureux ; rien ne rĂ©siste au pouvoir du Roi, lui-mĂȘme totalement infĂ©odĂ© Ă  l’emprise spirituel du Grand Inquisiteur, instance terrifiante et diabolique …

La production choisie Ă  Salzbourg est loin d’ĂȘtre respectueuse de la version souhaitĂ©e par Verdi : l’opĂ©ra crĂ©Ă© en français pour l’OpĂ©ra de Paris (Don Carlos, mars 1867) est ici prĂ©sentĂ©e dans sa version italienne, pour Bologne en octobre 1867, avec la Stolz entre autres … le travail du chef Pappano et du metteur en scĂšne Peter Stein restitue la version de la crĂ©ation italienne que Verdi a de trĂšs loin validĂ©e (coupures, genĂšse difficile …). DĂ©voilement de cette production contestĂ©e le 16 aoĂ»t en direct sur Arte  partir de 20h50 …

Don Carlo Ă  Salzbourg
Musique de Giuseppe Verdi (1813-1901)
Livret français original de Joseph MĂ©ry (1797–1866) et Camille Du Locle (1832–1903) d’aprĂšs le drame Don Karlos, Infant von Spanien de Friedrich Schiller (1759–1805)
Antonio Pappano, direction

‹Peter Stein, mise en scùne

Matti Salminen, Filippo II

.‹Jonas Kaufmann, Don Carlo
‹Anja Harteros, Elisabetta di Valois
‹Thomas Hampson, Rodrigo, Marchese di Posa
‹Ekaterina Semenchuk, La Principessa Eboli
Eric Halfvarson, Il Grande Inquisitore
‹Robert Lloyd, Un frate
‹Maria Celeng, Tebaldo
Sen Guo, Una voce dal cielo
‹Benjamin Bernheim, Il Conte di Lerma/Un Araldo reale
‹Mitglieder des Young Singers Project, Sei deputati fiamminghi
Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor
Wiener PhilharmonikerArte a dĂ©jĂ  diffusĂ© le chef d’oeuvre historique de Verdi depuis la Scala de Milan en 2008 sous la direction de Daniele Gatti, production terne mais dĂ©cors luxueux et fosse fĂ©line … Qu’en sera-t-il Ă  Salzbourg sous la direction d’Antonio Pappano ?

Illustration : Portrait du jeune Carlo futur Charles Quint par Sanchez Coello, vers 1558. Le ténor Jonas Kaufmann (DR)

Télé, ce soir, 20h45 : en direct sur Arte, Diana Damrau chante La Traviata à La Scala

TĂ©lĂ©, en direct sur Arte : Diana damrau chante La Traviata Ă  La Scala, ce soir Ă  20h45.  Chaque 7 dĂ©cembre marque par tradition la soirĂ©e d’ouverture de la nouvelle saison lyrique Ă  Milan. En choisissant La Traviata de Verdi, La Scala souligne et cĂ©lĂšbre Ă  son tour le bicentenaire Verdi 2013. Le rĂŽle de Violetta exige de la part de la cantatrice invitĂ©e Ă  incarner la jeune courtisane parisienne, des talents immenses de chanteuse comme d’actrice.

 
 

damarau_tcherniakov_traviata_verdi Chacun des 3 actes suppose une personnalitĂ© diffĂ©rente et donc un style spĂ©cifique : Ă  l’insouciante Ă©perdue mais dĂ©jĂ  affaiblie par la maladie qui la ronge et qui dĂ©couvre le pur amour au I, succĂšde la violence Ă©chevelĂ©e de la femme sacrifiĂ©e qui doit renoncer Ă  son bonheur imprĂ©vu au II ; puis au III, la courtisane pĂ©cheresse au bord de la tombe succombe moralement sauvĂ©e : son Ăąme est absoute des pĂ©chĂ©s anciens car elle a tout sacrifiĂ© sous la pression de la morale bourgeoise (incarnĂ©e par Germont pĂšre).
Portrait de femme et satire sociale. En plus d’un formidable portrait de femme, Verdi fait aussi la satire de son Ă©poque, lui qui subit les foudres des bien pensants hypocrites quand il se promenait aux bras de Giuseppina Strepponi, cantatrice plusieurs divorcĂ©e, avec laquelle il vivait maritalement …
Aujourd’hui, aprĂšs Patricia Ciofi, Annick Massis, Ă  l’ardente flamme Ă©motionnelle, et la plus rĂ©cente Natalie Dessay, c’est Diana Damrau, hier Gilda (Rigoletto du mĂȘme Verdi) qui ” ose ” relever le dĂ©fi d’un personnage mythique et bouleversant … Lui donnent la rĂ©plique les deux Germont pĂšre et fils, l’amant fougueux et le redresseur de torts : le tĂ©nor Piotr Beczala et le baryton Ćœeljko Lucic.

 

Souhaitons que la finesse des interprĂštes inspirent Daniele Gatti Ă  la direction certes puissante, parfois carrĂ©e voire droite ; or La Traviata, drame rĂ©aliste et psychologique rĂ©clame nuances et subtilitĂ©. Dans cette production, le metteur en scĂšne russe Dmitri Tcherniakov, Ă  l’expressionnisme Ă©touffant, passionnĂ© par le jeu d’acteurs (en tĂ©moigne sa mise en scĂšne lĂ©gendaire d’EugĂšne OnĂ©guine Ă  Bastille) devrait renouveler le dramatisme de l’opĂ©ra verdien, entre vertiges, spasmes, solitude : une course Ă  l’abĂźme qui s’avĂšre prometteuse … Qu’en sera-t-il Ă  La Scala ce soir Ă  partir de 20h45 ? RĂ©ponse en direct sur Arte (en rĂ©alitĂ© il s’agit d’un diffĂ©rĂ© : la reprĂ©sentation Ă  Milan dĂ©butant Ă  18h).

 

Giuseppe Verdi 2013

En direct de La Scala, Diana Damrau chante Violetta

En direct de la Scala de Milan
représentation inaugurale de la nouvelle saison lyrique scaligÚne 2013-2014
Arte, Samedi 7 décembre 2013, 20h50

MĂ©lodrame en 3 actes
Livret de Francesco Maria Piave
D’aprĂšs la Dame aux camĂ©lias d’Alexandre Dumas
Nouvelle production du Teatro alla Scala
Orchestre et chƓurs du Teatro alla Scala de Milan
Direction musicale : Daniele Gatti
Mise en scÚne et décors : Dmitri Tcherniakov
LumiÚres  : Gleb Filschtinsky

distribution
Violetta Valery : Diana Damrau
Flora Bervoix : Giuseppina Piunti
Annina : Mara Zampieri
Alfredo Germont : Piotr Beczala
Giorgio Germont : Zeljko Lucic
RĂ©alisation : Patrizia Carmine / Production : RAI, ARTE France (2h40mn)

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Diana Damrau chante Violetta Ă  la Scala

Diana Damrau est Violetta … Verdi: La Traviata. Du 7 au 31 dĂ©cembre 2013. En direct sur Arte, le 7 dĂ©cembre. Diana Damrau chante Violetta., sous la direction de Daniele Gatti pour l’ouverture de la nouvelle saison de la Scala de Milan. Prise de rĂŽle attendue et certainement aussi convaincante que sa Gilda (Rigoletto, sa rĂŽle verdien d’envergure prĂ©cĂ©dent) … Le thĂ©Ăątre scaligĂšne rend ainsi hommage Ă  Giuseppe Verdi pour l’annĂ©e de son centenaire. Nouvelle production de la Scala, avec aux cĂŽtĂ©s de Diana Damrau, Piotr Beczala (Alfredo Ă©lĂ©gantissime), Zelijko Lucic (Germont pĂšre)… Mise en scĂšne : Dmitri Tcherniakov

Milan, Teatro alla Scala, Verdi: La Traviata. Du 7 au 31 décembre 2013. Nouvelle production

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Aida de Verdi, version Py

En direct de Bastille, dans les salles UGC : Aida de Verdi …

Les salles de cinĂ©ma du rĂ©seau UGC diffusent en direct le 14 novembre 2013 Ă  partir de 19h30, la production spectaculaire et toute en or d’Aida de version dans la mise en scĂšne d’Olivier Py …

verdi_aida_py_bastilleNotre avis. AprĂšs Alceste de Gluck Ă  Garnier, le mois dernier, voici Aida de Verdi (1871), version Olivier Py : l’ouvrage servi par le metteur en scĂšne de retour sur les planches parisiennes en moins d’un mois, n’Ă©tait pas programmĂ© depuis 45 ans Ă  l’OpĂ©ra de Paris … un comble pour un sommet de l’opĂ©ra romantique italien. Le scĂ©nographe joue surtout sur les dĂ©cors aussi somptueux que spectaculaires, tout d’or Ă©tincelant (l’or n’est-il pas dans l’Egypte antique la chair des dieux ? mais c’est la seule rĂ©fĂ©rence Ă  l’AntiquitĂ© nilotique)… Exit les effets hollydiens et le kitsch nĂ©oĂ©gyptien : la vision est celle de l’Ă©poque de Verdi mais n’empĂȘche pas pour autant une esthĂ©tique du clinquant et du colossal. Au final, la proposition n’est guĂšre subtile et l’on cherche l’intimisme psychologique du huit clos que Verdi a su ciseler derriĂšre la pompe archĂ©ologique. Les plus de cette nouvelle production vertement critiquĂ©e au moment de sa premiĂšre : le RadamĂšs claironnant mais fin de Marcelo Alvarez et la direction toute en nuances, elle, de l’excellent Philippe Jordan… Jusqu’au 16 novembre 2013 Ă  l’OpĂ©ra Bastille.

Verdi : Aida
au cinéma, réseau salles UGC
le 14 novembre 2013, en direct Ă  19h30

Mis en scÚne par Olivier Py et dirigé par Philippe Jordan,
en direct le jeudi 14 novembre Ă  19h30
dans 27 salles du réseau UGC en France et en Belgique
(dans le cadre de la saison Viva l’OpĂ©ra ! – www.vivalopera.fr et www.vivalopera.be), en direct et en diffĂ©rĂ© dans 55 salles du rĂ©seau indĂ©pendant en France et 300 salles en Europe et dans le reste du monde.
Diffusion sur Mezzo, samedi 23 novembre Ă  20h30

Aida au cinéma
Opéra en quatre actes (1871)
Musique de Giuseppe Verdi (1813-1901)
Livret d’Antonio Ghislanzoni
d’aprùs Auguste Mariette
En langue italienne

PHILIPPE JORDAN, Direction musicale
OLIVIER PY, Mise en scĂšne

CARLO CIGNI, Il Re
LUCIANA D’INTINO, Amneris
OKSANA DYKA, Aida
MARCELO ALVAREZ, RadamĂšs
ROBERTO SCANDIUZZI, Ramfis
SERGEY MURZAEV, Amonasro
OLEKSIY PALCHYKOV, Un Messagero
ÉLODIE HACHE, Una Sacerdotessa

Orchestre et ChƓur de l’OpĂ©ra national de Paris

rappel :
L’OpĂ©ra national de Paris au cinĂ©ma, saison 2013-2014

- Aida, le 14 novembre 2013
- Les Puritains, le 9 décembre 2013
- La Belle au bois dormant, le 16 décembre 2013
- La Fanciulla del west, le 10 février 2014
- Tristan et Isolde, le 29 avril 2014
- Soirée Balanchine / Millepied, le 3 juin 2014
- La Traviata, le 17 juin 2014

DVD. Coffret Verdi (BelAir classiques)

Verdi 2013 : La Traviata, Aida, Macbeth (Coffret 3 opĂ©ra, 5 dvd BelAir classiques) …   Pour cĂ©lĂ©brer le bicentenaire verdi 2013, l’Ă©diteur BelAir classiques sort de son dĂ©jĂ  (riche) catalogue lyrique, 3 opĂ©ras dans 3 productions, toutes, d’une Ă©gale cohĂ©rence dramatique et visuelle. Trois tempĂ©raments scĂ©nographiques d’une forte tenue et qui viennent opportunĂ©ment fĂȘter Verdi en soulignant son exigence thĂ©Ăątrale, et rappeler que toutes les productions d’opĂ©ras, fussent-elles dĂ©calĂ©es/actualisĂ©es, ne sont pas forcĂ©ment indigestes.

 

 

boĂźte magique : La Traviata, Aida, Macbeth

3 Verdi pour 1 centenaire

 

coffret_DVD_Verdi_belairclassiques.coffretPrenez cette Aida (Zurich 2006) aux dĂ©cors grandiloquents volontairement pompeux voire pompiers (trĂšs Second Empire selon la vision de Nicolas Joel) : l’intimisme de la fresque Ă©gyptianisante (huit clos psychologique comme La Traviata) y est pourtant idĂ©alement prĂ©servĂ© avec des solistes convaincants (la wagnĂ©rienne Nina Stemme dans le rĂŽle-titre et la somptueuse alto Luciana d’Intino qui fait une rivale redoutable (AmnĂ©ris)… : deux Ăąmes fĂ©minines parfaitement opposĂ©es et contrastĂ©es qui se disputent Ă  raisons l’hĂ©roĂŻque RadamĂšs.

Voyez ensuite ce Macbeth de 2009 Ă  l’OpĂ©ra de Paris : la vision moderne et trĂšs cinĂ©matographique de Dmitri Tcherniakov insuffle au mythe des Ă©poux criminels, un parfum d’inhumanitĂ© parfaitement atroce, un drame noir et glaçant aux effluves contemporaines … qui laisse toute sa place au thĂ©Ăątre. Magnifique spectacle.

