OFFENBACH 2019 : dossier pour le bicentenaire 2019

offenbach-violoncelle-jacques-offenbach-anniversaire-2019-par-classiquenews-dossier-OFFENBACH-2019OFFENBACH 2019. Dossier Jacques Offenbach 2019. Classiquenews accompagne l’actualitĂ© des anniversaires et rend hommage au gĂ©nie de Jacques Offenbach dont 2019, marque le bicentenaire de la naissance (nĂ© le 20 juin 1819). Il est temps de faire le point sur le profil esthĂ©tique et l’apport lyrique d’un gĂ©nie du drame parodique et dĂ©lirant dont la verve ne se rĂ©duit pas, de loin, aux opĂ©ras bouffes potaches et aux pantalonnades de salon. En auteur critique sur le genre thĂ©Ăątral et lyrique, Offenbach ne fait pas qu’amuser la galerie, c’est Ă  dire le bon bourgeois et le prince dĂ©sabusĂ© du Second Empire. il rĂ©invente l’espace thĂ©Ăątral, lui trouve de nouveaux genres entre la fĂ©erie (dĂ©jĂ  approchĂ© dans Les FĂ©es du Rhin de 1864, qui n’écarte pas la violence ni le dĂ©senchantement), et le fantastique comme en tĂ©moigne son dernier grand Ɠuvre, enfin reconstituĂ©, Les Contes d’Hofmann, sommet transmis Ă  tire posthume, et qui souligne ce gĂ©nie poĂ©tique et lyrique que nous continuons Ă  lui refuser – prĂ©fĂ©rant ne voir que La PĂ©richole et le si justement parodique OrphĂ©e aux Enfers. Offenbach ne se rĂ©duit pas Ă  l’étiquette lĂ©ger et fantasque; il rĂšgne dans son oeuvre une libertĂ© poĂ©tique inouĂŻe et inĂ©galĂ©e Ă  son Ă©poque.

Jacob (Jacques) Offenbach (1819-1880) est nĂ© d’un pĂšre juif, Ă  Cologne. Il se voue d’abord Ă  une carriĂšre de violoncelliste professionnel : il est douĂ© et rejoint bientĂŽt le Conservatoire de Paris (1833 : aprĂšs avoir Ă©tĂ© auditionnĂ© par l’inflexible Cherubini). Il est instrumentiste dans l’orchestre de l’OpĂ©ra-Comique (1835), frĂ©quente les salons Ă  la mode dont celui de la Comtesse de Vaux (c’est lĂ  qu’il rencontre le fondateur du Figaro, Hippolyte de Villemessant qui sera un fidĂšle et indĂ©fectible soutien). Il compose pour son violoncelle (Concerto militaire), des romances
 Et tente rapidement de se faire un nom comme auteur pour la scĂšne lyrique. C’est sa vocation et sa passion. Le chef et compositeur cĂ©lĂ©brĂ© Fromental HalĂ©vy, de confession juive Ă©galement, le prend sous sa coupe et lui donne des leçons d’orchestration et de composition. En 1844, le violoncelliste virtuose part en tournĂ©e, se fait un nom et un compte en banque qui lui permet d’épouser Herminie Alcain, aprĂšs qu’il ait Ă©pousĂ© aussi la religion catholique.
L’apprentissage musical se poursuit : dans le salon de la comtesse de Vaux, Offenbach Ă©blouit ses auditeurs en parodiant le DĂ©sert de FĂ©licien David. Une prouesse qui souligne son tempĂ©rament irrĂ©vĂ©rencieux, facĂ©tieux, comme gĂ©nie du dĂ©calage et comme dramaturge inspirĂ©.
Pendant la révolution de 1848, le couple Offenbach repart à Cologne.

