Concert de l’Orchestre des Champs ElysĂ©es Ă  Poitiers

TAP-visuel-660-2016-poitiers-tap1Poitiers, TAP. Jeudi 4 fĂ©vrier 2016. Orchestre des Champs ElysĂ©es : Debussy, Chausson, Magnard.... Somptueuse soirĂ©e symphonique au TAP de Poitiers ce soir avec l’Ă©clat poĂ©tique des instruments d’Ă©poque dans un programme de musique romantique française (et post romantique avec le sommet liquide et impressonniste, La mer de Debussy). Sous la conduite du chef Louis LangrĂ©e (applaudi la saison derniĂšre pour PellĂ©as et MĂ©lisande, les instrumentistes si passionnĂ©ment engagĂ©s dans le jeu historiquement informĂ© et toujours soucieux du timbre et du format sonore originel de chaque instrument, s’engagent pour une trilogie de compositeurs dont l’Ă©criture devrait ce soir gagner en mordant expressif, raffinement poĂ©tique, justesse caractĂ©risĂ©e, subtil Ă©quilibre entre lecture analytique et formidable texture sensuelle. Si le propre des auteurs français est souvent prĂ©sentĂ© comme ce scrupule particulier pour la transparence, la couleur, la clartĂ©, l’apport de l’Orchestre des Champs ElysĂ©es devrait le dĂ©montrer dans ce programme qui associe : Debussy, Chausson et Magnard, particuliĂšrement convaincant. C’est de Chausson Ă  Debussy, une leçon d’Ă©quilibre entre dĂ©tails et souffle dramatique qui attend les spectateurs auditeurs du TAP de Poitiers lors de cette grande soirĂ©e de vertiges symphoniques.

chaussonSi la piĂšce maĂźtresse sur le plan symphonique et orchestral demeure Ă©videmment La Mer de Debussy – sublime triptyque climatique pour grand orchestre, le concert offre un aperçu significatif du wagnĂ©risme personnel d’Ernest Chausson, l’un des symphoniste et poĂšte musicien les plus douĂ©s de sa gĂ©nĂ©ration (il est nĂ© en 1855, et s’Ă©teint fauchĂ© trop tĂŽt avant la fin du siĂšcle en 1899). ComposĂ© entre 1882 et 1890, le cycle est crĂ©Ă© lors de ses 38 ans en 1893 ; Le PoĂšme de l’amour et de la mer opus 19 d’aprĂšs le texte de son exact contemporain et ami, le poĂšte Maurice Bouchor (1855-1929), le PoĂšme comprend deux volets :
I. La Fleur des eaux : « L’air est plein d’une odeur exquise de lilas » – « Et mon cƓur s’est levĂ© par ce matin d’été » – « Quel son lamentable et sauvage »
Interlude
II. La Mort de l’amour : « BientĂŽt l’üle bleue et joyeuse » – « Le vent roulait les feuilles mortes » –  « Le temps des lilas »

Comprenant l’intervention d’une soliste (aujourd’hui soprano ou mezzo, bien que la version de crĂ©ation ait Ă©tĂ© rĂ©aisĂ©e par un tĂ©nor DĂ©sirĂ© Desmet), la partition est Ă  la fois cantate, monologue, ample mĂ©lodie pour voix et orchestre oĂč les couleurs et le formidable chant de l’orchestre rivalise d’Ă©clats et de vie intĂ©rieure avec la voix humaine. Le cycle des 6 poĂšmes Ă©tait probablement quasi achevĂ© quand Chausson commence son opĂ©ra Le Roi Arthus, puis aprĂšs la composition de ce dernier, il rĂ©vise en 1893 Le PoĂšme pour lui apporter une parure dĂ©finitive et le faire crĂ©er dans une version piano / chant par le tĂ©nor DĂ©sirĂ© Desmet (Bruxelles, le 21 fĂ©vrier 1893). La version orchestrale est assurĂ©e ensuite en avril suivant par la cantatrice ElĂ©onore Blanc.
Musique empoisonnĂ©e, langoureuse et trĂšs fortement mĂ©lancolique, le chant de Chausson qu’il s’agisse Ă  la voix ou dans l’orchestre exprime une extase mortifĂšre et nostalgique d’une incurable torpeur qui semble s’insinuer jusqu’Ă  l’intimitĂ© la plus secrĂȘte, dĂ©veloppant une Ă©criture scintillante et suspendue…. wagnĂ©rienne. Chausson a Ă©videmment Ă©coutĂ© Tristan et Yseult ; il ne cesse de dĂ©clarer son allĂ©geance Ă  l’esprit du maĂźtre de Bayreuth, en particulier dans un motif mĂ©lodique, obsessionnel, qui traverse toutes les mĂ©lodies et surtout se dĂ©veloppe explicitement dans l’interlude qui relie les deux volets du cycle : La Fleur des eaux et La Mort de l’amour.
Musique “proustienne”, d’un Ă©clectisme rentrĂ©, (typique en cela de la IIIĂš RĂ©publique), d’un parfum wagnĂ©rien Ă©vident mais si original et personnel (en cela digne des recommandations de son professeur CĂ©sar Franck, lui aussi partisan d’un wagnĂ©risme original et renouvelĂ©), douĂ©e d’une forte vie intĂ©rieure, l’Ă©criture de Chausson est rĂ©itĂ©ration, connotations, intentions masquĂ©es, plĂ©nitude des souvenirs et des songes enivrĂ©s et embrumĂ©s, l’expression d’une langueur presque dĂ©pressive qui ne cesse de dire son impuissante solitude. C’est en plus de Tristan, le modĂšle de Parsifal de Wagner (Ă©coutĂ© Ă  sa crĂ©ation en 1882 Ă  Bayreuth) qui est rĂ©interprĂ©tĂ©, “recyclĂ©” sous le filtre de la puissante sensibilitĂ© d’un compositeur esthĂšte et poĂšte. Encore scintillante et claire, La Mort de l’amour, cĂšde la place Ă  l’ombre inquiĂšte et l’anĂ©antissement graduel (La Fleur des eaux); les images automnales, crĂ©pusculaires, souvent livides et lĂ©thales dĂ©crivent un monde Ă  l’agonie, perdu, sans rĂ©mission (“le vent roulait les feuilles mortes”… est une marche grave et prenante). Et pour finir, tel une prophĂ©tie terrifiante, la derniĂšre mĂ©lodie, Le temps des Lilas (Ă©crite dĂšs 1886, et souvent chantĂ© comme une mĂ©lodie sĂ©parĂ©e, autonome) confirme qu’aprĂšs cette agonie il n’y aura plus de printemps. Le PoĂšme de l’amour et de la mer est la prĂ©diction d’une apocalypse inĂ©vitable. Il appartient aux interprĂštes d’en restituer et la langueur hynoptique et la magie des couleurs orchestrales d’un scintillement dont le raffinement annonce La Mer de Debussy… Le chef quant Ă  lui doit veiller aux Ă©quilibres, au format orchestre / voix, pour servir l’une des plus belles musique de chambre au souffle symphonique. L’ampleur et la profondeur mais aussi l’exquise lisibilitĂ© mortifĂšre du texte, de ses images d’une sourde et maladive mĂ©lancolie.
MĂȘme s’il fut fils de famille, et d’un train de vie supĂ©rieur Ă  celui de ses confrĂšre compositeur, Chausson, mort stupidement aprĂšs une mauvaise chute de vĂ©lo, savit entretenir autour de lui, l’ambiance d’un foyer artistique et intellectuel ouvert aux tendances les plus avancĂ©es de son temps : son salon de la rue de Courcelles Ă  Paris reçoit ses amis FaurĂ©, Duparc et Debussy, mais aussi MallarmĂ©, Puvis de Chavannes et Monet… A l’Ă©coute de son PoĂšme opus 19, l’auditeur convaincu tirera bĂ©nĂ©fice en poursuivant son exploration de l’univers de Chausson avec Le Roi Arthus (offrande personnelle sur l’autel wagnĂ©rien), Viviane, Symphonie en si bĂ©mol et bien sur, toute sa musique de chambre…

boutonreservationL’Orchestre des Champs-ElysĂ©es au TAP, Poitiers
Jeudi 4 février 2016, 19h30