Quant Ă  La Traviata devenue lĂ©gendaire et Ă  juste titre, en provenance d’Aix en Provence 2003 (il y a donc 10 ans dĂ©jĂ ), le spectacle dĂ©montre qu’une bonne actualisation poĂ©tique rĂ©gĂ©nĂšre notre perception du conte amoral mais si touchant de Violetta ValĂ©ry ; selon la vision, – rĂȘve ou cauchemar-, de l’excellent Peter Mussbach, la dĂ©voyĂ©e courtisane parisienne erre en Maryline au bord d’une autoroute quand le fil de l’action se dĂ©roule Ă  la façon d’un road-movie. Voir Mireille Delunsch, diva radicale prĂȘte Ă  se mettre en danger, scĂ©niquement et vocalement, en blonde platine, inondĂ©e de lumiĂšre sous le feu des projecteurs qui semblent la brĂ»ler sur place, reste un autre grand moment visuel et lyrique. Des instants que tout liricophile, passionnĂ© ou dĂ©butant, se doit de possĂ©der. Beau choix pour un coffret cĂ©lĂ©bratif hautement recommandable.

 

Coffret Verdi 2013 : La Traviata, Aida, Macbeth (Coffret 3 opéra, 5 dvd BelAir classiques)

 

descriptif du coffret Verdi BelAir classiques

LA TRAVIATA : ‹Mireille Delunsch ‱ Matthew Polenzani
Mise en scĂšne : Peter Mussbach
Festival d’Aix-en-Provence (2003)

AIDA : ‹Nina Stemme ‱ Salvatore Licitra
Mise en scĂšne : Nicolas Joel
Opernhaus ZĂŒrich (2006)

MACBETH
Dimitris Tiliakos ‱ Violeta Urmana
Mise en scĂšne : Dmitri Tcherniakov
Opéra national de Paris (2009)

 

CD. Anna Netrebko : Verdi

Anna Netrebko chante Verdi chez Deutsche GrammophonCD. Anna Netrebko : Verdi   …     Anna Netrebko signe un rĂ©cital Verdi pour Deutsche Grammophon d’une haute tenue expressive. Soufflant le feu sur la glace, la soprano saisit par ses risques, son implication qui dans une telle sĂ©lection, s’il n’Ă©tait sa musicalitĂ©, aurait Ă©tĂ© correct sans plus … voire tristement pĂ©rilleuse. Le nouveau rĂ©cital de la diva russo autrichienne marquera les esprits. Son engagement, sa musicalitĂ© gomment quelques imperfections tant la tragĂ©dienne hallucinĂ©e exprime une urgence expressive qui met dans l’ombre la mise en pĂ©ril parfois de la technicienne : sa Lady Macbeth comme son Elisabeth (Don Carlo) et sa Leonora manifestent un tempĂ©rament vocal aujourd’hui hors du commun. Passer du studio comme ici Ă  la scĂšne, c’est tout ce que nous lui souhaitons, en particulier considĂ©rant l’impact Ă©motionnel de sa Leonora …

 

 

Macbeth, Elisabeth, Leonora … Divine Netrebko

 


Netrebko_anna_diva_opera_musique_classique_cdA l’image du visuel de couverture, Ă©lĂ©gantissime, la diva Ă©lectrique, incandescente s’affirme sans rĂ©serve.  Vous l’aurez compris, le nouvel album de la diva Netrebko a conquis le rĂ©daction cd de classiquenews. VoilĂ  ” le ” disque que nous attendions pour l’annĂ©e 2013 qui cĂ©lĂšbre ailleurs sans surprise le bicentenaire Verdi. Dans le premier air, extrait de Macbeth, le tempĂ©rament dramatique avec un medium qui s’est Ă©largi naturellement s’impose immĂ©diatement. Il Ă©claire en Lady Macbeth, une Ăąme dĂ©chirĂ©e derriĂšre le masque de la rĂ©gicide et criminelle Ă  rĂ©pĂ©tition… abattage, suretĂ© de ton, intonation juste, et belle intensitĂ© : oui sans rĂ©serve.

AbĂźmĂ©e dans des gouffres fantastiques et sombres, la diva affiche la mĂȘme sensibilitĂ© Ă©motionnelle, faille d’une ambitieuse rattrapĂ©e par ses mĂ©faits et ses crimes successifs dans l’air qui suit : “ Vieni, t’affretta ! “. La coupe linguistique plus heurtĂ©e est cependant unifiĂ©e par des aigus bien couverts et percutants, mais la diva russo-autrichienne demeure parfois en perte de souffle et d’Ă©quilibre dans un rĂŽle qui dĂ©passe cependant ses vrais moyens. Qu’en serait-il sur la scĂšne, oĂč elle devrait tenir la continuitĂ© de l’action ?
On l’attend vĂ©ritablement lĂ  oĂč en studio, une Callas fit sensation : l’air de somnambulisme hagard et halucinĂ© : ” Una macchia Ăš qui tuttora ” ...  impose non pas la rage de la furie tiraillĂ©e mais l’effusion d’une criminelle repentie, dĂ©truite par le sentiment de la culpabilitĂ©. Le caractĂšre lugubre souligne les couleurs somptueuses du timbre dans le registre le plus grave : belle hĂ©ritiĂšre de Callas de ce point de vue qui sait marquer la faillite tragique de la scĂšne alors. L’assise rayonnante des nouvelles notes basses, les aigus Ă  l’extrĂ©mitĂ© de la tessiture, rayonnants et tenus (mĂȘme si le dernier aigu final est peu Ă©courtĂ© sur le souffle), offre une incarnation solide, personnelle, plutĂŽt rĂ©jouissante car vraisemblable. Quelle feu dramatique et quelle musicalitĂ© !HĂ©roĂŻne plus angĂ©lique et non moins dĂ©chirĂ©e, voici ensuite Giovanna d’Arco, subtile incarnation d’une puretĂ© elle aussi captivante par sa fragilitĂ© en dialogue avec la flĂ»te …


Anna Netrebko Verdi album leonoraSon Elena des Vespri Siciliani
respire la mĂȘme effusion sertie dans le miel le plus flexible, melliflu, oĂč les aigus en passage affirme un tempĂ©rament dramatique assurĂ© : c’est bien le propre de Netrebko aujourd’hui, des aigus claironnants combinĂ©s Ă  un grain de vraie tragĂ©dienne spinto. Moins Ă  l’aise dans la mise en place de la Sicilienne, d’un abattage moins assurĂ©e, la diva opte (avec le chef) pour un tempo volontairement ralenti pour assurer l’arche des notes filĂ©es : les vocalises finales trahissent un dĂ©sĂ©quilibre manifeste : l’agilitĂ© de la soprano a perdu de son Ă©lasticitĂ©, affectant les notes les plus aiguĂ«s, toutes aspirĂ©es et sans appui ; Mais l’assurance de l’intonation sĂ©duit toujours (malgrĂ© un vibrato que certains pourront juger peu propre). La grande Anna nous sĂ©duit aussi pour cette blessure inscrite dans la voix. Autre air de bravoure et de caractĂ©risation exigeante, la priĂšre d’Elisabeth de Don Carlo oĂč rayonne la dignitĂ© blessĂ©e d’une jeune reine accablĂ©e, en proie Ă  une terrible leçon de rĂ©alisme cynique : sur les traces des grandes interprĂštes de ce personnage, Callas encore (en concert) et Tebaldi (avec Solti en 1965), Anna Netrebko rĂ©ussit un tour de force d’une Ă©lĂ©gie bouleversante, s’appuyant lĂ  encore sur des graves et un medium large, comme des aigus jamais pincĂ©s. S’il n’Ă©tait la prise de son incertaine parfois (effets spĂ©cialisĂ©s). Rejointe par son tĂ©nor de prĂ©dilection avec lequel elle a marquĂ© les esprits dans leur premiers Verdi (dont La Traviata Ă  Salzbourg), soit Rolando Villazon, “La” Netrebko en impose davantage par un dĂ©bit trĂšs assumĂ© et d’une belle sĂ»retĂ© de ton lĂ  encore dans Il Trovatore : sa Leonora palpite et se dĂ©chire littĂ©ralement en une incarnation oĂč son angĂ©lisme blessĂ©, tragique, fait merveille : la diva trouve ici un rĂŽle dont le caractĂšre convient idĂ©alement Ă  ses moyens actuels (s’il n’Ă©tait ici et lĂ  ses notes vibrĂ©es, pas trĂšs prĂ©cises)… mais la ligne, l’Ă©lĂ©gance, la subtilitĂ© de l’Ă©mission et les aigus superbement colorĂ©s dans ” D’amore sull’ali rosee ” …  (dialoguĂ©s lĂ  encore avec la flĂ»te) sont trĂšs convaincants. Elle retrouve l’ivresse vocale qu’elle a su hier affirmer pour Violetta dans La Traviata. Que l’on aime la soprano quand elle s’Ă©carte totalement de tout Ă©panchement vĂ©riste : son legato sans effet manifeste une musicienne nĂ©e. Sa Leonora, hallucinĂ©e, d’une transe fantastique, dans le sillon de Lady Macbeth, torche embrasĂ©e, force l’admiration : toute la personnalitĂ© de Netrebko rejaillit ici en fin de programme, dans le volet le plus saisissant de ce rĂ©cital verdien, hautement recommandable. Concernant Villazon, … le tĂ©nor fait du Villazon … avec des nuances et des moyens trĂšs en retrait sur ce qu’il fut, en comparaison moins aboutis que sa divine partenaire. Anna Netrebko pourrait trouver sur la scĂšne un rĂŽle Ă  sa (dĂ©)mesure : quand pourrons nous l’Ă©couter et la voir dans une Leonora rĂ©vĂ©latrice et peut-ĂȘtre subjugante ? Bravissima diva.

 

Anna Netrebko : Verdi. Anna Netrebko, Rolando VillazĂłn, Orchestra Del Teatro Regio Di Torino, Gianandrea Noseda. 1 cd Deutsche Grammophon 0028947917366

 

Anna Netrebko Verdi album leonora

 

 

CD. Placido Domingo, baryton : Verdi (2012,2013)

CD. Placido Domingo, baryton : Verdi (2012,2013) …  SeptuagĂ©naire sĂ©millant, Placido Domingo Ă©tonne et convainc. Le visuel de couverture est fort : voici Placido en habits verdiens : haut de forme, Ă©charpe blanche : une classe aristocratique Ă©vidente. De fait, Ă  l’Ă©coute, l’interprĂšte confirme d’Ă©videntes affinitĂ©s avec le thĂ©Ăątre de Verdi. C’est probablement l’album Verdi que tout le monde attendait pour l’annĂ©e du Bicentenaire Verdi 2013 (pas aussi riche en vraies rĂ©alisations) : pas un opĂ©ra verdien qui a comptĂ© au XXĂš sans l’incontournable tĂ©nor madrilĂšne Placido Domingo. Mais ce rĂ©cital Ă©ditĂ© par Sony classical fixe l’art du comĂ©dien lyrique en … baryton.

Les amateurs retrouvent leur cher Domingo dans les rĂŽles qu’il a rĂ©cemment marquĂ© avec une finesse et un engagement Ă©poustouflant d’autant plus remarquable que l’artiste nĂ© en janvier 1941 a soufflĂ© ses dĂ©jà  72 printemps … Ses incarnations rĂ©centes de Simon Boccanegra (figure idĂ©al du politique fraternel habitĂ© par une gravitĂ© toute shakespearienne) ou Rigoletto (pĂšre aimant dĂ©possĂ©dĂ© malgrĂ© lui) restent les deux apports majeurs de ce nouvel album Ă©vĂ©nement. 

 

 

Placido Domingo en baryton verdien

 

domingo_verdi_bayrton_sony_heras_casado_placido_domingoCertes le souffle manque de tenue surtout dans les aigus nasalisĂ©s et peu corsĂ©s : l’usure de la voix malgrĂ© l’ample projection dans le bas medium trahit l’Ăąge de l’interprĂšte pourtant d’une longĂ©vitĂ© admirable : son Macbeth coince quand mĂȘme dans les parties hautes (aigus tirĂ©s et fortement vibrĂ©s). Mais l’intelligence de l’acteur, la prestance forcent l’admiration.
L’abattage dĂ©fend les Rigoletto, Ricardo d’un Bal masquĂ©, malgrĂ© les limites que l’on vient d’Ă©voquer. La noblesse de Germont pĂšre, si humaine et mĂȘme dĂ©chirĂ©e face au sacrifice exigĂ©e pour Violetta, lui va Ă  ravir : la voix moins crispĂ©e dans les aigus assure une ampleur expressive parfaitement tenue.
Boccanegra l’un de ses rĂŽles majeurs en baryton impose l’expĂ©rience comme l’instinct souverain du chanteur : il n’est guĂšre aujourd’hui que Jonas Kaufmann pour mordre ainsi dans le texte et faire surgir les tripes du personnage : fĂ©lin, crĂ©pusculaire, humain, mais tiraillĂ©… le Boccanegra de Domingo est passionnant de bout en bout. D’autant que les jeunes partenaires du lion madrilĂšne dĂ©fendent eux aussi leur partie, avec une implication qui doit beaucoup certainement Ă  leur rencontre avec l’aĂźnĂ© prodigieux. Le chef Pablo Heras-Casado parfois en manque de finesse, prĂ©serve toujours la projection claire et intensĂ©ment dramatique d’un Domingo, mĂȘme s’il est inconstant d’une plage Ă  l’autre (le disque a Ă©tĂ© enregistrĂ© en plusieurs prises en 2012 et 2013), fondamentalement dans chacun de ses rĂŽles, acteur d’une ardeur exemplaire.
Son Luna et sa romance nocturne (il balen del suo sorriso extrait du TrouvĂšre) frappe par son incandescence vocale, caressant dans le medium et le bas medium, malgrĂ© la fatigue dans les aigus ; trop fragile son Posa bien que juste et senti, souffre du dĂ©sĂ©quilibre graves/aigus dont nous avons parlĂ©, mais lĂ  encore le sens dramatique du texte emporte l’adhĂ©sion (dommage que le tĂ©nor qui lui fait face, Aquiles Machado en Carlo manque singuliĂšrement de justesse sur les notes longues) : leur confrontation ne souligne que mieux l’Ă©tonnante Ă©nergie linguistique du baryton, son assurance expressive. MĂȘme excellente diction et tenue dramatique engagĂ©e pour La forza del destino (Urna fatale del mio destino, intense, parfaitement architecturĂ© et vocalement couvert).

