Compte-rendu, opéra. Dijon, le 15 nov 2018. VERDI : Nabucco. Rizzi Brignoli / Signeyrole.

VERDI_442_Giuseppe_Verdi_portraitCompte rendu opĂ©ra. Dijon,  Auditorium, le 15 novembre 2018.  Verdi, Nabucco. Roberto Rizzi Brignoli / Marie-Eve Signeyrole. Les ouvrages lyriques dont on sort abasourdi, voire bouleversĂ© et rĂ©joui, sont rares. Le Nabucco coproduit par les opĂ©ras de Lille et de Dijon est de ceux-lĂ . La lecture trĂšs actuelle que nous impose la mise en scĂšne de Marie-Eve Signeyrole, dans le droit fil du message politique de Verdi, est un soutien clair aux victimes contemporaines de l’oppression. La richesse d’invention en est constante, conjuguant tous les moyens pour atteindre la plus grande force dramatique. L’action qui se dĂ©roule sur le plateau, suffisante en elle-mĂȘme, est dĂ©multipliĂ©e par la vidĂ©o, et renforcĂ©e par des chorĂ©graphies bienvenues. Les images, dĂ©mesurĂ©es, simultanĂ©es, empruntĂ©es Ă  une actualitĂ© fĂ©roce, ou simplement grossies des visages des chanteurs, les actualitĂ©s en continu, avec interview, titres des chapitres et versets bibliques (citĂ©s en exergue dans la partition), se superposent au chant.

 

 

Nabucco viva !

 

 

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Le dĂ©ferlement d’images et de sons amplifiĂ©s de bombardements, de cris, le bruit et la fureur ajoutĂ©s, stressants, voire terrorisants, s’impose, parfois au dĂ©triment de la musique. En effet, la pluralitĂ© des sources d’information nous interdit de suivre chacun des registres. Choix douloureux, qui laisse un goĂ»t amer dans la mesure oĂč on a le sentiment de perdre une part du message, d’autant plus que cette profusion d’images phagocyte la musique autant qu’elle la renforce. Conscient de n’avoir pu en apprĂ©cier toutes les rĂ©fĂ©rences, tant les renvois abondent dans cette mise en scĂšne incroyablement riche, foisonnante et efficace, on a envie de revoir ce spectacle total, de l’approfondir tant sa richesse est singuliĂšre.

Un dispositif complexe, monumental, descendant des cintres autorise une continuitĂ© musicale et dramatique par des changements Ă  vue. Costumes, dĂ©cors et Ă©clairages sont une rĂ©ussite pleinement aboutie. Mais c’est encore la direction d’acteur, millimĂ©trĂ©e et juste, qui force le plus l’admiration. Il n’est pas un mouvement, d’un soliste comme du plus humble des choristes,  qui ne soit porteur de sens.

Le chƓur, rassemblant les chanteurs des opĂ©ras de Dijon et de Lille est omniprĂ©sent. Du grand chƓur d’introduction au finale, on n’énumĂ©rera pas les numĂ©ros tant ils sont nombreux. Evidemment, le cĂ©lĂšbre “Va pensiero”, chantĂ© dans un tempo trĂšs retenu, avec une longueur de souffle et une progression Ă©tonnantes, est un moment fort, que chacun attend. Il faut souligner non seulement leurs qualitĂ©s de cohĂ©sion, d’équilibre, d’articulation et de puissance, mais aussi leur prĂ©sence dramatique, pleinement convaincante.

Quatre des solistes de la distribution lilloise, comme le chef,  continuent de servir l’ouvrage. Commençons donc par les « nouveaux ». Zaccaria est Sergey Artamonov, grand baryton, qui donne Ă  son personnage toute l’autoritĂ© du prophĂšte dans les premiers actes, pour redevenir un homme sensible et bon lorsqu’il accompagne Fenena au martyre. Les graves sont amples, le legato splendide : le Sarastro de Verdi. MalgrĂ© la similitude de la tessiture avec celle de Nabucco, la caractĂ©risation vocale est idĂ©ale, qui permettrait de les distinguer Ă  l’aveugle en ne comprenant pas le livret. Sa priĂšre, avant le chƓur des LĂ©vites, puis la prophĂ©tie, hĂ©roĂŻque, sont deux moments forts. Valentin Dytiuk chante Ismaele, l’amant de Fenena. C’est un beau tĂ©nor dont on apprĂ©cie particuliĂšrement le trio du premier acte. Florian Cafiero, autre tĂ©nor, Abdallo, n’intervient ponctuellement qu’aux deux derniers actes, Anna est la sƓur du prophĂšte, Anne-CĂ©cile Laurent lui prĂȘte son timbre pur et clair. Tous ces seconds rĂŽles sont crĂ©dibles et confiĂ©s Ă  de solides voix, en adĂ©quation avec les personnages.

 
 

 
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Evidemment, le rĂŽle-titre retient toutes les attentions. Il exige des moyens superlatifs et une expression dramatique juste, de la puissance impĂ©rieuse du despote aux affres du pĂšre bafouĂ©, en passant par la folie. Nikoloz Lagvilava a toutes les qualitĂ©s requises et campe un Ă©mouvant Nabucco. La voix est sonore, projetĂ©e, aux aigus clairs comme aux graves profonds. Chacune de ses interventions est un moment fort. Il en va de mĂȘme de l’AbigaĂŻlle que vit la grande Mary Elizabeth Williams. PhĂ©nomĂšne vocal autant qu’immense tragĂ©dienne, c’est un bonheur constant, car sa technique Ă©blouissante lui permet de se jouer de toutes les difficultĂ©s de son chant ornĂ©, mais aussi de construire un personnage ambivalent, fascinant. La Fenena de Victoria Yarovaya, seule mezzo de la distribution, aux graves soutenus avec des aigus aisĂ©s, donne toute la douceur requise Ă  la cavatine comme la violence passionnĂ©e, attendue. La digne fille de son pĂšre. Enfin, rĂŽle mineur, le Grand prĂȘtre de Baal est chantĂ© par une basse impressionnante, Alessandro Guerzoni. Les nombreux ensembles qu’écrit Verdi sont remarquablement servis : le deuxiĂšme acte s’achĂšve par un final d’anthologie.

L’Orchestre Dijon Bourgogne, que dirigeait dĂ©jĂ   Robert Rizzi Brignoli pour un extraordinaire Boccanegra, donne toute sa mesure sous la direction de ce grand verdien. DĂšs l’ouverture – un peu occultĂ©e par la belle chorĂ©graphie simultanĂ©e – on sait qu’un grand Verdi sera lĂ . Puissant, tonitruant comme subtil, Ă©lĂ©giaque, il donne le meilleur de lui-mĂȘme.

Le public, malgré la transposition et la richesse de la mise en scÚne, fait un triomphe aux interprÚtes. Que demander de plus ?

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Compte rendu opĂ©ra. Dijon,  Auditorium, le 15 novembre 2018. Verdi, Nabucco. Roberto Rizzi Brignoli / Marie-Eve Signeyrole. Nikoloz Lagvilava, Mary Elizabeth Williams, Sergey Artamonov, Victoria Yarovaya. CrĂ©dit photographique © Gilles Abbeg – OpĂ©ra de Dijon /  Nabucco – OpĂ©ra de Lille © FrĂ©dĂ©ric Iovino.

 

 
 

 

Compte-rendu critique, opĂ©ra. LYON, le 5 nov 2018. VERDI : Nabucco, Orch de l’OpĂ©ra de Lyon, Daniele Rustioni.

verdi-hompeage-portrait-grand-portrait-classiquenews-582Compte rendu critique, opĂ©ra. LYON, Auditorium, le 5 novembre 2018. Giuseppe VERDI, Nabucco, Orchestre de l’opĂ©ra de Lyon, Daniele Rustioni. Prolongement heureux du Festival Verdi de la saison derniĂšre, le Nabucco dirigĂ© par Rustioni en version de concert Ă©tait trĂšs attendu, aprĂšs la rĂ©ussite exemplaire, en version concert et dans les mĂȘmes lieux, d’Attila, chronologiquement proche du premier triomphe verdien. Casting de grande classe, malgrĂ© une lĂ©gĂšre dĂ©ception pour le rĂŽle-titre.