Albéric Magnard : Hymne à la justice op.14
Ernest Chausson : PoĂšme de l’amour et de la mer op.19
Claude Debussy : La Mer, trois esquisses symphoniques pour orchestre
Durée du concert : 1h20mn (entracte compris)
Louis Langrée, direction
Gaëlle Arquez, mezzo-soprano

Louis LangrĂ©e, premier chef invitĂ© de l’Orchestre des Champs-ÉlysĂ©es, dĂ©fend la musique française partout dans le monde. La saison passĂ©e Ă  l’OpĂ©ra Comique, ils ont crĂ©Ă© ensemble l’un des plus beaux PellĂ©as et MĂ©lisande qu’on ait entendu depuis longtemps, encensĂ© par le public et la critique. C’est justement Debussy qui constitue la piĂšce maĂźtresse de ce concert avec le poĂšme symphonique La Mer, fresque impressionniste oĂč le chatoiement des couleurs devrait ĂȘtre magnifiĂ© par les instruments d’époque. Le PoĂšme de l’amour et de la mer fut composĂ© seulement 20 ans avant mais illustre une esthĂ©tique fort diffĂ©rente, empreinte de l’influence wagnĂ©rienne qui dominait encore en France en cette fin du 19e siĂšcle.

L’Orchestre des Champs-ElysĂ©es joue Debussy et Chausson Ă  Poitiers

TAP-visuel-660-2016-poitiers-tap1Poitiers, TAP. Jeudi 4 fĂ©vrier 2016. Orchestre des Champs ElysĂ©es : Debussy, Chausson, Magnard.... Somptueuse soirĂ©e symphonique au TAP de Poitiers ce soir avec l’Ă©clat poĂ©tique des instruments d’Ă©poque dans un programme de musique romantique française (et post romantique avec le sommet liquide et impressonniste, La mer de Debussy). Sous la conduite du chef Louis LangrĂ©e (applaudi la saison derniĂšre pour PellĂ©as et MĂ©lisande, les instrumentistes si passionnĂ©ment engagĂ©s dans le jeu historiquement informĂ© et toujours soucieux du timbre et du format sonore originel de chaque instrument, s’engagent pour une trilogie de compositeurs dont l’Ă©criture devrait ce soir gagner en mordant expressif, raffinement poĂ©tique, justesse caractĂ©risĂ©e, subtil Ă©quilibre entre lecture analytique et formidable texture sensuelle. Si le propre des auteurs français est souvent prĂ©sentĂ© comme ce scrupule particulier pour la transparence, la couleur, la clartĂ©, l’apport de l’Orchestre des Champs ElysĂ©es devrait le dĂ©montrer dans ce programme qui associe : Debussy, Chausson et Magnard, particuliĂšrement convaincant. C’est de Chausson Ă  Debussy, une leçon d’Ă©quilibre entre dĂ©tails et souffle dramatique qui attend les spectateurs auditeurs du TAP de Poitiers lors de cette grande soirĂ©e de vertiges symphoniques.

chaussonSi la piĂšce maĂźtresse sur le plan symphonique et orchestral demeure Ă©videmment La Mer de Debussy – sublime triptyque climatique pour grand orchestre, le concert offre un aperçu significatif du wagnĂ©risme personnel d’Ernest Chausson, l’un des symphoniste et poĂšte musicien les plus douĂ©s de sa gĂ©nĂ©ration (il est nĂ© en 1855, et s’Ă©teint fauchĂ© trop tĂŽt avant la fin du siĂšcle en 1899). ComposĂ© entre 1882 et 1890, le cycle est crĂ©Ă© lors de ses 38 ans en 1893 ; Le PoĂšme de l’amour et de la mer opus 19 d’aprĂšs le texte de son exact contemporain et ami, le poĂšte Maurice Bouchor (1855-1929), le PoĂšme comprend deux volets :
I. La Fleur des eaux : « L’air est plein d’une odeur exquise de lilas » – « Et mon cƓur s’est levĂ© par ce matin d’été » – « Quel son lamentable et sauvage »
Interlude
II. La Mort de l’amour : « BientĂŽt l’üle bleue et joyeuse » – « Le vent roulait les feuilles mortes » –  « Le temps des lilas »

Comprenant l’intervention d’une soliste (aujourd’hui soprano ou mezzo, bien que la version de crĂ©ation ait Ă©tĂ© rĂ©aisĂ©e par un tĂ©nor DĂ©sirĂ© Desmet), la partition est Ă  la fois cantate, monologue, ample mĂ©lodie pour voix et orchestre oĂč les couleurs et le formidable chant de l’orchestre rivalise d’Ă©clats et de vie intĂ©rieure avec la voix humaine. Le cycle des 6 poĂšmes Ă©tait probablement quasi achevĂ© quand Chausson commence son opĂ©ra Le Roi Arthus, puis aprĂšs la composition de ce dernier, il rĂ©vise en 1893 Le PoĂšme pour lui apporter une parure dĂ©finitive et le faire crĂ©er dans une version piano / chant par le tĂ©nor DĂ©sirĂ© Desmet (Bruxelles, le 21 fĂ©vrier 1893). La version orchestrale est assurĂ©e ensuite en avril suivant par la cantatrice ElĂ©onore Blanc.
Musique empoisonnĂ©e, langoureuse et trĂšs fortement mĂ©lancolique, le chant de Chausson qu’il s’agisse Ă  la voix ou dans l’orchestre exprime une extase mortifĂšre et nostalgique d’une incurable torpeur qui semble s’insinuer jusqu’Ă  l’intimitĂ© la plus secrĂȘte, dĂ©veloppant une Ă©criture scintillante et suspendue…. wagnĂ©rienne. Chausson a Ă©videmment Ă©coutĂ© Tristan et Yseult ; il ne cesse de dĂ©clarer son allĂ©geance Ă  l’esprit du maĂźtre de Bayreuth, en particulier dans un motif mĂ©lodique, obsessionnel, qui traverse toutes les mĂ©lodies et surtout se dĂ©veloppe explicitement dans l’interlude qui relie les deux volets du cycle : La Fleur des eaux et La Mort de l’amour.
Musique “proustienne”, d’un Ă©clectisme rentrĂ©, (typique en cela de la IIIĂš RĂ©publique), d’un parfum wagnĂ©rien Ă©vident mais si original et personnel (en cela digne des recommandations de son professeur CĂ©sar Franck, lui aussi partisan d’un wagnĂ©risme original et renouvelĂ©), douĂ©e d’une forte vie intĂ©rieure, l’Ă©criture de Chausson est rĂ©itĂ©ration, connotations, intentions masquĂ©es, plĂ©nitude des souvenirs et des songes enivrĂ©s et embrumĂ©s, l’expression d’une langueur presque dĂ©pressive qui ne cesse de dire son impuissante solitude. C’est en plus de Tristan, le modĂšle de Parsifal de Wagner (Ă©coutĂ© Ă  sa crĂ©ation en 1882 Ă  Bayreuth) qui est rĂ©interprĂ©tĂ©, “recyclĂ©” sous le filtre de la puissante sensibilitĂ© d’un compositeur esthĂšte et poĂšte. Encore scintillante et claire, La Mort de l’amour, cĂšde la place Ă  l’ombre inquiĂšte et l’anĂ©antissement graduel (La Fleur des eaux); les images automnales, crĂ©pusculaires, souvent livides et lĂ©thales dĂ©crivent un monde Ă  l’agonie, perdu, sans rĂ©mission (“le vent roulait les feuilles mortes”… est une marche grave et prenante). Et pour finir, tel une prophĂ©tie terrifiante, la derniĂšre mĂ©lodie, Le temps des Lilas (Ă©crite dĂšs 1886, et souvent chantĂ© comme une mĂ©lodie sĂ©parĂ©e, autonome) confirme qu’aprĂšs cette agonie il n’y aura plus de printemps. Le PoĂšme de l’amour et de la mer est la prĂ©diction d’une apocalypse inĂ©vitable. Il appartient aux interprĂštes d’en restituer et la langueur hynoptique et la magie des couleurs orchestrales d’un scintillement dont le raffinement annonce La Mer de Debussy… Le chef quant Ă  lui doit veiller aux Ă©quilibres, au format orchestre / voix, pour servir l’une des plus belles musique de chambre au souffle symphonique. L’ampleur et la profondeur mais aussi l’exquise lisibilitĂ© mortifĂšre du texte, de ses images d’une sourde et maladive mĂ©lancolie.
MĂȘme s’il fut fils de famille, et d’un train de vie supĂ©rieur Ă  celui de ses confrĂšre compositeur, Chausson, mort stupidement aprĂšs une mauvaise chute de vĂ©lo, savit entretenir autour de lui, l’ambiance d’un foyer artistique et intellectuel ouvert aux tendances les plus avancĂ©es de son temps : son salon de la rue de Courcelles Ă  Paris reçoit ses amis FaurĂ©, Duparc et Debussy, mais aussi MallarmĂ©, Puvis de Chavannes et Monet… A l’Ă©coute de son PoĂšme opus 19, l’auditeur convaincu tirera bĂ©nĂ©fice en poursuivant son exploration de l’univers de Chausson avec Le Roi Arthus (offrande personnelle sur l’autel wagnĂ©rien), Viviane, Symphonie en si bĂ©mol et bien sur, toute sa musique de chambre…