 

MalgrĂ© nos rĂ©serves, cet album qui est dĂ©jĂ  une performance au regard de l’Ăąge vĂ©nĂ©rable du chanteur, atteste du mĂ©tier de Domingo : un instinct et une musicalitĂ© hors pair, d’une finesse thĂ©Ăątrale exemplaire. Chapeau l’artiste : oser un tel rĂ©cital Verdi, dans sa nouvelle tessiture, avec cet aplomb, suscite un irrĂ©sistible enthousiasme. Album incontournable pour les admirateurs de Placido et surprenant convaincant pour l’annĂ©e Verdi 2013.

 

 

 

Expos. Verdi, Wagner et l’OpĂ©ra de Paris, jusqu’au 9 mars 2014

Exposition. Du 17 dĂ©cembre 2013 au 9 mars 2014. Les relations tumultueuses entre Giuseppe Verdi, Richard Wagner et l’OpĂ©ra de Paris ont dĂ©jĂ  fait l’objet d’expositions, notamment dans les murs du Palais Garnier, mais toutes ces manifestations ont portĂ© l’attention de maniĂšre disjointe sur chacun des deux compositeurs dans ses rapports avec la « Grande boutique ». Pourtant, il s’agit bien de deux contemporains qui amĂšnent Ă  l’OpĂ©ra une nouvelle conception du genre lyrique et une nouvelle vision de la scĂšne – leurs idĂ©es se rejoignent d’ailleurs pour partie – et qui ont affaire aussi aux mĂȘmes hommes : c’est sous la mĂȘme direction, celle d’Alphonse Royer (1856-1862), que Le TrouvĂšre et TannhĂ€user entrent au rĂ©pertoire de l’OpĂ©ra, respectivement le 12 janvier 1857 et le 13 mars 1861. L’exposition Ă  la BibliothĂšque MusĂ©e de l’OpĂ©ra de Paris, au Palais Garnier dresse un bilan exhaustif de leurs relations difficiles, toujours tendues mais particuliĂšrement fĂ©condes. La France avec Baudelaire confrontĂ©e au choc de TannhĂ€user invente le wagnĂ©risme littĂ©raire ; Verdi s’acclimatant au cadre de l’opĂ©ra français rĂ©gĂ©nĂšre son style avec JĂ©rusalemn, Don Carlos …

 

 

Ă  l’Ă©cole du grand opĂ©ra avec choeur et ballet …

 

verdi_582_face_portrait_boldiniNe convient-il pas de reconsidĂ©rer de maniĂšre croisĂ©e comment l’OpĂ©ra adopte les idĂ©es nouvelles qu’apportent ces deux compositeurs, comment il y rĂ©siste, comment il les transforme ? Les relations de Verdi et de Wagner avec l’OpĂ©ra obĂ©issent aussi Ă  des enjeux institutionnels, artistiques, Ă©conomiques et politiques qui ne s’évanouissent pas avec le dĂ©cĂšs des deux compositeurs, bien au contraire : les ambitions artistiques et de modernitĂ© des directeurs, mais aussi les Ă©volutions des rapports diplomatiques entre la France, l’Allemagne et l’Italie (Ă  l’occasion notamment des deux conflits mondiaux qui marquent le XXe siĂšcle) tout comme les mutations de l’économie du spectacle expliquent la dynamique qu’entretient le rĂ©pertoire de l’OpĂ©ra avec les Ɠuvres de Verdi et de Wagner.
À l’occasion du bicentenaire de la naissance des deux compositeurs, la BibliothĂšque nationale de France et l’OpĂ©ra national de Paris s’associent donc pour montrer comment, de la premiĂšre de JĂ©rusalem de Verdi, en 1847, Ă  la prĂ©sentation du cycle complet de L’Anneau du Nibelung de Richard Wagner, en 2013, l’OpĂ©ra de Paris rĂ©examine rĂ©guliĂšrement la place que prend l’Ɠuvre monumentale et rĂ©formatrice de Verdi et de Wagner au sein de son rĂ©pertoire.

 

Jonas Kaufmann : The Verdi album (Sony)

CD. Jonas Kaufmann: The Verdi Album. EnregistrĂ© pour son nouveau label, Sony classical, en mars 2013 Ă  Parme (Italie), ce rĂ©cital Verdi affirme le talent inĂ©galable aujourd’hui de l’immense tĂ©nor munichois, Jonas Kaufmann. AU crĂ©dit de ce programme Ă©blouissant pas moins de … 11 premiĂšres pour le disque. C’est l’interprĂšte qui le prĂ©cise, documentant dans le livret chacun des rĂŽles prĂ©sentĂ©s.
La couleur et le timbre si repĂ©rables, d’un grave et d’une intensitĂ© essentiellement romantique, s’allient Ă  une rare intelligence dramatique qui couplĂ©e Ă  l’expertise d’un diseur, produit in fine cet abattage incarnĂ© d’une finesse inouĂŻe.

 

 

CD coup de coeur
RĂ©cital Verdi de Jonas Kaufmann

Jonas Kaufmann, ténor verdien au sommet

 

Jonas_Kaufmann_verdi_ album_Sony classicalA priori on ne l’espĂ©rait pas chez Verdi mais la conduite de la ligne (RadamĂšs), le contrĂŽle des pianissimi (mĂȘme RadamĂšs), l’accentuation ciselĂ©e de chaque mot, l’Ă©tonnante flexibilitĂ© des nuances et accents renouvellent de bien des façons notre approche des rĂŽles concernĂ©s : exactement comme son prĂ©dĂ©cesseur Jon Vickers, Kaufmann rĂ©gĂ©nĂšre aujourd’hui la comprĂ©hension et l’approfondissement dramatique de chaque rĂŽle investi : Kaufmann serait-il en passe (lire ensuite) de renouveler le rĂŽle d’Otello comme l’avait fait son royal aĂźnĂ© ?

Les rÎles pour ténor verdien sont ici parfaitement défendus dans un programme équilibré ... : des courts mais expressifs Duc de Mantoue (Rigoletto) et RadamÚs (Aida) aux caractÚres ambitieux, aussi dramatiques que vocaux tels Don Carlo, Alvaro (La force du destin), et bien sûr Otello.
Mais son souci du verbe et le raffinement des intentions tĂ©nues du texte sont tout autant remarquablement ciselĂ©s pour Gabriele (Simon Boccanegra) et en particulier un Rodolfo sanguin, tragique, tout Ă  fait schillĂ©rien (Luisa Miller)…

A quoi tient le miracle Kaufmann ? Sa technique vocale est mise au service d’un jeu dramatique d’une exceptionnelle acuitĂ©. Il exprime toutes les failles et les blessures Ă  peine tues puis l’allant d’un dĂ©sir irrĂ©pressible qui Ă©treignent l’esprit de Riccardo (Un Bal masquĂ©) ; du TrouvĂšre (Trovatore), sa fĂ©linitĂ© en filigrane, Ă  la fois mordante et tendre Ă©blouit et embrase le caractĂšre entier et passionnĂ© de Manrico (quel tempĂ©rament et quelle Ă©vidence …) ; notre prĂ©fĂ©rence va Ă©videmment Ă  son Rodolfo (Luisa Miller) de braise et d’Ă©clats idĂ©alement SchillĂ©riens : la passion sauvage, l’intensitĂ© de l’ardeur juvĂ©nile sont saisissantes de sincĂ©ritĂ© et de vĂ©ritĂ© dans l’ivresse Ă  pleine voix, comme dans les piani gorgĂ©s de douleur amĂšre, d’innocence sacrifiĂ©e et trompĂ©e (Oh! fede negar potesi … Quando le sere al placido, plage 6)… une couleur troublante et si riche comparable Ă  son approche du rĂŽle de Macduff (Macbeth) en fin de programme ; l’urgence panique, le chant embrasĂ© font toute la valeur de ses Gabriele et Don Carlo qui suivent.

Le sommet attendu Ă©tant Otello (qu’il prĂ©pare pour une prochaine prise de rĂŽle) : il connaĂźt comme il le dit lui-mĂȘme dans la notice et le livret de l’album, idĂ©alement documentĂ©s, la partition ayant chantĂ© depuis longtemps le rĂŽle de Cassio ; pour le rĂŽle-titre, la densitĂ©, l’Ă©paisseur terrassĂ©e du personnage, entre folie et tendresse, sensualitĂ© impuissante et sauvagerie du sentiment de soupçon surgissent en un feu vocal digne d’un immense acteur. Voici “Le Kaufmann” qui mĂ»rissait depuis quelques annĂ©es : justesse de l’intonation, style impeccable, souffle et contrĂŽle dynamique, surtout intensitĂ© et couleur font ce chant habitĂ©, dĂ©sormais Ă  nul autre comparable. Avec une telle prĂ©sence, un tel naturel dramatique, cet Otello exceptionnel, bigarrĂ©, multiforme, d’une imagination et crĂ©ativitĂ© de premiĂšre classe, confirme Ă  quel niveau d’intelligence artistique et vocale est parvenu le tĂ©nor munichois. Ayant dĂ©jĂ  un agenda plus que complet pour les 10 ans Ă  venir, Jonas Kaufmann, offrant le rĂ©cital verdi le plus bouleversant qui soit, aiguise encore notre dĂ©sir de le voir et de l’Ă©couter. Son Otello Ă  venir devrait ĂȘtre le prochain grand Ă©vĂ©nement de la scĂšne lyrique des mois Ă  venir.
Soutenant et dialoguant avec le chant clair obscur d’un interprĂšte nĂ©, l’orchestre parmesan sous la direction de Pier Giorgio Morandi sait rester Ă  sa place, trouvant souvent de vives et fines couleurs. Le travail des musiciens et du chef fait aussi la rĂ©ussite du programme.
Voici au registre des nouveautés, le disque convaincant que nous attendions cette année Verdi 2013. Récital événement, coup de coeur de classiquenews.

 

Jonas Kaufmann, tĂ©nor. The Verdi Album. Orchestre de l’OpĂ©ra de Parme. Pier Giorgio Morandi, direction. 1 cd Sony classical. Enregistrement rĂ©alisĂ© en mars 2013 (Parme, Italie).

 

 

CD. Verdi : Boccanegra (Hampson, Zanetti, 2013)

CD. Verdi : Simon Boccanegra (Hampson, Zanetti, 2013) … EnregistrĂ© Ă  Vienne (Konzerthaus) en mars 2013, cette nouvelle lecture de Simon Boccanegra (1856) qui prend Ă  son compte toutes les corrections finales entreprises par Verdi avec Boito (1879), saisit immĂ©diatement par son engagement collectif, le souffle dramatique souvent Ă©lectrique permis par les excellents instrumentistes du Wiener Symphoniker (preuve qu’aux cĂŽtĂ©s du Philharmoniker) le ” Symphoniker ” souvent minorĂ© (au profit des Philharmoniker), affirme dans les 2 cd, une santĂ© expressive remarquable, modulĂ©e avec finesse et profondeur psychologique par le chef Massimo Zanetti : la direction jamais dĂ©monstrative recherche la vĂ©ritĂ© souvent tĂ©nue et intĂ©rieure des personnages ; Ă  l’Ă©coute des phrasĂ©s et des multiples accents ciselĂ©s d’un verbe ainsi rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, le maestro rĂ©ussit un Verdi surtout thĂ©Ăątral, d’un raffinement de nuances exemplaire. VoilĂ  Ă©videmment une superbe surprise pour l’annĂ©e du bicentenaire Verdi 2013.