APRES 1848… Puis Ă  son retour dans la capitale, le directeur de l’Institution thĂ©Ăątrale, ArsĂšne Houssaye, le nomme directeur musical de la ComĂ©die Française dont il rĂ©organise l’orchestre, et livre une dizaine des musiques de scĂšnes, de 1850 Ă  1855. Offenbach s’est forgĂ© un nom, une rĂ©putation comme musicien pour la scĂšne : ni l’OpĂ©ra-Comique, ni l’OpĂ©ra de Paris ne lui commandent d’ouvrages.
HervĂ© (Florimond Ronger) inventeur de l’opĂ©rette (il a son propre thĂ©Ăątre : Les Folies-Nouvelles depuis 1852), encourage Offenbach Ă  faire de mĂȘme. Auparavant, il assure la crĂ©ation de l’opĂ©rette en un acte Oyayaye ou la Reine des Ăźles, le 26 juin 1855 : succĂšs. Offenbach qui n’attend plus de se faire jouer Ă  l’OpĂ©ra-Comique, inaugure sa propre scĂšne parisienne, encore intimiste (300 places) : Les Bouffes-Parisiens (1855, ex Salle Lacaze), qui situĂ©e juste en face du Palais de l’Industrie et de l’Exposition Universelle, attire les foules.

GENIE PARODIQUE ET FANTASTIQUE… A partir de cette Ă©poque, s’affirme peu Ă  peu le gĂ©nie d’un violoncelliste, compositeur taillĂ© pour la comĂ©die dĂ©lirante et poĂ©tique, la parodie bouffe : se succĂšdent malgrĂ© les vicissitudes politiques, de nombreux chefs d’oeuvres dont la rĂ©ussite encore inĂ©puisĂ©e, fait de Jacques Offenbach, l’un des compositeurs les plus jouĂ©s dans le monde, aux cĂŽtĂ©s de Bizet (Carmen), Mozart, Wagner, Puccini, et l’indĂ©tronable Verdi.
En tĂ©moignent les ouvrages suivants, entre autres : OrphĂ©e aux Enfers (1858), Barkouf (1860 qui marque enfin une crĂ©ation produite salle Favart, mais qui reste un Ă©chec amer…), La Belle HĂ©lĂšne (1864), La Vie parisienne (1866), La Grande-Duchesse de GĂ©rolstein (1867), Les Brigands (1869)


La carriĂšre d’Offenbach Ă  Paris est aussi celle d’un compositeur impresario et directeur de thĂ©Ăątre qui comme Vivaldi Ă  Venise au dĂ©but du XVIIIĂš, tente de se forger un nom, une rĂ©putation, une gloire. AprĂšs Les Bouffes-Parisiens, Offenbach Ă©prouve de nouveaux lieux, de nouvelle salles
 dont La GaĂźtĂ© (juillet 1873) dont il devient le directeur, conquĂ©rant un public nombreux avec la reprise d’OrphĂ©e aux enfers, son opĂ©ra fĂ©tiche. Mais malgrĂ© une contribution avec Victorien Sardou (GeneviĂšve de Brabant qui est un Ă©chec), le compositeur doit Ă©ponger des dettes rĂ©pĂ©tĂ©es, et abandonne ses fonctions de directeur.

 

 

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APRES 1870… Les opĂ©ras qui suivent 1870, annĂ©e de la dĂ©faite française et de la chute du second Empire, sont l’Ɠuvre d’un compositeur Ă  nouveau inquiĂ©tĂ© et vilipendĂ© en raison de sa naissance « prussienne » – son origine allemande constituant dans le contexte propre aux annĂ©es 1870, une source de soupçons. Offenbach le traitre est devenu suspect.
Sa verve ne tarit pas bien au contraire et les derniers opĂ©ras, jusqu’aux Contes d’Hoffmann, laissĂ© inachevĂ© et dans un ordre incertain, dĂ©montrent l’évolution d’une Ă©criture maĂźtrisĂ©e et jaillissante : La PĂ©richole (crĂ©Ă©e en 2 actes en 1868 ; puis en 1874 avec 3 actes), La Fille du tambour-major (1879), enfin l’opĂ©ra fantastique Les Contes d’Hoffmann, sommet lyrique posthume.