boutonreservationL’Orchestre des Champs-ElysĂ©es au TAP, Poitiers
Jeudi 4 février 2016, 19h30

Albéric Magnard : Hymne à la justice op.14
Ernest Chausson : PoĂšme de l’amour et de la mer op.19
Claude Debussy : La Mer, trois esquisses symphoniques pour orchestre
Durée du concert : 1h20mn (entracte compris)
Louis Langrée, direction
Gaëlle Arquez, mezzo-soprano

Louis LangrĂ©e, premier chef invitĂ© de l’Orchestre des Champs-ÉlysĂ©es, dĂ©fend la musique française partout dans le monde. La saison passĂ©e Ă  l’OpĂ©ra Comique, ils ont crĂ©Ă© ensemble l’un des plus beaux PellĂ©as et MĂ©lisande qu’on ait entendu depuis longtemps, encensĂ© par le public et la critique. C’est justement Debussy qui constitue la piĂšce maĂźtresse de ce concert avec le poĂšme symphonique La Mer, fresque impressionniste oĂč le chatoiement des couleurs devrait ĂȘtre magnifiĂ© par les instruments d’époque. Le PoĂšme de l’amour et de la mer fut composĂ© seulement 20 ans avant mais illustre une esthĂ©tique fort diffĂ©rente, empreinte de l’influence wagnĂ©rienne qui dominait encore en France en cette fin du 19e siĂšcle.

CD, compte rendu critique. Véronique Gens : NéÚre, mélodies de Hahn, Duparc, Chausson (1 cd Alpha, 2015)

gens veronique melodies duparc hahn chausson alpha cd critique compte rendu review account of CLASSIQUENNEWS CLIC de classiquenews octobre 2015CD, compte rendu critique. VĂ©ronique Gens : NĂ©Ăšre, mĂ©lodies de Hahn, Duparc, Chausson (1 cd Alpha, 2015). MaturitĂ© rayonnante de la diseuse. Le timbre s’est voilĂ©, les aigus sont moins brillants, la voix s’est installĂ©e dans un medium de fait plus large… autant de signes d’un chant mature qui cependant peut s’appuyer sur un style toujours mesurĂ© et nuancĂ©, cherchant la couleur exacte du verbe. ProphĂ©tesse d’une Ă©mission confidentielle, au service de superbes poĂšmes signĂ©s Leconte de Lisle, Goethe, Gautier, Louise Ackermann, Viau, Verlaine, Maurice Bouchor, Baudelaire et Banville…, VĂ©ronique Gens captive indiscutablement en diseuse endeuillĂ©e, sombre et grave, d’une noblesse murmurĂ©e et digne. L’expressivitĂ© n’est pas son tempĂ©rament mais une inclination maĂźtrisĂ©e pour l’allusion, la suggestion parfois glaçante (propre aux climats lugubres et funĂšbres d’un Leconte de Lisle par exemple quand il Ă©voque le marbre froid de la tombe). La nostalgie gĂ©nĂ©rale de NĂ©Ăšre de Hahn pose d’emblĂ©e l’enjeu de ce programme façonnĂ© comme une subtile grisaille : les milles nuances du sentiment intĂ©rieur. De notre point de vue, le piano est trop mis en avant dans la prise, dĂ©sĂ©quilibre qui nuit considĂ©rablement Ă  la juste perception de la voix versus l’instrument (dĂ©sĂ©quilibre criard mĂȘme dans Trois jours de vendange d’aprĂšs Daudet). De Hahn, La Gens sait exprimer l’ineffable, ce qui est derriĂšre les mots.

1000 nuances de l’allusion vocale : la mĂ©lodie romantique française Ă  son sommet

Chez Duparc, Hahn, Chausson, VĂ©ronique Gens subjugue

En accord avec l’instrument seul, la soprano peut tisser une Ă©toffe chambriste somptueuse, feutrĂ©e, jamais outrĂ©e prĂ©cisĂ©ment chez Duparc : douceur grave de Chanson triste (mais que le piano trop mis en avant lĂ  encore perce et dĂ©chire un Ă©quilibre et une balance subtile dont Ă©tait fervente la voix justement calibrĂ©e : carton jaune pour l’ingĂ©nieur du son indĂ©licat ; une faute de goĂ»t impardonnable car aux cĂŽtĂ©s du clavier, la soprano mesure, distille cisĂšle), un rĂȘve vocal qui rĂ©tablit le songe du Duparc. C’est un enchantement vĂ©cu il y a longtemps dont la sensation persistante fait le climat diffus, vaporeux, brumeux (wagnĂ©rien?) de Romance de Mignon (et son apothĂ©ose du lĂ -bas d’aprĂšs Goethe) oĂč la tenue et le soutien comme la couleur des sons filĂ©s rappellent une autre diseuse en Ă©tat de grĂące (RĂ©gine Crespin) : quel art du tissage de la note et du verbe habitĂ©, hallucinĂ©, poĂ©tique. EnivrĂ©e, intacte malgrĂ© la perte, l’Ă©vocation elle aussi endeuillĂ©e nostalgique de PhidylĂ© (1882) dĂ©ploie sa robe caressante et voluptueuse grĂące au medium crĂ©meux, rond, repliĂ© et enfoui de la voix melliflu qui appelle Ă  la paix de l’Ăąme : voici assurĂ©ment le sommet de la mĂ©lodie romantique française, Ă©cho original du Tristan wagnĂ©rien, une rĂ©sonance extatique d’une subtilitĂ© enivrante.

Leconte de Lisle, magicien fantastique et dĂ©jĂ  symboliste, fait le lien entre le texte de ce Duparc et la premiĂšre mĂ©lodie des 7 de Chausson qui suivent : le chant est embrasĂ© et hallucinĂ©, bien que perdant parfois la parfaite lisibilitĂ© des voyelles – problĂšme rĂ©gulier pour les voix hautes, mais l’intelligence dans l’articulation Ă©motionnelle des vers oscille entre prĂ©cision, allusion, incantation. La tension des Ă©vocations souvent tristes et mĂȘme dĂ©pressives trouve dans la SĂ©rĂ©nade italienne d’aprĂšs Paul Bourget, une liquiditĂ© insouciante soudainement rafraĂźchissante.