 

 

 

Hamspon, Zanetti : duo Ă©patant

 

boccanegra_verdi_hampson_deccaLe gĂ©nie diseur de Thomas Hampson fait merveille, dans un tel Ă©crin orchestral. La balance orchestre et voix est mĂȘme idĂ©ale, mettant toujours le sens et les intentions du chant au devant de la scĂšne. Son Boccanegra a l’Ă©toffe des grands acteurs, fabuleux lion solitaire, marquĂ© par ses actes (des choix difficiles qui politiques montrent son Ă©thique valeureuse), assumant pleinement son dĂ©sir de justice sociale : voici et le politique impressionnant et moralement noble, et le pĂšre aimant, comblĂ© mais destinĂ© Ă  la mort… Le baryton exprime tous les gouffres amers d’un ĂȘtre devenu par amour (pour la fille de Fiesco, Maria hĂ©las morte trop tĂŽt), un vĂ©ritable homme d’Ă©tat : politique avisĂ©, grand par son inĂ©luctable humanisme … (le voici le modĂšle tardif de tous les opĂ©ras serias du XVIIIĂš : Boccanegra, doge de GĂȘnes est un prince inspirĂ© par les LumiĂšres, et les plus hautes valeurs morales de fraternitĂ© comme de paix). Sous l’Ă©toffe de cet homme admirable, Hampson laisse percer naturellement les tiraillements de l’homme, amoureux dĂ©possĂ©dĂ©, pourtant pĂšre rĂ©compensĂ© …  le venin qui l’oppresse de façon croissante, offre de façon manifeste cette Ă©treinte insupportable du destin sur un coeur maudit … toute l’esthĂ©tique sublime et tragique de Verdi se concentre lĂ  ; dans ce destin irrĂ©pressible, au moment oĂč devenant doge, Simon comprend qu’il a perdu celle qu’il aime … vertiges du solitaire abandonnĂ© qui est cependant un politique incontournable (comme Philippe II dans Don Carlo : roi redoutĂ©, homme dĂ©truit parce que celle qu’il aime et qu’il a Ă©pousĂ©, Elisabethn ne l’aime pas …).
Aux cĂŽtĂ©s du Boccanegra d’Hampson, aussi fin et vraisemblable que celui contemporain de Domingo), le Paolo de Luca Pisaroni partage un mĂȘme sens du mot, un style mesurĂ© et racĂ© qui place lĂ  encore le texte, rien que le texte et son articulation dramatique au premier rang.  Force noire agissant dans l’ombre, celui qui instille le poison dans la vie de Simon gagne une prestance remarquable.  Le tĂ©nor maltais Joseph  Calleja nous déçoit lĂ©gĂšrement : son abattage textuel n’a pas le mordant comme l’Ă©clat de ses partenaires masculins ; les aigus sont Ă©trangement voilĂ©s et vibrĂ©s ; seule la couleur naturelle et ce style naturellement phrasĂ© ressortent et sauvent un rĂŽle qui n’est peut-ĂȘtre pas rĂ©ellement fait pour lui. L’intensitĂ© juvĂ©nile, sa vaillance, l’hĂ©roĂŻsme du jeune amoureux d’Amelia lui Ă©chappent. Reste la soprano Kristine Opolais : habituĂ©s au style raffinĂ© de Hampson, on cherche en vain Ă  comprendre son texte ; de toute Ă©vidence, malgrĂ© une technique solide (souffle, hauteur assumĂ©e, passages des registres…), la cantatrice affiche un grain de voix trop … vieux pour le rĂŽle : toute la candeur et l’Ă©lĂ©gance princiĂšre de la fille de praticien gĂ©nois Ă©chappent Ă  sa prise de rĂŽle (n’est pas Kiri Te Kanawa qui veut).
Pour l’expression d’une Ăąme tourmentĂ©e qui cherche la paix intĂ©rieure, qui aspire coĂ»te que coĂ»te Ă  la rĂ©concilation politique, cette version portĂ©e par Thomas Hampson atteint l’indiscutable rĂ©ussite de son ainĂ© Placido Domingo : Boccanegra rĂ©cent, depuis son passage de tĂ©nor en baryton. Que le chef et ses instrumentistes suivent le baryton amĂ©ricain dans cette esthĂ©tique de la nuance et de l’intensitĂ© dramatique, fait toute la valeur de cette nouvelle version discographique : on acquiesce sans rĂ©serve Ă  ce dramatisme de haute volĂ©e, oĂč le dernier symphonisme de Verdi (avant Otello composĂ© avec le mĂȘme Boito), la rĂ©Ă©criture de certains passages collectifs (comme la scĂšne du Conseil au I) ou plus introspectifs oĂč l’approche plus psychologique des protagonistes surtout de Simon est davantage fouillĂ©e …  Magistrale. Si l’on rĂ©tablit en complĂ©ment de ce coffret, l’autre rĂ©ussite remarquable signĂ© Jonas Kaufmann dans un rĂ©cital Verdi (chez Sony classical) lui aussi Ă©blouissant, on se dit que contrairement au chant wagnĂ©rien (en pleine dĂ©liquessence – c’est quand mĂȘme le bilan de cette annĂ©e du bicentenaire 2013), les chanteurs verdiens n’ont jamais Ă©tĂ© plus convaincants : Domingo II et Hampson en Boccanegra, Kaufmann en Otello (l’aboutissement le plus bouleversant de son rĂ©cent rĂ©cital Verdi), l’opĂ©ra verdien a encore de beaux jours devant lui.  Coffret incontournable.

 

Verdi : Simon Boccanegra. Thomas Hamspon, Luca Pisaroni, Joseh Calleja, Kristine Opolais … Wiener Symphoniker, Wiener Singakademie. Massimo Zanetti, direction. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Vienne en mars 2013.  2 cd D

 

Verdi : La Traviata

Angers Nantes OpĂ©ra : nouvelle Traviata Ă©vĂ©nement, du 26 mai au 16 juin 2013 …
Pour clĂŽturer sa saison 12-13 en beautĂ©, ANO Anges Nantes OpĂ©ra met comme toujours l’accent sur la rĂ©alisation et l’approfondissement thĂ©Ăątral des productions prĂ©sentĂ©es : fidĂšle Ă  un travail dĂ©jĂ  dĂ©veloppĂ© avec la metteure en scĂšne Emmanuelle Bastet , voici une nouvelle production de La Traviata, bicentenaire 2013 oblige mais avec le regard neuf et sensible, celui d’une femme scĂ©nographe dont le justesse et la vĂ©ritĂ©, ont le plus souvent sĂ©duit hors des poncifs scĂ©niques.  Nouvelle production Ă©vĂ©nement, Ă  Nantes puis Ă  Angers, du 26 mai au 16 juin 2013…  soit dates 7 incontournables. Production coup de coeur de Classiquenews.com.

RĂ©alisme romantique alla Verdi

pUUT32L5Jf_2009785551ZPKTR7Pour clĂŽturer sa saison 12-13 en beautĂ©, ANO Anges Nantes OpĂ©ra met comme toujours l’accent sur la rĂ©alisation et l’approfondissement thĂ©Ăątral des productions prĂ©sentĂ©es : fidĂšle Ă  un travail dĂ©jĂ  dĂ©veloppĂ© avec la metteure en scĂšne Emmanuelle Bastet dont on se souvient Ă  Nantes et Ă  Angers d’un regard Ă  la fois tendre, sensuel, esthĂ©tique opĂ©rĂ© sur Lucio Silla de Mozart puis surtout OrphĂ©e et Eurydice de Gluck, voici une nouvelle production de La Traviata, bicentenaire 2013 oblige mais avec le regard neuf et sensible, celui d’une femme scĂ©nographe dont le justesse et la vĂ©ritĂ©, ont le plus souvent sĂ©duit hors des poncifs scĂ©niques.
De ce fait, rares les mises en scĂšne de La Traviata, sommet de la carriĂšre lyrique de Verdi et nouveau jalon du romantisme lyrique italien, dĂ©fendues par des femmes : le principe est prometteur et devrait Ă©clairer des facettes oubliĂ©es ou attĂ©nuĂ©es de la courtisane parisienne dont le mythe est d’abord littĂ©raire, Ă©crit par un tĂ©moin inconsolable, Alexandre Dumas fils (La Dame aux camĂ©lias) qui laisse le portrait rĂ©el et fantasmĂ© d’Alphonsine Plessis dite Marie Duplessis, morte dĂ©truite et ruinĂ©e Ă  l’Ăąge canonique de… 23 ans. Il y a assurĂ©ment du Manon chez Marie : une fragilitĂ© fĂ©minine qui enchante et bouleverse. Historiquement la Duplessis comme les grande courtisane du XVIIIĂš, envoĂ»ta les sens de Dumas II puis ceux de Liszt. Mais il se dessine chez Verdi, un rĂ©alisme sentimental qui Ă©prouve la scĂšne romantique Ă©dulquorĂ©e et annonce dĂ©jĂ  le naturalisme de Zola (Nana), voire le vĂ©risme d’un Puccini (quand il se passionne lui aussi pour une autre courtisane Manon Lescaut justement). Ne s’agirait-il pas chez Verdi de dĂ©noncer les critiques voilĂ©es, les attaques toujours indirectes Ă©prouvĂ©es quand au moment de la composition de La Traviata, il entretient dĂ©jĂ  une relation avec la chanteuse Giuseppina Strepponi ?

MĂ©lo tragique

La Traviata (la dĂ©voyĂ©e) brosse le portrait d’une courtisane, Violetta ValĂ©ry, Ă  Paris sous le Second Empire qui ne croyant plus Ă  l’amour, dĂ©couvre contre toute attente, la passion grĂące Ă  sa rencontre avec Alfredo Germont, jeune homme ardent et passionnĂ©. Mais “la dĂ©voyĂ©e”, pĂȘcheresse mĂ©prisable ne peut vivre impunĂ©ment un bonheur qu’elle ne mĂ©rite pas. Surtout si cette liaison entĂąche la respectabilitĂ© du jeune homme et de sa famille… La vision reste morale, respectueuse des convenances sociales et bourgeoises, propres au XIXĂšme siĂšcle. Comme le ballet du torrero prĂ©cĂ©dĂ© par le fameux choeur des gitanes, La Traviata dĂ©crit aussi une mise Ă  mort et Verdi met en branle une machine infernale qui aboutit Ă  l’agonie de Violetta. La courtisane doit se sacrifier, apprendre le renoncement… et par ce geste ultime, pourra gagner son salut. L’oeuvre est crĂ©Ă©e Ă  Venise, en 1853.
Outre le sacrifice obligĂ©e de l’hĂ©roĂŻne, victime sur l’autel de la morale bourgeoise qu’incarne le redresseur de torts Germont pĂšre dans sa confrontation Ă  la fois violente et inflexible au II, Verdi dĂ©veloppe aussi en un contraste saisissant l’opposition des situations quand Violetta usĂ©e par sa vie dissolue, passant de riches protecteurs en mondains ostentatoires, dĂ©couvre le pur amour, innocent, dĂ©sintĂ©ressĂ©, vĂ©ritable …  : Alfredo. SuprĂȘme rencontre pour une femme qui a passĂ© sa (courte) vie Ă  monnayer ses charmes et vendre son corps… Malade, affaiblie et dĂ©jĂ  condamnĂ©e physiquement, Violetta subit encore une condamnation morale et psychique sans issue : si elle aime vraiment le jeune Alfredo, elle doit renoncer Ă  lui car il n’y a aucun avenir (social) pour les deux amants … Nouvelle production Ă©vĂ©nement prĂ©sentĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra, Ă  partir du 26 mai 2013 Ă  Nantes. Puis les 16 et 18 juin 2013 au Quai Ă  Angers.
La Traviata Ă 
Angers Nantes Opéra
Nantes, Théùtre Graslin
Du 26 mai au 5 juin 2013Angers, Le Quai
les 16 et 18 juin 2013


Direction musicale : Roberto Rizzi Brignoli
mise en scĂšne : Emmanuelle Bastet
décors : Barbara de Limburg
costumes : VĂ©ronique Seymat
lumiÚres : François ThouretAvec

Mirella Bunoaica, Violetta Valéry
Edgaras Montvidas, Alfredo Germont
Tassis Christoyannis, Giorgio Germont
Leah-Marian Jones, Flora Bervoix
CĂ©cile Galois, Annina
Frédéric Caton, Docteur Grenvil
Christophe Berry, Gastone, vicomte de LetoriĂšres
Laurent Alvaro, Baron Douphol
Pierre Doyen, Marquis d’Obigny
Choeur d’Angers Nantes OpĂ©ra (Sandrine Abello, direction)
Orchestre National des Pays de la Loire
Nouvelle production Angers Nantes Opéra.

Verdi : La Traviata

Angers Nantes OpĂ©ra : nouvelle Traviata Ă©vĂ©nement, du 26 mai au 16 juin 2013 …
Pour clĂŽturer sa saison 12-13 en beautĂ©, ANO Anges Nantes OpĂ©ra met comme toujours l’accent sur la rĂ©alisation et l’approfondissement thĂ©Ăątral des productions prĂ©sentĂ©es : fidĂšle Ă  un travail dĂ©jĂ  dĂ©veloppĂ© avec la metteure en scĂšne Emmanuelle Bastet , voici une nouvelle production de La Traviata, bicentenaire 2013 oblige mais avec le regard neuf et sensible, celui d’une femme scĂ©nographe dont le justesse et la vĂ©ritĂ©, ont le plus souvent sĂ©duit hors des poncifs scĂ©niques.  Nouvelle production Ă©vĂ©nement, Ă  Nantes puis Ă  Angers, du 26 mai au 16 juin 2013…  soit dates 7 incontournables. Production coup de coeur de Classiquenews.com.