 

 

 

 

 

 

FOCUS sur quelques Ɠuvres
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MADAME FAVART (1878)

OpĂ©ra dĂ©voilĂ© en 2019, Madame Favart sort de l’ombre et permet aussi Ă  son auteur de jouir d’un plaisir qu’il ne connut qu’exceptionnellement de son vivant : ĂȘtre jouĂ© Ă  l’OpĂ©ra-Comique. Or Offenbach a rĂ©alisĂ© son but : revivifier l’opĂ©ra-comique comme un genre noble, inventif, enraient de seconde zone… CrĂ©Ă© le 30 dĂ©cembre 1878, Madame Favart, est un opĂ©ra-comique en trois actes / paroles de MM. Alfred Duru et Henry Chivot / musique de Jacques Offenbach. Offenbach s’éprend de la silhouette et de la voix de l’actrice et cantatrice Mademoiselle de Chantilly (vedette de la ComĂ©die Italienne dans les rĂŽles de bergĂšres alanguies), qui fit tourner la tĂȘte avec Jacques, Ă  son mari, Ă  son public, et au grand Maurice de Saxe, MarĂ©chal glorieux qui ne pouvait se passer du talent de l’actrice y compris sur le champs de bataille
 Cochin l’a dessinĂ©e en 1753 : profil charmant et doucereux Ă  la piquante excentricitĂ© de lolita XVIIIĂš. certes Ă©gratignĂ©e par Grimm qui, rĂ©duisant son chant n’en fit qu’une danseuse vulgaire en sabots. Le compositeur prend possession de son sujet pour en dĂ©duire un ouvrage emblĂ©matique de son Ă©criture et inspiration : une comĂ©die dĂ©jantĂ©e, dĂ©lirante, fertile en quiproquos, travestissements et sĂ©quences burlesques. C’est surtout aux cĂŽtĂ©s de Madame, le personnage de son mari Favart qui lui vole presque la vedette. Musicalement, Offenbach redouble de franche et suave gaietĂ©, un naturel enjouĂ© et facĂ©tieux qui le caractĂ©rise dans la maniĂšre de portraiturer ses hĂ©ros (et son hĂ©roĂŻne). Bizet aurait sa Carmen ; Offenbach Ă  sa PĂ©richole, sa Gerolstein et sa 
 Favart. D’autant que pour mieux caractĂ©riser Madame Favart, Offenbach s’y affirme en roi du couplet et de la chanson, Ă  succĂšs : ainsi Favart elle-mĂȘme au XVIIIĂš avait subjuguĂ© par une certaine gouaille chansonniĂšre. Pour la crĂ©ation, Mademoiselle Girard dĂ©fendit avec cƓur et expressivitĂ© une partition qui semblait ciselĂ©e pour elle.

 

 

 

LES CONTES D’HOFFMANN (1877-…)

La composition remonte au dĂ©but 1877
 La premiĂšre reprĂ©sentation complĂšte a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e Ă  l’OpĂ©ra-Comique (version en 5 actes) en novembre 1911. Le livret reprend la piĂšce originelle coĂ©crite par Jules Barbier et Michel CarrĂ© en 1851. A la source, les Ă©crits du compositeur romantique allemand Ernst Theodor Amadeus Hoffmann. IcĂŽne du romantisme allemand, sombre, fantastique, Ă©nigmatique mais onirique, Hoffmann tĂ©moigne de ses Ă©checs amoureux, de tavernes en palais Ă  Venise; audacieux, expĂ©rimental, le gĂ©nie d’Offenbach est d’abord de se renouveler : il le dĂ©montre dans cet ouvrage qui l’occupe pendant sa derniĂšre dĂ©cennie : le sujet est sombre, noir mĂȘme, car y perce et se rĂ©pĂšte la malĂ©diction du poĂšte, impuissant, dĂ©muni. Offenbach meurt pendant les rĂ©pĂ©titions de 1880. L’orchestration et certains rĂ©citatifs sont complĂ©tĂ©s par Ernest Guiraud. Trop longue finalement, la partition proposĂ©e Ă  la crĂ©ation est rĂ©duite d’un tiers. Depuis sa redĂ©couverte, la partition ne cesse d’ĂȘtre le sujet de nouvelles hypothĂšses quant Ă  sa reconstruction fidĂšle au plan de l’auteur.

Pourtant, en dĂ©pĂźt de sa nature instable, la partition en l’état ne cesse de subjuguer : qui pourrait rĂ©sister Ă  la tension dramatique ainsi crĂ©Ă©e autour des 3 visages fĂ©minins cĂ©lĂ©brĂ©s par Hoffmann / Offenbach : Olympia, la poupĂ©e mĂ©canique plus vraie que nature / Antonia, la jeune cantatrice morte de trop chanter / Giuletta, sirĂšne vaporeuse et vĂ©nitienne
 au charme envoĂ»tant (cf la barcarolle « Belle nuit, ĂŽ nuit d’amour »). Offenbach signe ainsi son Ɠuvre Ă  la fois la plus Ă©nigmatique et la plus sensuelle.