CLIC_macaron_2014Des Hahn suivant, plus linguistiques, VĂ©ronique Gens semble Ă©claircir la voix au service de voyelles plus lumineuses structurant les phrases (superbe Rossignol des lilas, hommage au volatile), ciselant lĂ  encore le versant mĂ©taphorique des vers. EnoncĂ© comme une romance mozartienne (malgrĂ© un piano trop prĂ©sent), Á Chloris a la dĂ©licatesse d’une porcelaine française usĂ©e Ă  Versailles : l’Ă©mission endeuillĂ©e enveloppe la mĂ©lodie d’une langueur suspendue qui fait aussi rĂ©fĂ©rence au Bach le plus tendre. C’est Ă©videmment une lecture trĂšs incarnĂ©e et personnelle de la mĂ©lodie de Hahn, autre sommet de la mĂ©lodie postromantique française et mĂȘme clichĂ© ou pastiche Ă©tonnamment rĂ©ussi (1916). Le temps des Lilas de Chausson hypnotise par la justesse des couleurs, la prĂ©cision allusive de chaque mot vocal : priĂšre extatique et dĂ©pressive, voici un autre sommet musical (1886) du postwagnĂ©risme français. Le chant exprime sans discontinuer la profonde et maudite langueur des Ăąmes irradiĂ©es. Le tact et le style de La Gens affirme une remarquable acuitĂ© dans l’allusion. MĂȘme finesse de style et richesse de l’intonation dans l’exceptionnelle Au pays oĂč se fait la guerre de Duparc (1870), priĂšre retenue, pudique d’une femme de soldat : Duparc annonce le dĂ©sespoir intime de Chausson. Le feu ultime que la soprano sait offrir au mot “retour” finit de saisir. AssociĂ© Ă  l’Invitation au voyage de la mĂȘme pĂ©riode (d’aprĂšs Baudelaire), ce premier Duparc gagne un regain de splendeur poĂ©tique : tragĂ©dienne subtile et intĂ©rieure, la cantatrice atteint ici un naturel linguistique magicien, imprĂ©cation, dĂ©clamation, rĂ©vĂ©lation finale dans le recto tono Ă©noncĂ© comme la dĂ©brouillement d’une Ă©nigme  “ordre et beautĂ©, luxe, calme et voluptĂ©”. Il aurait fallu que le rĂ©cital s’achevĂąt sur ce diptyque Duparc lĂ . Aucun doute, Ă  l’Ă©coute de ses sommets mĂ©lodiques, VĂ©ronique Gens affirme un talent envoĂ»tant, entre allusion et pudeur (mĂȘme si ici et lĂ , quelques aigus sonnent serrĂ©s, Ă  peine tenus).

Sans la contrainte d’un orchestre dĂ©bordant, hors de la scĂšne lyrique, le timbre dĂ©licat, prĂ©cieux de VĂ©ronique Gens au format essentiellement intimiste gagne ici en studio un somptueux relief : celui qu’affirme son intuition de soliste tragique et pathĂ©tique. Si le tempĂ©rament indiscutable de la coloriste diseuse s’affirme, on regrette vivement la prise de son qui impose le piano sans Ă©quilibre en maints endroits. Oui, carton jaune pour l’ingĂ©nieur du son.

CD, compte rendu critique. VĂ©ronique Gens, soprano : NĂ©Ăšre, mĂ©lodies de Hahn, Duparc, Chausson. Susan Manoff, piano. 1 cd Alpha 215. EnregistrĂ© au studio Teldex en mars 2015. CLIC de classiquenews d’octobre 2015.

Arthus de Chausson sur France Musique

logo_francemusiqueFrance Musique, ce soir Ă  19h. Arthus de Chausson. France Musique diffuse en direct de l’OpĂ©ra Bastille, la production qui devait marquer le grand retour de l’unique opĂ©ra d’Ernest Chausson d’aprĂšs la lĂ©gende Arthurienne : Arthus achevĂ© en 1894. C’est pour les auditeurs de France Musique une opportunitĂ© utile pour mesurer la valeur d’une musique certes wagnĂ©rienne mais puissamment originale … Voici la critique dĂ©veloppĂ©e de la production du Roi Arthus prĂ©sentĂ© Ă  Paris Ă  l’OpĂ©ra Bastille par notre confrĂšre Ernst Von Beck qui assistait Ă  la reprĂ©sentation du 2 juin dernier. > LIRE notre prĂ©sentation complĂšte et le compte rendu critique intĂ©gral d’ARTHUS.

L’ouvrage achevĂ© en 1894, est crĂ©Ă© en 1903, aprĂšs la mort de l’auteur (1899), il demeure un Ă©cho manifeste du thĂ©Ăątre wagnĂ©rien mais d’une conception originale et puissante. C’est tout l’intĂ©rĂȘt de le rĂ©Ă©couter aujourd’hui pour une juste rĂ©Ă©valuation.
Chausson roi arthus opera bastille critique compte rendu 781473-le-roi-arthus-saison-2014-2015Car cette rĂ©sonance wagnĂ©riste est originale et puissante sur le plan autant musical que dramatique. L’argument de cette production est la direction fine et allusive de Philippe Jordan comme le plateau vocal efficace : invitĂ© de prestige Ă  Paris, Thomas Hampson presque sexagĂ©naire, toujours aussi fin diseur et wagnĂ©rien de premiĂšre classe : le baryton amĂ©ricain apporte une finesse et parfois un trouble tragique prĂ©sent dans la musique. Son incarnation sait envisager et rendre visible le rĂȘve qui habite ce roi dĂ©jĂ  appelĂ© ailleurs. Cette profondeur est hĂ©las invisible dans l’affligeante mise en scĂšne de Graham Vick : des toiles peintes minimalistes et vaguement primitives, des fleurs en plastic, un canapĂ© rouge
 qui s’embrase ; rien qu’un vision simpliste et banale qui manque tellement d’onirisme ; difficile quand mĂȘme de mesurer ainsi la force d’un ouvrage wagnĂ©riste français parmi les plus passionnants du romantisme hexagonal : il serait temps de reconnaĂźtre Ă  Chausson comme c’est le cas de Vierne ou Franck, voire ThĂ©odore Dubois – rĂ©cemment revivifiĂ©, qu’il existe bel et bien un wagnĂ©risme en France absolument original, et pas que suiveur
  ; de leurs cĂŽtĂ©s, Roberto Alagna et Sophie Koch en vedettes franco françaises restent corrects, souffrant jusqu’à l’extase immobile puis mourant enfin car Lancelot et la Reine GeniĂšvre, possĂ©dĂ©s et dĂ©vorĂ©s par la culpabilitĂ©, expireront aprĂšs avoir trahi le bon roi Arthus, respectivement l’ami et l’époux.  HĂ©las, manquant de grandeur, de souffle, de mystĂšre (ce vers quoi tend continĂ»ment la musique de Chausson), la production du Roi Arthus musicalement cohĂ©rente, rate visuellement et scĂ©niquement, son retour dans la Maison. Parce que l’indigence laide de la mise en scĂšne contredit l’appel au rĂȘve, Ă  l’immatĂ©rielle abstraction Ă©nigmatique de la musique d’un Chausson ivre et en extase
 Saluons Ă©galement la qualitĂ© des seconds rĂŽles masculins qui offrent une sĂ©rie de superbe articulation française : Cyrille Dubois (le laboureur), Alexandre Duhamel (Mordred), Stanilas de Barbeyrac, le tĂ©nor dont on parle (Lyonnel), mĂȘme Peter Sidhom, ici mĂȘme AlbĂ©rich wagnĂ©rien retors passionnant (dans la TĂ©tralogie de Wagner prĂ©sentĂ©e en 2013, dans la mise en scĂšne de GĂŒnter KrĂ€mer), apporte au logo_francemusiqueprofil du magicien Merlin, une once de profondeur humaine (malgrĂ© un français moins impeccable). Avoir et surtout Ă©couter, jusqu’au 14 juin 2015, Paris, OpĂ©ra Bastille. Diffusion sur France Musique, le samedi 6 juin 2015 Ă  19h30.