RĂ©alisme romantique alla Verdi

pUUT32L5Jf_2009785551ZPKTR7Pour clĂŽturer sa saison 12-13 en beautĂ©, ANO Anges Nantes OpĂ©ra met comme toujours l’accent sur la rĂ©alisation et l’approfondissement thĂ©Ăątral des productions prĂ©sentĂ©es : fidĂšle Ă  un travail dĂ©jĂ  dĂ©veloppĂ© avec la metteure en scĂšne Emmanuelle Bastet dont on se souvient Ă  Nantes et Ă  Angers d’un regard Ă  la fois tendre, sensuel, esthĂ©tique opĂ©rĂ© sur Lucio Silla de Mozart puis surtout OrphĂ©e et Eurydice de Gluck, voici une nouvelle production de La Traviata, bicentenaire 2013 oblige mais avec le regard neuf et sensible, celui d’une femme scĂ©nographe dont le justesse et la vĂ©ritĂ©, ont le plus souvent sĂ©duit hors des poncifs scĂ©niques.
De ce fait, rares les mises en scĂšne de La Traviata, sommet de la carriĂšre lyrique de Verdi et nouveau jalon du romantisme lyrique italien, dĂ©fendues par des femmes : le principe est prometteur et devrait Ă©clairer des facettes oubliĂ©es ou attĂ©nuĂ©es de la courtisane parisienne dont le mythe est d’abord littĂ©raire, Ă©crit par un tĂ©moin inconsolable, Alexandre Dumas fils (La Dame aux camĂ©lias) qui laisse le portrait rĂ©el et fantasmĂ© d’Alphonsine Plessis dite Marie Duplessis, morte dĂ©truite et ruinĂ©e Ă  l’Ăąge canonique de… 23 ans. Il y a assurĂ©ment du Manon chez Marie : une fragilitĂ© fĂ©minine qui enchante et bouleverse. Historiquement la Duplessis comme les grande courtisane du XVIIIĂš, envoĂ»ta les sens de Dumas II puis ceux de Liszt. Mais il se dessine chez Verdi, un rĂ©alisme sentimental qui Ă©prouve la scĂšne romantique Ă©dulquorĂ©e et annonce dĂ©jĂ  le naturalisme de Zola (Nana), voire le vĂ©risme d’un Puccini (quand il se passionne lui aussi pour une autre courtisane Manon Lescaut justement). Ne s’agirait-il pas chez Verdi de dĂ©noncer les critiques voilĂ©es, les attaques toujours indirectes Ă©prouvĂ©es quand au moment de la composition de La Traviata, il entretient dĂ©jĂ  une relation avec la chanteuse Giuseppina Strepponi ?

MĂ©lo tragique

La Traviata (la dĂ©voyĂ©e) brosse le portrait d’une courtisane, Violetta ValĂ©ry, Ă  Paris sous le Second Empire qui ne croyant plus Ă  l’amour, dĂ©couvre contre toute attente, la passion grĂące Ă  sa rencontre avec Alfredo Germont, jeune homme ardent et passionnĂ©. Mais “la dĂ©voyĂ©e”, pĂȘcheresse mĂ©prisable ne peut vivre impunĂ©ment un bonheur qu’elle ne mĂ©rite pas. Surtout si cette liaison entĂąche la respectabilitĂ© du jeune homme et de sa famille… La vision reste morale, respectueuse des convenances sociales et bourgeoises, propres au XIXĂšme siĂšcle. Comme le ballet du torrero prĂ©cĂ©dĂ© par le fameux choeur des gitanes, La Traviata dĂ©crit aussi une mise Ă  mort et Verdi met en branle une machine infernale qui aboutit Ă  l’agonie de Violetta. La courtisane doit se sacrifier, apprendre le renoncement… et par ce geste ultime, pourra gagner son salut. L’oeuvre est crĂ©Ă©e Ă  Venise, en 1853.
Outre le sacrifice obligĂ©e de l’hĂ©roĂŻne, victime sur l’autel de la morale bourgeoise qu’incarne le redresseur de torts Germont pĂšre dans sa confrontation Ă  la fois violente et inflexible au II, Verdi dĂ©veloppe aussi en un contraste saisissant l’opposition des situations quand Violetta usĂ©e par sa vie dissolue, passant de riches protecteurs en mondains ostentatoires, dĂ©couvre le pur amour, innocent, dĂ©sintĂ©ressĂ©, vĂ©ritable …  : Alfredo. SuprĂȘme rencontre pour une femme qui a passĂ© sa (courte) vie Ă  monnayer ses charmes et vendre son corps… Malade, affaiblie et dĂ©jĂ  condamnĂ©e physiquement, Violetta subit encore une condamnation morale et psychique sans issue : si elle aime vraiment le jeune Alfredo, elle doit renoncer Ă  lui car il n’y a aucun avenir (social) pour les deux amants … Nouvelle production Ă©vĂ©nement prĂ©sentĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra, Ă  partir du 26 mai 2013 Ă  Nantes. Puis les 16 et 18 juin 2013 au Quai Ă  Angers.
La Traviata Ă 
Angers Nantes Opéra
Nantes, Théùtre Graslin
Du 26 mai au 5 juin 2013Angers, Le Quai
les 16 et 18 juin 2013


Direction musicale : Roberto Rizzi Brignoli
mise en scĂšne : Emmanuelle Bastet
décors : Barbara de Limburg
costumes : VĂ©ronique Seymat
lumiÚres : François ThouretAvec

Mirella Bunoaica, Violetta Valéry
Edgaras Montvidas, Alfredo Germont
Tassis Christoyannis, Giorgio Germont
Leah-Marian Jones, Flora Bervoix
CĂ©cile Galois, Annina
Frédéric Caton, Docteur Grenvil
Christophe Berry, Gastone, vicomte de LetoriĂšres
Laurent Alvaro, Baron Douphol
Pierre Doyen, Marquis d’Obigny
Choeur d’Angers Nantes OpĂ©ra (Sandrine Abello, direction)
Orchestre National des Pays de la Loire
Nouvelle production Angers Nantes Opéra.

Verdi: La Traviata

Angers Nantes OpĂ©ra : nouvelle Traviata Ă©vĂ©nement, du 26 mai au 16 juin 2013 …
Pour clĂŽturer sa saison 12-13 en beautĂ©, ANO Anges Nantes OpĂ©ra met comme toujours l’accent sur la rĂ©alisation et l’approfondissement thĂ©Ăątral des productions prĂ©sentĂ©es : fidĂšle Ă  un travail dĂ©jĂ  dĂ©veloppĂ© avec la metteure en scĂšne Emmanuelle Bastet , voici une nouvelle production de La Traviata, bicentenaire 2013 oblige mais avec le regard neuf et sensible, celui d’une femme scĂ©nographe dont le justesse et la vĂ©ritĂ©, ont le plus souvent sĂ©duit hors des poncifs scĂ©niques.  Nouvelle production Ă©vĂ©nement, Ă  Nantes puis Ă  Angers, du 26 mai au 16 juin 2013…  soit dates 7 incontournables. Production coup de coeur de Classiquenews.com. 
 

Angers Nantes Opéra présente sa nouvelle Traviata

RĂ©alisme romantique alla Verdi

pUUT32L5Jf_2009785551ZPKTR7Pour clĂŽturer sa saison 12-13 en beautĂ©, ANO Anges Nantes OpĂ©ra met comme toujours l’accent sur la rĂ©alisation et l’approfondissement thĂ©Ăątral des productions prĂ©sentĂ©es : fidĂšle Ă  un travail dĂ©jĂ  dĂ©veloppĂ© avec la metteure en scĂšne Emmanuelle Bastet dont on se souvient Ă  Nantes et Ă  Angers d’un regard Ă  la fois tendre, sensuel, esthĂ©tique opĂ©rĂ© sur Lucio Silla de Mozart puis surtout OrphĂ©e et Eurydice de Gluck, voici une nouvelle production de La Traviata, bicentenaire 2013 oblige mais avec le regard neuf et sensible, celui d’une femme scĂ©nographe dont le justesse et la vĂ©ritĂ©, ont le plus souvent sĂ©duit hors des poncifs scĂ©niques.
De ce fait, rares les mises en scĂšne de La Traviata, sommet de la carriĂšre lyrique de Verdi et nouveau jalon du romantisme lyrique italien, dĂ©fendues par des femmes : le principe est prometteur et devrait Ă©clairer des facettes oubliĂ©es ou attĂ©nuĂ©es de la courtisane parisienne dont le mythe est d’abord littĂ©raire, Ă©crit par un tĂ©moin inconsolable, Alexandre Dumas fils (La Dame aux camĂ©lias) qui laisse le portrait rĂ©el et fantasmĂ© d’Alphonsine Plessis dite Marie Duplessis, morte dĂ©truite et ruinĂ©e Ă  l’Ăąge canonique de… 23 ans. Il y a assurĂ©ment du Manon chez Marie : une fragilitĂ© fĂ©minine qui enchante et bouleverse. Historiquement la Duplessis comme les grande courtisane du XVIIIĂš, envoĂ»ta les sens de Dumas II puis ceux de Liszt. Mais il se dessine chez Verdi, un rĂ©alisme sentimental qui Ă©prouve la scĂšne romantique Ă©dulquorĂ©e et annonce dĂ©jĂ  le naturalisme de Zola (Nana), voire le vĂ©risme d’un Puccini (quand il se passionne lui aussi pour une autre courtisane Manon Lescaut justement). Ne s’agirait-il pas chez Verdi de dĂ©noncer les critiques voilĂ©es, les attaques toujours indirectes Ă©prouvĂ©es quand au moment de la composition de La Traviata, il entretient dĂ©jĂ  une relation avec la chanteuse Giuseppina Strepponi ?

MĂ©lo tragique

La Traviata (la dĂ©voyĂ©e) brosse le portrait d’une courtisane, Violetta ValĂ©ry, Ă  Paris sous le Second Empire qui ne croyant plus Ă  l’amour, dĂ©couvre contre toute attente, la passion grĂące Ă  sa rencontre avec Alfredo Germont, jeune homme ardent et passionnĂ©. Mais “la dĂ©voyĂ©e”, pĂȘcheresse mĂ©prisable ne peut vivre impunĂ©ment un bonheur qu’elle ne mĂ©rite pas. Surtout si cette liaison entĂąche la respectabilitĂ© du jeune homme et de sa famille… La vision reste morale, respectueuse des convenances sociales et bourgeoises, propres au XIXĂšme siĂšcle. Comme le ballet du torrero prĂ©cĂ©dĂ© par le fameux choeur des gitanes, La Traviata dĂ©crit aussi une mise Ă  mort et Verdi met en branle une machine infernale qui aboutit Ă  l’agonie de Violetta. La courtisane doit se sacrifier, apprendre le renoncement… et par ce geste ultime, pourra gagner son salut. L’oeuvre est crĂ©Ă©e Ă  Venise, en 1853.
Outre le sacrifice obligĂ©e de l’hĂ©roĂŻne, victime sur l’autel de la morale bourgeoise qu’incarne le redresseur de torts Germont pĂšre dans sa confrontation Ă  la fois violente et inflexible au II, Verdi dĂ©veloppe aussi en un contraste saisissant l’opposition des situations quand Violetta usĂ©e par sa vie dissolue, passant de riches protecteurs en mondains ostentatoires, dĂ©couvre le pur amour, innocent, dĂ©sintĂ©ressĂ©, vĂ©ritable …  : Alfredo. SuprĂȘme rencontre pour une femme qui a passĂ© sa (courte) vie Ă  monnayer ses charmes et vendre son corps… Malade, affaiblie et dĂ©jĂ  condamnĂ©e physiquement, Violetta subit encore une condamnation morale et psychique sans issue : si elle aime vraiment le jeune Alfredo, elle doit renoncer Ă  lui car il n’y a aucun avenir (social) pour les deux amants …

Nouvelle production événement présentée par Angers Nantes Opéra, à partir du 26 mai 2013 à Nantes. Puis les 16 et 18 juin 2013 au Quai à Angers.

La Traviata à Angers Nantes Opéra    Nantes, Théùtre Graslin
Du 26 mai au 5 juin 2013Angers, Le Quai
les 16 et 18 juin 2013


Direction musicale : Roberto Rizzi Brignoli
mise en scĂšne : Emmanuelle Bastet
décors : Barbara de Limburg
costumes : VĂ©ronique Seymat
lumiÚres : François ThouretAvec

Mirella Bunoaica, Violetta Valéry
Edgaras Montvidas, Alfredo Germont
Tassis Christoyannis, Giorgio Germont
Leah-Marian Jones, Flora Bervoix
CĂ©cile Galois, Annina
Frédéric Caton, Docteur Grenvil
Christophe Berry, Gastone, vicomte de LetoriĂšres
Laurent Alvaro, Baron Douphol
Pierre Doyen, Marquis d’Obigny
Choeur d’Angers Nantes OpĂ©ra (Sandrine Abello, direction)
Orchestre National des Pays de la Loire
Nouvelle production Angers Nantes Opéra.

Livres. Rigoletto (Avant ScÚne Opéra n°273)

Livres. Verdi : Rigoletto (Avant ScĂšne OpĂ©ra n°273) …

Il reste surprenant que l’opĂ©ra Rigoletto (crĂ©Ă© en 1850) comme sa source littĂ©raire (Le Roi s’amuse de Hugo, 1832) suscita un Ă©norme scandale et les foudres du public comme de la critique : est-il dĂ©cent sur un scĂšne lyrique de reprĂ©senter les vilĂ©nies d’un bouffon complexe, retors, laid, pernicieux, surtout dissimulateur, qui de surcroĂźt concentre toute l’attention d’un Verdi finement psychologue : jamais emploi de baryton n’avait suscitĂ© une Ă©criture aussi fouillĂ©e, ambivalente, d’une ĂąpretĂ© corrosive inouĂŻe et d’un rĂ©alisme exemplaire : si Falstaff est un rire, Rigoletto en serait la grimace la plus hideuse, cynique, mordante, barbare. Il renvoie Ă  la Cour et au milieu ducal, une image hideuse, dĂ©formĂ©e et pourtant … vraie. Les courtisans menĂ©s par l’ivresse immorale du Duc de Mantoue forment une clique Ă©cƓurante que Rigoletto aime Ă  Ă©pingler et moquer, et dont il sera aussi  indirectement la premiĂšre victime…   touchĂ© dans sa chair (sa fille est dĂ©masquĂ©e puis sacrifiĂ©e), le vilain nabot est la proie d’une dĂ©rapage schizophrĂ©nique qui menace de fait la biensĂ©ance du genre.