 

 

 

 

 

 

Approfondir

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Retrouvez ici les réalisations les plus marquantes en liaison avec le bicentenaire JACQUES OFFENBACH 2019 : 

 

 

 

L'OpĂ©ra de TOURS rĂ©ussit la crĂ©ation mondiale des FĂ©es du Rhin d'OffenbachLes FĂ©es de Jacques Offenbach prĂ©sentĂ© par l’OPERA DE TOURS
Benjamin Pionnier crĂ©e l’évĂ©nement à TOURS en septembre 2018 et bien avant l’annĂ©e Offenbach 2019 (bicentenaire de la naissance en 1819) : grĂące au chef et directeur de l’OpĂ©ra, voici (enfin) la crĂ©ation mondiale de l’opĂ©ra Les FĂ©es de Jacques Offenbach, une offrande conçu par l’auteur des Contes d’Hoffmann, Ă  la fois onirique et violente, fantastique et dĂ©senchantĂ©e qui est ici en 2018, restituĂ© en français – l’original avait Ă©tĂ© donnĂ© Ă  Vienne en Allemand, depuis lors jamais repris dans sa version originelle. Production Ă©vĂ©nement qui marque d’une pierre blanche les projets OFFENBACH, d’autant plus attendus en 2019. VOIR notre reportage vidĂ©o et LIRE notre comtpe rendu des FĂ©es d’Offenbach, crĂ©ation mondiale Ă  l’OpĂ©ra de Tours

 

 

 

 

offenbach figaro lettres offenbachnous ecrit actes sud critique compte rendu livreLIVRE, critique. M. OFFENBACH nous Ă©crit (Actes Sud / Pal Bru-Zane). L’annĂ©e OFFENBACH 2019 commence trĂšs bien grĂące Ă  la publication par Actes Sud de cette collection de lettres Ă©crites par Offenbach, adressĂ©es au journal Le Figaro : le compositeur Ă©tait l’ami personnel du fondateur du journal Hippolyte de Villemessant (1810 – 1879, un an avant Offenbach). Les deux hommes Ă©taient voisins en Normandie, propriĂ©taire chacun d’une villa Ă  Etretat ; Ă  Paris, ils se frĂ©quentent dans les salons en vu
 Une proximitĂ© qui en rendrait jaloux plus d’un aujourd’hui et qui dans la seconde moitiĂ© du XIXĂš, permet Ă  l’auteur d’OrphĂ©e aux enfers de s’expliquer auprĂšs du public, Ă©voquer ses riches et rocambolesques soirĂ©es et fĂȘtes donnĂ©es dans son appartement de la rue Laffite oĂč figurent Bizet, DorĂ©, HalĂ©vy
 ; de provoquer le dĂ©bat, susciter le scandale
 positif, lui assurant une publicitĂ© avantageuse pour ses propres spectacles (par exemple lors de la crĂ©ation d’OrphĂ©e aux Bouffes-Parisiens en 1858). Le compositeur est une vedette, un auteur dont on parle, habituĂ© dĂ©sormais Ă  utiliser le media comme un tremplin, une tribune. D’autant que, comme le montre l’introduction et les textes ainsi regroupĂ©s, Jacques Offenbach ne manque ni de pertinence ni d’à propos ni de sens de la formule. Un gĂ©nie de la rĂ©ponse synthĂ©tique, dĂ©voilant aussi une intelligence des situations et du milieu musical et mĂ©diatique. LIRE notre critique intĂ©grale du livre M OFFENBACH NOUS ECRIT (Actes Sud)

 

 

 

Les événements : concerts et opéras Offenbach

 


en 2019, qu’il ne faut pas manquer …
(sélection par classiquenews)

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PARIS, Opéra-Comique, du 20 au 30 juin 2019
Madame Favart
RESERVER VOTRE PLACE
https://www.opera-comique.com/fr/saisons/saison-2019/madame-favart

 

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