Compte rendu, opéra. Paris, Opéra Bastille, le 2 juin 2015. Chausson : Le roi Arthus. Thomas Hampson. Philippe Jordan (direction), Graham Vick (mise en scÚne) 


CHAUSSON ROI ARTHUS Thomas Hampson production opera bastille paris critique compte rendu juin 20154636399_7_b2ae_roberto-alagna-dans-le-roi-arthus_8b7648192ad5ab2d863117e7ad6f3ab5Visuellement dĂ©cevante, la version d’Arthus prĂ©sentĂ©e actuellement Ă  Paris rate son retour auprĂšs du grand public Ă  cause d’une rĂ©alisation scĂ©nographie
 sans souffle ni trouble, rien qu’anecdotique voire chichiteuse. Un tel dĂ©calage entre les milles diaprures allusives de la musique et le misĂ©rabilisme confus de la mise en scĂšne porte atteinte Ă  la rĂ©ussite globale de la production. C’était pourtant la promesse d’un superbe Ă©vĂ©nement lyrique Ă  Paris : la production sur la scĂšne parisienne de l’unique opĂ©ra d’Ernest Chausson (1855-1899), l’auteur de l’envoĂ»tant PoĂšme de l’amour et de la mer : Le Roi Arthus qui est sa propre proposition sur le thĂšme de la lĂ©gende arturienne. L’ouvrage achevĂ© en 1894, est crĂ©Ă© en 1903, aprĂšs la mort de l’auteur (1899), il demeure un Ă©cho manifeste du thĂ©Ăątre wagnĂ©rien mais d’une conception originale et puissante. C’est tout l’intĂ©rĂȘt de le rĂ©Ă©couter aujourd’hui pour une juste rĂ©Ă©valuation.

 

 

Musicalement irrĂ©prochable, la production d’Arthus 2015 Ă  l’OpĂ©ra Bastille est visuellement dĂ©cevante

Légende arthurienne désenchantée 


 

Chausson roi arthus opera bastille critique compte rendu 781473-le-roi-arthus-saison-2014-2015Car cette rĂ©sonance wagnĂ©riste est originale et puissante sur le plan autant musical que dramatique. L’argument de cette production est la direction fine et allusive de Philippe Jordan comme le plateau vocal efficace : invitĂ© de prestige Ă  Paris, Thomas Hampson presque sexagĂ©naire, toujours aussi fin diseur et wagnĂ©rien de premiĂšre classe : le baryton amĂ©ricain apporte une finesse et parfois un trouble tragique prĂ©sent dans la musique. Son incarnation sait envisager et rendre visible le rĂȘve qui habite ce roi dĂ©jĂ  appelĂ© ailleurs. Cette profondeur est hĂ©las invisible dans l’affligeante mise en scĂšne de Graham Vick : des toiles peintes minimalistes et vaguement primitives, des fleurs en plastic, un canapĂ© rouge
 qui s’embrase ; rien qu’un vision simpliste et banale qui manque tellement d’onirisme ; difficile quand mĂȘme de mesurer ainsi la force d’un ouvrage wagnĂ©riste français parmi les plus passionnants du romantisme hexagonal : il serait temps de reconnaĂźtre Ă  Chausson comme c’est le cas de Vierne ou Franck, voire ThĂ©odore Dubois – rĂ©cemment revivifiĂ©, qu’il existe bel et bien un wagnĂ©risme en France absolument original, et pas que suiveur
  ; de leurs cĂŽtĂ©s, Roberto Alagna et Sophie Koch en vedettes franco françaises restent corrects, souffrant jusqu’à l’extase immobile puis mourant enfin car Lancelot et la Reine GeniĂšvre, possĂ©dĂ©s et dĂ©vorĂ©s par la culpabilitĂ©, expireront aprĂšs avoir trahi le bon roi Arthus, respectivement l’ami et l’époux.  HĂ©las, manquant de grandeur, de souffle, de mystĂšre (ce vers quoi tend continĂ»ment la musique de Chausson), la production du Roi Arthus musicalement cohĂ©rente, rate visuellement et scĂ©niquement, son retour dans la Maison. Parce que l’indigence laide de la mise en scĂšne contredit l’appel au rĂȘve, Ă  l’immatĂ©rielle abstraction Ă©nigmatique de la musique d’un Chausson ivre et en extase
 Saluons Ă©galement la qualitĂ© des seconds rĂŽles masculins qui offrent une sĂ©rie de superbe articulation française : Cyrille Dubois (le laboureur), Alexandre Duhamel (Mordred), Stanilas de Barbeyrac, le tĂ©nor dont on parle (Lyonnel), mĂȘme Peter Sidhom, ici mĂȘme AlbĂ©rich wagnĂ©rien retors passionnant (dans la TĂ©tralogie de Wagner prĂ©sentĂ©e en 2013, dans la mise en scĂšne de GĂŒnter KrĂ€mer), apporte au logo_francemusiqueprofil du magicien Merlin, une once de profondeur humaine (malgrĂ© un français moins impeccable). Avoir et surtout Ă©couter, jusqu’au 14 juin 2015, Paris, OpĂ©ra Bastille. Diffusion sur France Musique, le samedi 6 juin 2015 Ă  19h30.

Le Rois Arthus de Chausson Ă  l’OpĂ©ra Bastille, mai et juin 2015.
Mise en scĂšne : Graham Vick
Direction musicale : Philippe Jordan

Le Roi Arthus: Thomas Hampson
GeniĂšvre: Sophie Koch
Lancelot : Roberto Alagna
Merlin  : Peter Sidhom
Lyonnel: Stanislas de Barbeyrac
Mordred : Alexandre Duhamel
Allan : François Lis
Le Laboureur : Cyrille Dubois
Un Chevalier : Tiago Matos
Un Ecuyer : Ugo Rabec
Soldats : Vincent Morell, Nicolas Marie, Julien Joguet, 

Choeurs et orchestre de l’OpĂ©ra National de Paris
Chef des choeurs : José Luis Basso

Paris, Opéra Bastille, le 2 juin 2015

Le Roi Arthus de Chausson Ă  l’OpĂ©ra Bastille (mai et juin 2015)