La grimace du bouffon

verdi_rigoletto_avant_scene_operaPour l’annĂ©e du bicentenaire Verdi 2013, l’Avant ScĂšne OpĂ©ra Ă©dite une nouvelle publication sur l’opĂ©ra phare de Verdi, un jalon dans sa maturitĂ©, premier volet d’une trilogie qu’on aime mettre en avant dans le processus crĂ©atif du maĂźtre, reliĂ© au TrouvĂšre et Ă  La Traviata, emblĂ©matiques d’un point d’accomplissement exceptionnel au dĂ©but des annĂ©es 1850 ; c’est que le compositeur y perfectionne sa quĂȘte d’efficacitĂ© et d’intensitĂ© dramatique (posizione ou plutĂŽt situazione), ne trahissant en rien l’esprit de la piĂšce de Hugo, d’un rĂ©alisme cynique rare… L’exhaustivitĂ© des chapitres, surtout la traduction annotĂ©e et commentĂ©e du livret original et intĂ©gral, le diversitĂ© complĂ©mentaire des regards font de ce Rigoletto 2013, un nouvelle bible verdienne incontournable.

Ce que nous avons aimé :
- la notion de posizione, rĂ©vĂ©latrice chez Verdi, d’un souci gĂ©nial de vĂ©ritĂ© et d’expressivitĂ© dramatique
- la dĂ©finition offerte du terme ” baryton Verdi “ : avec Rigoletto se prĂ©cise en effet l’emploi de baryton, un caractĂšre particuliĂšrement dĂ©veloppĂ© et fouillĂ© sur le plan psychologique : si Rigoletto annonce les Boccanegra ou Falstaff Ă  venir, le rĂŽle hugolien lui permet d’approfondir les personnages antĂ©rieurs de Macbeth et surtout de Stankar dans Stiffelio dont le profil, contemporain de Rigoletto, reste mĂ©connu du grand public. Chaque personnages (mis Ă  part Macbeth) met en lumiĂšre la relation spĂ©cifique du pĂšre Ă  sa fille, une facette clĂ© dans les ouvrages de Verdi.
- Ă©loquent, le dossier sur la discographie et les dvd aujourd’hui disponibles rend compte d’une dĂ©ferlente Rigoletto : tous les chefs d’envergure et les chanteurs majeurs se sont tĂŽt ou tard emparĂ©s du fascinant et complexe Rigoletto.

sommaire dĂ©taillĂ© du Rigoletto 2013 de L’Avant ScĂšne OpĂ©ras

points de repĂšre
Jean Cabourg : Argument
Emmanuel Reibel : Introduction et Guide d’Ă©coute
Francesco Maria Piave : Livret original intégral
Yvelaine Duault : Traduction française  (complĂ©tĂ©e par  E. Soldini et C. Cazaux)

regards sur l’Ɠuvre
Jean-Michel BrÚque : Du théùtre de Hugo au mélodrame lyrique
Victor Hugo : PrĂ©face au Roi s’amuse (extrait)
Michel Lehmann : Le Drame, la trilogie et les posizioni
Olivier RouviÚre : La controverse du baryton Verdi
Louis Bilodeau : La malédiction de la laideur
Victor Hugo : Le Crapaud

Ă©couter, voir, lire
Jean Cabourg : Discographie comparée
Pierre Flinois et Chantal Cazaux : Vidéographie comparée
Chantal Cazaux : Bibliographie

L’Ɠuvre Ă  l’affiche
La création : La Fenice, Venise 1851
Les grandes productions 2001-2013

SĂ©lection CD, DVD et Livres
par Louis Bilodeau, Jean Caboug, Alfred Caron, Chantal Cazaux, Pierre Flinois, Pierre Michot, Didier van Moere, Pierre RigaudiĂšre et Olivier RouviĂšre;

Bravi… Bravissimi !
Chantal Cazaux : La Petite Renarde rusĂ©e Ă  l’OpĂ©ra national du Rhin

‱ Parution : 28/02/2013
‱ 162 pages
‱ ISBN 978-2-84385-301-2
Editions L’Avant ScĂšne OpĂ©ra

Acheter Rigoletto de verdi sur le site de L’Avant ScĂšne OpĂ©ra (ASO)

Monaco. Opéra de Monte Carlo. Verdi : Stiffelio, les 23,26,28 avril 2013

Opéra. José Cura chante Stiffelio à Monaco : 23,26,28 avril 2013

cura_jose_stiffelioA Monaco, sur les planches de l’OpĂ©ra de Monte Carlo, le tĂ©nor JosĂ© Cura chante la dignitĂ© blessĂ©e du pasteur Stiffelio dans un spectacle inĂ©dit sur le rocher qui rĂ©vĂšle l’annĂ©e du bicentenaire Verdi 2013, un authentique chef d’oeuvre Ă©trangement mĂ©connu crĂ©Ă© en 1850… Nouvelle production Ă©vĂ©nement. Le livret original de Stiffelio dĂ©chaina les foudres de la censure pour plusieurs raisons : la sociĂ©tĂ© italienne du XIXe siĂšcle et ses autoritĂ©s politiques, profondĂ©ment catholiques, n’Ă©taient pas prĂȘtes Ă  voir sur scĂšne une histoire d’adultĂšre dans la maison d’un pasteur, ni celui-ci accorder son pardon en plein prĂȘche tout en citant le Nouveau Testament. Lire notre prĂ©sentation de Stiffelio de Verdi

Distribution de Stiffelio Ă  l’OpĂ©ra de Monte Carlo :
Stiffelio, José Cura
Lina, Virginia Tola
Stankar, Nicola Alaimo
Raffaele, Bruno Ribeiro
Jorg, Jose Antonio Garcia
Dorotea, Diana Axentii
Federico, Maurizio PaceChoeur de l’OpĂ©ra de Monte Carlo
Orchestre Philharmonique de Monte CarloDirection : musicale Maurizio Benini
Mise en scÚne & lumiÚres :  Guy Montavon
DĂ©cors & costumes : Francesco Calcagnini
Chef de chƓur : Stefano Visconti

Stiffelio, version originelle de 1850
Opéra en trois actes
Musique de Giuseppe Verdi (1813 – 1901)
Livret de Francesco Maria Piave d’aprĂšs la piĂšce de Souvestre et Bourgeois, Le Pasteur ou L’Évangile et le foyer.
Création : Trieste, Teatro Grande, 16 nov. 1850
Nouvelle production en coproduction
avec le Teatro Regio de Parme

Plus d’infos sur le site de l’OpĂ©ra de Monte Carlo

Voir directement la page dĂ©diĂ©e Ă  Stiffelio de Verdi, premiĂšre Ă  l’OpĂ©ra de Monte Carlo

Verdi : Stiffelio,1850

Monaco. Opéra de Monte Carlo. Verdi : Stiffelio, les 23,26,28 avril 2013

cura_jose_stiffelioA Monaco, sur les planches de l’OpĂ©ra de Monte Carlo, le tĂ©nor JosĂ© Cura chante la dignitĂ© blessĂ©e du pasteur Stiffelio dans un spectacle inĂ©dit sur le rocher qui rĂ©vĂšle l’annĂ©e du bicentenaire Verdi 2013, un authentique chef d’oeuvre Ă©trangement mĂ©connu crĂ©Ă© en 1850… Nouvelle production Ă©vĂ©nement. Le livret original de Stiffelio dĂ©chaina les foudres de la censure pour plusieurs raisons : la sociĂ©tĂ© italienne du XIXe siĂšcle et ses autoritĂ©s politiques, profondĂ©ment catholiques, n’Ă©taient pas prĂȘtes Ă  voir sur scĂšne une histoire d’adultĂšre dans la maison d’un pasteur, ni celui-ci accorder son pardon en plein prĂȘche tout en citant le Nouveau Testament. Lire notre prĂ©sentation de Stiffelio de Verdi

Opéra. José Cura chante Stiffelio à Monaco : 23,26,28 avril 2013
Distribution de Stiffelio Ă  l’OpĂ©ra de Monte Carlo :
Stiffelio, José Cura
Lina, Virginia Tola
Stankar, Nicola Alaimo
Raffaele, Bruno Ribeiro
Jorg, Jose Antonio Garcia
Dorotea, Diana Axentii
Federico, Maurizio PaceChoeur de l’OpĂ©ra de Monte Carlo
Orchestre Philharmonique de Monte CarloDirection : musicale Maurizio Benini
Mise en scÚne & lumiÚres :  Guy Montavon
DĂ©cors & costumes : Francesco Calcagnini
Chef de chƓur : Stefano ViscontiStiffelio, version originelle de 1850
Opéra en trois actes
Musique de Giuseppe Verdi (1813 – 1901)
Livret de Francesco Maria Piave d’aprĂšs la piĂšce de Souvestre et Bourgeois, Le Pasteur ou L’Évangile et le foyer.
Création : Trieste, Teatro Grande, 16 nov. 1850
Nouvelle production en coproduction
avec le Teatro Regio de Parme

Plus d’infos sur le site de l’OpĂ©ra de Monte Carlo

Voir directement la page dĂ©diĂ©e Ă  Stiffelio de Verdi, premiĂšre Ă  l’OpĂ©ra de Monte Carlo

Opéra. José Cura chante Stiffelio à Monaco : 23,26,28 avril 2013

Opéra. José Cura chante Stiffelio à Monaco : 23,26,28 avril 2013

A Monaco, sur les planches de l’OpĂ©ra de Monte Carlo, le tĂ©nor JosĂ© Cura chante la dignitĂ© blessĂ©e du pasteur Stiffelio dans un spectacle inĂ©dit sur le rocher qui rĂ©vĂšle l’annĂ©e du bicentenaire Verdi 2013, un authentique chef d’oeuvre Ă©trangement mĂ©connu crĂ©Ă© en 1850… Nouvelle production Ă©vĂ©nement. Le livret original de Stiffelio dĂ©chaina les foudres de la censure pour plusieurs raisons : la sociĂ©tĂ© italienne du XIXe siĂšcle et ses autoritĂ©s politiques, profondĂ©ment catholiques, n’Ă©taient pas prĂȘtes Ă  voir sur scĂšne une histoire d’adultĂšre dans la maison d’un pasteur, ni celui-ci accorder son pardon en plein prĂȘche tout en citant le Nouveau Testament.

Le pardon d’un pasteur trompĂ©

cura_jose_stiffelioGiuseppe Verdi, dĂ©sespĂ©rĂ© et agacĂ©, devant pareille incomprĂ©hension mais conscient des immenses qualitĂ©s de sa partition, tentera (par dĂ©pit ?) de dĂ©truire toutes les copies existantes de son manuscrit. Il le mĂ©tamorphose sept ans plus tard en drame moyenĂągeux sous le nom d’Aroldo, ajoutant au passage un acte fort beau musicalement mais dont la fin convenue est bien loin du coup de gĂ©nie de la scĂšne finale de Stiffelio. Entretemps, la figure centrale de l’homme de Dieu avait disparu… Devenu un chevalier : Aroldo perdant de facto toute sa portĂ©e scandaleuse originelle.

Ce n’est pas avant 1960 qu’un manuscrit complet de l’Ɠuvre originale est retrouvĂ©, puis en 1993 et les reprĂ©sentations au Metropolitan de New York, le vĂ©ritable Stiffelio de Verdi reparaĂźt.  C’est au tour du public de l’OpĂ©ra de Monte-Carlo de dĂ©couvrir ce chef-d’Ɠuvre oubliĂ©, composĂ© en mĂȘme temps que Rigoletto, et dans le sillon tracĂ© par le sommet schillĂ©rien tragique et sublime, Luisa Miller.

Verdi

Stiffelio révélé

Opéra de Monte Carlo
Monaco, les 23,26 et 28 avril 2013

PremiĂšre Ă  l’OpĂ©ra de Monte-Carlo

Stiffelio, partition violente et barbare dans sa coupe dramatique premiĂšre qui avait tant scandalisĂ© la censure, s’affirme aujourd’hui, ce d’autant plus avec force en cette annĂ©e du bicentenaire Verdi 2013 oĂč les vraies rĂ©vĂ©lations ne sont pas lĂ©gions: la riche inspiration mĂ©lodique le dispute Ă  la puissance dramatique du sujet. La nouvelle production monĂ©gasque devrait relever un double dĂ©fi: souligner en 2013, les 200 ans de la naissance du compositeur, mais aussi confirmer un authentique chef d’Ɠuvre encore mĂ©connu. Quel plus bel apport pour l’annĂ©e Verdi 2013?