Un Nabucco bouillonnant voire anthologique

Initialement prĂ©vu, le vĂ©tĂ©ran Leo Nucci que nous avions vu Ă  la Scala la saison derniĂšre, a dĂ» dĂ©clarĂ© forfait pour raisons de santé ; remplacĂ© par le Mongol Amartuvshin Enkhbat, celui-ci enchante par une musicalitĂ© indĂ©fectible et une diction remarquable, mais déçoit par une langueur pataude et un manque cruel de charisme ; il se rattrape nĂ©anmoins au dĂ©but du quatriĂšme acte, et la scĂšne de la prison est un grand moment de thĂ©Ăątre. Le reste de la distribution confine Ă  la perfection. Anna Pirozzi est une Abigaille impressionnante d’aisance et de justesse, loin des clichĂ©s belcantistes dans lesquels Ă©tait tombĂ©e, Ă  la Scala, une Martina Serafin indigeste. Dans son grand air du second acte (« Ben io t’invenni »), elle est proprement prodigieuse, d’une exceptionnelle amplitude vocale, et Ă©meut aux larmes lors de sa priĂšre finale. Grand Zaccaria Ă©galement sous les traits de Riccardo Zanellato qui dĂšs son air d’entrĂ©e dĂ©ploie un timbre de bronze d’une grande homogĂ©nĂ©itĂ© culminant dans la grande prophĂ©tie du troisiĂšme acte (« Oh chi piange »). L’entrĂ©e en scĂšne de l’Ismaele de Massimo Giordano a suscitĂ© quelque frayeur (voix poussive, problĂšmes rĂ©pĂ©tĂ©s de justesse), mais s’est excellemment repris par la suite et son style, par trop « puccinien » aux accents excessivement passionnĂ©s, s’est rĂ©vĂ©lĂ© enfin pleinement verdien. Le rĂŽle de Fenena n’est pas aussi dĂ©veloppĂ© que celui d’Abigaille, mais il est magnifiquement dĂ©fendu par la mezzo albanaise solidement charpentĂ©e d’Enkelejda Shkoza, voix d’airain aux mille nuances, une des belles et grandes dĂ©couvertes de la soirĂ©e (superbe priĂšre « O dischiuso Ăš il firmamento »). Les trois autres rĂŽles secondaires sont impeccablement tenus, en particulier le Grand prĂȘtre de Martin HĂ€ssler, voix solide superbement projetĂ©e ; si le joli timbre du tĂ©nor GrĂ©goire Mour, un habituĂ© de la maison, n’est pas Ă  proprement parler une grande voix, sa diction et son sens musical sont sans reproche, tout comme l’Anna dĂ©licate d’Erika Balkoff qui complĂšte avec bonheur une distribution de haute tenue.
Nabucco est aussi et d’abord un grand opĂ©ra choral et, une fois de plus, les forces de l’opĂ©ra de Lyon, cornaquĂ©es par Anne PagĂšs, ont livrĂ© une interprĂ©tation magistrale, en particulier dans les deux chƓurs cĂ©lĂšbres (« È l’Assiria una regina » et « Va pensiero ») dont la l’impeccable lecture restera gravĂ©e dans les mĂ©moires. Mais le grand vainqueur de la soirĂ©e est encore l’incroyable direction de Daniele Rustioni magistral dĂšs l’ouverture, bouillonnante, nerveuse mais sans excĂšs, rĂ©vĂ©lant avec une prĂ©cision entomologique et une grande lisibilitĂ© les contrastes et la variĂ©tĂ© des pupitres, dont le concentrĂ© d’énergie parvient Ă  faire oublier la relative pauvretĂ© harmonique et le cĂŽtĂ© parfois naĂŻf de l’orchestration du jeune Verdi. Au final, malgrĂ© d’infimes rĂ©serves, un Nabucco d’anthologie.

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Compte-rendu. Lyon, Auditorium, Giuseppe Verdi, Nabucco, 05 novembre 2018. Amartuvshin Enkhbat (Nabucco), Massimo Giordano (Ismaele), Riccardo Zanellato (Zaccaria), Anna Pirozzi (Abigaille), Enkelejda Shkoza (Fenena), GrĂ©goire Mour (Abdallo), Erika Baikoff (Anna), Martin HĂ€ssler (Il Gran Sacerdote), Anne PagĂšs (chef de chant), Orchestre, ChƓurs et MaĂźtrise de l’opĂ©ra de Lyon, Daniele Rustioni (direction).

MILAN, Scala : ATTILA de VERDI

VERDI_442_Giuseppe_Verdi_portraitARTE, le 7 dĂ©c 2018, 22h20. VERDI : ATTILA. En direct (ou presque) de La Scala de Milan, l’opĂ©ra de verdi crĂ©Ă© Ă  la Fenice de Venise le 17 mars 1846, ouvre ainsi sur le petit Ă©cran mais en direct, la nouvelle saison du thĂ©Ăątre scaligĂšne. On sait combien le librettiste de dĂ©part Solera, qui pourtant dut partir avant de livrer la fin de l’intrigue, se brouilla avec Verdi : celui ci commanda Ă  Piave, un nouveau final, non pas un chƓur comme le voulut Solera, mais un ensemble (et quel ensemble! : un modĂšle du genre). Du nerf, du sang, du crime
 le premier Verdi semble s’essayer Ă  toutes les ficelles du drame sanglant et terrible. Au VĂš siĂšcle, la ville d’AquilĂ©e prĂšs de Rome, (au nord de l’Adriatique) fait face aux invasions des Huns et Ă  la superbe conquĂ©rante d’Attila (basse). Ce dernier, cruel et barbare en diable, refuse toute entente pacifique avec le romain Ezio (baryton) ; c’est pourtant ce dernier qui a l’étoffe du hĂ©ros, patriote face Ă  l’ennemi Ă©tranger (« Tu auras l‘univers, mais tu me laisses l’Italie » / une dĂ©claration qui soulĂšve l’enthousiasme des spectateurs de Verdi, Ă  quelques mois de la RĂ©volution italienne
)

Au I : Attila marche sur Rome, mais frĂ©mit devant l’Ermite dont il a rĂȘvĂ© la figure
 cependant que parmi les vaincus, Foresto (tĂ©nor) rejoint la fiĂšre Odabella (soprano) qui entend se venger des Huns, arrogants, victorieux

Au II : Attila dĂ©fie Ezio qui proteste vainement ; tandis que, coup de thĂ©Ăątre, Odabella dĂ©joue la tentative d’empoisonnement d’Atiila par Foresto : elle Ă©pouse mĂȘme le vainqueur Attila

Au III : Odabella qui n’en est pas Ă  une contradiction prĂšs, se repend, rejoint Foresto et tue son Ă©poux Attila, tandis que les troupes romaines menĂ©es par Ezio, le sauveur, attaquent les Huns


Sans vraiment de profondeur encore, ni d’ambivalence ciselĂ©e, (cf la maniĂšre avec laquelle, les Ă©pisodes et les situations se succĂšdent au III), les personnages d’Attila ne manquent pas cependant de noblesse ni de grandeur voire de noirceur trouble (comme Attila, dĂ©vorĂ© par les songes et les rĂȘves au I, prĂ©figuration des tourments de Macbeth). Le protagoniste ici est une femme, soprano aux possibilitĂ©s Ă©tendues digne d’Abigaille (Nabucco) : ample medium, belcanto mordant, Ă  la fois raffinĂ© et sauvage
 comme la partition de ce Verdi de la jeunesse.

A Milan, sur les planches de La Scala, Riccardo Chailly dirige les forces locales, et la basse Ildar Abdrazakov incarne Attila, sur les traces du légendaire Nicolai Ghiaurov dans le rÎle-titre
 (Davide Livermore, mise en scÚne)

distribution :
Attila : Ildar Abdrazakov
Odabella : Saioa HernĂĄndez
Ezio : George Petean
Foresto: Fabio Sartori
Uldino : Francesco Pittari
Leone : Gianluca Buratto

Plus d’infos sur le site de la Scala de Milan / Teatro alla Scala :
http://www.teatroallascala.org/en/index.html

Nabucco de Verdi (1842)

VERDI_442_Giuseppe_Verdi_portraitFrance Musique, Dim 18 nov 2018,19h30. VERDI : NABUCCO. NABUCCO, premier sommet lyrique de jeunesse
 et grand triomphe pour le jeune Verdi
 Il inscrit le drame biblique mĂ©sopotamien dans l’Italie du Risorgimento ; le peuple opprimĂ© des hĂ©breux Ă  Babylone, s’identifiant naturellement dans l’esprit des spectateurs italiens de la premiĂšre, aux compatriotes opprimĂ©s par les Autrichiens (cf le chƓur cĂ©lĂšbrissime « Va pensiero »). Dans le chant verdien, le peuple italien a trouvĂ© l’hymne de toute une nation unifiĂ©e, rassemblĂ©e contre l’occupant autrichien
 Avec Nabucco qui devint hymne de ralliement des libertaires patriotes italiens, Verdi remporta le premier grand succĂšs de sa carriĂšre (crĂ©ation Ă  La Scala de Milan en 1842) et depuis, cultiva un lien viscĂ©ral, indissoluble avec le peuple italien.

 

 

ASSYRIENS CONTRE HEBREUX
  Pas encore trentenaire (29 ans), Verdi a bien ficelĂ© sa fresque biblique. Au souffle de l’histoire antique mĂ©sopotamienne, il associe une intrigue amoureuse, Ă©prouvĂ©e, 
 Synopsis. ACTE I. A Babylone, les Assyriens menĂ©s par Nabuchodonosor ont vaincu les hĂ©breux. Autour d’Ismael, fils du roi de JĂ©rusalem, s’affrontent les deux personnages fĂ©minins : Fenena, fille de Nabucco et captive des juifs, et Abigaille, elle aussi amoureuse (mais sans retour) d’Ismael. ACTE II : alors que Fenena se convertit Ă  la religion juive, son pĂšre, Nabucco, saisi d’orgueil, est foudroyĂ© aprĂšs s’ĂȘtre comparĂ© Ă  Dieu. Abigaille en profite pour s’emparer de la couronne de Babylone : elle devient Reine des Assyriens. ACTE III : Abigaille trompe Nabucco affaibli et obtient de lui l’ordre royal qui condamne Ă  mort tous les juifs (Fenena avec eux puisqu’elle s’est convertie). Ceux ci paraissent dĂ©jĂ  enchainĂ©s (Va Pensiero) cependant que leur grand prĂȘtre Zaccaria annonce la vengeance divine. ACTE IV : Nabucco reprend ses esprits et comprend l’intrigue d’Abigaille contre Fenena : il implore alors le dieu des juifs (Dio di Giuda) ; un prodige a lieu : la statue de Baal se renverse. Saisi Nabucco ordonne la libĂ©ration des hĂ©breux. Abigaille se repent et se suicide (Su me morente). Fenena peut s’unir Ă  Ismael.