hampson thomas baryton chausson arthus_1Paris, OpĂ©ra Bastille. Chausson : Le Roi Arthus. 16 mai >14 juin 2015. Nouvelle production avec dans le rĂŽle titre, l’excellent baryton amĂ©ricain, diseur et fin acteur, Thomas Hampson. Nouveau spectacle scĂ©nographie par Graham Vick, trĂšs attendu sur la scĂšne parisienne : les ouvrages rares mais majeurs de notre romantisme national ne manquent pas mais peinent toujours Ă  s’imposer au rĂ©pertoire de la maison
 comme les « acadĂ©miques baroques » Lully et Rameau, toujours parents pauvres du volet baroque qui devrait avoir toute sa place dans la maison lyrique qui vit des subsides des contribuables (lesquels sont en droit d’attendre des propositions artistiques Ă©quilibrĂ©es, sachant aux cĂŽtĂ©s des “marronniers” : Traviata, Carmen, La BohĂšme…, sortir de l’oubli les Ɠuvres lyriques hier trĂšs applaudies… Lully et Rameau n’ont ils pas toute lĂ©gitimitĂ© Ă  l’OpĂ©ra national : auteurs officiels de l’AcadĂ©mie royale de musique, l’ancĂȘtre de notre OpĂ©ra de Paris actuel, mais aussi meilleurs crĂ©ateurs du Baroque français ? S’agissant d’Ernest Chausson, nĂ© en 1855, il Ă©tait temps de programmer cette partition ardente et embrasĂ©e, tissĂ©e avec des fils de soie wagnĂ©riens
 CrĂ©Ă© en 1903 au ThĂ©Ăątre de La Monnaie Ă  Bruxelles par l’élĂšve de Massenet et de Franck, l’ouvrage est le fruit d’un labeur acharnĂ© de 7 ans, de 1888 Ă  1894. Appelant comme Franck Ă  se dĂ©tacher de Wagner tout en l’assimilant parfaitement, (Debussy ne dit-il pas lui aussi dans PellĂ©as, composer “non pas d’aprĂšs Wagner, mais aprĂšs Wagner”?), concrĂštement Chausson et Franck auront rĂ©ussi ce pari difficile-, Chausson sait captiver par une texture orchestrale somptueusement vĂ©nĂ©neuse, Ă  la fois sensuelle et mĂ©lancolique qui rappelle Ă©videmment son PoĂšme de l’amour et de la mer, la Symphonie en si bĂ©mol ou la Chanson perpĂ©tuelle
 A la fois romantique et symboliste, Arthus rĂ©active la fascination du geste chevaleresque mĂ©diĂ©val soulignant les tragiques amours du champion vainqueur des Saxons, Lancelot et de la reine GeniĂšvre, quand comme Mark dans Tristan, le roi Arthus ne peut dĂ©muni solitaire qu’abdiquer face Ă  la violence impĂ©rieuse de leur union 
 le pur amour ne peut s’Ă©panouir librement sur terre et comme Lohengrin, Arthus doit quitter la terre pour rejoindre le ciel. Aux cĂŽtĂ©s de Sophie Koch (GeniĂšvre) et Roberto Alagna (Lancelot), le baryton amĂ©ricain Thomas Hampson revient en mai et juin 2015 Ă  l’OpĂ©ra de Paris pour chanter le roi Arthus sous la direction subtilement articulĂ©e et chromatiquement mouvante de l’excellent Philippe Jordan.

Tristan français

chaussonPour la crĂ©ation bruxelloise de 1903, quand Puccini a fait triomphĂ© Tosca et Debussy son PellĂ©as, Chausson dĂ©jĂ  disparu (en juin 1899) ne put assister Ă  la crĂ©ation du 30 novembre 1903, avec les dĂ©cors du peintre symboliste belge Fernand Khnopff (1858-1921). A l’initiative de D’Indy, ardent chaussoniste, Le Roi Arthus synthĂ©tise la sensibilitĂ© Ă©lĂ©gante et essentielle de Chauson, compositeur esthĂšte qui tenait dans son hĂŽtel particulier parisien de l’avenue de Courcelles, un salon oĂč dans un Ă©crin affichant les Degas, Lerolle (son beau-frĂšre), Redon, Puvis, CarriĂšre, Signac, Monet, Manet, Vuillard
 de grande valeur, toute l’avant garde et les auteurs exigeants savaient Ă©changer et dialoguer. Le roi Arthus est donc l’oeuvre d’un grand lettrĂ©, d‘une finesse de goĂ»t vĂ©ritable, sachant dĂ©passer le choc de Wagner (il a vu Parsifal Ă  Bayreuth en 1882). Sur un sujet tirĂ© de l’histoire mĂ©diĂ©vale bretonne et que Wagner a traitĂ© avant lui, Chausson recycle avec un tempĂ©rament puissant et original, les principes wagnĂ©riens de l’orchestre flamboyant continu, du leit motiv, avec ce goĂ»t pour l’accomplissement de la malĂ©diction perpĂ©tuelle enchaĂźnant les ĂȘtres contre leur gré  Le couple royal Arthus et GueniĂšvre Ă©clate mais aucun des trois protagonistes avec Lancelot qui fuit avec la reine, ne sort indemne du drame : la mort les attends (GueniĂšvre et Lancelot), ou le salut hors de ce monde les transporte malgrĂ© eux  (apothĂ©ose finale et cĂ©leste d’Arthus). Graham Vick devrait prendre a contrario de sa mise en scĂšne de Parsifal (1997), Don Carlo (1998) ou de King Arthur (OpĂ©ra Bastille), un parti presque austĂšre voire abstrait, soulignant combien Le roi Arthus de Chausson est un drame intimiste et psychologique, sans vraiment d’action. Dans sa vision Arthurienne, Chausson (son livret est trĂšs bien Ă©crit, au choix des mots et aux tournures infiniment moins alambiquĂ©es que sont les textes de Wagner), fait du Roi trahi, une idĂ©e, un symbole (il n’a pas vraiment d’enracinement terrestre dans le dĂ©ploiement scĂ©nique). Seuls Lancelot et surtout la reine GueniĂšvre sont de rĂ©els personnages, qui souffrent, qui dĂ©sespĂšrent et comprenant que finalement malgrĂ© leur fusion physique, ils n’ont guĂšre d’affinitĂ©, se vouent Ă  la mort (GueniĂšvre se suicide mĂȘme). Le poison est l’univers entier de Chausson : l’idĂ©al arthurien (les chevaliers Ă  la table ronde) n’y est jamais explicitĂ©, l’horizon est bouchĂ©, les paysages et le cadre, sombres comme Ă©touffants. C’est Ă©videmment l’orchestre – somptueux-, qui exprime essentiellement cette perte inĂ©luctable de l’harmonie primitive.

 

 

Ernest Chausson : Arthus (1894), opéra créé en 1903, en 3 actes

Synopsis, scĂšnes principales

Opéra Bastille, 16 mai>14 juin 2015. Philippe Jordan, direction. Graham Vick, mise en scÚne.

Acte 1, le Roi Arthus célÚbre la victoire contre les Saxons et le courage de Lancelot son favori. Mais son neveu Mordred, jaloux de Lancelot et amoureux de la reine GeniÚvre surprend les amants Lancelot et GeniÚvre. Lancelot blesse Mordred et fuit : GeniÚvre promet de le rejoindre.

Acte 2, Lancelot priĂ© par GeniĂšvre de reprendre sa place parmi les chevaliers de la Table ronde, ne vainc pas sa honte d’aimer la femme de son ami le roi. Ce dernier rongĂ© par le doute car Mordred lui a rapportĂ© le relation adultĂ©rine de GeniĂšvre, consulte Merlin qui lui annonce la fin prochaine du royaume et sa sĂ©jour au ciel. Arthus dĂ©cide de pourchasser Lancelot.

Acte 3, Lancelot rattrapĂ© refuse de combattre son souverain. GeniĂšvre dĂ©truite par sa conduite s’étrangle avec ses cheveux. Lancelot regagne le champs de bataille pour y mourir et expirer aux pieds d’Arthus. Ayant jeter ses armes dans la mer, le roi disparaĂźt dans le ciel emportĂ© par une mystĂ©rieuse nacelle.