Plus d’infos sur le site de l’OpĂ©ra de Monte Carlo

Distribution de Stiffelio Ă  l’OpĂ©ra de Monte Carlo :
Stiffelio, José Cura
Lina, Virginia Tola
Stankar, Nicola Alaimo
Raffaele, Bruno Ribeiro
Jorg, Jose Antonio Garcia
Dorotea, Diana Axentii
Federico, Maurizio Pace

Choeur de l’OpĂ©ra de Monte Carlo
Orchestre Philharmonique de Monte Carlo

Direction : musicale Maurizio Benini
Mise en scÚne & lumiÚres :  Guy Montavon
DĂ©cors & costumes : Francesco Calcagnini
Chef de chƓur : Stefano Visconti

Stiffelio, version originelle de 1850
Opéra en trois actes
Musique de Giuseppe Verdi (1813 – 1901)
Livret de Francesco Maria Piave d’aprĂšs la piĂšce de Souvestre et Bourgeois, Le Pasteur ou L’Évangile et le foyer.
Création : Trieste, Teatro Grande, 16 nov. 1850
Nouvelle production en coproduction
avec le Teatro Regio de Parme

CD. Verdi: the complete works (Decca)

cd. Verdi:the complete works (75 cd Decca)

Coffret Verdi 2013

Verdi l’intĂ©grale 2013

Verdi

the complete works

75 cd Decca

C’est une barre qui vaut son pesant d’or. Un lingot discographique de premiĂšre valeur. Nous l’attendions avec impatience: le coffret du centenaire Verdi 2013 Ă©ditĂ© par Universal (en partenariat avec EMI classics pour les deux lĂ©gendaires Vespri Siciliani et Giovanna d’Arco) dĂ©passe nos espĂ©rances. Tout Verdi en 75 cd, 2 livrets aux textes dĂ©veloppĂ©s avec pour certains opĂ©ras (Don Carlo et Don Carlos, La Forza del destino, …) deux versions diffĂ©rentes qui s’Ă©clairent l’une l’autre. Soit 30 opĂ©ras intĂ©graux, d’Oberto (1839) Ă  Falstaff (1893).

decca_verdi_complete_worksEn plus des ouvrages lyriques, le coffret comprend aussi le Quatuor (Quartetto Italiano, 1951), les Quatre PiĂšces SacrĂ©es (Solti, 1979), le Requiem (Solti, 1968 ) et quelques perles oubliĂ©es, pĂ©pites complĂ©mentaires (mĂ©lodies, arias, musiques de ballets, oeuvres sacrĂ©es dont la Messe Solennelle… avec Juan Diego Florez en 2000) qui contenteront les amateurs et les curieux.

Les 30 opĂ©ras prĂ©sentĂ©s sont numĂ©rotĂ©s en respectant la chronologie de crĂ©ation: en un clin d’Ɠil, l’heureux mĂ©lomane comprend l’enchaĂźnement des ouvrages, la succession des cycles de composition, les reprises, les modifications opĂ©rĂ©es de sujet en sujet: dans le premier groupe, d’Oberto de 1840 Ă  Stiffelio de 1850, se dĂ©tache le corpus des premiers essais lyriques (Oberto donc, Un giorno di regno, Nabucco et I Lombardi (1843) ; puis les opĂ©ras romantiques et historiques (Ernani, I due Foscari de 1844, Giovanna d’Arco et Alzira de 1845, Attila de 1846 ; viennent les accomplissements tardifs des annĂ©es 1840: Macbeth, I Masnadieri, JĂ©rusalem de 1847, Il corsaro de 1848, Legnano et Luisa Miller d’aprĂšs Schiller de 1849, enfin Stiffelio de 1850.
Le second groupe concerne les rĂ©alisations de la pleine maturitĂ© du compositeur, quand il ne s’agit plus de dĂ©montrer sa valeur mais confirmer son gĂ©nie lyrique Ă  l’Ă©chelle europĂ©enne et mĂȘme mondial (Aida au Caire, La Forza del destino Ă  Saint-PĂ©tersbourg…), en particulier vis Ă  vis de la dĂ©ferlante wagnĂ©rienne: voici les 12 ouvrages suivants par ordre de prĂ©sentation du coffret et selon la chronologie des crĂ©ations: la trilogie exemplaires composĂ©e de Rigoletto (1851), Il trovatore et La Traviata de 1853 ; I Vespri Sicilianni (1855), Simon Boccanegra (version tardive de 1881 par Boito, aprĂšs la crĂ©ation de 1857) ; Un ballo in maschera (1859) ; les deux ouvrages clĂ©s, chacun prĂ©sentĂ© dans leurs deux versions : La Forza del destino (Saint-PĂ©tersbourg, 1862 et Milan, 1869) ; Don Carlo en 5 actes selon la version complĂšte de ModĂšne (1886), version parisienne en français, et version italienne ; Aida (1871) ; Otello (1887) enfin le dernier chef d’Ɠuvre, sommet et testament lyrique de la carriĂšre, Falstaff de 1893, attestant de la derniĂšre vitalitĂ© (solaire) d’un Verdi contemporain du vĂ©risme.

La conception des deux livrets qui suivent l’ensemble du corpus discographiques est exemplaire et depuis les dĂ©buts des Ă©ditions lyriques de Decca et Deutsche Grammophon, fidĂšles Ă  une rĂ©putation non usurpĂ©e: chaque ouvrage est prĂ©sentĂ© dans son contexte avec surtout le rĂ©sumĂ© de l’action oĂč chaque situation d’importance comporte la plage du cd correspondante: un plus trĂšs efficace et mĂȘme d’un lumineux apport pour qui souhaite immĂ©diatement identifier une scĂšne clĂ© de l’ouvrage concernĂ©.

Evidemment l’essor de la discograhie verdienne n’a pu se rĂ©aliser que grĂące au tempĂ©rament des orchestres et des chefs engagĂ©s, surtout grĂące Ă  l’intelligence interprĂ©tative de quelques chanteurs de premier plan. De ce point de vue, le coffret Decca (marque apparaissant seule sur le boĂźtier extĂ©rieur et sur tous les Ă©crins cd, sert comme une sorte de bilan pour le siĂšcle passĂ©, de l’aprĂšs guerre au dĂ©but du XXIĂš (de l’AĂŻda de Renata Tebaldi en 1959 sous la direction de Karajan et de Nabucco de 1965 avec l’Abigaelle de Elena Souliotis… au deux enregistrements les plus rĂ©cents: Otello avec Domingo Ă  l’OpĂ©ra Bastille en 1993 et La Forza del destino version Saint-PĂ©tersbourg 1862 par Gergiev et ses troupes russes (bel hommage Ă  la crĂ©ation de l’ouvrage du vivant de Verdi), en 1995 (avec Nikolai Putilin, Galina Gorchakova, Olga Borodina).

Verdi : l’intĂ©grale 2013

the complete works

L’argument du coffret vient de la sĂ©lection intelligente des versions choisies, entre opĂ©ras de jeunesse peu connus et sommets du catalogue : les lectures de Marriner (Oberto), Gardelli (Un Giorno di regno, I Due Foscari, Attila, Il Corsaro, Stiffelio…) et Luisi (Alzira, JĂ©rusalem, Aroldo), dĂ©fendant les mĂ©connus, aux cĂŽtĂ©s des grands verdiens dont surtout ici Solti (Don Carlo), Karajan (AĂŻda), Abbado (Don Carlos, Macbeth, Simon Boccanegra…), Kleiber (La Traviata), Giulini (Rigoletto, Il Trovatore, Falstaff…) permettent l’exhaustivitĂ© convaincante de la proposition dans sa globalitĂ©. Aux cĂŽtĂ©s des chefs de renom, saluons l’Ăšre des grands verdiens rĂ©unis: Bergonzi, Tebaldi, Nucci, Piero Capuccilli (le doge des Due Foscari, Rigoletto, Boccanegra…), Bruson (Macbeth), Pavarotti (Ernani, Un Ballo in maschera), Sutherland, Domingo (Carlos, Otello), Carreras, Ricciarelli,…

Parmi les versions majeures, retenons en particulier: Un Giorno di regno avec Jessye Norman, Fiorenza Cossoto, JosĂ© Carreras sous la direction de Lamberto Gardelli en 1973 ; Nabucco avec le mĂȘme chef et l’Abigaelle de Elena Souliotis, et dans le rĂŽle titre Tito Gobi (prise viennoise de 1965) ; I Lombardi sous la direction des troupes du Met et James Levine avec Patricia Racette, Luciano Pavarotti, Samuel Ramey (1996) ; Ernani (Pavarotti, Sutherland, Bonynge, 1987) ; l’extraordinaire Doge de Piero Cappucilli poir I due Foscari (trop rare encore sur les scĂšnes) : Carreras, Ricciarelli (Gardelli, Vienne, 1976) ; l’unique et Ă©blouissante Giovanna d’Arco de Montserrat CaballĂ© (avec Placido Domingo, en une prise londonienne de 1972) ; oui sans rĂ©serve pour le Macbeth de Piero Capuccilli (avec Shirley Verrett, Nicolai Ghiaurov, Placido Domingo, sous la baguette racĂ©e et shakespearienne de Claudio Abbado, 1976) ; saluons aussi Il Corsaro de JosĂ© Carreras (avec Jessye Norman en Medora. Gardelli, 1975) ; la subtile Luisa Miller de Montserrat CaballĂ© (Pavarotti, Milnes… Peter Maag, 1975)…

Concernant le second groupe, nos prĂ©fĂ©rences vont Ă  Rigoletto (Capucilli dĂ©cidĂ©ment impeccable dans le rĂŽle titre, Domingo en duc, Ileana Cotrubas en Gilda, prise viennoise Giulini de 1979) : Giulini encore pour son Trovatore de 1983 avec Domingo en Manrico et Rosalind Plowright en Leonora (Giorgio Zancanaro et Brigitte Fassbaender en Luna et Azucena) ; La Traviata d’Erich Kleiber (1976) avec le trio Cotrubas, Domingo, Milnes ; I Vespri Siciliani avec Zancanaro, Chris Merritt, Cheryl Studer (Muti, 1990) ; grand gagnant de ce coffret, au firmament des verdiens hors normes, Pierro Capucilli Ă  nouveau dans SImon Boccanegra d’Abbado (Milan, 1977: avec Carreras, Freni, Van Dam, Ghiaurov !) ; Un Ballo in maschera de Solti (Londres 1983) avec Pavarotti, Renato Bruson, Margaret Price, Christa Ludwig… et le page de la jeune et irrĂ©sistible Kathleen Battle. Concernant La Forza del destino, dix ans sĂ©parent la version milanaise 1869 (Tomlinson, Plowright, Bruson, Carreras et l’immense AgnĂšs Baltsa (Sinopoli, 1985) et celle saint-pĂ©tersbourgeoise de 1862 par Gergiev et ses troupes du Mariinsky (Nikolai Putilin, Galina Gorchakova, Olga Borodina… 1995) ; plus distantes encore, les deux versions du Don Carlos : la française, magnifique avec le duo Domingo, Ricciarelli (Carlos/Elisabeth), Leo Nucci en Posa, Ruggero Raimondi en Philippe II, sous la baguette Ă©lĂ©gantissime et ciselĂ©e de Claudio Abbado (1984) ; celle en italien et en 5 actes aussi (donc incluant l’acte prĂ©liminaire bellifontain) sous la baguette fauve Ă©lectrique de Solti en 1965 avec Carlo Bergonzi (Carlo), Renata Tebaldi (Elisabeth un rien fatiguĂ©e et terne, seul facette voilĂ©e du cast), Grace Bumbry (Eboli), surtout Dietrich Fischer Dieskau (Posa anthologique), Ghiaurov (Philippe II), Martti Talvela (l’Inquisiteur)… voici certainement la version majeure du coffret, vraie pĂ©pite de l’ensemble… avec l’Aida de Karajan (Vienne, 1959 avec Tebaldi, Corena, Simionato, Bergonzi) ; et pour conclure, deux ouvrages de la fin Otello lecture parisienne rĂ©alisĂ©e Ă  la Bastille neuve sous la direction de Chung en 1993 avec Domingo, Studer, Leiferkus pour un trio sentimental et Ă©touffant assez racĂ© : Otello, DesdĂ©mona, Iago. Enfin saluons, le choix du Falstaff de Giulini (prise live amĂ©ricaine, Los Angeles mai 1982) avec Bruson (Falstaff), Nucci (Ford), Ricciarelli (Alice Ford), Barbara Hendricks (Nanetta)…

Verdi: the complete works. 75 cd Decca 478 4916

Livres. Albert Bensoussan: Verdi (Folio)

Livres. Albert Bensoussan: Verdi (Folio)

Verdi_bensoussan_gallimard_biographie_verdi_2013«Je peux mettre en musique une gazette ou une lettre, mais le public, lui, admet tout au thĂ©Ăątre sauf l’ennui.» A bon entendeur salut et Verdi sut idĂ©alement adapter sa facilitĂ© gĂ©niale au service d’un dramatisme de plus en plus exigeant, non pas seulement divertissant mais spectaculaire et Ă©difiant. Verdi  (1813-1901) incarne le Risorgimento aux cĂŽtĂ©s de Cavour et de Garibaldi. A la concision du style et la recherche d’efficacitĂ© expressive (inspirĂ©e par les plus grands Ă©crivains dramaturges : Shakespeare, Schiller, Hugo…), Giuseppe Verdi profite de la mort prĂ©maturĂ©e de Bellini et invente l’opĂ©ra romantique italien dans la seconde moitiĂ© du XIXĂšme:  de Rigoletto Ă  La Traviata, sans omettre Otello et AĂŻda, le musicien laisse 42 Ɠuvres dont 28 opĂ©ras. Le gĂ©nie Ă  l’Ă©preuve de la scĂšne et de l’attente du public sut renouveler toujours ses moyens, comme David dans le genre du portrait: une nouvelle inspiration pour chaque nouveau sujet.