 

verdi_582_face_portrait_boldiniL’opĂ©ra du jeune Verdi surprend et convainc par son efficacitĂ© dramatique. La force des tableaux, les passions contrariĂ©es, façonnent un drame terrible et parfois sauvage. Le compositeur peint admirablement l’épaisseur crĂ©dible des personnages : Nabucco, vrai baryton verdien, d’abord fou de pouvoir et d’une arrogance suicidaire, puis pĂšre aimant, protecteur (envers Fenena) ; sa (fausse) fille, Abigaille, monstre ambitieux, prĂȘte Ă  tout pour possĂ©der la couronne assyrienne ; puis Ăąme dĂ©faite, dĂ©vorĂ© par la culpabilitĂ©. Verdi offre Ă  un baryton et une mezzo sombre, deux rĂŽles magnifiques.

 

 

 

 

 

 

Concert donné le 9 novembre 2018 à 20h au TCE, à Paris

Giuseppe Verdi : Nabucco

opĂ©ra en quatre actes de Giuseppe Verdi sur un livret de Temistocle Solera (d’aprĂšs le drame “Nabuchodonosor” d’Auguste Anicet-Bourgeois et Francis Cornu)

 

 

 

distribution :

 

Leo Nucci, baryton, Nabucco, roi de Babylone – remplacĂ© par Amartuvshin Enkhbat

Anna Pirozzi, soprano, Abigaïlle, esclave, présumée fille de Nabucco

Massimo Giordano, ténor, Ismaël, neveu du roi des Hébreux

Riccardo Zanellato, basse, Zaccaria, Grand prĂȘtre de JĂ©rusalem

Enkelejda Shkoza, mezzo-soprano, Fenena, fille de Nabucco

Choeur de l’OpĂ©ra National de Lyon

Orchestre de l’OpĂ©ra National de Lyon

Direction : Daniele Rustioni

 

 

 

A NOTER :

Belle fortune de Nabucco Ă  l’affiche de l‘opĂ©ra de Vichy (11 nov, 15h)

Avec en remplacement de Leo Nucci, vĂ©tĂ©ran gĂ©nial dans le rĂŽle-titre, Amartuvshin Enkhbat. NĂ© en 1986 Ă  Sukhbaatar en Mongolie et nommĂ© par son pays “artiste d’honneur” Ă  24 ans, le baryton Amartuvshin Enkhbat est soliste principal de l’OpĂ©ra d’État d’Oulan-Bator.

 

 

OPERA. ENTRETIEN AVEC DAVID REILAND Ă  propos de Nabucco de Verdi

OPERA. ENTRETIEN AVEC DAVID REILAND Ă  propos de Nabucco de Verdi. Quels sont les dĂ©fis de la partition ? Que rĂ©vĂšlent-ils de l’Ă©criture du jeune Verdi ? Quelques jours avant de diriger la nouvelle production de Nabucco de Verdi Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Etienne, Ă  partir du 3 juin prochain, le chef David Reiland souligne la richesse d’une partition certes de jeunesse, mais d’une force et d’une acuitĂ© passionnantes… 

reiland david_35172835DAVID REILAND travaille la pĂąte orchestrale du jeune Verdi comme un orfĂšvre sculpte la matiĂšre brute. Le chef David Reiland retrouve la scĂšne de l’OpĂ©ra de Saint-Etienne aprĂšs y avoir dirigĂ© une saisissante Tosca. DouĂ© d’un tempĂ©rament taillĂ© pour le thĂ©Ăątre, le jeune maestro belge que nous avons suivi Ă  Paris au CNSMD dans Schliemann de Jolas (nouvelle version 2016), renoue ici avec la furiĂ  du Verdi de la jeunesse, soit un Nabucco dont il travaille le relief spĂ©cifique de l’orchestre, l’accord fosse / plateau, la tension globale d’un opĂ©ra parfois spectaculaire et rugissant…  DAVID REILAND : “C’est un opĂ©ra du jeune Verdi trentenaire oĂč la forme est trĂšs efficace, plutĂŽt percussive et cuivrĂ©e ; oĂč l’orchestre est narratif et scrutateur de l’action” prĂ©cise David Reiland. “Il est fondamental pour le compositeur de renouer Ă  La Scala de Milan avec le succĂšs, dĂ©montrer ses capacitĂ©s, faire la preuve de sa maĂźtrise : de fait, Verdi emploie la forme du seria en numĂ©ros, et un orchestre aux formulations souvent conventionnelles pour l’Ă©poque. Pour autant, ce Verdi qui dĂ©montre, sait aussi Ă©pouser la voix et rĂ©ussir toutes les tensions Ă  l’orchestre ; dĂ©jĂ  se profilent aussi cette caractĂ©risation intime et le choc des contrastes comme la justesse des situations psychologiques qui annoncent les grands ouvrages de la maturitĂ© (TrouvĂšre, Rigoletto, La Traviata). DĂšs le dĂ©but, tout doit ĂȘtre parfaitement en place et avancer naturellement : aprĂšs l’ouverture qui est un pot pourri des airs les plus marquants, la premiĂšre scĂšne convoque un grand choeur accompagnĂ© par tout l’orchestre : il faut d’emblĂ©e savoir traiter la masse. Le dĂ©fi de la partition rĂ©side essentiellement dans la gestion globale de cette tension permanente, exceptionnellement contrastĂ©e : dĂ©gager une architecture,… et donc bien sĂ»r, approfondir certains Ă©pisodes particuliĂšrement bouleversants par la caractĂ©risation trĂšs fine que le jeune compositeur a su rĂ©ussir.

NOIRE MAIS SI HUMAINE : ABIGAILLE. Prenez par exemple le premier air d’Abigaille – comme d’ailleurs l’ensemble de ses airs car elle est trĂšs bien servie tout au long de l’opĂ©ra-, celui qui ouvre l’acte II : on s’attend Ă  un dĂ©ferlement de fureur en rapport avec le caractĂšre de la jeune femme, car elle comprend alors qu’elle n’est pas la fille du souverain… aprĂšs un dĂ©veloppement trĂšs Ă©nergique, Verdi surprend et Ă©crit un air d’une tendresse bouleversante ; Abigaille est une Ăąme blessĂ©e ; c’est une force haineuse qui s’est construite dans la violence parce qu’il y a au fond d’elle, cette profonde dĂ©chirure que Verdi sait remarquablement exprimer. C’est pour moi l’un des passages les plus bouleversants de la partition ; d’une couleur trĂšs chambriste, comme une sorte d’Ă©pure, utilisant le cor anglais et le violoncelle.

L’opĂ©ra aurait dĂ» s’appeler Abigaille tant le personnage est captivant par sa richesse, sa complexitĂ©. En comparaison, le rĂŽle-titre : Nabucco, certes varie entre schizophrĂ©nie, fureur, pardon car en fin d’action, il sait s’humaniser en effet ; sa partie dĂ©voile aussi la passion du compositeur pour les voix masculines ;  mais les couleurs que lui rĂ©serve Verdi ne sont pas aussi contrastĂ©es que celle d’Abigaille. Son profil est plus linĂ©aire, en cela hĂ©ritier de l’opĂ©ra seria.

Le CHOEUR. Aux cĂŽtĂ©s des protagonistes, le chƓur est l’autre personnage crucial de Nabucco : le peuple tient une place essentielle. “Va pensiero” est Ă  juste titre cĂ©lĂšbre, et l’Ă©criture contrapuntique avec des imitations trĂšs serrĂ©es souligne la volontĂ© pour Verdi de dĂ©montrer sa dextĂ©ritĂ©, mais elle exige une rĂ©alisation prĂ©cise qui est l’autre grand dĂ©fi de la partition”.

Nabucco de Verdi, nouvelle production Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Etienne, les 3, 5 et 7 juin 2016. David Reiland, direction musicale. LIRE notre prĂ©sentation de Nabucco de Verdi Ă  Saint-Etienne

Propos recueillis le 30 mai 2016.

Nabucco Ă  Saint-Etienne par David Reiland

VERDI_442_Giuseppe_Verdi_portraitSAINT-ETIENNE, OpĂ©ra. David Reiland dirige Nabucco de Verdi : les 3, 5 et 7 juin 2016. Avant Verdi, Haendel avait traitĂ© dans Belshazzar (LIRE notre critique de la lecture jubilatoire de William Christie et des Arts Florissants), - oratorio anglais de la pleine maturitĂ©, l’arrogance du prince assyrien, conquĂ©rant victorieux siĂ©geant Ă  Babylone dont l’omnipotence l’avait menĂ© jusqu’Ă  la folie destructrice. Mais Nabucco ne meurt pas foudroyĂ© comme Belshaazar : il lui est accordĂ© une autre issue salvatrice. C’est un thĂšme cher Ă  Verdi que celui du politique rongĂ© par la puissance et l’autoritĂ©, peu Ă  peu soumis donc vaincu a contrario par la dĂ©raison et les dĂ©rĂšglements mentaux : voyez Macbeth (opĂ©ra crĂ©Ă© en 1865). Ascension politique certes, en vĂ©ritĂ© : descente aux enfers… l’exemple de la princesse Abigaille, en est emblĂ©matique. Devenue toute puissante, la lionne se rĂ©vĂšle rugissante, Ă©trangĂšre Ă  toute clĂ©mence.