10 reprĂ©sentations Ă  l’OpĂ©ra Bastille Ă  Paris
Du 16 mai au 14 juin 2014

RĂ©servez votre place :

16 mai 2015 19:30
19 mai 2015 19:30
22 mai 2015 19:30
25 mai 2015 19:30
28 mai 2015 19:30
02 juin 2015 19:30
05 juin 2015 19:30
08 juin 2015 19:30
11 juin 2015 19:30
14 juin 2015 14:30

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Opéra du Rhin : Le Roi Arthus de Chausson, 1903

chausson_arthus_le-roi-arthus-opera-du-rhin-strasbourg-mulhouse-2014OpĂ©ra du Rhin. Le Roi Arthus de Chausson, 14 mars > 13 avril 2014. AprĂšs avoir vĂ©cu le choc de Parsifal Ă  Bayreuth en 1882 (crĂ©ation de la lĂ©gende ou festival sacrĂ© wagnĂ©rien par le chef Hermann Levi), Ernest Chausson Ă©crit sa propre lĂ©gende arthurienne hantĂ© par le souvenir de Wagner. La composition du Roi Arthus (nom du souverain francisĂ©), se dĂ©roule de 1886 Ă  
 1895, soit presque dix ans d’une longue gestation au cours de laquelle le plume et la pensĂ©e du musicien opĂšrent une assimilation trĂšs originale du wagnĂ©risme. L’orchestration demeure Ă©minemment française (lumineuse, transparente, vĂ©ritable sommet de l’écriture orchestrale postromantique), proche de celle de Dukas, annonçant aussi l’univers debussyte (PellĂ©as). Le chant de l’orchestre omniprĂ©sent assure la continuitĂ© entre les tableaux, vĂ©ritable flot continu qui exprime les enjeux psychologiques des protagonistes: Le roi Arthus est trahi par son chevalier favori : Lancelot, qui cultive une secrĂšte liaison avec son Ă©pouse, la reine GeniĂšvre. La force vĂ©nĂ©neuse de l’amour dĂ©truit  ici l’ordre et l’équilibre dĂ©fendus par les chevaliers de la table ronde. L’amour est un venin qui met Ă  mal l’idĂ©al spirituel du roi
 lequel mis en Ă©chec et trahi par ses proches, quitte le monde terrestre.

Le livret Ă©crit par le compositeur lui-mĂȘme dans la tradition des grands auteurs romantiques avant lui, Berlioz et Wagner. De la lĂ©gende arthurienne, Chausson proche des symbolistes recueille le thĂšme de la malĂ©diction par l’amour, du dĂ©sir qui bouleverse le jeu fragile des Ă©quilibres.

LĂ©gende arthurienne

A l’instar de Tristan une Isolde de Wagner, Chausson recompose un quatuor dramatique par lequel passe la tragĂ©die : Tristan, Isolde, Mark et Melot chez le maĂźtre de Bayreuth ; Lancelot, GeniĂšvre, le roi Arthus sans omettre le dĂ©nonciateur Mordred chez Chausson.

L’opĂ©ra est crĂ©Ă© Ă  Bruxelles en novembre 1903, Chausson Ă©tait mort suite Ă  une mauvaise chute de bicyclette en 1899.  Paris n’entendra qu’un extrait (le somptueux troisiĂšme acte) 
 pas avant 1916.

Le premier acte prĂ©sente les personnages et reprĂ©sente l’adultĂšre entre GeniĂšvre et Lancelot. Au II, la culpabilitĂ© des amants ronge les esprits fragilisĂ©s : Lancelot et GeniĂšvre, dĂ©noncĂ©s au Roi par le jaloux Mordred, fuient ensemble ; Ă©reintĂ©, et de mauvaise grĂące, aprĂšs une rencontre infructueuse avec Merlin, qui prĂ©dit la fin de l’ordre chevaleresque, Arthus conduit les chapeliers Ă  la poursuite du couple coupable.

Au III, les solitudes et l’impuissance se prĂ©cisent encore. Seule, GeniĂšvre dĂ©sespĂšre car Lancelot a choisi de renoncer Ă  les dĂ©fendre : la reine traĂźtresse se suicide (elle s’étrangle avec ses propres cheveux). Sur le champs de bataille, Lancelot refuse de se battre et s’effondre mĂȘme si Arthus lui pardonne sa faute. Trahi, solitaire entre tous, Arthus est emportĂ© vers le ciel sur une nacelle car une gloire Ă©ternelle lui est rĂ©servĂ©e hors du monde terrestre.

La fin du roi Arthus semble rĂ©capituler la geste wagnĂ©rienne : l’impuissance languissante des amants (Tristan et Isolde) comme leur trahison Ă  l’endroit de leur ami et mari ; c’est aussi le constat que tout amour fidĂšle est impossible sur terre, suscitant l’inĂ©luctable dĂ©faite et fuite du hĂ©ros : Arthus comme Lohengrin, est extrait du monde des hommes aprĂšs avoir Ă©tĂ© trahi. La tentative d’intĂ©gration et de rĂ©alisation sociale a Ă©chouĂ©e, et c’est la musique qui exprime en un long flot orchestral, d’un raffinement inouĂŻ, les mĂ©andres et circonvolutions de la psychĂ© humaine, prise dans l’étau du dĂ©sir et du devoir, de l’amour et de la loyautĂ©, de la mort et du renoncement.

Ernest Chausson : Le roi Arthus, 1903
Drame lyrique en 3 actes sur un livret du compositeur. Créé au Théùtre de la Monnaie le 30 novembre 1903
DIRECTION MUSICALE : Jacques Lacombe
MISE EN SCÈNE : Keith Warner

GENIÈVRE : Elisabete Matos
ARTHUS : Andrew Schroeder
LANCELOT : Andrew Richards
MORDRED : Bernard Imbert
LYONNEL : Christophe Mortagne
ALLAN : Arnaud Richard
MERLIN : Nicolas Cavallier
LABOUREUR : Jérémy Duffau
CHEVALIERS : Dominic Burns, Seong Young Moon Jean-Marie Bourdiol, Jens Kiertzner

ECUYER : Jean-Philippe Emptaz

ChƓurs de l’OpĂ©ra national du Rhin

Sandrine Abello, direction

Orchestre symphonique de Mulhouse

STRASBOURG
Opéra
ve 14 mars 20h, di 16 mars 15h, ma 18 mars 20h, ve 21 mars 20h, ma 25 mars 20h

MULHOUSE
La Filature
ve 11 avril 20h, di 13 avril 15h

Laurent Korcia joue Chausson et Schumann avec l’Orchestre de Chambre de Paris

L. KorciaÂźElodie CrebassaParis, TCE, le 19 mars, 20h. L’Orchestre de chambre de Paris et Laurent Korcia jouent Chausson. Et poursuivent aussi avec la 2Ăšme Symphonie de Robert Schumann, le fil rouge de la saison 2013-2014 de l’Orchestre de chambre de Paris. Le disciple de Massenet et de Franck, ami de FaurĂ© et de Duparc, Ernest Chausson reçoit durablement et profondĂ©ment l’influence de Wagner. Toute son oeuvre, d’un affinement extrĂȘme sur le plan de l’écriture et de l’orchestration, porte la marque de ce poison et de cet envoĂ»tement qui s’exprime en accents passionnĂ©s et denses, entre amertume, ivresse anĂ©antissement.
Chef-d’oeuvre du genre, le PoĂšme de l’amour et de la mer, une « mĂ©lodie-cantate », pourrait ĂȘtre la rĂ©ponse en musique Ă  L’Amour et la Vie d’une femme de Schumann. Schumann, prĂ©cisĂ©ment, dont la Seconde Symphonie referme le concert : « Elle m’a causĂ© bien des peines ; j’ai passĂ© bien des nuits inquiĂštes Ă  mĂ©diter sur elle », confiera le compositeur.
Le PoĂšme pour violon opus 25 (achevĂ©e dĂšs 1893) est aussi original que l’atypique et puissante Symphonie Ă©crite peu avant (1892). Au dĂ©part, il s’agissait d’un prolongement ou d’une Ă©manation de la nouvelle de son ami l’écrivain Tourgueniev (le chant de l’amour triomphant), mais la force de sublimation du compositeur dĂ©tache le PoĂšme de sa filiation littĂ©raire ; c’est une oeuvre absolue, dĂ©veloppement personnel de musique pure dont l’immense sensation de vapeur lĂ  encore indique dans la carriĂšre de son auteur une maturitĂ© captivante. L’Ɠuvre est finalement crĂ©Ă©e par EugĂšne YsaĂże en 1896. D’un caractĂšre wagnĂ©rien et proche de ce wagnĂ©risme assimilĂ© de façon si originale Ă  la maniĂšre de Franck, le PoĂšme ne laisse pas de frapper chaque auditeur par sa morsure enivrĂ©e, l’action du poison wagnĂ©rien, distillĂ© tel un baume magique.