Albert Bensoussan : Verdi

La biographie Ă©ditĂ©e par Gallimard (collection Biographies chez Folio) n’est pas celle d’un spĂ©cialiste mais d’un mĂ©lomane passionnĂ© qui entend partager son admiration pour un gĂ©nie de l’opĂ©ra. De fait, la prose suit les opĂ©ras de façon chronologique, prĂ©sentant soit la genĂšse soit le contexte dans la vie du compositeur, alors compagnon de la cantatrice Giuseppina Strepponi, propriĂ©taire agricole Ă  Bussetto oĂč il rĂ©side rĂ©guliĂšrement: l’air des villes ne le satisfaisait que sur une courte durĂ©e. Tous les ouvrages majeurs sont expliquĂ©s (Luisa Miller, Rigoletto, Traviata, Don Carlos Ă  travers sa crĂ©ation en français Ă  Paris; mais aussi La Traviata, Boccanegra deuxiĂšme version Ă©crite avec Boito, enfin Otello et Falstaff…), avec de nombreuses anecdotes et des citations entre autres du maestro Claudio Abbado, interprĂšte inspirĂ© des oeuvres de Verdi.
A dĂ©faut de la spĂ©cialisation, le texte est clair, accessible et sa conduite chronologique permet de suivre et rĂ©tablir les Ă©vĂ©nements forts comme les rĂ©alisations majeures du plus grand compositeur d’opĂ©ras au XIXĂšme, qui fut un homme simple, pragmatique, dĂ©fendant sans sourciller ses intĂ©rĂȘts, que le destin n’a pas Ă©pargnĂ© et qui demeure obsĂ©dĂ© par la mort, la relation pĂšre-fille, la solitude de l’Ăąge mĂ»r, la vanitĂ© de la condition humaine…

‹‹Albert Bensoussan : Verdi.  Collection Folio biographies (n° 96), Gallimard. 336 pages + 8 p. hors texte, sous couverture illustrĂ©e, 108 x 178 mm . ISBN : 9782070443796. Parution: mi fĂ©vrier 2013.

Télé. Arte célÚbre le bicentenaire Verdi 2013

Giuseppe VerdiLa Traviata de Verdi, le 15 décembre 2012 depuis Bruxelles
ARTE cĂ©lĂšbre le bicentenaire Verdi 2013 dĂšs dĂ©cembre 2012, en diffusant sur le web et Ă  l’antenne, de nombreux opĂ©ras du compositeur italien nĂ© en 183.  Lancement de l’annĂ©e verdi avec La Traviata en direct sur ARTE Live Web depuis la Monnaie de Bruxelles samedi 15 dĂ©cembre Ă  20h sur arteliveweb.com. C’est la premiĂšre d’une sĂ©rie de 3 productions de La Traviata diffusĂ©e par Arte au cours du cycle Verdi 2013…

La Traviata, le 15 décembre 2012 sur Arteliveweb
un opéra de Giuseppe Verdi
Direction musicale : Ádåm Fischer
Mise en scĂšne : Andrea Breth
avec Simona Ć aturovĂĄ , SalomĂ© Haller, Carole Wilson, SĂ©bastien GuĂšze, Scott Hendricks, Till Fechner, Dietmar Kerschbaum, Jean-Luc Ballestra et l’Orchestre symphonique et les chƓurs de la Monnaie

Les événements Verdi sur ARTE en 2013
Mars 2013: La Traviata enregistrée à Aix-en-Provence en juillet 2011 avec Natalie Dessay
Juin 2013: AĂŻda aux ArĂšnes de VĂ©rone
Juillet 2013: Rigoletto au Festival d’Aix-en-Provence
Août 2013:  Don Carlo au Festival de Salzbourg
Octobre 2013: Gala anniversaire ” Passion Verdi “,
Requiem sous la direction de Daniel Barenboim, enregistré à la Scala de Milan en août 2012,
Nabucco, sous la direction de Riccardo Muti enregistrĂ© Ă  l’OpĂ©ra de Rome en 2011.
Novembre 2013:  Il Trovat ore, avec Plåcido Domingo et Anna Netrebko au Schillertheater à Berlin
DĂ©cembre 2013: La Traviata Ă  la Scala de Milan, nouvelle production

TĂ©lĂ©. Arte fĂȘte Verdi en 2013

Verdi et son librettiste Arigo Boito pour Boccanegra, Otello et Falstaff

L’annĂ©e du bicentenaire Verdi s’annonce prometteuse en particulier sur Arte qui dĂ©die une sĂ©rie de diffusion d’opĂ©ras certains en direct depuis plusieurs villes europĂ©ennes: coup d’envoi le 15 dĂ©cembre, avec La Traviata (sur arteliveweb ; Adam Fischer, direction. Andrea Breth, mise en scĂšne). L’opĂ©ra crĂ©Ă© Ă  Venise sans succĂšs (!) revient sur Arte tout au long de l’annĂ©e 2013 (mars: La Traviata, production Aix en Provence juillet 2011 avec Natalie Dessay; enfin derniĂšre Traviata depuis La Scala de Milan en dĂ©cembre 2013). Vient ensuite AĂŻda aux arĂšnes de VĂ©rone (juin 2013), Rigoletto Ă  Aix (juillet 2013), Don Carlo Ă  Salzbourg (aoĂ»t 2013), puis en octobre, le gala Verdi et le Requiem sous la direction de Daniel Barenboim… Dates et horaires de diffusion sur Arte Ă  venir dans notre mag tĂ©lĂ©

Tours. Grand ThĂ©Ăątre OpĂ©ra, le 11 mai 2012. Verdi: Macbeth. Avec Enrico Marrucci, … Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours, Orchestre symphonique RĂ©gion Centre Tours. Jean-Yves Ossonce, direction. Gilles Bouillon, mise enscĂšne

“Laide”,”mĂ©chante”, avec une voix “Ăąpre”, “voilĂ©e”, “sombre”, “diabolique”... Quand Verdi Ă©voque ce que doit ĂȘtre le personnage de Lady Macbeth (fameuse lettre Ă©crite Ă  Paris en novembre 1848 Ă  l’adresse de Salvatore Cammarano, quand la cantatrice trop angĂ©lique Mademoiselle Tadolini reprend le rĂŽle), le compositeur insiste sur le caractĂšre thĂ©Ăątral de l’opĂ©ra, soulignant dans ce sens les deux scĂšnes capitales dans le dĂ©roulement de l’action, le grand duo de Macbeth et de son Ă©pouse au II, puis la scĂšne de somnambulisme de Lady Macbeth, qui doivent ĂȘtre jouĂ©es et dĂ©clamĂ©es, en rien chantĂ©es… C’est Ă  ce jeu scĂ©nique particulier que l’opĂ©ra verdien captive depuis don dĂ©but, s’inscrit idĂ©alement dans l’univers dont il prolonge la couleur fantastique et tragique: le drame shakespearien.

La production tourangelle rĂ©ussit tout cela, avec une force et une cohĂ©rence…
exceptionnelles. Qui en font l’un des meilleurs spectacles vus au Grand thĂ©Ăątre OpĂ©ra de Tours. La vision du metteur en scĂšne local, ‹Gilles Bouillon (directeur du Centre dramatique rĂ©gional de Tours) y aide grandement: sans dilution dĂ©corative sans surexplication codĂ©e lourde mais avec un rare sens de l’efficacitĂ© scĂ©nique; les solos de Macbeth et de son Ă©pouse, ceux pĂ©riphĂ©riques de Banco puis Macduff, les duos hallucinĂ©s, les scĂšnes collectives comme le banquet qui ferme le II, avec l’exposition de Duncan mort assassiné  s’imposent en clartĂ© terrible, en expression hĂ©roĂŻque, en nuance de l’inĂ©luctable et du sublime tragique; ici chaque option scĂ©nique, chaque mouvement des acteurs et du choeur (un choeur magnifiques en chanteurs parfaitement impliquĂ©s!) Ă©clairent les nƓuds de l’action; en particulier la relation du roi d’Ecosse Macbeth avec les sorciĂšres; de mĂȘme, l’obsession du roi criminel et usurpateur dĂ©vorĂ© par son impuissance fonciĂšre: ne pas avoir de fils donc de descendance (ceci nous vaut un tableau fantastique et hĂ©roĂŻque oĂč alors qu’il a tuĂ© le pĂšre : Banco, Macbeth en un dĂ©lire hallucinĂ© voit chacun de ses 5 enfants rĂ©gner en … souverains lĂ©gitimes. Tableau fort et puissant qui rĂ©tablit avec quel Ă  propos ces tĂ©nĂšbres permanents qui dĂ©vorent un Macbeth de plus en plus Ă©branlĂ© et dĂ©truit.

‹L’impuissance suprĂȘme
L’unitĂ© et la cohĂ©rence visuelles de la production renforcent davantage cette singuliĂšre descente aux enfers ; et l’on comprend dĂšs lors toute la justesse de la vision de Gilles Bouillon qui en homme de thĂ©Ăątre, maĂźtre de sa vision, dĂ©fend un point de vue passionnant; quoi de plus insupportable et de plus honteux pour un homme rongĂ© par l’ambition et le pouvoir, – en cela poussĂ© jusqu’Ă  l’extrĂȘme par son Ă©pouse dĂ©moniaque comme il a Ă©tĂ© dit par Verdi soi-”mĂȘme,- de ne pas avoir d’enfants? Impuissance suprĂȘme et jamais dite explicitement mais qui scelle bel et bien la crise spirituelle d’un homme maudit/foudroyĂ© dans sa destinĂ©e.
A l’intelligence de la mise en scĂšne rĂ©pond la cohĂ©rence du plateau vocal, en particulier chez les hommes: grĂące Ă  une projection naturelle et fluide, une intonation franche et sans affectation, en cela idĂ©alement proche du texte, le Macbeth d’Enrico Marrucci convainc et captive.
Le baryton italo-amĂ©ricain dĂ©ploie une aisance scĂ©nique assez exceptionnelle; son jeu Ă©conome, superbement simple rĂ©tablit l’essence du rĂŽle qui est une figure surtout thĂ©Ăątrale, avant d’ĂȘtre vocale: il incarne cette Ă©vidence dramatique que Verdi Ă©voque dans ses lettres; le travail de l’acteur est exemplaire; son italien dĂ©clamĂ© avec nuances et virilitĂ©, est articulĂ© dans de somptueuses couleurs toujours justes et musicales. L’arrogance, la fiertĂ© puis les doutes et la folie hullulĂ©e : le chanteur Ă©claire tout ce qu’Ă  de terriblement humain, la figure du roi criminel et maudit, grĂące Ă  un style tout en finesse; Jean Teitgen est un Banco puissant et mĂąle dont l’autoritĂ© rend tout leur poids Ă  son air avec son fils ; puis Ă  son apparition comme spectre titillant l’esprit dĂ©jĂ  dĂ©rangĂ© de Macbeth au banquet du II; puis, quel luxe d’écouter le timbre clair et vaillant de Luca Lombardo (chanteur familier de la scĂšne tourangelle) en Macduff … pour le seul vĂ©ritable grand air de tĂ©nor de tout l’opĂ©ra: un air endeuillĂ© (l’Ă©poux et le pĂšre pleurent leurs proches massacrĂ©s par le couple Macbeth), et fougueux appelant et avec quel aplomb le peuple Ă©cossais Ă  la rĂ©volte!
Les chƓurs sont fabuleux, eux aussi en prĂ©sence et jeu scĂ©nique; du reste tous les finaux sont saisissants de vĂ©ritĂ© et de justesse. Les sorciĂšres s’affirment visuellement ; leur apparition rĂ©currente au dĂ©but du I puis du III pour activitĂ© la machination criminelle des Macbeth, offre des tableaux graphiquement rĂ©ussis oĂč les couleurs, les costumes, dans cette boite fermĂ©e et sombre citent l’enfermement, l’inĂ©luctable, la course Ă  l’abĂźme … La rouille qui ronge tout le dĂ©cor dit aussi cette dĂ©gradation gĂ©nĂ©rale (trĂšs belle rĂ©alisation de la dĂ©coratrice Nathalie Holt… qui n’en est pas a son premier travail avec Gilles Bouillon). Reste la Lady Macbeth de Jana Dolezilkova: si la voix n’a ni la puissance imprĂ©catrice du rĂŽle ni le soutien dans les aigus, le chant s’accorde en fusion chambriste, avec son partenaire, avec l’orchestre: son mĂ©dium est souple, riche, onctueux; son air de somnambulisme est stylistiquement irrĂ©prochable, vocalement tendu et habitĂ©; il offre avec le Macbeth d’Enrico Marrucci, un portrait bouleversant de barbarie coupable et finalement bouleversante

Dans la fosse, Jean-Yves Ossonce montre une passion verdienne exemplaire, sachant enflammer les chƓurs comme ciseler en couleurs chambristes chaque scĂšne oĂč le couple Macbeth exprime la passion sanguinaire, l’ambition politique, la solitude crĂ©pusculaire qui les rongent peu Ă  peu. Les nuances dĂ©fendues par la direction respectent idĂ©alement ce thĂ©Ăątre millimĂ©trĂ© oĂč chaque accent, chaque inflexion restituĂ©e produit un miracle de dramatisme musical.

 

Tours. Grand ThĂ©Ăątre OpĂ©ra, le 11 mai 2012. Verdi: Macbeth, version 1865. Avec Enrico Marrucci, … Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours, Orchestre symphonique RĂ©gion Centre Tours. Jean-Yves Ossonce, direction. Gilles Bouillon, mise en scĂšne. Illustration: Macbeth et Lady Macbeth: Enrico Marrucci, Jana Dolezilkova © F.Berthon.

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En mai 2012, pour 3 dates, l’OpĂ©ra de Tours et Jean-Yves Ossonce, son directeur, prĂ©sente un nouveau Macbeth, d’autant plus prometteur qu’il sollicite la vision du metteur en scĂšne Gilles Bouillon… Production Ă©vĂ©nement: 3 dates incontournables, les 11, 13 et 15 mai 2012.