Nabucco en clĂ©mence, Abigaille de fureur…

CrĂ©Ă© Ă  la Scala de Milan en mars 1842 (d’aprĂšs un opĂ©ra initialement Ă©crit en 1836, et intitulĂ© d’abord, Nabuchodonosor), l’opĂ©ra hĂ©roique et tragique de Verdi brosse le portrait d’un amour impossible entre la fille hĂ©ritiĂšre de Nabucco, Abigaille (soprano) qui aime le neveu du roi de JĂ©rusalem, IsmaĂ«l. Mais celui-ci lui prĂ©fĂšre Fenena, l’autre fille de Nabucco, alors prisonniĂšre des Juifs. L’acte II est le plus nerveux, riche en fureur et passions affrontĂ©es. Abigaille, l’Ă©lĂ©ment haineux et irascible, vraie furie noire du drame, profite de l’orgueil dĂ©mesurĂ© de son pĂšre Nabucco qui se dĂ©clarant l’Ă©gal de Dieu, est foudroyĂ© illico : le jeune femme en profite pour prendre le trĂŽne. Au III, devenue reine de Babylone, Abigaille rugit, tempĂȘte, manipule car rien n’est jamais trop grand ni impossible quand il s’agit de conserver le pouvoir : elle dĂ©truit les parchemins sur la nature illĂ©gitime de sa naissance, proclame la destruction de JĂ©rusalem et le massacre des Juifs. Amoureuse rejetĂ©e, la lionne exacerbe le masque de la femme politique : le choeur des hĂ©breux dĂ©chus et soumis (l’ultra cĂ©lĂšbre “Va pensiero”, dans lequel la nation italienne s’est reconnue contre l’oppresseur autrichien), jalonne un nouvel acte d’une fulgurance inouĂŻe.
Le IV voit le retour de Nabucco qui renverse sa fille indigne et barabre Abigaille, devenue despotique et comprenant que cette derniĂšre va tuer Fenena, son autre fille, s’associe aux HĂ©breux qui sont dĂ©sormais les bienvenus dans leur patrie : Nabucco humanisĂ©, sait pardonner, et Abigaille doit renoncer, en cĂ©lĂ©brer le succĂšs du mariage d’IsmaĂ«l avec Fenena. D’une Ă©criture fĂ©line, sanguine, fulgurante en effet, l’opĂ©ra fut un triomphe, le premier d’une longue sĂ©rie pour le jeune Verdi : jouĂ© plus de 60 fois dans l’annĂ©e Ă  la Scala aprĂšs sa crĂ©ation, record absolu. La folie du politique, l’amoureuse Ă©conduite dĂ©formĂ©e par sa haine, la brutalitĂ© royale et l’oppression des peuples firent beaucoup pour le succĂšs de l’ouvrage dans lequel tout le peuple italien, Ă  l’aube de son unitĂ© et de son indĂ©pendance, s’est aussitĂŽt reconnu. Verdi devenait le nouveau Shakespeare lyrique, champion de la nouvelle cause sociĂ©tale et politique.

reiland david_35172835Ne manquez pas cette nouvelle production d’un chef d’oeuvre de jeunesse de Verdi : fougueux, impĂ©tueux, fonciĂšrement dramatique, et psychologique. Dans la fosse, rĂšgne la fougue analytique du jeune maestro belge David Reiland, directeur musical et artistique de l’Orchestre de chambre du Luxembourg depuis septembre 2012, et premier chef invitĂ© et conseiller artistique de l’OpĂ©ra de Saint-Etienne. Mozartien de cƓur, grand tempĂ©rament lyrique, le jeune chef d’orchestre qui est passĂ© aussi par Londres (Orchestre de l’Âge des LumiĂšres / Orchestra of the Age of Enlightenment) devrait comme il le fait Ă  chaque fois, nous… convaincre voire nous Ă©blouir par son sens de la construction et des couleurs. Trois reprĂ©sentations Ă  Saint-Etienne, Ă  ne pas manquer.

Opéra de Saint-Etienne
Nabucco de Verdi
Les 3, 5 et 7 juin 2016
JC Mast, mise en scĂšne
David Reiland, direction

Avec Nicolas Cavalier (Zacharia), AndrĂ© Heyboer (Nabucco), CĂ©cile Perrin (Abigaille)…
Orchestre symphonique Saint-Etienne Loire

RĂ©servez directement depuis le site de l’OpĂ©ra de Saint-Etienne

DAVID REILAND au disque : le chef belge qui rĂ©side Ă  Munich,vient de faire paraĂźtre un disque excellent dĂ©diĂ© au symphoniste romantique français, Benjamin Godard (Symphonies n°2 opus 57, “Gothique” opus 23, Trois morceaux symphoniques… avec le MĂŒncher Rundfunkorchester, septembre 2015), parution trĂšs intĂ©ressante rĂ©cemment critiquĂ© par classiquenews :  ”la direction affĂ»tĂ©e, vive, Ă©quilibrĂ©e et contrastĂ©e du chef fait toute la valeur de ce disque qui est aussi une source de dĂ©couvertes.”

David Reiland dirige un nouveau Nabucco

VERDI_442_Giuseppe_Verdi_portraitSAINT-ETIENNE, OpĂ©ra. David Reiland dirige Nabucco de Verdi : les 3, 5 et 7 juin 2016. Avant Verdi, Haendel avait traitĂ© dans Belshazzar (LIRE notre critique de la lecture jubilatoire de William Christie et des Arts Florissants), - oratorio anglais de la pleine maturitĂ©, l’arrogance du prince assyrien, conquĂ©rant victorieux siĂ©geant Ă  Babylone dont l’omnipotence l’avait menĂ© jusqu’Ă  la folie destructrice. Mais Nabucco ne meurt pas foudroyĂ© comme Belshaazar : il lui est accordĂ© une autre issue salvatrice. C’est un thĂšme cher Ă  Verdi que celui du politique rongĂ© par la puissance et l’autoritĂ©, peu Ă  peu soumis donc vaincu a contrario par la dĂ©raison et les dĂ©rĂšglements mentaux : voyez Macbeth (opĂ©ra crĂ©Ă© en 1865). Ascension politique certes, en vĂ©ritĂ© : descente aux enfers… l’exemple de la princesse Abigaille, en est emblĂ©matique. Devenue toute puissante, la lionne se rĂ©vĂšle rugissante, Ă©trangĂšre Ă  toute clĂ©mence.

Nabucco en clĂ©mence, Abigaille de fureur…

CrĂ©Ă© Ă  la Scala de Milan en mars 1842 (d’aprĂšs un opĂ©ra initialement Ă©crit en 1836, et intitulĂ© d’abord, Nabuchodonosor), l’opĂ©ra hĂ©roique et tragique de Verdi brosse le portrait d’un amour impossible entre la fille hĂ©ritiĂšre de Nabucco, Abigaille (soprano) qui aime le neveu du roi de JĂ©rusalem, IsmaĂ«l. Mais celui-ci lui prĂ©fĂšre Fenena, l’autre fille de Nabucco, alors prisonniĂšre des Juifs. L’acte II est le plus nerveux, riche en fureur et passions affrontĂ©es. Abigaille, l’Ă©lĂ©ment haineux et irascible, vraie furie noire du drame, profite de l’orgueil dĂ©mesurĂ© de son pĂšre Nabucco qui se dĂ©clarant l’Ă©gal de Dieu, est foudroyĂ© illico : le jeune femme en profite pour prendre le trĂŽne. Au III, devenue reine de Babylone, Abigaille rugit, tempĂȘte, manipule car rien n’est jamais trop grand ni impossible quand il s’agit de conserver le pouvoir : elle dĂ©truit les parchemins sur la nature illĂ©gitime de sa naissance, proclame la destruction de JĂ©rusalem et le massacre des Juifs. Amoureuse rejetĂ©e, la lionne exacerbe le masque de la femme politique : le choeur des hĂ©breux dĂ©chus et soumis (l’ultra cĂ©lĂšbre “Va pensiero”, dans lequel la nation italienne s’est reconnue contre l’oppresseur autrichien), jalonne un nouvel acte d’une fulgurance inouĂŻe.
Le IV voit le retour de Nabucco qui renverse sa fille indigne et barabre Abigaille, devenue despotique et comprenant que cette derniĂšre va tuer Fenena, son autre fille, s’associe aux HĂ©breux qui sont dĂ©sormais les bienvenus dans leur patrie : Nabucco humanisĂ©, sait pardonner, et Abigaille doit renoncer, en cĂ©lĂ©brer le succĂšs du mariage d’IsmaĂ«l avec Fenena. D’une Ă©criture fĂ©line, sanguine, fulgurante en effet, l’opĂ©ra fut un triomphe, le premier d’une longue sĂ©rie pour le jeune Verdi : jouĂ© plus de 60 fois dans l’annĂ©e Ă  la Scala aprĂšs sa crĂ©ation, record absolu. La folie du politique, l’amoureuse Ă©conduite dĂ©formĂ©e par sa haine, la brutalitĂ© royale et l’oppression des peuples firent beaucoup pour le succĂšs de l’ouvrage dans lequel tout le peuple italien, Ă  l’aube de son unitĂ© et de son indĂ©pendance, s’est aussitĂŽt reconnu. Verdi devenait le nouveau Shakespeare lyrique, champion de la nouvelle cause sociĂ©tale et politique.

reiland david_35172835Ne manquez pas cette nouvelle production d’un chef d’oeuvre de jeunesse de Verdi : fougueux, impĂ©tueux, fonciĂšrement dramatique, et psychologique. Dans la fosse, rĂšgne la fougue analytique du jeune maestro belge David Reiland, directeur musical et artistique de l’Orchestre de chambre du Luxembourg depuis septembre 2012, et premier chef invitĂ© et conseiller artistique de l’OpĂ©ra de Saint-Etienne. Mozartien de cƓur, grand tempĂ©rament lyrique, le jeune chef d’orchestre qui est passĂ© aussi par Londres (Orchestre de l’Âge des LumiĂšres / Orchestra of the Age of Enlightenment) devrait comme il le fait Ă  chaque fois, nous… convaincre voire nous Ă©blouir par son sens de la construction et des couleurs. Trois reprĂ©sentations Ă  Saint-Etienne, Ă  ne pas manquer.