Symphonie n°2 de Robert Schumann
EsquissĂ©e en 1845, crĂ©Ă©e Ă  Leipzig en 1846, la Symphonie n°2 approfondit encore l’acte novateur chez Schumann qui porte toute l’architecture par le seul fait de l’écoulement mĂ©lodique. L’unitĂ© organique naĂźt des multiples cellules thĂ©matiques qui se rĂ©pondent en dialogue, c’est un jaillissement irrĂ©sistible et malgrĂ© la versatilitĂ© psychique de l’auteur, un dĂ©sir d’organisation et de cohĂ©rence par l’acte musical, un formidable hymne Ă  la vie, gorgĂ© d’espĂ©rance qui s’oriente dans la lumiĂšre. Il est vrai que la Symphonie n°2 de Schumann porte aussi l’empreinte de son mariage tant espĂ©rĂ© avec Clara, pianiste et virtuose et vĂ©ritable muse sur le plan personnel et artistique. Chronologiquement il s’agit en fait de la 3Ăšme Symphonie, composĂ©e dans la suite du Concerto pour piano (Ă©crit pour sa chĂšre et tendre Ă©pouse).

 

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Programme

Chausson :
PoĂšme de l’amour et de la mer
PoĂšme pour violon

Paganini :
I Palpiti pour violon et orchestre

Schumann : Symphonie n°2 en ut majeur

Jean-Jacques Kantorow, direction*
Laurent Korcia, violon*
Ann Hallenberg, mezzo-soprano

*Changement d’artistes : le chef et violoniste Joseph Swensen est remplacĂ© par Jean-Jacques Kantorow Ă  la baguette et Laurent Korcia au violon.

RĂ©servez votre place sur le site de l’Orchestre de chambre de Paris

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Compte-rendu : Fontdouce. Abbaye, 20Úme festival estival, le 26 juillet 2013. Concert inaugural. Baptiste Trotignon, Natalie Dessay, Philippe Cassard. Mélodies françaises.

philippe cassard et natalie dessay Ă  fontdouceSaint-Bris des Bois en Charente-Maritime accueille l’inauguration du 20Ăšme Festival de l’Abbaye de Fontdouce. L’endroit magique datant du 12e siĂšcle concentre beautĂ© et mystĂšre. Le concert exceptionnel d’ouverture se dĂ©roule en deux parties Ă  la fois contrastĂ©es et cohĂ©rentes. Il commence de façon tonique avec le pianiste jazz Baptiste Trotignon et se termine avec un duo de choc, la soprano Natalie Dessay et Philippe Cassard au piano !

 

 

Festival de l’Abbaye de Fontdouce,
le secret le mieux gardĂ© de l’Ă©té !

 

SituĂ©e entre Cognac et Saintes, Ă  deux pas de Saint-Sauvant, l’un des plus beaux villages de France, l’ancienne Abbaye Royale obtient le classement de Monument Historique en 1986. Elle fait ainsi partie du riche patrimoine naturel et culturel de la rĂ©gion. Elle en est sans doute l’un de ses bijoux, voire son secret le mieux gardé ! Le maĂźtre du lieu (et prĂ©sident du festival Thibaud Boutinet) a comme mission de partager la beautĂ© et faire connaĂźtre l’histoire et les milles bontĂ©s du site acquis par sa famille il y a presque 200 ans. AprĂšs notre sĂ©jour estival et musical Ă  l’Abbaye de Fontdouce, toute l’Ă©quipe met du coeur Ă  l’ouvrage et le festival est une indĂ©niable rĂ©ussite !

Le Festival comme le site historique acceptent avec plaisir la modernitĂ© et font plaisir aussi aux amateurs des musiques actuelles. L’artiste qui ouvre le concert est un pianiste jazz de formation classique : Baptiste Trotignon rĂ©gale l’audience avec un jeu Ă  l’expressivitĂ© vive, presque brĂ»lante, qui cache pourtant une vĂ©ritable dĂ©marche intellectuelle. Notamment en ce qui concerne sa science du rythme, trĂšs impressionnante. Le pianiste instaure une ambiance d’une gaĂźtĂ© dansante, dĂ©contractĂ©e, contagieuse avec ses propres compositions ; il fait de mĂȘme un clin d’oeil Ă  la musique classique avec ses propres arrangements « dĂ©rangeants » d’aprĂšs deux valses de Chopin. Mais son Chopin transfigurĂ© va trĂšs bien avec son Ă©loquence subtilement jazzy. La musique du romantique  d’une immense libertĂ© formelle, se prĂȘte parfaitement aux aventures euphoriques et drolatiques de Trotignon. Un dĂ©but de concert tout en chaleur et fort stimulant qui prĂ©pare bien pour la suite classique ou l’oĂč explore d’autres sentiments.

L’entracte tonique est l’occasion parfaite pour une promenade de dĂ©couverte, tout en dĂ©gustant les boissons typiques du territoire. Le sensation de beautĂ© paisible au long du grand prĂ©, l’effet saisissant et purement gothique de la salle capitulaire, les couleurs et les saveurs du patrimoine qui font vibrer l’Ăąme… Tout prĂ©pare en douceur pour le rĂ©cital de mĂ©lodies par Natalie Dessay et Philippe Cassard.

Ils ont dĂ©jĂ  collaborĂ© pour le bel album des mĂ©lodies de Debussy « Clair de Lune » paru chez Virgin Classics. Pour ce concert d’exception, les deux artistes proposent Debussy mais aussi Duparc, Poulenc, Chabrier, FaurĂ©, Chausson… Un vĂ©ritable dĂ©lice auditif et poĂ©tique, mais aussi sentimental et thĂ©Ăątral. Natalie Dessay chante avec la vĂ©racitĂ© psychologique et l’engagement Ă©motionnel qui lui sont propres. Un registre grave limitĂ© et un mordant moins Ă©vident qu’auparavant n’enlĂšvent rien Ă  la profondeur du geste vocal. Elle est en effet ravissante sur scĂšne et s’attaque aux mĂ©lodies avec un heureux mĂ©lange d’humour et de caractĂšre. La diva interprĂšte « Le colibri » de Chausson  avec une voix de porcelaine : la douceur tranquille qu’elle dĂ©gage est d’une subtilitĂ© qui caresse l’oreille. Philippe Cassard est complĂštement investi au piano : il s’accorde merveilleusement au chant avec sensibilitĂ© et rigueur. La « Chanson pour Jeanne » de Chabrier, la plus belle chanson jamais Ă©crite selon Debussy, est en effet d’une immense beautĂ©. Les yeux de la cantatrice brillent en l’interprĂ©tant ; nous sommes Ă©blouis et Ă©mus, au point d’avoir des frissons, par la dĂ©licatesse de ses nuances et par la finesse arachnĂ©enne de ses modulations. « Il vole » extrait des Fiançailles pour Rire de Poulenc est tout sauf strictement humoristique. La complicitĂ© entre les vers de Louise de Vilmorin et la musique du compositeur impressionne autant que celle entre le pianiste et la soprano. Sur scĂšne, ils s’Ă©clatent, font des blagues, quelques fausses notes aussi, se plaignent du bruit des appareils photo… ils mettent surtout leurs talents combinĂ©s au service de l’art de la mĂ©lodie française, pour le grand bonheur du public enchantĂ©.

DĂ©couvrir ainsi la magie indescriptible de l’Abbaye de Fontdouce et dĂ©guster sans modĂ©ration les musiques de son festival d’Ă©tĂ© reste une expĂ©rience mĂ©morable !

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