Opéra de Saint-Etienne
Nabucco de Verdi
Les 3, 5 et 7 juin 2016
JC Mast, mise en scĂšne
David Reiland, direction

Avec Nicolas Cavalier (Zacharia), AndrĂ© Heyboer (Nabucco), CĂ©cile Perrin (Abigaille)…
Orchestre symphonique Saint-Etienne Loire

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DAVID REILAND au disque : le chef belge qui rĂ©side Ă  Munich,vient de faire paraĂźtre un disque excellent dĂ©diĂ© au symphoniste romantique français, Benjamin Godard (Symphonies n°2 opus 57, “Gothique” opus 23, Trois morceaux symphoniques… avec le MĂŒncher Rundfunkorchester, septembre 2015), parution trĂšs intĂ©ressante rĂ©cemment critiquĂ© par classiquenews :  ”la direction affĂ»tĂ©e, vive, Ă©quilibrĂ©e et contrastĂ©e du chef fait toute la valeur de ce disque qui est aussi une source de dĂ©couvertes.”

Compte rendu, opéra. Nancy. Opéra National de Lorraine, le 25 novembre 2014. Giuseppe Verdi : Nabucco. Giovanni Meoni, Raffaella Angeletti, Alexander Vinogradov, Diana Axentii, Alessandro Liberatore. Rani Calderon, direction musicale. John Fulljames, mise en scÚne

Vague verdienne en juin 2014Peu reprĂ©sentĂ© dans l’Hexagone, le Nabucco de Verdi a eu bien de la chance grĂące Ă  cette nouvelle production montĂ©e par l’OpĂ©ra National de Lorraine. La maison nancĂ©enne a fait appel au mĂȘme metteur en scĂšne que pour sa triomphale ClĂ©mence de Titus la saison derniĂšre : John Fulljames. Le scĂ©nographe anglais a imaginĂ© un unique dĂ©cor surprenant, reproduisant jusque dans ses moindres dĂ©tails une synagogue d’Europe centrale, bĂątiment laissĂ© Ă  l’abandon au cƓur duquel se retrouvent les fidĂšles qui perpĂ©tuent la mĂ©moire de leur foi. Bien souvent, on se prend Ă  penser que l’histoire qui nous est contĂ©e n’est elle-mĂȘme qu’une reprĂ©sentation thĂ©Ăątrale qui permet au groupe de cimenter sa ferveur pour garder force et cohĂ©sion. Les nombreux enfants prĂ©sents sur le plateau, qui escortent le roi de Babylone, reprĂ©sentent l’indispensable transmission, vitale pour toute spiritualitĂ©. On n’oubliera pas de sitĂŽt la valse lente que dansent les hĂ©breux sur la musique de leur supplice au quatriĂšme acte, comme la nostalgie d’un passĂ© dĂ©sormais rĂ©volu. Et ce mystĂ©rieux vieil homme, qui paraĂźt veiller sur les destinĂ©es de chacun et de tous, dont l’omniprĂ©sence muette dans l’ombre du plateau ne cesse d’interroger sur son identitĂ© humaine ou
 divine.

 

 

 

Un Nabucco de mémoire

 

Les costumes, simples mais Ă©lĂ©gants, participent de cette atmosphĂšre intime, loin de tout faste grandiloquent, surprenante de prime abord mais d’une belle justesse Ă©motionnelle.
Cette proximitĂ© se voit renforcĂ©e par la direction remarquable de Rani Calderon, audiblement adoptĂ© par l’orchestre. Nonobstant quelques regrettables dĂ©calages, la pĂąte sonore dĂ©veloppĂ©e par le chef israĂ©lien sert magnifiquement la musique de Verdi, toute de legato et de profondeur. Les airs lents se voient ainsi superbement phrasĂ©s et le chƓur « Va pensiero » tant attendu s’élĂšve avec une pudeur qui transparaĂźt jusque dans les voix du chƓur, admirable d’homogĂ©nĂ©itĂ© et de justesse.
La distribution, comme Ă  l’ordinaire, a Ă©tĂ© particuliĂšrement soignĂ©e. MĂȘme lorsque la fatalitĂ© – et la chance – s’en mĂȘlent. Initialement prĂ©vue dans le rĂŽle d’Abigaille, la soprano allemande Silvana Dussmann a du ĂȘtre remplacĂ©e par Elizabeth Blancke-Biggs, que nous avions applaudie Ă  GenĂšve au printemps dernier. La loi des sĂ©ries ayant dĂ©cidĂ© de continuer son Ɠuvre, la chanteuse amĂ©ricaine s’est vue contrainte de dĂ©clarer forfait aprĂšs la rĂ©pĂ©tition gĂ©nĂ©rale. Et c’est sur l’italienne Raffaella Angeletti que le rideau s’est levĂ© en ce soir de premiĂšre. Une rĂ©vĂ©lation, pas moins. Visiblement accoutumĂ©e aux rĂŽles rĂ©putĂ©s inchantables, cette valeureuse artiste paraĂźt ne rien craindre de l’écriture terrible du personnage. Aigus triomphants, graves sonores, mĂ©dium charnu et arrogance des accents, elle subjugue dĂšs son entrĂ©e par son port altier et son magnĂ©tisme en scĂšne. Avant d’étonner dans la deuxiĂšme partie avec une cantilĂšne piano chantĂ©e archet Ă  la corde, dans une suspension du son qu’on n’imaginait pas, et conduite avec l’art d’une grande musicienne. Toute la reprĂ©sentation se dĂ©roule ainsi, avec Ă©vidence, jusqu’à une mort poignante qui achĂšve de nous faire admirer cette cantatrice trop mĂ©connue.
Face Ă  elle, on rend les armes devant le chant invariablement racĂ© et chĂątiĂ© de Giovanni Meoni, percutant dans l’attaque, mordant dans l’émission et imperturbable dans la ligne vocale. Sa grande scĂšne est Ă  ce titre Ă©loquente, grĂące Ă  un « Dio di Giuda » qui rappelle une fois de plus Renato Bruson par la noblesse de son exĂ©cution, et une cabalette Ă  la fiertĂ© conquĂ©rante, couronnĂ©e par un la bĂ©mol aigu de toute beautĂ©, une note qu’on n’attendait pas chez le baryton italien.
Mention spĂ©ciale au Zaccaria surprenant d’Alexander Vinogradov, tant la silhouette adolescente de cette jeune basse ne laisse rien prĂ©sager de l’ampleur de l’instrument qu’elle abrite. Une voix puissante et riche, parfois un rien engorgĂ©e, mais dont on admire le grave caverneux et l’aigu robuste.
AprĂšs son Des Grieux liĂ©geois, le tĂ©nor Alessandro Liberatore trouve en Ismaele un rĂŽle qui convient mieux Ă  sa vocalitĂ© transalpine, tandis que Diana Axentii profite de son air dans la derniĂšre partie pour faire valoir la puretĂ© de son timbre et le raffinement de son chant. Belle surprise Ă©galement avec le Grand-PrĂȘtre de Baal incarnĂ© avec force et conviction par Kakhaber Shavidze.
Un beau spectacle, chaleureusement saluĂ© par le public au rideau final, qui prouve qu’il n’est pas impossible de servir dignement le drame verdien.

 

 

Nancy. OpĂ©ra National de Lorraine, 25 novembre 2014. Giuseppe Verdi : Nabucco. Livret de Temistocle Solera. Avec Nabucco : Giovanni Meoni ; Abigaille : Raffaella Angeletti ; Zaccaria : Alexander Vinogradov ; Fenena : Diana Axentii ; Ismaele : Alessandro Liberatore ; Le Grand-PrĂȘtre de Baal : Kakhaber Shavidze ; Abdallo : Tadeusz Szczeblewski ; Anna : Elena Le Fur ; L’Homme : Yves Breton. ChƓur de l’OpĂ©ra National de Lorraine. Chef de chƓur : Merion Powell. ChƓur de l’OpĂ©ra-ThĂ©Ăątre de Metz MĂ©tropole. Chef de chƓur : Jean-Pierre Aniorte. Orchestre Symphonique et Lyrique de Nancy. Direction musicale : Rani Calderon. Mise en scĂšne : John Fulljames ; DĂ©cors : Dick Bird ; Costumes : Christina Cunnigham ; LumiĂšres : Lee Curran ; ChorĂ©graphie : Maxine Braham

 

 

Compte rendu, opéra. Orange. Choregies, le 9 juillet 2014. Verdi : Nabucco (1842). Jean-Paul Scarpitta, Pinchas Steinberg.

verdi_yeux_bandeau_535Vent, orages, rage justifiĂ©e des intermittents, inclĂ©mence de la tempĂ©rature, sans prĂ©-gĂ©nĂ©rale et gĂ©nĂ©rale la veille mĂȘme du spectacle, exposant la gĂ©nĂ©rositĂ© des chanteurs, au pied du mur, le Nabucco d’Orange aura triomphĂ© de tous les obstacles. L’Ɠuvre : conflit au Proche-Orient. Premier succĂšs d’un Verdi malheureux, frappĂ© par l’insuccĂšs et le deuil familial, la perte de femme et enfants, mais prĂ©mices des chef-d’Ɠuvres Ă  venir : Nabuchodonosor, Ă  l’origine, raccourci en Nabucco, crĂ©Ă© en 1842 Ă  la Scala de Milan. L’ouvrage est fondĂ© sur le conflit, hĂ©las toujours brĂ»lant, entre IsraĂ«l et les peuples voisins, en l’occurrence, ici, les  puissants ChaldĂ©ens et leur monarque Nabuchodonosor, qui prend d’assaut JĂ©rusalem, et dĂ©porte Ă  Babylone les Juifs : une dĂ©portation, dĂ©jà
 Épisode biblique trĂšs romantiquement romancĂ© par une invraisemblable histoire amoureuse entre la fille de Nabucco, Fenena, otage des HĂ©breux et amoureuse de l’un d’eux, Ismaele, connu, symĂ©trie forcĂ©e oblige, quand il Ă©tait prisonnier Ă  la cour de Babylone, lieu de toutes les impossibles rencontres : en somme, une version  nouvelle, inter communautaire et raciale de Pyrame et ThisbĂ©, tragiques amants babyloniens, anticipation de RomĂ©o et Juliette.

L’Ɠuvre : conflit au Proche-Orient

verdi-nabucco-scarpitta-steinbergS’ajoute la passion frustrĂ©e pour le mĂȘme HĂ©breux d’Abigaille, sƓur supposĂ©e et rivale de Fenena, pour qu’une fois au moins la soprano perturbe les amours de la mezzo avec le tĂ©nor, par ailleurs ambitieuse concurrente de son soi-disant pĂšre Nabucco, auquel elle ravit un moment le trĂŽne, alors qu’elle n’est qu’une esclave. C’est le seul vrai caractĂšre de l’opĂ©ra, ambitieuse pratiquement jusqu’au rĂ©gicide, au parricide, au dĂ©icide, puisque Nabucco est son roi, son pĂšre et un dieu tel qu’il s’est dĂ©crĂ©tĂ©. Un conflit d’autoritĂ© brutale PĂšre/Fille qui renverse d’avance le duo Rigoletto/Gilda trop poli pour ĂȘtre honnĂȘte : pĂšre emprisonnĂ© ici pour fille sĂ©questrĂ©e lĂ . Invraisemblances romantiques contre vĂ©ritĂ© profonde de la musique. C’est en effet le chƓur, cĂ©lĂšbre d’emblĂ©e, chantĂ© par les HĂ©breux dĂ©portĂ©s et esclaves Ă  Babylone, qui assura le succĂšs de l’Ɠuvre : « Va pensiero
 », Ă©voque tendrement et doucement, avec une poignante nostalgie, le pays lointain et perdu (« Ô, ma Patrie, si belle
 »). Il devint vite l’hymne national rĂ©volutionnaire d’une Italie non encore unifiĂ©e, sous la coupe autrichienne : VIVA VERDI ! Ă©crivaient sur les murs les Milanais insurgĂ©s contre l’Autriche, qu’il fallait lire comme « Vive Vittore Emmanuelle Re D’Italia », le monarque qui fera l’unitĂ© italienne. SpontanĂ©ment, les milliers d’Italiens suivant le cortĂšge mortuaire de Verdi en 1901 entonnĂšrent ce chant devenu une sorte d’hymne national, sinon officiel, du cƓur.

Nabuchodonosor : colosse aux pieds d’argile.    Il s’agit de Nabuchodonosor II, rĂ©gnant Ă  Babylone, entre 604 et 562 avant J. C., hĂ©ros paradoxal. C’est le roi bĂątisseur des fameux jardins suspendus de Babylone, l’une des sept merveilles du monde de l’AntiquitĂ©. Il est immortalisĂ© par la Bible, par le Livre de Daniel. Son prestige demeure si grand que Saddam Hussein se considĂ©rait lui-mĂȘme comme un successeur hĂ©ritier de la grandeur de Nabuchodonosor et avait placĂ© l’inscription « Du roi Nabuchodonosor dans le rĂšgne de Saddam Hussein » sur les briques des murs de l’ancienne citĂ© de Babylone (prĂšs de la Bagdad d’aujourd’hui) qu’il rĂȘvait de reconstruire : tant de ruines dans cette Syrie d’aujourd’hui, Assyrie d’hier


Selon la Bible, (Da 1 :1-3), vainqueur des Juifs, Nabuchodonosor amena captifs, « Daniel, Ananias et Misael, qui Ă©taient de race royale, et que le roi de Babylone fit Ă©lever Ă  sa cour dans la langue et les sciences des ChaldĂ©ens, afin qu’ils pussent servir dans le palais. » On voit que ce monarque traite bien ses captifs, ses otages sans doute. Daniel, qui le raconte lui-mĂȘme dans ce livre biblique, gagne la confiance de Nabuchodonosor, devient pratiquement son conseiller : un jour, au rĂ©veil, il lui explique le songe qui l’épouvante de la fameuse statue immense, d’or, d’argent, d’airain, mais aux pieds d’argile qu’une petite pierre tombĂ©e de la montagne, rĂ©duit en poudre. (Da 1 :1-44). D’oĂč l’expression « un colosse aux pieds d’argile ».
Le roi conquĂ©rant, maĂźtre du monde, dans sa superbe ville de Babylone, prĂšs de laquelle dĂ©jĂ  fut Ă©rigĂ©e aux origines du monde la prĂ©somptueuse tour de Babel qui prĂ©tendait escalader le Ciel, mĂ©prisant la leçon de son rĂȘve sur la statue colossale aux pieds d’argile, se fait construire une immense statue d’or, toujours selon Daniel, se dĂ©ifiant lui-mĂȘme :
Il « fit publier par un hĂ©raut que tous ses sujets eussent Ă  adorer cette statue [
] sous peine, contre ceux qui y contreviendraient, d’ĂȘtre jetĂ©s dans une fournaise ardente. »

Mais face au miracle des trois enfants juifs refusant de renier leur Dieu et de l’adorer, sauvĂ©s des flammes,

« Alors Nabuchodonosor rendit gloire au Dieu [des enfants dont il] reconnut []a puissance et [l]a majesté, et ordonna que quiconque aurait proféré un blasphÚme contre le Seigneur, le Dieu des Hébreux, serait mis à mort, et sa maison changée en un lieu souillé et impur. Il éleva en dignité les trois Hébreux dans la province de Babylone, et donna un édit dans lequel il publia la grandeur du Dieu des Juifs, et raconta ce qui lui était arrivé ensuite du songe. »

Ce Nabuchodonosor biblique reconnaissant la grandeur du Dieu des HĂ©breux Ă©tait le thĂšme et sujet bien connu de piĂšces sacrĂ©es et d’oratorios baroques. Ainsi, ce Nabucco, dialogo a sei voci (Messine, 1683) de Michelangelo Falvetti (1642–1692),  livret de Vincenzo Giattini rĂ©cemment redĂ©couvert et enregistrĂ©(Falvetti: Nabucco, 1683. Leonardo Garcia Alarcon, direction).

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La réalisation à Orange

On a d’abord un peu peur Ă  lire la « Note », notable de longueur, exaltĂ©e de points d’exclamation, de Jean-Paul Scarpitta, qui signe mise en scĂšne, dĂ©cor et costumes, tant les intentions dĂ©clarĂ©es rĂ©pondent souvent peu Ă  l’attention Ă©clairĂ©e du rĂ©sultat. Mais la sobriĂ©tĂ© de l’ensemble, traitĂ© justement en oratorio eu Ă©gard Ă  la faiblesse dramaturgique rassure vite.
Devant le mur vide de toute dĂ©coration, l’équerre noire du plateau en bitume, signifiante matiĂšre locale du lieu supposĂ© de l’action, puisque c’est le lac Asphaltite des Anciens, ou mer Morte, qui donne son nom Ă  l’asphalte, que les extraordinaires lumiĂšres d’Urs Schönebaum font miroiter en flaques argentĂ©es : ombre et lumiĂšre incertaine, grisaille picturale entre rĂȘve et rĂ©alitĂ©, sombre terre de deuil  et de cendre d’une ville assiĂ©gĂ©e et vite vaincue, envol, vol Ă©perdu de mouettes blanches et grises, les femmes, et les noirs corbeaux, les hommes, chĂąles, foulards rayĂ©s de gris, de rayures noires sur le blanc des vĂȘtements flottants d’affolement et de vent d’une foule apeurĂ©e, prise au piĂšge du Temple de Salomon par les assaillants. On connaĂźt, bien plus tard, la terrible injonction de Foulque de Marseille aux croisĂ©s hĂ©sitant entre cathares et catholiques rĂ©fugiĂ©s dans la cathĂ©drale de BĂ©ziers :

« Tuez les tous, Dieu reconnaßtra les siens. »

Temps peut-ĂȘtre moins barbares que le Moyen-Âge soi-disant chrĂ©tien, ou nĂ©cessitĂ©s de la main-d’Ɠuvre pour travaux colossaux dans la capitale chaldĂ©enne, les Juifs prisonniers seront dĂ©portĂ©s —dĂ©jĂ  la dĂ©portation comme inscrite dans des gĂšnes par la cruautĂ© de l’Histoire— Ă  Babylone, sans doute pour les fameux et gigantesques jardins suspendus oĂč on les retrouvera plus tard pour leur fameuse dĂ©ploration de la patrie perdue. Pour l’heure, dos alternativement tournĂ©, dans une discrimination hommes/femmes vers ce qui est devenu Mur des lamentations, avec des mouvements d’ailes de leurs bras impuissants, ils interpellent un Ciel muet, sans doute un Dieu absent, au pied de ce monument sans autre transcendance que la culture des hommes, et l’on pense à Vigny :

Le juste opposera le dĂ©dain Ă  l’absence
Et ne répondra plus que par un froid silence
Au silence éternel de la divinité.

Certes, on ne peut attendre de silence des chƓurs, si animĂ©s ici. C’est peut-ĂȘtre la plus belle rĂ©ussite de Scarpittaque son art de faire Ă©voluer, voler dirait-on, en musique les grandes masses chorales et chromatiques dans ce clair-obscur, mĂ©lange d’ombre et de lumiĂšre Ă  la Rembrandt, soudain Ă©clairĂ© par la tache rose de la robe de Fenena, la dorure du corsage vert d’Abigaille, d’abord vierge guerriĂšre virile cuirassĂ©e de haine puis adoucie de la fĂ©minitĂ© de voiles volant au vent, devenant tĂ©nĂ©brisme/luminisme caravagesque dans une lumiĂšre rasante, tranchante, qui isole l’onirique couple du LĂ©vite et du Grand PrĂȘtre de Juda. Les lumiĂšres d’Urs Schönebaum sont si dramatiquement belles et autosuffisantes qu’on en regrette presque les projections vidĂ©os, pourtant intĂ©ressantes de Christophe Aubry et Julien Cano, et nĂ©cessaires pour situer les lieux de l’action, dont les briques qui habillent le mur pour signifier le palais chaldĂ©en colorĂ© aprĂšs la grise austĂ©ritĂ© hĂ©braĂŻque.
La mĂȘme nĂ©cessitĂ© dramatique de contraste explicatif rĂ©git le choix des costumes des ChaldĂ©ens, luxueux d’un faste oriental, bleu des cĂ©ramiques de la Grande Porte d’Ishtar Ă  Babylone que l’on peut voir au musĂ©e Pergamon de Berlin, sur du vert acide, la rigiditĂ© des lances des soldats Ă©voquant les fameuses fresques. L’ensemble a la simplicitĂ© narrative et manichĂ©enne des bandes dessinĂ©es.

L’interprĂ©tation

La distribution, comme toujours Ă  Orange est soignĂ©e, mĂȘme dans les « seconds plans », dont on peut ĂȘtre assurĂ© qu’ils seront ou ont Ă©tĂ© au premier plan et y reviendront. Ainsi,Marie-Adeline Henry est une belle Anna qu’on reverra avec plaisir, tout comme Luca Lombardo, dont on n’a plus Ă  dire les qualitĂ©s vocales et scĂ©niques, en Abdallo Ă©pisodique. Dans cette Ɠuvre, qui ne rĂ©pond pas au schĂ©ma vocal habituel de l’opĂ©ra romantique, le couple traditionnel de jeunes premiers, gĂ©nĂ©ralement tĂ©nor/soprano, devient tĂ©nor/mezzo, mais n’occupe pas le premier plan dramatique, n’ayant qu’un rĂŽle anecdotique sentimental sans grande effusion lyrique, mais permet à Piero Pretti de dĂ©ployer un beau mĂ©tal ardent en Ismaele et à Karine Deshayes de sĂ©duire par la souplesse de sa voix d’ambre et d’ombre en Fenena. Dans le rĂŽle terrible Abigaille, dont la tessiture embrasse le do grave et le do, le contre ut, aigu, avec un mĂ©dium corsĂ© de soprano dramatique et d’agilitĂ©, Martina Serafin assume et assure avec panache sa prise de rĂŽle avec d’orageuses et rageuses vocalises et des aigus acĂ©rĂ©s sans aciditĂ©, avec d’une grande prestance scĂ©nique. Le contraste n’est est que plus grand, et peut-ĂȘtre plus dramatique entre cette fille virile au sens guerrier antique, avide de pouvoir, et le pĂšre impuissant, faible, dĂ©semparĂ©, hĂ©ros dĂ©chu, pris de folie, qu’est Nabucco : le baryton George Gagnidzé a une voix qui n’a pas le corps de sa corpulence, malgrĂ© une grande sensibilitĂ©, une sensible musicalitĂ©, un beau velours. D’emblĂ©e, il est touchant sans avoir Ă©tĂ© terrifiant, dieu Ă  son crĂ©puscule sans avoir connu d’aurore ou de zĂ©nith. À cĂŽtĂ©, l’apparemment vaincu Grand PrĂȘtre hĂ©breux, Zaccaria, est campĂ© par un Dmitry Beloselskiy, triomphant, insoumis, indomptable,  qui se joue des abĂźmes et pics de sa partition, passant du fa grave au fa diĂšse aigu sans difficultĂ©, sans perte de volume et de couleur. Digne basse adverse, Nicolas Courjal, en Grand prĂȘtre de Baal, avec moins d’interventions vocales, impose la noirceur de sa magnifique voix et de ses desseins avec tout le talent scĂ©nique qu’on lui connaĂźt.

Mais Nabucco, rompant avec la tradition romantique lyrique, est dĂ©jĂ  un opĂ©ra orchestral et choral et Pinchas Steinberg , Ă  la tĂȘte de l’Orchestre National de Montpellier Languedoc-Roussillon y donne toute sa mesure, faite de prĂ©cision au cordeau et de nuances infimes qu’il sait faire surgir des divers pupitres. DĂ©jĂ , l’ouverture, inhabituellement longue, mĂ©nage, tout en annonçant des thĂšmes, un suspense musical et annonce les conflits : accords feutrĂ©s des cuivres (malgrĂ© un flottement) comme un passĂ© brumeux nostalgique, puis Ă©clats de fureur, rythme haletant et explosant de l’ambition, galop effrĂ©né  Les chƓurs, si nombreux, sont excellents et honorent leurs chefs respectifs. Pierre de touche attendu, le chƓur « Va pensiero
 », universelle dĂ©ploration des exilĂ©s, est tout en douceur intime, dĂ©chirante, comme une dĂ©ploration qui s’adresse moins au ciel qu’au plus secret du cƓur.

Compte rendu, opĂ©ra. Orange. ChorĂ©gies, le 9 juillet 2014. Verdi : Nabucco (1842). OpĂ©ra en quatre actes. Livret de Temistocle Solera, d’aprĂšs Nabuchodonosor (1836), drame d’Auguste Anicet-Bourgeois et Francis Cornue.

 

Illustrations : Verdi (DR). Nabucco et Fenena © B.Abadie / C. Reveret 2014

Compte-rendu, opéra. GenÚve. Grand Théùtre, les 1er et 2 mars 2014. Giuseppe Verdi : Nabucco. Roman Burdenko / Lucio Gallo, Elizabeth Blancke-Biggs / Csilla Boross, Ahlima Mhamdi, Leonardo Capalbo, Almas Svilpa / Roberto Scandiuzzi. John Fiore, direction musicale. Roland Aeschlimann, mise en scÚne

Passion Verdi sur ArteAprĂšs plus de vingt ans d’absence, Nabucco, l’ouvrage qui assura le succĂšs Ă  Verdi, revient Ă  l’affiche du Grand ThĂ©Ăątre de GenĂšve. AnnoncĂ©e comme une nouvelle production, la mise en scĂšne du suisse Roland Aeschlimann n’est en rĂ©alitĂ© qu’une rĂ©vision de sa scĂ©nographie imaginĂ©e pour l’OpĂ©ra de Francfort en 2001.
Sur la droite, un rocher suspendu Ă  un cĂąble au-dessous d’un trou bĂ©ant. Durant l’ouverture, une figure masquĂ©e parcourt la scĂšne, portant les Tables de la Loi, et brise les tablettes de pierre sur le sol. Le rideau se lĂšve alors sur une vision trĂšs actuelle du peuple juif gĂ©missant devant une muraille qui n’est pas sans rappeler le Mur des Lamentations. Sous une explosion, la cloison se fend pour livrer passage Ă  Nabucco
 qui dĂ©barque en 4×4 et affublĂ© de lunettes de soleils noires.

Voix puissantes et lourds symboles pour Nabucco

 

verdi_Nabucco_Credit_ArianeArlotti

 

 D’immenses escaliers monumentaux occupant toute la scĂšne, une montagne de livres jetĂ©s Ă  bas par Abigaille Ă  la recherche du document prouvant sa naissance plĂ©bĂ©ienne, une Ă©toile de David surdimensionnĂ©e que porte Zaccaria en guise de chaĂźnes lors de sa condamnation
 Une imagerie imposante, mais Ă  la symbolique lourde et primaire, dont l’effet se voit annihilĂ© par des costumes souvent laids et aux couleurs criardes. Certains symboles demeurent obscurs, tel le roc qui paraĂźt reprĂ©senter la prison de Nabucco, pierre qui se voit raccrochĂ©e Ă  son filin pour signifier l’emprisonnement et qui s’en trouve dĂ©tachĂ©e lors du retour Ă  la libertĂ©. Un rappel du Rocher de la Fondation, le lieu le plus saint du judaĂŻsme ? Et fallait-il vraiment, pour illustrer la folie qui dĂ©vore l’esprit du roi babylonien au milieu de l’Ɠuvre, habiller le souverain d’une camisole de force ? On reste Ă©galement dubitatif quant au suicide de Fenena durant les derniers accords, geste aussi soudain qu’incomprĂ©hensible.
Belle trouvaille, en revanche, que cet ange de la Mort qui parcourt les marches, et conduit Abigaille pour son dernier soupir, un ultime tableau d’une rĂ©elle beautĂ©. La direction d’acteurs se rĂ©vĂšle souvent sommaire, les hallucinations du rĂŽle-titre semblant avoir davantage intĂ©ressĂ© le metteur en scĂšne que sa relation avec ses filles, thĂšme pourtant cher Ă  Verdi et dĂ©veloppĂ© dans cette Ɠuvre pour la premiĂšre fois. Quant aux projections vidĂ©o, si l’apparition au milieu de l’ouverture d’un passage de la Bible Ă©crit en hĂ©breu, annonçant la chute de JĂ©rusalem aux mains du roi de Babylone – permet une image forte, l’interminable interruption qui sĂ©pare les deux premiers actes et que meuble un Ɠil immense – celui de Dieu – grossissant peu Ă  peu jusqu’à occuper le rideau tout entier, fut peu apprĂ©ciĂ©e.

Le lendemain aprĂšs-midi, la production fonctionne mieux, grĂące Ă  une Ă©nergie dĂ©cuplĂ©e de la part des interprĂštes et une plus grande fluiditĂ© dans les enchaĂźnements. Monter Nabucco aujourd’hui relĂšve de la gageure, qui plus est en double distribution, la maison genevoise a donc fait de son mieux pour rassembler des artistes capables de venir Ă  bout de cette Ă©criture exigeante.
Aux cĂŽtĂ©s de l’Abdallo efficace de Terige Sirolli et du Grand PrĂȘtre de Baal bien chantant de Khachik Matevosyan, se distingue l’Anna charismatique d’Elena Cenni, Ă  la voix bien conduite et Ă  la prĂ©sence scĂ©nique Ă©vidente, tant elle attire le regard dĂšs qu’elle paraĂźt sur le plateau.
Le Zaccaria de la basse Almas Svilpa commence bien, mais semble pousser souvent sur sa voix, pourtant puissante, l’instrument paraissant assez rapidement se voiler d’un filet d’air et perdre en impact. La ligne de chant demeure ainsi souvent irrĂ©guliĂšre, lĂ  oĂč en attendrait un violoncelle. Le comĂ©dien se rĂ©vĂšle en outre assez fruste, usant frĂ©quemment d’une gestuelle par trop stĂ©rĂ©otypĂ©e.
Le lendemain, Roberto Scandiuzzi offre Ă  entendre davantage la voix du rĂŽle, profonde et noble, mais il faut attendre sa priĂšre de l’acte II pour profiter pleinement des qualitĂ©s de diseur et de musicien de la basse italienne.
Jolie dĂ©couverte que la Fenena fraiche et charmante de la jeune mezzo franco-marocaine Ahlima Mhamdi, dotĂ©e d’un timbre chaleureux et d’une Ă©mission vocale trĂšs naturelle. Son air du IV rĂ©vĂšle ainsi une belle sensibilitĂ© et un vrai sens du legato, des qualitĂ©s dont on espĂšre qu’elles vont pouvoir continuer Ă  se dĂ©velopper.
Fougeux Ismaele, le tĂ©nor Leonardo Capalbo assure fiĂšrement sa partie, mais paraĂźt souvent Ă  la limite de ses moyens, tout en gĂ©rant intelligemment l’écriture du rĂŽle pour s’en sortir sans dĂ©faillance.
On retrouve avec plaisir l’arrogant baryton de Roman Burdenko, qu’on avait hĂąte de revoir depuis son retentissant Enrico lillois voilĂ  quelques mois. A trente ans Ă  peine, le chanteur russe offre un portrait dĂ©jĂ  trĂšs abouti du rĂŽle-titre. Si son entrĂ©e pouvait faire craindre des nuances sacrifiĂ©es au profit de la seule puissance vocale, la suite laisse apparaĂźtre un authentique musicien. DĂšs la fin du deuxiĂšme acte, le stentor fait place au comĂ©dien, investi de bout en bout et trĂšs touchant dans ses accĂšs de tendresse. Mais c’est dans son air « Dio di Giuda » que l’interprĂšte affleure pleinement, dĂ©ployant des piani qu’on ne lui soupçonnait pas et un legato prometteur. L’émission, toujours Ă©clatante mais prenant appui sur un abaissement laryngĂ© Ă  notre sens excessif, remonte alors, se faisant plus brillante, plus veloutĂ©e, en une priĂšre chantĂ©e avec beaucoup d’intĂ©rioritĂ©. La cabalette qui suit lui permet de laisser Ă©clater toute sa voix avec une jubilation communicative, culminant sur un la bĂ©mol inattendu et conquĂ©rant. Un petit travail sur l’égalitĂ© du legato ainsi que le timbrage de la nuance piano, et on tiendra lĂ  un grand baryton Verdi.
Ce que n’est pas Lucio Gallo, incarnant le rĂŽle-titre le lendemain en remplacement de Franco Vassallo initialement prĂ©vu. Le baryton italien se heurte ici Ă  ses propres limites en matiĂšre de largeur et d’aigu, faisant nĂ©anmoins de son mieux pour assurer convenablement sa partie, sans grand Ă©clat mais sans dĂ©shonneur, nuançant son chant et faisant solidement sonner sa voix – selon nous trop couverte – aux moments opportuns.
Reste le cas d’Abigaille, le rĂŽle le plus meurtrier jamais Ă©crit par le compositeur pour une voix de femme – avec Odabella et Lady Macbeth –, couvrant une large tessiture aux Ă©carts aussi soudains que pĂ©rilleux, exigeant puissance sonore et autoritĂ© de l’accent, sans oublier un aigu insolent.
Autant d’exigences qui font reculer les interprĂštes devant ce personnage grandiose. Visiblement habituĂ©e des rĂŽles rĂ©putĂ©s inchantables, la soprano amĂ©ricaine Elizabeth Blancke-Biggs dĂ©concerte par une voix aux registres dĂ©sunis, passant brutalement d’un mĂ©canisme Ă  l’autre Ă  grands renforts de coups de glotte, le mĂ©dium paraissant avoir disparu, ne laissant subsister que la voix de poitrine, amenĂ©e ainsi trĂšs haut, et la voix de tĂȘte. Autant de signes qui trahissent une vocalitĂ© d’origine plus lĂ©gĂšre et annoncent un dĂ©clin en marche. NĂ©anmoins, au fil de la reprĂ©sentation, on finit par ĂȘtre fascinĂ©s par cet instrument d’une longueur et d’une soliditĂ© Ă  toute Ă©preuve, osant tout, franchissant allĂšgrement les limites du bon goĂ»t, cette outrance renforçant encore la dĂ©mesure du personnage. La chanteuse paraĂźt ainsi littĂ©ralement possĂ©dĂ©e par son rĂŽle, dardant des aigus faciles et puissants – un contre-rĂ© Ă  la fin du premier acte ! – tels des javelots, traversant chƓur et orchestre depuis le fond de scĂšne, et dĂ©versant des graves abrupts mais d’un impact considĂ©rable. Sa mort surprend alors par une ligne de chant soudain Ă©purĂ©e, un timbre radouci, vĂ©ritable volte-face vocale, pour une belle Ă©motion achevant la soirĂ©e.
Le jour suivant, c’est la soprano hongroise Csilla Boross qui porte le costume d’Abigaille. La chanteuse, pourtant annoncĂ©e souffrante, se rĂ©vĂšle Ă©tonnamment Ă  l’aise dans cette Ă©criture impossible, dĂ©montrant comment ce rĂŽle doit ĂȘtre chantĂ©. HomogĂšne sur toute la tessiture, jamais grossie, Ă  l’aigu ample et rond, la voix possĂšde en outre une couleur somptueuse, et l’interprĂšte allĂšge intelligemment ses notes les plus basses pour Ă©pargner le haut de l’instrument, sachant colorer son chant et varier les inflexions. AltiĂšre et fiĂšre, l’interprĂšte ne sombre jamais dans la vulgaritĂ© et humanise cette femme avide de pouvoir, dĂ©voilant les failles sous la colĂšre. Sa cantilĂšne du II demeure ainsi un modĂšle de legato et de sensibilitĂ©, sonoritĂ©s moelleuses et archet Ă  la corde. Une trĂšs grande incarnation d’un rĂŽle Ă©puisant, et une chanteuse qu’on suivra de trĂšs prĂšs.
A la tĂȘte d’un chƓur excellent, notamment dans un « Va pensiero » trĂšs travaillĂ©, et d’un Orchestre de la Suisse Romande en pleine forme, le chef amĂ©ricain John Fiore donne ses lettres de noblesse Ă  cet ouvrage, sculptant la pĂąte instrumentale, distillant Ă©clat et douceur tour Ă  tour, avec un vrai respect pour cette Ă©criture musicale plus subtile qu’on veut bien souvent le croire. Seul bĂ©mol : les cabalettes tronquĂ©es de leurs reprises, coupures regrettables avec des voix de ce calibre. Deux reprĂ©sentations dont on sort avec le sentiment d’en avoir pris plein les oreilles, un plaisir devenu rare aujourd’hui.

GenĂšve. Grand ThĂ©Ăątre, 1er et 2 mars 2014. Giuseppe Verdi : Nabucco. Livret de Temistocle Solera. Avec Nabucco : Roman Burdenko / Lucio Gallo ; Abigaille : Elizabeth Blancke-Biggs / Csilla Boross ; Fenena : Ahlima Mhamdi ; Ismaele : Leonardo Capalbo ; Zaccaria : Almas Svilpa / Roberto Scandiuzzi ; Le Grand-PrĂȘtre de Baal : Khachik Matevosyan ; Abdallo : Terige Sirolli ; Anna : Elisa Cenni. ChƓur du Grand ThĂ©Ăątre de GenĂšve ; Chef de chƓur : Ching-Lien Wu. Orchestre de la Suisse Romande. John Fiore, direction musicale. Mise en scĂšne et dĂ©cors : Roland Aeschlimann ; Costumes : Andrea Schmidt-Futterer et Roland Aeschlimann ; LumiĂšres : Simon Trottet ; VidĂ©o : fettFilm ; Collaboration Ă  la mise en scĂšne et expression corporelle : Andrea K. Schlehwein.